Marulakina, bambinula ! Ça ne veut rien dire non plus, mais ça sonne bien. Pour les nouvelles du moment… allez les lire en préface du dernier Destin Parallèle. Et lisez ledit OS, pendant que vous y êtes.

Dans le chapitre précédant celui qui va suivre le précédent, Nous rencontrions des gendarmages du Nord, le père de Nil, l'oncle et la tante d'Angela, et un Heteropoda Maxima MAXIMA. Mathis laissait entrevoir une possibilité d'alliance entre Mauvais Augure et Carter, et nous apprenions que le Sondeur répondait au nom de Th'aleem.

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Réponse aux reviews :

Salut le fou ! Tu me laisses des reviews de plus en plus longues, ça fait vachement plaisir !
Oui ça résume bien Romanecz a les boulons complètement fondus. Ça tient du miracle qu'il soit encore en vie, ce con…
Toi je sais pas, alors merci ! Mais oui, on me l'a déjà dit. Ben c'est simple : je la documente. Quand j'écris, j'ai parfois une vingtaine d'onglets ouverts sur des sites de mythologie, des pages Wikipédia par poignées, et je dois représenter une part non négligeable du traffic de Synonymo et Projet Voltaire. Ma fanfic, c'est ma catharsis pour mon côté obsessionnel, alors j'y vais à fond !
Lorna. Lorna Malétrix. Disons que depuis qu'il sait mais qu'elle ne sait pas qu'il sait, et qu'il sait que c'est son cas aussi… il l'évite. Elle le rendait déjà mal à l'aise avant, alors imagine maintenant qu'il a conscience de ses sentiments !
J'en pense… hum, j'en ai pensé un moment que tu avais oublié une théorie. Mais en fait en relisant, je me rend compte que non, tu y as pensé aussi. Ha non, il y en a une autre : T'as imaginé ce que ça changerait à tes plans si Carter était un vampire aussi ? Hé hé hé !
Pour tes stats, c'est franchement bien ! J'en avais pas autant au début, sur ELM ! Ça s'explique tout simplement parce que c'est un UA Next-Gen avec quasiment aucun personnage canon, soit le triple combo des trucs qui attirent le moins de lecteurs… Bon maintenant je suis à 8-900 vue en un mois sur un seul chapitre, mais je suis dans la partie depuis deux ans, ça aide. Tu commences mieux que moi, tu peux espérer aller plus loin si tu es suivi derrière !
Les sorts que j'invente, en général, je prend plusieurs mots synonymes, je regarde les différentes traductions de chaque en latin et/ou dans la langue d'origine du sort, je recroise, et au besoin j'adapte les terminaisons par rapport aux sorts existants.

Hey titiiiiiiietrominet ! Ouaaiiis les Augures, et une araignée géante ! Pourquoi l'araignée au lieu d'une peluche rose ? La réponse est simple, et tient en deux mots : Potentiel Anxiogène. Médite là-dessus.

Hello Sengetsu ! Fan de vampires ? Tu vas aimer la fin de ce chapitre, alors… De manière toute relative… hum…
Je t'avoue que je suis pas fan des araignées. C'est les pattes. Je peux bondir comme un diable hors de sa boite si une mouche se pose sur moi, alors imagine une araignée avec deux pattes de plus, et surtout des pattes griffues. Brrrrr ! C'est pour ça que je préfère les serpents. Pas de pattes. Bon, ils te marchent dessus avec leurs côtes et c'est franchement chelou, mais… c'est pas des pattes.
Le Sondeur intrigue tout le monde. Moi-même, je me demande encore pourquoi il m'a foutu à Lonicera.
Du coup ça m'a rappelé que t'as pas commenté là-bas non plus ! *regard faussement accusateur*

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Quoi qu'il se passe maintenant, sachez que j'ai été ravi de vous connaître, et quoi que soient vos pensées à mon égard par la suite, sachez que je vous aimerai toujours autant. Merci, et un grand bravo pour votre courage. Je sais, ça met pas franchement en confiance.

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11) Le cœur brisé

– Tout est en règle. Bonne journée à tous !

Mathis haussa les épaules. Aujourd'hui, c'était la St Valentin, ou du moins la date officielle avait eu lieu trois jours auparavant, le mercredi. La première St Valentin qu'il allait passer à Andorre. Seul. Seul, solitaire, et esseulé. Il se gifla mentalement : c'était sa faute ! Lui, le grand manipulateur, le génie qui doublait les forces de l'ordre de tout le pays sans bouger de son école, incapable d'inviter une fille à sortir ! Ses amis, eux, n'avaient pas fait autant de chichis : Jorge le mystérieux avait déjà sa copine, Erwin le hautain Sang-Pur n'avait pas longtemps hésité avant d'inviter Amara Quidma, l'hypnotique blonde aux yeux rouges, et Sertorius avait surpris tout le monde, sauf Mathis, en invitant Émi à l'accompagner le matin même. Et lui avait regardé Lorna de loin, et s'était vite détourné avant de croiser son regard. Hé ! Elle non plus ne l'avait jamais invité ! Parité mon cul !

Karol n'avait pas voulu sortir, et Camille avait décidé de lui tenir compagnie. Mathis fit donc sa sortie St-Valentin avec Mydian, comme l'an passé, et Nil, plus délurée que jamais.

– On commence par quoi ? s'exclama cette dernière lorsqu'ils débouchèrent sur la rue principale du quartier d'Andorre-la-Jeune. On se fait un stock de boules puantes à Dragobulle en prévision du 1er Avril ?

