Qui n'é c'est que v'là-t-y pas ? Hé oui, c'est Zeidra que rev'là ! Me suis dit que 15 jours c'était super long entre deux parties, alors… coucou !

Dans la partie précédente, les pious-pious de BeauX faisaient un jouli voyage jusqu'à la grande Mighty Adler, pour assister à la finale des Concours Européens de Connaissances, et faisaient… connaissance de quelques individus parmi les champions des autres écoles, dont ce cher Andreas. Et maintenant, on entame la seconde partie de ce double chapitre, qui couvre les épreuves, plus un cours avec le meilleur prof du Monde (désolé mais dans mon cœur, il bat même (bien que difficilement) Mocking !). Fin brèfle, enjoy quoi !

.

Ah oui, les réponses au RevVviews !

Salut Suwan ! Oui tu imagines très bien, et pas que là si tu veux tout savoir.
Il me semble que non, elle n'est pas apparue dans l'OS. Mais ils ont séché l'aprem de cours le premier jour de la rentrée, pas idéal pour rencontrer des profs…
Oui les résultats arrivent, et encore merci pour m'avoir prévenu de cet… inceste involontaire.
Ah, et pour ce dont on a parlé, il y a deux noms dans ce chapitre que j'avais oublié, qui pourrait t'intéresser.

Cc mon ami le Fou (apparemment, pas que des livres) ! Oui ça peut se faire. Par contre, c'est déjà prévu pour d'autres, et de manière violente. Imagine ce que peux faire un mélange famille/amitié/amour/magie noire dans une dispute ?
La semaine dernière, ma collègue Dreamer me l'a confirmé : le Multivers est un gros repère de cinglés en tout genre. Je parie que c'est tous les profs échappés d'asile qui viennent y enseigner…
Vive moi, alors !

Bienvenue Mayoune ! Mais je te connais toi, j'ai lu ce pseudo des dizaines et des dizaines de fois sur les fics d'Ywëna ! Tu me fais très plaisir, merci pour tout, et surtout pour être là !

Salut Dreamer ! Alors désolé, on va pas trop se promener ici… Par contre il reste toujours la possibilité d'un OS / une fic sur Mighty Adler en 1945, et si ça se fait, promis on se promènera dans touuuus les recoins !
Japon ? Tu veux dire avec MDS, ou c'est juste une envie comme ça ? En tout cas, de mon côté, je suis en train de finir le chapitre 2 de Salem, et ensuite j'attaque l'OS sur Arnhem (Australie, une école flottant sur un radeau géant, ça te dit ?)

Hello Sengetsu ! Ta tête va très bien, j'en ai jamais parlé (sauf une vague mention au début du tome 1) pour la bonne raison qu'il n'en parle jamais. Sinon… tome 3, chapitre 5 (désolé c'est loin !)
Holà en effet, tu n'as pas envie de les vexer. Ça serait dommage !
Et comme ça, elle va mieux, ta hâte ?

.


.

18) Mighty Adler (2/2)

Stressée. Stressée ? non. Traumatisée. Extatique. Déprimée. Vivante. Morte. Haut. Bas. Gauche. Droite. Nilüfer débloquait.

– Respire à fond, lui conseilla Greta. Tu te rappelles bien de tout ce qu'a dit Skye ?

– Ou… oui, haleta Nil. Les pa…papiers. Plus ils sont clairs, plus le sujet est général.

– Et plus le barème est strict. N'oublie pas ça.

– J'oublie pas.

– Et elle t'as conseillé de prendre quelle couleur ?

– Le vert. D'après elle, ça a de forte chance d'être le thème des inanimés.

– Et c'est bon, ça ?

– Très bon. Inanimé, couleur clair, Incarcifors, victoire.

– C'est bien, tu as tout retenu, la rassura Greta.

– Et toi, tu vas prendre quoi ? s'intéressa la jeune Turque.

– Un noir, répondit Greta. Quitte ou double, le noir. Sujet ne portant que sur un seul sort, que je ne connaitrai pas forcément, mais barème hyper souple.

– T'es dingue !

– On me le dit souvent, confirma Greta. Enfin, en tout cas, Jonah me le dit souvent. J'aime beaucoup ce garçon. Je pense que même si je ne fais pas ma vie avec Andreas, et par Grindelwald j'ai pas du tout envie de penser à ça, je resterai ami avec eux, ou au moins avec Jonah.

– T'as des sentiments pour lui ?

– Pour ? Jonah ! Oh là non ! Par les poils de nez de Fafnir, quelle idée ! D'ailleurs, je ne pense pas que Jonah s'intéresse trop aux filles…

– Plutôt aux garçons ? suggéra Nil.

– Plutôt à l'Alchimie, corrigea Greta. Il finira marié à un alambic, ce cher Jonah. Marié à un alambic, et immortel parce qu'il aura créé sa propre pierre philosophale. Il ne faut pas se fier aux apparences : ce garçon est une légende en devenir.

La prof de Métamorphose entra dans la salle, et toutes les têtes se tournèrent vers elle.

– L'épreuve va commencer. J'invite la première personne de la liste à me suivre.

– Génial, soupira Nil en se levant. Ma famille n'aurait pas pu plutôt s'appeler "Zaerbas" ?

– Bonne chance ! lui lança Greta.

– Ça, c'est sûr que je vais en avoir besoin…

Nilüfer suivit Skye Ingram, qui la fit rentrer dans la très longue salle de cours qui accueillait l'épreuve du fors. Diverses statues de matières et de tailles différentes trônaient un peu partout dans la salle. Derrière la table du jury se trouvaient plusieurs cages, renfermant toutes sortes d'animaux, magiques ou non. Le jury : deux vieux sorciers assortis dont la barbe touchait le sol quand ils étaient assis, et une femme si vieille que les deux ancêtres ressemblaient à des bébés barbus en comparaison. Devant elle se trouvait une boite en verre, remplie de papiers de quatre couleurs différentes, dont la dizaine de nuances allaient du noir au blanc.

