Bonjour à tou·te·s ! Vous vous rappelez de moi ? Non ? C'est normal ! J'ai tellement de choses à rattraper… Du coup je commence par ce chapitre. Pour l'explication totalement déprimante, voire NDA sous les réponses aux reviews (à éviter si vous êtes déjà pas en forme).
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D'abord, le résumé ! Parce que plus personne ne doit se souvenir… Après la rentrée en 3ème Année des Augures, on avait rencontré la nouvelle génération, portée par la décidément populaire Eva Soriano, et pris connaissance des Options de 3ème année, de la populaire Zoomagicologie à la surprenante Mode Magique et son plus surprenant encore professeur. Suite à quoi les Augures ont choisi leurs Options, que nous allons découvrir dès maintenant.

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D'abord, WOW. Je crois que j'ai jamais eu autant de reviews sur un seul chapitre. Ça commence fichtrement bien ! Pour ce cher Karl, explications globales plus bas.

Hey, Ezezaguna ! Beh en France, on a pas mal d'école de ce style, et BeauX est la seule école sorcière française, alors… une Option Mode était un minimum !
Angela a certes des avantages… naturels, mais c'est difficile de rendre encore plus bordélique une école pareille…
C'est cela même. Erwin grandit, et en gagnant en maturité il prend conscience de sa place. Il faut savoir/se souvenir qu'Erwin est placé assez haut dans l'ordre d'héritage de la fortune Castle. Plus haut que Reg et Aenor, et plus haut qu'Andreas. C'est un prince. En revanche, Karol, par sa nature de cracmolle… elle a déjà bien de la chance de ne pas avoir été noyée à la naissance (heureusement pour elle qu'un bébé ne montre pas de pouvoirs à la naissance…). Elle n'a aucun avenir dans l'empire familial, alors elle cherche à construire sa propre vie.
Ça me fait très plaisir, ça valorise les heures de recherches que je fais pour ne pas passer pour un con face à un connaisseur !

Salut PlumeBlack, ça faisait un bail ! Oui, déjà le troisième tome, ça file vite, hein ? Enfin, à condition que je fasse plus de pauses aussi longues, quoi…

Ravi de t'avoir fait rire, Dreamer. Ouais, Eloise ! C'est Ywëna qui me l'a indiquée, celle-là. J'avais besoin d'un ex-élève de Poudlard fan d'Astronomie dans l'urgence. Dans l'urgence, parce qu'en fait en crééant l'univers dans une fiche que je lui ai envoyée avant même d'avoir commencé à écrire… j'avais prévu nulle part l'Astronomie. Complètement oublié, en fait. Du coup, ça explique aussi pourquoi c'est une Option…

Coucou titietrominet, je me pose aussi la question… mais bon, qui serait assez fou pour faire un match de Quidditch dans un couloir, à part Lucian ? C'est juste une précaution au cas où un malin pense qu'on a le droit parce que ça a été fait et que c'est effectivement pas interdit.
À toi de me le dire, en voila un !

Hello Sengetsu ! J'ai eu peur, t'es toujours la première d'habitude ! Bon, en même temps tu as largement eu le temps, vu le délai…
Ah, c'était ça ? Ben c'était fait exprès en fait, c'est pour ça que je l'ai pas vu.
Oui, et elle adooore ça. Elle en joue énormément, de ce genre d'expressions toutes faites qui changent de sens parce que c'est elle qui le dit. C'est comme se réapproprier tout un pan de langue.
Je t'attends avec impatience, comme toujours !

Salut Drety ! Oui, et tu aurais problablement recommencé s'il y en avait eu plus, hein ? Non que ça me déplaise, hein !
Euh… je plaide coupable. J'adore LMA, alors il est fortement possible que certaines similitudes pointent par-ci par là. Un auteur est toujours influencé par ses lectures, forcément… Et comme j'ai lu LMA d'une traite pendant l'été…
Tiens, c'est marrant que tu dises ça, je suis un Slitherclaw (Serpendaigle ?) affirmé, et pourtant suite à mon auto-interrogatoire je me suis réparti à Lonicera… Les littéraires ambitieux, tout ça…
Oui, les Castle sont partout, et personne ne change ! Eloise a d'ailleurs en horreur les gens qui se moquent de l'acné des autres, alors que bien souvent c'est juste une question de malchance…
Je ne peux rien dire à ce sujet, mais bon, tu connais Mathis, il est pas du genre à faire des concessions. Elles ont le choix de leur côté, mais pas du sien.

Cher collègue Allan Eddem ! Mathis, je le vois comme un Harry Potter qui aurait accepté l'amitié de Malefoy. Quelqu'un pour qui un ami est quelqu'un qui a quelque chose d'humain à lui apporter, et à qui il peut l'apporter. Parce que chez les Weasley, Molly a été une mère pour Harry, Ginny lui a apporté l'amour, et même les jumeaux ont beaucoup impacté sur sa vie. En revanche, Ron a toujours été un boulet vaguement loyal, dont l'amitié ne lui a apporté que deux choses positives : sa famille, et l'amitié d'Hermione. Donc rien venant de lui. En revanche, pour bousiller sa réputation…
Je ne vois ABSOLUMENT PAS de quoi tu parles. Efface tout de suite cette idée de la tête. Tu n'as même pas le droit d'y penser. Tssssst. (Je dis pas que c'est faux pour autant).

Ah, Karl… À l'origine, il m'était déjà venu comme ça. Par son look, tout simplement. Il me faisait pensé à quelqu'un piégé entre la mode moldue et la mode sorcière. Et puis je me suis dit, pourquoi pas ? Pourquoi quelqu'un ne pourrait pas être célèbre dans les deux mondes ? Et puis après tout, être prof est un honneur, dans le monde magique. Alors lui, prof ? Et en faisant des recherches sur lui, je suis tombé sur une vidéo fort sympa que je vous invite à regarder. C'est un reportage d'Arte, dispo sur Youtube en cherchant "Karl Lagerfeld se dessine !". C'est sur ça que je me suis basé pour construire un personnage authentique (dédicace à Ezezaguna !). Les mimiques, la façon de parler… Les gens se croient tellement uniques et inimitables, mais au final nous ne sommes qu'une somme plus ou moins complexe de traits standards, et il suffit de les agencer de la même manière.

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Et maintenant, pour juste lire le chapitre, sautez directement plus bas !

