Hey hey hey ! Je vois que le Bat'Show a fait l'unanimité ! rassurez-vous, maintenant qu'ils sont au courant, les Augures comptent bien y retourner ! Alors pour le mot du jour… je voudrais dédier ce chapitre agréable à la mémoire d'Alan Rickman. Always /*

Ça m'a tellement bouleversé… ça fait maintenant deux jours que je suis plongé à 99,9% dans l'univers de HP. Du coup, j'ai déjà écrit deux chapitres un tiers. Ça m'aura au moins permis de rattraper mon retard…

Réponses aux Reviews !

Coucou Ywëna ! En effet, cette petite est effrayante ! Elle sait toujours tout, n'est jamais sérieuse, et veut toujours jouer la marionnettiste dans l'ombre. En fait, elle serait la fille de Lucy et de James, avec l'ego de L'Ankou ! (oui, le mélange est assez perturbant)
Ben tu vois, je serais plutôt d'avis à dire que Juliette n'apprécierais pas du tout Lorna. Elle est trop indépendante, c'est pas une bonne marionnette.
Oui, les mascottes sont effrayantes ! Et c'est pas les seules… Tu comprends pourquoi Nil suggère que l'Albatr'Os en fasse partie ? (t'as vu leur bannière sur le Wiki ? C'est mon beau-père qui m'a conseillé !)
Oui, Ulmys est géniale ! Et la règle mystère aussi ! Mais surtout Ulmys ! C'est une fille très populaire, comme Fleur Delacour à son époque.

Hey, Sengetsu, désolé de t'avoir désignée comme ça ! Oui, il me fallait quelqu'un d'irresponsable, mais ayant suffisamment d'autorité pour pouvoir dissimuler le Bat'Show. Célestia était parfaite. Bien sûr, la directrice se doute de quelque chose. Mais ça n'existait pas encore, à son époque…

Re, titietrominet ! Je sais pas trop ce que ça donnerait, ce genre d'évènement en vrai… brrrr.
Hé ben, Juliette a fait l'unanimité, dis-donc !
L'avantage, c'est que le réveil magique ne sonne qu'une fois. Longtemps, efficacement, mais une seule fois. Avec un peu de patience, on peut finir sa grasse mat'.
Pour ce qui va se passer à Noël… Enjoy !

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9) L'Opération NOEL

Péronne n'allait pas souvent au Bourg Enchanteur. Elle s'était parfaitement intégrée au monde moldu, et une petite boutique locale lui fournissait les divers denrées et objets du quotidien nécessaires à une sorcière retraitée et son chien. Elle n'allait pas souvent au Bourg Enchanteur. Mais c'était la première fois de sa longue vie qu'elle mettait les pieds dans l'Impasse. La ruelle des Rosiers, plus couramment nommée L'Impasse, était une ruelle en cul-de-sac perpendiculaire à l'Avenue des Affaires. On y trouvait les boutiques les moins recommandables, et les rares passants semblaient s'accorder au paysage. Aussi, la vieille femme ne lâchait pas sa baguette qui était dans sa poche, prête à dégainer au moindre danger.

Elle pénétra dans la dernière boutique de la ruelle, sur la gauche. À l'intérieur, rien d'aussi ostentatoire que les têtes réduites ou les organes en bocaux qu'on attend de voir dans ce genre de boutiques. Seulement d'immenses étagères chargées de boîtes fermées et étiquetées. Entre la porte et les étagères, un comptoir auquel un vieil homme en costume sombre à moitié endormi sur un livre ouvert. Un haut-de-forme digne d'un magicien moldu alourdissait sa tête. La porte se referma en claquant, faisant sursauter à la fois le commerçant et la cliente.

– Hein !? Oh, désolé. Mes hommages, madame, salua le marchand en retirant son chapeau, dévoilant un crâne dégarni. Hum, laissez-moi deviner… Vous êtes l'auteure de la lettre de la semaine passée.

– En… en effet. Vous avez… ma commande ?

– Bien sûr, bien sûr. Deux permis de passage officiels vierges, et de quoi les remplir. Et vous ?

– J'ai quelques cheveux. Ça suffira ?

– Très bien. Donnez-les-moi. Et… l'argent. Je ne vais pas gâcher de la marchandise si vous n'avez pas de quoi payer.

– Bien sûr, bien sûr ! Tenez. Le compte est bon.

L'homme soupesa la bourse, avant de lui jeter un sort. Celle-ci disparut purement et simplement. Il se leva de son siège, épousseta l'arrière de sa veste à queue de pie, et sans même se retourner, il interrogea sa cliente en s'éloignant.

– Quels noms ?

– Hum… est-ce que…

– Les vrais noms. On ne triche pas avec la magie.

– Marianne et Thomas Devaux.

– Couleur d'yeux et de cheveux ?

– Verts pour les deux. Elle blonde, et lui brun.

– Permis total ?

– C'est ce qui était convenu.

– Bien sûr, bien sûr. Vous avez conscience que des permis de passages ne peuvent pas permettre à des fugitifs recherchés d'utiliser le réseau de Tunnels.

– Ce ne sont pas des fugitifs !

– Bien sûr, bien sûr. Vous savez aussi qu'il est très grave de faire pénétrer des moldus dans un lieu magique protégé.

– Mais, que…

– Voyons, Madame ! Pas de ça chez moi ! Il faut être stupide pour accepter de croire que deux personnes de la même famille soient simplement deux cracmols sans permis trop pressés pour attendre une délivrance officielle.

– Hum, je croyais que votre spécialité était la discrétion, Monsieur.

