Joyeux Yule à tous, mes petits sorciers et sorcières ! Vous avez reçu ce que vous espériez ? Moi ma sœur m'a offert une loupe. C'est officiel : ça la fait marrer que je sois en train de perdre la vue. Ça fait plaisir. Mais je l'aime quand même…
Dans le chapitre précédent, Thomas rencontrait la mère de Vipère et Serpent, tandis que la première s'introduisait dans le A-0, et que le second continuait à comploter avec le cadet de l'intéressé. Vous avez tout suivi ? Bien joué !
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Réponses de Noël à vos reviews de Yule :
Salut Le fou ! Ça y est t'as refait un compte ? J'ai très peu de temps, alors ça sera pas pour tout de suite, mais je jetterai un oeil à l'occasion !
Hey titietrominet ! De classe ? DE CLASSE ? Juste non. On ne peut pas décemment associer lapin rose géant et classe.
C'est sur cet esprit que Voldy avait basé son empire, après tout : tout le monde se tient à carreau, parce que même s'il ne peut pas être partout à la fois, tout le monde est une cible potentielle ! C'est pour ça qu'on peut tenir en joue une foule entière avec un revolver de 8 balles.
C'est un peu prématuré, non ? En plus je suis partisan du meilleur ami unique (c'est LE/LA meilleur·e, pas LES !), et la place est déjà prise : Mathis pour Émi, et Raven pour Angela !
Hello Sengetsu ! Franchement t'aurais pu m'insulter, Lucie ne s'est pas gênée ! Mais merci pour ta considération. C'est ce qui était prévu, mais j'avais besoin de Visperi, alors j'ai zappé Marianne. Hé bien elle a passé Noël à Brocéliande chez Rogan avec les Brisebois. C'était plutôt tranquille au début, mais puisqu'ils étaient entre adultes, l'alcool a coulé à flots ! En même temps, quand Enora et son grand-père se lancent dans un concours de boisson (le plus grand nombre de shots avalés entre le premier et le douzième coup de minuit), ça chauffe dans les forêts !
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Petit chapitre un peu spécial, car il ne comporte aucun personnage connu (un ou deux ont été mentionnés, pas plus). Sauf un, mais il ne vient pas de cette fic !
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9) L'Île d'Avalon
Bien sûr, ce n'était pas un cas unique au Monde. Après tout, l'ensemble des bâtiments de l'Institut de Salem fonctionnaient de cette manière. Mais l'Université Druidique restait assez fière de se trouver dans micro-univers parallèle accessible uniquement aux méritants. Un havre de paix pour les plus grands druides de l'Histoire. Le lieu secret où se trouvait la tombe du légendaire Merlin (qui était bel et bien mort, n'en déplaise aux conspirationnistes). Et ce nom… ce nom, une légende à lui seul. L'Île d'Avalon. Ce n'était pas une île à proprement parler. C'était une immense clairière au cœur de la forêt de Brocéliande, qui avait une particularité des plus perturbantes. Il était possible d'en sortir en avançant tout droit. Mais en vous retournant… plus de clairière. Le seul moyen d'y entrer à nouveau était d'emprunter un des portails rocheux, qui avaient inspiré les tunnels de Transportation.
Cette particularité avait ses côtés amusants. Les étudiants de l'Académie s'amusaient souvent à jeter des glands aux promeneurs sorciers qui se baladaient dans le bois (les repousses-moldus étaient bien trop puissants pour en y rencontrer). Ils ne pouvaient pas voir leurs assaillants : ceux-ci se trouvaient dans un autre univers. L'inverse était cependant vrai. Perturbant, n'est-ce pas ?
Des deux individus qui franchirent la onzième porte, l'un ne fut pas le moins du monde surpris. L'autre avait trop de retenue pour faire remarquer le paradoxe.
– Bienvenue sur l'Île d'Avalon, campus de l'Université Druidique, annonça le plus âgé d'un ton théâtral.
– Ça a de la gueule, ne put s'empêcher de s'exclamer le jeune homme.
De la gueule, certainement ! Au milieu d'une vaste clairière où circulaient des dizaines et des dizaines d'étudiants de tous horizons se trouvait un château d'un blanc immaculé, nacré même, sur lequel la lumière verdie par la canopée se reflétait, donnant à l'ensemble une allure un peu fantomatique.
– C'est par ici, l'invita le druide à continuer. Derrière le château…
Le jeune homme emboîta le pas à son aîné.
– Vous êtes donc ici pour une Certification en pyromancie ?
– En effet, confirma le futur étudiant.
– Pardonnez mon indiscrétion, mais… votre diplôme de fin d'études ne suffisait pas ?
– Il est vrai que le Palier de Drakensberg est réputé dans le domaine de la Magie Élémentaire, mais, voyez-vous, j'aimerais entrer dans l'Ordre des Brûlemers, et d'après eux, mon maître d'apprentissage ne m'a pas suffisamment formé pour ça.
– Je vois, je vois. C'est là une très noble cause, jeune homme. Mais… pardonnez mon insistance, dans ce cas, pourquoi se limiter à la pyromancie ? Ne vaudrait-il pas mieux pour vous suivre une formation en hydromancie, en parallèle ?
– Oh, je ne veux pas être évaporeur, expliqua le futur étudiant. J'ai plus l'âme d'un cendreur.
– Un peu pyromane, hein ? rit le druide. Il vous faudra apprendre la patience, avant toute chose. Tenez, regardez.