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Note Indigeste de l'Auteur : Encore une fois, si vous êtes déprimé·e, ne lisez pas ça. Je décline toute responsabilité. Bon, pour vous situer le truc, j'ai eu la mauvaise idée de "contempler" mon avenir. C'est quelque chose que je fais jamais, et pour cause ! Ma vie est inévitablement engagée sur la voie de la destruction. Quels que soient mes choix, il me reste actuellement à peu près neuf mois avant la fin. Non, je ne vais pas mourir… je préfererais presque, comparé à ce qui m'attends. Enfin bref, vous vous doutez bien que constater ça, ça file un putain de cafard. Genre spleen, blues, mélancolie et tristitude réunis (non c'est pas pareil, et non je ne citerai pas la dépression qui est une maladie dont je ne suis pas atteint). C'était une erreur, et je le réalise aujourd'hui. Alors, moyennant un effort énorme sur moi, et à l'aide de quelques rares amies que j'ai encore pu garder, j'ai décidé de recommencer à vivre chaque jour comme si c'était le dernier. Pas métaphoriquement hein, littéralement ! J'avais déjà fait ça quand j'ai appris lors d'un contrôle de routine post-cancer que j'avais des métastases (mini-tumeurs) dans les poumons. J'ai eu tellement peur que ça recommence, et que cette fois je ne m'en sorte pas… Et puis finalement, ça n'a pas encore bougé, alors je suis retombé dans la langueur. Cet été, je suis retourné travailler à l'abattoir. Ça m'a filé un violent coup au moral. Pas l'abattoir en lui-même (vous me connaissez, j'ai aucune pitié), mais le fait de travailler de nuit/matin jusqu'à 10h par jour et de dormir l'après-midi. J'ai pour ainsi dire pas vu le soleil pendant 5 semaines. Pour un gars sous médocs incapable de fixer naturellement la vitamine C (et D, Magnésium, Calcium, Fer… bref rien ne marche) à cause d'un putain de cancer, c'est un cocktail dangereux. Ensuite je suis rentré à la Fac, j'ai été exceptionnellement accepté en 3ème année (avec pile poil le score minimum pour l'AJAC), et je me suis rendu rapidement compte… que c'était une erreur, que j'ai pas le niveau. Ça aussi, ça plombe bien. Et enfin, j'ai fait la connerie ci-dessus, en me demandant que ce pourrait être mon avenir si je ratais cette année universitaire que je suis difficilement capable de réussir de toute façon. C'est moche.
Ce serait trop facile si le cancer me sauvait d'une vie malheureuse, alors qu'il lui suffit d'attendre que je redevienne heureux ! C'est peut-être une forme de pensée morbide, mais j'ai décidé de lui faire plaisir, en me faisant plaisir. Je varie ce que je mange (beaucoup de trucs euphorisants et/ou vitaminés, et beaucoup de fibres), je fais un peu de sport, j'ai commencé à programmer un jeu Pokémon, et… je vous le donne en mille… mes insomnies sont revenues, mon inspiration est partie, en même temps que ma motivation à aller en cours… Je reprend doucement le contrôle, j'augmente les doses d'euphorisants (j'ai mal partout, le sport ça tue), et je me force à aller à quelques cours de temps en temps, et de plus en plus, en douceur. Les insomnies sont toujours là, et malheureusement pour vous mon inspiration se concentre sur mon jeu et non sur ma fic. Mais ça va mieux. Je dois reprendre le contrôle. Ce n'est pas parce que j'ai aucun avenir que je dois me morfondre dans le présent. Au pire, j'irai pêcher du saumon au nord du Canada.

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3) Muloxékè et Gustelor

Encore une fois, il était revenu ici. Pour elle, certes. Mais pour lui aussi. Là-bas, il n'était que le petit dernier de la famille. Oh, une belle famille, oui ! pour qui il n'était que l'animal de compagnie d'une gamine. Et un bel endroit : forêts, landes, … Mais ici, il y avait quelque chose de différent : la liberté. Ici, il n'avait aucune attache. Il vivait à sa guise, chassait pour se nourrir. Oh, il l'aimait toujours, sa petite sorcière. Il venait la voir, de temps à autre. Mais sa vie ne tourne plus autour de ce cagibi qu'ils appellent "foyer". Lui dont le foyer est non moins que le monde entier. Mais régner sur ces montagnes, c'est déjà pas mal. Ici il est le roi. Ici, sa suprématie en tant que phénix est reconnue. Ici, Korrigan est libre.

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– J'en ai déjà marre…, soupira Camille.

– Et moi donc ! répliqua Nil.

Avec l'ajout de quatre heures par semaine, l'emploi du temps des Augures était un peu chargé à leur goût. Ou du moins, au goût des plus fainéant(e)s du groupe.

– C'est bon, c'est que 4h ! Et en plus on n'est que jeudi… fit remarquer Émi.

– Option majeure cet aprem, vous êtes prêts ? s'enquit Jorge. Moi j'ai hâte de commencer la Divination ! D'ailleurs vous faites quoi, finalement ?

– En Option mineure, Émi, Camille, Nil et moi avons tous choisi TDCFM, énuméra Mathis. Erwin a pris Médicomagie, et Karol a choisi Mode. On s'est arrangés comme ça pour être tous ensemble en Zoomagicologie en majeure, comme les jumeaux refusaient de la prendre en mineure. À l'exception de Camille et toi qui faites Divination. D'ailleurs, tu fais quoi en mineure ?

– Médicomagie.

– C'est cool, personne ne se retrouve seul, alors ! approuva Émi.

– Et ils font quoi, les autres ? s'enquit Nil.

– Sertorius fait TDCFM en majeure, et Médicomagie en mineure, indiqua Jorge.

– Je crois qu'il veut devenir Oubliator, ajouta Mathis. Mydian fait Médicomagie en majeure. Par contre je ne sais pas pour son Option mineure.

– Et euh… Angela ?

– On s'en moque du monstre de foire ! râla Émi.

– Je ne sais pas, je ne l'ai pas revue depuis, répondit Mathis. Eh, Émi, je te rappelle que t'es métamorphomage.

– Et ? se braqua la jeune fille, ses cheveux virant au vert.

– Et niveau phénomène de foire, ça se pose là !

– Pardon !? Non mais… tu… je… QUOI !?

– Il a pas tort, intervint Karol. Tu n'aimerais pas qu'on te traite de monstre toute la journée parce que tu es différente. Je parle en connaissance de cause…

Mais pour Émi, la discussion s'arrêta là, et elle quitta la table. Mathis soupira.

– Je sais ce que vous allez dire. C'est vrai que j'y vais un peu fort avec elle. Mais son jugement est faussé par une peur irrationnelle. Bon ok, peut-être pas si irrationnelle, d'après ce qu'elle m'a raconté. Mais ça reste une phobie. Le problème, c'est que ça porte préjudice à Angela. Et à nous, parce que je pense qu'elle a beaucoup à apporter aux Augures. Ou au moins à Mauvais Augure, ajouta-t-il pour lui-même.

– Ben en fait, je suis d'accord avec toi, fit remarquer Karol.

– Je m'en serais douté.

– Moi aussi, ajouta Nil.

