Bonsoir à tous ! Bienvenue à la Finale des Concours Européens de Connaissances ! Enfin, façon de parler. D'abord, il faut qu'on monte dans le carosse, direction Mighty Adler !
Dans le chapitre précédent, un remède était annoncé pour la perte de magie, et Azazel était choppé grâce à Mauvais Augure. Pendant ce temps, les Augures passaient les épreuves pratiques des concours, et se qualifiaient presque tous pour la final. Des intellos, ces têtes de piaf !

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Réponses ! Au reviews ? Pas que !

Helluuuu Ywëna en visite ! C'est vrai t'avais disparue ! Oui je comprend, je suis moi-même en plein partiels, et je suis pas sûr d'avoir mon année… pour la deuxième fois. Bon, au pire des cas je passe en AJAC, mais j'aimerais bien valider, quoi ! Surtout que mes parents partent à l'autre bout du monde pendant les rattrapages, donc si j'ai pas à les passer, j'aurai la casa pour moi ! Bref, ce n'est pas le sujet non plus.
o_O c'est dans quoi, cette didascalie de dingue !?
Je sais pas si t'as vu, j'ai mis leurs photos sur le wiki ! Enfin, les photos de Korbaa Glazkov et Marlenaëlle d'Armonval. La prochaine fournée, c'est le Cercle de Brocéliande (+ Rogan Brisebois), et la mamie Glazkov y sera. C'est une très vieille famille sang-pure ukrainienne, donc y'a grave moyen qu'ils aient des ancêtres communs avec les Net-Net. Pour les Blacks, c'est moins sûr… Enfin, pour en revenir sur les Glazkov… la doyenne est quand même la seule druidesse noire au monde ! (Je parle de sa magie, pas de sa peau)
Tu auras des réponses à toutes tes suggestions ! Pour une fois tu ne me prend pas au dépourvu avec des question oubliées !

OH BONJOUR DREAMER ! CLIFFHANGER EST MON SECOND PRÉNOM ! Non c'est pas vrai, mais ça serait définitivement plus cool que "Thibaud". Sérieux je sais que je suis noble, mais me trimballer le prénom du pote de Jacquouille, c'est pas glamour…
Yeah ça pète de tous les côtés ! Mais bon, Le Multivers est instable, c'est ce qui fait son charme. C'est comme un Double Dense Ore dans Mystcraft (de gros câlins virils à celui ou celle qui reconnait la référence).

Re, LeFouDesLivres ! J'aime les gens cinglés. Je suis cinglé. Je m'aime. CQFFD. D'ailleurs je vais te révéler un secret qui n'en sera plus un, du coup : le premier de ma liste de persos préféré… est un méchant. Hé ouééé !
Ouaip c'est elle. À vrai dire, je pense surtout qu'il ne la prend pas au sérieux. Mais un jour il comprendra… ? Hé mais, c'est moi qui décide !

Hey Titietrominet ! hé, c'était un chapitre, pas un canari ! On ne dévore pas le chapitre ! Vilaine Rominet !
Tu me choques. Tu me blesses ! Moi, cruel ? Comment oses-tu ? Naaaaaaan ça va, un chap tous les quinze jours ! Et pis faut que j'écrive, derrière, moi ! 15 jours, c'est la garantie que j'ai le temps d'écrire au moins un chapitre entre temps, et que donc j'ai toujours de quoi publier. J'en ai des dizaines, voire centaines, de chapitre à publier, faut que je tienne le rythme ! Mais promis, si un jour j'arrive à finir les 8 tomes, je balance tout d'un coup dès que j'ai fini ! L'avantage de ce genre de promesse, c'est que ça ne m'engage à rien… Non en fait t'as raison, je suis cruel.

Tu est glauque, Sengetsu. C'est clair. J'aime beaucoup cet esprit. Alors pour ce qu'il y a sous le masque… c'est un secret ! VOUS NE LE SAUREZ JAMAIS ! Enfin, pas directement. Vous saurez ce que Flamel lui a fait, et les effets que ça a, ce qui revient quasiment au même.
Ça c'est venu tout seul, ça s'est imposé à moi par rapport à un truc prévu à plus long terme. Dans le contexte, ça collait parfaitement, un flic qui s'énerve contre les amateurs qui font son boulot. Il est jaloux, Richardounet.

Au fait, Suwan, j'ai bien pensé au rappel de la saison de Cognepoing, cette fois-ci. Ça sera dans le chapitre 19, puisque les deux qui arrivent se passent à Mighty Adler.

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Dans ce chapitre… le cheval au nom le plus improbable du monde, et des révélations pour le moins… germaniques. Et Skye.

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17) Mighty Adler (1/2)

Il était là. Le fameux carrosse de Beauxbâtons. Au bout de presque deux années, les Augures commençaient à douter de son existence. Et pourtant… À l'aide de la magie, le concierge était en train de charger les bagages des champions dans l'immense soute du carrosse, qui s'ouvrait à l'arrière comme celle d'un autobus. La précision des gestes de l'aveugle dégarni étonnait toujours autant les plus anciens élèves présents. Les Chasseurs participant à ce qui était connu dans le milieu des Concours de Connaissance comme étant le Concours des Légendes, et qui rassemblait uniquement les élèves majeurs, ils n'étaient pas présents à ce jour, à une seule exception : Élisabelle d'Armonval, née en novembre 2000, ne serait pas majeure avant la fin des Concours, et avait donc concouru dans la catégorie des 6ème Année.

L'immense porte de bois bleu ciel du carrosse s'ouvrit, et une passerelle recouverte de moquette se déroula jusqu'au sol. Attorney et Carter firent la course jusqu'en haut de la passerelle, sous le regard amusé de la plupart des élèves, qui s'étaient tous réuni pour acclamer les champions sur le départ. Ils étaient 24 : Une seule en 7ème Année, 3 en 6ème, 3 en 5ème, 6 en 4ème, 4 en 3ème, et 6 en 2ème. Ils montèrent par ordre d'âge en partant de l'aînée. Karol fermait la marche, suivie de près par Madame Maxime, qui portait une immense cape en plume d'augurey drapée au-dessus de son habituelle robe longue bleutée, et des escarpins à l'échelle de ses pieds, dont les talons lui rajoutaient quinze centimètres au bas mot.

