Bien le bonsoir, komrades. Que de retours, que de théories ! Je vois que le chapitre précédent vous a beaucoup fait cogiter, et j'en suis pas peu fier.
Dans ce chapitre, nous découvrions les épouvantards de beaucoup de personnages (bordel ça va faire du boulot pour le wiki…), Émi et Angela faisaient une trêve, et Halloween rétablissait le Chaos dans son bon droit.

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Revvvvv'ponse to iew :

Salut le fou ! Tu as beaucoup de questions et de théories ! Sache que tu auras des réponses dans ce chapitre, et d'autres indices t'embrouillant encore plus. Je reste vague, mais je te dis quand même : tu as des bonnes pistes, alors soit très attentif aux prochains indices, tu pars bien !

Coucou titietrominet ! En effet, ça aura tenu… un chapitre. Nouveau record ! Enfin je suis sûr que je serais pareil si j'étais pas obligé d'être connecté pour poster.
J'ai failli ajouter un chien pour faire paf le chien, mais c'était pas dans le ton.
Je me suis fait la même réflexion… perso j'ai le vertige, alors pour matérialiser ça en patronus… walou.

Hey Drety ! Non mais t'as carrément raison, les compliments ça sert à rien. Enfin, ça fait toujours plaisir, mais le but des reviews (pour moi) c'est d'avoir des retours pour s'améliorer, pas pour flatter son égo (et le mien va déjà très bien, merci).
Merci pour l'erreur ! En effet, j'ai du mal à les voir grandir !
T'inquiètes, tu vas bientôt pouvoir le faire ! Ben en fait comme tous les chasseurs de prime (parce que c'est ce qu'est Natālija, en gros), sa mère se trimballe partout avec sa collection d'avis de recherche. Et vu qu'Angela est une fouineuse invétérée…
En 1ère Année, le match d'intérieur est évoqué par la directrice parce que Lucian en a fait un l'année précédente, en effet. Mais Mathis n'avait pas pour autant imaginer le faire.
Alors là pour ta question, je vais te répondre sincèrement : j'en sais rien. Pour la simple raison que leur importance évolue de manière inversement proportionnelle à la cohésion du groupe, et que je sais pas s'il y aura "chevauchement".
Oui, ça fait du bien un chapitre léger dans ce tome très sérieux. J'en ai encore en réserve, mais le ton s'assombrit quand même de plus en plus. Heureusement, j'ai déjà préparé des trucs hilarants pour le tome 4 (oui, c'est officiel, j'ai commencé à le préparer !).

Bonjour Ezezaguna ! sans vouloir te vexer, je suis un peu perdu dans le fouilli de tes suppositions, ha ha ! Je vais déjà te laisser lire ce chapitre qui traite de certains points que tu abordes, et on verra ce que tu en penses, pour l'instant, conservons un peu de mystère !
En effet, c'est vers 2-3 ans qu'on développe la conscience de soi, philosophiquement parlant. Sauf que j'était déjà à l'école à 2 ans (j'ai dû faire 4 ans de maternelle, j'étais trop jeune pour le CP), et que j'ai des souvenirs avant. Après oui, je suis d'accord que l'intermittence a dû beaucoup jouer. Surtout que comme pour Mathis, il n'y avait aucune photo de mon père chez moi.

Salut Allan ! Je n'ai pas dit que tu avais dit que tu ne lisais pas les autres review, je dis que le faire, c'est de la triche !
En effet, Ywëna m'a prêté des personnages ! Tout lecteur de Renouveau sait qu'Alyssa Mocking passe un certain temps en France !
L'Ange, on l'a déjà vu chez moi. C'est sûr. Après, je ne suis pas responsable de ce qu'on a vu chez les autres ! Mais si tu as le temps, je te conseille de relire depuis le début en gardant bien en tête tes théories les plus sûres pour voir si t'as pas loupé un indice qui les conforte.
Oui, c'est exactement sur ça que je suis parti ! Les non-êtres se nourrissant des sentiments négatifs, la corrélation, …
Console-toi en te disant que c'est un faux feu ! Ils sont dingues, mais pas destructeurs, ils n'auraient jamais fait ça en vrai. Quand au château, il se défend bien tout seul, je pense.
Ça reste de l'ordre du fantasme. Je doute que Mathis fantasme sur Émi…
Si je répond "mandragore", you see ?

Bonjour, bonjour, Sengetsu ! Alors d'après la théorie génétique sur laquelle je me suis basé pour Camille, en effet c'est pas obligatoire. Mais il me semble avoir lu un truc à ce propos chez Joanne. À voir si je retrouve.
Pourquoi pas ? Est-ce que je le sais ? Si oui, est-ce que c'est tellement important que je ne peux pas te le révéler ? Qui sait ?Hé bien la voilà !

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Dans ce chapitre, des rivalités tendues, de la peur, des abdos qui font mal, et la famille "Sherlock-Magnus".

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6) La rafle de Zomiel

Les deux hommes en avaient coincé un troisième contre un mur. L'un menaçait la victime de sa baguette, tandis que l'autre le tenait fermement.

– S'il vous plaît, messieurs ! Je vous donnerez ce que vous voulez, mais ne me faites pas de mal !

L'homme à la baguette partit d'un rire sadique.

– Nous, te faire du mal ? À toi, une saloperie de cracmol ? Tu crois qu'on va se salir les mains pour si peu ?

– Dit-nous juste où se trouve le foyer social de Rosalie Barrat, et on te laissera continuer à vivre ta vie misérable d'erreur de la nature.

– Je vous jure que je n'ai jamais entendu ce nom ! gémit le cracmol.

– Il ne ment pas, intervint une troisième voix.

Sortant de l'ombre, un jeune homme aux cheveux noirs s'avança vers eux, d'un air nonchalant. Il sortit de sa veste en cuir un paquet de cigarette, et en porta une à sa bouche.

– T'es, qui, toi, putain !? s'indigna l'homme à la baguette en pointant celle-ci vers le nouveau venu.

Ce dernier, sans s'inquiéter de la menace, claqua des doigts. Une petite flamme s'alluma sur le bout de son pouce, et il se servit de celle-ci pour allumer sa cigarette. Il secoua sa main pour éteindre la flamme, et tira une bouffée, qu'il recracha dans le visage de l'homme qui le menaçait.

– Il ne ment pas, répéta le jeune homme, qui (n'importe qui l'aurait reconnu) était fort séduisant.