– Boules puantes ? Tu me déçois, ricana Mydian. Laissez donc à Lucian le loisir d'être prévisible ! Je te conseille plutôt de te procurer un kit à beuglantes. J'avais une super idée à ce sujet, mais dès que j'ai dit beuglante, Lucian m'a envoyé paître sèchement. Je crois qu'il n'a pas encore digéré la beuglante de son père quand il a reçu son blâme.

– Dis-m'en plus ! s'intéressa Nil. En quoi consiste ce plan ?

– Alors voilà. Ça implique des beuglantes, des poèmes scabreux, et des professeurs insouciants. Le plan consiste à…

Finalement, Mathis se dit qu'il allait passer une super journée. Le midi, toute la bande se réunit dans une pizzeria, et la rigolade était de mise. Mathis remarqua au passage que Sertorius et Émi se tenaient la main en arrivant, et que leurs regards se croisaient très souvent durant le repas. Il avait également remarqué qu'Angela et Raven était aussi inséparables que lui et Émi, sinon plus. En fait, il ne voyait quasiment jamais l'une sans l'autre.

Après le repas, tous se séparèrent à nouveau, et Mydian partit de son côté, prétextant des achats ennuyeux. Mathis et Nil se concertèrent du regard, avant de demander en cœur :

– On va voir le match de boxe ?

En effet, il y avait un match de boxe à l'affiche d'une arène au milieu de la rue principale. Le sport moldu attirait plus de curieux que de fans. Peu concevaient l'idée d'un duel sans magie. Du moins le pensaient-il jusqu'à ce que le combat commence :

– Joli crochet du gauche de Filipo ! s'exclamait le commentateur Français. Mais Manera est un roc ! Littéralement : il vient de changer sa peau en pierre ! Et il frappe ! Un direct de toute la puissance de son poing de pierre… dévié par la bourrasque de Filipo, qui enchaîne les jabs à une vitesse affolante, amplifiée par un puissant vent arrière. Manera commence à céder ! Il cède, et tandis que sa peau perd son aspect de roc, il recule en titubant ! Mais c'était une feinte : son poing, changé en pierre, vient percuter la mâchoire de Filipo dans un uppercut fulgurant ! Ouh, j'ai jamais vu autant de dents sortir d'une seule bouche ! Filipo est KO, sans la moindre hésitation !

– Un combat de boxe entre des élémentalistes ! s'exclama Nil. C'est l'idée la plus géniale de tous les temps !

– Il y a de la triche dans l'air, mais c'est vrai que ça vaut le détour ! approuva Mathis.

– De la triche ? releva Nil.

– Regarde, leurs ceintures. J'ai déjà vu ça quelque part !

– Oh, des gemmes de charge ! reconnut Nil. C'est les mêmes que le père de Jorge a utilisé dans vos lecteurs mp3 !

– En effet ! confirma Mathis. Et vu la quantité qu'il y a, je te parie qu'il y a largement de quoi tenir un combat sans utiliser une seule fois ses propres réserves !

– Ça doit coûter une fortune monstrueuse, ces ceintures, remarqua Nil.

– Si ça se trouve, l'arène n'en possède que deux, et demande spécifiquement aux boxeurs d'y faire très attention sous peine d'être virés…

– Tu es un grand malade ! commenta Nil.

Après le combat, Ils durent cependant quitter l'arène. Le temps avançaient, et ils devaient retrouver Mydian qui leur avait promis de leur montrer quelque chose avant de rentrer.

Mathis sut qu'il y avait un problème au bout de cinquante mètres. La foule rassemblée devant le Café Dix-Pattes était étrangement silencieuse. Silence entrecoupé d'éclats de voix et de grondements hystériques, presque bestiaux. La petite taille de Mathis et la fine silhouette de Nil leur permit de se faufiler à travers la foule, pour se retrouver au premier rang. Un homme, chemise déchirée, était tenus en joue par deux sorciers vêtus de bleu marine ceinturés de rouge et or. Probablement des gendarmages andorrans, ou du moins leur équivalent. L'homme en question avait les yeux exorbités, rouges, et les veines saillantes. Des griffures sanglantes recouvraient ses bras et ses joues.

– ¡ Dispersaos tranquilamente ! Dispersez-vous dans le calme ! ordonna l'un des deux agents.

Mais au moment précis où son collègue relâchait lui aussi son attention pour faire signe à la foule de reculer, deux adolescents sortir du café. Tout se passa à une vitesse effrayante. L'homme devenu fou se jeta sur eux. Le garçon poussa la fille hors de sa trajectoire, avant d'être percuté de plein fouet par le fou. Sa tête heurta avec force l'arête du mur de pierre, laissant une trace sanglante sur la devanture du café. Les deux agents se retournèrent interdits, quand l'adolescente poussa un hurlement :

JOOORRRRRGE !

Voyant que l'homme aux yeux injectés de sang se relevait, l'agent le plus proche ne réfléchit pas à deux fois.

Avada Kedavra !

L'homme s'effondra. L'agent se précipita vers l'adolescent inconscient, qui s'avérait être Jorge. Il porta la main à sa jugulaire, puis tourna la tête vers son collègue. Aurora ne pouvait voir son expression, mais Nil l'avait vu. Elle explosa, et se précipita vers lui. L'agent tenta de la retenir, mais récolta un formidable coup de tête dans le nez, un coup que Mathis aurait applaudit en d'autres circonstances. Là, l'univers venait juste de trouver le bouton off de son cerveau, et il n'entendait même plus les cris de Nil et Aurora, le peu de conscience qui lui restait concentrée sur la flaque de sang qui grandissait, les tympans saturés des battements de son propre cœur.