Les deux hommes s'arrêtèrent quelque part à droite du château. Il y avait là une large étendue dégagée, entourée de barrières de corde. À quelques dizaines de mètre de là se trouvaient des cibles de paille et de bois. Devant eux, leur tournant le dos, une jeune femme aux cheveux blonds faisait quelques étirements.
– Du tir à l'arc ? s'enquit le jeune homme.
– Chhhhhh, l'invita au silence le druide.
La jeune femme se redressa, et entra en transe. L'air semblait vibrer autour d'elle. Non ! L'air vibrait réellement. Puis, d'un coup, elle leva les deux bras en avant d'un geste violent, en tendant les doigts. De chacun de ses dix doigts sortit un projectile transparent qui semblait fait d'air compressé. Les dix projectiles filèrent plus vite qu'une flèche. Dix cibles explosèrent par le centre. Le futur étudiant ne put se retenir d'applaudir la jeune femme, qui se retourna, et salua son public.
– Mon garçon, je vous présente l'aéromancienne du Cercle de Brocéliande, Maîtresse Ariane Desmarez. Ariane, je te présente Bandile Gango, un étudiant venu d'Afrique du Sud pour une Certification en pyromancie.
– Enchantée ! Eh bien, bonne chance ! Le Brasier a un peu surchauffé du cerveau…
– Ariane ! la réprimanda le druide.
– Mais c'est vrai, Monsieur le Directeur ! Allez voir par vous-même ce qu'il est en train de faire, ce type est complètement fumé !
– De toute manière, c'est notre destination, soupira Enguerrand McArzhelenn.
Il entraîna Bandile à sa suite. Il contournèrent le château, jetèrent un regard rapide aux hydromanciens en exercice au bord de la rivière, et arrivèrent près d'un dôme de roche noire. Deux druidesses et un druide observait le dôme avec un amusement teinté d'inquiétude. Sur une souche étaient posés une robe druidique rouge.
– Que se passe-t-il ici, Monika ? demanda le directeur à la druidesse la plus âgée.
On lui aurait donné une bonne quarantaine. Pourtant, quand elle se tourna vers le directeur, son visage juvénile affichait vingt ans de moins. Bandile fronça des sourcils. Devant son expression intriguée, le directeur expliqua rapidement :
– Maîtresse Monika Zeitmann est chronomancienne. Et coquette, avec cela.
– Très pertinent, grinça l'intéressée. Pour en revenir à votre question, le Polonais s'apprête à retenter la supernova.
– La… Mais personne n'a eu l'idée d'intervenir !? s'écria le directeur, en se précipitant vers l'entrée du dôme.
L'autre druide, un homme authentiquement jeune à la peau mate, l'arrêta de la main. Mais c'est l'autre druidesse présente, qui ressemblait beaucoup au jeune druide, qui prononça ces mots, avec un fort accent :
– Il a déjà commencé, c'est tlop tard.
– Il n'en fait qu'à sa tête, gronda McArzhelenn. Reculez tous, s'il vous plaît…
Les trois druides soupirèrent, mais suivirent leur supérieur et le futur élève. Ils firent face au dôme à une distance respectable, et Enguerrand tapota l'épaule de Bandile.
– Avant qu'on ne meure tous, je tiens à te présenter Maître Gorri Haurramari et sa sœur, Maîtresse Jézabel, …
– Les jumeaux astraux…, souffla Bandile, la mâchoire pendante.
– Jé vois que notle léputation nous plécède, approuva Gorri avec un accent encore plus prononcé que celui de sa sœur jumelle.
– Silence, je veux l'entendre exploser, les tança Monika.
– S'il ne nous fait pas exploser avec lui, lâcha Enguerrand d'un air sombre.
– Mais que…
Bandile n'eut pas besoin de poser sa question. D'un coup, le sol se mit à vibrer. Le dôme de roche noire de mit à rougir et à briller de plus en plus. Le sol fumait autour. Un arbuste qui avait eu l'imprudence de pousser trop près du dôme prit feu. Puis, alors que le dome arborait une teinte presque blanche, à la luminosité insoutenable, une détonation assourdissante se fit entendre. Puis plus rien. Le sol arrêta de vibrer, et le dôme commença à refroidir.
– Vous croyez que c'est lui qui a explosé ? s'enquit Monika.
– Jé né clois pas, répondit Gorri. Peut-êtle dé la loche.
Alors que le dome était encore rouge, et le sol trop chaud pour être foulé, un homme entièrement nu en sorti, une boîte en métal à moitié fondu entre les mains. C'était un quinquagénaire assez athlétique à la peau mate. Il luisait de sueur. Jézabel se cacha les yeux avec gêne, et Bandile et Gorri s'empourprèrent. Monika ricana, et semblait sur le point de sortir des jumelles de sa poche pour ne pas en perdre une miette. Le directeur, lui, se contentait de secouer la tête d'un air désespéré. L'homme nu attrapa ses habits, et entreprit de les enfiler. Puis il s'avança vers le directeur, et lui tendit la boîte. Enguerrand approcha à peine sa main : il pouvait sentir l'intense chaleur à bonne distance.
– C'est un peu chaud pour moi, je pense.
– Oh, oui, parrrdon, Dirrrecteurrr, grimaça le pyromancien, qui avait un accent de l'Est.
– Je vous avais pourtant interdit de faire ça, fit remarquer le directeur.
Mais le pyromancien ne semblait pas l'écouter. Il se tourna vers Monika, un grand sourire aux lèvres.
