Salutations, camarades ! Tout d'abord, je m'excuse pour ce petit retard. J'avais un gros projet à rendre avant dimanche 20h, donc j'ai travaillé à fond. C'est fou le retard sur ma fic que m'a fait accumulé mes examens ! C'est à se demander où est le sens des priorités du monde, nom d'un botruc !

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Comme d'hab, le petit rappel : Les Augures ont assisté à un Bat'show spécial duels en duo, à la fin duquel Mathis a failli embrasser Lorna (selon ses dires). Puis, suite à une discussion plus qu'improbable entre un prof et deux élèves, on apprenait la possible existence d'une héritière Sirtesente cracmole, ainsi que l'existence de la Faille des Pyréné enfin, nous rencontrions la famille à crocs d'Angela, et nous assistions, impuissants, à la rafle de Zomiel, le second Duc Infernal, qui s'est avéré être une Duchesse. Un chapitre sacrément rempli !

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Et qui dit chapitre bien rempli dit… Reviews !

Salut le fou ! T'as été le plus rapide, cette fois-ci ! Alors selon toi je suis comparable à G.R.R. Martin ? Wow, même si c'est pour l'imprévisibilité, ça me flatte quand même énormément, merci ! Ouh, tu vas vite en besogne, toi ! Mathis est un gros handicapé des sentiments, tu lui en demandes beaucoup, là !

Hey ! Je ne pense pas que ce soit possible, Ezezaguna ! Mais je ne suis pas un expert en transplanage, contrairement à… d'autres. En revanche, c'est le créateur du portoloin qui choisit l'heure du départ, et elle a eu quelques secondes de battement. En fait il y a un indice dans le chapitre.
Et moi de l'écrire ! J'ai des nouveaux projets pour le tome 4, et je sens que ça va se disputer entre le 4 et le 7 pour mon tome préféré ! Par contre, aucun doute : pour l'instant, celui que j'aime le moins, c'est celui-ci. C'est hyper lourd, j'ai l'impression de faire du forcing à chaque fois que j'écris. C'est comme… lire l'Opus Tenebrae. Ça doit être lié, en fait (ça, et le fait que je connais déjà la fin depuis trop longtemps).

Hello Sengetsu ! Si ça t'as plu, alors tu vas peut-être apprécier ce personnage autant que moi ! En fait, maintenant, je peux révéler mon top 3 de mes personnages préférés ! (1) Angela Magnus, (2) Natālija de Veriasinis et (3) Samaël. Ça se ressentira forcément quand je les écris…
Il dit "le" parce qu'il parle du Duc Infernal. Leur genre n'est jamais précisé dans l'Opus Tenebrae, et, petite injustice, mais le genre neutre en français est le masculin. En plus, je n'ai jamais dit nul part que les Ducs se connaissent (médite là-dessus) !
Je ne répondrai à cette question qu'en présence d'une assemblée pleinière du Magenmagot, et avec Dave Nejem comme avocat (un personnage de Renouveau, pour ceux qui ne suivent pas).

Bonjour titietrominet ! mes condoléances pour ta machine ! Puisse-t-elle être recyclée en liseuse !
Mais t'as bien raison ! Il y a autant de plaisir à la découverte qu'à la recherche, chacun son truc ! Et le mieux, c'est la redécouverte : je l'expérimente à chaque fois que je relis un chapitre avant de le publier. J'arrive même à me faire rire, des fois (faut dire que je suis bon public, et que j'apprécie mon humour *auto-facepalm*).
Toi aussi tu es pressée ? Pas moi ! Je sais des choses…

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Voilà voilà. Alors maintenant, ce chapitre ! Ce chapitre, j'ai bien aimé l'écrire. Dans ce chapitre… juste du Fun, un truc foudroyant, et des origines mécaniques (aucun rapport avec l'épisode de Futurama du même nom) !

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7) L'héroïsme de Runecorne

En ce 1er Décembre, nombreux furent les élèves de 2ème Année surpris de voir que la neige recouvrait les jardins, et que les couloirs de château semblaient envahis par la glace. Lorsque les 1ère Année leur posaient des questions à ce propos, aucun ne sut que répondre. Les plus âgés se contentaient de sourire, et de parler d'un retour des traditions. Comme promis deux années auparavant, l'Académie fournissaient désormais des marrons à tarif réduit aux élèves, qui se réunissaient à nouveau autour des braseros.

Mathis souriait jusqu'aux oreilles. Autour du brasero qu'il avait choisi se trouvait un groupe des plus hétéroclite. Mauvais Augure au complet s'était réuni : Triora Bellini, Sertorius Glazkov, Juliette Bonval, Camille Hastier, Raphaël Moulins, Angela Magnus, et lui. À ce groupe s'était greffés les jumeaux ErKa, qui étaient de passage, en grande discussion avec trois 1ère Année qui s'étaient également joints à eux : leur frère Aloïs Niafasen, la sœur de Jorge, Eva Soriano, et la fille du prof d'Anglais et nièce de la directrice-adjointe, Cynder Travis. Si les trois plus jeunes, inséparables, était là parce qu'Aloïs discutait allègrement de musique avec sa sœur, les autres étaient là pour lui. Lui qui n'avait jamais eu beaucoup d'ami en primaire se sentait aujourd'hui comme le noyau d'un atome entouré de ses électrons. Électrons libres, pour certains. Mais c'était ses amis. Oui, même cette peste de Juliette.

– Bon c'est pas qu'on vous aime pas, mais on a cours avec Tata Flo ! ricana Mathis en jetant un regard en biais à Cynder.

La jeune fille aux cheveux presque blancs soutint son regard, et sourit.

– Il a fait sa blague de merde, il est content ! persifla la jeune fille en applaudissant lentement.

– Je suis déjà fan ! s'écria Mathis en levant théâtralement les mains et la tête. Hé… je viens de remarquer un truc. On commence par un cours avec la tante de Cynder, et on enchaîne par un cours avec la tante d'Aloïs. Eva, t'as pas une tante qui travaille ici ?

– Heureusement que non ! gloussa celle-ci.

