BONJOUR PEUPLE MULTIVERSEL ! J'ai une grande nouvelle : je suis allé à l'ophtalmo aujourd'hui, et c'est moins grave que prévu. En comptant les péripéties usuelles, un changement de correction de lunettes, et une petite séance de chirugie laser, mes migraines devraient cesser avant la fin de l'année ! C'est de la bombe ! (NDLA : à cause d'une putain de mise à jour non prévenue, j'ai perdu tout ce que j'avais écrit pour cette intro. C'est pour ça que certaines phrases semblent abrégées : c'est le cas. Je suis trop dég pour recommencer à l'identique). Alors, d'abord, je resitue les faits :
Après avoir brièvement fait connaissance avec quelques 1ère Année, nos Augures sont partis pour la première sortie de Mathis à Andorre-la-Jeune. Mais un évènement imprévu est venu perturber le programme de la journée : la révélation, en avant-première mondiale au Bourg Enchanteur, du dernier balai de la célèbre écurie Ellerby & Spudmore, le fameux Projet Thunder : l'Orage Infernal ! Puis, deux semaines plus tard au même endroit, Thomas et Marianne Devaux se faisaient repérer par le Corpus Scabinus. Alors que Marianne se réfugiait chez les Brisebois, Thomas prenait la fuite, avant d'être sauvé par l'enchanteur fou, Runecorne. Après une longue discussion sur les néogiciens, et un rapide saut au domicile familiale, Thomas partait alors sur les route, son aventure se terminant en un évanouissement au pied des marches d'un manoir sorcier Vosgien.
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Mes reviews à vos reviews :
Salut le fou ! Tu as raison, trop de crauté ! Du coup je vais être sympa et te répondre : oui, ils le seront. Promis !
Théorie intéressante… tu devrais la noter quelque part !
Bonjour… Guest. Au ton, je devine qu'il s'agit de titietrominet ? Un lapin rose, sérieux !? Il n'y a rien avec des longues oreilles roses qu'on trouve plus facilement dans un manoir de sorciers, par hasard ?
Je suis désolé, c'est vrai qu'il y a peu de Quidditch dans ma fic. Mais cette année, vous aurez droit à une finale inoubliable ! Et côté Cognepoing, la saison complète des Bélials Juniors ! Par contre pas de finale Senior, ça ferait trop de matchs…
De la chance, je sais pas. En fait, je ne l'ai jamais trop exploité, mais plus le rôle de Thomas grandit, plus je me rend compte qu'il est aussi intelligent que Mathis, mais qu'il cache juste mieux son jeu.
Hello Sengetsu, juste à temps ! Je connais ça, la semaine prochaine je suis en partiels. De Lundi 8h à Vendredi 18h. Et c'est pas encore confirmé, mais il est possible que je travaille la semaine suivante, de matin du 19 au 23. Faut que je rembourse mes cadeaux de Noël. Cette année j'ai un peu déconné, le total atteint presque le prix d'un mois de loyer+factures…
Ah mais c'est clair, moi non plus ! J'irais jusqu'à acheter un elfe de maison juste pour couvrir mes arrières ! (L'esclavage, c'est moche… mais ça sert certains buts nobles de bla bla bla bla bla…)
Non, je n'ai pas dit tout ce qu'il a fait. Tu remarqueras par contre que sa liste d'artéfacts en contient certains dont je n'ai jamais parlé. Tu feras le lien. Et non, pas longtemps… du tout. Surtout pour toi en fait.
Beh… le sort est explicitement mentionné par Randolf Spudmore, donc j'en déduis de si. Par contre il précise bien qu'il ne se déclenche que face à un risque de collision dangereuse (mortelle ?). Après, c'est le modèle de démonstration, c'est pas dit que la Fédération Internationale de Quidditch va l'autoriser à concourir en l'état !
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Et sans transition, on reprend quelques heures après le cliffhanger !
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8) Les trois réveillons de Noël
Thomas se réveilla sur un lit plutôt douillet. Il dormait sur le ventre, et avait la tête tourné vers un mur tapissé de gris. Prenant conscience des derniers évènements, il se retourna brusquement… et se retrouva nez à nez avec une créature aux yeux immenses et aux joues rosâtres tombantes. Il poussa un cri en bondissant en arrière, et la créature couina de même.
– Je vois que Monsieur est réveillé, coassa la créature d'une voix pincharde. Je vais chercher Madame.
Il claqua des doigts, et disparut dans un craquement sonore. Le cerveau de Thomas fonctionna à toute vitesse. Une elfe de maison. Il était donc arrivé à destination. Ou du moins le collier le pensait-il. Il tatonna ses poches, et se rendit compte que celui-ci avait disparu, de même que sa chevalière. Ainsi que le reste de ses affaires. Thomas paniqua, et se leva brusquement. Sa tête tourna.
– Vous ne devriez pas forcer, jeune homme, le gronda doucement une voix féminine.
Il leva la tête. Dans l'embrasure de la porte se tenait une femme brune aux yeux gris. Elle portait du rouge à lèvre écarlate, et une robe brodée de roses.
– Marlenaëlle d'Armonval, je présume ? s'enquit Thomas.
– En personne, confirma la digne noble. Puis-je savoir qui vous êtes, jeune moldu impudent, et ce que vous faites ici ?
– Néogicien, corrigea Thomas. Je suis actuellement recherché pour violation du Code du Secret Magique, et j'ai besoin d'assistance. Je suis arrivé ici guidé par un collier de rappel qui m'a été envoyé par un contact anonyme de Mauvais Augure. Ce contact s'est présenté comme un Initié aux Arcanes du cœur de Byeong-Su, et m'a assuré que Marlenaëlle d'Armonval me porterais l'assistance nécessaire.