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Tout s'était passé très vite. Du point de vue moldu, Andorre étant sous la double autorité du chef d'état français et de l'évêque catalan d'Urgell, et était considéré pour le monde sorcier comme une collectivité semi-indépendante au même titre que la Nouvelle-Calédonie, ce qui la plaçait sous l'autorité exécutive du Lieutenant-Général Richard Magnus. C'est donc lui qui fut informé de la mort, déterminée accidentelle, de Jorge Soriano. Mais lorsqu'il voulut pousser plus loin l'enquête, il s'était retrouvé face à un obstacle de taille. Une des seules personnes au monde hors de sa hiérarchie ayant les pleins pouvoirs pour l'empêcher de faire son travail : un colosse agréable comme une séance de Doloris du nom de Jules Mercier. Le directeur de la Rosace, agence indépendante de contre-espionnage française, s'était pointé dans la salle de débriefing de Magnus sans même frapper, et avait annoncé, missive signée de la main du Prévôt en guise de preuve, que l'enquête lui était retiré.

– Pourquoi ? s'était enquit Magnus.

– L'individu impliqué dans cet incident, que votre agent a stupidement abattu, était l'un de nos informateurs dans l'affaire de trafic de Fullmood entre l'Égypte et la France que la Rosace surveille. Il a visiblement été repéré et mis hors-service. Nous n'avons d'autre choix que d'étouffer l'affaire pour protéger nos autres agents infiltrés, avait platement expliqué Mercier.

– La famille de ce garçon a le droit de connaître la vérité ! s'était alors récrié Magnus.

– Je ne crois pas, non, avait répliqué Mercier d'un ton glacial avant de tourner définitivement les talons.

Et en moins d'une minute, Alcides Soriano avait définitivement perdu le droit de savoir pourquoi son fils de 13 ans ne rentrerait jamais à la maison.

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– Tu es sûr que tu veux faire ça maintenant ? s'inquiéta le professeur Carter.

Dès qu'il avait été ramené au château par les gendarmages, Mathis était venu le trouver à l'Étage Blanc alors que celui-ci animait le Club Duel pour les quelques-uns qui n'était pas allés à Andorre.

– Il n'y a aucun temps à perdre, répliqua Mathis d'un ton glacial. Avant toute chose, je dois vous demander un service.

– Je t'écoute.

– Vous allez jeter une bulle de silence autour de nous. Ensuite, nous parlerons librement. Et à la fin de la conversation, je veux que vous extrayiez le souvenir de celle-ci de ma tête, et que vous le mettiez dans ce flacon.

Mathis sortit une petite fiole à souvenir de la poche de son veston.

– Puis-je demander pourquoi ? s'enquit le professeur.

– Je répondrai à ça sous bulle de silence.

Opaciencio.

– Pour l'envoyer au BasK. Mauvais Augure a un plan.

– D'accord, je le ferai, accepta Carter. Explique-moi ce plan.

– Il a obtenu une… appelons ça une prophétie. Par un moyen que je ne peux révéler. De toute manière, je ne pourrai pas vous empêcher de le lire dans mon esprit, mais… ça ne doit pas apparaître dans ce souvenir. J'ai promis de ne rien dire.

– Je comprends. Et que dit cette prophétie ?

– Que l'Ange tombera dans moins d'un an, et que la Faille s'ouvrira. C'est une fatalité, mais cette révélation nous permet de ne pas être pris par surprise. Comme vous l'avez révélé à Mauvais Augure, Pernelle Flamel est condamnée, et votre organisation protège le dernier Loup. Voici le plan : nous installons une surveillance constante dans la Fosse des Loups, puis nous traquons Azraël. À l'instant même où l'Ange choit, Mauvais Augure vous contacte. Vous brisez alors le dernier sceau, et allez immédiatement prêter main forte aux sentinelles postées à la Fosse, pendant que Mauvais Augure se replie.

– Briser le dernier sceau ? Tu es en train de me demander d'assassiner le dernier Loup ?

Mathis frissonna, puis grimaça.

– La… la mort de Jorge, tout à l'heure. C'était un accident. Mais sa cause ne l'était pas. D'après notre taupe au Gendarmagium, l'enquête leur a été retirée par les services secrets. Comme par hasard, au moment de l'histoire où Azraël est supposé commencer sa campagne de décrédibilisation des autorités. Ce genre d'incident va se multiplier, de même que les bonnes actions de l'Ange. Première étape, la peur insinueuse protagée par voie de presse. Deuxième étape, la décrédibilisation des autorités. Dernière étape, la fascination des foules. Nous n'avons pas les moyens logistiques de lutter contre une armée de partisans fanatiques. Alors oui, Mister C : nous devons à tout prix l'arrêter au plus vite, et cela nécessite non seulement de le tuer, mais aussi de nous assurer que la faille soit ouverte à nos conditions et non à celles de Samaël. Autrement dit : c'est aux "gentils" de tuer le dernier Loup, et puisqu'il est sous votre garde, à vous.

– Je vais en parler avec mon organisation. Mais je ne comprends pas une chose : quel est le rôle du BasK, dans tout ça ?

– C'est simple. Sa mission, s'il l'accepte, sera de filer le train au Limier, et d'avertir Mauvais Augure dès qu'il trouve Azraël. Il a prouvé qu'il était doué pour les filatures en retrouvant Azazel avant le Gendarmagium, alors ce sera d'autant plus facile que cette fois-ci, le Gendarmagium tient la laisse du Limier. Cette conversation est maintenant terminée. Je ne m'y connais pas du tout… Vous seriez capable d'altérer ce souvenir de manière à ce qu'il ne contienne que le son ?