– Ouah !

Bien qu'il n'eût rien dit, Mathis partageait la première impression de Nilüfer. L'intérieur du carrosse, encore plus immense que l'extérieur grâce à un sortilège d'extension, ressemblait à l'intérieur d'un gigantesque œuf de Fabergé. Le carrosse, réparti sur quatre étages, comportait des fauteuils et canapés, des tapis et ornements muraux… on aurait pu se croire à l'intérieur d'une des salles communes des Pavillons, qui aurait subi un sortilège de gonflage pour ressembler à une baudruche, si ce n'était l'escalier central en métal ciselé couleur cuivre, desservant les paliers de même. Ainsi, si l'on se plaçait au bon endroit, avec le bon angle, il était possible de voir jusqu'à la voûte du carrosse à travers les ciselures baroques. En jeunes gens matures et dignes, les plus âgés se précipitèrent dans l'escalier en se bousculant pour réserver le dernier étage. Blasés, les 1ère Année attendirent que ces grands crétins soient partis, pour s'installer sur les fauteuils du premier étage. Les portes se refermèrent, la directrice monta à l'étage pour rejoindre la cabine de pilotage… Et le carrosse décolla, sous les acclamations de centaines de jeunes sorciers. Les 1ère Année se précipitèrent aux fenêtres pour saluer leurs camarades, et Mathis devina aux ombres que les plus âgés avaient fait de même au-dessus.

Ça y était. Ils étaient en route pour Mighty Adler.

À vol d'abraxans, il y aurait tout de même près de huit heures de trajet, et le départ avait eu lieu à 10h30 ce Dimanche. Personne n'avait envie de dormir, et la promiscuité des lieux était propice aux rapprochements. À l'initiative de Camille, la plus sociable du groupe, ils se livrèrent à un petit jeu.

– Bon, comme c'est mon idée, je commence. Et ça vous fera un exemple. Soooo ! Je m'appelle Camille Hastier. Avant j'étais à Urtica, mais je suis parti pour Aloysia. Mes parents travaillent tous deux pour la Prévôté, l'une dans le Secret, l'autre dans la Justice. Je me verrais bien en Chasse Enchant'Art, comme mon frère. Et pour finir… J'ai un sens de l'orientation carrément pourave !

– D'accord j'ai compris ! s'exclama Nil. À mon tour ! Je m'appelle Nilüfer Azerbas. Aloysia, bien que je me demande toujours ce que j'y fous. Ma mère est dans la diplomatie, et mon père est restaurateur de monuments. Euh… ben je dirais Chasse Magus, parce que j'ai envie de botter du cul de mage noir ! Et, hum, je suis archi-nulle en Arithmancie.

La remarque fit ricaner le champion représentant cette matière.

– Ça te fait rire, le mouton ? Bah à ton tour !

Günter secoua sa tête frisée noire, et sourit de toutes ses dents.

– Je m'appelle Günter Zeitmann, se présenta-t-il de son fort accent allemand. Urtica, à mon grand désespoir. Ma mère est druidesse, membre du Cercle de Brocéliande, et mon père est grossiste en ingrédients magiques au Canada. J'hésite entre une Chasse Arithme et une Chasse Runesort, parce que je veux bosser dans les affaires. Et j'ai p… je suis mal-à-l'aise en présence de Madame Maxime.

– Supær, à moi ! Je m'appelle Mathis Devaux. Aloysia, et fier de l'être ! Ma mère travaille dans le domaine juridique. Je suis pas fixé, mais dans tous les cas ça sera Chasse Magus pour moi. Et puis quoi… eh bien disons que je passe mon temps à violer les règlements, ç'en est presque maladif.

– Moi c'est Raven Lushchek, Lonicera et fière aussi. Ma mère est ébéniste, et mon père est Oubliator. J'ai pas la moindre idée de la Chasse que je voudrais faire. Peut-être Runesort ? Et… je déteste le Cognepoing.

– Ce crime te coûtera la vie, énonça calmement Nil.

– Tu sais qu'il y a deux joueurs en face de toi, Raven ? demanda Mathis d'un ton neutre.

– Pas peur, répliqua la petite brune en haussant les épaules.

– Bon ben… à moi… Je m'appelle Karol Niafasen. Je suis à Aloysia. Mes parents… mes parents ne travaillent pas. Enfin pas vraiment. Je ne sais pas trop. D'après mon père, ils "fructifient" la fortune familiale. J'aimerais bien faire une Chasse Potions. Et… je suis Cracmole.

– Ah non ! éclata soudain Camille. Non non non ! On a dit un défaut, un truc négatif !

– Eh bien…

– NON ! la coupa la Corse. Je suis pas d'accord, ça n'a rien d'un truc négatif ! Trouve autre chose !

– Moi je suis d'accord, approuva Nil.

– Bon d'accord, acquiesça Karol. Alors… j'ai le vertige, je déteste les balais volants.

– Ça j'accepte, valida Camille. Bon ben voilà, ça fait plein de petits sujets sur lesquelles embrayer ! On en a pour un sacré moment, alors vous privez pas ! D'ailleurs, Raven, ébeniste, c'est un boulot de moldu ça, non ?

– Oui, ma mère est moldue, confirma celle-ci. Pourquoi ?

– Ben, c'est pas commun un couple moldue / Oubliator, mine de rien ! Ça serait comme un couple… chasseur / loup-garou, par exemple !

– Ben en fait… elle était une de ses missions, raconta Raven. Depuis son atelier, elle avait assisté à une agression magique dans la rue. Mon père faisait juste un effacement de routine. Mais il y a eu une variante imprévue qui a mené à l'échec de sa mission.

– Ah ? Laquelle ?

– Le coup de foudre. Quand mon père a vu ma mère… Pouf ! Fini ! Amoureux ! Et pis quand mon frère a eu trois ans, ils ont quittés la Pologne, et se sont installés sous Paris.

– Ah d'accord, super !

– Eh au fait, Camille, l'interpella Mathis. Je savais pas que le Bureau des Chasseurs dépendait du Secret !