– Ha ha, je suis navré, ma p'tite dame ! Mais vous ne ressemblez pas à ma clientèle habituelle, aussi je tiens à vous prévenir. Aider des fugitifs vous vaudra un petit séjour à la Giraglia. Les conséquences d'une enfreinte du Secret Magique de niveau 3 vous coûtera beaucoup plus cher. J'espère que vous avez conscience des risques.

– Faites votre travail, je m'occupe de moi, se vexa Péronne.

– Bien sûr, bien sûr. Tenez, ils sont prêts. Remplis, signés, tamponnés, …

– et… scellés ?

– Et scellés, confirma le marchand. Un peu de cheveux, un soupçon de Magie Rouge, et on fait des miracles, n'est-ce pas ? Regardez, le sceau paraît authentique, seul un examen approfondi pourrait révéler la supercherie. Il suffira à vos amis de ne pas se faire arrêter.

– Merci, au revoir, Monsieur.

– Au plaisir de vous revoir, ma p'tite dame !

– Ça, j'en doute fort.

Il la crut volontiers.

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– Alors ? Alors ?

– Alors… il semble que nous devions élever un autel à la gloire de Miss Péronne Citrus ! s'exclama Mathis.

L'annonce provoqua la joie des Augures, qui savait ce que cette boutade impliquait. Cependant, Nil ne put s'empêcher de pousser la curiosité.

– … Au fait, c'est qui ?

– Ma voisine, une vieille sorcière. Dire que c'était ma nourrice, avant même que je découvre mon don. Elle nous racontait souvent des histoires de magie, Thomas adorait ça. Oh, par Mélusine, je n'en reviens toujours pas !

– Chose promise, chose due, dit Émi. J'écris immédiatement à mes parents !

– Je n'arrive pas à y croire. On va passer Noël ensembles. Avec ma famille. Au Bourg Enchanteur.

– Ouais bah ne vous réjouissons pas trop vite, le tempéra Nil. C'est que la première phase, je te rappelle. Il faut déjà qu'ils réussissent à passer.

– Je te trouve bien concernée, Nil, souligna Erwin.

– On parle de violer la loi pour la joie et le bonheur. Évidemment que je me sens concernée. Anarchie vaincra !

– … Hin hin.

Phase une : OK. Phase deux : Les tenues. Le 23 Décembre, Mathis et Émeraude quittèrent l'Académie ensemble, et passèrent la journée à faire les boutiques. Pour les "déguisements" de la famille de Mathis, mais aussi pour les cadeaux. Pour Mila, Mathis acheta un mini-Rapeltout en porte-clés. Non pas que celle-ci ait une mauvaise mémoire, mais ça pouvait toujours servir, surtout l'année du B.A.N.Q.U.E.T., source évidente de stress. Émi, elle, lui choisit un petit livre sur les héros médicomages sous le Régime de Grindelwald. Pour les jumeaux, ils avaient trouvé une paire de broches liées : quand l'un des porteurs recevait un sort, la seconde broche s'illuminait, d'une couleur différente selon la nature du sort. Ils avaient dû s'y mettre à deux pour les payer, mais ne regrettaient pas ce choix. Pour Nil, Mathis avait négocié l'écharpe enchantée qui avait tenté de l'étrangler au Bat'show. Il trouvait son idée hilarante, Émi la trouvait puérile. Mathis se vexa, et Émi se fit pardonner en choisissant une paire de gants statiques à Nil. Ces gants étaient tellement chargés d'électricité statique qu'ils faisaient dresser à la verticale les cheveux de son porteur. Oui, Nil adorerait la blague… avant de leur faire payer leur moquerie. La vengeance, base de toute amitié saine.

Le soir venu, Mathis quitta Émi sur le pas de la gare, et se dépêcha de rejoindre sa famille qui l'attendait à Chambéry. Durant tout le trajet, il se contenta d'esquisser un sourire satisfait à chaque question qui lui était posée à propos de Noël.

– Grrr ! s'énerva Thomas. Tu pourrais au moins répondre à une seule question, non ?

– Pas à propos de demain.

– Humph… d'accord. Alors, c'est vrai que Juliette est… une sorcière ?

– Ouaip. Enfin, si tu veux mon avis, elle l'a toujours été. Une vraie harpie !

– Et, euh, elle est douée ?

– Je ne sais pas trop, je ne l'ai jamais vu jeter un sort. Mais elle est toujours aussi manipulatrice, et elle semble s'être parfaitement intégrée. Au point qu'elle sait des choses que je ne sais pas au bout de deux ans, Et elle… comment dire…

– "Pas de questions", hein ?

– Ah ah, exactement !

– Pour toi ça passe, mais je vais finir par être jaloux ! Manquerait plus qu'on découvre que Bastien est aussi un sorcier, et là j'exploserais.

– T'inquiètes, aucune chance de ce côté !

– Pour moi non plus, du coup…

– On peut pas tout avoir…

– Et qu'est-ce que j'ai que tu n'as pas ?

– Un petit frère génial.

– Maman, je peux le frapper ?

– Non, répliqua calmement Marianne.

– … C'est pas juste.

Une fois à la maison, Mathis accepta de donner toutes les réponses aux questions de sa famille, et leur expliqua l'Opération NOEL. Thomas siffla d'admiration, et même Marianne ne put s'empêcher de féliciter son fils… Et de le gronder pour les risques qu'il avait pris. Il leur montra ensuite leurs tenues de soirée, spécialement adaptées au monde sorcier. Thomas grinça des dents, mais se consola en se moquant de la tenue de Mathis. Seule Marianne sembla satisfaite, la mode sorcière étant clémente cette année. Il fallait dire, aussi, que la fulgurante percée dans la mode du monde magique d'une styliste née-moldue n'y était pas pour rien. À peine ses valises posées, Mathis se précipita chez sa voisine.