Il tendit sa main vers la tête du cracmol dans un simulacre de pistolet, et s'exclama :

– Pan !

Sauf que, couvrant le son de son infantile onomatopée, ce ne fut pas une détonation, mais un chuintement sec semblable au bruit produit par le tir d'une arbalète. Le cracmol se retrouva avec un trou fumant au milieu du front. Reculant précipitamment, l'homme qui le maintenait contre le mur le lâcha, et le corps du cracmol s'écroula au sol comme une poupée de chiffon. Il sortit sa baguette à son tour, et la pointa sur le jeune homme, toujours désarmé, qui les regardait d'un air amusé.

– Vous ne lâchez jamais l'affaire, on dirait ! C'est bien. J'aime les hommes déterminés. Mais coupable ou non, cette erreur de la nature ne méritait pas de vivre.

– On t'as posé une question, couina le plus grand, effrayé malgré lui par la désinvolture du bad-boy.

– Oh, on me connait sous pas mal de noms, selon le contexte. Eh, ne tremble pas comme ça, mon grand garçon, je ne vais pas te faire du mal ! Et toi, l'homme à tête de rat, je t'informe que ça ne sert à rien de fomenter contre moi, tu ne seras jamais assez rapide.

– Putain de legilimens…

– Merci ! sourit le jeune homme. Bon, vous m'avez l'air sympathiques, mais faudrait pas trop qu'on traîne ici, les Scabins moldus vont pas tarder à venir voir d'où venait le bruit, et tomberont sur votre copain. J'ai simplement un message pour votre patron. Allez voir Zomiel, et dites-lui que je le cherche, et que Magnus est également sur sa piste. Et s'il ne veut pas finir sa vie au A-0, il vaudrait mieux que je sois le premier à le trouver.

– Mais… quel nom dois-on lui donner ? demanda Tête de rat.

– Oh oui, pardon. Dites-lui que c'est de la part de Samaël.

Les deux hommes s'enfuirent en courant comme s'ils avaient le diable aux trousses. Le jeune homme sourit de plus belle, se disant que seuls les noms de Voldemort et Grindelwald avaient un jour causé un tel effroi à leur simple évocation.

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– Pourquoi ?

– Pourquoi pas ?

– En effet, ça se défend. Mais commençons par ma question, si tu veux bien.

– Tu es de loin la pire adversaire que j'ai eu à affronter.

Lorna fit la moue.

– Ça ne sonne pas comme un argument en ma faveur…

– Justement ! c'est là qu'est toute la subtilité du truc. Si tu es mon binôme, tu ne risques pas d'être mon adversaire !

– Et tu n'as pas peur que je sois encore pire en coéquipière ?

Mathis sembla réfléchir. Il haussa les épaules.

– Je suis prêt à prendre le risque. Au pire, je saurai à quoi m'en tenir, et je te fuirai avec ferveur.

– Le compromis semble idéal.

– Bon, vous avez fini de parlementer, tous les deux ? s'agaça Ulmys, la fiche d'inscription au tournoi de duel en double à la main.

– Oui, ma chère sœur ! Ré-encre ta plume, nous avons plein de noms à balancer !

– Je rappelle que je veux des noms d'équipes. J'écoute ?

– Alors, on a : Les Oiseaux Noirs, Les Marionnettistes, Jour et Nuit, Titi et Grominet, et… c'est quoi notre nom d'équipe ?

– Euuuuh… Castor et Pollux ? proposa Mathis.

– Deal ! Note ça, Mys !

– C'est noté, confirma Ulmys.

Elle redressa la tête, les regardant par-dessus ses lunettes.

– D'autres équipes à inscrire ?

– Euh… non.

– Bien. ALORS MAINTENANT DÉGAGEZ, ÇA FAIT DIX MINUTES QUE VOUS BLOQUEZ LA FILE D'ATTENTE !

– Elle est stressée, ta sœur, non ?

– Ben faut la comprendre, la défendit Lorna. Elle cumule la préparation de son C.H.A.S.S.E., son mandat au Conseil du Bat'Show, son rôle de commentatrice ici, et peut-être bientôt celui de commentatrice officielle.

– Dans quoi elle veut bosser ? s'enquit Mathis.

– Journalisme d'investigation, il me semble. Elle est en Magus pour la formation aux risques du terrain, et ira en Fac de Journalisme ensuite.

Ils rejoignirent les autres concurrents autour de l'arène. Comme l'an passé, le terrain de Cognepoing avait été transformé en arène de duel à l'occasion d'un Bat'Show spécial. Mais aujourd'hui, la piste était deux fois plus large : la Règle Mystère était "Doubles Duels", soit des duels en binômes. Il avait alors fallu faire la queue pour inscrire le nom de son équipe.

Lorsque tout fut enfin prêt, et que la foule fut chauffée, Ulmys annonça le premier duel.

– Les Frères Ours VS Titi et Grominet !

Sur l'estrade montèrent d'un côté les frères Pierre-Antoine et Aurel Thirion, et de l'autre Erwin, alias Titi, et Nilüfer, alias Grominet.

– Dois-t-on y comprendre que Nilüfer veut croquer l'Alsacien ? s'enquit Lorna.

Comme à son habitude, Mathis haussa les épaules, un sourire en coin.

– Ready ? FIGHT !

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Aurel : Everte Statum !

Nil : Protego ! ; Erwin : Repulso !

Pierre-Antoine : Attention, Aurel ! Protego Maxima !

Aurel : Attends, j'ai une idée, couvre-moi ; Nil : Flipendo !

Pierre-Antoine : Deflecto ! ; Aurel : Ferula, Amplificatum, Oppugno ! ; Erwin : Reducto !

Nil : Tarrentallegra !

Pierre-Antoine : Aaaah, Aurel, arrête-moi ça !

Erwin : Erigo ! ; Nil : Incarcifors !

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– Wow wow wow ! reprit Ulmys, l'habituelle commentatrice. Grand Frère Ours avaient bien joué le coup de l'épieu géant ! Mais Titi était équipé pour le contrer, et Grominet en a profité pour déstabiliser Petit Frère Ours ! Et ce final… Comment dire ? On aurait dit qu'un cercueil surgissait du sol pour réclamer le retour de ses anciens locataires devenus inferi !

– Ça valait vraiment le coup, cet avertissement, lâcha Mathis.

– Encore faudra-t-elle qu'elle soit prise, le modéra Lorna.

