Et c'est reparti pour un tour ! Vous connaissez la chanson. Les différences sont dans les détails, mais ces détails sont importants. En effet, si j'ai toujours eu notion des grandes idées de ma saga, la première fois que j'ai écrit ce tome je n'avais pas encore découvert tout ce qui allait se passer jusqu'au tome 5 et au-delà. Je reviens avec un nouveau point de vue, un nouvel angle d'attaque, mais surtout de nouvelles connaissances sur mon propre univers et sur ce qui y est important.

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Du coup on continue la tradition née deux ans après ce tome… Résumer le chapitre précédent :

Dans un exercice littéraire aussi amusant que déroutant, on a pu découvrir, en lisant entre les lignes, que les victimes de ces mystérieuses attaques se multiplient et qu'un certain motif se dégage : les victimes ont toutes un lien avec la frontière entre monde moldu et monde sorcier, et la majorité ont un nom qui se termine en -el. Comme si le mystérieux assaillant cherchait à envoyer un message…

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Allez… Réponse aux reviews !

Bienvenue, Sengetsu ! Je suis content que tu restes fidèle ! Tu es, disons… le penchant lumineux de mes femmes de l'ombre. Ma primo-lectrice me dit que j'écris n'importe quoi. Ma Bêta me corrige. Et toi tu t'entousiasmes du produit final. Ah ah ! Quelle belle équipe !

Bienvenue à toi aussi, Ywëna. Ah, toi aussi, Magnus te fait marrer ? Je suis content que quelqu'un ait décelé ça chez lui.
Ouais, des victimes ! Les grands esprits se rencontrent ! Toi tu as pris la voie de la drogue, moi de la magie. Enfin, j'espère juste qu'on ne va pas au même endroit, il ne faudrait pas que cette amusante coïncidence se transforme en redondance… Mais pour l'instant je ne me fais pas de souci :-D
Je ne peux pas t'affirmer que ça va t'aider pour Renouveau, j'ai vécu les deux cas de figure, mais je peux t'assurer d'un truc : Tu n'as rien perdu de ton talent ! Ça me fait plaisir que tu dises que mes idées tiennent la route, parfois j'en doute moi-même.
Tu publieras ta crack-fic… J'y veille personnellement !

En attendant… vous devrez vous contenter de ma fic ! Une punition terrible, hein ? Allez, ça aide à passer le temps !

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2) Pour un Nouveau Tour

Enfin, il avait réussi. Des semaines qu'il époumonait, qu'il s'évertuait, qu'il suppliait. Enfin, Mathis avait réussi à convaincre sa mère de le laisser retourner à Beauxbâtons cette année. Cela lui avait cependant coûté. À partir de la 2ème Année, les élèves avaient droit à un certain nombre de weekends libres à la ville sorcière d'Andorre-la-Jeune. Trois dans son cas : avant Noël, pour la St Valentin, et début Juin. Mais la condition sine qua non pour qu'il puisse retourner à l'académie fût que sa mère ne signât pas son autorisation de sortie. Ainsi soit-il.

– Mathis, ta valise est prête ?

– Ouiii m'man, j'arrive !

– Utilise les escaliers !

– Ouiii m'man…

En effet, pour pallier à la lubie de son fils, Marianne avait fait installer une rampe de descente, comme dans les casernes, pour lui permettre de descendre plus rapidement sans pour autant se jeter du haut des escaliers. Mais avec la valise, c'était moins facile.

– Mathis ! le héla son grand frère Thomas.

– Quoi ?

– T'as oublié Noirebraise !

– Tu pouvais pas me le dire avant que je descende, râla Mathis. J'arrive !

Mathis avait grandi pendant les vacances. Mûri, aussi. Un petit peu. Mais il était plus tête-en-l'air que jamais. Il termina de descendre sa valise, bien plus lourde que l'an passé à cause de sa balance et de son chaudron, mais aussi des quelques livres qu'il réutiliserait cette année, puis remonta récupérer son gecko. Un an, déjà. Un an depuis qu'il était parti de chez lui, accompagné de son futur prof d'histoire. Et dans quelques heures, ça ferait un an qu'il avait eu rencontré Émi. D'ailleurs, en parlant d'Émi, il espérait la retrouver au plus vite. Malheureusement pour lui, il y avait encore une bonne heure de route avant la gare de Transportation de Chambéry. Tout le long du trajet, Thomas ne cessa de le charrier, jusqu'à ce que Mathis sorte sa baguette pour le menacer. Son frère lui fit remarquer qu'il n'avait pas le droit de faire usage de la magie en dehors de l'école, avant de recommencer à le taquiner. Le dernier échange qu'eût la famille, avant que Mathis ne franchissât le tunnel, fut le suivant :

– Embrasse ta petite chérie pour moi, Philibert ! se moqua Thomas.

– Va crever ! répliqua Mathis.

– Mathis, langage ! gronda leur mère.

Bref, un au revoir familial on ne peut plus normal.

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Mathis en ricanait encore lorsqu'il apparut devant la boutique de baguettes. Il avait demandé à apparaître à la boutique, et avait craint de tomber au milieu du coin où les 1ère Année étaient testés, mais heureusement pour lui, l'enchantement était bien calibré. C'est Émi qui le vit la première, depuis le haut d'un escabeau à roulettes.

– Mathis ! s'exclama-t-elle en se précipitant vers lui.

– Bonjour, damoiselle, dit-il simplement, lorsqu'elle se jeta dans ses bras.

Après l'échange de bises traditionnel, et une poignée de mains avec le père d'Émi, traumatisante pour celle de Mathis, les deux amis allèrent faire leurs emplettes de rentrée. Un petit tour au tailleur pour faire ajuster l'uniforme, l'inévitable visite au Decathlon, puis Émi mena Mathis à une rue qu'il n'avait jamais visitée. Une large avenue, inhabituellement bondée par rapport au reste du bourg (si l'on exceptait la gare, bien sûr).

– Bienvenue à l'Avenue des Affaires.

– Ouah, pourquoi on a pas vu ça l'année dernière !?

– Bah parce qu'on devait faire des courses, pas nous balader. Il n'y a aucune boutique scolaire dans cette rue.

– Et du coup, on fait quoi, ici ?