– Bah ils sont chargés de maintenir les créatures magiques cachées aux yeux des moldus, donc ça se tient plutôt bien ! En fait, il s'avère que…

Et la discussion continua ainsi jusqu'à la fin de la matinée. Vers midi, Carter leur apporta des petits paniers repas, constituant en un sandwich au poulet, une tartelette à la citrouille, et une bouteille d'eau. Après ce repas rapide, les 1ère Année retournèrent à leurs fauteuils. La discussion générale dériva sur les abraxans, après une révélation de Raven.

– Sérieux, tu connais tous leur nom !? s'écria Nil.

– Tout à fait, confirma Raven. Alors, celle en tête, c'est Ludelii. C'est la femelle dominante. Ensuite, par paire, on a : Orion et Astra, Mihrab et Æther, Vigrid et Carrousel, et les deux abraxans de réserve, Khadga et Lupercus.

– Attends ! quel est le con qui a appelé un cheval "Carrousel" ?

– Hum, à dire vrai… les chevaux et le carrosse n'appartiennent pas à l'école, mais à la famille de Madame Maxime, expliqua Raven. De fait, c'est elle, qui les a nommés ainsi…

– Ah. Oh. Ah.

– Quelle éloquence ! se moqua Günter.

– Et si on jouait plutôt au grâbillard ? proposa Mathis en sortant une boîte de jeu d'un petit meuble.

– En équipe ? demanda Camille.

– Bah tant qu'à faire, confirma-t-il.

– Je prends Nil et Raven !

– Euh si tu veux, accepta Nil. Mais pourquoi moi ?

– Parce que tu es une grosse tricheuse, alors je veux te garder à l'œil.

– Pfeuh. N'importe nawak.

Camille jeta un regard appuyé à la grande Aloysia. Nil préféra ne pas insister, se sachant totalement en tort.

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Le carrosse filant à toute allure, la descente avait déjà été amorcée avant de franchir la frontière franco-allemande, ce qui avait permis à Karol de montrer à ses camarades son domaine. En effet, Der Brennende Gletscher Gutshof, "Le Domaine du Glacier Ardent", qui appartenait à la mère de Karol se trouvait dans le Haut-Rhin, au cœur du Parc Naturel Régional des Ballons des Vosges. À cause du couvert de la forêt et des enchantements le protégeant, ils ne purent voir le château. Mais d'après les indications de distance que leur avait donnée la jeune cracmole, le domaine était au moins trois fois plus vaste que celui déjà conséquent de l'Académie, bien que le château soit de taille modeste en comparaison. Kallistia avait elle-même hérité ce domaine de sa mère, Adélaïde Delacour-Castle. Il correspondait donc aux critères de la famille Delacour, réputée pour ses nombreuses unions hybrides avec le peuple vélan : Vaste terres boisées, habitation plus modeste, mais avec des pièces lumineuses et hautes de plafond. Nilüfer, qui avait déjà eu la chance de se rendre au Brennende Gletsher (ou Brengletsh, comme elle se plaisait à dire), ne tarissait pas de commentaires et d'éloges tout au long de la présentation de Karol.

Mathis sourit. Karol s'ouvrait de plus en plus aux autres. Et mine de rien, le fait de survoler un des rares endroits du monde où elle était traitée comme une égale de ses pairs sorciers lui déliait la langue. Elle était visiblement fière de présenter son lieu de résidence. Non pas fière d'une quelconque richesse matérielle, mais fière de partager avec tous un lieu d'amour et d'acceptation, ce dont peu de familles sang-pures pouvaient se vanter. Bien sûr, lui n'avait pas ce problème, en tant que né-moldu. Mais les autres comprenaient. Nil, bien que sang-mêlée, était la fille d'une ancienne noble sang-pure déshéritée et rejeté par sa famille Turque en raison de ses choix maritaux. Camille, bien que roturière, était sang-pure, et avait vécu dans un monde de magie, mais la majorité du temps sans ses parents.

Mathis ne connaissait pour ainsi dire rien de Raven Luschek, mais il savait par Erwin et Karol que Günter Zeitmann était issu comme eux d'une famille germano-alsacienne, mais là s'arrêtais la ressemblance. Les Zeitmann étaient une famille extrêmement puissante et secrète, détenant de la quasi-totalité des laboratoires, apothicaires, cliniques médicomagiques, … d'Allemagne. Ils tenaient pour ainsi dire la santé de tout un pays en otage. Il ne connaissait pas plus son père qu'un quelconque étranger croisé une ou deux fois dans une rue bondée. Celui-ci avait abandonné sa mère lorsqu'elle était tombée enceinte avant le mariage, pour partir travailler au Canada. Enceinte de lui, pourtant. Déshonorée, Monika Braunstein (qui se faisait appeler Monika Zeitmann pour éviter bien des questions à propos de son fils) s'était faite druidesse, et avait confié la garde de son fils à ses parents. Elle avait depuis consacré toute sa personne au druidisme, au point d'entrer dans le Cercle de Brocéliande à à peine trente ans, exploit extrêmement rare. Et pendant ce temps, Günter était élevé par des vieux sang-purs hautains et froids, pour lesquels il représentait l'incarnation vivante de la déchéance sociale de leur fille, et par extension de la famille, Günter étant officiellement un bâtard, bien que sang-pur. Oui, tous buvaient avec envie les paroles de Karol, et ce n'était certainement pas par jalousie du domaine alsacien somme toute richement banal.

Une demi-heure plus tard, le carrosse survolait une immense vallée brumeuse, dont surgissait un immense assemblage de bois et de métal, qui ressemblait à un funiculaire aux dimensions gargantuesques : les cabines faisaient au bas mot la moitié de la taille d'un bus.

– C'est quoi ce gros bordel !? demanda Camille, avec sa subtilité habituelle.

– Ça, expliqua Karol, c'est la Tyrolienne. C'est le seul accès terrestre existant pour se rendre à Mighty Adler. Le domaine est pris en ciseau entre une montagne abrupte, une falaise qui l'est tout autant, et un vaste marais compté parmi les plus dangereux du Monde.

– Le cadre est sympa, ironisa Nil.

– Les gens là-bas le sont tout autant, répliqua Karol sur le même ton.

– J'ai hâte d'y être…

Et ce fut rapidement le moment. Ils aperçurent d'abord la tour du beffroi, puis celles du château. Quelques minutes plus tard, le carrosse azuré atterrissait au milieu de la cour pavée, au milieu d'une foule d'élèves de tous horizons. Rares étaient les écoles disposant d'un transport volant, et seul le carrosse était visible.