– C'était hier, le cours de Zoomagicologie, fit remarquer Angela. Aujourd'hui c'est TDCFM…

– Merdouille, je suis pas réveillé… Au fait, Eva, t'as des nouvelles de ton frère ?

– Il semble déterminé à éviter tout le monde…, déplora la petite blonde.

– Hé, dépêchez-vous, faites pas attendre Tata Flo ! les tança faussement Cynder.

Le cours de Français n'avait rien de transcendant. Une fois n'est pas coutume, celui de TDCFM non plus, Carter ayant choisi d'aborder le chapitre sur les démons en commençant par les povrebines, ces cailloux ambulants qui rendent dépressifs, et qui ne vivent qu'en Russie. Ils enchaînèrent l'après-midi sur un énième cours théorique sur les sortilèges de signalisation, où Mathis faillit s'endormir.

Mais le lendemain…

Mais le lendemain, c'était le jour de la sortie à Andorre-la-Jeune. La première sortie de Mathis. Les nombreux élèves qui s'y rendaient faisaient la queue devant l'appentis abritant le tunnel de transportation. La directrice-adjointe vérifiait les autorisations. Elle ne s'attarda pas sur celle de Mathis, et le laissa passer. Il attrapa deux jetons au passage, et en jeta un dans le tunnel. Il pénétra dans celui-ci, et ressortit de l'autre côté, à plusieurs centaines de kilomètres de là. Dehors, il pleuvait, et le vent faisait dangereusement grincer la structure de la gare de Transportation.

– J'adore la météo bretonne ! ironisa Mathis.

– Tu exagères, ce n'est pas toujours comme ça ! râla Émi. Des fois il neige…

– Poussez-vous, devant ! brailla Juliette, qui déboulait comme une fusée.

En passant, Raph leur jeta un regard désolé. Nil ricana.

– Je parie qu'elle a appris pour la confiserie.

Alors que les Augures (Camille ayant officieusement remplacé Jorge, la bande se considérait comme au complet) se dirigeaient vers le tunnel de liaison nationale relié à la Principauté d'Andorre, l'attention d'Émi fut détournée par une jeune femme qui distribuait des tracts, sur lesquels se déchainait un terrible orage. Elle alla en prendre un, et revint vers sa bande en le lisant. Au fur et à mesure que ses yeux parcouraient le tract, ses cheveux viraient au mauve intense. Elle leva un regard plein d'étoiles vers Mathis, et d'un geste machinal, releva ses lunettes teintées dans ses cheveux. Il était toujours surprenant de voir ses iris invariablement violettes.

– Le Projet Thunder est révélé à 17h30, couina-t-elle.

– Tu veux dire le nouveau balai censé succéder à l'Éclair de Feu Suprême, et surpasser de loin le Nimbus 3000 ? se rappela Mathis. Celui annoncé depuis plus de deux ans ?

– Ouiiiiiiiiiiiiii !

– Ah, cool. On rentrera plus tôt d'Andorre, et on s'éclipsera.

– Ouiiiiiiiiiiiiii !

Mathis esquissa son sourire en coin.

Lorsqu'ils débouchèrent du second tunnel, la bande se retrouva dans une ruelle pas très large d'un quartier ancien. En contrebas, on apercevait la ville de belle taille qui s'étendait autour. Andorre-la-Jeune avait la particularité de n'être non pas un village sorcier, mais un quartier exclusivement sorcier au cœur même de la capitale de la Principauté d'Andorre. Son nom était un parallèle à celui, tout aussi étrange, de la ville qui l'entourait : Andorre-la-Vieille.

Nilüfer avait choisi ce quartier en particulier pour apparaître, car à moins de dix mètre d'eux se trouvait une boutique de farces et attrapes. Rien d'aussi prestigieux que Weasley, farces pour sorciers facétieux, mais la boutique avait son petit succès.

Ils passèrent la journée à visiter et à faire des emplettes. À la sortie d'une brasserie de bièraubeurre, ils croisèrent Jorge, qui eut le réflexe de lâcher la main d'Aurora Crepúsculo. Nil souffla bruyamment du nez, et tira sèchement Émi dans la direction opposée. Le reste des Augures les suivirent, et Mathis jeta en passant un regard accusateur à l'Espagnol, qui eut le bon ton de rougir.

Le temps passait à une allure folle, et vint le moment de rejoindre le Bourg Enchanteur pour la présentation du balai de la décennie. Les Augures se faufilèrent à travers les ruelles pour rejoindre discrètement la gare de Transportation d'Andorre, prenant garde à ne croiser aucun professeur, et firent de même durant le trajet les menant de la gare du Bourg au Magik Decathlon. Devant le magasin, une filière de la célèbre firme moldue de sport, une véritable foule était rassemblée autour d'un large carré entouré de barrières. Au centre du carré se tenaient une dizaine de personnes, dont un grand roux vêtu d'une robe de Quidditch noir et blanche qui riait avec un vieil homme bedonnant aux longs cheveux blancs surmontés d'un chapeau de sorcier gris.

– C'est Martin Lombard, l'attrapeur des Tapesouafles de Quiberon ! souffla Émi, surexcitée. Il y a deux ans, il a établi le nouveau record de la Coupe de France de Quidditch en attrapant le vif d'or au bout d'une minute quarante-sept en huitième de Finale !

– Tu m'en diras tant, sourit Mathis. Et le vieux, c'est pas le maire du Bourg, par hasard ?

– M. Geffroy ? Si, mais on s'en fout, marmonna la métamorphomage.

Cette fois-ci, son ami rit de bon cœur. Puis il jeta un regard intrigué aux gros carrés vitrés qui lévitaient en tournoyant paresseusement autour de la scène.

– C'est quoi ces trucs ? s'enquit-il.

– Des Zoomécrans de Mava, expliqua Émi. C'est tout nouveau, ils ont utilisé ça pour la première fois durant la coupe d'Afrique de Quidditch l'année dernière, et on ne l'utilise en France que depuis cette année.

– Et concrètement, ça sert à quoi ?