– Bonjour, Mathis ! le salua Péronne Citrus.

– Bonjour, Miss Citrus ! …Bonjour à toi aussi, Kartoffel ! ajouta-t-il en caressant le vieux terre-neuve.

– J'ai les papiers pour ta mère et ton frère. Tu sais, c'est très risqué ! J'ai accepté uniquement par amitié pour ta mère.

– Je sais, j'ai reçu votre lettre. C'est très gentil de votre part ! Et ne vous inquiétez pas pour les risques. Pour citer la grande Mélusine Desmarez, "La Loi des hommes ne saurait surpasser la Loi du Cœur et de la Raison."

– Tu as des lectures bien… anarchistes pour ton âge, Mathis.

– "La France a ça de particulier qu'elle enseigne la Pensée Propre à ses enfants, avant d'interdire ses adultes d'en faire usage."

– Mélusine Desmarez, je présume ?

– Non. Olympe Maxime, dans son discours d'intronisation.

– Tu es très cultivé, jeune homme. Je suis fière de toi.

Mathis haussa les épaules.

– Je me contente d'utiliser les mots que d'autres ont écrit. Je joue mon rôle d'Aloysia à fond !

– Ah ah, je vois ça ! On dirait justement Olympe au même âge !

– Vous avez connu Madame Maxime à mon âge !?

– Oh, j'étais même à l'école avec elle ! Elle avait un an de moins que moi. Une brillante Aloysia, destinée à de grandes choses. Sans mauvais jeu de mot.

– C'est… wow. Et, euh… vous étiez dans quel Ordre ?

– Une fière Lonicera, mon petit.

– J'aurais dû m'en douter…

– Qu'est-ce qui t'as mis la puce à l'oreille ?

– L'extrême patience dont vous avez toujours fait preuve avec Thomas.

– Avec Thomas ? Oh oh ! Je ne saurais dire lequel est le pire des deux, mais tu es un infernal garnement aussi !

– … Ça aurait été à l'encontre du principe d'auto-préservation de le faire remarquer. Bon, je dois filer, ce soir c'est spaghettis trois fromages ! Merci pour tout, je vous tiendrai au courant !

– Bonne soirée à toi, Mathis. Et…

– Oui ?

– … Soit prudent.

– Je promets rien !

Mathis mangea au lance-pierre, prenant à peine le temps de respirer entre chaque bouchée, et se précipita au lit, s'endormant comme une pierre. Thomas ne se posa même pas la question : Mathis était pressé d'être le lendemain. Il avait donc abrégé la soirée pour y être plus vite. Mais pour le coup, une idée lui trotta dans la tête, et il ne put s'en défaire.

Thomas rêva que Mathis avait une montre magique qui lui faisait avancer le temps. Émerveillé par l'objet et ses possibilités, il faisait tourner, tourner les aiguilles… À chaque annonce intéressante, il faisait défiler le temps pour y être. Les Noëls, anniversaires, et autres fêtes s'enchaînaient. Et pendant que le temps passait, le monde autour de lui changeait, mais Mathis restait le même, vieillissant parfois d'un jour en un an, fêtant ses 50 ans avec sa bouille d'enfant et son uniforme scolaire à peine étroit. Plus tard, Thomas se voyait en vieillard, en train d'expliquer à son frère, plus jeune d'au moins 70 ans, le fonctionnement des voitures volantes, et la raison pour laquelle des gens roulaient malgré tout sur les routes. Dans la rue d'en face, un chauffard percuta une voiture mal garée sur le bas-côté, et l'alarme de celle-ci se mit à sonner… sonner… sonner…

– Thomaaaaaas ! implora la voix de Mathis. Si tu fais pas taire ton réveil tout de suite, j'y met le feu !

– Mmmmh… ?

– TON RÉVEIL !

– Grmbl… Ça va, ne crie pas !

– Dépêche-toi !

Thomas parvint enfin à soulever une paupière. Mathis était en train de revêtir fébrilement sa tenue de Noël. Thomas soupira, et se retourna dans son lit. Son frère vint le secouer avec énergie.

– Hé ! Te rendors pas, il est 9h passé !

– … Quoi !? C'est toi qui a mis mon réveil à 9h ?

– On prend le Tunnel à 10h30. Il y a plus d'une heure de trajet. Donc… OUI, MAGNE-TOI !

– Hé, on déjeune même pas ?

– On mangera des croissants en route, Maman est partie à la boulangerie.

– Grmbl…

Thomas consentit enfin à se lever, et à s'habiller. Il se débattit avec le gilet, qualifia l'ensemble d'affreux, et manqua d'arracher un de ses boutons de manchette en le coinçant dans un tiroir. Il descendit, eut à peine le temps d'avaler un verre de lait, et s'engouffra dans la voiture, dans laquelle l'attendaient déjà Mathis, un croissant dans la bouche, et Marianne, en pleine séance de maquillage devant le rétroviseur intérieur.

– Oh mince ! s'écria Mathis en se frappant le front. J'ai failli oublier le plus important !

Et il se précipita dans la maison. Il revint au bout de cinq minutes, portant un écrin de bois.

– Ça, c'est pour toi, Maman, dit-il en lui tendant le collier. Puis il sortit la bague, et ajouta : Et ça, pour toi, Thomas.

– C'est magnifique, mon chéri ! gloussa Marianne en admirant le pendentif serti d'une opaline vernie. Dommage, je n'ai pas de boucles d'oreilles pour aller avec…

– Elle est trop classe ! s'écria Thomas en admirant la chevalière en forme de dragon, qui semblait se lover autour du doigt lorsqu'on la portait, que Jorge avait déniché pour lui.