– Bonjour, jeune fille, salua la méga-vieille d'une voix caverneuse. Tirez un sujet, et annoncez-le.

Nil s'avança timidement, et prit un papier qu'elle avait repéré en entrant : il était vert pâle. Elle le déplia, et lu le sujet dans sa tête. Elle poussa un grand soupir de soulagement.

– Nous attendons, s'enquit la momie sans bandelettes.

– "Le Fors en situation de combat. 10 minutes de rédaction. Emploi d'animaux interdit", lut Nil.

– Très bien, approuva un des vieillards en hochant la tête, faisant traîner le bout de sa barbe sur le sol de pierre. Installez-vous ici. Nous vous laissons quelques instants de réflexion, le temps de vous apporter le matériel d'écriture.

Nil alla prendre place à la table indiquée, et se mit à réfléchir à toute vitesse. Le fors en combat ? Une aubaine pour elle ! Mais, en combat, pas en duel… il fallait réflechir… Oui ! Quelque chose basé sur l'idée de changer la donne, en retournant les éléments contre l'adversaire. Non, pas les éléments. Les objets. Tous les objets. De manières suprenantes.

Quand le vieil homme déposa une page de parchemin, une plume et une bouteille d'encre devant Nil, celle-ci se mit à écrire frénétiquement, sous le regard neutre du jury. Puis au bout de dix minutes exactement, la vieillissime vieillarde se râcla la gorge.

– C'est terminé.

Nil alla lui apporter la feuille. Celle-ci la lut, haussant un sourcil vers le milieu, avant de le tendre à son collègue de gauche. Celui-ci eut à peu de chose près la même réaction, et fit passer le parchemin au troisième juré. Ce dernier ne réagit pas, et rendit le parchemin à son aînée. Les trois jurés pivotèrent sur leur siège, et se mirent à discuter à voix basse. Nil tenta de tendre l'oreille, mais ne comprenait rien. Ils ne parlaient pas Français, parvenant par quelque exploit mental à court-circuiter l'effet du collier traducteur qu'ils portaient tous. Enfin, ils se retournèrent, et le fossile vivotant annonça la décision du jury de sa voix caverneuse :

– Nous allons disposer les cinq grandes statues dans la salle, le long de l'allée. Nous voulons que vous les neutralisiez à l'aide du sort que vous avez choisi, Incarcifors, et à l'aide de ce sort uniquement. L'usage de sortilèges défensifs est cependant autorisé. Mais vous devez obtenir cinq résultats différents. Cependant, une difficulté viendra s'ajouter : quatre des statues seront animées bien que leur position reste fixe, et possèderont des capacités de jet de sorts basiques mais handicapants. La cinquième statue (il désigna un colosse de bronze de plus de deux mètres) ne pourra pas jeter de sorts, mais se déplacera, de manière agile bien qu'un peu lente, et tentera de vous barrer le chemin. (Il lui tendit une petite boule de verre) Vous devrez, pour que l'épreuve soit validée, poser cette boule sur notre bureau. La jeter la briserait à coup sûr. De même que la faire tomber. Et vous devrez bien sûr la garder à la main tout au long de votre parcours. Votre temps sera pris en compte. Prenez place, sur la dalle plus sombre, là-bas devant la porte.

Nil s'exécuta. Pendant que les trois vieillards disposaient et enchantaient les cinq statues le long de la salle, elle effectua quelques étirements, préparant à la fois son corps et son esprit. Puis, dans un barouf de tous les diables, les tables s'empilèrent par trois et s'alignèrent tout au long d'une allée encombrée de quelques tables et chaises debout ou couchées en guise d'obstacles. Les quatre statues fixes toisaient la jeune fille en tendant un doigt accusateur vers elle. La cinquième statue n'était pas visible, mais Nil devina qu'elle se tenait debout à côté de la sortie du parcours, écartée de manière à ne pas cacher la vue au jury.

– Allez-y ! annonça le vieil homme qui n'avait pas encore parlé.

– C'est parti ! lança Nil à voix basse, pour elle-même.

Elle s'avança doucement, quand soudain, la première statue lui jeta un sort. De surprise, Nil trébucha, et eut à peine le temps de lever son bouclier magique. La statue ne répliqua pas. Nil abaissa alors son bouclier, se préparant mentalement à le relever le plus vite possible. Mais la statue ne réagit pas. Alors elle tenta de faire un pas en avant, et la statue jeta un nouveau sort. Nil se protégea à temps, et recula. Ainsi, les statues avaient un champ d'action défini. C'était bon à savoir. Le temps filait, et Nil dût prendre une décision. Suivant le conseil de Greta, elle inspira à fond par le nez, et expira longuement par la bouche. Puis elle se lança.

– Incarcifors !

Le sort, jeté sur les tables bordant le parcours à droite de la statue, changea celle du haut en cage qui bascula sur la première statue, brisant son bras de plâtre au passage. Nil se mit alors à avancer en trottinant. La seconde statue se mit à l'attaquer. Nil leva un bouclier, et continua de s'approcher de la statue en clopinant.

– Tic… Tic… Tic…, compta Nil.

Trois "tics". La statue jetait un sort, paralysant à en juger par la couleur, tous les trois tics. Ce qui lui laissait le temps de réagir. Au moment où un nouveau sort toucha le bouclier magique de Nil, celle-ci l'abaissa, et jeta deux sorts, sur la chaise à droite de la statue, et sur les tables faisant barrière à sa gauche.