– C'est possible, oui.

– Alors allons-y.

Malwen Carter sortit sa baguette, qu'il posa sur la tempe de Mathis. Après quelques instants, il en extraya un filament argenté qui luisait doucement, qu'il glissa dans la petite fiole.

– Voilà, c'est fait, confirma le prof. Mathis… je dois te poser une question. Étant entré dans ta tête, je n'ai pu m'empêcher de constater… on dirait tu ne ressents pas la moindre tristesse à propos de la mort de ton ami, ou du moins, pas suffisamment pour que ça supplante ton flux mémoriel. Je ne comprends pas, tu n'étais pas vraiment ami avec lui ?

Mathis jeta un regard tellement chargé de haine et de mépris envers Carter que celui-ci esquissa une retraite. Puis il lâcha d'un ton glacial :

– Je sais faire la part des choses. Cette conversation était urgente. Mon deuil ne concerne que moi et mes amis, et vous n'en faites pas partie. Donnez-moi cette fiole.

Carter s'exécuta, et regarda le jeune adolescent s'éloigner, avec une lueur d'inquiétude dans l'œil. Les réactions de ce garçon commençaient à le faire ressembler un peu trop à Eileen Edwards. Mathis lui avait menti, mais impossible de mentir à la légilimancie : il était directement passé de la colère à l'acceptation, et ce en moins de deux heures. De la gêne, de l'agacement, et de la perplexité. Aucune peine.

Au banquet, la directrice fit un discours émouvant en hommage à Jorge, et annonça la fin des sorties extra-scolaires jusqu'à nouvel ordre, ce que personne ne contesta. Mathis n'écouta que d'une oreille inattentive, et quitta la salle juste avant le dessert, pour se diriger vers la salle du Sondeur. Il entra dans la cabine, et n'attendit pas l'invitation de celui-ci pour parler.

– Bonsoir, il faut que je sache à tout prix ce qu'a fait Carter après notre discussion !

Il y eut un court silence, puis la voix s'éleva :

– Bonsoir, Mathis. Je te présente mes sincères condoléances pour la perte de ton ami. C'est une terrible tragédie.

– Merci Th'aleem. C'était peut-être un accident, mais les circonstances ont été provoquées, et il est de mon devoir de punir les responsables. Les autres sont… inutiles.

– Ils sont tristes, expliqua le Sondeur. Tu es en colère, et je le comprends. Chacun réagit différemment à la perte d'un proche.

– JE TUERAI CE SALOP DE MES MAINS ! gronda Mathis en frappant le fond de la cabine du poing. Arrête de me faire perdre mon temps, Th'aleem, et dis-moi ce que Carter a fait.

Le Sondeur observa encore un temps de silence. Il ne soupira pas, mais le ton y était.

– Il a quitté l'enceinte du domaine par la grille. Il n'est pas encore revenu.

– Et évidemment, il n'a parlé à personne avant ça, grommela Mathis.

– En effet, j'en suis désolé, confirma le Sondeur.

– Je dois envoyer ce message au plus vite. J'ai besoin d'un accès à un laboratoire de potions, tu peux faire ça pour moi ?

– Je peux déverrouiller une porte. Mais Miss Attorney vérifie toujours les portes avant d'aller se coucher. Il faudra donc que je t'y enferme. Je t'entendrai, mais je ne pourrai pas te répondre. Alors dès que tu voudras sortir tu me le feras savoir, mais je ne déverrouillerai la porte que lorsque la voie sera libre.

– Nous serons trois. Merci pour ton aide.

– Ne me le fait pas regretter, répliqua la voix.

Mathis se précipita alors dans le Grand Réf. Heureusement, le repas venait à peine de se terminer, et ses amis étaient encore à table.

– Karol, il faut que tu viennes avec moi, ordonna Mathis.

– Euh, je veux bien, mais pourquoi ?

Erwin fit mine de suivre sa sœur. Mathis lui jeta un regard désapprobateur.

– Uniquement Karol. Ne t'inquiète pas, je veillerai sur elle.

Les autres Augures croisèrent leurs regards, pour la plupart larmoyants, mais Karol se leva, et accepta de suivre Mathis. Il se dirigea ensuite à la table d'Angela, et fit signe à celle-ci de le suivre. Celle-ci ne posa aucune question, se contentant de saluer ses amis, et de le suivre. Lorsqu'ils eurent franchi la porte du Grand Réf, Karol ne put se retenir plus longtemps, et lâcha :

– Bon, on peut savoir ce qui te prend ? Où va-t-on ?

– Pas ici, répliqua Mathis. Suivez-moi.

Il descendit au sous-sol, et se planta devant la porte d'un des labos de potions. Il y eut un déclic, et la porte s'ouvrit. Karol et Angela se jetèrent mutuellement un regard interrogatif, tandis que Mathis poussait la porte, leur faisant signe d'entrer.

Lorsqu'ils furent tous trois dans la salle et que Mathis eut refermé la porte, celle-ci se reverrouilla.

– Et maintenant, pourrions-nous avoir une réponse ? insista Karol.

Mathis sortit une petite fiole contenant un liquide argenté qui brillait doucement.

– J'ai besoin de toi pour hypoluiser ce souvenir. Tu es la meilleure potionniste que je connaisse en qui j'ai toute confiance.

– Mais… je ne sais même pas si c'est possible ! s'écria la jeune cracmole.

– Tu sais hypoluiser ? Tu as ton impulseur ?

– Ou…oui…

– Alors tu vas y arriver.

– Et moi, je suis là pour quoi ? s'enquit Angela.