– Je sais que Noël n'est que demain, mais… vous allez en avoir besoin.

– Ah ?

– Ce sont des amulettes de protections. Elles sont supposées contrer les effets des enchantements Repousse-Moldus.

– Ils ont vraiment ce genre de trucs ? s'indigna Thomas.

– Secret Magique, énonça Mathis. Mais t'inquiète, ça devrait bien se passer.

– Hum… c'est bizarre, elle n'est pas froide au toucher, mais quand je la mets, j'ai l'impression d'avoir le doigt gelé.

– Je ressens la même chose dans mon col, glissa Marianne.

– C'est normal. C'est… des gemmes vampires.

– Des quoi !? sursauta Thomas.

– Des gemmes vampires. C'est des, euh… réceptacles à enchantements, qui tirent leur énergie de leur porteur. D'ailleurs, si vous ressentez un coup de barre en arrivant de l'autre côté du tunnel, c'est normal. Ça devrait aller mieux une fois la barrière franchie.

– Tu as vraiment pensé à tout, on dirait, admira sa mère.

– J'ai eu le temps d'y penser, à l'infirmerie…

– Quoi !?

– Rien rien, c'était juste un tout petit accident en sport. Rien de grave.

– Je l'espère.

– Par contre, Maman… N'oublie pas de mettre ton chapeau pointu dès qu'on est dans la Gare de Chambéry. Mais pas avant, hein !

– De toute façon, ça me gêne pour conduire ! plaisanta sa mère.

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Ça y est. Le moment de vérité. C'était leur tour.

Par sécurité, Les Devaux avaient convenus de passer en deux groupes. D'abord Mathis, qui était déjà parti, puis Marianne et Thomas ensemble, se faisant passer pour deux cracmols. Les cracmoles ayant des enfants cracmols étaient très rares, mais ce n'était pas biologiquement impossible. Le contrôleur jeta un regard rapide à leurs permis, leur tendit les deux jetons, et leur souhaita un bon trajet.

Baguettes Brisebois ! déclamèrent d'une seule voix mère et fils aîné.

Lorsqu'ils débouchèrent de l'autre côté du tunnel, sur le pas de la porte de la boutique, ils furent totalement déstabilisés. Thomas jetait des regards émerveillés autour de lui, et tenta de se retourner. Sa mère le saisit fermement par l'épaule, et le fit entrer dans la boutique. Ce n'était pas le moment de se faire remarquer.

– Bonjour ! salua la mère d'Émeraude depuis le comptoir. Je suis à vous tout de suite. Hum, ça fera un gallion et vingt-trois mornilles, Monsieur Chambard.

– Et pour le bout brûlé ?

– Laissez-là tremper une nuit dans de la cire d'entretien pour balai diluée à moitié. Vous pourrez en trouver aux caisses du Decathlon.

– Merci bien. Bonne journée à vous, et Joyeux Noël !

– De même, Monsieur Chambard. Ravie d'avoir pu vous aider… Hum, s'il vous plaît ?

– Je, heu… hésita Marianne.

… Nous sommes la famille de Mathis, intervint Thomas. Il devrait être arrivé juste avant nous.

– Oh, oui ! Vous devez être Marianne et Thomas ! Enchantée, je suis Andrea Brisebois, la mère d'Émeraude. Hum, ils sont à l'étage, je les appelle. Émi ! Mathis !

– Quoi ? répondit une voix féminine à l'étage.

– Mathis, ta famille est là !

– On arrive !

Mathis dévala les escaliers étroits derrière le comptoir. Derrière lui l'accompagnait Émi. La jolie Émi, avec ses cheveux et ses yeux pourpres. Tout le monde se salua, se présenta.

– Mon mari ne devrait pas tarder, annonça Andrea. Il est parti en excursion avec son père, à Brocéliande. Je crois qu'ils cherchent du cyprès.

– Mon grand-père est druide, expliqua Émi. Et mon père fabriquant de baguettes.

– Moi je m'occupe surtout de la vente, de la gestion du stock, et cetera. Mon mari est très doué, mais il est un peu… distrait. Et vous, que faites-vous dans la vie ?

– Je suis téléconseillère, répondit Marianne. (Andrea lui jeta une moue d'incompréhension). Je, euh, donne des conseils juridiques à distance.

– Ah, vous êtes juriste !

– En quelque sorte.

– Un métier très noble ! Mais nous parlons, nous parlons. Quelle heure est-il ? Oh, 10h45. Que diriez-vous plutôt d'aller visiter le Bourg ? Ma fille sera ravie de vous faire une visite guidée. Nous mangerons ensemble en ville à midi. Je suis désolée de ne pas vous accompagner, je dois faire tourner la boutique. Mais cet après-midi, je vous accompagnerai, je dois faire mes achats de Noël de dernière minute. Ma fille aînée sera rentrée de la faculté, et sera en mesure de me remplacer. Du moins jusqu'à ce que son père rentre à son tour.

– Bien sûr, je comprends, la rassura Marianne. Aucun souci, je serai ravie de visiter cet endroit.

– Super ! s'exclama Émi. Alors, vous voulez commencer par quoi ?

– Je dirais… d'abord les rues en fourche, depuis la banque, proposa Mathis. Il va nous falloir de l'argent sorcier. Ensuite l'Avenue des Affaires, et enfin, la rue des Artistes.

– Et, on ne va pas…

– Pas le temps, ce matin, déclina Mathis. On garde le meilleur pour la fin !

– Oui c'est vrai que ça ferait juste… M'man, on se retrouve où ?

– À la Pointe du Chapeau, à côté du glacier. Disons, midi et quart, le temps que je ferme la boutique et que j'y arrive.

