Point de vue d'Éridanie
Cela fait environ une semaine maintenant qu'Albus me jette de temps à autre des regards à la fois inquiet et suspicieux. Au début cela m'intriguait et maintenant je commence à trouver ça angoissant, je me demande bien ce qu'il me veut.
Encore maintenant alors que nous sommes en train de prendre notre petit-déjeuner il recommence avec ses regards. Si ça continu je vais aller le confronter pour savoir ce qui lui prend et le persuader d'arrêter cela car j'ai suffisamment de soucis en ce moment.
Un hululement me sort de mes réflexions et j'accueille d'un léger sourire les hiboux qui apporte le courrier. Une chouette hulotte se pose devant et je reçois la lettre verte journalière. Avec un soupir je la prends, la lis et la range dans ma poche.
Je me demande pourquoi je suis encore déçue, pourquoi j'attends autre chose de sa part alors que c'est toujours la même chose depuis mon arrivée à Poudlard. Heureusement j'aperçois ensuite un magnifique hibou grand-duc qui me redonne le sourire. Je reçois la lettre qu'il me tend gracieusement et la lis avec un plaisir évident. Les mots d'amour de mon père me font toujours beaucoup de bien et en ce moment j'en ai vraiment besoin. Par contre, une de ses phrases retient mon attention.
Je fais signe à Scorpius pour lui faire comprendre que je dois lui parler de quelque chose ensuite et j'ai la surprise de ne plus voir Albus à ses côtés. Intriguée, je parcours la grande salle du regard et le découvre en train de chuchoter à l'oreille de son frère qui devient de plus en plus furieux au fur et à mesure de ses paroles.
James se lève ensuite brutalement, manquant de cogner son épaule dans le menton de son frère, pour se diriger vers la table des Serpentard.
Avant que je ne puisse me demander ce qu'il vient faire ici, il s'arrête à côté de moi, le visage toujours furieux.
– Éridanie, viens avec moi à l'infirmerie s'il te plaît.
Il a beau être en colère, sa voix reste posée, enfin pour l'instant car je n'ai pas l'intention d'y aller et malheureusement James n'est pas connu pour sa patience.
– Non merci, je n'ai pas besoin d'y aller. Dis-je en lui tournant le dos.
– Ah mais je ne te laisse pas le choix, poupée.
Je fais volte-face, hors de moi.
– Comment m'as-tu appelé ?
Il sourit de manière arrogante et me répond.
– Je t'ai appelé poupée et je le ferais jusqu'à ce que tu cèdes.
L'enflure, il sait pertinemment que j'ai horreur de ce surnom, il va me le payer.
– Malheureusement pour toi Potter, je suis une Serpentard et en tant que telle je ne cède pas à la première provocation venue, contrairement aux Gryffondors dont un en particulier qui n'est pas assez évolué pour faire appel à son cerveau dans ces moments-là, n'est-ce pas ?
La plupart des Serpentard ricanent à ma pique envers James mais celui-ci ne se démonte pas et son sourire arrogant toujours en place se rapproche de moi.
– Malheureusement pour toi poupée, je suis sortie avec une Serpentard qui m'a, mine de rien, apprit deux trois trucs, notamment le chantage.
– Ça ne fonctionnera pas Potter, tu n'as rien pour me faire chanter. Dis-je d'une voix assurée.
James raccourcit alors la distance entre nos visages et me chuchote à l'oreille, de sorte que moi seule puisse l'entendre.
– Je ne parierais pas là-dessus à ta place, car après tout, tu as toujours ta pensine. N'est-ce pas poupée ?
Je me fige à ces mots. Mais qu'elle... ! Comment ais-je pu être aussi bête et oublié lui avoir dit que j'avais une pensine. Je me recule brusquement et lance un regard de tueuse à James.
– Espèce de...
– Ah ah ah fais attention chérie, tu es dans la grande salle où tout le monde y compris les professeurs peuvent entendre ce que tu racontes. Ce serait quand même dommage que ton dossier si parfait soit entaché par des insultes à l'encontre d'un des fils du survivant qui ne t'a rien fait. En tant que Malefoy, ce serait un vrai scandale, n'est-ce pas ?
Je vais lui faire bouffer son air arrogant, je vais lui arracher les yeux et les donner à manger au calamar géant, je vais hacher ses testicules tel un jambon et je lui enfoncerai les tranches dans la gorge, je vais l'éventrer et laisser les insectes se régaler...
Je fulmine en silence, mon masque bien en place, sous le visage toujours souriant et arrogant de James qui finit par m'attraper le poignet. Nous sortons de la salle sous les regards ahuris et les chuchotements de tout le monde.
Une fois les portes bien dépassées et le couloir désert, je laisse éclater ma colère.
– Tu vas le regretter James Sirius Potter.