– Oh, je peux vous révéler une chose qui bouleverse tout votre alibi : ce château appartient à la famille de mon mari, pas à moi. Ce collier est lié aux Glazkov. C'est très certainement ce Mauvais Augure qui vous a menti : très peu de gens en dehors de la sphère de la Noblesse savent que je vis ici, et je doute que l'un d'entre eux soit favorable à l'existence des néogiciens. Cependant, je sais que mon fils Sertorius est en contact avec cet individu, et que ce dernier n'a jamais reculé pour se servir de gamins comme espions-messagers. Une chose reste vraie : en tant que médecin, je ne peux refuser d'aider une personne dans le besoin. En outre, Noël est dans moins de cinq jours, et il serait fort désobligeant de ma part de vous jeter à la rue sachant que vous pourriez finir par passer la nuit de Noël en garde à vue dans une agence miteuse du Corpus Scabinus.
Thomas passa la journée à tout raconter à Marlenaëlle. Il n'omit aucun détail, si ce n'était qu'il savait pertinemment que Mauvais Augure était un groupe d'ados qui incluait entre autres son frère et le propre fils de celle-ci. Il fit plus ample connaissance avec Kalulu, l'elfe de la noble et très puissante Maison de Sang Glazkov. Le soir venu, il fit connaissance avec Korbaa Glazkov, à qui sa femme mentit en le présentant comme un cousin cracmol en vacances au château le temps que ses parents était en voyage d'affaire.
Ayant entendu parler de la famille Glazkov via son frère, Thomas n'aurait jamais imaginé Korbaa Glazkov ainsi. Homme affable à la moustache de mousquetaire, Korbaa était loin de l'image qu'on se faisait d'un noble héritier d'une famille trempant allègrement dans la Magie Noire. Directeur du Bureau des Catastrophes Magiques, il était chargé d'étouffer les affaires de violation du Code du Secret Magique à grande échelle uniquement, et exceptées celles en rapport avec des créatures magiques. Les rôles étaient strictement définis. Mais le plus étrange était encore de voir qu'un puissant sorcier travaillant pour la Prévôté, un héritier sang-pur d'une très ancienne famille, conduise une voiture. C'était une berline allemande noire toute neuve, haut de gamme mais pas forcément luxueuse. Aux yeux d'un moldu, elle avait certes de la gueule. Mais pour un sorcier…
– C'est très utile, dans mon travail, expliqua Korbaa. Rien de mieux pour passer inaperçu aux yeux des Moldus que de passer pour l'un des leurs. Et clairement, la voiture est l'essence même de leur race. Ils y attachent la même importance qu'un sorcier pour sa baguette, et en parlent plus encore que nous discutons Quidditch, c'est dire !
Thomas rit de bon cœur. Finalement, il aurait pu plus mal tomber. Il passait ses journées à assister l'elfe de maison dans ses tâches, ou à se balader dans le domaine. Parfois, il passait un peu de temps avec Marlenaëlle, qui ne travaillait qu'à mi-temps. Celle-ci avait une passion fort étrange pour une femme si douce : la taxidermie. Le manoir Glazkov disposait d'une sorte de laboratoire, empli de créatures empaillées. Mais cela s'expliquait simplement : Marlenaëlle était zoomédicomage (l'équivalent sorcier d'une vétérinaire), et adorait les animaux. En particulier les oiseaux, dont elle avait tellement étudié le fonctionnement qu'elle pouvait montrer à Thomas comment s'articulait leur complexe squelette lorsqu'ils volaient, à l'aide de la marionnette qu'elle avait fabriqué à l'aide d'un véritable squelette d'hirondelle. Pour elle, la mort n'était pas une fatalité, mais un moyen de mieux comprendre la vie.
Comme prévu, Thomas passa Noël avec le couple. Leur fils préférait rester avec ses amis à Beauxbâtons (Thomas eut un pincement au cœur en pensant à son frère qui faisait partie des dits amis), et il avait appris que leur fille était en clinique spécialisée suite à un accident magique. Ils ne s'éternisèrent pas sur le sujet.
N'ayant rien à lui offrir sur l'instant, Marlenaëlle proposa au jeune homme de découvrir quelque chose dont la plupart des sorciers ignorait l'existence. Elle ne mentionna même pas les Moldus, ce qui fit prendre conscience à Thomas de la chance qu'il avait. Le soir du 25 décembre, ils pénétrèrent dans ce que Marlenaëlle présenta comme les écuries familiales. Ces écuries n'étaient en tout cas certainement pas destinées à accueillir des chevaux, vu la faible hauteur des boxes.
Dans un coin des écuries se trouvait un tas de paille, qui semblait grogner et glousser.
– Bonjour ! lâcha Marlenaëlle.
D'un incroyable bon au vu de sa taille, une sorte de lutin surgit du foin. Il faisait à peine une soixantaine de centimètres de haut, et était terriblement maigre. Une large bouche sans lèvre barrait son visage d'une oreille à l'autre, oreilles qui étaient d'ailleurs très longues et pointues, et qui jaillissaient de trous dans un large bonnet rouge qui constituait son seul vêtement à l'exception d'un collier de champignons séchés. Ses cheveux frisés était tout emmêlés, et sur son visage juvénile pointaient quelques poils rèches. Ses yeux était clairs, et ses pieds démesurés. Il babilla dans une langue étrange et musicale.
– Thomas, je vous présente Polcilcelsol. C'est un sotré, une espèce du petit peuple qui n'existe qu'ici, dans la plaine des Vosges.
– Enchanté ! s'exclama Thomas.
Le lutin le toisa, puis sourit malicieusement.
– Il ne sent pas le sorcier, celui-ci, gloussa-t-il dans un Français clair, mais chargé d'un fort accent paysan. Comment qu'c'est, gros, ça get's mohl ?
– Hein ?