– Super ! Bon ben, allons-y !

Sur leur route, ils passèrent d'abord à la Librairire, où Thomas s'émerveilla devant les étagères chargées de grimoires neufs, et de livres d'auteurs inconnus dans leur monde, mais qui semblaient rencontrer ici un franc succès, à en juger par la place qu'ils occupaient sur les étagères. Ici, pas de Poincaré, de Mérimée ou de Kant, Mais des noms comme Albebert Courtnaseau, Charlomir Feudefoint et autres Mélusine Desmarez. Après avoir convaincu Thomas de reposer un exemplaire relié de Chasseur et Chassé : Récits d'un Mordu, d'Emphiryon Lupin, ils quittèrent la grande librairie pour continuer la visite. Ils ne s'attardèrent guère devant les boutiques de vêtements, juste assez pour que Marianne constate qu'elle était effectivement vêtue à la dernière mode… ce qui eut pour effet de l'horrifier quant à l'état des finances de son fils. Lorsqu'elle l'interrogea, ce fut Émi qui la rassura.

– C'est mes parents qui ont payé vos tenues, ainsi que les passeports. Ça faisait tellement plaisir à Mathis de vous faire venir…

– Je ne peux pas accepter, enfin ! Je vais les rembourser !

– C'est notre cadeau pour Noël, répliqua Émi. Ce serait très impoli de le refuser.

– Ah ah ! Eh bien, je ne me demande pas pourquoi Mathis et toi êtes amis !

Ils firent ensuite un détour relativement rapide à l'Avenue des Affaires. Émi leur montra le Palais des Finances, juste à côté de la Bourse. Un peu plus loin, le Comptoir, lieu de trocs et de spéculations, très similaire à la Criée aux ports, moldus comme sorciers. Enfin, une fois au bout de la rue, ils passèrent devant le glacier et le restaurant où il mangerait le midi, et s'engagèrent dans la rue transversale, la rue des Artistes. Celle-ci comportait exclusivement des petites boutiques d'artisanat : bijouteries, fleuristes, ébénistes… Si l'on exceptait quelques outils volants çà et là, quelques plantes s'agitant dans leur pot, et la boutique de l'enchanteur, on aurait pu se croire dans une vieille-ville moldue. Cependant, l'heure avançait, et Émi leur proposa d'aller manger, et de revenir après, notamment pour la boutique de l'enchanteur, que Mathis voulait aussi visiter.

Au restaurant, Andrea Brisebois les attendait en terrasse. Devant elle se tenait une sorte de… loutre fantomatique. Cela avait bien la forme d'une loutre, mais c'était translucide, légèrement bleuâtre.

– Le Patronus de ma mère, expliqua Émi. Je, euh, je ne saurais pas trop expliquer ce que c'est, on ne l'a pas encore appris à l'école. Mais c'est un sort qui peut servir à envoyer un message à distance.

– … et s'il te plaît, dis à ton père de ranger ses crins de licornes quand il regaine. Ce matin j'ai surpris le fils Montemps qui essayait d'en voler une touffe qui trainait sur la tablette du comptoir. Répond vite. Je t'embrasse, ma chérie. Allez, va ! Ah vous voilà ! J'envoyais juste un message à ma grande fille, qu'elle ne s'inquiète pas. Tenez, la carte. Le serveur ne devrait pas tarder.

Ils ne mangèrent rien de trop exotique : un civet de lapin, et de la purée de carotte au cumin. Au milieu du repas, un cygne fantomatique vint rassurer Andrea sur la situation de la boutique avec la voix d'Enora, avant de disparaître. Pour le dessert, Mathis parvint à convaincre sa mère de le laisser emmener Thomas au glacier d'à côté. Ils prirent chacun deux boules. Pour lui, prune dirigeable et patacitrouille glacée. Pour Émi, marron et chocolat. Thomas voulut goûter la pastèque de feu, mais son frère l'en dissuada. Alors il choisit prune dirigeable et citron.

– C'est excellent, ce truc ! s'émerveilla Thomas en léchant la glace pourpre.

– Mais comment vous faites pour manger cette horreur !? s'étonna Émi.

– Tu te rappelles de ce qu'a dit le vendeur de pop-corn à Juliette ? Ça ouvre l'esprit ! On dirait que le tien veut rester scellé !

– Juliette aime ça aussi ? s'enquit Thomas.

– Ouaip, confirma Émi. Famille de cinglés, je vous jure !

Une demi-heure plus tard, à la boutique de l'enchanteur.

– CELUI-LÀ S'EST ÉCHAPPÉ ! Échappé, oui. Mais il s'est trompé de route.

– Euh… l'aquarium, ou le globe ?

– Baaah ! le globe, pardi ! Vous avez déjà vu un aquarium se promener tout seul, jeune homme ? Les miens sont sages !

– Grand bien leur fasse ! ricana Mathis.

– Ce type est complètement à l'ouest, chuchota Thomas.

– Un homme racontant n'importe quoi en faisant des grands gestes est forcément fou ?

– Euh… Bah oui, pourquoi ?

– Alors oui, messire l'enchanteur a le pruneau complètement cuit. Mais il est marrant !

– Hé les jeunes ! appela l'enchanteur, hurlant presque dans l'oreille de Marianne. Vous voulez pas m'acheter cette magnifique assiette-grille-pain ?

– Non, désolés, déclina Mathis. Nous allons y aller, Maître Enchanteur.

– Bon, alors, bon vent alors ! Et n'oubliez pas de vous méfier du petit chien !

– Bien sûr !

– … Hé, tu crois que le père de Jorge est aussi allumé ? suggéra Émi.