– Il y a un glacier, au bout de l'avenue.

Ils passèrent devant des bureaux d'avocats, des vendeurs de grigri à la sauvette, et même devant une sorte de marché parallèle à l'aspect plutôt glauque, auquel on accédait par un pan de mur coulissant. Mathis était persuadé d'avoir vu des griffes au bout des doigts de l'homme à capuche sombre qui y pénétrait lorsqu'ils passèrent devant. Enfin, ils arrivèrent à un glacier, qui proposait une très large variété de glaces, parfois très appétissantes, comme le sorbet pastèque de feu, à la couleur orange étincelante, ou encore citrouille-cerise. Mais il y avait aussi d'autres arômes peu ragoûtants, comme gazon, mucus de fouine, ou sang. Mathis prit deux sorbets, pastèque de feu et concombre, et Émi préféra une crème glacée au pois sauteur. Le sorbet concombre était excellent. Et la pastèque de feu, aussi… Au début. Puis le côté "feu" du fruit se révéla. C'était inhumainement fort, bien au-delà des piments qu'il donnait à Noirebraise. À tel point que Mathis laissa échapper une flammèche de sa bouche, faisant fondre le reste de sa glace. Heureusement pour lui, Émi s'était entraînée au Récurvite pendant les vacances, et nettoya rapidement la glace qui coulait le long de son bras. C'était un avantage énorme d'habiter dans un village exclusivement sorcier, puisque les élèves pouvaient y faire usage de magie (ça restait illégal, mais il leur suffisait d'utiliser la baguette de quelqu'un d'autre pour contourner la Trace, ce que 100% des nés-sorciers faisaient…). Mathis aurait beaucoup de retard à rattraper.

– Ah mais c'est affreux ce truc, je ne sens plus ma langue ! J'ai l'impression d'avoir léché une grille de barbecue allumé !

– T'es jamais à l'abri de ce genre de trucs ici ! se moqua Émi.

– Tiens, en parlant de truc bizarre… Ce matin dans Matin Magique, ils parlaient d'un jeune de notre âge qui fait sa rentrée à Poudlard… Ça m'a choqué, ils ont même pas parlé de ma rentrée, et ils nous parle d'un anglais…

– Ah ah, c'est vrai ils abusent ! Ils auraient au moins pu te mentionner ! se moqua Émi. Hum, plus sérieusement, je n'ai pas vu. Ils ont dit comment il s'appelait ?

– James Sirius Potter.

– Sérieux ?!

– Bah oui, pourquoi ? C'est qui ?

– Bah c'est le fils de Harry Potter ! s'écria la jeune sorcière. Attends…Tu ne connais pas Harry Potter ?!

– Euh… Ah si, le type qu'a sauvé le monde, là, que tu nous avais fait deviner !

– Que j'avais essayé de vous faire deviner. Oui c'est lui. Bah son fils aîné a notre âge, et il rentre à Poudlard.

– Mais, il ne rentre que cette année ?

– Nous rentrons un an plus tôt, à Beauxbâtons. Et nous avons huit années de scolarité, eux seulement sept.

– C'est injuste !

– Ouais mais eux c'est sept années d'enseignement général. Nous, nous avons deux ans de spécialisation. Et il est possible de quitter Beauxbâtons pour effectuer un an d'apprentissage.

Après la glace, trop rapidement avalée, les deux jeunes allèrent à la gare, pour être parmi les premiers à arriver à l'Académie. Mais lorsqu'ils entrèrent dans la gare, ils se rendirent compte que "avant les 1ère Année" ne voulait pas dire "avant tout le monde". C'était l'heure de pointe, et il leur fallut une bonne heure d'attente avant de pouvoir prendre leur jeton au guichet, et presque dix minutes de plus pour passer le tunnel.

– Aloysia !

– Aloysia !

– … Hé attends, on est censés changer de chambre, non ?

– Oui, bah on rentre dans le couloir des 2ème Année, et on prend une chambre, quoi. Et on dit gentiment aux gens qui passent que la place est réservée.

Mathis et Émeraude s'engouffrèrent dans le tunnel de Transportation, qui déboucha sur la porte du Pavillon Rouge de l'Ordre d'Aloysia. Ils franchirent le seuil, et entreprirent de monter leurs valises par eux-même avec un Wingardium Leviosa (moins maniable qu'un Locomotor Barda, mais ils n'avaient pas encore appris ce sort). Parvenus à l'embranchement du couloir des 2ème Année, Émi marqua une pause :

– J'espère que Karol aura une compagne de chambre, cette année.

– Moi aussi, Mimi, approuva machinalement Mathis.

Mais le surnom n'était pas au goût d'Émi, dont les cheveux virèrent au vert. Elle se tourna, l'air mi-furieuse mi-amusée.

– Korrigan, dévore cet importun !

– Gyaaaarh ! fit l'oiseau.

Mathis eut un mouvement de recul tel qu'il bascula par-dessus sa valise, et se retrouva cul par-dessus tête. C'était la première fois qu'il entendait le cri de l'augure, et il espérait que ce fût la dernière. On aurait dit le cri d'un humain qu'on écorcherait vif. Mélangé à la brame d'un cerf en rut. Cependant, il se devait de demander.

– Mais, on m'avait dit que le cri de l'augurey ressemblait plutôt à un chant mélancolique, pas à… ça.

– C'est normal, c'est parce qu'il ne pleut pas.

– Et ?

– Et bah en fait, un augurey ne crie que lorsque la pression atmosphérique diminue, juste avant qu'il pleuve ou au début d'une averse. S'il essaie à un autre moment, ses cordes vocales extrêmement sensibles ne sont pas en mesure de produire son cri. L'air est "trop lourd" pour elles. Du coup, bah s'il force, ça fait ce genre de bruits affreux.

– Et pourquoi il a forcé ?

– Bah parce que je lui ai demandé !

– T'arrêtes pas de dire "bah", comme si c'était évident…

– Bah oui, pourquoi ?

– Grrr… Et ne me refais jamais un coup pareil !