Incarcifors ! Incarcifors !

La chaise se changea en collet, qui claqua sur le socle de la statue, se soudant à moitié au sol. Puis les trois tables empilées se changèrent en mâchoire verticale de bois et d'acier, qui happèrent la statue toute entière. La mâchoire, tirait, tirait, mais le collet tenait bon. Alors, le point de rupture du marbre étant atteint, la statue se coupa en deux.

Mais Nil avait déjà avancé. Elle avait levé un bouclier comme précédemment. Mais elle ne comptait plus que deux tics, ce qui n'augurait rien de bon pour la suite. Alors, dans un mouvement un peu saccadé, elle abaissa son bouclier, et enchaîna les sorts.

Incarcifors ! Protego !

Le bouclier apparut juste à temps pour absorber le sort jeté par la statue. Celui de Nil vint percuter la table disposée à la verticale à côté de la troisième statue. Celle-ci se changea en humanoïde de bois aux membres de fer, qui se mit à serrer la statue de grès. Sous la pression, le cou fin de celle-ci se fissura, avant d'éclater, sa lourde tête sautant comme un bouchon de champagne. Nil esquiva le projectile, et fonça vers la quatrième statue, qui jetait un sort par tic, trop rapidement pour qu'elle se protège. Alors elle roula au sol, esquivant un sort cuisant qui frôla son bras, et visa le sol aux pieds de la statue.

Incarcifors !

Au point d'impact, le sol devint mouvant. La statue s'y enfonça à moitié, en penchant, avant que le sol ne reprenne une constitution solide. Puisque celle-ci, en granit, ne pouvait pas lever le bras, Nil la considéra comme validée, et passa à la suivante. Au moment où elle avait posé un pied à moins de deux mètres de la sortie du parcours, la massive statue de bronze en avait obstrué la sortie. Le problème, c'est qu'elle avançait vers Nil, d'un pas lourd et décidé. Nil fit une tentative pour stopper le colosse.

Incarcifors !

Lorsque le sort toucha la statue, les deux piles de tables qui l'entourait à ce moment se changèrent en potences, des chaînes s'enroulant autour des poignets de la statue avant de se rétracter, l'emprisonnant les bras écartés. Le colosse regarda sa main gauche, sa main droite… et dans un grognement bestial, il arracha les deux lourdes potences du sol, les traînant derrière lui comme des fétus de paille. Nil eut un moment de panique, levant sa baguette pour le bombarder de sorts. Et puis elle croisa le regard de la vieille vieille, et pris sa décision. Elle pointa le plus de tables possibles de sa baguette, puis lança son sort en les balayant en cercle.

Incarcifors !

Maintenant son sort en faisant tourbillonner sa baguette, Nil guida tables et chaises droits sur le colosse, dans un tourbillon magique intense. Dès qu'elles touchaient la statue de bronze, tables et chaises se changeaient en une étrange matière ressemblant à un mélange entre bois, métal, et chewing-gum. Lorsqu'il n'y eut plus aucun meuble à portée de sort, Nil relâcha son sort. L'énorme boule de bois et de métal entrelacés qui renfermait le colosse durcit alors instantanément, se figeant alors que le bout des doigts du colosse en surgissait, s'agitant vainement.

À aucun moment, Nil n'avait lâché le globe de verre. Elle alla rapidement le déposer sur la table du jury, et le vieil homme de droite annonça :

– Épreuve validée. Merci de votre participation. Les résultats seront communiqués Samedi à 15h45. Bonne fin de semaine.

– Au… au revoir, haleta Nil, essoufflée.

.


.

Le lendemain était consacré à l'épreuve de sortilèges. Duelliste émérite, fille de deux agents du gouvernement amenés à se battre contre autre chose que des élèves de douze ans et ayant entraîné leur fille, Camille était confiante. Un peu trop, peut-être. Suivant les indications de Skye Ingram, elle avait tiré un billet rouge foncé. Le sujet était assez surréaliste : "Affrontez un adversaire dans un duel durant lequel seuls les sorts dont la formule compte deux mots sont autorisés, puis analyser ce duel ensuite". Et elle se retrouvait en face d'Andreas Castle, un garçon qui, elle avait eu l'occasion de le voir la veille, savait parfaitement transplaner à juste treize ans. Le combat allait être épique. Et court.

Camille prit place sur l'estrade, salua son adversaire, et recula des trois pas règlementaires. Elle se retourna, se mit en garde, et, interprétant l'éclat dans le regard de son adversaire comme une invitation, ouvrit les hostilités.

Petrificus Totalus !

Protego Totalum, jeta presque négligemment Andreas en retour. Locomotor Wibbly !

Protego Sagitta, répliqua Camille, renvoyant son sort à Andreas, qui esquiva.

Vomitare Viridis !

Everte Statum ! Petrificus Totalus !

Mimble Wimble !

– M… Mmmh !? MMMMHHHH !

Engorgio Cranius.

Andreas maintint son sort jusqu'à ce que Camille vacille sous le poids de sa propre tête qui avait quadruplé de volume. Puis, charitable, il la libéra de ses maléfices.

Finite Incantatem. Me déclareras-tu vainqueur ?

– T'es un grand malade, crachota Camille, reprenant lentement le contrôle de sa langue. Je me couche.

– La victoire est accordée à Andreas Castle, annonça un des jurés, qui ne devait pas avoir plus de trente ans. Rejoignez maintenant vos places, où du matériel d'écriture vous attend. Attention aux fautes, la forme sera tout aussi sévèrement notée que le contenu.