– Ça expliquerait bien des choses, acquiesca Mathis.

Après être parvenus à s'extirper de la boutique de l'enchanteur, qui s'avérait complètement fou, les cinq compagnons se dirigèrent vers le quartier marchand, pour faire les courses de Noël. Là, ils se séparèrent, et firent leurs petits achats de dernière minute, revenant chacun leur tour pour aller cacher dans la boutique les cadeaux des autres. Mathis y croisa Enora, qui se montra étonnamment plus agréable que la dernière fois. À croire que la responsabilité de s'occuper de la boutique la décentrait un peu de sa petite personne, et qu'elle se rendait compte que les gens autour pouvaient être intéressants. Enfin, lorsque chacun fut prêt, Andrea rentra à la boutique, et Émi et Mathis emmenèrent la famille de celui-ci à l'endroit le plus merveilleux du Bourg.

– Thomas, dis-moi… que pourrais-tu imaginer de plus merveilleux qu'un Decathlon ?

– Euh… c'est une question piège, ça ! Hé bien, je dirais un mélange entre un Decathlon, et ici !

– Alors… bienvenue à Magik Decathlon ! s'exclama Mathis.

Ayant parfaitement calculé son effet dramatique, Mathis fit son annonce au moment où ils tournaient dans la rue, se retrouvant face à la large devanture du supermarché sportif dédié aux articles magiques. À l'intérieur… Mathis passa la plupart de son temps à regarder son frère s'émerveiller en ricanant, se remémorant sa propre réaction plus d'un an auparavant. Même Marianne ne fut pas en reste, s'émerveillant devant les tentes enchantées. Puis, le soir arrivant, vint le moment de rentrer. C'est alors qu'ils les croisèrent. Un couple de sorciers, ayant tous deux l'air d'avoir un balai dans le derrière, regardant la foule avec mépris. La femme tenait en laisse un… chien ? Il ressemblait en tout point à un fox-terrier, mais sa queue était longue, et se terminait en fourche, comme un diable. Celui-ci tirait de toutes ses forces sur sa laisse, grondant et aboyant en direction… de Marianne et Thomas.

– Oh merde, un croup, chuchota Émi à l'adresse de Mathis.

– C'est quoi ce truc ? demanda Mathis, sur le même ton.

– C'est un genre de chien magique qui déteste les moldus. Un genre de détecteur de moldus pour sangs-purs racistes.

– Au début, la femme tentait de calmer le croup. Mais rapidement, elle se fit suspicieuse, et jeta un regard noir à Marianne.

– Serait-ce possible ? cracha la femme. Des moldus au Bourg ?

– Vous devez faire erreur, répliqua Marianne. Venez, les enfants, on y va.

– Pas si vite, intervint l'homme. Toi ! Tu es la fille des baguettistes.

– Ouaip, confirma Émi, en redressant le menton. Ça fait quoi ?

– C'est toi qui as fait rentrer ces gens ici ?

– C'est pas des moldus, insista-t-elle. Votre clébard doit avoir des ciseburines !

– Notre… Oh petite impertinente !

– Laisse, la calma l'homme en posant sa main sur l'épaule de sa femme. Je ne vois qu'une solution… Montrez-moi votre baguette.

– Pourquoi je ferais ça ? se braqua Marianne.

– Parce que je suis le 1er Adjoint du Maire, et que je peux vous faire arrêter d'un claquement de doigt, tous autant que vous êtes. Les enfants vont adorer passer Noël dans les cachots.

Alors Marianne redressa le bras, pointant la baguette de Mathis, qu'il lui avait discrètement glissée dans la main, droit sur la tête de l'homme, dans un geste digne d'un duelliste émérite.

– Je me moque de qui vous êtes, cracha Marianne d'une voix froide. Si vous menacez mes enfants encore une fois, une seule, vous n'aurez plus de doigts à claquer. Maintenant, je vous propose d'en rester là, et je vous souhaite un joyeux Noël. Oh, et la petite a raison : faites examiner votre monstre, je suis sûr qu'il n'y a pas que des ciseburines qui le tourmentent. Si vous voyez ce que je veux dire.

Elle tourna ensuite les talons, et, sans un regard en arrière, poussa ses fils vers la boutique de baguettes. Seule Émi prit le risque de se retourner, et lança une moue provocatrice au couple de pète-secs. Thomas parvint à se retenir jusqu'à la boutique. Mais une fois à l'abri, il explosa.

– T'as été géniale, Maman !

Marianne se contenta pour toute réponse d'un sourire en coin satisfait, les yeux pétillants. Émi ne se demanda pas une seconde de plus d'où Mathis tenait cette mimique. Mimique qu'il arborait en ce moment même, par ailleurs. Sa mère lui rendit sa baguette, et alla discuter avec Enora, qu'elle avait brièvement rencontrée en aidant Andrea à rapporter les courses pour le repas du soir. Ce n'est d'ailleurs qu'à ce fameux repas que Thomas et Marianne rencontrèrent Servan et Rogan Brisebois. Marianne fut complètement fascinée par Servan. Elle glissa même à Andrea, alors qu'elles discutaient dans la cuisine, qu'il lui rappelait le père de ses fils. Mathis, qui passait par là, en fut abasourdi. Sa mère ne parlait jamais de son père. Encore moins à une personne qu'elle venait de rencontrer.