– Pour trois raisons : la première, c'est que tu peux sentir les gens approcher, même à travers les portes. J'ai besoin que tu fasses le guet à la porte. La lumière ne filtre pas, mais il faut que l'on soit parfaitement silencieux quand Attorney viendra vérifier la porte. Et… il faudra être prêts à intervenir si elle ouvre la porte. La stupéfixier ne devrait pas te poser de problème, si ?

– J'en rêverais.

– La seconde raison, c'est que j'aurai besoin de l'oiseau de ta mère pour envoyer ce souvenir hypoluisant à qui de droit.

– Dodo ? C'est pas à ma mère, c'est à mon oncle ! Un cadeau de l'Empereur !

– Attends… ton oncle a appelé un autour de Doria… Dodo ?

– Ben tu sais, il est plutôt épée à deux mains qu'imagination…

– J'imagine…

– Pas lui.

– Très drôle. Mais ton oncle, il vit au palais de l'Empereur, c'est bien ça ? Palais qui est, si je ne m'abuse, à Daugavpils en Lettonie. C'est pas un peu beaucoup trop au Nord pour un rapace tropical ?

– L'étendue de tes connaissances m'étonnera toujours, gloussa Angela. Hé bien figure-toi que l'Empereur possède une serre enchantée pour ses nombreuses plantes tropicales rares. Un cadeau de la Maison Netaniev. La famille princière de Russie. Il me semble qu'ils sont tous morts, maintenant… Enfin peu importe, tu te doutes bien que l'oiseau préfère le climat tempéré de la France que la température artificielle d'une minuscule serre, et c'est pourquoi il reste avec ma mère. Enfin, minuscule, c'est tout relatif, ce château pourrait facilement rentrer dedans…

– Dites, s'agaça Karol. Quand vous aurez fini de parler ornithologie, vous pourrez peut-être porter attention à ce que je fais.

Mathis se confondit en excuses, et se positionna en assistant de préparation. Karol lui donnait des instructions, ou lui demandait d'aller chercher des ingrédients spécifiques dans la réserve de la prof (dont la porte qui la reliait à ce labo était miraculeusement déverrouillée). Même à deux, cela leur prit presque une heure. Puis vint le moment de traiter le souvenir.

– Fais chauffer le chaudron de cuivre à feu vif.

– À feu vif, à vide ? s'étonna Mathis. Ça ne risque pas de l'abîmer ?

– T'occupes, râla Karol, fébrile. À feu vif ! Prend une louche de la solution. La louche en cuivre, malheureux ! Voilà, tu la verses dans le chaudron, et tu attends.

Rapidement, la louche de potion dans le fond du chaudron se mit à bouillir avec intensité, et vira au blanc. Karol jeta un œil dans le petit chaudron de cuivre, puis reporta son attention sur son chaudron d'étain.

– C'est parfait. La solution est neutralisée. Prend la louche, et badigeonne bien les parois du chaudron avec, pour le purifier. Surtout ne baisse pas le feu ! Si tu commences à manquer de liquide, remet-en une demi-louche, pas plus !

– C'est comme créer un champ stérile, comprit Mathis. De l'eau de javel partout, et une flamme créant une zone neutre.

– C'est ça, confirma Karol. Sauf que là, c'est de magie dont il est question. Remet un peu de liquide, ça ne fume plus assez.

Mathis s'exécuta. Mais au moment où Karol lui fit signe d'attraper la fiole, Angela les héla. Elle fit un signe en direction de la porte, un doigt sur les lèvres. Tous trois ne bougèrent plus d'un cheveu, Angela la main crispée sur la longue baguette. Karol s'empressa d'ajouter une louche pleine dans le chaudron de Mathis, ce qui produisit un crépitement de vapeur. Angela lui jeta un regard noir, mais Karol mima une explosion, lui signifiant que si le chaudron continuait à chauffer à vide, le fond exploserait. La poignée de la porte s'abaissa, et tous se figèrent. Puis elle remonta, et quelques secondes plus tard, Angela soupira de soulagement.

– Elle est partie. Pfiuuuh, j'ai bien cru qu'on se ferait coincer !

– T'as peur de quelque chose, toi ? ironisa Mathis.

– De ma mère, répliqua Angela. T'imagines même pas ce que je risque si elle apprend que je me comporte mal. Tu sais, petit oiseau, tu ne t'en aies peut-être jamais rendu pleinement compte, mais tu es probablement le seul né-moldu au monde à avoir autant d'amis sang-purs. Et pourtant, tu n'as pas la moindre idée de ce qu'est notre quotidien en dehors de l'école.

– Je croyais que tes parents étaient cools ? s'étonna Mathis.

– Mon père l'est relativement, parce qu'il a été renié par sa famille. Mais il est très à cheval sur le protocole, et je sais qu'il espère toujours être réintégré. Ce n'est pas pour me voir échouer qu'il m'a emmené ici, c'est pour montrer à sa famille que sa fille est digne de l'élite. Quant à ma mère… elle est jeune, mais elle est surtout l'héritière de la troisième plus grande famille de l'Empire, après les Senąkraujas et les Negrynaveisliai.

– Nigri-quoi ? T'as jamais parlé d'eux !

Negrynaveisliai, corrigea Angela. C'est la famille impériale. L'Empereur se nomme Žydrūnas Kęstutis Jaroslavas Negrynaveisliai.

Il y avait une déférence inhabituelle dans la voix de la jeune vampiresse.

– J'ai rien compris, mais je te crois sur parole ! s'exclama Mathis.

– C'est bon, ça s'est évaporé, l'interpela Karol. Maintenant tu verses ton souvenir dans le chaudron.