– Peut-être, en attendant ce n'est pas moi qui suis victime de chantage.
– Tu n'es qu'un sale véracrasse.
– Permets-moi de te dire Éridanie que le véracrasse est quand même plus discret que toi quand il cherche à vraiment cacher quelque chose.
– De quoi tu parles ? Tu n'as jamais vu ma pensine.
– Non en effet, mais je suis sûr que beaucoup d'élèves n'hésiterais pas avant de la monopoliser, voire de la piquer et alors adieu le visionnage des souvenirs de ta mère. Sauf que je ne parlais pas de ça Éridanie.
Sa dernière phrase prononcée sur un ton extrêmement sérieux me met sur mes gardes.
– Je parle des mouchoirs pleins de sang qu'Albus t'a vu jeter plusieurs fois au feu cette semaine.
J'ouvre grand les yeux, surprise par cette révélation. Alors il m'avait vu ! Voilà qui explique les drôles de regards qu'il me lançait depuis un moment.
– Je saigne juste un peu du nez James, je travaille beaucoup et je ne dors pas assez c'est tout, une bonne nuit de sommeil et je serais remise d'aplomb, je n'ai pas besoin d'aller à l'infirmerie.
– Je préfère quand même avoir l'avis d'une professionnelle, car après tout on sait tous les deux que prendre soin de ta santé n'est pas ton fort.
Je grogne à cette affirmation, il a raison mais je déteste être forcé de faire quelque chose et en plus sous la forme d'un chantage. Je préfère changer de sujet.
– Tu comptes me tenir le poignet encore longtemps ?
– Je t'aurais bien pris la main mais quelque chose me dit que tu aurais encore moins apprécié et comme je ne veux pas que tu t'enfuies je ne compte pas te lâcher avant d'être devant Mme Londubat.
– Et je suis sûre qu'elle dira que tout va bien et à ce moment-là tu me devras des excuses devant tout l'école et à plat ventre.
– Des excuses d'accord, à plat ventre si tu veux mais devant toute l'école jamais.
– Trouillard.
– Là tout de suite ce que tu penses de moi m'est complètement indifférent, ce qui me préoccupe c'est d'avoir la confirmation que tu es en bonne santé alors tait-toi et marche, on est bientôt arrivé.
Sa déclaration dite d'une voix ferme et sans appel me fait penser que je suis contente d'être derrière lui, sinon il m'aurait vu rougir.
Nous arrivons finalement aux portes de l'infirmerie, que James pousse sans ménagement.
L'infirmière, alertée par le bruit sort de son bureau et s'avance vers nous.
– Monsieur Potter, mademoiselle Malfoy, j'ose espérer que ce n'est pas pour une nouvelle chute de balai que vous venez ici.
– Non madame, c'est simplement ce paranoïaque qui ne m'a pas laissé le choix.
– Je n'aurais pas eu à le faire si tu n'étais pas inconsciente.
Nous nous regardons en chiens de faïence, déterminé à ne pas flancher.
– Mmm mmm, je pense qu'il serait judicieux jeunes gens que vous m'expliquer tout depuis le début.
Son intervention a le mérite de nous faire revenir à la réalité.
– J'ai un peu saigné du nez et Potter en fait toute une histoire. Dis-je de mauvaise grâce.
– Ce que Malefoy oublie de dire, c'est que pour elle « un peu » équivaut à plusieurs mouchoirs imbibés de sang pratiquement tous les soirs depuis une semaine.
L'infirmière fronce les sourcils à cette dernière phrase, ce que je ne manque pas de remarquer. Je peste à voix basse, maintenant elle ne va pas me lâcher alors que je vais bien. Je vois déjà le tableau, je vais devoir me gaver de potions infectes pendant au moins une semaine, rester ici tout le reste de la journée et donc m'ennuyer à mourir. Je te hais James Sirius Potter.
Faisant fi de mon énervement intérieur, l'infirmière commence son examen en me lançant plusieurs sorts mais rien ne se passe à ma plus grande satisfaction. Alors que je m'apprête à lancer à James un regard de victoire Mme Londubat lance un dernier sortilège et cette fois je suis entourée d'une vive lumière rouge.
– Monsieur Potter, allez immédiatement chercher la directrice, vous pourrez ensuite vous rendre en cours.
Bien que sa voix soit posée, son teint lui a légèrement blanchi, ce qui ne m'inspire rien de bon et au regard que me lance James avant de sortir de l'infirmerie, il a lui aussi noté ce détail.
– Mademoiselle Malefoy, allongez-vous sur un des lits et ne bougez pas, je reviens dans quelques instants.
Bien que j'obtempère, au vu de sa voix légèrement angoissée je commence à sentir une pointe d'inquiétude. J'aimerais bien savoir ce qui se passe.