Mais le véritable coup de foudre fut entre Rogan et Thomas. Un vieux druide fasciné par le monde moldu, et un moldu fasciné par la magie ne pouvaient que s'entendre à merveille. Ils passèrent le repas à discuter de leurs mondes respectifs, à deviser sur leurs avantages et inconvénients. Le dessert ne fut servi qu'après le déballage des cadeaux, et chacun vaqua à ses occupations en attendant. Thomas s'avéra être un maître des cartes. Il battait tout le monde à tous les jeux, parvenant même à mettre Rogan capot à la belote, et faisait de merveilleux tours, bluffant même les sorciers par son habileté. Lorsqu'il justifia cela par le fait qu'il cherchait à compenser son absence de magie par quelques tours ridicules, Rogan entreprit de le prendre sous son aile. Il l'emmena dans la petite cour à l'arrière de la boutique, et lui fit une démonstration de magie. Il lui fit essayer divers artéfacts qu'il portait sur lui, lui raconta des histoires impliquant des moldus ayant fait quotidiennement usage de magie, comme le fameux Arthur Pendragon, et sa non moins fameuse Excalibur, probablement forgée par les gobelins, ou encore le fameux personnage de BD Martin Miggs, le Moldu Fou, dont la seule folie était au final de faire usage de la magie via divers objets enchantés par son voisin et ami sorcier, qu'il testait pour lui souvent à ses risques et périls. Enfin, alors que minuit était presque là, ils partirent sur un débat autour d'une version du Magicien d'Oz, où celui-ci était un moldu s'étant auto-proclamé mage, s'entourant pour cela de nombreux objets et artéfacts enchantés, au point qu'il parvenait même à bluffer de véritables sorcières. Ils étaient en train de débattre sur le statut concret de ce personnage lorsque les douze coups retentirent.

Ding… ding… ding… ding… ding… ding… ding… ding… ding… ding… ding… ding !

– Joyeux Noël à tous ! s'écria le vieux Rogan. Allez, c'est l'heure d'ouvrir les cadeaux !

– Mais… ils sont où ? demanda Thomas.

Accio cadeaux !

Les cadeaux arrivaient en file indienne d'un peu partout dans la maison, et venaient tous se déposer sous le sapin. D'un geste, Rogan invita Émi et Mathis, les plus jeunes, à commencer. Mathis reçut une montre à gousset en or, une bande dessinée, et un tome plutôt massif, dont le titre n'apparaissait en lettres lumineuses que lorsqu'on le touchait : Les Secrets des Autres, de Mélusine Desmarez.

– Depuis que t'es tombé sur un extrait d'elle dans le livre d'histoire, tu passes ton temps à la bibliothèque à lire ses livres, se justifia Émi.

– Mais c'est des éditions simplifiées, et souvent censurées, intervint Enora. Alors on t'a déniché ça la semaine dernière. C'est une édition originale !

– Merci, c'est merveilleux !

Émi, elle, reçut un nécessaire d'entretien pour balai, et un lot de plumes de focifère de toutes les couleurs, de la part de sa sœur. Son grand-père lui offrit un petit bracelet enchanté dont les perles s'illuminaient au toucher, et qui sifflait si on le faisait tourner. Mathis ne sut pas quel était le cadeau de ses parents avant la rentrée. Thomas, lui, reçut un téléphone portable de la part de sa mère, et était tellement heureux qu'il en oublia presque le cadeau de son frère. Alors Mathis lui jeta un maléfice de Danse Endiablée. Celui-ci fut absorbé par la bague qui, en contrecoup, gela et paralysa le bras de Thomas pendant deux longues minutes. Lorsqu'il fut enfin remis, Thomas maudit Mathis, avant de le remercier pour ce cadeau qu'il avait déjà reçu. La bague était vraiment merveilleuse. Enfin, le dernier cadeau fut de la part de Rogan, pour Thomas. Le jeune homme lui avait vraiment plu, et Rogan pressentait un grand destin pour celui-ci. Il sortit une dague de sa poche. Le manche et le fourreau étaient relativement simples, tout juste ornés de quelques spirales. La lame, en revanche, était des plus étrange : le métal, très clair, laissait apparaître des reflets tantôt bleutés, tantôt verdoyants, et semblait très fragile. D'un geste de son bâton de druide, Rogan fit apparaître une pierre. Il frappa le caillou avec la lame. Mathis s'attendait à voir la lame se briser, mais, fait incroyable, la lame pénétra comme du beurre dans la pierre, qui se retrouva parfaitement coupée en deux. Il la tendit à Thomas, et arbora un grand sourire.

– Tiens, Thomas d'Oz, voici ton troisième artéfact. C'est une dague forgée par les gnomes, donc foncièrement indestructible. Celle-ci a un enchantement particulier : une fois qu'elle t'a été offerte, c'est impossible de la perdre. Tiens, essaie. Jette-là par la fenêtre.

– Je ne… hésita Thomas.

– Allez, fait-moi confiance ! La fenêtre de derrière, il ne faudrait pas assommer un passant malheureux.

Thomas ouvrit la fenêtre, et jeta la dague. Puis il referma la fenêtre, et attendit un quelconque signe de la part du vieux druide. Celui-ci afficha un large sourire.

– Regarde dans ta poche.

– Mais, je… Oh putain !

– Thomas, langage, gronda sa mère.

La dague avait tout simplement reparu dans sa poche.

– Juste une chose… ajouta Rogan. Quand tu rentreras au collège, n'oublie pas de la donner à ta mère. Sinon, elle va réapparaître dans ta poche, et tu risques d'avoir des problèmes.

– Sage conseil, approuva Marianne, peu réjouie à l'idée qu'on offre une arme à son fils de quinze ans.

– Merci, merci beaucoup ! Vous êtes… oh, merci !

– Ah ah, je t'en prie ! s'amusa Rogan. Mais, avant que cette satanée horloge ne nous interrompe, tu étais en train de me parler d'un moldu similaire à notre fameux magicien d'Oz, dans ce fameux roman.