– Alorrrs, tu vois ? Je t'avais bien dit qu'une chaleurrr égale au double de celle de la photosphèrrre suffirrrait à ouvrrrirrr cette satanée boîte ! jubila-t-il.
– Vous êtes irresponsable, Maître Romanecz ! s'énerva le directeur. Vous auriez pu vous tuer, ou pire, détruire l'Université, uniquement pour ouvrir une fichue boîte… D'ailleurs, il y a quoi dans cette boîte ?
– Aucune idée ! répliqua le pyromancien. Mais qui est ce jeune homme qui semble un peu jeune pour assister au serrrmon d'un dirrrecteurrr à l'un de ses prrrofesseurrrs ?
– Oh oui, pardon. Bandile Gango nous vient tout droit du Palier de Drakensberg pour une Certification en pyromancie. Bandile, je vous présente Maître Atraxi Romanecz, l'être insensé qui aura, je le craint, la responsabilité de vous former.
– Enchanté ! s'exclama Romanecz en lui tendant une main fumante.
Bandile ne la serra qu'un bref instant, se demandant comment quelqu'un pouvait avoir la peau aussi chaude sans prendre spontanément feu.
– Eh bien, on va vous laissez faire connaissance. Monika, dans mon bureau. Gorri, Jézabel…
– Monsieur…
Chacun partit de son côté. Bandile resta seul avec l'archi-pyromancien. Il ne put retenir la question qui lui brûlait les lèvres :
– À quelle température êtes-vous monté ?
– Un peu plus de douze mille degrrrés au cœurrr du dôme.
– Mais comment c'est seulement possible !? Vous… la boîte… le dôme… la terre…
– Ah ah, ça fait beaucoup de question ! sourit Romanecz. Moi, je suis insensible à la chaleurrr. Je pourrrais me baigner dans un volcan sans rrrien rrressentirrr. Le dôme est composé de rrroche stellairrre, et rrrenforrrcé magiquement. Et c'est grrrâce à ce dôme que la tempérrraturrre est suffisamment contenue pourrr ne pas engendrrrer de dégâts trop conséquents aux alentourrrs.
– Et la boîte ?
– Enchantée parrr Merrrlin. Tu veux savoirrr ce qu'il y a dedans ?
– Oui ! s'exclama Bandile.
– Moi aussi, rit le druide.
Puis il plongea la main ne tenant pas la boîte dans l'une de ses poches, et en sortit une étrange corne. Il souffla dedans, et le bruit qui en sortit était aussi puissant et assourdissant qu'un hurlement de dragon blessé.
– Parrrdon, j'aurrrais dû prrrévenirrr, s'excusa Romanecz.
– C'est pas grave, mentit Bandile en pressant la main sur son oreille droite qui sifflait. C'était pour quoi faire, ça ?
– Pourrr rrrassembler mes élèves. Nous allons découvrrrirrr le contenu de la boîte tous ensembles !
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Maître Romanecz frappa dans ses mains pour obtenir le silence. Nombreux étaient les étudiants à s'être rassemblés. En fait, beaucoup plus nombreux qu'il ne comptait d'élèves. Mais il n'en avait cure. C'était un jour historique : il avait réussi à forcer la serrure d'une boîte magiquement scellée par Merlin en personne. Il avait eu beaucoup de mal à se retenir, mais il n'avait pas encore soulevé le couvercle, déformé par la chaleur. Il ne savait rien de son contenu, sinon que ça dégageait une lueur rouge.
– Vous êtes prrrêts à découvrrrirrr quelque chose d'incrrroyable ?
– Ouuuiiiii ! répondirent une petite moitié des étudiants.
Le pyromancien haussa les épaules. Paradoxalement, il n'avait jamais été très bon pour chauffer les foules. Il ouvra le couvercle, et regardit dans la boîte. Sous le choc, il la lâcha. De la boîte s'échappa une grosse gemme rouge en amande, qui roula aux pieds d'une étudiante du premier rang.
– N'Y TOUCHEZ PAS ! hurla Romanecz.
Trop tard. La jeune femme ramassa la gemme. Aussitôt que ses doigts se refermèrent sur la pierre, elle se mit à briller. L'étudiante brillait, d'une lueur rouge écœurante. Et dans un CLAC sonore, elle disparut sans laisser de trace. Il y eut un blanc dans la foule. Puis une autre étudiante se mit à crier, et la panique gagna les autres. Tant pis pour les convenances : Romanecz transplana directement dans le bureau du directeur.
Dans ce bureau, le directeur était en train de sermonner Maîtresse Zeitmann.
– Monika, je croyais qu'on en avait parlé…, soupira-t-il. Encourager Atraxi dans ses folies nous mènera à un drame. Tu imagines le danger que représente un pyromancien si puissant et si insouciant… dans une forêt ?
– Écoute, Enguerrand. J'ai estimé que le danger était maîtrisable. J'avais même appelé les jumeaux en renfort, au cas où ça dégénère. Tu crois vraiment qu'une explosion aurait pu détruire l'Université alors que Gorri était là ?
– Et Jézabel ? insista le directeur. Tu sais bien que ses pouvoirs de ménémancienne n'ont pas le moindre effet en plein jour.
– Elle reste une sorcière très talentueuse. Et puis tu oublies un détail : son pouvoir lui permet tout de même de…
C'est à cet instant qu'Atraxi Romanecz apparut. Le directeur en fut d'autant plus surpris qu'il ne pouvait pas entendre les hurlements depuis son bureau, situé au dernier étage de la plus haute tour à l'avant du château. Cependant, il ne se posa guère de questions quant à la raison de son intrusion.