– N'importe quelle personne saine d'esprit saura bien reconnaître son génie !

– Tu sais, soupira Lorna, il y a longtemps que j'ai compris que la personne la plus saine d'esprit dans l'équipe pédagogique, c'est Nagore Goizane. Et il parait qu'il cultive du cannabis dans le Pavillon Jaune…

– Le prof d'Anglais est pas mal, tenta Mathis.

– En prof, peut-être, mais en père, j'ai de forts doutes.

– En père ? releva Mathis.

– Tu te rappelles, la 1ère A qui a stupéfixié les deux gars qui se battaient le premier jour ? C'est sa fille. Cynder Travis.

– Ça se tient, vu son nom… Mais elle ressemble à Brindargent. Attends, me dit pas… !?

– Sa sœur est mariée à Travis. Brindargent n'est pas la mère de Cynder, mais sa tante… Attends, ça fait combien de temps qu'on parle ?

– Euh, je sais pas, pourquoi ?

– Parce que si je ne m'abuse, on a loupé deux duels.

Et en effet, lorsque la commentatrice reprit…

– Quelle soirée, mes amis ! J'appelle maintenant nos quatrième concurrents : les Oiseaux Noirs contre Jour et Nuit.

D'un côté de l'estrade montèrent les deux Oiseaux Noirs, Raven et Angela. De l'autre, Émi, le Jour, et Serpent, la Nuit.

– Ça promet d'être explosif, ricana Mathis. Raven a battu Émi en Runes, et Angela n'a jamais autant ressemblé à une vampiresse qu'aujourd'hui, dans sa tenue de dentelle noire. Quant à Serpent…

– Merci, je l'ai vu à l'œuvre sur le terrain de Cognepoing, grimaça Lorna. Ce type tient plus du basilic que de la couleuvre…

– Dix mornilles que ça finit en 1 VS 1. Émi et Raven vont tellement saturer le terrain de sorts que les autres vont tomber par accident.

– Pari tenu, topa Lorna. Moi je parie autant que l'équipe d'Émi, gagne.

– Tenu.

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Émi : Flipendo ! ; Sertorius : Protego Sagitta ! ; Angela : Redactum Cranius ! ; Raven : Expelliarmus !

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Il y eut un battement de flottement. Tous avaient jeté leur sort en même temps. Puis la baguette de Sertorius lui sauta des mains, et il trébucha sur le bord de l'estrade en tentant de la rattraper, s'étalant de tout son long au sol. Angela se reprit son propre sort, happé par le filet magique de Sertorius, de plein fouet, et elle vola en arrière sur une distance anormalement grande, rendue possible par la gravitée affaiblie du dôme. Comme Mathis (qui tendait la main, attendant son argent) l'avait prédit, le combat se termina en un contre un, Raven contre Émi.

– Comment t'as deviné ? souffla Lorna, tirant un nouveau sourire en coin au garçon.

– Ferme les yeux ! l'avertit Mathis, couvrant les siens.

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Émi : Lumos Solem ! Raven : Meram Tenebræ !

Raven : Expelliarmus !

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À travers le brouillard noir inpénétrable, que certains ne voyaient même pas, encore aveuglés par le flash de lumière intense, une baguette vola. Une baguette de bois noire, crachotant quelques étincelles bleutées en touchant le sol. Mathis tendit à nouveau la main vers Lorna.

– J'ai l'impression d'être ton gigolo, commenta-t-il. Payé pour passer de bonnes soirées avec toi.

– Tu sais que le rôle des gigolos ne s'arrête pas là, pas vrai ? s'enquit Lorna, masquant son trouble.

– Pas ce soir, chérie, j'ai la migraine, ricana Mathis, s'avançant vers l'estrade.

– Castor et Pollux contre les Tim Burton's ! annonça Ulmys. Et Pollux n'est autre que la championne Junior en titre de Duel, et ma petite sœur ! On l'applaudit bien fort, sinon j'empoisonne votre petit-déjeuner demain !

Mathis, alias Castor, et Lorna, alias Pollux, deux héros grecs et jumeaux nés de parents différents, se retrouvèrent face à des fans de films fantastiques : Samuel Follet, grimé en Jack Skellington, et Jean-Michel Luceneige, en Cavalier sans tête. Lorna râla pour la forme que les Chapeaux-sans-Tête devraient être interdits en duel, rendant impossible de lire dans le regard de son adversaire. Mathis préféra souligner que la Légion de Lucian devait être le principal client de la filière française de Weasley, Farces pour sorciers facétieux.

– Il faut éliminer J-M tout de suite, expliqua Mathis. Samuel est très doué, mais contrairement à J-M, il n'est pas rapide au point de pouvoir tenir tête à deux adversaires en même temps.

– Je me méfie quand même de Follet. Il est fourbe, il est bien capable de profiter du fait qu'on cible son pote pour tirer dans les jambes.

– Ok, je vois ! Il faut tirer avantage de l'effet de surprise…

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Lorna : Partis Temporus ! ; Mathis : Diffindo ! ; J-M : Protego Maxima !

Samuel : Impendimenta ! ; J-M : Everte Statum !

Lorna : Deflecto !

Mathis : Serpensortia ! ; J-M : Protego !

Lorna : Amplificatum ! ; Mathis : Amplificatum !

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– Il n'y a que moi que ça choque, le python géant au milieu de l'arène ? s'enquit Ulmys.

Apparemment, oui.

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J-M : Evanesco ! ; Samuel : Expelliarmus !

Mathis : Flipendo !

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Malheureusement pour lui, la baguette de Mathis vola de ses mains, et il dû se retirer, disqualifié. Mais son sort avait atteint sa cible, et J-M avait été temporairement déstabilisé.

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Lorna : Super, le rabat-joie est parti ! On va pouvoir discuter, les garçons !

J-M : Incarcerem ! ; Samuel : Expelliarmus !

Lorna : Protego Sagitta Maxima ! Eh, on discute avec des mots, pas à coup de sorts dans la tronche !

J-M : Deflecto !

Lorna : Deprimo ! Aguamenti, Glacius ! Ah, oui, forcément, on rigole moins, les pieds coincés dans la glace !

Samuel : Mais taaais-toi ! Destructum !

Lorna : Raté ! C'est de l'eau gelée, pas un maléfice ! Stupéfix ! Petrificus Totalus ! Alors, lequel des deux ressemble le plus à une statue de glace ?