Mathis ouvrit la petite fiole, et versa l'étrange liquide brumeux dans le chaudron. Il s'attendait à le voir crépiter. Mais au contraire de la potion, le souvenir s'étala sans un bruit dans le fond du chaudron. Et continua de s'étaler, remontant le long des parois du chaudron. Encore. Encore. Encore.

– Et ça s'arrête de s'étaler quand ? s'enquit Mathis.

– Tant qu'il y a de la surface purifiée, répondit Karol. Tiens, prend le chiffon, et essuie bien le rebord du chaudron pour ne pas que ça déborde.

– Et maintenant ?

– Maintenant…

Karol souleva son chaudron, et le vida dans le chaudron de cuir.

– Maintenant, on attend que la potion s'évapore, et si les souvenirs sont hypoluisables, alors lorsque que toute la potion sera évaporée, ton souvenir restera au fond du chaudron, temporairement isotherme.

– Et s'ils ne le sont pas ? grinça Mathis.

– Alors le souvenir est déjà dilué dans la potion, et on ne peut plus rien faire pour le récupérer.

– Humph… et combien de temps il faudra pour que le reste de ta potion s'évapore ?

– Avec ce feu, 25 minutes minimum. Normalement, ça se fait dans des hauts-fourneaux, avec des chaudrons plus épais que la porte. En attendant, nous devrions nous éloigner, au cas où…

– C'est rassurant, ironisa Mathis.

Tous deux délaissèrent le chaudron, pour se rapprocher d'Angela. Il y eut un long silence, que Karol finit par briser.

– Merci Mathis. J'avais vraiment besoin de penser à autre chose. Je… je n'arrive pas à croire qu'on ne le verra plus jamais…

Elle se mit à sangloter, et Mathis la prit dans ses bras.

– C'est pour lui qu'on fait ça. Pour lui rendre justice.

Karol mit plusieurs minutes à se calmer dans les bras de Mathis, qui échangeait des regards avec Angela. Puis quand Karol s'écarta de son ami, Angela lâcha :

– Mon père a les mains liées, il n'est qu'un pion dans le système. Mais il fait de son mieux pour couvrir ma mère, sans savoir qu'elle agit pour le compte de Mauvais Augure. On finira par l'avoir, ce salop d'Azraël !

– Je veux en être, intervint Karol. Je ne peux pas continuer à ne rien faire si mes amis se mettent à mourir.

– Tu veux dire… rejoindre Mauvais Augure ?

– Oui ! Je veux me rendre utile ! C'est toi qui avais raison, si on compte sur l'État ça ne s'arrêtera jamais ! Je vais écrire une lettre à ma mère, je suis sûre qu'elle peut nous aider !

– Tu devrais aussi tâter le terrain du côté de ta tante, intervint Angela.

– Pour quelle raison ? s'étonna Mathis.

– Tu l'as dit toi-même, tu ne fais pas confiance à Carter, expliqua la Lonicera. Il nous faut un autre agent de liaison. Or, Sérène est non seulement la tante de Karol, donc théoriquement peu à même de la trahir, donc de nous trahir, mais en plus, je te rappelle qu'elle travaille à mi-temps comme chasseuse. Ma mère l'a vue sur le terrain quand elle traquait les détraqueurs de Florac.

– Oh, comprit Mathis. On va avoir besoin d'elle, en plus de la mère de Camille pour convaincre un maximum de chasseurs de surveiller la faille.

– Quelle faille ? s'enquit Karol. Attends, me dis pas…

– Si, confirma gravement Mathis. La Faille des Pyrénées sera ouverte cette année, à la chute de l'Ange Déchu. Le truc, c'est que Mauvais Augure essaie de précipiter ladite chute, et donc on doit préparer une garde. On ne sait rien de la faille, sinon que ce serait une sorte de prison pour super-monstres. On joue avec le feu, là. Un feu très très chaud.

– Tu veux dire que vous essayez d'ouvrir la faille ? s'horrifia Karol.

– Non ! s'écria Mathis. Qu'est-ce que tu vas chercher !? Non, on cherche à arrêter l'Ange Déchu. Mais on sait de source très sûre que sa chute provoquera la rupture de la faille.

– Et pour quelle raison ?

– Pour la bonne raison qu'une fois qu'il aura fait assassiner Pernelle Flamel, il ne restera qu'un seul Loup. L'héritier du dernier sceau.

– Et c'est qui ?

Mathis fronça les sourcils.

– Avant de te donner son nom, je dois préciser un truc. Ce n'est qu'une théorie, mais ça me semble important. Mais tu dois me jurer qu'elle ne doit jamais franchir cette porte. Il y a très peu de personnes au courant de cette théorie. Quatre, en fait : Angela, Sertorius, Visperi et moi. Et au moins six si elle s'avère exact, puisqu'on doit inclure Chaigidel et l'intéressé.

– Je le jure.

– Nous pensons que le dernier Loup et l'Ange Déchu ne font qu'un.

– … Oh, lâcha Karol. Et qui est le dernier Loup ?

Mathis s'approcha, et lui chuchota un nom dans l'oreille. Karol fronça les sourcils :

– Hé mais je connais ce nom !

– Oh, ça ne m'étonne pas ! ricana Angela. Il a eu son heure de "gloire".

– Mais… je viens de comprendre un truc… comment Carter peut protéger le dernier Loup si c'est Azraël ?

– C'est simple : Carter nous ment depuis le début ! résuma Mathis.