– Qu'est-ce que vous avez encore fait comme connerie ? se lâcha Enguerrand.
– C'est une catastrrrophe ! s'écria Atraxi.
– Ouh là, si c'est vous qui le dites, ça doit être épouvantable ! Alors, c'est quoi, cette fois-ci ? Pénurie de frites à la cantine ? Votre dernière expérience a fait fondre votre labo ?
– Dans la boîte…, haleta le pyromancien.
– La boîte… ah oui, la boîte de Merlin ! Alors, il y avait quoi, dedans ? Une vieille broche à barbe ?
Atraxi croisa les bras, vexé.
– Quand vous aurrrez fini de vous moquer de moi, je pourrrrais vous dirrre que la boîte contenait le horrrcrrruxe de Morrrgane, et que l'étudiante qui l'a touché à disparrru, lâcha-t-il d'un ton glacial.
Enguerrand McArzhelenn marqua un arrêt. Il cligna plusieurs fois des yeux avec insistance.
– Le… horcruxe de Morgane. Le horcruxe de Morgane.
– L'œil-de-sang, confirma Romanecz.
Le directeur éclata de rire. Il se tourna vers Monika, qui était horrifiée.
– Je te l'avais bien dit ! ce type va tous nous faire tuer !
– Mais c'est pas drôle ! s'écria Monika. Il faut faire quelque chose !
Enguerrand alla jusqu'à la fenêtre, et jeta un œil en direction du mausolée de Merlin. Il était intact.
– Bon, eh bien apparemment, sa première motivation n'était pas la vengeance. Monika, fais venir Banshee et ses sœurs d'urgence. Maître Romanecz, prévenez Marion Castellan. Je dois organiser la défense de l'Université.
– Et que fait-t-on pour l'étudiante ? s'enquit Monika.
– Maître Romanecz, je vous charge également d'aller annoncer aux parents de cette pauvre fille qu'à cause de votre imprudence, elle est probablement déjà morte.
Les deux druides transplanèrent. Enguerrand soupira.
– Une journée qui commençait si bien…
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Marion Castellan croisa les bras, agacée.
– Et ça ne vous est jamais venu à l'esprit de nous prévenir. Ou, tenez, encore mieux ! De détruire cette saloperie, quoi que ce soit.
– Nous pouvions difficilement le détruire, nous ne savions pas où il était, fit remarquer Maître McArzhelenn. En réalité, nous ne pensions même pas qu'il existait réellement. Vous vous doutez bien qu'il n'en existe aucune trace dans les archives officielles de l'Académie, tout ce qu'on a est issu de racontars !
– Mais, au risque de passer pour une ignorante… c'est quoi au juste, un "horcruxe" ? demanda la gendarmage.
– C'est…, hésita le druide.
– C'est un artéfact de magie noir renfermant une portion de l'âme de son créateur, répondit une voix puissante derrière eux.
Tous se retournèrent, pour se retrouver face à un groupe de femmes à la peau jaune, et aux cheveux dans des nuances de vert. Celle qui avait parlé était la seule à porter une robe de druidesse, bien que très échancrée, tandis la plupart des autres n'étaient vêtues de tissages de feuilles et de lianes. La plus jeune avait des couettes et portait une robe de sorcier affublée d'une cravate à la mode britannique, et une autre portait un chapeau de cuir sombre et une tresse sur le côté.
– Lieutenante-Générale Castellan, je vous présente les sœurs MeľŬoĝ. Maîtresse Sylphide MeľŬoĝ est l'échomancienne du Cercle de Brocéliande.
– Qu'est-ce que…
– Trêve de politesses, trancha Sylphide d'un ton autoritaire. Pour résumer les choses : un fragment de l'âme de Morgana a survécu dans un objet virtuellement indestructible qui le maintient en vie. Or, comme toute dryade, l'existence de son corps physique est liée à l'existence même de la forêt où elle est née. On peut détruire l'âme d'une dryade, mais son corps n'est qu'une extension de la forêt. Merlin a fait l'erreur de ne pas détruire le horcruxe, se pensant capable de purifier l'âme corrompue de Morgana avant de mourir. Il a échoué, et la voilà maintenant en quête de son corps, qui l'attend sagement.
– Une… dryade ? Mais les dryades n'existent pas ! ricana Castellan.
– Il m'aurait paru évident qu'en avoir pas moins de neuf devant vous vous aurait fait changer d'avis, lui fit remarquer la jeune dryade aux couettes.
– Oriande, soit polie ! la gronda son aînée.
– Ose dire que j'ai tort, répliqua l'adolescente en soutenant le regard noir de Sylphide sans sourciller.
– Des dryades, souffla Castellan. Morgane qui revient à la vie. Évidemment. Au moment où on se disait que ça pouvait pas être pire.
Elle s'effondra sur une chaise poussée juste à temps par le directeur.
– Donc si je résume, on a : un gars qui enlève des étudiants sur un campus hyper sécurisé, un ange déchu qui fait de la propagande dans la zone bouclée pendant que des détraqueurs attaquent les postes de frontière, et maintenant, une des plus maléfiques sorcières de tous les temps qui ressuscite mille ans après avoir été tuée par Merlin.
– En réalité, ce n'est pas une sorcière, souligna McArzhelenn.