Que dire ?

"Au moment où le duel a commencé, mon adversaire m'a clairement laissé la première passe. Cette technique est généralement utilisée par les duellistes moins rapides, pour compenser leur manque de rapidité par un temps de réflexion plus long avant la prochaine passe. Pourtant, il était clairement plus rapide que moi, et n'avait pas besoin de réfléchir outre mesure. Chacun de nous a ensuite alterné maléfices, et contre-maléfices ou esquive. J'impute sa victoire à l'usage du sort de mutisme. Je n'avais lu qu'une fois, de manière anecdotique, que le sort de mutisme, dont la formule est Mutismus, comporte une formule alternative développée par un chercheur Brittanique : Mimble Wimble. La force de mon adversaire a été de prendre avantage de cette particularité, afin de vaincre par la ruse. Son geste final, consistant à me libérer de ses maléfices avant de me demander de lui accorder la victoire, montre un esprit de grande noblesse digne des plus grands duellistes. Il est vrai qu'après cela, j'aurais pu le prendre en traître, et lui jeter un sort alors qu'il avait baissé sa garde. Mais cela aurait été indigne de l'esprit du duel. De plus, je ne suis même pas sûre que cela aurait été concluant, vu sa rapidité de parade. À titre personnel, je suis particulièrement fière d'avoir affronté un tel adversaire, et j'ai beaucoup appris durant ce duel." – Camille Hastier, élève de l'Académie de Beauxbâtons.

.


.

L'épreuve suivante fut celle de Mathis, le Mercredi matin. Celui-ci attendait depuis une bonne demi-heure, discutant avec les jumeaux Italiens. Seul Iago passait l'épreuve, mais ces deux-là étaient inséparables. Erio était en train de raconter à Mathis la raison supposée pour laquelle les duels étaient interdits à Fin'Arte, une anecdote incluant un lion et des sorts d'amplification, quand le jury arriva enfin. Mathis fut surpris d'y retrouver Malwen Carter, et le roux rachitique qui discutait avec la prof Allemande de Métamorphose Lundi. Le troisième juré était également un homme. Celui-ci devait avoir une cinquantaine ou soixantaine d'année, et avait un tatouage extrêmement complexe sur la joue droite, qui ressemblait à une tête de tigre entièrement composée de minuscules phrases entrelacées, écrites en cyrillique.

– Excusez notre retard, lâcha le trentenaire roux de sa voix mielleuse, en agitant ses grandes mains. Aucun de nous ne connais l'agencement de ce château, nous étions quelque peu égarés.

– Parle pour toi Geert, répliqua Carter. Je ne suis jamais égaré, moi, je me contente de suivre le chemin que le destin m'a tracé.

– Tu t'es contenté de me suivre moi, répliqua ledit Geert d'un ton agacé.

– Oui, aussi, concéda Carter.

– C'est fini, les deux coqs ? intervint le troisième homme. Vous passez pour quoi, devant les élèves ?

– Pour un prof cool ? tenta Carter.

– Silence. On rentre dans la salle. Que le premier candidat nous suive.

– Bon ben c'est mon tour, on dirait, s'exclama Iago en se levant d'un bon.

– Votre nom et votre école, jeune homme ? s'enquit le juré.

– Iago Alessandri. Fin'Arte del Magia.

– Très bien. Entrez.

Mathis patienta dehors, continuant sa discussion avec Erio. Un bon quart d'heure plus tard, Iago ressortit de la salle, blême.

– C'est d… des cinglés, lâcha Iago. J'ai besoin d'air, là.

– Viens, on va aller dans la cour, l'invita son frère. Bonne chance Mathis.

– Salut les gars, répondit Mathis, peu convaincu que la chance suffirait.

Après Iago, puis le candidat de la NS2H, ce fut le tour de Mathis. Il entra dans la salle, qui ressemblait à l'intérieur d'une église, comme la salle du Sondeur à Beauxbâtons. Derrière les jurés se trouvaient diverses cages occultées par des draps. De certaines provenaient des trilles d'oiseau. Mathis s'avança en silence vers la table, et jeta un œil à l'urne des épreuves. En plus des papiers blancs et noirs, elle contenait deux couleurs : bleu, et vert. Il devina que le vert était lié aux serpents.

– Mathis Devaux, Académie de Beauxbâtons, annonça Carter.

– Ah, c'est l'un de vos élèves ? s'enquit le roux sec.

– Non, trop jeune ! Je n'enseigne pas avant la 3ème Année.

– Très bien, acquiesça le troisième. Tirez un sujet.

Fort de son entraînement avec Sertorius, Mathis tira un papier vert. Il hésita un peu, avant d'en prendre un clair. Mieux valait jouer la prudence. Il le déplia, et lut le sujet à voix haute, qui trembla un peu sur la fin :

– "Puisque l'oiseau est symbole de l'envol, puisque l'envol est symbole de connaissance, puisque la connaissance est symbole de lumière, vous affronterez le maître de l'ombre dans son royaume, pour que la lumière triomphe. Analysez cet énoncé à l'oral."

– Bien, ponctua l'homme au tatouage. Quel est votre analyse ?

– Hum, je dirais que l'épreuve va consister à affronter un serpent dans le noir ? tenta Mathis. Et vu qu'il est question de maître et de royaume, j'en conclus… que c'est un très gros serpent, genre le plus gros qui existe. Euh… j'espère que c'est pas un basilic, quand même !

– Non, rassurez-vous, jeune homme, sourit le juré. Simplement un anaconda.

– Ah, ça va, un ana… QUOI !?

– Maître Huyghens Backer, lumières, s'il vous plaît.