Après s'être installés dans leur nouvelle chambre, ils attendirent les autres. Nilüfer fut la première à les rejoindre. Elle dépassait maintenant Mathis en taille, malgré qu'il ait aussi bien grandi. Alors qu'ils s'apprêtaient à aller manger, Erwin et Karol les rejoignirent. Du coup, Émi tenta de contacter Jorge grâce au petit miroir à Double-Sens. Mais tout ce qu'elle vit, ce fut le noir total. Le miroir devait être dans sa valise. Tant pis, c'était l'heure de manger. C'est à leur table habituelle qu'ils retrouvèrent Mila. Elle semblait fatiguée, émaciée. Mais elle souriait, et les jeunes Aloysia ne l'interrogèrent pas. Ils se contentèrent de parler de l'année à venir.

– Alors, vous allez enfin pouvoir vous inscrire aux clubs de votre choix ! constata Mila. Vous savez déjà ce que vous voulez ?

– Duel ! répondirent Mathis, Émi et Nil d'une seule voix.

– Pas toi, Erwin ?

– Karol et moi avons l'intention de demander à Miss Attorney si nous pourrions utiliser le labo, pour travailler nos Potions. Et peut-être même organiser un nouveau club autour de ça. C'est dommage qu'il n'y en ait pas déjà un.

– Certes, très bonne idée. Et en sport ?

– Quidditch pour moi, Cognepoing pour Mathis et Nil, énuméra Émi. Les jumeaux… euh, Club Survie, je crois. C'est ça ?

– Moi oui, confirma Karol.

– Je ne sais pas encore… hésita Erwin. Et toi au fait, tu continues le duel ?

– Bien sûr ! Savoir se défendre est un devoir. Je ne comprends même pas que le duel ne soit pas obligatoire…

– Parce que certains en ferait mauvais usage, je pense.

– D'ailleurs, en parlant de mauvais usage, commença Mathis, comment va Lucian ?

– Ça peut aller, soupira Mila. Il se tient à carreau depuis un certain temps, espérons que ça dure. Je crois qu'il n'a pas fait une seule bêtise de toutes les vacances. Enfin à part les petits trucs habituels, comme voler aux cuisines ou mettre le feu à son lit, bien sûr.

– Il grignote entre les repas ?

– Oh non, il ne chaparde pas. Il vole. Sur un balai.

– Il faut une sacré cuisine pour ça… Ah, et comment va ta sœur ? je ne l'ai pas vu à la table de Triora et Éliza, en passant.

– Tu ne risques pas de la voir, elle ne reviendra pas.

– Comment ça !? Que s'est-il passé ?

– Elle ne reviendra pas étudier à Beauxbâtons, il y a trop de souvenirs douloureux pour elle ici.

– Mais… Comment elle va faire ? Je veux dire, pour ses études, tout ça.

– Elle a changé d'école. Elle est à la NS2H maintenant.

– NS2H ?

Nederlandse School voor Hekserij en Hocus.

– Mais encore ?

– Oh oui, désolée, j'ai repris l'habitude de parler néerlandais pendant les vacances… C'est l'Ecole Néerlandaise de Sorcellerie et Magie, à Amsterdam.

– Ah je vois.

La tablée était en train de manger, lorsque Jorge les rejoignit. Il expliqua qu'il avait tenté d'être réparti à nouveau à Aloysia, mais que le Sondeur lui avait clairement fait comprendre qu'il n'y avait pas du tout sa place. Et encore une fois, Romain Appelbaum avait été refusé à Urtica. Peu après lui, les nouveaux 1ère Année entrèrent dans le Grand Réf, timides. Avaient-ils l'air aussi intimidés, l'an passé ? Mathis détaillait les nouveaux arrivants, et… manqua de s'étouffer avec sa bouchée de riz.

Anapneo, lança Mila, ce qui libéra la trachée de Mathis, lui permettant de reprendre son souffle. Bah alors, que t'arrive-t-il ? Tu as oublié comment on mangeait du riz, pendant les vacances ?

– … Mila, quelle sont les chances que deux né-moldus, disons cousins au premier degré, soit tous les deux sorciers ?

– Hum, aucune idée. Mais c'est très improbable, pourquoi ?

– Vous voyez, la petite blonde avec une tresse sur le côté ?

– Celle qui s'installe à la table d'Eefie ? tenta Erwin.

– Oui.

– Eh bien ?

– C'est Juliette.

– Qui ?

– OH ! s'exclama Nil. Juliette !

– Juliette ? demanda Mila.

– Sa cousine, indiqua Émi. C'est bien ça Mathis ?

– Oui, ma cousine germaine. Ça va faire deux ou trois ans que je ne l'ai pas revue. Mais là… c'est impossible, je dois rêver… AÏE ! HÉ !

Nil venait de lui pincer le bras.

– Non, je confirme, tu ne rêves pas.

– J'ai pas dit "pince-moi, je rêve" ! déplora le jeune garçon.

– Pas besoin, je suis très prévenante comme amie.

– C'est ça, c'est ça. Émi, depuis ta place, t'arrive à voir elle est dans quel Ordre ?

– Mmh, attends, elle est tournée… Ah, foulard rouge. Encore une Aloysia chez les Devaux.

– Bonval, corrigea Mathis. Ce sont nos mères qui sont sœurs, et elle porte le nom de son père.

– Mais, quelles étaient les chances qu'un tel truc arrive ?

– Je vais aller demander au Sondeur.

– C'est à ce moment que la directrice se leva, pour son discours traditionnel.

– Mes chers enfants, je vous souhaite la bienvenue à l'Académie de Magie Française de Beauxbâtons. Je suis fort heureuse d'accueillir encore cette année de nouveaux étudiants dans nos rangs. Je souhaite également un bon retour aux autres. Malgré nos efforts, conjoints à ceux du Gendarmagium, un drame s'est produit lors d'une sortie extra-scolaire l'an passé. Je souhaiterais que nous marquions tous ensemble une minute de silence pour Léonie Millefleurs…

Mathis avait évité de repenser à Léonie pendant les vacances, et accusa le coup. En regardant autour de lui, il vit beaucoup d'airs tristes, mais aussi la surprise des 1ère Année. Le visage émacié de Mila s'était refermé.