– Toi, par contre…

– On est tous d'accord avec toi, énonça posément Erwin. Ça n'est pas plus facile pour autant. Mais je pense que c'est la bonne tactique. Lui dire clairement quand elle dépasse les limites, lui souligner l'absurdité de certains arguments préconçus, mais ne pas la laisser tomber pour autant.

– Aucun risque, confirma Mathis. Tant qu'Émi n'est pas d'accord, Angela ne deviendra jamais une Augure.

– En parlant de ça… C'est quand que j'en deviens une, moi, hein ? s'enquit Camille.

– T'en est déjà une, officieusement.

– Et officiellement ?

– Officiellement… À ton prochain coup d'éclat "auguresque". Montre-toi digne de ce titre, et tu le recevras.

– Ça va, tu te montes pas trop là tête ? ricana Nil. C'est qu'un nom de bande, les Augures.

– Hé ! on a une réputation à défendre, répliqua Karol. Je ne doute pas que Camille est à la hauteur, mais je vote pour la mise à l'épreuve quand même.

– De même ! l'appuya son frère.

– J'y ai eu droit, alors… c'est justice, lâcha Jorge.

– Je rêve, c'est une coalition ! ricana Camille.

– Moi je vote pour t'intégrer tout de suite ! intervint Nil.

– Ouais mais toi on s'en fout, répliqua Mathis. La majorité a parlé.

– Je vais décider de prendre ça très mal, et te faire avaler ton yaourt par le nez, exprima posément Nil.

– Cours, Mathis, conseilla Erwin. Vite.

Mathis suivit le conseil, et s'enfuit en courant dans le Grand Réf. Il fut rappelé à l'ordre par la directrice-adjointe, et ralentit le pas, en jetant un regard derrière lui. Nil était toujours à table, et en train de manger son dessert. Elle adressa un signe de remerciement au garçon. Sale vipère.

Puisque de toute façon l'heure était bientôt arrivée, Mathis sortit du château, pour rejoindre les serres de Biologie, où devaient se retrouver les élèves ayant choisi l'Option majeure Zoomagicologie. Étrangement, Émi n'y était pas encore. Ou peut-être pas si étrangement que ça, en considérant la présence d'Angela, en grande discussion avec Raven Luschek, la Polonaise de sa classe qui avait participé à la Grande Finale des Concours de Connaissance pour l'épreuve de Runes Anciennes. La jeune hybride s'abritait du soleil sous une ombrelle de dentelle noire, cette même dentelle qui ornait les bordures de son uniforme déjà lourdement customisé.

– Hé, salut petit oiseau ! s'exclama Angela en faisant un grand signe à l'Augure.

– Pourquoi tu m'appelles tout le temps comme ça ? grimaça Mathis.

– Ben la première fois, c'est parce que je n'allais pas t'appeler Mauvais Augure devant mon père… et puis c'est resté. Ça doit être parce que tu ressembles à un épervier, petit mais tenace.

– Mauvais Augure ? releva Raven.

– Longue histoire, rejeta Mathis d'un geste vague. Alors comme ça, vous faites toutes les deux Zoomagico ?

– Ouaip.

Ekzakte, confirma Angela. Je ne savais pas que les classes seraient mélangées ?

– Ça semble logique, répliqua Mathis. Nous serions trop peu nombreux, sinon.

Nu ja.

Ils furent rapidement rejoints par le reste des élèves, y compris Émi qui resta en retrait avec Nil, puis par la prof, qui balaya le petit groupe de son œil valide, avant de sortir une liste de sa poche.

– Si tout s'est bien passé, et qu'aucune fiche n'a été égarée, vous devez être : Nilüfer Azerbas, Émeraude Brisebois, Mathis Devaux, Nina Gallinier, Lucile Kréolis, Raven Luschek, Katharine Magnus de Veriasinis, Erwin Niafasen, Karol Niafasen, Marco Stepán et Pierre-Antoine Thirion. Tout le monde a été nommé ? Ai-je nommé un absent ? Je vous écoute, jeune fille.

– Je m'appelle Katharine Angela, ou juste Angela. Mais pas juste Katharine.

La diatribe de la nouvelle en fit ricaner certaines. Mais la prof ne se démonta pas, et d'une plume encrée sortie de nulle part, elle corrigea sa liste.

– Voilà qui sera mieux, Angela. D'autres indications importantes ? Parfait. Pour ceux qui ont la mémoire courte, ou qui se bécotaient dans les toilettes au lieu d'assister à la réunion obligatoire de rentrée, je suis le professeur Castle. Mais puisqu'on est entre nous, j'accepte que vous m'appeliez Sérène et que vous me tutoyiez. Je travaille à mi-temps à l'académie en tant qu'enseignante, et à mi-temps au Bureau des Chasseurs. De plus, la majorité de mes cours s'adressent aux étudiants en Chasse, ce qui fait que vous ne me verrez pas souvent en dehors de ce cours. D'ailleurs, je suis théoriquement co-animatrice du Club Survie… mais je n'ai jamais le temps les Samedis. En général, je n'y assiste que pour les grandes escapades, histoire d'encadrer les élèves. Avant de commencer le cours du jour, je voudrais savoir si vous avez des questions sur la structure du cours, le principe général des Options ? Pour le contenu, j'y reviendrai juste après.

Personne ne se manifesta. Tous et toutes étaient fascinées par la beauté hypnotique de la jeune prof, à peine entachée par des cicatrices reflétant un courage certain.

– Puisque je sais que la question trottera dans la tête de certains, et que je veux que vous soyez pleinement concentrés sur mon cours, je vais vous faire l'historique de mes cicatrices.

Elle pointa son œil de verre et sa paupière balafrée.

– Un griffon blessé, rendu fou par la douleur.

Elle pointa les cicatrices qui prolongeaient les coins de sa bouche.

– Une… expérience vocale ayant mal tourné, impliquant des runes primitives.

Elle pointa la balafre irrégulière barrant sa joue.

– Une griffure de harpie, bien chargée comme il faut de magie noire.

Elle pointa celle dans son cou.

– Un coup de machette d'un braconnier aviné. Il y en a d'autres, que vous ne verrez jamais. J'espère que les curieux ont suivi, parce que je ne me répéterai pas. Passons au contenu du cours. En cette première année de Zoomagicologie, je vous propose de découvrir l'écosystème de notre belle région. Les Pyrénées, encore relativement sauvage, sont l'endroit idéal pour les grands oiseaux. Mais je ne vais pas vous en parler. Je vais plutôt vous parler des espèces magiques qui peuplent nos forêts. Et, regardez derrière moi, que voyez-vous ? Toi : nom, réponse.

– Marco Stepán. C'est la forêt du domaine de Beauxbâtons, une réserve magique abritant de nombreuses espèces non dangereuses, mais en danger. Sa localisation géographique est une aubaine, car aucun braconnier ne peut s'y introduire.