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– … je ne suis pas un rabat-joie, se braqua Mathis, alors que Lorna s'avançait vers lui pour fêter leur victoire, laissant leurs adversaires figés sur l'estrade passablement dégradée par la violence du duel.

– Prouve-le. Surprend-moi.

Mathis réfléchit au truc le plus dingue qu'il pouvait faire… puis se contenta de hausser les épaules.

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– … Tu as failli faire quoi !? s'écria Émi.

– …

– En articulant, c'est bien mieux, souligna Nil.

– J'ai-failli-embrasser-Lorna, débita Mathis, terminant sa phrase sur un couinement. Elle voulait que je la surprenne… et c'est ça qui m'est venu.

– Ah ça, pour être surprise… ricana Nil. En tout cas, si tu associes l'idée de joie à une envie d'embrasser Lorna, il y a des questions légitimes en suspens, il me semble.

– Toi, ta gueule, tenta de la rembarrer Mathis… en vain.

– Moi je dis ça… en attendant, elle, elle ne s'est jamais posé de question. Elle agit avec toi comme Attorney avec Carter. Ce qui ne m'aide pas à apprécier les Potions, je dois dire.

– La vraie question étant : pourquoi tu ne l'a pas fait ? s'immisça Erwin.

Mathis grimaça.

– Je… j'ai pas osé… ET TOI ARRÊTE DE RIRE !

– Ah ah… je… Aahh haha ! Désolée, c'est nerveux, se justifia Camille. Mais… ha haha… Pardon ! Mais tu as conscience, au moins, qu'elle n'attend que ça ?

– Tu veux dire du fait que Lorna est amoureuse de moi depuis des mois ? Merci, oui, j'avais remarqué.

La réplique agacée de Mathis jeta un blanc sur les Augures. Une fois n'est pas coutume, ce fut Karol qui brisa le silence.

– Pourquoi tu n'as rien dit, alors ?

– Je voulais que tout le monde, surtout elle, continue de croire que je ne voyais rien. La patience est une vertu, la déception est une blessure. Et je ne voulais pas la blesser alors que je n'étais moi-même pas sûr de ce que je ressentais. Je veux dire… j'ai toujours été mal-à-l'aise en sa présence, mais j'aimais quand même ces moments. Je croyais que c'est parce qu'elle était bizarre mais sympa, quoi.

– Et du coup, tu comptes faire quoi ? demanda Émi.

– Euuuuuuuh. Courageusement fuir ?

– J'ai envie d'applaudir, lâcha Nil d'un ton grave.

– Sérieusement j'en ai pas la moindre idée. Vous voulez quoi ? Que j'aille la voir et que je lui dise : "Eh ! Je sais que tu me dragues depuis des mois, et je suis enfin décidé à y répondre. On sort ensemble, du coup ?" ?

– Sémantiquement, approuva Erwin.

– Mais pas littéralement, indiqua Karol.

– Absolument, approuva Nil.

– … Grr, conclut Mathis.

Le lendemain, comme promis, il emmena Angela avec lui à la "leçon" de Carter.

– Bonjour Mathis, Angela, salua Carter. Que nous vaut cette présence inopinée ?

– Angela m'a affirmé connaître des illusionnistes, alors… voilà, lâcha Mathis.

– Tu te rappelles qu'on devait parler de certaines choses ? s'enquit le prof.

– Angela est un membre-clé de Mauvais Augure, je n'ai rien à lui cacher.

– Soit. Eh bien, d'abord les questions, ensuite on écoutera Angela, et on finira par une séance d'entraînement !

– Très bien. Qui commence ?

– Moi. Comment Mauvais Augure arrive à communiquer avec l'extérieur ?

– Pour l'envoi des lettres, c'est simple : le concierge est aveugle, donc il ne peut pas lire les adresses des destinataires. Et une fois les caisses de courriers envoyées au Bureau des Hiboux, les lettres de Mauvais Augure se perdent vite.

– Mais pour les recevoir, il faut bien une adresse !

– Eh bien en fait… l'adresse officielle de Mauvais Augure correspond à une cuisine parisienne réputée chez les moldus comme chez les sorciers… d'où est expédiée toute la nourriture destinée à l'Académie. Ensuite, le Sondeur fait suivre le courrier destiné à Mauvais en le faisant apparaître sur mon lit.

– Donc le Sondeur est de la partie.

Ce n'était pas une question. Mathis sourit : Carter était très bon tricheur.

– En effet. À mon tour : que savez-vous de la rafle de Zomiel ?

– Rien de plus que ce qui est écrit dans l'Opus Tenebræ, grimaça Carter. Zomiel est le second des douze Ducs, l'incarnation du Désordre. Il est écrit que lorsque la lumière se posera sur Zomiel, il disparaîtra, emportant avec lui tout ceux qu'il pourra rafler. Et du temps qui sera mis à le retrouver dépendra le nombre de survivants qui seront retrouvés parmi ceux qu'il aura enlevé.

– Vous avez lu l'Opus Tenebræ ? s'étonna Mathis.

– Je suis un expert en Forces du Mal, souligna le prof. Mais toi ?

– Je suis un chasseur de Mage Noir autoproclamé, répliqua Mathis sur un ton provocateur. À votre tour.

– Où est Gabriel Sirtesente ?

Mathis fut pris au dépourvu. Il n'avait rien à cacher : il n'en n'avait aucune idée. Certes, il avait une adresse où envoyer les lettres de Mauvais Augure, mais il savait que Gabriel ne s'y rendait que rarement. Ce qui déstabilisait Mathis, c'était qu'il ne voyait pas de raison pour laquelle Carter aurait besoin d'une telle information. À moins que…

– Vous savez ce qu'il cache ! comprit Mathis. Et vous cherchez à le trouver !

– Oui, et ça dépend, répondit Carter. Oui, je sais ce que Gabriel a caché, et je sais pourquoi, malgré les précautions qu'il a sûrement prises, il se cache toujours. En fait, si ma théorie s'avère exacte, Gabriel est une cible de choix pour Zomiel, donc il doit attendre que la rafle soit passée pour pouvoir se montrer. Et ça dépend de ce que tu entends par "le trouver" : je veux trouver Gabriel, pas ce qu'il a caché. Au risque de t'étonner, Mathis, Mauvais Augure n'est pas la seule organisation qui cherche à stopper le chaos annoncé par l'Opus Tenebræ. Quant à ce qu'il a caché… c'est pour l'instant tout au plus politique, mais ça peut s'avérer dangereux par la suite. C'est Zomiel et Azraël qu'il fuit, mais c'est de Samaël qu'il l'a caché.