– Oui, une dryade, se souvint Castellan. Évidemment. Et si ce n'est pas indiscret, comme on tue une dryade ?
– Les dryades ne sont pas immortelles, répondit Sylphide de sa voix grave et posée. Si notre corps est mortellement blessé, notre esprit retourne à la forêt, qui nous protège le temps que notre enveloppe se régénère. Il faut détruire l'âme avant qu'elle ne se réincarne à nouveau, et le moyen le plus sûr est de la détruire avant qu'elle ne quitte le corps. Un détraqueur peut tuer une dryade, là où un sortilège de Mort échouerait. Morgana n'aurait aucun intérêt à rapatrier son âme dans un corps, alors qu'il lui suffit de garder corps et horcruxe à proximité l'un de l'autre. Morgana est complètement folle, mais pas stupide. Très peu de choses peuvent détruire un horcruxe, et il serait bien plus facile de l'exorciser que de le lui voler.
– Surtout si elle l'avale, fit remarquer la jeune Oriande. Son corps ne peut détruire le horcruxe, et rien ne peut détruire son corps sans détruire Brocéliande, ce qu'elle sait que nous ne ferons jamais. Si on la tue, son corps retournera à la terre, et le horcruxe sera définitivement perdu pour nous.
– La remarque est pertinente, acquiesça le directeur. Oriande, tu peux dire à la Lieutenante-Générale quels sont les moyens connus de détruire un horcruxe, afin qu'elle en informe ses troupes ?
– Un horcruxe ne peut être détruit que par une force si destructrice qu'il ne parvient pas à se régénérer, énonça la dryade. Un feudeymon, le feu d'un dragon, le venin d'un basilic, d'une acromentule, d'une manticore alpha ou d'un aquavirius femelle, ou la morsure d'un nundu. Peut également être mentionnée l'épée de Godric Gryffondor qui, d'après nos informations, ont permis à Harry Potter de détruire plusieurs horcruxes de Lord Voldemort après avoir absorbé du venin de basilic, ainsi que d'autres objets dans le genre tous aussi inaccessibles.
– Plusieurs horcruxes ? s'écria Castellan.
– Ce type était fou à lier, confirma gravement McArzhelenn. Et ridiculement faible comparé à Morgane. Mais il était bien entouré, et jouait énormément sur la peur. Morgane est seule, et son existence même est disputée. Comme peut-on la craindre si beaucoup la prennent pour une simple légende ?
– Faut se méfier des légendes, grimaça Oriande. Hé bien, Madame, Monsieur le directeur, vous allez devoir m'excuser, Maître Haurramari m'attends.
Puis sans délai, elle s'éclipsa d'un pas fluide.
– Elle est étudiante en héliomancie, indiqua le directeur. Première année.
– Première a… je vois…, soupira la gendarmage. Alors, si je résume, il faut qu'on récupère un objet qui va probablement se trouver à l'intérieur du corps indestructible d'une meurtrière déséquilibrée surpuissante, et ce sans la tuer, puis détruire cette objet à l'aide d'un venin interdit à la vente dans le monde entier, de l'intervention d'un animal incontrôlable, d'un sort de magie si noire et si improbable que même Grindelwald s'est toujours répugné à l'utiliser, ou d'un objet qu'on ne pourra jamais se procurer. D'ailleurs, c'est quoi, au juste, un aquavirius ?
– Si on vous demande, vous répondrez que vous l'ignorez, répliqua la dryade au chapeau. Le fait est que nous n'avons aucun moyen de nous en procurer. Le nundu reste encore une solution préférable.
– Feudeymon ? proposa innocemment Atraxi Romanecz.
Le directeur jeta un regard désespéré au pyromancien.
– Forêt, bois, feu incontrôlable… faut que je vous fasse un dessin ?
– C'est prrroblématique, en effet, concéda le druide.
– Il plaisante ? s'enquit la gendarmage.
– Oh, non non, il est toujours comme ça, confirma le directeur.
– Ça n'a pas l'air de vous affoler d'avoir libéré Morgane ?
Le Polonais haussa les épaules.
– Je ne vis pas dans le passé, Madame. Ma prrriorrrité est de rrrégler le prrroblème, pas de me morrrfondrrre parrrce que je l'ai prrrovoqué.
Alors que Castellan s'apprêtait à répliquer, la dryade au chapeau, qui regardait actuellement par la fenêtre du bureau, intervint :
– Je pense qu'il serait préférable de récupérer le horcruxe avant même de chercher un moyen de le détruire, et d'emmener celui-ci le plus loin possible de Brocéliande. Immédiatement. Venez voir.
Curieux, Sorciers et dryades se dirigèrent vers les fenêtres du pan Est de la tour. Les dryades étouffèrent des cris d'horreurs. McArzhelenn poussa un juron fort peu académique. Tout un pan de la forêt semblait pourrir à vue d'œil.
– Qu'est-ce que…
– Morgana, lâcha froidement Sylphide. Elle a déjà récupéré son corps, et puisse autant d'énergie que possible dans la forêt en vue de nous affronter. Il est déjà trop tard pour la subtilité. Suchii a raison, il faut l'affronter en face, et récupérer le horcruxe immédiatement, nous n'avons plus le temps.
Retrouver Morgane n'était désormais plus qu'une formalité : d'après Sylphide, elle avait besoin d'un chêne millénaire pour puiser l'énergie de la forêt, et il s'en trouvait un au cœur de la section flétrissante. Restait à savoir qui allait l'affronter, et d'établir un plan.