– C'est comme des loupes géantes, ça fait des grossissements sur les parties intéressantes du match. Ce qui est particulièrement intéressant, c'est que tous les Zoomécrans sont reliés, et qu'ils peuvent, le cas échéant, tous afficher ce qu'un seul voit. Là, je pense qu'ils sont là pour que tout le monde voie le balai.

Et effectivement, lorsque le maire du Bourg s'avança vers la foule et se jeta un Sonorus, les Zoomécrans s'allumèrent comme des télévisions, et dans la vitre apparaissait une version agrandie de ce qui se trouvait derrière. Puis ils se synchronisèrent, et tous affichèrent la tête du maire en gros plan.

– Bonjour à tous, et pour ceux qui ne sont pas d'ici, bienvenue au Bourg Enchanteur, plus ancien village exclusivement sorcier de France.

Les applaudissements furent polis mais brefs.

– Bien sûr, vous n'êtes pas là pour parler géopolitique, gloussa le maire. Aujourd'hui, en exclusivité mondiale, et en partenariat avec la firme Magik Decathlon, le rendez-vous sportif des sorciers, Le célèbre inventeur Randolf Spudmore est ici aujourd'hui, avec nous, pour vous révéler à tous le Projet Thunder !

Le petit homme qui s'avança reçut des applaudissements plus fournis. Mathis ne l'aurait pas imaginé comme ça. À quoi pouvait ressembler l'inventeur du balai le plus fiable et le plus rapide — désormais le deuxième plus rapide, le Nimbus 3000 l'ayant surpassé dans ce domaine — au monde ? Certainement pas à cet homme qui ne dépassait pas le mètre soixante, au courts cheveux grisonnant et à la moustache en guidon de vélo, vêtu d'une robe noire à la "mode" Anglaise.

– Bonjour, France ! s'exclama-t-il d'une voix enrouée marquée d'un fort accent londonien. Aujourd'hui, vous allez être les premiers à découvrir ma nouvelle invention, sur laquelle je travaille depuis maintenant treize années, seul, tandis que mes collaborateurs se concentraient sur des projets secondaires, comme l'Éclair de Feu Suprême ou le balais d'hiver Fend-Glacier. D'ailleurs, c'est sur ce dernier que j'ai voyagé pour traverser la Manche. Mon beau pays n'a pas la chance de disposer de vos superbes tunnels de Transportation, et le transplanage m'a toujours rendu malade… Mais trève de bavardages ! Avant toute chose, présentons l'équipe technique ! Bien sûr, vous connaissez tous le grand Martin Lombard !

Le joueur de Quidditch Breton reçut une véritable ovation.

– À sa droite, trois techniciens de l'écurie Ellerby et Spudmore : Abel Marioni, Michael Schamp et Brighton Thomas.

Les trois hommes, vêtus de salopettes de travail grises saluèrent d'un geste de la main, et la foule les applaudit également.

– Derrière, les deux cadreurs, Andricia Ceronia et Christo Velocci !

L'homme, un belâtre italien d'une trentaine d'année, agita sa baguette en l'air. Un Zoomécran se braqua sur lui et sa collègue, et tous se mirent à diffuser leur visage. Andricia, une métisse aux cheveux lissés, fit un clin d'œil au public, avant de braquer la caméra magique ailleurs.

– Le directeur du magasin, Maurice Pouliquen !

Les applaudissements ne furent pas en reste non plus, pour ces trois derniers. L'inventeur annonça encore le nom des quatre scabins qui encadraient la manifestation, ainsi que du régisseur qui supervisait le bon déroulement de l'évènement depuis sa chaise haute de juge de ligne. Il termina par un remerciement.

– … Et bien sûr, un grand merci à mon illustre collègue Sud-Africaine, Inyoni Mava, pour m'avoir prêté son invention afin de vous révéler la mienne !

Le petit homme gloussa de sa blague, avant de se diriger vers le drap blanc qui recouvrait habilement le balai sans en révéler le moindre relief. Mathis soupçonna que le drap flottait en l'air sans véritablement toucher le balai. Spudmore attrapa le coin du drap, et tous les Zoomécrans se braquèrent dessus.

– Le Projet Thunder est abouti ! s'exclama théâtralement l'inventeur. 13 années de recherches, des collaborations à travers le monde entiers, avec tout autant de créatures magiques intelligentes que de sorciers… Voici… l'Orage Infernal !

Il tira le drap d'un coup sec, révélant au grand jour le plus beau balai que Mathis n'eut jamais vu. Le manche, d'un noir plus profond que la nuit, était veiné d'éclairs rouge sang. Les pièces métallique qu'on trouvait habituellement sur un balai de course semblaient en or massif tant elles brillaient, et les cales-pieds étaient sculptés de manière à ressembler à des ailes. Une partie inhabituelle figuraient d'ailleurs sur le balai : à son extrémité se trouvait une figure de proue, représentant un oiseau-tonnerre en plongée. Quant aux brindilles du balai… Aucune ne ressemblait à de la paille : les jaunes semblaient être des fils d'or, les rouges et noires des bâtons d'ébènes sertis de rubis, et les argentés des crins de licorne.

La foule était étrangement silencieuse. C'était à la fois si impressionnant et si intriguant que personne ne sut comment réagir. Le balai semblait valoir une véritable fortune, à côté duquel l'Éclair de Feu semblerait tristement bon marché.

– De 0 à 275 km/h en huit secondes et douze centièmes. Un rétrofrein et un contrôle de direction si fiables qu'on peut faire demi-tour sur place à pleine vitesse. Oui oui, un magnifique 180° serré à 275 km/h ! Un système anti-collision révolutionnaire, qui lance automatiquement le sort "Aresto Momentum" à celui qui le chevauche si celui-ci ne peut éviter la collision avec le sol ou un mur, mais qui ne fonctionne pas face à un autre balai ou face à un cognard. Accélération latérale, idéale pour l'esquive ou pour le poste de gardien. Auto-nettoyant, et auto-lubrifiant : fini, le temps où il fallait dépenser une fortune en produits d'entretiens ! Totalement immunisé, grâce aux travaux de l'Union des Élémentaristes, aux éléments naturels. Mieux encore : lorsque le balai vient à être frappé par la foudre, la figure d'oiseau-tonnerre absorbe totalement le choc, et convertit cette énergie en boost temporaire pour le balai. Vous pourrez ainsi dépasser les 300 km/h durant quelques secondes ! Manche en ébène veinée du marais de Pinsk, cale-pieds et accessoires en or gobelin, et trois types de "brindilles" : noisetier alchimiquement galvanisé, ébène veinée sertie de dizaines de gemmes solaires de 0,03 carats chacune, et crin de licorne tressé avec une fibre de tilleul argenté.