La directrice rompit le silence :

– Merci à vous. Ce genre de drame ne doit jamais se reproduire. Cependant, les choses continuent de s'aggraver. Comme certains d'entre vous ont pu le constater, Miss Arabelle Videsac, qui en ce qui vous concerne est professeure d'Étude des Moldus, est absente. Elle a été victime d'une agression magique, et a dû être hospitalisé à Notre-Dame des Orages. C'est un moment difficile pour elle, et elle sera absente pendant un mois : les élèves concernés par l'option qu'elle enseigne seront donc exempts ce mois-ci, bien que je les invite à étudier leur manuel de cours dès maintenant. Je souhaite cependant vous rassurer : à l'intérieur du domaine, vous êtes en sécurité. Ce genre d'évènements dramatiques n'a que trop affecté les élèves de notre école par manque de prudence.
Tant que les choses ne sont pas arrangées, les seules sorties maintenues seront celles ayant lieu dans les villes et villages exclusivement sorciers. (des protestations commencèrent à fuser) Silence, s'il vous plaît. Toute visite de lieu historique non protégé prévue n'aura pas lieu. Les traditionnels week-ends au Perthus n'auront pas lieu. Les randonnées du Club Survie, ou de tout autre cours seront recentrées vers des zones protégées. En revanche, les sorties vers Andorre-la-Petite, ainsi que toute visite de site magique protégé, comme Karnak ou la Fosse des Loups seront maintenues, sous étroite surveillance d'agents du Corpus Scabinus. De même, les voyages à l'étranger seront maintenus, des portoloins seront mis en place pour cela.

Des murmures étonnés s'élevèrent. Ceux qui lisaient les journaux sorciers ou qui avaient pu entendre leurs proches en discuter savaient que l'agresseur était un sorcier masqué. Il n'y avait aucune raison de le trouver dans les lieux semi-moldus, et le fait que personne n'avait vu son visage en entier lui permettrait de contourner la sécurité. La décision de la directrice semblait absurde. Cependant, celle-ci continua :

– De plus, à la lumière des récents évènements, le règlement interne a été en partie révisé :
Les divers instruments de farces et attrapes sont interdits, que ce soit dans l'enceinte du château, dans le parc, ou même dans les pavillons. Les duels et autres échanges de sortilèges ne sont autorisés que durant les cours ou à l'Étage Blanc, sauf autorisation exceptionnelle délivrée par un professeur. La baignade dans le fleuve est interdite. Il est strictement interdit aux élèves de s'approcher à moins de trois mètres de la fontaine Flamel. Il est interdit de quitter son pavillon après 21 heures sans autorisation, un sortilège de filtrage garde la porte. De même, l'accès au pavillon d'un Ordre autre que le sien est interdit, sans exception ; des salles de travail communes sont disponibles la journée au rez-de-chaussée de l'aile Est, à gauche en entrant. Aucun écart de comportement ne sera toléré en dehors des deux journées de relâchement. Cela inclut tout comportement incompatible avec l'éducation. Concernant les deux journées de relâchement : Il s'agit du 31 octobre et du 1er avril. Cependant le règlement a également évolué à ce niveau. Tout d'abord de manière générale, aucune dégradation pérenne du matériel ne sera excusée, et l'usage de sorts offensifs sur d'autres élèves sera sévèrement puni. De plus, concernant les festivités de Samain, toute action perturbatrice n'ayant aucun rapport avec l'esprit de cette fête sera punie aussi sévèrement que si elle avait été commise un autre jour. Nous serons raisonnablement souples quant à ce qui entre dans la définition de l'esprit de Samain, alors ne mettez pas notre patience à l'épreuve.

– Samain ? releva Mathis.

– C'est l'équivalent sorcier de Halloween, chuchota Mila.

– Vos emplois du temps vous seront distribués demain au petit-déjeuner, sauf pour les élèves de 1ère Année qui se rendront tous à une réunion de rentrée dans la Salle de Répartition. Je vous invite à lire entièrement le règlement qui vous a été envoyé en même temps que votre lettre d'entrée, si ce n'est déjà fait. Cette mise au point étant faite, je souhaite à chacun d'entre vous réussite et épanouissement, et que votre année soit fructueuse. Nous estions ignorants, nous le seront moins d'ici l'an.

Nous estions ignorants, nous le seront moins d'ici l'an, reprirent les élèves en chœur.

Après le repas, Mathis démarra son année d'esprit rebelle en beauté, pendant que le reste des Augures l'attendaient dans le parc en regardant le coucher de soleil au-dessus des crêtes Pyrénéennes. N'étant désormais plus aussi surveillé que l'an passé, il n'eut aucun problème pour se glisser subrepticement dans la Salle de Répartition, avant d'investir un des caissons enchantés.

– Bonsoir Mathis, fit la voix éthérée du Sondeur. Je ne m'attendais pas à une visite si tardive. Je suppose que tu ne viens pas pour une répartition officielle.

– En effet. J'aurais une question technique.

– Tu veux savoir quelles étaient les chances que ta cousine soit elle aussi sorcière.

– Mais, comment…

– Je viens de sonder son esprit. Tu occupes une place importante dans ses souvenirs.

– Ah, certes.

– Eh bien, si ni vos parents, ni vos grands-parents ne sont sorciers, nous pouvons partir sur une estimation à l'échelle de la population. Si l'on prend en compte la région d'où tu viens, les sorciers du nom de Devaux ou de Bonval ayant été élèves ici, … J'estime les chances à une sur soixante-quatre.

– C'est tout ? Je veux dire, je pensais que c'était plus une chance sur un million, un truc comme ça.

– Contrairement à ce que certains sorciers issus de grandes familles aiment à affirmer, les moldus et les sorciers sont bien une seule et même espèce. C'est une question de génétique. Tu peux être un garçon ou une fille, être brun ou roux, avoir les yeux bleus ou verts. Être sorcier ou moldu.

– La magie, une question de génétique ? Attendez, je suis un peu perdu, là.

– Pas d'inquiétude, je vais t'expliquer. Il y a, très grossièrement, deux types de gènes. Les gènes récessifs, et les gènes dominants. Prenons l'exemple de la couleur des yeux. Les yeux bleus sont récessifs, les yeux marron sont dominants. Ce qui veut dire que si l'un de tes parents a les yeux marrons, peu importe ce que l'autre a, bleu ou marron, tu auras les yeux marrons. En revanche, si tes deux parents ont les yeux bleus, les tiens le seront aussi. Le "gène sorcier" est dominant. Si l'un de tes parents est sorcier, que l'autre soit sorcier ou non ne change rien, tu as de grandes chances d'être sorcier. C'est ainsi que la magie se transmet de génération en génération.