– Et t'en as parlé avec Émi ? demanda l'Alsacienne. Elle sait peut-être quelque chose, vu que sa famille…

– Non, soupira Mathis. Depuis le début, elle refuse de s'impliquer. Je comprends, et je respecte ça.

Le trio discuta encore deux minutes, puis un déclic résonna dans le labo.

– Ça y est, le Sondeur a déverrouillé la porte, la voie est libre ! indiqua Mathis. Bon, le plan est simple : Angela, tu ramènes Karol au Pavillon Rouge en utilisant tes… talents nocturnes, et tu rentres. Moi je me débrouille, et tant pis si je me fais attraper.

Angela acquiesça, et quitta la pièce en tirant Karol par la main. Mathis compta jusqu'à trente, et quitta à nouveau le labo. Mais plutôt que de quitter le château, il se faufila jusqu'à la salle du Sondeur. Il entra dans la cabine, et chuchota :

– Th'aleem ? Tu es là ?

– Je suis là, Mathis. Tu devrais te dépêcher de sortir, Miss Lunist'El se dirige vers le château, et ce n'est pas la meilleure personne pour t'attraper.

– Pas urgent, rejeta Mathis. Je devais savoir : Carter est rentré ?

– En effet. Il y a 53 minutes. Il est directement allé se coucher.

– Comment était-il ? demanda Mathis, fébrile. Il était content ? Pas content ? Triste ? En colère ?

– Juste visiblement fatigué. Il se trainait, mais semblait satisfait. Il semblait un peu boîter, mais ça peut tout simplement être la fatigue, ou un engourdissement temporaire dû à plusieurs transplanages de suite.

– Ce qui explique également la grande fatigue, énonça Mathis, plus pour lui-même. Donc il serait allé loin, suffisamment loin pour nécessiter plusieurs transplanages. Il en faut combien pour l'Irlande ?

– Je suis mal placé pour répondre à cette question, répliqua le Sondeur. Mais je dirais au moins trois : un pour rejoindre le Nord, un pour traverser la Manche, et un pour traverser la Mer d'Irlande. Pourquoi l'Irlande ?

– Simple curiosité, mentit Mathis. Je dois y aller.

– Trop…

… tard. Le rideau s'ouvrit sur le visage triomphant de la prof d'Arts Magiques. Celle-ci attrapa Mathis par la manche, et lâcha d'un ton badin :

– Si tu ouvres la bouche, ne serait-ce que pour respirer un peu trop bruyamment, je te cloue les lèvres.

Prudent, Mathis se tut tandis qu'elle le tirait en direction du bureau de la directrice. Elle frappa à la porte, puis l'ouvrit, poussant Mathis dans le bureau. La directrice n'était pas là, alors Miss Lunist'El rédigea un mot rapide sur un parchemin vierge qui trainait sur le bureau, et referma la porte derrière elle en quittant le bureau, après avoir menacé Mathis une dernière fois s'il bronchait. Lorsque la porte fut refermée, Mathis se détendit, et soupira d'aise.

– Vous semblez bien serein, jeune homme ! commenta le vieil homme barbu dans le grand cadre accroché derrière le bureau de la directrice.

– J'ai des raisons de croire que Madame Maxime saura reconnaître la nécessité de mon geste, professeur Dumbledore, badina Mathis, qui avait reconnu un portrait du célèbre sorcier britannique dans son livre d'Histoire de la Magie.

– J'ai hâte d'entendre cela ! s'amusa la peinture.

– Moi aussi, répondit la voix endormie de la directrice, qui dépassa la chaise où s'était assis Mathis pour aller prendre place sur son fauteuil. Mathis Devaux. Quelle… surprise. Puis-je savoir ce qui vous amène dans le château en pleine nuit ? Soyez concis, je suis trop épuisée pour être clémente.

Mathis observa un instant la directrice. Vêtue d'une robe de chambre en soie qui devait comporter autant de tissu que les immenses bannières ornant le front des Pavillons, Madame Maxime avait les traits tiraillés, et une expression pincée accentuait le noir de ses yeux humides.

– J'accuse… hum, non, mauvais début. Je reprends : je soupçonne une certaine personne, disons un enseignant d'origine outre-atlantique, de se livrer à des activités douteuses en rapport avec d'autres activités douteuses auxquelles se livrent des personnes dont je tairait le nom du fait de leur position sociale actuelle, en rapport avec quelque chose qui dépasse ses protagonistes officiels, du moins pour ce qui est d'un des camps.

– Selon vous, le professeur Carter se livre aux mêmes activités illégales que certains élèves en rapport avec l'Ange Déchu ? résuma la directrice.

– Je suis impressionné, siffla Mathis.

– Je suis très intelligente, répliqua Mme Maxime. Quelles activités ? Êtes-vous impliqué ? Que faites-vous là, concrètement ?

– Les activités, c'est un mystère. Ces… élèves, dont je fais peut-être, qui sait, partie, mais rien n'est prouvable, auraient apparemment pour but de faire le boulot du Gendarmagium à sa place, vu qu'ils pataugent dans la politique et les protocoles. Mister Carter pourrait être dans un camp comme dans l'autre. Personne ne le sait.

– J'avais précisé : "Soyez concis", souligna la directrice.

– En effet, désolé. Donc ! Je soupçonne Mister Carter d'être, pardonnez-moi l'expression, carrément louche. J'ai donc demandé au Sondeur, en tout bien tout honneur, de surveiller ses agissements après que je lui aie révélé une chose dont je ne peux parler. Et il s'est avéré qu'il est parti de longues heures, et est revenu exténué.

– Le professeur Carter assistait à une conférence sur la lutte contre les Chaporouges en zone de guerre moldue, à Amsterdam, expliqua la directrice d'une voix posée.