Le silence fut encore plus assourdissant, si c'était possible. Mais contre toute attente, Spudmore arbora un sourire de triomphe.

– Au fait, je vous ai dit qu'il coûtera moins cher que le premier Éclair de Feu ?

Il y eut encore une longue seconde de battement… puis la foule explosa. Le niveau sonore monta si haut que les Augures durent plaquer leurs mains sur leurs oreilles. Ils soupçonnèrent certains fans trop enthousiastes d'avoir amplifié leur voix pour faire entendre leur joie jusqu'à l'autre côté de la Manche. Quand la foule se calma, Spudmore reprit brièvement la parole :

– Et maintenant, la démonstration !

Martin Lombard empoigna le manche du balai, le décrochant de son piédestal, et le chevaucha d'un geste habile. Il décolla du sol, et s'éleva doucement au-dessus de la foule. Il s'arrêta à une dizaine de mètres du sol, et se mit à tourner sur lui-même à une vitesse qui aurait rendu n'importe qui malade. Les Zoomécrans ne cherchaient pas à suivre le mouvement, se contentant de tournoyer placidement autour de lui. En une fraction de seconde, il avait arrêté de tourner, et partait déjà comme une fusée en direction de la mer. Personne ne l'avait vu partir, à l'exception de ceux qui regardaient le Zoomécran qui avait disparu en même temps que lui. Les autres Zoomécrans se synchronisèrent sur celui-ci, et tous purent suivre la course folle du joueur de Quidditch. Répondant à la demande muette de la foule, Andricia Ceronia agita sa baguette, et un compteur de vitesse apparut dans le coin inférieur droit des Zoomécrans.

Lombard filait actuellement à l'impressionnante vitesse de 268 km/h, et ce malgré qu'il était en pleine ascension. Soudain, sans prévenir, il effectua la manœuvre unique et incroyable que l'inventeur avait mentionné : il fit demi-tour sur place sans quasiment perdre de vitesse. Le Zoomécran qui le suivait, en revanche, eut plus de mal à suivre la manœuvre, et le public perdit le balai de vue quelques instants. Le moment où l'image revint coïncida avec celui où un point noir reparut dans le ciel orageux de Bretagne. Lombard filait droit sur le public, et les Zoomécrans affichaient 277 km/h. Il semblait prêt à s'écraser sur la foule, et un mouvement de panique commença. Mais au dernier moment, il se mit debout sur le balais, et d'une main et deux pieds, il braqua brusquement le balais, remontant en chandelle à plus de 150 km/h. Il montait maintenant à la verticale, et si sa vitesse s'était stabilisé à "seulement" 185 km/h, cette vitesse restait impressionnante pour une ascension à 90° par rapport au sol.

Dans le ciel, l'orage grondait, et certains spectateurs espérait à moitié que le balai soit frappé par la foudre. Mais ça ne se produisit pas. En revanche, lorsque Lombard estima être monté assez haut, si haut que les nuages noirs se trouvaient en-dessous de lui, il redescendit en chute libre vers le sol. Mais une fois passée la barrière nuageuse, il ne ralentit pas. Au contraire, il reprit le contrôle de sa vitesse, et accéléra au maximum. Il atteignit l'apogée de sa vitesse à moins de cinquante mètres du sol : 301 km/h. C'était désormais un record mondial établi : l'Orage Infernal avait dépassé les 300 km/h, et ce sans avoir été boosté par la foudre.

Bien sûr, à cet instant, peu regardait l'écran. Ils avaient tous les yeux rivés sur le Breton dans une fascination morbide, s'attendant à le voir faire étroitement corps avec le sol pavé. Mais à moins de trente centimètres du sol, le balai lancé à plus de 300 km/h stoppa net, et Lombard ne fut même pas désarçonné. Il redressa le balai, et posa le pied à terre. La foule explosa à nouveau, plus fort encore qu'à l'annonce (toute relative) du tarif si c'était possible. Les journalistes qui se tenaient en retrait jusque-là forcèrent les barrières, et se précipitèrent sur Martin Lombard, le premier homme au monde à avoir fait une démonstration publique du nouvel aéronef sorcier.

Trainant une Émi en transe derrière lui, Mathis fit signe aux autres de le suivre. Il était temps de rentrer au château, avant d'être pris. Pourtant, à mi-chemin, Émi insista pour s'arrêter, et elle s'éloigna dans une ruelle. Elle revint avec une large écharpe rouge autour du cou.

– T'avais froid ? se moqua Nil.

– C'est notre alibi, répondit Émi d'un ton mystérieux.

Lorsqu'ils arrivèrent à l'entrée du tunnel de l'Académie, le professeur Fauchet leur jeta un regard accusateur :

– Vous étiez où, tous les six ?

– J'étais juste allée cherché mon écharpe ! répondit Émi en agitant celle qu'elle venait d'acheter. Je l'avais oubliée chez moi !

– Vous n'avez pas le droit de quitter… commença le prof.

– Personne n'est sorti de la gare ! assura Émi. Ma mère est venue me l'apporter. On l'a juste rejoint à la porte Sud-Est, et on est revenus ici directement !

– Et comment ta mère pouvais être au courant ? demanda le prof, soupçonneux.

– Ben je lui ai envoyé une lettre, M'sieur ! lâcha Émi sur le ton de l'évidence.

– Mmmh… Mouais, on va dire que je te crois pour cette fois. Mais la prochaine fois, tu demandes au moins l'autorisation !

– Oui Monsieur ! Merci Monsieur !