– T'sais même pas comment ch'suis jouasse de causer avec un gârs du peuple, gros. Sont pas méchants, les artificiers, mais z'ont un peu le balai dans le derch, si tu veux mon avis. Sans vouloir vous vexer, M'dame l'archimégaduchessissime.
– Point d'offense, assura Marlenaëlle.
– Bon, y dit quoi, le moldu ?
– Moi ? demanda Thomas, perplexe.
– Vache, l'as pas inventé l'eau gazeuse, le gars… Bon ben si c'est pour parler à une carpe, j'm'en vais en pêcher une grosse, elle sera plus loquace !
Le sotré replongea dans le tas de foin. Plus aucun bruit ne se fit entendre.
– Il a disparu ? demanda Thomas.
– Clairement c'est le cas, ironisa Marlenaëlle. Excuse son langage peu châtié, il a appris le français en espionnant la plèbe moldue durant les cinq-cents dernières années.
Thomas sourit. Il se tourna vers la femme qui l'avait accueilli pour les fêtes, lui, un moldu, alors qu'elle faisait partie de la noblesse sorcière, simplement par bonté d'âme.
– Il faut que je sache quelque chose, lâcha Thomas. Soyez honnête : est-ce que vous savez pourquoi le collier de rappel m'a guidé ici ? Avant que vous ne répondiez, je dois préciser un détail : je connais l'identité de Mauvais Augure, et je vous assure qu'il n'a rien à voir avec ça, il m'a simplement, et en personne, transmis des noms ou adresse d'Initiés, dont une boîte postale anonyme à laquelle j'ai écrit, et qui m'a répondu en m'envoyant le collier et en m'adressant à vous.
– Honnêtement ? Je n'en ai aucune idée, répondit sincèrement Marlenaëlle. Du moins pour la partie me concernant. Mais je pense devoir m'en inquiéter, car si tu n'étais pas arrivé ici durant les fêtes, tu serais tombé nez à nez avec ma belle-mère. Et non seulement tu ne serais jamais reparti vivant d'ici, mais en plus mon nom aurait été associé à toi, et elle aurait eu, dans le meilleur des cas, un argument de choc pour forcer son fils à me répudier, et dans le pire, l'audace de m'accuser publiquement de ton meurtre. Dans tous les cas, tu ne dois ta survie qu'à la chance, alors tu peux considérer ceci : même si tu penses pouvoir faire confiance à Mauvais Augure, soit certain que ce fameux contact te voulais du mal, et à moi par la même occasion.
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Le jour du réveillon de Noël était un jour désespérément banal dans le complexe carcéral de la Giraglia. Oh, bien sûr, la partie émergée du Secteur A ne faisait pas à proprement parler partie de la prison, mais qui s'en souciait ? Oh, bien sûr, les patients de la Section A-3 avaient droit à un sapin synthétique acheté vingt ans auparavant, et dans un état de délabrement comparable à celui de certains résidents. À commencer par Musette, qui avait un œil fixé sur ledit sapin, et le second vaguement dirigé vers la télévision qui diffusait les informations du Monde Moldu.
Visperi se vautra sur le canapé à côté de Musette, et lui prit la télécommande des mains. Il ne réagit pas. Il ne réagissait jamais. Sauf quand il entendait de la musette : il se prenait alors à sourire, et même à dodeliner de la tête, ce qui lui avait valu son surnom. L'adolescente changea de chaîne, et augmenta le volume de la télévision. C'était l'heure des chants de Noël. Elle tapota la main de Musette avec commisération, et alla rejoindre les autres à table. Comme d'habitude, sa place à droite de Mamie Grine était libre.
On leur servit de la dinde. Du blanc de dinde, évidemment : il ne fallait pas qu'un patient s'étouffe avec un os, ou décide d'en faire une arme. C'était toute la logique qu'on pouvait attendre dans une "maison de repos" gardée par des vigiles de prison. L'extinction des feux eut exceptionnellement lieu à 0h15. Le lendemain, on leur offrirait les cadeaux éventrés autorisés à passer la sécurité, les autres disparaissant mystérieusement avant de reparaître sous le sapin d'un vigile peu scrupuleux.
Non pas que Visperi attendait quelque cadeau : sa mère emmenait à l'occasion son petit frère la voir parce que celui-ci insistait, mais ne serait jamais venue seule. Quant à son père… Visperi n'était même pas sûre de se souvenir du visage de l'homme qui l'avait faite interner à six ans. Visperi attendait simplement son heure.
À 2h35, la porte menant aux escaliers claqua. Le temps que les patrouilles effectuent un cycle entier, la relève de la garde n'arriverait à la Section A-3 que dans cinq minutes, ce qui, en soustrayant le temps qu'il leur fallait pour y monter au rythme de patrouille, laissait deux minutes trente à Visperi pour descendre. La jeune fille se précipita dans la tour d'escalier, et les dévala aussi rapidement et silencieusement que possible. Elle passa devant la A-2, où la garde était également absente. Elle dût s'arrêter brutalement au milieu de l'escalier suivant, apercevant furtivement un gardien retardataire qui trainait à la A-1. Elle emprunta enfin le dernier escalier, qui s'enfonçait dans le sol rocheux de l'îlot, et arriva à l'embouchure d'un couloir en L.
Au bout de ce couloir se trouvait une impressionnante porte blindée, pouvant tout autant résister à une explosion nucléaire qu'à une décharge de magie intense. Devant cette porte se trouvait un espace apparemment vide, puis une porte vitrée gardée de part et d'autre par un vigile armé jusqu'aux dents. La particularité de ces vigiles, outre qu'ils étaient relevés quatre fois par jour au lieu de trois, était qu'ils étaient les seuls sorciers de tout le complexe à avoir une baguette sur eux. Car au-delà de la porte vitrée, au-delà de la porte blindée, se trouvaient les prisonniers les plus dangereux au Monde. La disparition des Chevaliers de Nuremberg dans les années 90, suivie de peu par le renvoi des détraqueurs qui gardaient Azkaban eut pour conséquence de faire de la Giraglia la prison magique la plus sûre d'Europe. Fiers de ce nouveau statut, il ne leur fallut guère plus de dix ans pour devenir la prison la plus sûre du Monde.