– Nous sommes d'accord sur les formalités ? s'enquit le directeur.
Tous approuvèrent le plan. Sans attendre, Marion Castellan transplana.
– Il nous reste un détail à régler, amis druides. Si ces demoiselles veulent bien nous excuser…
Sylphide chantonna quelque chose. D'un pas flottant, ses sœurs quittèrent la pièce.
– Il faut nommer nos successeurs.
Enguerrand McArzhelenn balaya son grand bureau du regard. En plus des dryades et de la Lieutenante-Générale, ils avaient été rejoints par les autres membres du Cercle de Brocéliande, désormais au complet. Chacunes et chacuns approuvèrent gravement. Il était coutume que le successeur d'un membre du Cercle soit son apprenti, mais rien n'y obligeait, et tous n'en avait pas forcément un. De même, il était coutume que le Maître du Cercle nomme un autre membre en tant que son successeur, et que celui-ci soit écarté de tout danger.
– Parfait, approuva Enguerrand, après avoir relu la liste de noms. De cette liste, j'aimerais écarter deux noms. Le premier sera Monika Zeitmann. Monika, je te désigne officiellement comme successeuse au titre de Maîtresse du Cercle. Le Conseil est d'accord ?
Tous approuvèrent en silence.
– Tu resteras ici, et tu veilleras sur l'Université et ses élèves. Pour te soutenir dans cette tâche, je nommerai Ariane Desmarez. Ariane, tu es la benjamine du Cercle. Tu n'as pas d'apprenti, et ta propre formation a été prématurément interrompue par la mort tragique de ton prédecesseur. De plus, tu es l'héritière et unique membre vivante de la Maison Desmarez. Pour ces raisons, ta perte serait terrible à la fois pour l'Aéromancie et pour la Noblesse Française. Le Conseil est d'accord ?
Tous, y compris la jeune Ariane, approuvèrent en silence.
– Alors allons affronter la plus puissante nécromancienne de tous les temps, dans la joie et la bonne humeur. Je pense que Miss Castellan a terminé d'établir un périmètre de sécurité. Monika, si je ne reviens pas, je tiens à ce que mon épitaphe soit le suivant : "J'ai a toujours détesté cette satanée forêt.".
– Sans vouloir saper votre pessimisme, j'aimerais bien revenir en vie pour revoir ma fille, marmonna Hipollynaire d'Armonval, psychomancien du Cercle.
– Ne t'en fais pas, Le Pénisseur, je couvre tes arrières ! le rassura Ollin Montiero, électromancien du Cercle.
– Il a neigé ? demanda soudainement Ariane.
– … hum ? Non, je ne crois pas, répondit Enguerrand. Pourquoi ?
– L'Ombre Bleue étant ici, je ne vois qu'une explication à une telle quantité de glace, grimaça-t-elle en pointant la zone sinistrée.
Lithyys MacSind, dite L'Ombre Bleue, hydromancienne du Cercle, se précipita pour voir de quoi il retournait. L'écossaise secoua sa chevelure rousse.
– Ce n'est pas de la glace naturelle. Magie noire. Cette zone est infestée de détraqueurs.
Cette dernière information provoqua un blanc dans l'assemblée. Dans les secondes qui suivirent, dix clac sonores retentirent dans le grand bureau directorial. Ariane croisa le regard de Monika.
– Morgane est nécromancienne.
– Oui.
– Depuis quand les nécromanciens contrôlent les détraqueurs ?
– Jamais, souffla Monika. Je ne sais pas ce qui se passe là-bas, mais ça dépasse la simple évasion de Morgane.
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Quand les druides apparurent dans une clairière située non loin du chêne millénaire, deux choses ne les surprirent pas : Morgane était là, une dryade aussi belle et sombres que la décrivait les légendes, et les détraqueurs se comptaient par dizaines. En revanche, tout le reste était pour le moins inattendu. Morgane, terrifiée, était dos au chêne, entourés de trois inferi : l'étudiante qu'elle avait possédée, un gendarmage, et un promeneur moldu qui tenait encore son panier de champignon. Autour d'elle, les détraqueurs tournoyaient, menaçants uniquement envers elle. Et en face d'elle, parfaitement calme malgré la présence des détraqueurs sur lesquels il semblait exercer un certain contrôle, se tenait un homme. Ou du moins avait-il l'apparence d'un homme, à un détail près : il avait dans le dos deux immenses ailes noires, à moitié dépliées, traversant ses vêtements par des fentes grossièrement découpées. Il ne se retourna pas quand il entendit les druides s'approcher, ne quittant pas des yeux la dryade.
– Si j'étais vous, je n'approcherais pas, leur conseilla l'homme ailé. Ils m'obéissent dans une certaine mesure, mais ils sont très énervés, et je doute d'avoir l'autorité, et l'envie, de les priver d'une victime imprudente.
– Qui êtes-vous ? s'enquit Enguerrand, dont le regard balayait la scène sans savoir où se fixer.
– Eh bien il me semble que je suis la personne qui s'apprête à sauver le monde de cette chère Morgane, qui aurait mieux fait de rester au lit que de se réveiller aujourd'hui. Quant à mon identité, je suis sûr que vous pouvez aisément la deviner.
– Vous êtes l'Ange Déchu, répondit Sylphide, qui venait de s'avancer.
Morgane venait enfin de remarquer la présence des membres du Cercle. Elle interpella Sylphide en langue sylvaine.