Le prof d'Histoire soupira. Ces gosses auraient sa peau, un jour…

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Deux semaines plus tard, d'autres personne n'ayant rien à faire au Bourg Enchanteur s'y baladaient à leur tour. Accompagnés d'Andrea Brisebois, la mère d'Émi, Marianne et Thomas Devaux, mère et frère de Mathis, se baladaient dans les rues marchandes pour faire leurs emplettes de Noël. Si elle n'aurait pour rien au monde renoncé à la technologie moldue, Marianne devait avouer que la magie était d'une grande aide au quotidien. Par exemple, elle ne pourrait plus se passer du Nettoie-Tout magique de la Mère Grattesec. Thomas, quant à lui, avait toujours été fasciné par la magie, et était déjà venu de nombreuses fois seul au Bourg, soit en prenant le bus jusqu'à Chambéry, soit en transplanant avec Rogan, le vieux druide qui l'avait pris sous son aile.

Aujourd'hui, ils cherchaient un cadeau pour Mathis. Un autre livre lui aurait plu, mais un peu d'originalité de faisait pas de mal. De plus, Thomas savait que Mathis avait accès à plusieurs bibliothèque bien fournie, dont celle (jamais leur mère ne devait le savoir !) remplie de livres douteux ou clairement interdits de la famille Glazkov.

La famille Glazkov… Thomas en avait discuté avec Rogan. La doyenne de la Maison Glazkov était une druidesse, et membre du Cercle de Brocéliande : Ancadéa "Anaconda" Glazkov. Celle-ci se targuait d'être la première druidesse noire du Cercle, en référence à sa magie préférée et non à sa couleur de peau, à peine ambrée. Il fallait dire que la toximancie était un domaine qui prêtait à la magie sombre : la magie du poison n'avait guère pour but d'aider son prochain. Mais Ancadéa, elle, œuvrait ouvertement dans un but mauvais : inventer un sort mortellement empoisonnant, pour lequel aucun antidote ne fonctionne, et dont l'antisort ne pouvait être jeté que par celui qui avait jeté le sort auparavant. "Magie Rouge très très foncé", aurait probablement dit son petit-fils Sertorius. Il fallait aussi dire que la spécialité de la Maison Glazkov, c'était la torture magique…

Plongé dans ses réflexions, Thomas ne s'aperçût de rien avant qu'Andrea ne jure.

– Ils vous ont vu, lâcha-t-elle d'une voix blanche.

– Qui nous…

Thomas leva la tête, et croisa le regard de l'adjoint du maire avec qui ils avaient eu un accrochage un an auparavant. Il était suivi de quatre scabins, reconnaissables à leur uniforme d'un blanc immaculé, et à leur badge arborant un grand S rouge.

– Ils sont là, attrapez-les ! s'écria l'adjoint.

Le sang de Thomas ne fit qu'un tour.

– Andrea, transplane avec ma mère ! ordonna-t-il.

Et sans attendre la réaction de l'intéressée, il s'enfuit à toutes jambes. Il jeta un regard rapide derrière lui. Son plan avait fonctionné : Andrea avait emmené de force sa mère loin du danger, et les scabins se lançaient à sa poursuite. Les quatre vigilants étaient entraînés, mais Thomas faisait du rugby. Sans prendre le temps d'esquiver les retardataires qui ne se poussaient pas à temps, il fonçait comme un bélier, se frayant un chemin dans la foule par la force. Il remontait actuellement l'Avenue des Affaires, noire de monde à cette heure de la journée : le Palais des Finances venait de fermer. Malheureusement, il avait mal calculé son coup : le plus gros de la foule avait déjà dépassé le Palais, et lorsqu'il atteignit le bout de la rue, il était à découvert. Se tournant, il reçut de plein fouet un Stupéfix.

Thomas trébucha, mais continua sa course. La chevalière sertie d'une gemme vampire qu'Alcides Soriano avait fabriqué sur mesure, et que Mathis lui avait offert remplit parfaitement son rôle de para-sort, absorbant son énergie vitale pour contrer les effets du sort. Malgré le violent coup de barre qu'il ressentit, il fit l'effort de lever bien haut le bras avant de tourner à gauche au coin de la rue, afin que les scabins voient clairement le doigt d'honneur qui leur était adressé.

Le plan était mauvais, car basé sur trop de suppositions. Mais jusque-là il s'en était bien tiré, et il ne comptait pas renoncer en cours de route. Thomas parcourut la rue transversale dans un véritable sprint, et s'engouffra dans la boutique des Enchantés de Runecorne. Haletant, à deux doigts de la crise cardiaque, il ne laissa pourtant pas le temps au vieillard loufoque et louchant de prendre la parole en premier.

– J'ai besoin de l'assistance d'un Initié aux Arcanes ! Euh… "Le cœur de Byeong-Su garde les justes" !

Le vieil homme jeta un regard dans la rue, et aperçût les scabins qui arrivaient en courant. Il réagit au quart de tour. Il attrapa une urne poussiéreuse sur l'arrière d'une étagère, et la jeta au sol aux pieds de Thomas. En se brisant, elle libéra un nuage de poussière grisâtre.

Thomas traversa le sol.

Il atterrit sur un tas de paille. Ou du moins devina-t-il qu'il s'agissait de paille, car il se trouvait actuellement dans le noir total. Au-dessus, il entendit le tintement de la cloche de porte, et des bruits de pas sourds sur le parquet.

– *Que puis-je pour vous, messieurs-dame ?*, demanda Runecorne.

Sa voix était étouffée, mais compréhensible. Thomas tendit l'oreille.

– *Il est où le gosse ?*, interrogea l'agente.

– *Je n'ai jamais eu d'enfants.*

– *Te fout pas de ma gueule, vieux taré !*

– *Restez polie, Madame. Je vous assure que je n'ai pas d'enfant, ni dans ma famille, ni en tant qu'employé, ni même parmi mes clients.*

– *On l'a vu à l'intérieur !*

– *J'ai brisé une urne funéraire à écho.*

– *Qu'est ce que j'en ai à foutre, moi ?*

– *Quand on brise une urne à écho, le souvenir qu'il renfermait s'échappe, triple andouille décérébrée ! C'était tout simplement l'urne d'un gosse ! Maintenant, au lieu de piétiner ses cendres, vous allez déguerpir d'ici avant que je me fâche, et me laisser réparer ma terrible maladresse et lui rendre un peu de dignité ! DEHORS !*

Les Scabins s'excusèrent, et quittèrent la boutique. Thomas entendit Runecorne continuer à râler pour la forme, et le frottement d'un balai. Quelques minutes plus tard, il entendit un grincement, et la lumière s'engouffra paresseusement dans la cave par la trappe que Runecorne soulevait avec difficulté.