Le rouquin se leva, et agita sa baguette en l'air, ce qui eut pour effet de fermer les lourds rideaux de la salle et d'éteindre les chandeliers, plongeant la salle dans une douce pénombre. La luminosité était suffisante pour voir une bonne partie de la salle, quoique minimale.

– Maître Carter, la cage, s'il vous plaît.

Malwen Carter se leva à son tour, et alla ouvrir manuellement la plus grande cage. Dans celle-ci sommeillait une énorme masse écailleuse, qui s'agita légèrement lorsqu'elle constata l'ouverture de la cage. Elle se déroula alors, quittant placidement sa cage. Mathis regardait la créature avec horreur. Certaines parties de son corps massif étaient presque aussi large que lui. Corps qui mesurait au bas mot huit mètres de long. Le troisième juré se leva à son tour, et pointa sa baguette sur le serpent. Mathis espérait qu'il allait, par exemple, l'endormir partiellement pour rendre le combat plus équitable. Il ne fit rien de tel.

Impero ! lança-t-il.

Le serpent fut frappé d'une légère brume lumineuse, qu'il sembla inspirer. Soudain, il se dressa comme un cobra, et claqua de ses mâchoires en direction de Mathis. Puis il se reposa au sol, et se mit à serpenter droit sur ce dernier, qui commençait franchement à paniquer.

Flipendo ! jeta Mathis.

Le sort percuta le serpent, qui tressauta. Mais fort de sa masse dépassant les deux-cent kilogrammes, l'anaconda ne fut pas éjecté par le Repoustout. Tout au plus, il parut encore plus énervé.

– Putain de merde ! Confringo !

Une petite explosion percuta la tête du serpent, qui secoua la tête, aveuglé. Mathis eut alors une idée.

Lumos Solem !

Il ferma les yeux juste au moment où du bout de sa baguette explosa une gerbe de lumière intense. Il entendit un chuintement, et des bruits de bois brisés. Il ouvrit les yeux, et vit l'énorme anaconda qui s'agitait de douleur, percutant et brisant les bancs et tablettes de la salle. Mathis jeta alors un Protego Sagitta en direction de la tête du serpent, mais le manqua de peu. Celui-ci, reprenant ses esprits, reprit son avancée implacable vers Mathis, à qui il ne restait guère de marche pour reculer.

– Euh, messieurs, faut que je fasse quoi exactement, pour valider l'épreuve ? cria Mathis à travers la salle.

– Tuez le serpent, répondit l'homme tatoué d'une voix posée.

– Sérieux !?

– Oui. Tuez-le avant qu'il ne prenne le dessus sur vous. Je l'empêcherai de vous tuer, mais l'épreuve sera alors un échec.

– Génial…

Mathis se reconcentra alors sur le serpent… LE SERPENT !? Il avait disparu ! Comment un truc aussi énorme pouvait disparaître si vite ? Paniqué, Mathis chercha tout autour de lui… quand il entendit un sifflement derrière lui. Il se retourna, mais pas assez rapidement pour parer l'attaque du serpent, dont la tête percuta le torse de Mathis de plein fouet, le faisant voler de deux mètres en arrière. La respiration coupée, Mathis s'agita, cherchant en vain à reprendre son air, avant que ses poumons ne se débloquent. Il leva alors sa baguette, et jeta son sort :

Confringo Maxima !

Mais le serpent esquiva le sort, et projeta sa tête sur la main de celui-ci, lui arrachant sa baguette, et une phalange et demie au passage. Mathis hurla de douleur tandis que sa main saignait abondamment. Puis il retint son souffle. Le corps massif du serpent était en train de glisser sur ses jambes, l'emprisonnant. Mathis chercha autour de lui une aide quelconque. Mais rien, pas même sa baguette, n'était à portée de main. Le serpent passa derrière lui, et reparut de l'autre côté. Il était à coup sûr sur le point de broyer Mathis dans ses anneaux. Alors celui-ci hurla.

– J'ABANDONNE ! J'ABANDONNE, DÉBARASSEZ-MOI DE CE MONSTRE !

– Très bien, concéda le vieux juré.

À ces mots, le serpents relâcha Mathis, et regagna calmement sa cage. Là, Carter l'y renferma, avant que le dénommé Geert Huyghens Backer ne rouvre les rideaux. À la lumière du jour, Mathis eut pleinement l'occasion de regarder avec horreur sa main, dont l'index avait été amputé d'une phalange. Carter s'avança vers lui, regardant tout autour. Puis, trouvant ce qu'il cherchait, se pencha pour ramasser quelque chose, avant de s'accroupir à côté de Mathis. Dans sa main, il tenait la phalange coupée du garçon.

– Fait voir ta main ? demanda-t-il calmement.

Mathis la leva en tremblant. Carter attrapa le doigt blessé, tirant un cri de douleur à Mathis, et posa la phalange et demie coupée à son sommet.

Vulnus Sanare. Episkey. Tergeo.

Le bout de doigt sembla fusionner avec la main de Mathis, et le sang qui maculait tout son bras disparut. Carter sortit ensuite une barre chocolatée de sa poche, et la donna à Mathis, qui la prit d'une main tremblante.

– Mange, ça te fera du bien, ordonna Carter. Ensuite, et seulement quand tu auras finit de manger toute la barre, tu pourras aller au Secrétariat, au pied de la tour du beffroi, pour demander où se trouve l'infirmerie. Ils auront sûrement un peu d'essence de dictame à te donner ! À moins bien sûr que tu ne veuilles conserver cette belle cicatrice.