Une jeune fille apparut au coin du couloir, et avança tranquillement vers les gardes. Les deux hommes levèrent leurs armes, des fusils d'assaut militaires, et les pointèrent vers elle : rien n'était plus dangereux que ce qui semblait innocent.
– Arrêtez-vous ! Les mains en l'air ! ordonna l'un des gardes.
La jeune fille s'exécuta, mais le sourire ironique qu'elle arborait ne flancha pas.
– Déclinez votre identité, et vos intentions ! ordonna le second.
– Je suis l'Esprit de Noël du Présent, et je viens rendre visite à l'Esprit de Noël du Futur, énonça platement la jeune fille.
Et dans un geste désinvolte, Visperi fit pivoter ses deux poignets d'un coup sec. Les deux hommes s'effondrèrent, inconscients. Sans baisser les mains, Visperi se rapprocha. Elle pivota les poignets dans l'autre sens, et les badges électroniques des deux vigiles surgirent de leur poche pour aller s'insérer de manière parfaitement synchronisée dans les deux scanners de chaque côté de la porte vitrée. Celle-ci émit un vrombissement, et la jeune fille se hâta de l'ouvrir, attrapant au passage les clés des cellules à la ceinture du garde qui avait parlé en premier. Elle se retrouva dans l'espace vide entre les deux portes. Au moment où la porte vitrée se referma, un intense rayonnement parcourut la salle.
– Désolé, les gars ! lança Visperi, sans s'adresser à personne en particulier. Rien d'électronique, de métallique ou de magique sur moi !
Elle jeta un regard à la porte blindée, et son sourire s'intensifia. Elle empoigna l'énorme roue, et se mit à la tourner de manière calculée : elle connaissait la combinaison par cœur.
Un lourd déclic se fit entendre, et la lourde porte pivota d'elle-même sur ses gonds bien huilés. Visperi s'engagea dans le nouveau dédale de couloir qui se présentait à elle, et qui n'avait rien de particulier comparé au reste du Bâtiment A : murs, sol et plafond recouverts de peinture paramagie, et lumière aseptisée.
Avec la même conviction que celle qui l'avait menée à ouvrir la porte, elle s'engagea dans le dédale, passant devant les portes blanches qui marquaient l'entrée des cellules du A-0. Derrière ces portes se trouvaient les pires monstres. Mais une seule intéressait l'adolescente. Cette porte était identique à toutes les autres, et se trouvait au milieu d'un couloir identique à tous les autres. Visperi dut utiliser plusieurs clés, mais trouva enfin la bonne. La porte grinça un peu en s'ouvrant.
– C'est déjà le matin ? grogna une voix endormie. Vous ne pouvez pas me laisser dormir un peu, bande d'emmerdeurs ? ce n'est pas comme si j'avais autre chose à faire !
– Joyeux Noël, Chaigidel, répondit Visperi.
L'homme attaché sur le dispositif plus proche de la chaise de dentiste que du lit de cellule ouvrit les paupières. Il avait les cheveux mi-longs châtains clairs, et était rasé de près, ce qui accentuait ses traits émaciés. Il avait un œil bleu, et un œil gris. Il plongea son regard vairon dans les yeux bleus de Visperi avec une intensité terrifiante.
– Salut, gamine. T'es venue me narguer, ou m'offrir un cadeau ?
– En fait, c'est toi qui a quelque chose pour moi, répliqua Visperi.
– Ah ah, eh bien sers-toi, alors ! l'invita Chaigidel en balayant sa cellule du regard.
Elle était totalement vide à l'exception de son étrange lit.
– Oh, rien de matériel, sourit Visperi. C'est de tes pouvoirs dont j'ai besoin.
– Tu as conscience de ma situation actuelle, gamine ? s'agaça le prisonnier. Ils ont drainé la moindre once de magie en moi, et me gavent d'horreurs indescriptibles pour que ça reste ainsi !
– C'est là que j'interviens, annonça Visperi. Je suis septère.
Pour la première fois depuis des années, Chaigidel ressentit de la joie.
– Voilà le plan : je te transfert juste assez de magie pour que tu puisses utiliser ton pouvoir, tu réponds à ma demande, je disparais.
– J'y gagne quoi, moi ? s'enquit Chaigidel.
– La garde de nuit du Secteur A vient d'être relevée. Si mes calculs sont exacts, il est entre 2h45 et 2h55, et il faudra attendre 3h pour que l'alarme soit déclenchée. D'ici là, plus on perd de temps à discuter, moins on aura de chances de pouvoir agir.
– 3h ? Ça veut dire…
– … qu'avant qu'on te donne ta dose du matin à 8h, il s'écoulera cinq longues heures durant lesquels tu auras le plein usage de ton pouvoir.
– Deal, gamine. Qu'est-ce que tu veux savoir ?
– À la bonne heure !
Visperi s'avança, et posa sa main sur le bras du prisonnier. Chaigidel sursauta : elle avait la main glacée, et… vibrante. La vibration s'intensifia tandis qu'il sentait le pouvoir affluer dans son sang. Il ne put retenir un petit cri de joie intense. Ses yeux devinrent uniformément blanc, et se mirent à luire.
– J'ai trois demandes, et je sais que tu peux exaucer les trois, lança Visperi. En premier, je veux que tu regardes dans le Passé, et que tu me dises qui a tué Mariska Diavos.