– Pfiuuu, c'est plus de mon âge, tout ça ! grogna le vieux fou.

– C'était vraiment des cendres ?

Les yeux de Runecorne tournoyèrent. Thomas comprit qu'il tentait de hausser les yeux au ciel malgré son terrible strabisme.

– Je suis enchanteur, pas thanatopracteur. C'était de la poudre de passe-muraille. D'ailleurs ça va me prendre un temps fou à séparer la poudre récupérable et la poussière, alors j'espère que t'as une bonne explication.

Il posa ses mains sur ses hanches dans un geste presque comique.

– Pourquoi étais-tu poursuivi par les scabins ?

– Les scabins nous recherchaient moi et ma mère parce que nous sommes moldus et que nous circulons dans le Bourg Enchanteur avec des faux permis de circulation pour Cracmols. Ma mère a transplané avec une amie sorcière, et moi j'ai couru jusqu'ici.

– Comment un garçon si jeune peut connaître le cœur de Byeong-Su ?

– Je suis néogicien.

– Ah bah ça par exemple, je ne m'en serais jamais douté ! s'exclama l'enchanteur. Mon garçon, tu es certes né soit cinq-cent ans trop tard, soit dix mille kilomètres trop loin, mais je ne suis pas gâteux ! Je sais très bien ce qu'est le cœur de Byeong-Su. Figure-toi que je l'ai déjà vu en vrai, le cœur de Byeong-Su ! Hé ouais, mon gars ! C'était en 1936, je m'en souviens comme si c'était hier. Ah, ça avait fait un véritable scandale, à l'époque… mais je t'ennuie…

– Non, non, continuez !

– Le 3 juillet 1936, un séisme de magnitude 5 a frappé la Corée du Sud. Plutôt léger : neuf morts chez les moldus, et aucune perte du côté sorcier. Mais à proximité de l'épicentre se trouvait un cimetière. Un cimetière moldu. Et d'un caveau ayant été brisé par la secousse irradiait une magie ténue, qui fut découverte par un sorcier travaillant bénévolement pour réparer les dégâts. C'était le caveau du clan Gimhae Seung. Il ne mit guère de temps à trouver la source…

– Le cercueil de Byeong-Su, le dernier enterré, continua Thomas, qui prouvait ses connaissances. Tout le clan Gimhae Seung avait été emporté par une terrible maladie, sauf Byeong-Su, qui avait miraculeusement survécu presque cinquante ans de plus. Et à son squelette était accroché quelque chose d'impensable, à fortiori chez un moldu : un cœur mécanique battant encore, et irradiant de magie.

– En effet, sourit le vieil enchanteur. Au début, on croyait que ce moldu avait été sauvé par un ami sorcier, qui lui avait fait don de ce cœur. Le problème, c'est qu'aucun enchanteur du pays n'avait jamais vu une chose pareille. Pis encore, les meilleurs experts du monde entier étudiaient l'objet, et était fascinés par son fonctionnement, et perplexe devant sa complexité. Il ne fallait pas oublier que l'homme était décédé en 1923, et que plus de treize années après sa mort, le cœur battait toujours.

– Il bat toujours, précisa Thomas.

– Laisse-moi finir mon histoire ! grogna Runecorne. À l'époque, je n'étais qu'un jeune apprenti, et mon maître d'apprentissage, qui faisait partie des "meilleurs experts du monde entier", m'y avait emmené…

– Attendez, ça veut dire que vous avez…, calcula Thomas.

– 104 ans, merci, je sais ! Arrête de me couper, ou je ne raconte plus rien !

– Désolé.

– Mmmph… Bon. Alors, j'étais parti avec mon maître étudier le cœur. J'étais sur place quand le plus grand scandale de tous les temps ébranla la communauté des enchanteurs. Les enquêteurs avaient trouvé une pièce secrète dans la cave de la maison de Byeong-Su, où les centaines, les milliers de croquis et de pages de note ne laissait aucun doute : il avait conçu le cœur lui-même. Je te laisse deviner le tollé : les plus grands enchanteurs de l'époque s'étaient penché sur le cœur sans en comprendre le fonctionnement exact ni la source d'énergie infinie dont il semblait disposer. Et voilà qu'ils apprenaient qu'il avait été fabriqué par un Moldu ! L'impossibilité même de la chose rendait la pilule difficile à avaler. Le cœur a été enfermé dans un coffre réputé inviolable, et l'affaire étouffée. Mais pas si bien étouffé… Tu connais la suite, je suppose ?

– En effet, confirma Thomas. Malgré les précautions prises, la rumeur se répandit, et le cœur fut volé. Un groupuscule commença à naître, et le groupe prit tant d'importance qu'il devint temporairement un parti politique, avant d'être jugé dangereux, et sévèrement réprimé. Les Initiés aux Arcanes du cœur de Byeong-Su était des sorciers qui prônait la fin du Secret Magique, et l'accès illimité à la magie pour les moldus. Ils pensaient que parmi eux… que parmi nous se trouvait peut-être le prochain Byeong-Su Gimhae Seung, et que c'était un gâchis monstre de perdre un tel talent. Alors en toute illégalité, ils initiaient des moldus à la magie, et leur fournissait des artéfacts en quantité afin que ceux-ci puissent étudier la magie à leur tour, et peut-être la reproduire artificiellement. Il fallut leur trouver un nom. Les techno-sorciers, les nouveaux sorciers… nouveaux magiciens… les néogiciens.