Les élèves de l'Académie Mighty Adler étaient bien sûr déjà présents. Ceux de la Hekseri Akademiet disposaient d'un kayak enchanté d'un puissant charme d'extension, dans lequel pouvaient rentrer la totalité des champions. Ils avaient remonté le Rhin depuis son embouchure, et avait achevé le trajet jusqu'à la Tyrolienne à pied. Les élèves de la NS2H étaient venus en autobus moldus, la petite école ne disposant pas de son propre transport. Les Italiens de Fin'Arte Del Magia, eux, étaient venus en train, le gouvernement Italien prêtant gracieusement l'un des incroyables trains voyageant sur des rails magiques apparaissant devant la locomotive et disparaissant derrière le dernier wagon, qui sillonnaient tout le pays transalpin. Quant aux Grecs de Perséphone… c'était un grand mystère pour Élisabelle d'Armonval, seule championne à participer à sa seconde finale, qui avait raconté tout cela au petit groupe. Une fois descendus du carrosse, un vieil homme vint les saluer, avec un accent à peine prononcé.

– Bonjour à tous, bienvenue à l'Académie Mighty Adler. Je suis le professeur Alistair Conis, directeur-adjoint. Les quartiers de la délégation française se trouvent dans l'aile Sud du château, au deuxième étage. Votre directrice (il inclina la tête, et Madame Maxime répondit de même) connaît le chemin. Là-bas, ma collègue responsable de votre délégation vous expliquera en détail le déroulement des évènements, et répondra à vos questions. Encore une fois, bienvenue.

Il s'inclina, et invita d'un geste la délégation à disposer, avant de se diriger vers un groupe d'élèves vêtus de tenues en fourrure immaculée. Les Français suivirent leur directrice, qui avançait sans ralentir dans le vieux château un brin menaçant. Sur le chemin, ils croisèrent quelques groupes d'élèves les dévisageant, voire même se moquant ouvertement de leur uniforme. La délégation atteignit les quartiers qui leur étaient réservé : trois larges salles de cours reliées qui avaient été aménagée : le dortoir des filles, la salle commune, et celui des garçons. La directrice leur adressa quelques mots, avant de se retirer. Célestia Attorney surveillerait le dortoir des filles, Malwen Carter celui des garçons. Quant à elle, une chambre lui avait bien sûr été réservée dans la tour du directeur, qui d'après le vague geste qu'elle avait fait en direction de la fenêtre, devait correspondre au grand beffroi.

Filles et garçons étaient en train d'installer leurs affaires dans leur dortoir respectif, quand les professeurs leur demandèrent de rejoindre la salle commune improvisée. Là, une jeune femme les y attendait, accroupie devant un coffre ouvert dont elle examinait le contenu. Les voyant arriver, elle se releva, et leur sourit. C'était une petite brune aux cheveux coupés au carré, et aux yeux d'un bleu clair hypnotique. Les adolescents étaient visiblement sous le charme, et Carter n'était pas en reste.

– Bonjour à tous, mes chers sorciers en devenir, salua la jeune femme d'une voix douce et dans un français parfait dépourvu de tout accent. Je suis Skye Ingram, professeure de Métamorphose. C'est un honneur pour moi d'être en charge d'une si grande délégation que la vôtre. Tout d'abord, je vous félicite ! Arriver jusqu'ici a dû vous demander un travail exceptionnel. À moins bien sûr que vous ne jouissiez de talents innés, auquel cas cette dernière phrase ne vous concerne pas. Ensuite ! Ce que vous attendez tous : le programme de la semaine ! Tout d'abord, sachez qu'il n'y aura qu'une épreuve pour chaque matière. L'épreuve sera hybride, et se déroulera de la même manière pour toutes les matières. Vous devrez tout d'abord piocher un sujet au hasard, et l'annoncer à voix haute aux juges. Vous disposerez ensuite d'un délai, déterminé sur le sujet, pour préparer une analyse écrite dudit sujet, parfois en prenant en compte d'hypothétiques indications subsidiaires. Puis, après décryptage de votre analyse, les juges vous demanderons de réaliser une série d'épreuves, non pas prédéfinie pour chaque sujet, mais au contraire définie en fonction de votre propre analyse. Puis, selon le temps restant en fin d'épreuve, une série de questions vous seront posées, à la fois sur votre analyse, et sur la matière concernée en générale. Des questions, jusque-là ?

– Pour l'épreuve de Duel, est-il vrai que l'épreuve consistera en un combat entre élèves ? demanda une fille de Chasse, à priori Magus.

– En effet, confirma le professeur Ingram. Les champions des six écoles seront mélangés aléatoirement, et divisés en deux groupes. Les uns tireront le sujet, les autres tireront leur binôme, dont ils partageront le sujet, et qu'ils affronteront. L'analyse devra donc se faire à deux, et une partie de la note sera donc commune.

La Chasseuse approuva la réponse d'un signe de tête.

– Le planning de la semaine sera affiché sur le tableau de liège derrière vous, lorsqu'ils seront finalisés dans la soirée. Pendant les moments où vous n'aurez pas d'épreuves, vous serez intégrés à différentes classes, selon vos options, et les effectifs présents.

Quelques râlements se firent entendre, surtout parmi les plus jeunes.

– Ne vous inquiétez pas, sourit la petite brune. Vous ne serez là qu'en observateurs, ce ne sera qu'une manière d'occuper vos journées. Et puis vous verrez : je sais d'expérience que l'ambiance des cours allemands est beaucoup plus… bon enfant que celle des cours français.

– Pire que les cours d'Attorney ? chuchota Nil à Mathis. Je demande à voir !

Mathis approuva gravement.

– Point suivant : la barrière de la langue. Nous nous doutons que peu d'entre vous parlent couramment Allemand. Le fait est que c'est réciproque. Même parmi les professeurs, nous ne sommes que trois à parler Français, et seulement deux d'entre nous le parlent couramment : Herr Conis, et moi. Bien que, de fait, nous serons les personnes auxquelles vous aurez le plus affaire, une solution alternative existe depuis maintenant plus de quinze éditions.