– Il manque un système de bons points, dans cette école… déplora Sérène. Pour la peine, je ramènerai au cours suivant une chocogrenouille à chaque élève répondant aussi bien que Marco. Vous aimez tous les chocogrenouilles ?

L'assentiment fut quasi-collectif.

– À la bonne heure ! Question suivante : l'un d'entre vous saurait-il quelle espèce rarissime pouvons-nous trouver dans cette forêt en particulier ? … Non ? Je vous donne quelques indices : c'est une espèce douée de langage… qu'on trouve uniquement dans le Sud de l'Europe, et dont les derniers foyers se trouvent ici, au Nord du Portugal, et dans une plus large zone entre le Nord de la Grèce et la Macédoine… C'est une espèce purement masculine… réputée pour leur caractère exagérément festif… et une certaine tendance à la perversité… Ha ! J'écoute. Même chose que pour Marco.

– Nina Gallinier. Des faunes ?

– Bien joué ! Des faunes ! Que savez-vous des faunes, outre ce que j'en ai dit ? Angela !

– C'est des hommes-chèvres, ou un truc dans le genre.

– Ou un truc dans le genre ! approuva la prof d'un ton enjoué. Va falloir faire mieux, ma cocotte, sinon t'aura pas de chocogrenouille !

– Je ne peux pas en manger, je suis à demi vampiresse.

– Franchement, je ne veux pas remettre en cause la qualité de ton bronzage, mais je m'en serais douté, répliqua la prof. Tant pis pour toi, de toute façon tu ne l'avais pas méritée ! Quelqu'un peut faire mieux ? Non ? Eh bien allons-y alors !

Et joignant le geste à la parole, la prof s'engagea dans la forêt, sans même vérifier que les élèves suivaient.

– C'est marrant, on dirait la sœur guerrière d'Attorney, lança Mathis aux Augures qu'il avait fini par rejoindre.

– En l'occurence, c'est la sœur guerrière de notre mère, répliqua Erwin. Cela dit, ce n'est pas forcément mieux, bien que celle-ci n'ait jamais tenté de nous empoisonner.

– Officiellement, Attorney non plus, ricana Karol. Officiellement… De plus, Mère ne sait pas cuisiner, et je vois mal Orwell faire une chose pareille.

Sous la canopée méridionale de la forêt pyrénéenne, les discussions allaient bon train. Mais lorsque Sérène s'arrêta d'un coup et leva la main, tous se turent. Elle porta sa main à sa bouche, et siffla entre ses doigts deux notes longues si stridentes que plusieurs élèves se plaquèrent les mains sur les oreilles en grimaçant. Quelques instants plus tard, deux créatures apparurent, sans le moindre bruissement de feuille. De la tête aux hanches, ils avaient un aspect humain, à l'exception d'une paire de corne courbée. L'un avait des cheveux mi-longs emmêlés roux foncés, le visage couvert de taches de rousseurs, et portait un gilet blanc en peaux de lapins cousues grossièrement, ainsi qu'un béret à carreau moldu transpercé par sa corne gauche. L'autre avait les cheveux plutôt courts, noirs frisés, et une barbiche pointue. Il était torse nu, mais portait une lourde ceinture de cuir chargé de dizaines de pochettes pleines à craquer de choses indescriptibles, et portait une sacoche de lin qui avait dû jadis être blanche, elle aussi pleine à craquer, en bandoulière. Ils auraient pu passer pour deux hippies, s'il n'y avait pas eu leurs longues oreilles pointues et leurs jambes, ou plutôt leurs pattes : celles-ci étaient poilues et courbées, et se terminaient par des sabots. On aurait dit qu'un savant fou avait greffé un tronc humain sur des pattes de chèvre. Le plus amusant était que la fourrure des pattes était en accord avec la couleur de leurs cheveux.

– Héééé ! Salut Sérène chérie ! s'exclama le brun, d'une voix nasillarde que les Augures reconnurent.

– Tu nous as amené des nouvelles têtes ? s'enquit le roux, d'une voix grave que les Augures reconnurent également.

Soudain, Mathis tilta : c'était les deux faunes que Jorge et sa bande avaient rencontré clandestinement l'an passé. À l'aide du miroir à Double-Sens d'Émi, ils avaient surpris une discussion fort étrange entre une bande d'élèves, dont plusieurs membres de la Légion de Lucian, et les deux faunes, impliquant un échange de 350 grammes de "péruvienne" contre un bocal plein d'une substance inconnue.

– Les jeunes, je vous présente Muloxékè et Gustelor, deux faunes. Muloxékè (le brun fit une révérence exagérée) est responsable en chef des festivités. Gustelor (le roux pencha la tête en attrapant la visière de son béret) est patrouilleur. Mulo ?

– En tant que responsable des fêtes, je suis chargé du bon déroulement des festivités faunienne, expliqua Muloxékè. Nous sommes un peuple très fêtard, et… eh ben en fait nous faisons la fête tous les jours.

– Sauf le samedi, précisa Gustelor.

– Sauf le samedi, approuva Muloxékè.

– Pourquoi ? demanda Orilia.

– Pourquoi ? répéta Muloxékè en ricanant.

– Pourquoi ? répéta à son tour Gustelor, de même.

– Mais parce qu'avec la murge qu'on se met les vendredis soir, personne n'est en état de faire quoi que ce soit les samedis, tiens ! Qu'elle est bête…

– Mulo ! gronda Sérène.

– Pardon, pardon ! s'excusa le faune sans la moindre sincérité dans la voix. Bon, blague à part, et croyez-moi, c'est difficile, avez-vous des questions sérieuses ?

– Erwin, nous t'écoutons, l'interrogea la prof.

– Comment est organisée votre société ? demanda son neveu.

– Un futur politicien, hein ? souligna Gustelor. Eh bien, nous sommes comme… une grande famille. Les fils de l'aîné forment la caste des responsables. C'est eux qui gèrent tout le bordel. Mulo en fait partie. Ensuite, les fils du cadet forment la caste des vigilants. C'est nous qui veillont à ce que personne ne viennent nous emmerder, et inversement. Nous ne voudrions pas voir un cousin aviné venir importuner les jeunes élèves de l'Académie qui nous accueille si gracieusement. Et enfin, les fils du benjamin forment la caste des ravitailleurs. C'est eux qui s'occupent de la bouffe. Chaque caste à son rôle, et les tâches sont équitablement réparties afin que chacun en fasse le moins possible, dans un délai minimum. Pour la répartition, c'est simple : on attribue chaque nouveau-né à une caste, puis le suivant à la caste suivante, toujours dans le même ordre. Ça équilibre à peu près.