Mathis regarda son index droit, qui semblait compter une phalange de plus, celle du milieu étant coupée en deux par une large cicatrice creuse, ponctuée de deux points plus larges où les crocs du monstre écailleux s'étaient plantées. Il haussa les épaules, et se leva un peu trop rapidement, chancelant. Carter le rattrapa, et le guida jusqu'à la sortie de la salle, l'asseyant sur un des bancs du hall où les champions restant attendaient. Avant de sortir, il attira à lui la baguette de Mathis d'un sort, et lui glissa dans la poche.

– Ça ira ? s'enquit son prof. Je suis désolé, je dois continuer à évaluer l'épreuve. Mais je peux faire venir quelqu'un, si tu veux.

– Non c'est bon, je gère, déclina Mathis.

– Ah, très bien. Bon, à titre personnel, je trouve que tu t'en es très bien sorti.

– Mouais, douta Mathis.

Le prof retourna dans la salle, entraînant avec lui la candidate de la Hekseri Akademiet. Psamáthē, la candidate grecque pour cette épreuve, se précipita vers Mathis.

– C'était quoi ton épreuve ?

– Un combat contre un anaconda, moitié dans le noir, répondit Mathis entre deux bouchées de chocolat, levant son doigt mutilé.

– Sérieux !? Mais c'est quoi cette épreuve de cinglés !?

– Je sais pas, répondit Mathis en haussant les épaules. Mais un conseil, prend un billet bleu. Au pire, quoi, tu devras te battre contre un pigeon géant ?

.


.

L'après-midi même avait lieu l'épreuve d'Arithmancie, mais avant, un cours unique en son genre attendait les 2ème Année de la délégation Française. Un cours qui était une première pour tous, et une dernière pour la plupart : un cours d'Alchimie.

En arrivant devant la salle, les Français furent surpris de voir que les élèves étaient déjà rentrés, malgré l'absence du professeur. Cela était aussi inhabituel en Allemagne qu'en France. Ils ne cherchèrent cependant pas à comprendre, et s'installèrent dans le carré qui leur avait été réservé. Ils chuchotaient entre eux quand soudain…

– Salutations, mes petits tas de viande en ébullition ! piailla le professeur Faust en apparaissant si soudainement qu'il en fit sursauter plus d'un, et tira même un ou deux cris de surprise.

Mathis n'en revenait pas. Il reconnaissait l'homme pour avoir vu un portrait dans le livre de Goethe que Thomas possédait : Johann Georg Faust, sorcier, alchimiste, et astrologue légendaire allemand. Enfin, du moins, son fantôme. Mais un détail plus subtil le chiffonnait, et c'est ce qui le poussa à lever la main.

– Je t'écoute, mon petit esthète au douteux ensemble vestimentaire, minauda Faust.

– Normalement, les fantômes prennent la forme qu'ils avaient à leur mort…

– Si fait, jeune padawan.

– Mais… vous êtes pas mort dans une explosion d'une expérience qui a mal tourné ?

– AH ENFIN, UNE LUEUR DANS CETTE BRUME IMPÉNÉTRABLE D'INCULTURE ! hurla le fantôme, faisant trembler les murs de pierre. Hum, en l'occurrence, non, c'était un moyen employé par mes ennemis pour cacher les preuves, et me faire passer pour un incompétent par la même occasion. J'étais déjà mort, empoisonné au cyanure.

Il avait prononcé ce dernier mot avec un mépris intense. Mathis sourit.

– Cela étant réglé, d'autres individus ont une question, ou je peux enfin commencer mon cours ? Bien ! Aujourd'hui, je vais vous parler de la transmutation. Ce sujet est de bon aloi : en plus d'être la seule branche alchimique partiellement enseignée à l'Académie de Beauxbâtons, il s'avère que le maître incontestable de cet art était nul autre que Nicolas Flamel. Raison ?

– La pierre philosophale, répondit Jonah. Elle permettait de transmuter le plomb en or.

– Excellente réponse, l'Anglais. Pourquoi le plomb ? je n'en sais diantre rien ! En revanche, pour l'or, la raison en est simple : c'est le métal le plus pur, alchimiquement parlant. Inoxydable. Inaltérable. Et rajoutons à cela une conductivité parfaite, qui le rend si populaire dans le domaine de la micro-électronique !

À ce moment-là, Andreas se pencha vers les Français, et lâcha d'un ton moqueur :

– Il doit être un peu sénile, il lui arrive souvent de sortir des choses sans queue ni tête de ce genre ! "micro-électronique", mais d'où a-t-il pu sortir un mot aussi ridicule ?

Ce fut au tour de Mathis de ricaner. Andreas se méprit sur sa réaction, et ce fut tant mieux : ça n'aurait pas été très bon pour Mathis qu'Andreas sache qu'il se moquait de lui. Mais tout de même… l'inculture des sang-purs était fort divertissante.

– … au Mexique, continuait Faust. Mais il a en réalité transmuté son argent en isotope d'or. Les sorciers ne sont pas très regardant, de ce côté. En revanche, les gobelins ont moyennement apprécié le cadeau empoisonné. Petite question : quelle est la règle première de la physique moldue, immuable, que la transmutation viole allègrement ?

– La loi de conservation de la matière ! répondit un élève Allemand.

– Excellent, petite marionnette de viande ! La loi de conservation de la matière ! Énoncée ainsi par le célèbre philosophe antique Anaxagore de Clazomènes : «Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau ». EXPLICATIONS !

– La transmutation permet de transformer une quantité de matière élémentaire en une quantité égale d'une autre matière, énonça Jonah. Or, toute matière élémentaire a une masse et une énergie propre. Les composantes de la matière apparaissent et disparaissent donc durant le processus de transmutation.