– C'est Ancadéa Glazkov, d'un sortilège de Mort, répondit Chaigidel d'une voix neutre.
– Bien, approuva gravement Visperi. Maintenant, je veux que tu regardes dans le présent, et que tu me dises si Gabriel Sirtesente a réussi a cacher ce qu'il devait cacher.
– Gabriel Sirtesente a reçu pour mission de cacher sa cousine, Marie-Alice Sirtesente-Quidma, fille bâtarde de Scipion Sirtesente et de Lucrétia Quidma, et unique héritière de la Maison de Don Sirtesente, aux yeux de Zomiel. Sa mission est accomplie, et il a pris toutes les dispositions pour qu'on ne la retrouve pas. Elle est actuellement scolarisée à Mighty Adler sous le nom de Julia Hanselm, et sous la protection discrète de l'animagus Skye Ingram.
– Je n'en demandais pas tant…, soupira l'adolescente. Enfin, tu t'en doutes, je veux que tu regardes dans le Futur, et que tu me dises si la Faille des Pyrénées va être ouverte.
La lueur dans les yeux de Chaigidel s'intensifia, et son visage se crispa. Même pour lui, il était très difficile de contempler l'immensité infinie de l'Avenir.
– Dans moins d'un an, le dernier Loup tombera, et la faille s'ouvrira.
La lueur d'éteignit, et les yeux de Chaigidel retrouvèrent leur habituel aspect vairon.
– Tu veux que je te révèle l'identité des Loups ? s'enquit-il.
– Oh, je les connais, rejeta Visperi. J'ai mes propres sources. Je peux d'ailleurs t'épargner les méprises de tes "camarades", qui causent la mort de victimes innocentes, en te révélant ceci : des cinq sceaux, deux ont déjà été brisés : ceux de Scipion Sirtesente et de Lucullus Amphision, et un seul a été transmis récemment : celui de Jean-Claude Defernes, qu'il a légué à son fils Gabin. Il est aussi inutile de s'en prendre à Marie-Alice qu'il l'était de s'en prendre à Cytra Appelbaum. Mais ils pensent que la mort naturelle, bien que provoquée par le Doloris, a pu permettre à Scipion de transmettre son sceau. Ce qui est faux.
Les yeux de Chaigidel redevinrent brièvement blancs.
– Gabin Defernes a été enlevé par Zomiel en même temps qu'un groupe d'étudiants.
– Il reste donc deux Loups en course, résuma Visperi. Pernelle Flamel, évidemment, la Louve qui ne veut décidément pas mourir. Quant à l'autre…
C'est à ce moment que l'alarme décida de se déclencher.
– Ah, on m'appelle ! gloussa Visperi. Il est temps que j'y aille. Profites-bien des prochaines heures, Chaigidel l'Omniscient !
– Pourquoi tu nous aides, gamine ?
– Te fais pas d'illusions, vieil homme !
Visperi prit bien soin de refermer la cellule en sortant. Déjà, on entendait le bruit des bottes martelant les couloirs au pas de course. Elle se précipita dans le dédale de couloirs, s'éloignant le plus possible de la porte. Elle ouvrit une cellule au hasard, et jeta un coup d'œil rapide dedans. Attachée à la chaise-lit, une banshee la toisait avec morgue, un baillon sur la bouche. Ça fera l'affaire.
Il ne fallut qu'un instant avant que la garde ne la retrouve. Sous lourde escorte, on la fit sortir de la Section A-0, et remonter d'un étage. Elle se retrouva nez-à-nez avec Brice Conoras, capitaine de la garde du Secteur A. Celui-ci la toisa avec colère. Elle soutint son regard avec mépris.
– Une banshee !? hurla-t-il. Mais qu'est-ce qui ne va pas chez toi !? Tu te rends comptes de ce que tu as fait !?
– Essayé de faire, corrigea Visperi d'un ton moqueur. Oui, j'ai pénétré par effraction dans la soi-disant prison la plus sécurisée du monde, et j'ai presque réussi à libérer une banshee qui se serait fait un malin plaisir de ravager tout ce taudis !
– Par les couilles de Grindelwald ! gronda Conoras. Tu es complètement cinglée ! Et tu sais ce qu'on fait aux cinglées dans ton genre ?
– J'ai ma petite idée, répondit calmement Visperi.
– Jetez-moi ça en chambre capitonné avec une jolie camisole ! ordonna le capitaine.
– Ça ressemblait bien à ça, mon idée, observa Visperi tandis qu'on la traînait en direction de la Section A-1.
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Le bal de Noël de l'Académie de Beauxbâtons était un véritable spectacle. Bien sûr, il ne valait pas en ampleur celui de Nouvel An, mais c'était tout simplement parce qu'il n'était pas ouvert aux extérieures. Mais sa réputation n'était plus à faire, et les racontars allaient bon train sur ce qui s'y passait réellement. Bien sûr, les Augures savaient que les statues de glace étaient réelles : ils les avaient vues lors de leur installation. Une statue par jour de l'Avent. C'était en revanche la première fois qu'ils voyaient la scène où, disait-on, allaient se produire un cœur de nymphes.
"Nymphes". Ce mot est probablement le détail qui faisait tiquer quiconque un minimum renseigné : le terme nymphe ne désignait pas une race en soi, mais une classe composée de plusieurs races de créatures magiques. Lesquelles pouvaient donc chanter à un bal ? Probablement toutes. Mais quelques recherches subsidiaires mettaient en exergue de nouveaux problèmes. Dans le cas des vélanes, leur légendaire charme magique aurait rendu l'ambiance terriblement chaotique. Les nymphes ? On parlait d'une scène de glace, pas d'un aquarium. Quant aux dryades… difficile de chanter à un bal, quand on n'existe pas. Restait, à la limite, la fameuse race festive de pseudo-nymphe : les faunes. Oh certes, les hommes-boucs savaient faire la fête. Mais le genre de fête beaucoup trop alcoolisées pour un bal scolaire.