– Très bien, mon garçon. Le mouvement a pris de l'ampleur suite à la découverte des propriétés des semi-conducteurs, lorsque l'avancée de la technologie moldue a si vite accéléré que les sorciers sont définitivement restés en arrière, dans le passé. Malgré la répression sévère du gouvernement, on estime actuellement qu'il existe plusieurs centaines à un millier de néogiciens actifs en Corée du Sud. Mais à peine la moitié dans l'ensemble du reste du Monde. Je doute qu'il y en ait plus d'une dizaine en France.

– Et j'en fais partie, s'enorgueillit Thomas.

– Combien possèdes-tu d'artéfacts ? s'enquit l'enchanteur.

– Le pédalier-flotteur, la chevalière para-sorts, la dague des gnomes, le collier de rappel, la paire de Multiplettes, le scrutoscope… Ah, et j'ai aussi un vieux miroir à Double-Sens en fin de vie, relié à celui que mon petit frère sorcier possède. Ça fait donc sept !

– Un excellent chiffre, pour un sorcier ! rit Runecorne. Mais tu dois sûrement savoir que le chiffre fétiche des néogiciens, c'est le 9. Alors laisse-moi t'offrir deux artéfacts pour compléter ta collection. Dis-moi de quoi tu penses avoir besoin, et je verrai ce que je peux faire pour toi.

Thomas n'hésita pas longtemps. L'opportunité était trop grande.

– Hum… il me faudrait une arme, déjà. Rien de mortel, hein ! Juste de quoi me défendre, si je me retrouve dans une situation comme tout à l'heure. Un truc dans le genre bâton de stupéfixion, avec suffisamment de charge pour que ça vaille le coup… Et… Euh…

– Attends, j'ai une idée !

Runecorne remonta dans sa boutique, et ne revint qu'au bout de plusieurs minutes. Thomas s'était levé du tas de paille, et s'appuyait sur une pile de caisses. Le vieil enchanteur lui tendit un étrange instrument qui ressemblait à s'y méprendre à une ampoule en forme de bougie telle qu'on en trouvait sur les grands chandeliers électriques, et une cloche sans battant relié à une petite corde.

– C'est une cloche de distraction, expliqua Runecorne. Une simple impulsion magique, et l'onde de choc qui s'en dégage a le même effet qu'un sort de confusion sur une dizaine de mètres à la ronde, qui touche tout le monde dans la zone, sauf celui qui la tient, et ce durant une dizaine de secondes. C'est largement suffisant pour s'enfuir !

– Une impulsion magique ? releva Thomas.

– D'où l'utilité de ce second outil : un impulseur. C'est un objet conçu pour les cracmols, qui permet d'activer des mécanismes magiques sans posséder la moindre magie en soi. Le principe est simple : à l'intérieur du manche est sertie une grande gemme, qui dépasse à une extrémité afin de concentrer le faisceau magique. La gemme est chargée de magie, et lorsque tu appuies sur la gâchette, une impulsion de magie brute est propulsée. Juste assez puissante pour faire tinter la cloche, dans le cas présent. Il en existe différents modèles. Celui-ci est un modèle court plutôt bon marché, serti d'une gemme rechargeable. L'ayant rechargé juste avant de descendre ici, je pense pouvoir estimer sa charge : entre 45 et 60 utilisations. C'est peu, mais c'est un vieux modèle que j'aurais dû détruire voilà des années. Heureusement pour toi que je suis désordonné ! D'ici à ce que toutes les charges soient usées, j'espère que tu trouveras un enchanteur pour te la recharger. Sache qu'en tant qu'Initié aux Arcanes, je serai toujours prêt à t'aider. Mais la localisation de ma boutique est quelque peu dangereuse pour toi. Ce que tu pourrais faire, c'est me laisser ton adresse, et je t'inviterai au prochain congrès secret des Initiés et Néogiciens de France, à l'occasion.

– Merci ! Merci beaucoup ! Par contre… je ne voudrais pas abuser de votre gentillesse, mais vous auriez un moyen de me faire repartir ?

– Mon garçon, il est temps pour toi de découvrir les joies du portoloin ! Tiens, pour ça aussi, il me faudra ton adresse, quand j'y pense… Juste une dernière question : comment as-tu su que je suis un Initié ?

– Rogan Brisebois.

– Ah ah ! Ce vieux briscard est au moins aussi dérangé que moi !

Runecorne créa un portoloin à partir d'une petite pierre qui s'était détachée du mur de sa cave, et la tendit à Thomas. Celui-ci attendit… et se sentit soudainement avalé. La sensation était très différente du transplanage, mais tout aussi désagréable. Apparaissant dans sa chambre, chancelant, Thomas se promit de dénicher un balai volant au plus vite pour ne plus avoir à voyager ainsi.

Il lui fallait agir très vite. Thomas sortit une grande boîte sous son lit, et y récupéra ses artéfacts, qu'il fourra dans son sac à dos. Il y ajouta quelques affaires, et se précipita dans la cuisine pour dévaliser les placards. Il constata au passage que sa mère n'était pas encore là, et soupira de soulagement. Cependant, il se dépêcha : elle pouvait revenir à tout moment, et elle n'approuverait jamais ce qu'il s'apprêtait à faire. Après un instant de réflexion, il pénétra dans le bureau de sa mère, et y prit trois choses. À l'aide de la feuille blanche et du stylo plume, il écrivit un message à l'adresse de sa mère. Il glissa ensuite le stylo et la troisième chose dans son sac, qu'il referma, et sortit son vélo du placard de l'entrée. Il en fit un check-up complet puis, la porte d'entrée étant verrouillée, il sortit par la porte vitrée du jardin. La maison n'étant mitoyenne que d'un côté, il pouvait rejoindre la rue en longeant l'autre côté. Quittant le chemin gravillonné, il s'engagea dans la rue. Il avait neigé, mais celle-ci n'avait pas tenu longtemps, et les flaques d'eau étaient légions. Thomas bénit son frère d'avoir pensé à lui offrir le pédalier-flotteur, un petit artéfact qui permettait à un cycliste de pédaler un court instant sur l'eau, principalement afin de traverser une flaque d'eau sans être éclaboussé.