– Oui, Coulter Dixon. C'est un ami de Stan Sorenson, le gardien de Fablehaven. Il…

Émi et Mathis les laissèrent discuter, et se rendirent dans la chambre de celle-ci pour discuter calmement. Ils en profitèrent pour écrire des lettres à leurs amis. Mathis et sa famille partaient relativement tôt, le lendemain, et Émi lui avait suggéré de lui confier ses lettres le jour même, pour qu'elle puisse les poster directement.

– …Mimi !

– Hum ?

– Tu crois que je devrais parler de l'Opération NOEL, dans ma lettre ?

– À qui tu écris ?

Aux Appelbaum. Une lettre groupée. Amitiés à Mila et Lucian, encouragements à Cytra, excuses à Mydian.

– Excuses ? souligna Émi.

– Depuis que je ne suis plus dans l'équipe de Cognepoing, je ne parle même plus à mes équipiers. J'agis comme si j'étais exclu à vie… j'ai un peu honte.

– Je vois. Tu vas…

– Écrire la même chose aux autres, oui.

– Super. Et, hum, tu veux le placer où, l'Opération NOEL ?

– À la suite, dans une partie destinée à Gideon, et un peu à Lucian. Je voulais lui demander de secouer les fesses de son cousin, pour qu'il se remette au Chaos. Du coup, je pense…

– … Que ça le motiverait de savoir tout ce qu'on a fait, compléta Émi.

– Exactement. Tu sais, je pense qu'on doit cela à Lucian, d'une certaine manière. Et à Beauxbâtons en général. Je veux dire… j'ai jamais été un fervent partisan des règlements, mais je me tenais généralement à carreau avant. À Beauxbâtons, on dirait que c'est normal d'agir comme ça nous chante. Tant qu'on fait ce qu'on attend de nous, et qu'on ne porte pas atteinte à la réputation de l'école, on est… libres. Tu sais ce que j'ai vu, le jour où on a ouvert la porte du QG, la première fois ?

– Le jour de la joute ?

– Oui.

– Heu… le gros bordel ?

– La beauté du Chaos ! Lucian est la preuve vivante qu'on peut faire n'importe quoi sans être destructeur. La preuve que la magie, ça peut être désopilant. Tu sais, même si cette année, il est moins… fringuant que l'année dernière, je ne pense pas qu'il a changé. Il est toujours aussi insouciant.

– Pourtant, à Halloween, il était enfermé, en train de préparer du poison anti-vampires…

– Tu sais, je crois qu'il a encore plus peur des vampires que toi ! ricana Mathis. Tu te rappelles être rentrée au dortoir dans le noir, en espérant qu'aucun vampire ne serait en avance ?

– J'étais avec vous !

– Oui, mais tu l'as fait quand même ! Lucian, lui, est resté dans le château, et a dormi sous une table, enfermé dans le QG, avec son chaudron de poison et des gousses d'ail après la porte et autour du cou.

– Vraiment !?

– Vraiment, confirma Mathis. Il m'avait fait promettre de ne rien dire, mais… C'est pour te rassurer, c'est un cas d'urgence.

– Me rassurer ? Pour quoi ?

– Te rassurer quant à notre avenir.

– Ah ? Et quel est notre avenir ?

– Simple : remettre Lucian sur la bonne voie, puis l'y suivre. Et lorsqu'il Chassera, nous serons les Rois du Banquet.

– On t'a déjà dit que tu es complètement allumé ?

– Comment, jeune fille, vous doutez de la qualité de mes globes ? s'écria Mathis d'une voix nasillarde. Mais ils sont très solides ! Celui-là ? Il s'est sauvé, et s'est laissé tomber d'une falaise. Pour mettre fin à ses jours. Vous comprenez, ça doit pas être facile tous les jours, d'être un globe sur une étagère… Celui-là s'est échappé, mais je vous jure que les autres sont sages ! CELUI-LÀ S'EST ÉCHAPPÉ !

– Ah ah ah ! Tu as retenu toutes les conneries que l'enchanteur a sorties ?

– Enchanteur ? Je ne sais pas. Mais ce type était un grand poète ! J'ai jamais autant ri intérieurement de ma vie, j'ai cru que j'allais exploser !

– Je me suis tellement mordue la langue pour me retenir de rire que je me suis fait mal !

– Dis… tu crois que si on suit la voie de Lucian, on va tourner aussi mal ? Je veux dire, la directrice m'a cité les mesures prises à son encontre pour m'effrayer, et me dissuader. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ça a marché ! Je ne suis pas prêt de resauter dans le terrain de Quidditch !

– Franchement… Regarde Gideon. Tu trouves qu'il va si mal ? Quand on le voit, on pourrait croire que c'est un fainéant, qui passe son temps avec son cousin qui a six ans de moins, à faire les quatre cent coups… Tu savais qu'il avait obtenu l'Or dans toutes les épreuves de Concours de Connaissance pour la 8ème Runesort ? Toutes !

– Non, je savais pas… Bon, j'ai fini ma lettre, on redescend prendre un bout de bûche glacée ? j'ai encore faim.

– D'accord ! Mais avant, juste une question. Quand tu dis : " l'Opération NOEL", c'est un truc comme MST ? Un, heu…

– Un acronyme ?

– Oui.

– Hé bien… c'était l'idée, oui.

– Et du coup, ça veut dire quoi ?

– Sincèrement ? Absolument rien ! Je trouvais juste que ça sonnait bien ! Mais si tu veux, je peux te proposer : "Notre Ornithorynque Est Libre".

– Je vote Pour.

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Je vote pour aussi ! Allez, à la prochaine, pour un Bal de Nouvel An un peu spécial !