L'infirmière revient quelques minutes plus tard avec un flacon contenant une potion a l'aspect bleuté qui m'est totalement inconnue.
– Buvez cela mademoiselle Malefoy je vous prie.
– Qu'est-ce que c'est ?
– Une potion contre le saignement de nez.
– Vous mentez.
Je profère là une grave accusation je le sais, mais je connais la potion dont parle l'infirmière et elle n'a pas du tout cet aspect-là.
– Mademoiselle Malefoy, seriez-vous en train d'insinuer que je pourrais vous faire du mal ?
Sa voix bien que sèche est mal assurée, ce qui me pousse à penser qu'elle me cache bien quelque chose.
– Pas du tout madame, mais je maintiens mon affirmation comme quoi ce n'est pas une potion qui arrête le saignement de nez et que par conséquent, vous m'avez menti.
Je soutiens son regard qui se fait de plus en plus fuyant.
– Savez-vous comment je le sais Madame Londubat ? Simplement parce que lorsque ma mère est tombée malade elle a eu quelques symptômes, notamment des saignements de nez et la potion que lui ont donné les médicomages ne ressemblait aucunement à cela, alors maintenant sachez qu'il est absolument hors de question que j'ingurgite une quelconque potion que je ne connais pas, d'autant plus après une tentative de mensonge venant de la part de la personne qui a voulu me faire boire ladite potion, infirmière ou non.
Ma voix est glaciale et je crois que je viens d'effrayer Mme Londubat qui recule d'un pas, mais elle reprend rapidement contenance et me tend à nouveau la fiole.
– Alors je suis navrée de vous le dire mademoiselle Malefoy, mais vous allez boire cette potion. Vous avez raison, je vous ai menti mais je voulais juste éviter de vous faire peur car cette potion...
La porte s'ouvre brusquement, coupant l'infirmière dans son explication. La directrice, Mme McGonagall entre rapidement suivi par James.
– Que se passe-t-il Hanna ? Pourquoi m'avoir fait venir ?
– Avant de vous répondre Minerva, j'aimerais que ce jeune homme sorte de mon infirmerie, il n'est en aucun cas concerné par ce que je vais dire.
Ce n'est qu'à ce moment que McGonagall semble remarquer qu'elle n'est pas entrée seule dans la pièce.
– Monsieur Potter, je vous remercie de m'avoir délivré le message mais je vous demande de retourner dans la grande salle ou de vous rendre en cours.
Un grognement sort de la bouche de James et alors qu'il entame un demi-tour pour sortir de l'infirmerie, son regard dérive vers la potion que tient toujours l'infirmière et il se fige brusquement.
Intriguée, je me demande ce qui lui prend jusqu'à ce qu'il se jette sur moi pour m'abreuver de question d'une voix paniquée.
– Éri, est-ce-que tu as mal à la tête ? Au ventre ? Tu te sens faible ? As-tu du mal à dormir ? A tenir ta plume ? Est-ce-que tu saignes uniquement du nez et pas à d'autres endroits ?
Perturbée par cet interrogatoire je ne prête pas attention à l'emploi de mon surnom et lui attrape les épaules pour l'écarter de ma personne.
– Mais qu'est ce qui te prend James ? Pourquoi est-ce-que tu réagis comme ça à la vue de cette potion ?
Il se tait, passe sa main dans ses cheveux perpétuellement en bataille et finit par me regarder d'une manière très inquiète.
– En fait, c'est parce que je connais cette potion. Enfin plutôt, je l'ai déjà vu. Elle était dans le bureau de mon père.
J'entends la directrice marmonner sur l'inconscience d'Harry Potter suite aux paroles de James.
– Il m'a dit que c'était une potion...permettant d'identifier...
Le fait que James soit si hésitant ne fait que renforcer mon angoisse.
– Identifier quoi par Salazard.
L'infirmière, que j'avais occultée, s'approche de nous et pose sa main sur l'épaule de James en signe de soutien.
– C'est la raison pour laquelle je ne vous ais pas dis la vérité mademoiselle Malefoy. C'est très délicat d'annoncer ce genre de chose et je voulais en être totalement certaine avant de le faire.
Elle prend ensuite une grande inspiration.
– Cette potion révèle quel genre de...poison vous avez ingéré.
– Quoi...
C'est comme si une énorme massue me tombait sur le crâne. Du poison ? C'est pour cela que je saigne du nez et que je me sens plus fatigué que la normale ?
– Vous...vous êtes en train de me dire que...que quelqu'un m'a empoisonné ?
Ma peur et mon angoisse s'entendent très clairement dans ma voix et je me mets à trembler. Non c'est faux, c'est forcément une erreur. Personne ne m'en veux au point de vouloir me tuer, n'est-ce-pas ?