– Mais, ça n'explique pas les né-moldus. Nil les cracmols, d'ailleurs.

– Oui, et pour cela, il faut introduire deux nouveaux concepts. D'abord, celui de porteur sain. Un porteur sain est quelqu'un qui porte un gène dans son patrimoine génétique, mais qui ne l'affecte pas. C'est ce qui arrive, par exemple quand deux parents bruns ont un enfant blond, parce que l'un des grands-parents était blond, bien qu'en règle générale, on utilise le terme de "porteur sain" pour qualifier quelqu'un en mesure de transmettre une maladie génétique sans pour autant en être atteint. Tu as forcément, même à un degré très lointain, un ancêtre sorcier. Et pour le coup ta cousine aussi.

– Aaah je vois ! Mais, et les cracmols, alors ?

– J'allais y venir. L'autre concept, c'est les gènes activateurs. Si un gène est transmis sans son activateur, il n'est pas activé. Le fait intéressant est que l'un vient sans l'autre. Par exemple, si un cracmol a des enfants avec un moldu, il est fort possible que l'enfant soit sorcier, car il aura hérité le gène sorcier d'un côté, l'activateur de l'autre. En revanche, si l'un des parents est cracmol et l'autre sorcier, l'enfant aura aussi peu de chance d'être cracmol que son parent en a eu. On pourrait penser que les cracmols et les nés-moldus sont deux choses opposées, mais en fait cela n'a rien à voir. D'ailleurs, bien que rien de le prouve, il existe forcément des moldus qui n'ont aucune chance d'avoir des enfants sorciers, car porteurs sains du gène sorcier ou non, ils n'ont aucun gène activateur. De même, l'enfant d'un sorcier et d'un moldu pourrait naître moldu, à cause d'une combinaison particulière de gènes.

– C'est vachement compliqué, quand même.

– Tu es encore jeune, c'est vrai. Mais tu es intelligent, je te fais confiance pour remettre tout cela en ordre dans ta tête. Retiens cependant qu'un membre de ta famille a forcément plus de chances d'être sorcier tout comme toi, qu'un inconnu n'en aurait. Ton existence le prouve. La logique voudrait que ton ancêtre sorcier se situe parmi les ancêtres de ta mère et de celle de Justine, mais nous ne sommes pas à l'abri d'une coincidence si ta magie provient de vos pères respectifs. Ça, je ne peux point le deviner.

– Moi non plus, il est mort, fit remarquer Mathis.

– J'en ai conscience. Même si tu ne l'as jamais connu, des condoléances sont de mise, je crois.

– Merci, Sondeur. Puis-je poser une dernière question ?

– Bien sûr.

– Vous n'êtes vraiment qu'un sortilège ?

– Il est trop tôt pour répondre à cette question. Lorsque le moment sera venu, tu auras déjà appris une partie de la vérité par toi-même. Au revoir, Mathis.

– Je prends ça pour un "non", nota Mathis. Au revoir, et merci encore !

– Tu es intelligent. Tu iras loin.

Toute étrange que fut cette conversation, Mathis eut cependant des réponses à ses questions. En rentrant de l'internat, il vit sa cousine en grande discussion avec Florine Brindargent, et les trois filles des Augures.

– C'est contre le règlement… Je suis désolée, mais ça n'est pas prévu ainsi.

– S'il vous plaît, Madame ! supplia Nil. Elles sont toutes seules, c'est triste ! C'est une question de… de… d'épanouissement ! La solitude, ça craint.

– S'il vous plaît, Madame, répéta Karol. J'ai été seule toute la 1ère Année, je sais à quel point c'est dur.

– Non, c'est non. Et puis d'ailleurs, je vois sur ma liste que tu ne seras pas toute seule, une nouvelle élève rejoint les 2ème Aloysia cette année. Vous la rencontrerez bientôt.

– Elle s'appelle comment ?

– Camille Hastier. Elle vient d'être répartie à nouveau.

– Elle était dans quelle Ordre ?

– Urtica.

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Le lendemain matin avaient lieu la réunion de rentrée des 1ère Année. Puis, une fois la salle libérée pour la visite du château avec Pago Goizane, Florine Brindargent accueillit les 2ème Année pour les inscriptions aux clubs. Elle fit un rappel rapide de ce qui était proposé. À cause du Club de Débat, Célestia Attorney n'avait pu organiser de Club Potions. Cependant, pour la grande joie d'Erwin, elle avait accepté de laisser un des petits labos en accès libre, à la condition expresse que les élèves l'utilisant en avaient la pleine charge, ménage compris. Pour le matin, tous les Augures, les jumeaux exceptés, prirent le Club Duel. Erwin choisit d'utiliser le labo avec Karol plutôt que de la laisser seule dans un autre club. Pour l'après-midi, c'était plus disparate. Comme prévu, Mathis et Nil choisirent de postuler au Cognepoing. De même, Émi s'inscrivit au Quidditch. Les jumeaux préfèrent le Club de Survie. Et Jorge ? Il surprit tout le monde en inscrivant son nom sur la liste pour le Parkour.

– Qu'est-ce qui vous surprend tant ? demanda Jorge, sincèrement surpris.

Si sincèrement, que Nil éclata de rire.

– Comment dire, tu es… tu n'as pas…

– Tu es nonchalant, compléta Mathis. Tu as l'air d'avoir autant d'énergie vital qu'un veracrasse somnambule.

– J'en ai juste l'air ! s'indigna l'Espagnol. Je suis sportif ! Tu croies que je me suis sculpté un corps pareil en traînant les pieds dans un vieux château ?

– Hum, si l'on excepte ses chevilles prêtes à exploser, il n'a pas tort, souligna Nil. Comparé à lui, t'es un gringalet, Mathis.

– Hé ! s'indigna celui-ci, ce qui fit ricaner Erwin.

– Et toi t'es maigrichon, rajouta la jeune fille à son égard.