Sincèrement, Mathis se foutait bien de ces conneries. Sa famille était traquées par les forces du Secret depuis plusieurs jours, et c'était un miracle qu'aucun d'eux ne se soit fait attraper… Était-ce vraiment le cas ? Il ne l'aurait jamais su, après tout, si sa famille avaient eu la mémoire effacée ! "Ils ont été imprudents", susurrait une petite voix sournoise dans sa tête. "C'est ma faute, c'est moi qui les ai aidés !", répondait Mathis. La voix changeait de tactique : "En fait, c'est Péronne qui leur a fourni les faux permis, pas toi…". "Et si t'allais te faire foutre, plutôt que de dire des conneries ?", lui suggérait alors Mathis, avant de se gifler mentalement.
– Ho, tu m'écoutes ? s'agaça Nil.
– Ouaaais, assura Mathis. Bla bla château, bla bla spectacle, bla bla s'éclipser, bla bla whisky pur feu. Tu sais, c'est pas parce que je trouve que ce que tu dis est chiant au possible que je ne retiens pas !
– Chiant au possible !? se hérissa l'adolescente.
– Je vois pas l'intérêt de quitter une fête qui promet d'être sympa pour aller picoler en cachette alors que (1) j'aime pas l'alcool, (2) Serpent peut très bien apporter sa bouteille à une réunion de Mauvais Augure si j'ai envie d'y goûter, et (3) je sais pas si tu as oublié, mais je suis en sursis. Je suis en sursis et ma famille est en cavale, poursuivie pour violation du Secret Magique. Tu crois que je vais finir où, si je suis exclu de Beauxbâtons ce soir ou demain ?
Nil fronça les sourcils, mais ne répondit pas. Mathis asséna :
– Non seulement ce que tu disais est chiant au possible, mais en plus franchement égoïste. Alors tu m'excuseras, mais j'ai organisé un rendez-vous métamorpho-vampirique à l'Étage Blanc, et si je me pointe pas à l'heure, il ne va pas rester blanc bien longtemps, si tu vois ce que je veux dire. Et tu répondras à Serpent que je lui souhaite de passer la fin de son réveillon dehors, endormi dans son vomi. C'est ce que j'ai de plus gentil à suggérer.
Sur ces douces paroles, Mathis quitta la salle d'études, claquant la porte en sortant. Nil prit sa place en soupirant. Elle surprit le regard hilare de Karol.
– C'est quoi son problème ? Il a ses règles, ou quoi ?
Karol sourit et ricana en même temps. Une mimique improbable qu'elle avait prise de Nilüfer.
– Tu sais qu'il a cours tous les dimanches matin avec Carter ?
– Oui ?
– Eh bien ce matin… je n'ai pas tout compris, Mathis a été plutôt réticent à en parler, mais apparemment Carter a été indiscret, Mathis l'a rembarré avec sa délicatesse habituelle, et Carter l'a traité de sale gamin et d'abruti.
– Ouh.
– Ouh, confirma Karol. Le connaissant, sa colère n'est que le résultat d'une journée entière à se retenir de jeter un maléfice particulièrement sadique au prof.
– Karol, j'ai un pressentiment. On devrait peut-être monter…
À l'Étage Blanc, Émeraude attendait depuis deux minutes quand quelqu'un pénétra dans l'arène. Elle s'attendait à voir Mathis, et se leva avec entrain… pour se retrouver face à Angela. Celle-ci fut au moins aussi destabilisée qu'elle, mais se reprit rapidement, et arbora son sourire mi-agaçant mi-terrifiant de vampiresse hautaine.
– Tiens, Arc-en-ciel, je pensais pas te voir ici !
– T'as vu, il fait nuit dehors. T'es pas censée aller mordre des vaches pour te nourrir, et hurler en ultrasons à la lune ?
Angela marqua un temps d'arrêt.
– Hurler à la lune… en ultrason ? Tu m'as pris pour un loup-garou supersonique, ou quoi ?
– Non… je… Et puis d'abord, supersonique, c'est un truc de vitesse, pas d'ultrasons.
– Dit comme ça… ben ça n'a pas plus de sens, en fait.
– Tu cherches la petite bête, grogna Émi.
– Et toi tu…
Elle s'interrompit, flairant l'air. Elle se tourna d'un geste vif. Mathis était à quelques centimètres derrière elle.
– Oh, par Vlad, je t'ai pas entendu arriver ! Comment tu as fait ça ?!
Mathis ne répondit pas. Il se contenta de sourire avec effronterie, avant de purement disparaître.
– Que…
Cette fois-ci, les deux filles entendirent la porte s'ouvrirent, et Mathis entra dans la salle.
– Comment t'as fait ça !? s'écria Émi. T'étais là… pis t'étais plus là… ?
– Une illusion, comprit Angela.
– Rhooh, ça va, Miss Je-sais-tout.
– Tsss tsss tsss, la réprimanda Mathis. En effet, c'était une illusion. Je voulais m'assurer que des sortilèges ne volaient pas partout, avant de rentrer. Et m'entraîner un peu. Je me suis plié à ses caprices pseudo-scientifiques, et en échange Malwen m'a autorisé à faire usage de mon don en dehors de nos cours, à condition que je le fasse ici.
– Techniquement, tu n'étais pas ici, tu étais dans le couloir, souligna Angela.
– Techniquement, je suis censé te rembarrer, répliqua Mathis. Mais on est pas là pour ça. Si je vous ai réuni aujourd'hui, c'est pour vous faire part à toutes les deux d'une révélation : je n'arriverai jamais à vous réconcilier, pour la bonne raison que vous n'avez jamais été amies.