Angela émit un ricanement sec.

– Les humains et leur langage indirect aussi subtil qu'une éruption volcanique me fera toujours sourire. Nous savons tous les trois de quoi il est question, alors pourquoi maintenir les faux semblants ? Je doute que quiconque puisse nous espionner…

– Dans le doute… commença Carter en levant sa baguette. Opaciencio ! Exposez-nous donc votre théorie, Fraŭlin' Magnus !

– Ce que Gabriel Sirtesente cherche à cacher, c'est sa cousine cracmole, énonça platement Angela.

Devant le regard ébahi des deux autres, elle leva un premier doigt :

– À chaque fois que ce qu'a caché Gabriel est mentionné, le masculin est utilisé. Pourtant, il serait commun, en Français, de parler de la chose qu'il a cachée. Ce qui tend à indiquer quelque chose de féminin, peu habilement masqué par un usage abusif du masculin. De plus, personne ne parle d'objet, donc ça pourrait être une personne. Une personne féminine.

Deuxième doigt :

– La seule chose un tant soit peu politique concernant la famille Sirtesente, c'est leur statut de Maison de Don, menacé par l'absence d'hérédité de Scipion, et le sang souillé de son neveu Gabriel. Donc l'existence d'une héritière secouerait bien la sphère de la Noblesse.

Troisième doigt :

– Le rôle attribué au personnage de Samaël dans le bouquin, c'est d'établir la suprématie de la magie, au-delà de l'Humanité. La seule raison qui le pousserait à s'en prendre à la fille d'un septère, qui est l'incarnation vivante de la puissance magique, c'est que celle-ci soit dénuée de toute magie : cracmole. Conclusion…

– Tu viens de déduire ça de ce qu'on a dit, comprit Mathis. Tu n'en avais aucune idée avant.

– En effet.

– Tu es effrayante.

– Au risque de me répéter, je suis à demi vampiresse, sourit Angela en penchant la tête.

– Tu te répètes, confirma Mathis. À mon tour, Mister C.

– Je t'écoute.

– Vous devez me promettre que cette question, et sa réponse, restera strictement entre nous, et ne devra jamais franchir ces murs blancs.

– Je le jure sur ma baguette.

– Angela ?

– Tu as ma parole.

– Est-ce que la disparition de plusieurs étudiants de par le monde, certaines mentionnées dans l'Intrigue, d'autres tenues secrètes comme celle des frères Azerbas, a selon vous un rapport avec le maintien de l'équilibre du Dual ? Et dans ce cas, est-ce que les frères de Nilüfer courent un danger ?

– Sans le moindre doute, approuva gravement Carter. Un danger mortel.

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Après la séance avec Carter, Mathis repensa à ce qu'il souhaitait avouer à Lorna. Il n'eut cependant pas l'occasion de revoir l'adolescente dans l'immédiat. En effet, après une semaine chargée, Sérène Castle leur annonça la première expédition de la classe de Zoomagicologie, en commun avec ceux de l'Option Mineure. Le week-end même, ils devaient se rendre à la Fosse des Loups, un site magique protégé situé dans le parc national des Pyrénées, à proximité de la commune de Cauteret.

Samedi matin, les deux classes se retrouvèrent devant les grilles de l'Académie. À y réfléchir, c'était la première fois que les Augures, du moins ceux qui participaient à l'Option, revenaient aussi près du portail d'argent délicat depuis qu'ils l'avaient franchi en première année. En fait, très rares étaient les élèves qui allaient au-delà de la frontière instinctive symbolisée par la Fontaine Flamel. Mais la prof leur avait expliqué qu'ils devaient utiliser un portoloin de masse, et que ce genre de dispositif ne pouvait fonctionner au sein du domaine.

En fait, c'était même la première fois que la plupart des élèves présents découvraient ce qui se trouvait au-delà des grilles de l'Académie. Ils auraient pu être déçus : pas de phénomènes magiques immenses, pas de pierres volantes ou de dragons se baladant dans les cieux. Mais l'émerveillement surpassa cette pseudo-déception : si le paysage immédiatement proche se résumait à un chemin serpentant à flanc de montagne jusqu'à un petit lac au pied du pic, la vue était incommensurable. D'une clarté exceptionnelle, la météo permettait une visibilité sur des dizaines et des dizaines de kilomètres. En se concentrant sur l'horizon si clair qu'il donnait mal aux yeux, on pouvait apercevoir une vague ombre : les premières hauteurs du Massif Central.

– Venez par ici ! appela la prof. Avant de partir, je vais faire l'appel ! On fait ça vite : j'appelle tous les noms, et vous me dites s'il manque quelqu'un que j'ai appelé, ou si je vous ai oublié. Ça ne devrait pas être trop compliqué, vous êtes respectivement 11 et 6 par groupe… Allez, les Majeure : Nilüfer Azerbas, Émeraude Brisebois, Mathis Devaux, Nina Gallinier, Lucile Kréolis, Raven Luschek, Angela Magnus, Erwin Niafasen, Karol Niafasen, Marco Stepán et Pierre-Antoine Thirion. Tout le monde est là ? Parfait ! Une classe entière, à Mighty Adler ça ressemblerait à une mauvaise plaisanterie… Les Mineure : Baptiste Aubry, Nora Degontreau, Lise Degontreau, Jade Fournier, Victor Hein et Orilia Masari… score parfait, on dirait ! Alors, on a dit : portoloin de masse.

Sérène sortit une corde épaisse de son sac. Elle la déroula entre les mains des élèves, de manière à ce que chacun ait ses deux mains autour d'un morceau de corde. Elle en attrapa l'extrémité, et agita sa baguette. Des chiffres en fumées apparurent : 8:29:43.

– Plus que 17 secondes ! annonça la prof. 16… 15… Accrochez-vous bien, surtout ! Et ne lâchez sous aucun prétexte ! 10… 9…

Mathis croisa le regard d'Erwin. Celui-ci grimaça, mimant un haut-le-cœur, puis il croisa le regard de sa tante, qui lui tira puérilement la langue, avant de faire un clin d'œil à Karol.

– 3… 2… 1…

Mathis ressentit quelque chose de fort étrange, comme s'il était tiré par un câble hameçonné à son nombril. Le paysage défilait à toute allure autour de lui, si vite que la lumière semblait être resté en arrière. S'il devait comparer cette sensation à quelque chose expérimentable par un moldu, il aurait parlé d'un saut depuis un avion, de nuit et sans parachute.