– Mais non, ça suffit avec ça ! râla Erwin. Je suis svelte.

– Ouais ouais.

– Bon, je vais faire semblant de ne pas avoir vu que Nil me drague ouvertement (celle-ci s'empourpra violemment), et finir mon explication. Aïe ! Aïe ! Arrête ça !

– JE. NE. TE. DRAGUE. PAS. Asséna Nil en frappant Jorge sur l'épaule de son poing.

– Ok, zen ! Bon ! Je suis sportif, mais pas souple du tout. Et je ne sais pas grimper.

– Quoi !?

– Chez moi c'est plutôt plat… Et pis les arbres ressemblent plus à des botrucs momifiés qu'à des chênes millénaires. Du coup ce n'est pas idéal pour grimper. Le peu que je sais vient de mes expéditions nocturnes avec la Légion.

– Tiens, en parlant d'eux, tu vas toujours les fréquenter ? Je veux dire, maintenant t'es un Augure, c'est un peu nos rivaux ?

– Disons que je suis l'ambassadeur autoproclamé des Augures dans la Légion.

– Traître à tes couleurs, proclama solennellement Nil.

– Rhoh ça va, on n'est pas un gang, non plus. En plus je pourrais négocier avec Lucian pour que les Augures aient librement accès au QG de la Légion.

– Et du coup, le parkour ? intervint Mathis.

– C'est pour sortir plus facilement la nuit. Contrairement à vous, on n'a pas de grenier secret avec une fenêtre sans barreaux. Notre grenier, c'est une boîte de nuit connue de Goizane, et la fenêtre ne s'ouvre qu'en oscillo-battant. Par contre, on a un tunnel qui débouche dans les égouts du gymnase, et faut être vachement souple et rapide pour ne pas se retrouver immergé dans l'eau.

– L'eau des égouts ? Berk !

– Non, pas à ce point ! Notre tunnel donne sur la voie d'alimentation en eau. Mais c'est une source souterraine, et elle est affreusement gelée.

– C'est fou, souligna Émi. Même nos moyens d'évasion sont différents. Les Aloysia doivent faire ruser pour s'infiltrer dans le grenier et faire équipe pour descendre. Les Urtica doivent affronter un par un l'eau glacée du souterrain. Ça reflète les valeurs de nos ordres respectifs. Je me demande comment peuvent s'évader les Lonicera…

– Ils ne peuvent pas, se moqua Jorge. Ils doivent faire preuve de patience… et attendre le lendemain matin.

– Rhoh t'es méchant.

Le reste du weekend se passa assez tranquillement. En fait, c'était plutôt cool de commencer l'année scolaire par un weekend. On avait le temps de reprendre ses marques à l'Académie sans la pression des cours. Cours qui démarraient dès Lundi 8h, avec un cours de 4h de MST. Dès leur arrivée, Mystique Pluiedeglace leur fit enfiler des énormes gants à l'aspect écailleux, et des longues capes de toiles grises.

– Qui peut me citer un sort de feu ? Octavius !

– Le Feudeymon.

– Bien joué ! Mais ce genre de magie n'est pas au programme ! Quelque chose de plus subtil ?

Incendio !

Dario Velgel avait presque crié la formule, et un puissant jet de flammes jaillit de sa baguette, manquant de faire flamber l'immense lustre de l'amphithéâtre.

– Belle démonstration, Dario. Dommage que tu n'aies pas régulé la puissance. Argent d'office pour l'Incendio, et l'Or si tu fais mieux à l'examen pratique. Bien, comme votre camarade vient de vous le montrer, et si vous l'avez manqué je vous invite à quitter ma salle de cours qui n'est pas un dortoir. La formule est très simple. Incendio. Pensez incendie. De la puissance de celui-ci dépend la conviction que vous y mettez. Albus Dumbledore, ancien directeur de Poudlard et plus grand sorcier de sa génération, était réputé pour un sort impliquant un phénix de feu géant tournoyant autour de lui. Oh il les bluffait tous, et il faut avouer que ça avait de la gueule. Mais je ne suis pas dupe. Ce n'était pas une magie secrète et surpuissante. Une simple variante de l'Incendio, une centaine d'années d'expérience, et c'est tout. Mais aussi impressionnant que puisse être ce sort, il est aussi capable d'être utilisé avec une précision chirurgicale, voire comme simple torche de feu froid. Premier exercice : Tenez vos baguettes comme des torches, et prononcez la formule, sans y mettre de puissance. Juste une prononciation parfaite.

– Madame, ça sert à quoi, la tenue et les gants ?

– Bonne question, Lucile. Les gants en peau de dragon vous protègent des brûlures. Parce que vous êtes maladroits. Et la cape est en kevlar, une matière relativement ignifugée. C'est une matière très utilisée par les moldus, qui a l'avantage de coûter bien moins cher que la peau de dragon, et bien que sa résistance soit moindre en comparaison, c'est bien suffisant, si l'un de vous atteint malencontreusement un camarade lors d'un prochain exercice. Parce que vous êtes vraiment maladroits. Allez, à vous, et je ne veux plus entendre que "Incendio", et le bruit des flammes qui prennent.

Pendant toute la première heure, les 2ème Année se démenèrent pour allumer une flamme au bout de leur baguette. C'est en voyant son visage noirci, et ses sourcils fumants, que Mathis fit le rapprochement avec toutes les autres catastrophes survenues lors des cours pratiques : Timothée Robin, le frère d'Éliza, était une catastrophe ambulante. Le pire, c'est qu'il était plutôt bon en cours, et bien que réservé, il avait l'air sûr de lui. En fait, il avait juste une malchance incommensurable. Le pauvre.

– Bravo à tous ! reprit la prof. Je vois que ce premier exercice ne vous a pas posé de problème particulier. Désolée pour tes sourcils Timothée, tu passeras à l'infirmerie pour les faire repousser si tu veux. Après le cours. Passons à l'exercice suivant. Vous allez maintenant vous essayer au véritable sort de feu. On recule le bras. On trace un Z à l'envers en prononçant la formule. Et on pousse notre sort. Entraînez-vous au geste sans baguette, sans jeter de sort. Puis je passerai dans les rangs pour une démonstration individuelle. Dès que j'ai validé la démonstration, je vous donne la page du manuel à lire, ainsi qu'une série de questions sur polyparcheminé.