– C'est tout ? T'as trouvé ça tout seul ? ne put s'empêcher de répliquer Émi d'un ton acide.
– Comme un grand, confirma Mathis. Non, là où je veux en venir, c'est que vous n'avez même pas essayé de faire connaissance. Et pourtant, si je m'entends avec vous deux, c'est que vous avez au moins un point commun : moi. Donc on va se poser là, que tous les trois, et vous allez me raconter ce que vous aimez chez moi. Ça paraît égocentrique, mais encore une fois, je suis, pour l'instant, votre seul point commun. Angela, si tu le permets, Émeraude va commencer.
– Depuis quand tu m'appelles Émeraude, toi ? s'amusa Émi.
– Arrête de chipoter, j'ai la dalle, et le buffet est servi dans un quart d'heure.
– Bon ok. Alors, ce que j'aime chez toi… c'est ton humour et ton intelligence. Erwin se la joue prince intello, Nil est la grande gueule, et Camille est les deux à la fois… mais aucun de nous n'a jamais mis en cause ton statut de chef, que tu n'as même pas eu besoin de revendiquer. Tu es un leader né parce que tu es un leader juste.
– Si j'avais pas un tel ego, je serais touché, assura Mathis. Et toi, Angela ?
– Eh bien, oui, ton intelligence, déjà. Avant même qu'on se rencontre, tu m'impressionnais déjà. J'ai énormément voyagé, avec ma mère. C'est une vie plutôt solitaire, surtout quand tu voyages de nuit et que tu dors le jour dans des hôtels miteux sous un faux nom. Je vivais un peu une vie normale par procuration, à travers les nombreux romans de la famille, et les lettres de mon père qui me racontait son quotidien sans craindre de m'ennuyer avec les détails. Ce qui arrivait souvent, soit dit en passant.
Angela rit à sa propre blague. Mathis sourit, l'invitant à continuer d'un geste.
– Et puis il y a eu ce jour l'année dernière. Ce bal à Beauxbâtons.
– Le bal de Nouvel An, où on s'est rencontrés ?
– Non. Le Bal des Crocs.
– Quoi !? s'exclamèrent Mathis et Émi à l'unisson.
– Tu y étais ? ajouta Mathis.
– Non, sourit Angela. Mais ma tante, oui. Sælenys. Elle était invitée d'honneur, en tant que procureure impériale. Elle était assise à côté d'un écossais avec un corbac tatoué sur le torse, qui lui faisait des avances un peu trop poussées à son goût. Elle est mariée, tout de même !
– Enguerrand McArzhelenn, reconnut Émi. C'était ta tante, la jeune blonde à côté de lui ?
– En effet.
– Mais je ne saisis pas bien le rapport avec toi et moi, intervint Mathis.
– J'y venais, reprit Angela. À cette époque de l'année, ma mère et moi voyagions avec elle. Quand elle a dû se rendre en France pour assister au Bal des Crocs, nous l'y avons suivi. Ma mère, prétextant une affaire dangereuse, en a profité pour me laisser en "vacances" chez mon père. C'est pour cette raison que je me suis retrouvée à assister au Bal de Nouvel An alors que je n'étais ni élève ici, ni une membre de l'élite dehors. Entre cette histoire de nom francisé, un sort de désillusion sur mes crocs et un peu de fond de teint, mon père s'est dit que ma nature passerait inaperçue, avec mon look. J'avais juste l'air d'une ado gothique comme une autre.
– Et c'est là qu'on s'est rencontrés, l'encouragea Mathis. Hum, sans vouloir te vexer, ton intro était déjà super longue, alors…
– Désolée. Donc on s'est rencontrés, je t'ai trouvé sympa, je t'ai surpris à espionner mon père, on s'est échangé nos adresses… Je me suis dit que je m'étais peut-être fait un ami, après tout. Et puis au fil de notre correspondance, je me suis rendu compte à quel point Mauvais Augure était efficace. À quel point tu étais intelligent. Tu te rappelles, le mot que je t'avais laissé ? Sur le moment, c'était une simple boutade, mais ensuite… j'ai vraiment cru que tu allais le déchiffrer. Que tu comprendrais que c'est du vampirique, et qu'une fille de douze ans n'a pas vraiment de raison de connaître une telle langue, à moins… d'être une vampiresse. Mais tu n'as même pas cherché à comprendre. Et puis ce fameux jour, en Juin, où on s'est revu dans le hall. Tu as eu cette réaction de surprise en voyant mes crocs, et j'ai eu peur. Très peur que tu me rejettes, alors que je te voyais comme mon seul ami possible ici. Et puis tu as souri, et tu as engagé la conversation comme si de rien n'était. Tu es tellement détaché… tu es la tolérance incarnée. Et puis ton amie est arrivée, a fait une remarque désobligeante… et j'ai pensé : ça ne pouvait pas être si simple.
À ce moment, Émi comprit.
– Oh… je suis vraiment désolée, je ne savais pas…
– Tu as peur des vampires. Je comprends ta réaction.
– Vous avez toutes les deux remarqué que la tension a vachement diminué entre vous, après le jour des épouvantards.
Ce n'était pas une question. D'ailleurs, sans attendre de réponse, Mathis enchaîna :
– Et là, vous vous parlez de manière civilisée. Parce que c'est possible. Considérez que je l'ai compris avant vous parce que je suis juste plus intelligent que vous deux réunies.
Il reçut deux coups de poing dans les épaules simultanément.
– Hé ! s'exclamèrent les deux adolescentes d'une seule voix.
– Aïe ! Vous voyez, même réaction !
– Efektive, observa Angela.
– Certes, concéda Émi.
– Juste un dernier point, avant qu'on descende manger. Angela, je voudrais que tu répondes autrement à une question que je t'ai déjà posé : pourquoi et comment es-tu devenue amie avec Raven Luschek, alors qu'elle est au moins aussi terrifiée par les vampires qu'Émi ?