– CORRECT ! LIMITES ?

– On ne peut transmuter une matière présente sous un état à température ambiante en une autre matière présente dans un état différent. On ne peut pas par exemple transmuter l'air en une matière solide.

– EXCEPTION ?

– L'eau. On peut transmuter n'importe quelle matière en sa forme équivalente de l'eau.

– POURQUOI ?

– Parce que ses trois états sont naturellement présents partout, en tout temps.

– Machin, si tu n'as pas la note maximale à l'examen final, je jure sur mon alambic que j'irai moi-même quérir un exorciste pour me renvoyer dans les limbes !

– Je rêve, ou il vient de t'appeler "Machin" ? demanda Nil à Jonah.

– J'ai l'habitude, soupira Jonah. Il essaie d'utiliser une métaphore différente à chaque fois qu'il s'adresse à un élève. Mais je prends trop souvent la parole pour lui, il a épuisé toutes les métaphores qui lui venait. Généralement, j'ai droit à "l'Anglais", "Machin", ou "le bavard". Parfois il a un regain d'inspiration : la semaine dernière, il m'a sorti : "l'Ami des cailloux", et, heu, un truc comme "B-max". J'ai pas compris, celui-ci.

– Dis, le bavard, je peux continuer mon cours ? s'enquit le défunt alchimiste.

– Bien sûr, Faust, répondit Jonah en guise d'excuse.

– À la bonne heure ! Bien, puisque le temps file, je vais vous laisser réaliser une petite activité ludique jusqu'à la fin du cours. Vous allez transmuter de l'eau en vin. Et puis vous le boirez, ensuite. Pour le matériel, débrouillez-vous. Les verres sont dans l'armoire de droite, l'eau minéralisée dans le second tonneau en partant de la gauche.

Tous se levèrent, et ce fut la queue devant l'armoire, puis devant le tonneau. Une fois tout le monde servi en eau et revenu à sa place, le "profantôme" Faust, comme l'avait surnommé Nil, reprit.

– La formule est un peu alambiquée, mais le résultats est facile à obtenir. Pointez simplement votre verre d'eau en relevant la main et en cassant à demi le poignée, et prononcez ces mots, sur le ton exact avec lequel je vais les prononcer : "Aqua-a, Vinum Mutaaatio !".

– Aqua, Vinum Mutatio ! essaya Jonah.

Instantanément, le contenu de son verre prit une teinte pourprée. Il le porta à ses lèvres, et grimaça.

– Un problème, mon camarade de ping-pong verbal ? s'enquit Faust.

– C'est de la piquette ! crachota Jonah.

– Ah ça, avec de l'eau du robinet, il ne fallait pas s'attendre à obtenir autre chose que du Château-La-Pompe !

La première Française de la délégation à y parvenir à son tour fut Camille. Sur ce point, Mathis l'accusa de tricher, mais elle assurait en tout cas que son vin était buvable.

.


.

Les épreuves d'Arithmancie et de Runes Anciennes s'étaient plutôt bien passé. La première ne comportait pas d'épreuve pratique, et avait donc simplement consisté en un écrit. Günter était sorti de la salle d'examen plutôt confiant. La seconde consistait en une énigme à résoudre dont la réponse devait être rédigée sur un parchemin enchanté, la moindre erreur provoquant une catastrophe que le candidat devait surmonter avant de pouvoir continuer d'écrire. Les pièges étaient orientés, et, confondant "souvenir" et "peur" qui se ressemblaient beaucoup en Runique Futhark, Raven avait dû affronter son épouvantard. Comme Mathis, elle en était ressortie moralement anéantie, et physiquement blessée, cinglée au visage par un fouet magique après avoir tracé un ger un peu trop ressemblant à un belgthor au beau milieu d'une formule de sécurité. Le lendemain matin, elle était en train de s'appliquer de l'essence de dictame sur la plaie de sa joue lorsque Karol était partie pour l'épreuve de Potions.

Karol avait le trac. Terriblement. C'était maintenant que tout se jouait. C'était réellement la première fois qu'elle pourrait faire ses preuves à Mighty Adler, en tant qu'élève et non en tant que fille cracmole de Kallistia. Elle se motivait en avançant dans les couloirs déserts, n'hésitant pas, lorsqu'elle était sûre d'être seule, à se mettre des grandes claques sur les bras pour ne pas s'engourdir de stress. Elle marchait dans un couloir transversal à l'aile Nord, qui menait droit à la tour des laboratoires, quand elle tomba sur la dernière personne au monde sur laquelle elle voulait tomber.

– Tiens tiens tiens, nasilla Lothar Castle, mais ça ne serait pas ma chère cousine la cr-cr- crrrrrracmole, huh ?

– Salut, Lothar, soupira Karol. Excuse-moi, j'ai pas trop le temps de discuter, je dois me présenter à l'épreuve de Potions des Concours.

– L'épreuve des Concours ? répéta Lothar, abasourdi. Tu veux dire que toi, tu es en finale ? Toi, une cracmole ?

– Tu comprends vite, dis-donc, répliqua Karol, agacée. Tu t'es amélioré, depuis la dernière fois !

– Hé, te fous pas de ma gueule, sale erreur de la nature !

À ces mots durs, Karol vit sa vie défiler devant ses yeux en un instant. Elle, pleurant après avoir été une énième fois insulté par un cousin de la même trempe que Lothar. Elle, réconforté par Erwin, alors que le Ministre de la Magie en personne, leur grand-oncle, l'avait traitée de "raclure moldue de fond de chaudron", devant leur grand-père, qui n'avait pas pipé mot. Elle, découvrant Beauxbâtons, quand ses parents étaient allés l'inscrire, après le refus du directeur de Mighty Adler, et les mots gentils de Madame Maxime ce jour-là. Sa première rentrée, ses nouveaux amis. Les Augures. Elle, seule dans un couloir isolé, face à son cousin qu'elle haïssait le plus, désarmée. Karol sourit de toutes ses dents.