Du bout du pied, elle fit pivoter le coffre, qui révéla son contenu : des dizaines de colliers, dont le pendentif consistait en une pierre noire sertie de cuivre.

– Des colliers traducteurs. Vous passez ça autour du cou, vous comprenez tout ce que les autres porteurs de colliers disent. Tous les professeurs et champions de toutes les écoles, ainsi que les juges, en porteront un. Un stock assez conséquent a également été mis à disposition de nos élèves, pour ceux qui décideraient de s'ouvrir un peu au monde. Pour les détails techniques : le principe de ces colliers repose sur la psychomancie : la gemme traduit la pensée profonde lié à ce que dit un porteur, et la transmet au porteur à qui elle s'adresse, celui-ci comprenant alors son interlocuteur comme s'il avait parlé dans sa langue maternelle. Pour cela, il sera nécessaire, camarades occlumens, d'abaisser vos barrières mentales lorsque vous souhaiterez utiliser le collier. Je suis désolée, mais c'est là les limitations magiques de ce merveilleux outil. De plus, les gemmes d'énergie, ces larges onyx serties en pendentif, sont des gemmes solaires : aussi, il serait de bon aloi de ne pas les porter sous votre veste ou votre cape, pour que leur puissance soit optimale. Pour la nuit, il conviendra de les remettre dans ce coffre, qui dispose de son propre système de photosynthèse. Très bien ! D'autres questions ? Non ? Alors nous allons nous rendre au banquet des champions, qui a lieu dans la cour où votre carrosse a atterri. N'oubliez pas vos colliers en sortant !

Tous se précipitèrent sur les colliers, et les enfilèrent. Tout de suite, les plus jeunes voulurent les tester.

– Ok, qui d'entre vous parlent une autre langue ? demanda Camille.

– Karol parle Allemand, moi je me débrouille en Turc, répondit Nil.

– Je parle Allemand, ajouta Günter.

– Moi, rien du tout, rejeta Mathis.

– Beh, je sais dire quelques trucs en Polonais, lâcha Raven.

– Bon ben on va tenter, alors, reprit Camille. Chacun d'entre vous va dire des trucs dans une autre langue, et on verra si ça marche.

– Je me demande ce qu'on va manger, lança Karol.

– Tiens, c'est amusant ! remarqua Günter. Je t'ai entendue en allemand, et pourtant, ce n'est pas vraiment ma langue maternelle.

– Tu dois avoir un niveau suffisant d'après le collier, alors, en conclut Mathis.

– Ça se tient, confirma Camille. Bon, alors, je sais dire un truc en Corse, mais on ne se moque pas : "Ferme-là, saloperie de chat braillard, ou je sors la .22 !"

– Quoi !? s'écria Nil.

– C'est mon voisin qui gueule tout le temps ça. Une voisine du bas de notre rue a un chat, et il miaule parfois toute la nuit dehors. Et le vioc lui gueule dessus en Corse.

– Okay ! Alors, moi, je peux dire : "C'est pas moi, je suis innocente ! Ça ? C'est pas à moi, on m'a filé un billet de vingt lirası pour le garder !"

– Je préfère même pas savoir ce qui se cache derrière cette phrase… soupira Mathis.

– Et tu oses te moquer de la mienne…, souffla Camille.

– Au moins, on peut en conclure que les colliers fonctionnent, souligna Raven.

– Certes, approuva sobrement Mathis.

La délégation française se rendit ensuite au banquet. D'immenses tables en bois, qui flottaient dans les airs sans support solides, avaient été disposées dans la grande cour pavée. Y étaient déjà installés des dizaines de champions de quatre des cinq autres écoles, les élèves de Fin'Arte n'ayant pas encore quitté leurs quartiers. Dans l'ensemble, les délégations ne se mélangeaient pas, mais il arrivait que certains élèves, parmi les plus âgés, se retrouvaient au milieu de groupes disparates au cœur d'une délégation ou d'une autre. Les Français commencèrent à se répartir à leur tour, quand un trio d'élèves allemands, reconnaissables à leur cape noire doublée de dorée, s'avança vers les 2ème Année. Karol s'arrêta, et sourit. Le garçon du milieu, un petit blond aux yeux verts, lui rendit son sourire, et ouvrit les bras en signe d'accueil. À sa droite se tenait le garçon le plus colossal que Mathis avait jamais vu. À son visage enfantin, il pouvait deviner son âge, guère éloigné du sien. Mais le garçon mesurait presque deux mètres, et avait une carrure à fendre des bûches à la main. Ses cheveux noirs frisés et ses yeux en amande, noirs eux aussi, lui donnaient un air étrange. Et à leur gauche se tenait une fille, plus grande que le blond bien que ridiculement petite à côté du colosse, dont les cheveux bruns était tressés en deux larges nattes à la mode bavaroise. Elle tenait le petit blond par le coude.

– Bonjour à tous, bienvenue ! s'exclama le blond dans un Français parfait.

Mathis remarqua qu'il portait le collier traducteur lui aussi.

– Salut Andy, répondit Karol. Les amis, je vous présente Andreas Castle, mon cousin. Andreas, je te présente Camille, Mathis, Nilüfer, et Raven. Et tu connais déjà Günter.

– Enchanté ! Mon grand ami ici présent se nomme Jonah. Et voici Greta, ma petite-amie.

– Enchantée, répéta celle-ci.

Ledit Jonah se contenta de hocher la tête en souriant affablement.

– Que diriez-vous de discuter à table ? proposa Andreas. Je vous invite à la table d'honneur.

– La table d'honneur ? releva Nil.

– C'est la table normalement réservé aux champions ayant déjà gagné la finale au moins une fois, lui expliqua Karol à voix basse. Comme Élisabelle.

– Mais on n'a pas gagné, nous ! Et lui, d'ailleurs, il a gagné ? demanda-t-elle en désignant le petit Allemand qui les devançait.

– Impossible, il est trop jeune, soupira Karol. C'est sa première participation, comme nous. Mais on ne refuse rien à un Castle. On est en Allemagne, ici la volonté des Castle surpasse même la loi.

– La classe, tu peux faire tout ce que tu veux, alors !

– On est en Allemagne, répéta Karol. Ici, les cracmols ne sont pas mieux traités que les moldus. C'est même généralement pire.