Et comme prévu, la prof passa dans les rangs, demandant à chacun de faire une démonstration. Les élèves du premier rang avaient eu bien moins de temps pour s'entraîner que ceux du dernier rang. Mais un fait immuable, affectant tout élève, moldu comme sorcier, fut encore une fois constaté : les meilleurs se mettaient à l'avant. Les Augures, répartis au 3ème et 4ème rang de l'immense amphi eurent un peu de temps pour s'entraîner. Ils firent leur démonstration, et la prof fut satisfaite. Surtout par la démonstration de Jorge, qui brillait encore une fois par la précision de ses gestes. Lorsque Émi lui fit remarquer, il expliqua en chuchotant :

– Ça vient de ma baguette, ça, elle est parfaitement équilibrée, idéale pour les gestes précis. Aubépine et ventricule de dragon, 24.2 centimètres.

La baguette ressemblait fortement à une baguette de batteur. Son extrémité comportait un renflement, précédé d'un anneau, qui lui permettait une stabilité et une certaine fluidité dans les airs. Son aspect naturellement marbré, et son diamètre plus important que la moyenne donnaient l'impression que la baguette avait été sculptée dans de la pierre, ou dans une corne. Concrètement, ce n'était pas une baguette faite pour la rapidité ni pour la puissance, mais plutôt pour la précision. Ce qui, scolairement parlant, donnait un avantage énorme à Jorge, surtout par rapport à Mathis dont la baguette en forme de dague ne laissait aucun doute sur son domaine de prédilection.

Ils passèrent le reste du cours à travailler la partie théorique. À la fin du cours, la prof les avertit de la suite du programme.

– Lundi prochain, rendez-vous à l'Étage Blanc, pour travailler le tir de précision. Bonne semaine à tous.

L'après-midi, ils enchaînaient Biologie, à la serre, et Arts, au château. Bref, une course interminable, et un retard presque assuré en Arts. Ce qui leur valut à tous de devoir chanter a capella la "Mélopée des Amants Maudits", la chanson qu'ils avaient appris l'an dernier. Et que personne n'avait jugé bon de réviser.

– Retenue collective, 2h, Mercredi après-midi. Vous disserterez sur le thème de l'amour impossible, et ce sera noté. Et maintenant, sortez votre matériel d'écriture, nous entamons un nouveau chapitre. Le chant des êtres de l'eau.

Affreuse. Non, démoniaque. Cette femme était tout simplement démoniaque. Inhumaine, même. Enfin, techniquement, elle n'était pas humaine, puisqu'il s'agissait d'une vélane déchue. Mais tout de même, ça n'excusait en rien ce comportement aussi méprisant, cette haine à peine voilée.

– Grr, quelle espèce de… de vieille sorcière ! gronda Mathis, depuis son fauteuil dans la salle commune.

– Ce n'est pas une sorcière, le contredit Erwin. Les vélanes sont des êtres magiques. Je crois qu'elles n'ont même pas le droit de posséder une baguette. Pas les sang-pures, en tout cas.

– Et je ne trouve pas qu'elle fasse vieille, ajouta Nil.

– Ça, en revanche, j'en suis moins sûr. Je ne sais pas grand-chose des vélanes, mais je doute qu'elle vieillisse de la même manière que les humains. Regardez Delacour.

– La prof d'Enchantements ? demanda Mathis. Quel rapport ?

– Eh bien, sa grand-mère était vélane. Et elle a l'air d'avoir le même âge que Attorney, voire moins. Et pourtant d'après Mila, elle était déjà prof quand elle est arrivée à l'académie. Donc on peut estimer qu'elle a au moins la trentaine.

– Tu sais, l'apostropha Mathis, tu es effrayant, parfois. Même pour moi.

– Parce que je sais faire un simple produit en croix ? s'étonna Erwin.

– Ça me semble une raison suffisante, confirma Nil. Non ?

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Le reste de la semaine fut relativement similaire à l'an passé, mis à part le fait que les cours de Runes n'étaient plus en commun avec l'ensemble de la promo. Seul le Mercredi matin se démarqua. Ils avaient les même cours que l'an passé, mais inversés, soit Enchantements suivi de Potions. Le cours d'Enchantements porta sur un tout nouveau sort, que Gabrielle Delacour présenta avec enthousiasme.

– Le but premier des Enchantements est de créer. Alors comment recréer ce qui a déjà été détruit ? Mais, en le réparant, bien sûr ! Prenez vos manuels page 13, et lisez tranquillement l'introduction au chapitre… C'est bon ? Bien. Quelqu'un pour nous le relire à voix haute ? Je t'écoute, Amara.

– "De nombreux sortilèges de réparation ont été inventés et utilisés au cours de l'Histoire du monde magique, mais le sort le plus puissant de tous a été mis au point au 18ème siècle par une sorcière employée au Service des usages abusifs de la magie du ministère britannique, Orabella Nutty.
C'est en 1754 à Rome, au cours d'une course de balais volants entre deux des plus grands pilotes de l'époque, l'Italien Silvio Astolfi et l'Écossais Torquil MacTavish, qu'Orabella Nutty révéla à tous sa création. Une bagarre entre les supporters d'Astolfi et de MacTavish avait éclaté, détruisant une partie du Colisée et alertant la population moldue. Au grand soulagement des officiels du ministère de la Magie, Orabella Nutty sauva la situation en leur apprenant son sort, ce qui leur permit de restaurer l'édifice avant l'arrivée des Moldus et ainsi d'éviter la plus grande violation jamais connue du Code International du Secret Magique. Orabella Nutty reçut par la suite l'Ordre de Merlin, première classe. Son sortilège de Réparation est aujourd'hui d'usage courant. On le considère comme le sortilège le plus puissant, car il est capable de faire remonter le temps à la matière, en annulant tout dégât n'ayant pas été provoqué par la magie noire. La puissance du sort n'a de limite que la puissance de son… ou de ses lanceurs."