– Aide-moi, petite sœur ! Ce démon veut me tuer !
– Tu as amplement mérité mille morts pour tes crimes, Morgana, cracha Sylphide en réponse.
– En effet, approuva l'Ange Déchu. Amplement méritée.
Il leva ses deux mains, et les frappa l'une contre l'autre avec force. Les détraqueurs se mirent à se déchaîner, arrachant des hurlements de terreur, puis de douleur à Morgane. Malgré leur puissance, aucun druide ne parvint à générer le moindre patronus. Puis, aussi soudainement qu'ils étaient apparus, les détraqueurs s'enfuirent à toute allure à travers les bois. L'Ange s'avança vers le corps sans vie de la dryade, qui commençait déjà à se transformer en lichen. Il se pencha, et en arracha une grosse pierre rouge oblongue. Il la posa au sol, et la frappa d'un objet blanchâtre qu'il avait sorti d'un pan de sa veste. Le légendaire œil-de-sang se brisa, déclenchant une onde de magie noire qui se dissipa rapidement. L'Ange se releva, et fit enfin face aux dix druides qui le regardaient, abasourdis. C'était un homme aux yeux clairs et à la barbe taillé, à peine quinquagénaire. Il sourit poliment.
– Un crochet de basilic, expliqua-t-il en agitant l'objet blanc. On en trouve facilement, quand on sait où chercher. Je préciserai juste que l'ironie aurait fait grimacer Merlin. Le Cercle de Brocéliande je présume ? Enchanté. Vous pouvez m'appeler Azraël, puisque tel est le nom que je dois porter désormais. Mais j'apprécie particulièrement ce titre d'Ange Déchu.
– Vous êtes de l'Ouest, constata Enguerrand. Pays de Galles ?
– Irlande, répondit Azraël. Écossais ?
– En effet, confirma le druide. Tout comme ma collègue ici présente.
– Lithyys l'Ombre Bleue. Votre réputation vous précède, Maîtresse MacSind.
– La vôtre également, Duc Infernal, répliqua la digne écossaise d'un ton glacial.
– Il ne faut pas croire tout ce qu'on raconte dans les livres, sourit l'Ange. Nous ne sommes que d'humbles serviteurs d'une noble cause : la libération de la Magie sous toutes ses formes. Mais trêve de bavardages. Nous avons tous du travail.
Sans attendre de réponse, il déploya ses ailes, et s'envola dans une puissante bourrasque. Réagissant au quart de tour, Atraxi Romanecz lui jeta une boule de feu. Azraël l'esquiva avec aisance, mais préféra jouer la prudence : il se métamorphosa, gagnant en vitesse ce qu'il perdait en taille. Enguerrand jura dans sa barbe, et se métamorphosa à son tour. Il était temps pour le Corbeau des Mers de mériter son surnom. Il déploya ses ailes bleutées, et se lança à la poursuite du fuyard.
– C'est quoi, la suite du plan, déjà ? demanda Tiberio Simolion, le vieux géomancien.
– L'un de nous va prévenir Zeitmann, un autre s'occupe d'informer la gendarmage, et ceux qui le peuvent s'affairent à rendre un peu de vie à ces arbres dévastés, énuméra Ancadéa Glazkov. Je pense que Banshee va s'empresser de quérir ses semblables, de même que Flash n'aura pas trop à faire de l'aide de ses étudiants en Héliomancie.
– En effet, Anaconda, acquiesça Sylphide. Je pense qu'elles sont déjà rentrées chez nous. Flash, tu t'occupes d'informer Avalon ?
– Jé m'en occupe, confirma Gorri Haurramari. J'infolme Monika, Aliane, et mes élèves au plus vite.
Sans attendre, Gorri et sa sœur jumelle Jézabel transplanèrent, main dans la main. Les pouvoirs de la ménémancienne ne seraient en effet d'aucun secours en plein jour. Sylphide ne tarda pas à transplaner à son tour.
– Je doute que mon intervention soit nécessaire, reprit Ancadéa la toximancienne. Je me propose d'aller prévenir les autorités.
Personne ne s'y opposa. La druidesse disparut à son tour. Restaient dans la clairière six druides. Chacun s'attela à une tâche différente. Tandis que pyromancien et hydromancienne s'alliaient pour plonger la section déboisée dans une brume magique réparatrice, géomancien et gyromanciens s'occupaient de déblayer les branches brisés et autres débris. Ollin "La Tempête" Montiero électrolysait la brume à faible tension afin de purifier l'air vicié. Quant au Penseur d'Armonval, il ne restait pas désœuvré, usant de ses puissants pouvoirs de psychomancien pour communiquer à distance avec les autres. Il ne s'aventura guère du côté de la réserve des dryades, par respect. En revanche, il braqua toute son attention sur Ancadéa Glazkov, qui venait de rejoindre Marion Castellan.
…
– Alors si je résume : L'un de vous a libéré l'âme emprisonnée de Morgane, elle a détruit un bon dixième de la plus grande forêt magique du pays en quelques minutes, sur quoi est arrivé le gars qui se fait appeler l'Ange Déchu, qui non seulement a des ailes, mais en plus commande aux détraqueurs, cet "ange" a juste massacré la plus puissante nécromancienne de tous les temps en un claquement de doigts, avant de s'envoler, métamorphosé semble-t-il en oiseau, et poursuivi par le directeur de l'UD qui lui-même est animagus, et vous n'avez aucune nouvelle de lui, énuméra la Lieutenante-Générale. Et tout ça en l'espace d'un après-midi.