– C'est réjouissant, tout ça ! ironisa Camille, s'immisçant dans la conversation. Un conseil de survie de dernière minute ?

– Oui, approuva gravement Karol. Si votre interlocuteur s'appelle Castle, Koenig, Zeitmann, Rosengart ou Faust : il a toujours raison. Ne contredisez jamais ces gens. Les quatre derniers vous causeront de gros ennuis. Les premiers ont foncièrement droit de vie ou de mort sur tout être vivant foulant le sol germanique.

– Et les Niafasen ? demanda Nil.

– Leur pouvoir est surtout financier : la politique est une façade. Le Ministre est un pantin entre les mains des Castle. Ce n'est pas pour rien que la fille du Ministre et mon père sont tous deux mariés à des Castle. Vous n'avez rien à craindre des Niafasen, si ce n'est un mauvais sort si jamais vous osez prononcer…

On n'entendit pas la fin de sa phrase.

– Quoi !? demanda Nil, dans toute sa subtilité habituelle.

– Chut, moins fort ! la morigéna Karol. "Reichsratte". C'est une insulte sur notre famille. Mon père s'en est toujours moqué, et ne nous en a parlé qu'informellement. En revanche, du côté du Ministre, ce n'est pas la même. Andreas m'a raconté que celui-ci, leur grand-père, leur a appris à faire usage de magie noire sur toute personne prononçant ce mot. Ne vous inquiétez pas, Andreas n'est pas du tout comme ça. En revanche, son frère Lothar est un vrai taré. Aucune chance que ce crétin soit présent parmi les champions des Concours, mais il peut rôder dans les couloirs à n'importe quel moment, le couvre-feu ne s'appliquant bien sûr pas aux Castle. Et leur sœur Kirsten, qui est en Grade 7 : elle est majeure, et une Castle, donc "légalement" autorisée à tuer quiconque lui porte préjudice, elle seule étant en mesure de déterminer si préjudice il y a.

– … il a l'air sympa, ton cousin Andreas, résuma Mathis.

Karol sourit. Ce garçon ne changerait jamais.

Le banquet se déroula plutôt bien. En plus des six 2ème Année Français, Andreas avait invité quatre élèves de Perséphone, deux filles et deux garçons, ainsi que des frères jumeaux de Fin'Arte. Les Italiens se reconnaissaient par leur longue blouse blanche de peintres, ouverte et les manches retroussées. Les grecs, quant à eux, étaient les seuls à ne porter aucun signe vestimentaire distinctif. Cependant, les quatre portaient un collier en argent, qui s'emmêlait parfois avec la chaîne du collier traducteur. Le pendentif plat, en argent lui aussi, représentait un symbole en relief. Trois avaient le même, le quatrième en avait un différent.

– Ils représentent quoi, vos colliers ? demanda Nil.

– Ils représentent notre guide spirituel, expliqua l'un des garçons. Il est coutume chez nous de choisir un Dieu de l'antique mythologie, et de suivre ses préceptes en guise de ligne directrice pour nos études.

– Ah, sympa ! et c'est quoi, le vôtre ?

– Déspoina, Stélios et moi sommes disciple de Zélos, expliqua l'une des filles, Psamáthē, en montrant son pendentif qui représentait un ange en essor. C'est la divinité de l'ardeur et de la rivalité, le guide des duellistes.

– Et moi, ajouta Kléarchos en arborant son pendentif représentant un papillon au cœur des flammes, je suis un disciple de Prométhée, le guide des prescients.

– L'écoutez pas, ricana Déspoina, il se la joue parce que Monsieur sait lire dans une boule de cristal. Rien de bien transcendant.

– Tellement peu transcendant que tu en es incapable, répliqua Kléarchos, taquin.

– Je m'en passe très bien. Je suis déjà trop occupée à gagner tous les tournois de duel.

– Vous avez des tournois de duel !? s'intéressa Iago, l'un des jumeaux Italiens. Eh, Erio, écoute ça ! s'écria t'il en secouant son frère par l'épaule.

– Nous aussi, on a des tournois de duel… intervint Nil.

– La chance ! s'extasia Iago.

– C'est interdit chez nous, expliqua Erio. Parait que ça a mal tourné, un jour. Et paf, plus de duels.

– C'est… triste, constata Camille.

– C'est injuste ! s'écria Iago. Allez, racontez-nous comment c'est ? Ça se passe comment ?

Étrangement, tous les regards du petit groupe Français se tournèrent vers Mathis. Étrangement… pas tant que ça. Il était tout de même dans le top 5 du tableau des honneurs, depuis qu'il avait battu la championne en titre, Lorna. Mathis fit craquer ses doigts, tirant une même grimace à Déspoina et Greta, puis entama sa présentation.

– Tout d'abord, tu te diriges vers la zone de duel, et tu ne penses qu'au combat à venir. Tu fais face à ton adversaire, tu le jauges du regard. Ce n'est pas un combat à mains nues, mais un duel magique. Tu as une baguette magique, ton adversaire aussi : tu te dis que tu as toutes tes chances, à armes égales. Puis, tu salues, comme ceci (Mathis fit la démonstration du salut traditionnel, tirant un soupir extatique à Iago), tu te retournes, et tu avances de trois grand pas. Tu te retournes subitement, EN GARDE !

Son exclamation soudaine tira un cri de surprise à Déspoina.

– Et là, continua Mathis, il y a un moment de battement. Il dure moins d'une demi-seconde, mais le temps semble s'arrêter. Le temps de croiser le regard de ton adversaire, et de le jauger. I ce moment précis une décision vitale à prendre : Lequel de nous deux attaquera le premier ? L'un devra attaquer, l'autre se défendre. Il n'y a pas d'autres cas de figure. Si les deux attaquent en même temps, les deux perdent. Si les deux se protègent en même temps d'une attaque qui ne viendra pas, le moins rapide des deux perdra un temps précieux pour se rétablir avant la prochaine passe.

– Et comment on choisit le sort qu'on va utiliser ? demanda Kléarchos, qui, contrairement à ses camarades, ne pratiquait pas le duel.