– Merci, Amara. La formule de ce sortilège est : Reparo. Vous prononcez la formule, puis vous faites tourner la baguette dans le sens inverse des aiguilles d'une montre d'un mouvement fluide. Pas trop vite, ce n'est pas une course. Et vous maintenez tant que l'objet n'est pas entièrement réparé. Pour la taille du cercle, c'est simple. Le cercle doit englober visuellement l'objet cassé. Visuellement, de votre point de vue. C'est ce qui fait toute la différence, et rend ce sort particulièrement puissant, car extrêmement modulable.

– Ça devient une habitude, les sorts modulables et puissants, dis-donc, chuchota Mathis à l'attention d'Émi, qui ne put se retenir de pouffer.

– Bien, je vois que la réparation t'amuse, Émeraude, commenta la prof. Je te propose donc de faire l'inverse. Détruit cette statuette. Tu te souviens forcément du sortilège de découpe ?

– Euh, oui…

– Eh bien, vas-y !

Émi s'avança dans la salle, sous les regards de ses camarades. Elle visa la statuette, un affreux gnome de jade que la prof avait posé sur une table d'appoint.

Diffindo !

La statuette se divisa en morceaux tranchés nets, et les parties tombant au sol éclatèrent à l'impact. D'un sort informulé, la prof rassembla les petits éclats qui s'étaient dispersés autour du guéridon de bois qui soutenait encore la base du gnome.

– Très bien, Émeraude. Maintenant, répare-le. J'espère pour toi que tu as bien suivi mes explications.

Reparo !

Émi prononça la formule, puis se mit à tourner le bras de manière régulière. Au bout de sa baguette, une lueur blanche donnait l'impression qu'elle essayait de peindre un cercle de lumière dans le ciel. Un tour, deux tours, trois tours… Il lui fallut sept tours, (Mathis avait compté) pour réparer la statuette littéralement explosée, à la fois par magie et par l'action mécanique de la chute. Ce sort était vraiment impressionnant. Tellement, que ça lui donnait des idées. De mauvaise idées. Des idées… de mauvais augure.

En sortant du cours pour se diriger vers le sous-sol, les Augures croisèrent Juliette Bonval, et saluèrent la 1ère Aloysia. Mathis en profita pour interroger sa cousine. Oui, elle était vraiment enchantée d'être là. Non, elle n'avait jamais senti de signes précurseurs, pas plus que lui. Mais ce n'était pas si étrange : la magie innée des jeunes enfants se révélait bien souvent dans des moments de stress intenses, ce que n'avait subi ni l'un ni l'autre des cousins. Juliette avait cependant mis le feu à un arbre de la cour dans son école. Elle s'ennuyait en cours, et le fixait par la fenêtre, se disant qu'il était vraiment affreux. Et il avait pris feu, comme ça. Oui, elle arrivait à faire voler son balai relativement droit. Non, elle ne trouvait pas que la prof d'Arts était si affreuse que ça.

– Quoi !? s'étrangla Nil. C'est pas possible, ils ont dû en embaucher une autre !

– C'est Harmonie Lunist'El, signala la jeune fille. Elle est plutôt cool !

– IMPOSSIBLE ! cria presque Nil.

– Relativisons, intervint Erwin. Elle est plus patiente avec les élèves doués (il jeta un regard éloquent à Nil, qui se retint de lui faire un doigt d'honneur, et opta plutôt pour lui tirer la langue). Tu pratiques la musique ou le chant ?

– Ouais, je joue du violon depuis que j'ai 6 ans.

– Bon bah voilà, c'est pour ça qu'elle est plus sympa avec toi, conclut Mathis.

Jeudi après-midi, l'ambiance était toute autre. C'était leur jour de repos, encore en commun avec la classe de Mila, et Jorge était libre à 15h. Face-à-face autour d'une table dans la Salle Commune A, alias le QG de Lucian, Mathis et Nil se tuaient du regard, baguette à la main. Entre eux, un rouleau de parchemin vierge. Jorge consulta sa montre, et lança le chrono.

– Top !

Diffindo ! lança Nil sur le parchemin, qui se déchiqueta.

Reparo ! répliqua Mathis, réparant le parchemin d'un tour de poignet rapide.

Diffindo !

Reparo !

Diffindo !

Reparo !

Etc… Pendant presque deux heures, les deux sorciers se livrèrent à une joute magique, et verbal, qui les laissa aphone le reste de la soirée. Une fois n'est pas coutume, ce fut Lucian, revenant de son cours de Vol, qui demanda ce qu'il se passait.

– Ils font une expérience magique, expliqua Jorge. Ils essaient de voir si le sort Reparo peut effectivement réparer un objet à l'infini.

– Et pourquoi ce parchemin brille comme ça ? Ne me dites pas que vous avez volé un parchemin luisant ! Même moi j'aurais jamais osé, ces trucs valent plus chers que dix ans d'argent de poche…

– Non, c'est un parchemin vierge tout ce qu'il y a de plus normal ! Mais je pense qu'au bout de deux heures de sortilèges constants, il doit être chargé de magie résiduelle. Je ne comprends même pas que ça ne leur ait pas encore sauté au visage.

Et Jorge ne croyait pas si bien dire. Excédée par l'absence totale de dégradation sur le parchemin, que Mathis avait encore une fois réparé, elle changea de méthode.

– Incendio !

Lorsque la flamme magique entra en contact avec le parchemin chargé de magie résiduelle, ce fut le drame. Il explosa littéralement en un flash de lumière aveuglant, accompagné d'un puissant souffle. Lorsque la vue revint à chacun, ils virent l'étendue des dégâts. La table carbonisée, les uniformes et les figures de Mathis et Nil maculés de suie. Et les cheveux de Nil, dressés en arrière, encore fumants.

– Mais… Mais… Pourquoi ?

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– Mais… pourquoi pas, Nil ? ricana l'auteur sadique.

La thèse de l'hérédité génétique de la Magie est issue d'un article disponible sur Hitek, intitulé "Génétique : Harry Potter est un mutant et nous avons les preuves". Je vous invite à foncer le lire ! D'ailleurs, c'est l'auteur de cet article qui a calculé pour moi les chances que deux né-moldus cousins soient sorciers sans que le reste de la famille le soit, en prenant en compte Bastien Bonval et Thomas Devaux (≈1/64).

À seuwivre !