– Parce que c'est ma compagne de chambre, et qu'elle a passé ses premières nuits les lampes allumées, à sangloter, une plume à pointe d'argent à la main en guise d'arme. Alors au bout de trois nuits j'en ai eu marre, et j'ai entreprit de lui raconter ce que je t'ai raconté, au sujet du métier de ma mère et de ma tante. Je lui ai parlé de la lutte que mène de nombreux vampires pour ne plus être considérés comme des monstres assoiffés de sang, ou comme des mort-vivants maléfique. Putain, on est pas des saloperies d'inferi, on est vivants !
– C'est le sang-froid, ça porte à confusion, suggéra Mathis.
– C'est pas faux. En tout cas, ça a suffit à la convaincre, et finalement, le résultat a été probant : son épouvantard n'était pas moi.
– D'accord. Bon. Ok. Vous me promettez de faire la paix ?
– Moi ça me va, accepta Angela.
– On va faire une tentative, concéda Émi.
– Bien. Parfait. Cool. MAINTENANT ON VA MANGER, J'AI LES CROCS !
– Techniquement, c'est moi qui les ai, lui fit remarquer Angela.
– Elle a pas tort, approuva Émi.
– Si c'est pour vous liguer contre moi, vous oubliez tout de suite la réconciliation, grogna Mathis.
Les deux filles rigolèrent, et se tapèrent dans la main. Mathis ne put retenir un sourire en coin.
Au banquet, le trio rejoignit les Augures à une table. Jorge se trouvant à la table de Lucian, Angela put s'asseoir à la septième et dernière place.
– Ça y est, c'est réglé ? s'enquit Erwin.
– On est sur la bonne voie, acquiesça Mathis.
– Ah bah ENFIN ! s'écria Camille. Putain, zêtes longues à la détente, les meufs. Beh tenez, vu qu'on a une demi-vampiresse à table, j'en profite pour faire mon "coming-out" : j'ai reçu une lettre de ma mère qui me suggère d'arrêter d'envoyer autant de hiboux à elle et mon père pour avoir une réponse. Elle confirme que je ne suis pas entièrement humaine, mais ne veux pas en dire plus à travers une lettre. Elle me jure qu'elle me révélera tout quand je rentrerai en juillet.
– Tenez, en parlant de révélation ! s'exclama soudain Sertorius, qui avait surgit de nulle part.
Il s'assit sur les genoux de Camille.
– Hé, tu fais quoi ? s'indigna celle-ci.
– Tu es trop bavarde, Chaise, répliqua Sertorius en se tournant vers elle.
Il rapprocha son visage du sien à une distance indécemment réduite, et lui dit, assez fort pour que toute la tablée l'entende :
– Ma sœur va faire une très grosse connerie. Pourquoi ? Parce que ton père n'a rien trouvé de mieux à faire que de lui parler de quelque chose qu'il voulait me transmettre. À cause de lui, elle risque d'énormes ennuis.
Laissant Camille abasourdie, il se leva, et croisa le regard interrogatif de Mathis.
– On a un souci, Mat'. Du genre réunion urgente de Mauvais Augure.
– Du genre ?
– Du genre Duc Infernal enfermé à la Giraglia.
– Je comprend pas… en quoi c'est une mauvaise chose ? s'enquit Nil. Il est déjà en taule, c'est cool, non ?
– C'est une catastrophe, soupira Mathis. Opus Tenebræ, Partie 8.
– Partie 8 ?
– Pas le temps de discuter, les pressa Sertorius. Réunion urgente, rassemblez les oiseaux !
– Bon ben… tant pis pour le banquet ! s'exclama Mathis. Angela ?
– Je vous suis !
Il ne fallut que quelques minutes pour retrouver tous les membres de Mauvais Augure et de les réunir dans une salle déserte (salle qui ne fut guère difficile à trouver, au vu des circonstances).
– T'as intérêt à avoir une bonne explication, menaça Juliette.
Mathis leva les mains en signe de reddition
– Hé, me regarde pas comme ça ! C'est Sertorius qui a insisté !
– M'en fous, t'es censé être le chef, t'es responsable.
– Humph… Sertorius, Opus Tenebræ, Partie 8 ?
– "Le Seigneur des Mouches", énonça Serpent, comme s'il prononçait le titre d'un poème. D'abord, ça répète le début de la Partie 7 : "Ainsi chutera le quatrième", et cetera… Et ensuite on enchaîne sur le sixième Duc. "Alors Chaigidel le Confus, Seigneur des Mouches, consacrera la Terre Divine du sang des condamnés."
– Glauque, frissonna Raphaël.
– Intéressant, jubila Juliette.
– Et donc ? l'encouragea Triora.
– Et donc… déjà, la "Terre Divine", c'est un truc mentionné dans la Partie 7, mais… c'est une partie particulièrement bien protégée, j'ai lu les deux premières pages, j'ai commencé à pleurer du sang. Tu vois le genre. Mais le reste est plutôt évident : "le sang des condamnés". Les condamnés. Les prisonniers. D'après ce que le père de Camille a glissé à ma sœur pour qu'elle nous avertisse, un prisonnier du A-0 se fait appeler…
– Chaigidel, comprit Camille. Oh, par les pendantes de Grindy…
– "Le sang des condamnés". S'il n'est pas trop regardant sur la raison de leur présence à la Giraglia…
– … ta sœur et mon père sont en danger de mort.
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EN DANGER DE MORT ! Je me demande combien de cliffhangers de suite on peut lire avant de devenir fou… Vous me raconterez, moi je l'étais déjà avant, de toute façon ! Allez, la semaine prochaine, un chapitre de transition que j'ai bien aimé écrire, et ensuite… hé hé.