– C'est bien résumé, confirma la doyenne Glazkov.
– J'attends avec impatience de voir le responsable de ce chaos derrière les barreaux !
– Ce n'est malheureusement pas possible. Atraxi Romanecz, en tant que membre du Cercle de Brocéliande, jouit de l'immunité parlementaire.
– J'espère au moins que vous allez le renvoyer !
– C'est également impossible, j'en ai peur. Il est lié au Maître du Cercle par un Serment Inviolable, seule la mort de l'un des deux peut briser son contrat. Et tous deux sont de fringuants quinquagénaires en pleine santé. (Ancadéa soupira longuement) Avec un peu de chance, ses expériences insensées finiront bien par le tuer…
– Et pour les trois victimes de Morgane ?
– L'étudiante est décédée dans le cadre d'une expérience scolaire à laquelle elle a volontairement pris part. Elle et sa famille ont signé une décharge à ce propos. Cependant, du fait des circonstances exceptionnelles, L'Université s'engage à financer ses funérailles. De même, nous offrirons un hommage proportionnel pour votre agent, et son nom sera ajouté sur le monument dédié aux défenseurs de l'UD. Quant au moldu… eh bien, disons que les leurs disparaissent régulièrement. Nous ne savons même pas de qui il s'agit… Nous trouverons bien quelque chose.
– Je ne suis pas sûre d'apprécier le cynisme à peine voilé dans votre ton, grinça la gendarmage.
– Je vais vous raconter une petite histoire. Quand j'étais enfant, mon propre père nous forçait à avaler régulièrement des doses non létales de tous les poisons mortels qu'il arrivait à se procurer, afin de développer en nous l'immunité aux poisons qui font la célébrité de la dynastie Glazkov. Ce que les autres ne savent pas, c'est que cette immunité n'a rien d'héréditaire. Nous étions cinq enfants… C'est beaucoup, pour une fratrie sang-pure, n'est-ce pas ? Je suis la seule à avoir survécu. Juste après la mort de mon frère aîné, qui a succombé à une trop forte dose de venin de manticore qu'il avait avalée de lui-même pour impressionner notre père, ce dernier a assassiné notre mère, déçu des enfants qu'elle lui avait donné. Puis il a pris une autre épouse, plus jeune. Quand elle est tombée enceinte, j'ai compris qu'il allait recommencer et je me suis réfugiée ici, pour ne pas revivre cette horreur.
Marion Castellan écoutait en silence, une expression d'horreur mêlée de compassion figée sur le visage.
– Les gens me trouvent froide. Cynique face à la mort. Pardonnez mon langage peu châtié, mais j'emmerde ces gens. Miss Castellan, je suis une vieille femme, aujourd'hui. J'ai 91 ans depuis septembre. Et pourtant, les épouvantards prennent toujours l'apparence de mon père, face à moi. Je n'ai jamais pu oublier cette expression de mépris mêlé de colère qu'il avait quand l'un de nous tombait malade suite à un de ses jeux sadiques. Il nous racontait l'histoire de son propre père, qui avait brisé la nuque de son petit frère, notre oncle, à main nue par dépit parce qu'il était faible, voilant à peine le sous-entendu qu'il mourait d'envie de nous faire subir la même chose.
La druidesse prit une profonde inspiration, avant de soupirer à nouveau.
– Aujourd'hui, je suis totalement immunisée à tous les poisons et venins existants. Je pourrais boire une fiole entière de venin de basilic sous vos yeux sans sourciller. J'œuvre ici à trouver un remède universel et financièrement abordable pour que plus jamais personne ne meurt empoisonné, mon fils dirige le Bureau des Catastrophes pour le département du Secret, et mon petit-fils est encore jeune, mais s'est montré jusqu'ici un élève très brillant. Je préfère laisser ce genre de trace dans l'Histoire française, l'Histoire ukrainienne étant définitivement souillée par les exactions des Glazkov.
– C'est… je ne sais pas quoi dire, souffla la gendarmage. Pardonnez-moi de vous avoir jugé si vite.
– Il n'y a pas de mal, mon enfant.
– Excusez-moi si c'est indiscret, mais… reste-t-il des Glazkov en Ukraine ?
– Oh, oui. J'ai appris, à mes dépens, que j'ai deux demi-frères en vie, et qu'ils ont à leur tour eu bonne descendance. Je n'en sais pas plus, j'ai trop peur de découvrir qu'ils ont répété la folie de notre père. Je devrais alors leur faire payer leurs crimes de manière définitive, et ça risquerait de déclencher une guerre entre l'Ukraine et la France, dont l'issue n'est pas difficile à deviner : la France est peut-être politiquement isolée, mais a par ses alliances de sang le soutien inconditionnel des titans germanique et slave, et ne s'est jamais, contrairement à l'Ukraine, opposée à Fulgeranne.
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Eh voilà ! J'espère que ça va bien vous faire cogiter, parce que l'histoire des Augures reprend dans le prochain chapitre !
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PS pour les non-scientifiques : l'électrolyse de l'eau, c'est-à-dire le fait de passer un courant électrique dans l'eau, sépare l'hydrogène de l'oxygène. L'hydrogène, gaz le plus léger, est extrêmement volatile, et montera rapidement. Quant à l'oxygène, il se mélangera dans l'air ambiant. Vous l'aurez compris, c'est une des techniques utilisables pour produire de l'oxygène pur (et donc rendre l'air plus respirable) !