– Paraît que Kœffen te cherche, avec les frères Miraab et Luwif Rosengart. C'est la coalition, tête d'endive, tu ferais mieux de te planquer. Comme un rat.

– Espèce de petite salope, je vais te faire payer ça !

– Ouais bah on verra après l'épreuve de Potions, hein ! En attendant, je te conseille de te dépêcher, je crois les entendre arriver.

Lothar tendit l'oreille, et entendit effectivement des bruits de pas dans le couloir perpendiculaire. Il jeta un regard noir à Karol, passa son doigt sur sa gorge dans une menace claire, et transplana. Karol soupira si fort qu'elle dût s'appuyer contre le mur pour ne pas s'évanouir. Au bout du couloir, les champions de Potions de la NS2H et de la Hekseri arrivaient en discutant avec animation. Karol soupira une deuxième fois. Ce coup de bluff avait failli lui coûter très cher. Quand les deux garçons furent à son niveau, elle leur emboîta le pas, et rejoignit le petit laboratoire réservé à l'épreuve. Comme lui avait expliqué le professeur Ingram, elle alla voir le jury directement, et se présenta.

– Bo… bonjour, je suis Karol Ni… Niafasen.

Le juré principal la regarda avec expectative, dans la moindre once de mépris dans le regard. Karol prit une grande inspiration.

– Je suis la championne de Beauxbâtons. Je suis cracmole, et je voulais vous demander s'il était possible, de ce fait, d'utiliser mon impulseur dans le cadre de l'épreuve.

– Oh, oui, bien sûr ! acquiesça le juré. On nous a prévenus de ta situation. Il n'y a aucun souci !

– Je vais juste te demander de me présenter ton outil, afin que je détermine s'il est conforme, et ne comporte pas d'enchantements secondaires pouvant te donner un avantage par rapport à tes concurrents, intervint la jurée de droite, qui aurait pu être la mère de la jurée de gauche tant elles se ressemblaient, l'âge mis à part.

– Bien sûr, le voici, accepta Karol en sortant son impulseur.

– Ah, très bel ouvrage ! Garde en ébène flotté ?

– Oui.

– Concentrateur en… aigue-marine. Gâchette en palladium, ressort en alfénide. Hum, l'enchantement est propre, mais semble receler deux signatures.

– Un apprenti enchanteur de Beauxbâtons m'a légèrement amplifié le signal pour les besoins du concours, expliqua Karol.

– Je vois. C'est de l'excellent travail. Aucun conflit avec l'enchantement originel. Je vous le rends, vous pourrez concourir avec votre propre outil.

– Merci Madame !

Karol regagna sa place, marquée par un petit drapeau de France flottant en bout de paillasse. Quelques minutes plus tard, le dernier candidat, l'Allemand, fit son entrée. Sans surprise pour Karol, il s'agissait de Jonah Burton. Fils d'un chocolatier moldu Britannique et d'une célèbre alchimiste allemande, Jonah était prédisposé à tout ce qui touchait les réactions, qu'elles soient chimiques ou magiques. C'était un adversaire sérieux.

– Bien ! s'exclama la jurée de droite. Puisque tout le monde est là, nous allons commencer. Notre collègue (elle désigna la plus jeune, qui se permit un petit signe de main) va passer dans les rangs avec l'urne des sujets. Vous en tirerez un, mais vous ne pourrez, et ne devrez en aucun cas les lire avant le signal de départ. L'épreuve consistera à préparer la potion décrite sur le sujet. Chacune est réalisable dans le temps imparti de 3h30, et de difficulté égale. Chaque énoncé se présente sous la forme d'une recette fortement abrégé, comportant dans certains cas des trous à compléter grâce à votre expérience et votre sens logique, et aucune d'entre elles n'est enseignée dans aucune des écoles participantes, peu importe le niveau. Les ingrédients, en quantités largement supérieures à celles requises, apparaitront à votre droite, de même que tout matériel supplémentaire requis. Aucune recette ne comporte d'ingrédient non mentionné dans la liste indiquée. En revanche, des ingrédients supplémentaires vous seront fournis. Certains amélioreront les résultats de votre potion, les autres la rendront inutilisable. À vous d'en mesurer les risques.

La plus jeune jurée, qui avait tout de même la trentaine, se leva, et soulevant l'urne de ses bras puissants, la présenta aux candidats, un par un. Ici, pas de code couleur, mais une dizaine de papiers blancs pour six candidats. Une fois tout le monde servi, la jurée regagna sa place, et l'homme leva une main.

– Trois… deux… un… Lisez !

Il abaissa sa main. Au signal, les papiers se déplièrent tout seul, et les tables se chargèrent de matériel et d'ingrédients. Karol lut son papier, et grimaça.

– Bon, ben c'est parti, mon kiki, comme dirait Nil ! s'encouragea Karol en parlant à son impulseur.

.


.

La prochaine fois, le retour à BeauX, la finale de Cognepoing, un retour inattendu, et des élections passées innaperçues. Rendez-vous vendredi prochain, donc dans 11 jours ! C'est mieux que 15, pas vrai ? (après ça reprend narmolement). Et pour vous faire saliver, une réplique (devinez qui dit ça à qui) : "Je sais pas pourquoi, mais les plans louches sonnent toujours bien, quand ils sortent de ta bouche."