– Certains responsables, comme moi, sont également ingénieurs, compléta Muloxékè. Nous concevons des machines qui travaillent à notre place. Les vigilants les construisent, et les ravitailleurs sont opérateurs. Ma dernière invention, c'est un secoueur de pin. On l'accroche au tronc d'un pin, on se met en cercle autour, et on se passe la boule de bois accrochée au bout du manche tournant comme s'il s'agissait d'une balle. Nous, faunes, vivons exclusivement pour joindre tout à l'agréable.

– L'utile à l'agréable, tu veux dire, corrigea Sérène.

– L'inutile aussi, réfuta Muloxékè. D'un point de vue vital, en tout cas. J'exclus de fait la récolte de vivres, l'entretien des cabanes, et les fêtes.

– Les fêtes, c'est vital, appuya gravement Gustelor.

– Jeune fille, une question ? s'enquit Sérène.

– Lucile Kréolis. Vous avez parlé uniquement de "fils". Et les filles, elles font quoi ?

– Les quoi !? sursauta Gustelor.

– Il n'existe pas de faunes femelles, si c'est là ta question, expliqua Muloxékè.

– Mais alors comment vous faites pour… pour vous… ?

– Nous reproduire ? termina Gustelor. Je ne sais pas si tu as remarqué, jeune fille, mais nous n'avons pas d'organes génitaux comme vous autres !

Plusieurs élèves, Lucile la première, baissèrent involontairement le regard en direction de l'aisne du faune, et rougirent intensément. Sérène se racla la gorge.

– Pourrais-tu nous expliquer, Gustelor, comment se reproduisent les faunes ?

– Ben avec les licornes ! lâcha le faune comme s'il s'agissait d'une évidence. Si un faune touche une licorne à la pleine lune, elle tombe enceinte d'un bébé faune !

– Ce n'est pas drôle… soupira la prof.

– Moi j'ai trouvé que si, répliqua Gustelor.

– À titre personnel, j'approuve le cousin, glissa Muloxékè.

– Je vois. Hé bien je vais leur expliquer moi-même, alors…

– NON ! s'écria Gustelor. Non, laisse-moi faire !

– À la bonne heure ! approuva Sérène.

– Les faunes naissent des chèvres qui vivent dans les régions fortement chargées de magie, expliqua plus posément le faune roux. Tout simplement. Enfin, il paraît que si une nymphe touche une chèvre gestante, elle accouchera forcément d'un faune. Mais il n'y en a pas trop ici, des nymphoïdes, à part nous. Et la cinglée de prof de musique, mais on préfère qu'elle se tienne très loin de nous. Ensuite, hé bien les vigilants patrouilleurs finissent bien par les trouver. Ça gueule très fort, un faunet.

– Et si vous ne les trouvez pas ? demanda Nina.

– Ben ils crèvent de faim, quoi. Mais ils gueulent vraiment très fort, alors c'est rare. Sinon, ils servent de nourriture au runespoor.

La plupart des élèves était outrés. Le satyre haussa les épaules, et Angela lui adressa un geste signifiant de laisser tomber. La prof intervint en changeant de sujet.

– La colonie de faunes du domaine de Beauxbâtons a été établie au XIXème siècle, au début de la déforestation causée par ce que les moldus appellent l'industrialisation. À l'origine, ils n'étaient que quatre : le vieux père, et les trois frères. Bien sûr, la famille, chez les faunes, n'a rien à voir avec une question de sang. Simplement, celui qui élève un faunet devient de fait son père. Les faunes étant une race de nymphoïdes, c'est-à-dire apparenté aux nymphes, et comme elles ils nécessitent un environnement magique et d'être en contact avec d'autres espèces qui leur servent de gestatrices, dans leur cas des caprins. Oui, je t'écoute ?

– Pierre-Antoine Thirion. Madame, est-ce que les faunes ont encore des contacts avec leur… leur mère ?

– Tu veux dire la chèvre qui nous a donné naissance ? ricana Gustelor. Ce n'est qu'un utérus sur patte, une bestiole stupide et malodorante ! Il y a tout de même des villages faunes où ils les gardent dans des enclos, pour être quitte de devoir leur courir après dans toute la forêt pour trouver les faunets. Mais aucun de nos ancêtres n'était éleveur, et… les traditions ont la dent dure. La flemme aussi. Et le fromage, c'est trop de travail, en plus.

– En plus, approuva Mulo.

– Cela répond à ta question ? s'enquit la prof.

– Oui, approuva Pierre-Antoine, gêné.

– Eh, c'est que le temps file ! c'est déjà le moment pour nous de rentrer ! Allez hop, en route mauvaise troupe ! Nous allons faire un crochet par une jolie petite clairière où pousse de l'asphodèle. Nous allons en cueillir et en ramener à votre professeure de Potions.

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– Rangez vos livres. Non, attendez… rangez tout. Oui, votre baguette aussi. Et maintenant, tout le monde debout.

Le professeur Carter faisait les cent pas dans l'allée centrale de sa salle de cours, en énonçant ses instructions.

– Qui parmi vous a, ou pense avoir déjà affronté les forces du Mal ? Levez juste la main… oh, sept, tout de même ? Très bien, très bien ! Les sept, là, sortez des rangs, et allez au fond de la salle. Parmi les autres, les membres du Club Duel vont à gauche, les autres à droite… Oui, c'est bien ce que je pensais. Avancez… voilà, asseyez-vous. Les autres au fond, asseyez-vous derrière.

– De quel côté, Monsieur ?

– Celui que tu veux, Raven, tant que vous laissez un rang libre entre vous et les autres. Voilà, maintenant que tout le monde est assis, je vais vous expliquer comment ça va se dérouler. Je vais faire l'appel dans l'ordre alphabétique. Si vous faites partie du groupe du fond, vous dites quelles créature vous avez affronté, et comment. Si vous faites partie du groupe de gauche, vous annoncez votre sort préféré, et essayez de justifier son usage face à une créature de votre choix. Et si vous faites partie du groupe de droite, vous expliquez pourquoi vous avez choisi cette option, et pas une autre. Ça nous permettra de faire connaissance, et ça me permettra d'adapter le programme à votre niveau et vos demandes, pour que tout le monde ici soit sur un pied d'égalité avant la fin de cette année. Allez, on commence ! Mydian Appelbaum ?

– Présente. Je suis là pour apprendre à connaître les créatures maléfiques, et les blessures qu'elles infligent, en prévision de ma Chasse Médico.

– Eh bien, ta voix est toute tracée ! Nilüfer Azerbas ?

– Présente ! Un Incarcifors bien dosé, et aucune créature ne me résiste !

– Je veux bien te croire ! Octavius Ballessaim ?

– Présent. J'ai croisé des gytrashs dans un bois quand j'étais petit. Mon père les a chassés d'un puissant Lumos Maxima.

– En effet, les gytrashs, ou cynospectres, craignent la lumière. Aventino Bellini ?