Lorsque le portoloin arriva à destination, tous eurent la sensation de se faire frapper de plein fouet par le sol, et non l'inverse. Rôdés à l'exercice, Erwin fut parmi les premiers à prendre conscience de l'endroit où ils se trouvaient. La "Fosse aux Loups" n'était pas un titre mensonger : ils étaient dans une fosse, remplie de loups. Ou du moins d'immenses statues de style celtique représentant des loups assis, dont les yeux étaient des niches où brûlaient des flammes bleutées.

– Bienvenue dans la Fosse aux Loups, entonna la prof. Ce lieu de haute magie est un ancien temple Celte fondé par les Volques Tectosages, et dédié aux loups du dieu Lug. Lors de la chute du Régime de Brocan en l'an 487, Les membres de la secte Dhè Marbhtach se sont emparés de nombreux temples, dont celui-ci. Le temple en lui-même a été détruit durant un incendie magique en 1137, mais les statues des vingt-trois loups de Lug ont été préservées grâce à la puissante énergie qui les parcourent. La légende raconte que ces loups seraient les gardiens de la Faille des Pyrénées, une sorte de prison souterraine renfermant des créatures maléfiques inimaginables. Ce n'est bien sûr que pure fiction, mais ce lieu reste important pour la communauté magique Française, notamment car il abrite le seul phénix sauvage connu du pays. Allons le saluer !

– On a un problème, lâcha Mathis.

Jes ja… confirma Angela. C'est plus grave que je ne pensais.

– On peut avoir la traduction en direct ? s'agaça Nil.

– La Faille des Pyrénées est clairement mentionnée dans l'Opus Tenebrae, expliqua patiemment Mathis. Il est dit que la seconde chute du Déchu provoquera l'ouverture de la faille, et que l'écho de ses profondeurs sera le signal d'appel du Destructeur. Or, le Déchu, c'est le gars après qui courent les Gendarmages.

– Attends, comment tu sais tout ça ? demanda Émi d'un ton soupçonneux, en fronçant les yeux. Tu n'avais pas dit que le contenu du livre s'effaçait de ta tête ?

– Je l'ai relu, lâcha Mathis d'un ton neutre.

– Quoi !? Quand ?

– T'as les cheveux qui virent au gris.

– Change pas de sujet !

– Ah, du rouge ! Si tu veux tout savoir, je l'ai relu à la dernière réunion de Mauvais Augure. Serpent a réussi à faire entrer l'exemplaire de sa famille en passant par le linge.

– Par le linge ? s'étonna Nil. Pourquoi pas par le courrier, tout simplement ?

– Parce que le courrier est acheminé par le concierge ! soupira Mathis en levant les yeux au ciel. M. Épidon est peut-être aveugle, mais il risquerait certainement de sentir l'embrouille en portant un colis avec une aura plus maléfique que la prof d'Arts durant son syndrome prémenstruel. En revanche, le linge passe directement de l'extérieur au château via le Sondeur, comme la nourriture. Et il est quasiment acquis que le Sondeur est membre de Mauvais Augure… Même si en l'occurrence j'ai dû le convaincre du bien-fondé de la chose, avec l'appui d'Angela, qui est la seule autre à l'avoir lu.

– Mais attends, il y a comme une incohérence, releva Erwin. Tu avais déjà lu l'exemplaire des Glazkov… mais vous venez seulement de le faire rentrer dans le château ?

– On le lisait à travers un miroir à Double-Sens, expliqua Mathis. C'est leur elfe de maison qui tenait le miroir et qui tournait les pages. Le problème, c'est que le livre ne veut pas être lu. Et j'ai pas l'air comme ça, mais ça me gênait de voir l'elfe se punir lorsque le livre le forçait à désobéir à l'ordre de Serpent d'en tourner les pages. De plus, une partie du livre qui pourrait nous intéresser lui est totalement inaccessible. D'après Serpent, le seul moyen de lire certaines parties, dont celle concernant la rafle de Zomiel, sans devenir fou consiste à stupéfixier le livre puis d'en tourner les pages sans les toucher. Si la seconde partie ne posait pas de problème, les elfes n'ont en revanche pas le pouvoir de pétrifier.

– Et donc tu t'es fait envoyer dans une école, sous le nez des profs, un grimoire de magie noire, qui contient des sorts interdits et qui de plus se défend, donc un livre si chargé de magie noire qu'il a conscience du danger qu'il représente, et ce à l'aide d'un autre sortilège conscient en la "personne" du Sondeur, résuma Erwin. Et tout ça pour lire une histoire à dormir debout qui y est compté, parce que tu… pardon, Mauvais Augure est persuadé que les terroristes là-dehors reproduisent cette histoire dans le monde réel.

– C'est l'idée, confirma Mathis.

– Je t'ai déjà dit que tu étais cinglé ? s'enquit l'Alsacien.

– Tous les soirs, en guise de "Bonne nuit !", confirma à nouveau l'adolescent.

– Bon, je crois qu'il est temps d'agir ! s'exclama soudainement Angela. Je propose une réunion d'urgence de Mauvais Augure ce soir !

.


.

On frappa à la porte du bureau de Magnus. Il râla pour la forme, mais ne répondit pas, la porte s'ouvrant sans son consentement. Dans l'embrasure de la porte passa la tête d'une jeune femme blonde à la peau pâle comme la mort, légèrement bleutée.

– Qu'est-ce que tu veux, Sænjo ? soupira Richard Magnus.

– Wow, vive l'accueil, se braqua la jeune femme. Je voulais juste t'avertir que Nanjo et la fée bleue sont revenues.

"Nanjo", Natālija, en plus d'être l'épouse de Magnus, était la sœur de Sælenys, alias "Sænjo". La fée bleue était le surnom que les deux sœurs avait trouvé à Cabossin, en lien avec la fée Carabosse et la couleur de son uniforme de gendarmage.

– Merci, Sælenys. Excuse-moi, je suis un peu sur les nerfs…

– Tu m'en diras tant ! ricana la vampiresse. T'as tellement de cernes que ta femme doit avoir l'impression d'embrasser une banque du sang.

– Dégage, sale gamine, j'ai du boulot !