– On ne choisit pas, intervint Psamáthē. Chaque sort est préparé d'avance. Non pas dans une séquence prédéfinie et prévisible, mais dans un cas de figure particulier : Si mon adversaire utilise tel sort et qu'à l'issue de la passe nous nous retrouvons dans telle configuration, alors je dois répliquer de telle manière. L'idéal étant de prévoir au moins deux sorts pour chaque cas de figure, afin d'être moins prévisible. Et pour l'être encore moins, eh bien…

– … il faut provoquer les situations favorables, termina Mathis. Bien sûr, ce n'est là que la théorie. Et lorsque tu affrontes un adversaire bien plus doué que toi, celui-ci la connaît tout autant sinon plus. Mais il a en plus l'avantage de te surpasser en pratique. Alors comment gagner dans ces conditions ?

– Prier ? suggéra Erio.

– Non, par Merlin ! ricana Mathis. Il y a quelque chose que vous avez et que votre adversaire, si puissant soit-il, n'a pas. Votre esprit. Il a le sien, vous avez le vôtre. Peu importe l'expérience qu'il a, peu importe le nombre de sort qu'il connaît, il y a toujours une variable sur laquelle il n'aura jamais aucun contrôle, contrairement à vous : votre imprévisibilité. J'ai une amie, très douée en duel, qui utilise des sorts de lumière en plein milieu du duel. Vous êtes concentré sur le combat, les yeux rivés sur votre adversaire. Et là, elle ferme les yeux, et vous ne comprenez pas à temps qu'elle est en train de prononcer la formule du Lumos Solem. Et vous êtes encore aveugle lorsqu'elle vous désarme. Bien sûr, chacun à son truc, et chaque duel est différent. La championne Junior actuelle de duel de Beauxbâtons, elle, a une tendance agaçante à parler pendant tout le combat, au point de déconcentrer son adversaire. Et la seule fois que j'ai gagné contre elle, c'est en entrant dans son jeu et en lui répondant. Car bien sûr, chaque technique a sa parade. Et chaque parade, sa contre-parade. Tu comprends l'idée ?

– C'est une boucle infinie, en quelque sorte, tenta Iago.

– Tout à fait. Énormément de critères entrent en jeu dans un duel. Un seul fera pencher la balance. Et le vainqueur ne sera pas forcément celui qui a tous les atouts pour lui, à partir du moment où son adversaire en possède encore un seul, même infime. Le duel, c'est au final une simple histoire de balance.

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Le lendemain matin, les 2ème Année n'avaient pas d'épreuve. Ils furent donc libres de circuler dans l'immense château jusqu'à 10h. Karol, Mathis et les jumeaux Italiens Iago et Erio accompagnaient le duo inséparable d'Andreas et Jonah, dans une visite guidée.

– Au fait, où est Greta ? demanda Karol alors qu'ils observaient le marais depuis le sommet de la tour Nord.

– Elle est en cours, répondit Andreas. Elle a choisi Études des Espèces Terrestres. Jonah et moi avons choisi respectivement Biologie et Étude des Esprits. D'ailleurs, à 10h vous la retrouverez en Métamorphose, tandis que nous serons tous deux en Magie Combattive.

– Ah, vous êtes séparés en Naturelle et en Magique ? comprit Karol, qui connaissait le système de Mighty Adler. Et aucun de vous n'a demandé à changer ?

– Je déteste la Métamorphose, et pas moyen de la convaincre de venir en Magie Combattive, râla Andreas. Si j'étais comme mon taré de frère, il y a longtemps que je l'aurais menacée pour l'y forcer. Mais ça ne serait pas bon pour nous…

– Lequel frère ? ricana Karol. Ils sont tous tarés !

– Hieronymos. Lothar n'est pas comme ça, lui serait plus du genre à la convaincre d'abandonner totalement pour venir zoner avec lui.

– Certes ! Tiens, d'ailleurs, c'est étrange qu'on ne l'ait pas encore croisé !

– C'est normal, intervint Jonah, habituellement peu loquace. On s'est arrangé pour que notre petite visite ne croise jamais son trajet habituel.

– Lothar est trop idiot pour être imprévisible, asséna Andreas.

– Bonjour l'ambiance dans la famille ! commenta Iago.

– Hé, je voudrais pas casser l'ambiance, mais on va être en retard en cours ! s'immisça Erio. Vous autres Français avez peut-être cours au pied de cette tour, mais la délégation italienne est attendue dans l'Aile Ouest, pour un cours d'Alchimie.

– Eh bien, descendons, alors, proposa Andreas.

En bas de la tour, le petit groupe se sépara, et chacun se rendit à son cours respectif. Devant la salle de cours de Métamorphose, le reste des 2ème Année Français attendaient Mathis et Karol. Quelques minutes plus tard, les élèves allemands qui sortaient de cours les rejoignirent au compte-goutte. Il y eut quelques questions de curieux, mais la majorité des élèves ne portaient pas de collier traducteur. Les Allemands étaient un peuple certes accueillant, mais la communication n'était décidément pas leur fort. Greta arriva enfin, et salua les Français.

– Vous allez voir, elle est géniale ! s'enthousiasma-t-elle. En plus, il parait qu'elle a préparé un cours spécial pour vous.

– Ça fait plaisir ! constata Günter.

– Ça fait peur… répliqua Nil.

Ils durent encore patienter un peu, avant l'arrivée de la prof. Celle-ci était en grande discussion avec un trentenaire roux, l'homme le plus maigre que Mathis avait jamais vu. Au bas mot, il devait faire trente kilos pour un mètre quatre-vingt. Son visage décharné arborait pourtant un sourire affable, et il discutait avec entrain, ponctuant ses paroles de gestes avec ses mains longues et osseuses. Atteignant le groupe d'élèves, il salua la petite Allemande avant de partir de son côté, et celle-ci s'adressa à ses élèves.

– Bonjour à tous ! Pas trop dur, le réveil ce matin ?

– Tu parles ! cracha un garçon. Lothar-é s'est mis à jouer de la cornemuse à six heures !

– Andreas m'a suggéré une idée, intervint Greta. Il faudrait l'enfermer dans les catacombes tout le weekend, et le libérer le Lundi à 8h00 tapante.

– Je note la suggestion, s'amusa la prof. Bon, on tape le barbeuc ici, ou on rentre dans la salle ? Allez, on se dépêche, j'ai une petite surprise pour vous.