– Présent. J'ai été attaqué par des strangulots durant un voyage en Écosse. Ma sœur les a chassés à coups de Lashlabask.

– Pas mal. Plus radicalement, Diffindo peut faire l'affaire contre leurs bras tentaculaires. Émeraude Brisebois ?

– Présente. Je dirais qu'une quantité suffisante de Stupéfix peuvent venir à bout de n'importe quelle créature non immunisée à la magie.

– Ce qui ne te serais pas très utile face à une manticore … Mathis Devaux ?

– Présent ! J'ai lu qu'un sortilège de Conjonctivite peut nous sauver face à un dragon.

– Intéressant ! tu connais la formule ?

– Non…

– C'est Ocularum Exasperentur, note bien ! Camille Hastier ?

– Présente. J'ai affronté une goule caméléon qui possédait un épouvantail, pendant les vacances. J'y ai mis le feu d'un Incendio bien senti !

– Excellent ! Le meilleur moyen de vaincre une goule caméléon est en effet de détruire l'objet qu'elle possède. Raven Luschek ?

– Présente. Je… j'ai tué un vampire. Un couteau en argent dans le cœur.

– Ah. Tu… as été très courageuse. Katarin Anĝela Magnus de Veriasinis… hej, ĉu vi estas la filino de Ricardo Magnus ?

Jes ja ! Ĉu vi parolas vampirlingvon !?

Kiel vi aŭdas. Alors, qu'as-tu affronté, jeune fille ?

– Une banshee. On s'y est mis à trois, on l'a saturé de sorts d'hilarité !

Rictusempra hein ? pas mal. Mais la meilleure solution reste de la forcer à boire de la potion d'hilarité. Lætitia Pergaud ?

– Présente ! Un Flipendo dans l'estomac, ça doit être bien contre un troll, non ?

– Oh oui, si tu veux qu'il te rit au nez ! Les trolls sont quasiment immunisés à la magie. Arnaud Portesort ?

– J'ai affronté un épouvantard. Mon père m'a dit qu'il fallait utiliser Riddikulus… mais je ne connaissais pas la formule… Et j'étais enfermé avec l'épouvantard…

– Oh, pauvre chou, il ne pouvait pas fuir comme il en aurait rêvé ! se moqua un peu trop fort Nil.

– Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle, Nilüfer, répliqua Mister Carter. Arnaud a dû affronter seul l'incarnation de son pire cauchemar, et est là pour en parler. Il a fait preuve d'un grand courage. Que je ne vous reprenne plus à vous moquer d'un de vos camarades.

– Désolée Monsieur…

– Ça ira pour cette fois. Lucie Rouvier ?

– Présente. J'aimerais apprendre à connaître les autres races qui luttent contre les ténèbres aux côté des sorciers.

– Noble initiative, jeune magus. Marco Stepán ?

– Présent. Moi je veux apprendre à me battre contre les saloperies de monstres !

– Tu devrais déjà commencer par apprendre à parler moins vulgairement. Günter Zeitmann ?

– J'ai affronté un fangieux lors de la Grande Finale des Concours de Connaissance…

– Dans le cadre d'une épreuve ?

– Non… un de mes "cousins" a trouvé malin de me faire visiter les marais de Mighty Adler, qui sont interdits d'accès aux élèves. Il m'a poussé dans l'eau, et cette sale bête en forme de bout de bois a essayé de me bouffer. Mais il faisait moins le malin après avoir reçu un Bombarda Maxima en pleine gorge.

– Mais c'est super dangereux ! s'insurgea Mydian. Il aurait pu te tuer !

– C'est exactement ce qu'il a dit quand je l'ai jeté du haut de la tour Nord pour me venger, répliqua Günter d'une voix posée.

– Superbe ambiance familiale, commenta Carter. Bon, eh bien nous avons fini les présentations. Puisque c'est la seule chose qui semble pécher aujourd'hui, nous commencerons par un cours sur les créatures immunisées à la magie. Qui peut m'en citer une, à part les trolls ?

Et le cours partit là-dessus, avant d'embrayer sur les réponses des autres. Les Augures étaient fascinés par la capacité de Carter à créer un cours en direct. À chaque fois qu'un élève racontait quelque chose, il embrayait sur le sujet, ponctuant ses explications d'anecdotes amusantes piochées çà et là, parfois dans son propre passé. L'interactivité du cours était optimale, et l'ambiance à la fois éducative et familiale. À la fin du cours, Carter proposa un vote. Son issue ne plut pas du tout à Mathis. Car la majorité trouvait intéressant que leur premier cours pratique porte sur les épouvantards. Quand les Augures en discutèrent, après le cours, Émi se souvint qu'il y a deux ans, Mathis avait stratégiquement évité le fond des couloirs où des épouvantards avait été exposés dans des vitrines, et les lumières avaient été coupées. Chaque personne voulant se rendre aux toilettes devait obligatoirement passer devant une vitrine, et pouvait entr'apercevoir sa plus grande peur à travers une vitre. Mais Mathis, lui, n'était pas allé aux toilettes de la journée, et avait évité le sujet lorsque les Augures avaient discutés de phobies…

Une fois dans le hall, les Augures partirent en direction du QG de Lucian, où ils passaient de plus en plus de temps. Mathis se détacha du groupe, et fit signe à Angela. Celle-ci se détacha de sa petite bande, et approcha du garçon.

– Tu savais ce que Raven avait fait ? s'enquit-il.

– Fais quoi ? Tué un vampire ? Bien sûr que je le savais.

– Mais… comment ça se fait qu'elle… que vous êtes amies ?

– Parce qu'elle est intelligente, et que je le suis aussi, répliqua Angela d'un ton neutre. Elle sait que je n'ai rien à voir avec celui qui l'a attaqué, et de mon côté je me doute qu'il l'avait bien cherché.

Mathis jeta un regard ahuri à la jeune hybride, qui haussa les épaules.

– Les vampires sont des prédateurs naturels pour les humains. Nombreux sont ceux qui prennent cet état de fait pour un droit divin de suprématie. Le viol de moldues est un sport national dans le Royaume Vampirique d'Occident, et certains voient une sorte de bonus dans le fait de s'attaquer à une sorcière. Seul le meurtre y est puni, alors ils en profitent allègrement. J'appartiens pour 50% à une race de sociopathes, dont de nombreux salopards innommables. Paradoxalement, ce sont ces mêmes 50% qui m'aident à supporter l'idée de les partager avec ces monstres. Je ne peux pas en vouloir à Raven pour quelque chose que j'aurais fait avec plaisir. Maintenant, va rejoindre tes amis. Je devine à ton expression que tu n'étais pas prêt à entendre ça, et j'ai suffisamment d'humanité en moi pour m'arrêter là.