Sælenys ricana à nouveau, et claqua la porte. Comparée à lui, c'était effectivement une gamine. À seulement vingt-trois ans, Sælenys de Dimoria, née de Veriasinis, était procureure impériale, spécialisée dans les affaires d'attaques d'humains, et l'épouse du maître d'arme de l'empereur, Drakensi de Dimoria, un héritier d'une des grandes familles de l'Alliance Vampirique Balto-Slave. Fonctionnaire uniquement pour la forme (son rôle consistait à transmettre le témoignage des témoins à charge au juge, et à faire acte de présence au procès-éclair qui s'en suivait. La justice vampirique était très expéditive, et frôlait les cent pour cent en taux de condamnation), mariée à un riche héritier mais elle-même seulement fille cadette, elle n'avait pour seul souci dans la vie que de fournir aux Dimoria un héritier en bonne santé. Or, la grande longévité des vampires rendait inutile la précipitation. Bien que physiquement adulte, Sælenys était tout au plus une adolescente aux yeux des vampires. En comparaison, Richard trouvait sa fille de treize ans parfois plus mature que sa tante. Il mettait bien sûr ça sur le coup de son ascendance humaine.

Cette fois-ci la porte s'ouvrit sans même qu'on y ai frappé. Sa femme ne s'encombrait de décorum que lorsque celui-ci consistait à lui rendre hommage. Sophie Cabossin, en revanche, semblait gênée.

– On a retrouvé le Marionnettiste, lâcha Natālija.

Magnus grimaça. Le "Marionnettiste" était à l'origine le surnom temporaire donné à Azazel lorsque celui-ci était tenu pour responsable des possessions qui perturbaient le pays depuis maintenant plus de deux ans. Après l'arrestation d'Azazel, cela avait cessé, avant de reprendre de plus belle lors de l'apparition de l'Ange Déchu. Mais l'Ange se trouvait actuellement dans la zone bouclée, dont la sécurité avait été triplée depuis l'attaque des détraqueurs. Or, les possessions continuaient en dehors de cette zone, et il avait fallu se rendre à l'évidence : le Marionnettiste était une troisième personne.

– Parfait ! s'exclama Magnus. Cabossin, préviens Braguemont, je veux votre équipe entière sur le coup. Y compris Caillot, ça lui plaira sûrement. Il n'a pas fait ses classes pour se morfondre dans un bureau ! Nat, j'aurais besoin de vous sur autre chose.

– Tu me vouvoies, maintenant ? ironisa sa femme.

– Très drôle. Il faudrait que toi et Sænjo alliez aider Lupin à capturer un détraqueur.

– Son équipe d'experts ne suffit pas à capturer un simple non-être ? se moqua la vampiresse.

– Ils n'ont pas vraiment pour habitude de capturer les détraqueurs vivants, souligna Magnus. Enfin, "vivants"…

– J'ai saisi. À tout à l'heure, alors. Tiens-moi au courant.

Adam Braguemont avait rassemblé toute son équipe : David Bogardian, un pugiliste pas très malin mais redoutable en combat rapproché, Sophie Cabossin, une experte en sortilèges capable de tenir la bride à trois feudeymons en même temps, et Maxence Caillot, une jeune recrue ayant rejoint les rangs du Gendarmagium l'an passé, après être sorti major de sa promotion à l'Académie des Armes Magiques, et champion du tournoi inter-université de duel. Sans l'oublier, lui, un quadra ayant passé quasiment la moitié de sa vie à lutter contre les mages noirs, en tant que nouvelle recrue, agent assermenté, puis lieutenant de l'équipe d'intervention mixte. Les opérations conjointes, c'était sa spécialité. Donner des ordres à des quasi-inconnus et se voir obéi, son péché mignon. Mais se retrouver à la tête de l'équipe Argeciel au complet, c'était comme un rêve de gosse devenu réalité. L'équipe Argeciel n'était non moins que la meilleure équipe de tireurs de baguette d'élite d'Europe, d'après leurs statistiques. Leur chef, un Lillois d'origine Serbe du nom de Ratko Kasun, était le seul agent au monde à avoir obtenu un score parfait au parcours d'entraînement à l'aveugle de Zeltweg depuis sa création plus de cinquante ans auparavant. Autant dire qu'il était une légende vivante.

L'équipe de Braguemont avait retrouvé les Argeciel à l'entrée du campus de Chevalier-Lys. Une prise d'otage avait lieu en ce moment même dans la bibliothèque du bâtiment des Arts de l'Enchantement. Grâce aux pouvoirs vampiriques de Natālija de Veriasinis, et à l'ingéniosité de Sophie Cabossin, les deux femmes avait réussi à introduire un mouchard magique dans la bibliothèque, et en savait assez pour une intervention musclée.

– On résume : il y a vingt-trois élèves, la bibliothécaire, et notre homme, qui se fait appeler Zomiel, énuméra Braguemont. Zomiel a ensorcelé quatre élèves, qui l'aident à canaliser les autres. Nous ne savons ni ce qu'il attend, ni ce qu'est son véritable objectif. Vous connaissez la procédure, mais je la rappelle pour notre jeune recrue : nous agissons comme s'il avait déjà gagné, et nous jouons son jeu jusqu'à ce qu'on sache ce qu'il cherche. Le négociateur est arrivé ?

– Je suis là, indiqua d'une voix posé le moustachu qui se tenait à gauche de Ratko Kasun.

– Allez frapper à la porte, et assurez-lui que vous êtes seul et non armé. S'il vous invite à rentrer, tant mieux. Sinon, proposez-lui un moyen de communication. S'il est mentalement stable, nous pourrions l'informer qu'il est sur écoute, et que le mouchard peut fonctionner dans les deux sens.

– Ça me paraît raisonnable, approuva le moustachu. Si j'ai bien compris, je dois obtenir de lui le mobile, et l'état des otages, mais aucune condition ?

– Pour l'instant. Les tireurs, en position. Cabossin, au mouchard. Bogardian, va briefer la direction de la faculté. Caillot, tu restes avec moi, et tu observes.

Le négociateur frappa à la porte, et échangea quelques mots étouffés à travers la porte. Il revint vers Braguemont avec un air sombre.

– Elle veut qu'on communique à travers le mouchard uniquement.

– "Elle" ? releva Maxence Caillot.

– C'est incontestablement une voix de femme, confirma le négociateur. Elle dit avoir posté un élève ensorcelé devant la porte, avec pour ordre de jeter un sortilège de mort à la première personne y entrant. Elle a précisé que cet élève n'est pas étudiant en Enchantements, mais est l'un des meilleurs élèves de l'Académie des Armes Magiques.