Le groupe entra dans la salle. Nilüfer, qui s'offusquait à l'idée qu'on puisse tutoyer un professeur, était complètement sidéré par la conversation de comptoir qui venait d'avoir lieu. Les élèves parlaient avec la prof comme si elle était l'une d'entre eux !

– Comme vous vous en souvenez tous parfaitement, puisque chacun d'entre vous a fait le devoir que je vous ai demandéééé… (La prof balaya la salle d'un regard accusateur, tirant des toussotements de gênes à certains cancres), nous travaillons en ce moment sur la métamorphose des petits animaux. Cependant, je vais reporter ce cours à la semaine prochaine (les soupirs de soulagement se multiplièrent), pour parler de quelque chose au programme de Grade 5 : la Métamorphose Humaine. Qui peut m'expliquer la différence entre la Métamorphose Humaine, et l'Animagie ?

– Elle réside dans le contrôle mental, répondit un gros garçon roux. Un animagus prend la forme corporelle de son animal-totem, et conserve la majorité de ses facultés mentales et magiques, seule sa physiologie et ses réflexes s'adaptant à sa nouvelle morphologie. Les métamorphes, eux, se transforme entièrement en animal, leur forme humaine étant conservée sous forme de magie latente. Ils ont alors besoin d'une intervention extérieure pour se retransformer.

– Félicitations, Kristoff ! Magnifique explication. Je vois que tu es prêt pour l'épreuve finale de Métamorphose ! Quelqu'un d'autre pourrait me définir ce qu'est l'animal-totem dont Kristoff nous a parlé ?

– C'est l'animal correspondant à notre nature profonde, expliqua Greta. C'est l'animal dont on prendra la forme en tant qu'animagus. C'est l'animal qui viendra à nous si l'on fait appel à un familier. Et c'est généralement la forme que prend notre patronus, le seul des trois pouvant changer au fil du temps.

– Excellent, Greta. Alors, les enfants, qui d'entre vous connaissent un animagus ?

Plusieurs mains se levèrent. "Ah, tiens !, ils savent lever la main, finalement !" pensa Nilüfer avec ironie.

– Qui donc ? demanda alors la prof.

– Ma mère !

– Mon oncle !

– Les finalistes du Concours des Légendes, dans l'épreuve de Métamorphose l'année dernière.

– Vous !

– En effet, Greta, sourit Skye Ingram. Mais, à quelle occasion m'as-tu vu me transformer ?

– Pendant la fête nationale, Skye. T'étais avec le vieux, vous étiez moitié bourrés. Et paf ! grosse bestiole dans la rue, petite panique générale… C'était hilarant !

Les yeux de Nil étaient sur le point de tomber sur la table. Même Camille, habituellement irrévérencieuse, n'en revenait pas. Karol et Mathis, eux, restaient blasés. L'une par habitude, l'autre par désintérêt.

– Qui d'autre m'a déjà vu me transformer ?

Personne ne répondit.

– Dans ce cas…

Et Skye Ingram se changea. En un instant, elle tripla de volume, ses habits disparaissant sous de larges écailles immaculées. À la place de la petite prof se tenait maintenant un monstre reptilien de taille colossale.

– C'est quoi ce bordel !? s'écria Raven.

– C'est un dragon de Komodo, expliqua Greta.

– Un dragon ? persifla Nil. Je veux pas nier l'énormité du monstrueux bordel à écailles ci-présent, mais un dragon, c'est pas du genre… beaucoup plus gros ? Avec des ailes ?

– Le varan, ou dragon, de Komodo, est une espèce de varan, et la seule affectée par le phénomène de gigantisme insulaire.

– De gigan-quoi ?

– Gigantisme insulaire. Un phénomène d'évolution qui fait que les animaux sans prédateurs vivant dans un espace restreint, généralement une île d'où l'adjectif insulaire, ont tendance au fil des générations à acquérir une taille inhabituellement grande, et ce afin d'assurer la pérennité de sa suprématie sur ledit espace. Par contre, habituellement, c'est plutôt vert, les varans. Mais je pense qu'il s'agit dans son cas d'un varan albinos. Les reptiles, contrairement à la plupart des mammifères, n'ont pas les yeux rouges lorsqu'ils sont atteints d'albinisme.

– T'es une tête, toi ! constata Nil.

– Ah, heu, merci, répondit Greta, gênée. Je… je suis la première de ma classe en Étude des Espèces Terrestres.

– Je veux bien te croire !

Puis, aussi soudainement qu'elle s'était changée, la prof reprit sa forme humaine.

– Question piège ! s'exclama-t-elle soudainement. Lequel d'entre vous a remarqué qu'un hibou s'était posé sur mon bureau pendant ma démonstration ?

Les élèves tournèrent tous leur regard vers de grand-duc cendré qui trônait sur le bureau professoral. Personne ne l'avait vu entrer, et pourtant l'oiseau était assez impressionnant. Frau Ingram alla détacher la missive à la patte de l'oiseau, qui claqua du bec. La prof répliqua en montrant ses dents et en sifflant comme un cobra. L'oiseau eut un mouvement de recul.

– Hum… Y a-t-il une Nilüfeur… Azerba ici ?

– Nilüfer Azerbas, corrigea celle-ci. C'est moi.

– Ah, très bien, Nilüfer. Tu es attendue au pied de la tour du directeur, pour la préparation à la première épreuve de votre tranche d'âge. Enchantements et Métamorphose, hein ?

– Oui M'dame.

La prof consulta sa montre. Mathis jeta un coup d'œil à celle de Camille : 10h43.

– Parfait ! Nilüfer, Greta, je vais vous accompagner ! Les autres… eh bien vous êtes libres.

Les trois ramassèrent leurs affaires, et quittèrent la salle, sous le regard blasé des petits allemands, et ahuris des Français. La prof venait juste de se barrer au bout d'une demi-heure de cours, après être arrivée en retard de presque dix minutes. Bien sûr.

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Voilà pour cette première partie ! La prochaine dans 15 jours ! Sur ce, vu que je n'ai plus qu'un partiel jeudi prochain, je vais me mettre à fond sur le prochain OS, qui sera Arnhem (désolé pour ceux qui attendaient Perséphone, mais je vais finalement continuer dans l'ordre, et ce que j'ai écris pour Persé… bah ça me donnera de l'avance quand j'y serai !)