Lorsque Marianne et Andrea apparurent dans la maison, le claquement produit par le transplanage fit écho au silence de la maison vide.

– Thomas ? appela Marianne. Thomas ?

– Je suis sûre que ton fils va bien, la rassura Andrea. Il a sûrement échappé aux scabins, et attends que ça se tasse pour rentrer. Ne t'inquiètes pas, il saura bien retrouver mon beau-père pour lui demander de le ramener.

Les deux femmes se dirigèrent dans la salle à manger pour prendre un petit remontant. C'est là que Marianne tomba sur la lettre manuscrite. Elle se jeta dessus.

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Maman,

Il semblerait que je n'ai pas été honnête avec toi, et nous voilà dans une situation plutôt grave à cause de mon imprudence. Il y a quelques semaines, je me suis enfui après un contrôle qui a révélé que mon permis était faux. Je n'aurais jamais dû retourner au Bourg. Le problème, c'est qu'en t'ayant vu avec moi, ils en ont probablement déduit que tu n'as rien à faire là-bas non plus.

La solution est fort simple : on disparait tous les deux pendant un temps, chacun de son côté. Ne t'inquiètes pas pour moi, j'ai quelque chose à quoi me raccrocher. Je te contacte dès que je suis en sécurité. Le mieux pour toi, c'est de demander à Rogan de te cacher dans sa cabane, dans la partie magique de Brocéliande. Il lui est interdit d'y amener un sorcier, et nul moldu ne peut franchir les barrières magiques qui entourent le cœur de la forêt. Mais s'il transplane avec toi directement au-delà des dites barrières… il contourne allègrement le règlement. C'est sa spécialité, alors si tu lui présente ainsi, il sera très heureux de t'aider.

Si tu es attrapée par les oubliators, cache mon existence jusqu'au bout. Il se peut que j'ai fait… d'autres choses qui pourrait aggraver ta situation s'ils te savaient affilié à moi. Je sais ce que tu dis. Sache que je lève les yeux au ciel, et que je soupire en te rappelant que j'ai seize ans, que je fais du rugby et de la lutte, et que ton fils de treize ans se balade actuellement dans une école visée par des terroristes, alors on a connu pire.

Ton fils qui t'embrasse,

Thomas


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– Ces gosses finiront pas avoir ma peau ! marmonna Marianne.

Elle se reprit, et sourit.

– Il a raison. Mathis m'en a fait voir de plus belles encore, et il est beaucoup plus secret que lui. Si Mathis me cache des choses plus graves encore que celles qu'il me révèle et qu'il va toujours bien, alors Thomas peut bien échapper à quelques Oubliators le temps que l'affaire se tasse.

– J'admire beaucoup le sang-froid dont fait preuve ton fils, commenta Andrea. À son âge, mon aînée aurait été bien incapable de si bien organiser les choses en si peu de temps.

– J'espère au moins qu'il sera de retour avant la rentrée scolaire. Il est au lycée, maintenant, il ne peut pas faire n'importe quoi… Autre chose me chagrine, cependant.

– Ah ? s'étonna la Bretonne.

– C'est Noël dans huit jours, et ce sera le premier qu'on ne passera certainement pas en famille…

Filant à toute allure sur son vélo, Thomas enfila sa capuche d'un geste sec. Il s'était remis à neiger. Ça faisait maintenant deux jours qu'il pédalait non stop. Après avoir passé la nuit sous un pont, l'impulseur dans une main et la cloche de distraction dans l'autre, il avait repris sa route. Bien que sportif de nature, il commençait sérieusement à fatiguer. Arrivant à proximité d'un croisement, son oreille droite se mit à siffler. Sans hésiter, il tourna à droite, et l'acouphène disparut. Le collier de rappel était un objet fascinant : il guidait invariablement son porteur à celui qui l'avait enchanté, peu importait où celui-ci se trouvait. Or, Thomas avait acheté ce collier par correspondance à un Initié dont l'adresse apparaissait dans l'annuaire que Mathis avait emprunté dans la réserve de la bibliothèque de Beauxbâtons.

Malgré son allure soutenu, il dut s'arrêter à nouveau, et ne reprit la route que le lendemain. C'était le troisième jour qu'il pédalait sans pause, et il n'avait qu'à peine grignoté, n'ayant pu emporter que peu de provisions. Pourtant, il parvint par rejoindre sa destination. Il aperçut un château surplombant le petit village Vosgien. Son instinct lui souffla qu'il s'agissait de sa destination, malgré l'état évident de délabrement de la bâtisse. "Une simple illusion pour chasser les Moldus", ricana Thomas.

Lorsqu'il arriva au pied du château, il se rendit compte qu'il n'avait pas la moindre envie d'y pénétrer. De plus, ses deux oreilles bourdonnaient en continu. Il retira le collier avec précaution, et le glissa dans sa poche. Au moment où il avait ouvert la chaîne, le bourdonnement avait cessé. Il poussa la grille, et s'avança dans l'allée. Il avait l'impression de marcher dans de la gélatine, tant l'air était dense. Un pas après l'autre, il continua à avancer, malgré le violent engourdissement qui remontait le long de son bras gauche. La barrière qui entourait le château était si puissante que Thomas craignait que la chevalière ne l'ai vidé de toute son énergie avant qu'il ne l'ai franchi. Il accéléra alors le pas, et au bout de longs instants, il parvint à franchir la barrière. Il sentit immédiatement la différence. De soulagement, ou d'épuisement, il tomba à genoux. S'évanouissant, il eut à peine le temps d'entr'apercevoir la petite silhouette rosâtre aux grandes oreilles qui s'avançait vers lui avec méfiance.

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Et c'est sur un cliffhanger dans vos dents que ce chapitre se termine. Quoi ? Encore un cliffhanger !? T'es trop cruel ! Oui je suis cruel. À dans touuuuuut plein de jours ! En fait, dans deux semaines, je vais connaître l'avenir de mon oeil droit, mis sur la sellette par un putain de décollement de la rétine (sérieux les gars, j'ai pas 80 ans, les organes qui lâchent c'est pas encore maintenant…). Encore 13 jours à attendre, avec des migraines H24.