Et Angela le planta là, choqué et intrigué par ce qu'il venait d'entendre.

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– Lève les bras, gros malin ! cria Liz.

– Comme ça ?

– Mais non, triple buse, en avant ! Et ton pied gauche, recule-le encore !

Mathis râla pour la forme mais s'exécuta. Après le coup stupide de l'année dernière, qui lui avait valu plus de deux mois d'interdiction de Cognepoing, qui avait indirectement conduit son équipe à finir dernière du tournoi. Il aurait pu être exclu de l'équipe, mais la capitaine, Éliza "Liz" Robin, avait préféré le garder… et lui faire regretter son comportement.

– Et si je meurs ? s'enquit Mathis. Non, parce que c'est super dangereux, ton truc !

– Aucune excuse ! répliqua Liz. Je te jure que si tu meures avant qu'on ait remporté la grande finale, je te ramène de force. Je suis sûre que Serpent connait un nécromancien !

– Pourquoi il n'est pas là, d'ailleurs ? râla Mathis. Pourquoi les autres ne sont pas là ?

– Parce que c'est toi qui a besoin d'entraînement ! Et puis quelles autres ? Les sélections n'ont même pas encore eu lieu !

– C'est censé me rassurer ?

Soudain, l'expression de Liz devint grave.

– Je passe en équipe Senior. Je vais remplacer Élisabelle en tant qu'attaquante gauche, et elle, elle devient capitaine à la place de Loïc Bettanges. Maxime… Maxime n'a plus vraiment le cœur à ça.

Il y eut un silence gêné. Harmonie Clerc, sa mère, était en tant que secrétaire assise parmi les employés du Palais, dans les premiers rangs lors de la cérémonie d'investiture d'Amphision. C'est parmi ces employés, et parmi les photographes de presse, qu'il y avait eu le plus de victimes. Maxime avait perdu sa mère, et son père moldu s'enfonçait dans une profonde dépression alcoolisée que l'absence de son fils unique durant cette année scolaire n'allait certainement pas arranger. Éliza se racla la gorge.

– Il ne reste plus que vous trois, reprit-elle. Sertorius est bien trop impulsif, et Mydian manque de fermeté.

– Tu veux dire… comprit Mathis.

– Oui, je veux dire que c'est toi, le nouveau capitaine des Bélials Junior. Et tu as intérêt à mériter mon titre, sinon je te jure que je ferai du reste de ta misérable vie un enfer !

– Chef oui chef ! s'écria Mathis.

Mathis se mit alors en position. Le pied droit en avant. Le pied gauche en arrière, en biais. Les deux mains au niveau de son visage, tendues en avant et orientée de manière similaire à ses pieds. Liz était en face de lui à cinq mètres, le cognard d'entraînement tout neuf à la main. Elle visa, et tira de toute sa puissance droit sur Mathis. Celui-ci réceptionna le cognard à deux mains en bondissant, se retrouvant emporté par la balle magique. Grâce à sa position, il avait effectué un demi-tour, et volait maintenant de face, droit sur le but. Il visa au jugé, et lâcha le cognard qui continua dans sa trajectoire, puis roula au sol en retombant. Dans sa chute, il avait entendu le bruit sourd du cognard, signe qu'il avait atteint la cible. En effet, l'un des enchantements de l'étrange balle de cuir utilisée au Cognepoing était qu'elle ne pouvait toucher aucune paroi du terrain, exceptée la cible au fond du but.

– Alors ? s'enquit Mathis, voyant le cognard revenir tout seul à toute allure, droit sur Liz.

Celle-ci le réceptionna d'une main experte, et sourit.

– Premier secteur. C'est pas mal ! Allez, on recommence !

– Quoi !?

– Et dépêche-toi, j'ai TDCFM à 15h !

L'entraînement avait été dur. Pourtant, lorsqu'Éliza était partie en cours, Mathis était resté, et avait continué son entraînement. Chaque soir après les cours, il avait relu le seul ouvrage de techniques de Cognepoing existant : Le Cogne-quoi ?, de Sophie Brindacier, qu'il avait emprunté à la bibliothèque. Puis samedi était venu, et, après une sympathique première séance de Club Duel, où le statut de championne de duel de la belle Lorna Malétrix avait été officialisé, Mathis s'était rendu aux sélections de Cognepoing d'un pas sautillant accompagné de ses compères Mydian Appelbaum et Sertorius Glazkov, respectivement attaquante gauche et défenseur gauche de son équipe, et de son amie Nilüfer, défenseuse gauche d'une équipe adverse, les Albatr'Os. L'an passé, il avait effectué le même trajet, dans le même état d'esprit. Mais l'an passé, il s'apprêtait à entrer dans l'équipe, à faire ses débuts. Mais cette année, par un coup du sort, il serait celui qui organiserait les sélections de son équipe.

Une fois au gymnase, il laissa là ses amis, et alla rejoindre les autres capitaines dans le bureau de l'entraîneur. Bises et poignées de mains furent échangées, et l'entraîneuse et arbitre Mystique Pluiedeglace ouvrit sa boîte.

– Vous tirez un papier, sur lequel figure un nombre. Les sélections se feront dans l'ordre croissant de ces nombres. Les filles d'abord !

– 33, annonça Audrey Luceneige, nouvelle capitaine des Cobras Ardents, en lisant son papier.

– 42, annonça Lorna Malétrix, nouvelle capitaine des Ratons-Chasseurs.

– 37, annonça Mathis, nouveau capitaine des Bélials.

– 54, annonça Yoann Plume, seul capitaine présent pour sa seconde année, et représentant l'équipe des Albatr'Os.

– Parfait ! conclut Miss Pluiedeglace. Yoann, puisque tu passes en dernier, je peux te demander de préparer le terrain ?

– Oui M'dame, accepta le jeune homme, avant de quitter la salle.

– Vous autres… vos prédécesseurs vous ont bien expliqué vos rôles ? (tous approuvèrent) Parfait ! Eh bien… mon rôle s'arrête là pour le moment, alors ! Vous menez vos sélections comme vous le sentez, et vous me faites de magnifiques équipes bien solides ! Je reste ici à votre disposition, au cas où.

Les trois jeunes gens quittèrent le bureau, et se dirigèrent vers le terrain. Lorna passa son bras autour du cou Mathis.

– Alors, collègue, tu m'avais caché ta promotion, ce matin ? le gronda-t-elle faussement.

– C'était pour voir l'agréable surprise sur tes traits habituellement figés dans un rictus moqueur, répliqua Mathis.

– Eh, les tourtereaux, vous vous relècherez les amygdales plus tard, on a du boulot !

– Ta gueule Audrey ! répliqua Lorna.

Cependant, Mathis se dégagea doucement de l'étreinte de l'adolescente, et se dirigea vers ce qui restait de son équipe.