Pleine d'espoir je lève les yeux vers l'infirmière, James et la directrice, mais leurs visages sombres et leurs mines inquiètes me prouve que si, quelqu'un veut bien que je disparaisse de ce monde.
Effrayée par ce nouvel état de fait, je serre mes bras autour de moi et baisse la tête, de peur que quiconque puisse voir dans mes yeux la terreur que je ressens. Ce serait un signe de faiblesse s'il la voyait. De plus, ce n'est pas la première fois que je fais face à ce genre de choses.
En tant que Malefoy, je suis habitué à la haine des gens envers ma famille, mais la plupart du temps ce ne sont que des mots sans queue ni tête, des menaces en l'air. La seule fois où j'ai vraiment eu peur c'est durant les vacances d'été de ma douzième année. Un fou m'avait menacé de sa baguette, hurlant que les Malefoy ne méritaient pas de vivre, mais comme il l'a fait en plein milieu du chemin de traverse, il a été rapidement mis hors d'état de nuire par les aurors et j'en m'en suis vite remise.
Sauf que cette fois il s'agit d'un empoisonnement, perpétué au sein de l'école, par une personne inconnue. Avec la chute libre de la dernière fois cela fait deux...tentatives de meurtres. Mais qu'est-ce-qui se passe à la fin ? Je croyais que Poudlard était un endroit sûr, où je n'aurais pas à craindre pour ma vie.
Une main posée sur mon épaule me sort de mes réflexions.
– Ne t'inquiète pas Éridanie, tu vas aller à Saint-Mangouste et les médicomages vont sûrement te retirer tout le poison que tu as dans le corps.
– Ah oui ? Et comment peux-tu le savoir James ? Fis-je d'un ton plein d'ironie.
Malgré le fait que ma tête soit toujours baissée, je suis fière de constater que ma voix ne tremble pas.
– Parce qu'avec toutes les blessures et sortilèges qu'a reçu mon père durant ses missions d'auror, ce serait vraiment un comble si les médicomages n'arrivaient pas à soigner un simple empoisonnement.
Il a beau essayer de dédramatiser la situation avec un peu d'humour, sa main posée sur mon épaule tremble, il est aussi inquiet que moi...mais le fait qu'il tente de me réconforter me fait malgré tout plaisir, je me sens un peu mieux maintenant.
Un raclement de gorge me fait lever la tête.
– Pardonnez-moi de vous interrompre jeunes gens, mais il me semble que cette demoiselle doit se rendre à Saint-Mangouste. Le transplanage étant impossible à Poudlard, vous vous rendrez à l'hôpital via la cheminée de mon bureau mademoiselle Malefoy et ne vous inquiétez pas, je vous accompagnerais afin d'expliquer la situation et resterais jusqu'à ce qu'un membre de votre famille arrive. Quant à vous monsieur Potter, vos cours doivent avoir commencés, aussi je vous prierais d'aller chercher vos affaires et de vous y rendre.
Elle a raison, aussi je retire la main de James de mon épaule et me lève, sans montrer l'angoisse encore présente en moi.
Alors que nous emboîtons le pas à la directrice qui sort de l'infirmerie, James se rapproche de moi et se met à me parler en chuchotant.
– Qu'est-ce-que tu veux que je dise à Scorpius concernant ton absence ? Parce qu'à mon avis Albus ne lui a rien dit vu qu'il est resté calme quand il est venu me voir.
Mince c'est vrai, Scorpius. Je prends un temps de réflexion et réponds ensuite à James.
– De toute façon il va forcément le savoir avec mon père qui va sans doute lui envoyer une lettre, mais si Albus et toi pouviez lui annoncer avant, avec tact et le rassurer un minimum ce serait bien, comme ça il évitera de piquer une crise quand il recevra la lettre de papa.
– Très bien.
La conversation s'arrête là et nous continuons de suivre la directrice.
Quelques minutes plus tard, nous arrivons dans le couloir qui mène à la grande salle et James m'attrape le poignet.
– Reviens en bonne santé Éridanie d'accord ? Je n'aimerais pas devoir mentir à ton frère tout à l'heure.
– Ne t'inquiète pas, je n'ai pas prévu de mourir.
James ouvre la bouche, semblant vouloir ajouter quelque chose, mais finalement la referme et libère mon poignet. Il entre ensuite dans la grande salle pour prendre ses affaires et se rendre en cours.
Quant à moi, j'accélère le pas afin de rattraper la directrice qui se dirige à pas rapide vers son bureau.
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Ça y est, Éridanie a arrêté de ce voiler la face et c'est tant mieux, car les choses ne vont pas aller en s'arrangeant pour notre héroïne, que ce soit pour cette histoire de tentative de meurtre ou pour ces histoires de cœur. Je compte sur vous pour me dire ce que vous en pensez et on se retrouve vendredi prochain. Passez une bonne semaine