– On s'en contentera, grogna Braguemont. Cabossin, le dispositif est prêt ?

– Oui, Lieutenant, confirma celle-ci. Dans trois… deux… un… contact.

– *Adam Braguemont, je suppose*, grinça la voix de la preneuse d'otage.

– Qui êtes-vous ? s'enquit l'intéressé.

– *Je me souviens de toi. De ta tête, quand ton fils torturait ta femme avec ta propre baguette. C'était aussi comique que celle que tu es sûrement en train de faire*

– Espèce de… gronda Braguemont.

Le négociateur posa une main apaisante sur son bras, et repris le relais.

– Nous nous sommes pliés à vos exigences en matières de communication, Madame. Que pouvons-nous faire d'autre pour obtenir votre coopération ?

– *"Madame"* imita la femme d'une voix caquetante. *Déjà, tu vas m'appeler Zomiel, sinon on va pas être copains. Ensuite tu vas m'assurer que personne ne va faire le con en fonçant tête baissée ici. J'aimerais autant qu'il n'y ait aucun mort, mais s'il doit y en avoir, ce sera chez vous en premier. J'ai envoûté deux élèves de plus, ce qui porte à six le nombre de personnes qui chercheront à vous tuer, et contre qui vous ne pourrez rien.*

– Jusque-là, c'est raisonnable, nota le négociateur, qui avait cependant tiré une grimace à la mention des deux nouveaux envoûtés.

– *J'ai trois conditions. Premièrement, je veux que les barrières anti-transplanage de cette salle soient levées. Ne bluffez pas, je sais de source prime que n'importe quel doyen de la faculté des Arts de l'Enchantement a les prérogatives pour le faire depuis l'extérieur. Deuxièmement, je veux qu'une personne capable de réaliser un sceau de Heimling entre dans cette salle, appose son sceau sur la porte, et se laisse stupéfixier ensuite. Ce devrait être une garantie suffisante pour que personne ne tente quelque chose de stupide. Et troisièmement, je veux savoir où est Azraël.*

– Qui est Azraël ? s'enquit Braguemont.

– *Vous le connaissez sous le nom d'Ange Déchu, il me semble.*

– Il est actuellement dans la zone bouclée. Sa localisation exacte est inconnue.

– *Ça me suffit. Et pour mes autres conditions ?*

– Un de mes agents est allé quérir les doyens. Quant à la seconde…

– Ce n'est pas raisonnable, Zomiel, continua le négociateur. Soyons francs l'un envers l'autre : cette salle est pleine d'Enchanteurs en herbe, dont plusieurs probablement au fait de ce sceau, et vous semblez disposer d'un pouvoir d'ensorcellement suffisamment puissant pour pousser l'un d'eux à le faire. Vous cachez la raison pour laquelle vous voulez faire entrer un de nos agents.

– *C'est qu'il est intelligent, lui !* ricana Zomiel. *Prends-en de la graine, Braguemont ! Je vais t'avouer un secret, mon chou : c'était un leurre, pour être sûre d'obtenir les deux autres conditions. Moi aussi je suis maligne !*

– Pourquoi nous le dire ? demanda Braguemont. Vous n'avez pas encore obtenu votre première demande…

– *En effet, mon chou. Mais puisqu'on en est à l'honnêteté, je vais vous avouer un secret : je n'aurai aucun scrupule à exécuter un otage si vous me refusez quoi que ce soit.*

– Il sera fait selon vos demandes, la rassura le négociateur. Puis-je à mon tour faire une tout petite demande ?

– *Tente toujours*, l'invita la femme.

– Quel est votre objectif ? Que cherchez-vous à obtenir ?

– *Aucun de vous n'a jamais entendu parler de la rafle de Zomiel ? Bande d'incultes ! Pour faire cours, je fais mes courses !*

– Je n'ai jamais entendu parler de cela, répondit sincèrement le négociateur. Pourrais-je en savoir plus ?

– *C'est simple : je pars, ils partent avec moi. Et je vous les renvoie un par un entre quatre planches, jusqu'à ce que vous m'arrêtiez à nouveau. Le but étant, vous vous en doutez, de mobiliser vos forces ailleurs que sur le vrai problème. Rien ne me sers de mentir, la vérité est tellement plus amusante !*

– L'Ange Déchu, comprit Braguemont.

– *Le temps que vous réalisiez, le pays sera à feu et à sang. Ou juste à sang, ça reste marrant.*

Bogardian choisit cet instant pour reparaître, suivi d'un vieil homme ressemblant à s'y méprendre au bibliothécaire de l'Académie de Beauxbâtons.

– Barrytonas Lampion, doyen de la filière Baguettologie, se présenta le vieil homme. Que puis-je faire pour arranger les choses ?

– *Tu lèves l'enchantement anti-transplanage sur la bibliothèque, et tu te magnes le cul*, lâcha Zomiel.

Le vieillard jeta un regard indigné à la sphère blanche d'où était sortie la voix de la preneuse d'otages.

– Il est hors de qu…

– Faites ce qu'elle dit, le coupa Braguemont. Notre priorité est de sortir les élèves de là, même si cela signifie qu'elle peut s'enfuir.

– Mais… Bon, d'accord.

Le vieil homme leva les bras, et agita sa baguette d'un geste nerveux. Il y eut comme un miroitement autour de la salle comme si quelqu'un avait éclaté la bulle géante qui l'enfermait. Presque aussitôt retentit un véritable vacarme dans la salle, comme le bruit d'une tapette à souris amplifié mille fois.

– On fonce, s'écria Braguemont en courant vers la porte.

Il l'ouvrit à la volée… et tomba sur une scène des plus étranges. Six élèves était effondrés les uns sur les autres dans un assemblage bizarre de corps, et une femme à peine plus âgée les regardait avec terreur.

– Vous êtes la bibliothécaire ? lui demanda le lieutenant.

– Ou…oui, bégaya-t-elle, la voix tremblante.

– Que s'est-il passé ?

– Elle a attaché tous les otages l'un à l'autre avec une grande corde, pendant que les six-là montaient la garde. Ensuite ils ont tous disparus d'un coup… et les six-là se sont mutuellement stupéfixiés…

– Et Zomiel ? Où est la femme ?

– Ils ont tous disparus d'un coup… répéta la bibliothécaire d'une voix hagard. Tous…

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Boum. *drops a mental mic*