– Alors ? s'enquit Sertorius.

– Alors, mon cher Serpent, nous passons deuxième. Et de votre côté ?

Le surnommé Serpent tendit un parchemin sur lequel apparaissait une liste de noms à son capitaine.

– Hein !? s'écria Mathis en lisant un nom qu'il ne connaissait que trop bien.

– Ça ne me choque pas tant que ça, indiqua Mydian.

– Moi non plus, ajouta Sertorius. Je l'ai vue sur un balai… elle serait bien incapable de jouer au Quidditch ! Et tu connais ta cousine, elle ne ferait rien sans être sûre d'y être meilleure que les autres !

– C'est justement ce qui m'inquiète… soupira Mathis. Ça voudrait dire que je serais obligé de la prendre dans l'équipe…

– Je ne comprends pas pourquoi tu la détestes autant…

– Je ne la déteste pas, elle m'insupporte. C'est pas pareil.

– Je ne vois pas la différence…

– Moi si, intervint Mydian. En tant que cousine de Lucian Appelbaum, je suis bien placée pour comprendre…

– Je croyais que tu faisais toujours partie de sa Légion ?

– Je dirige sa Légion, corrigea la Belge. Sans moi, ce grand crétin serait bien capable de, que sais-je, faire sauter le toit de l'Académie pour avoir des cours en plein air !

– Hé… commença Mathis.

– Je t'interdis d'y penser ! coupa Mydian d'un ton sec. Bon, qui commence, qu'on assiste à leur sélections ?

– Les Cobras Ardents. Ça va aller vite, il n'y a que l'ancien poste d'Audrey qui est à pourvoir.

Et effectivement, les sélections des Cobras furent très rapides. Puisque le poste à pourvoir était celui de défenseur, les postulants passaient un par un devant le but, et devait arrêter le tir de chacun des quatre membres de l'équipe. Seuls deux arrêtèrent les quatre tirs, et ils furent départagés lors d'un second tour duquel un certain Charles Esseulier sortit vainqueur. À ses couleurs et son âge, on reconnaissait un Lonicera de 2ème ou 3ème Année.

Ensuite vint le tour des Bélials. Qui disait deux postes à pourvoir disait de plus longues sélections. Aussi, il ne fallait pas perdre de temps, et Mathis eut une idée pour optimiser les sélections. Il fit entrer la dizaine de postulants sur le terrain, et leur expliqua le déroulement de ses sélections.

– Ceux qui veulent le poste d'attaquant gauche, vous allez dans le quart de terrain avant gauche. Les autres, dans le quart arrière gauche. Le premier exercice sera simple. Vous allez vous faire des passes d'un quart à l'autre. Vous aurez trois choix : soit vous contenter de lancer au plus proche, soit tenter de lancer au plus éloigné, soit faire votre passe à l'un de nous trois. Nous, nous resterons du côté droit, et nous nous déplacerons sans arrêt. Sertorius dans le quart arrière droit, Mydian dans le quart avant droit, et moi dans toute la moitié droite. Celui qui rate une passe est éliminé. Celui qui ne tente rien de plus osé que de passer à son voisin est éliminé. Et en prime, ceux qui passent toujours à leur copain sans faire circuler équitablement seront éliminés pour antijeu, parce que c'est un sport collectif. Allez, tout le monde en place !

Tout en bougeant sur le terrain, Mathis criait ses instructions, pour le jeu varie, et que les éliminations soient plus rapides. Et à sa grande horreur, Juliette était toujours là, parmi les aspirants attaquants restants. Mais il ne pouvait pas décemment la recaler alors qu'elle était visiblement douée. Cependant, dès qu'elle reçut le cognard en main, il la héla :

– Hé Juliette ! Compte trois secondes, et balance-le-moi !

– Ok !

Il partit alors dans un sprint fou, et avait presque parcouru le terrain entier, lorsqu'il aperçut le cognard qui fonçait droit sur lui. Il pensa un instant l'attraper, mais se ravisa au dernier moment, et le frappa du poing de toutes ses forces, en direction du but. Plein centre : le cognard n'avait pas le moindre effet résiduel dû à une mauvaise passe. Mathis freina in-extremis avant de percuter le dôme, et revint d'un pas sautillant.

– Je suis désolé, les gars, mais vous allez devoir quitter le terrain. Le poste d'attaquant n'est plus à pourvoir.

Juliette sourit avec effronterie.

– Toi, te réjouis pas trop vite, répliqua Mathis. Je ne te laisserai aucun répit pendant les entraînements !

– Oui mon capitaine ! s'exclama sa cousine dans un simulacre de salut militaire.

– Tu me dois vingt gallions ! s'exclama Sertorius à l'adresse de Mydian, qui grimaça.

Mathis grimaça encore plus. Tous deux étaient issus de familles nobles et riches. Mais pour lui, la somme était colossale, pour un petit pari entre amis.

– Les défenseurs restants, vous vous mettez le long de la ligne de but. Oui oui, tout le long, on oublie la ligne centrale pour l'instant.

Il en restait quatre, pour un seul poste. Trois garçons de 2ème année que Mathis ne connaissait pas, et… Angela.

– L'exercice sera simple. Nous tirons. Vous interceptez le cognard. Vous devez éviter de foncer dans vos voisins. Pour cela, estimez si c'est à vous ou à lui, ou elle, de l'attraper. Vous pouvez vous rater, ce n'est pas grave. Mais un seul poste est à pourvoir, ne l'oubliez pas.

Tous se donnèrent à fond. Tous se montrèrent plutôt doués. Mais il fallait en choisir un seul. Et… le résultat final n'étonna personne. Un mètre soixante-quinze (difficile de faire du sport avec dix centimètres de talons, qu'elle avait dû retirer), des réflexes inhumains (à raison logique), Angela était indubitablement la joueuse ultime de Cognepoing. Mathis vérifia que c'était bien lui qui portait l'écusson de capitaine sur sa tenue de cuir (à côté d'une telle joueuse, d'autres se poseraient la question en les voyant tous deux sur le terrain), puis alla lui annoncer sa victoire. Il tint cependant à lui poser une question.

– Pourquoi en défense ? Tu serais redoutable, en attaquante !

– Parce que Juliette voulait la place, répliqua Angela comme s'il s'agissait d'une évidence.

– Tu la connais à peine ! Je savais même pas que tu lui avais déjà parlé, d'ailleurs…

– Toi aussi, je te connais à peine, cap'taine. Mais j'ai un bon instinct, sur la nature des gens.

– On verra bien ce que ça donne, conclut Mathis.

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Voilà voilà ! Pour le prochain chapitre, rendez-vous le 14/10/16 entre 16h et 21h. Voilà. Une fourchette de 5h, c'est tout ce que je m'accorde, pour être sûr de ne pas encore vous faire faux bon. Adios !