– Ceci explique cela, répondit Mathis, un brin gêné. Cependant ! Notez ce détail : D'après nos informations et nos théories les plus abouties, il m'aurait délibérément menti, mettant indirectement la vie de Pernelle Flamel en grand danger.

– Pernelle Flamel est décédée il y a quelques heures, énonça platement la directrice. De mort naturelle : d'après son époux, elle avait arrêté d'utiliser l'élixir de longue vie par choix personnel. Hé bien voilà qui met fin à vos élucubrations, et qui me donne une justification suffisante pour vous donner huit heures de retenue. Vous passerez la journée de Lundi à assister le professeur Delambrosía aux serres. Parlons maintenant de cette affaire en détail, puisque nous sommes là. Ainsi, des élèves se livrent à des activités peut-être majoritairement légales, mais probablement contre le règlement de l'Académie afin d'arrêter un criminel qui échappe même aux Gendarmages pourtant parfaitement entraînés. Et à aucun moment vous ne vous êtes dit que ça risquait de mettre l'école en danger ?

– Nous sommes particulièrement prudents.

– Vous êtes totalement irresponsables ! gronda la directrice. Vous n'êtes que des enfants, vous n'avez pas à vous mêler des affaires des adultes, c'est bien trop dangereux pour vous !

Le vieux portrait se racla la gorge.

– Qu'y a-t-il, Albus ? lâcha Mme Maxime d'un ton un peu sec.

– Loin de moi l'idée de m'immiscer dans vos affaires…

– … Mais je sens que vous allez allègrement le faire, persiffla la demi-géante.

– … Mais un enfant peut être capable de grandes choses, à condition d'avoir l'appui nécessaire derrière. Je ne sais rien de l'entreprise de ce garçon, mais il doit être suffisamment entouré. J'ai ouï qu'il avait obtenu de votre Sondeur qu'il espionne un professeur, c'est assez osé. À Poudlard, je me souviens parfaitement que notre bon vieux choixpeau était assez prompt à aider les élèves le méritant.

– Ce ne sont que des enfants, Albus ! s'offusqua la directrice.

– Ce garçon a l'âge qu'avait Harry Potter lorsqu'il a tué le basilic de la Chambre des Secrets, répliqua le barbu.

– Mathis Devaux n'est pas Harry Potter ! s'écria-t-elle.

– En effet, sourit Albus Dumbledore. Il n'est pas l'Élu. Sa voie n'est pas tracée par une prophétie. Il est libre d'agir en son âme et conscience, et il a choisi de lutter contre les forces du mal. Une simple question, jeune homme : êtes-vous impliqué dans l'arrestation d'Azazel ?

– Impliqués, et responsables ! confirma Mathis. C'est nous qui avons commandité Primaël Goizane pour l'arrêter, c'est un succès sur toute la ligne !

– En effet, concéda la directrice.

Elle soupira. Se retournant, son regard croisa celui, bleu glacé, de Dumbledore. Ils communiquèrent non verbalement quelques instants, puis Olympe Maxime se retourna, et posa sur Mathis un regard qu'il n'avait croisé que peu de fois. Un regard qu'il avait lui-même utilisé il y a moins d'une heure, quand il avait promis à Karol de venger Jorge. Un regard dur comme le diamant, intense comme le soleil. Un regard de détermination.

– Je vais peut-être le regretter. Mais un sage homme m'a dit un jour ceci : "Nous faisons ce qui est nécessaire. C'est injuste, c'est douloureux, mais c'est la Vie, c'est comme ça qu'on gagne à la fin.". Je vais fermer les yeux sur ces activités dont je n'ai jamais entendu parler, puisqu'elle n'entrave pas la bonne marche de l'école. Je fermerai les yeux si une situation similaire à celle-ci se reproduit. Mais sachez, Mathis, que si vos actes mettent en danger qui que ce soit dans cette école, je veillerai personnellement à ce que vous passiez suffisamment de temps à la Giraglia pour perdre tout goût de jouer avec la vie des autres. Au A-0. Maintenant, allez vous coucher. Je vais vous faire un mot à montrer aux professeurs que vous pourriez croiser en chemin.

La directrice signa un justificatif, et le tendit à Mathis, qui quitta le bureau, encore un peu chamboulé.

– C'est la bonne décision, approuva Dumbledore.

– Je sais, soupira Mme Maxime.

– Ce garçon est au moins aussi intelligent que l'a été Tom Jedusor, à ceci près qu'il connaît l'amour. Il ne recherche aucune gloire, mais préférerait mourir plutôt que de dénoncer ses amis. En cela, Il ressemble plus à un autre de mes anciens élèves…

– Si vous me dites Harry Potter, je brûle ce tableau, grinça Mme Maxime.

– Ho ho ! Oh non ! gloussa le barbu. Je pensais à quelqu'un d'autre. Quelqu'un d'infiniment bon et loyal. Rubeus Hagrid.

Olympe Maxime sourit avec mélancolie.

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Ce jour-là, la douceur hivernale de la Catalogne semblait plus terne que jamais. Dans le cimetière de Lucarna, un petit groupe de personnes, pour la majorité des élèves de l'Académie, assistaient à l'enterrement de Jorge Soriano. De sa famille, il ne restait que sa grand-mère paternelle, son père, et sa petite sœur. Cette dernière pleurait dans les bras de son abuela, tandis qu'Athanasius Niafasen chuchotait à l'oreille d'Alcides Soriano, qui semblait complètement perdu. En d'autres circonstances, d'aucuns auraient pu s'étonner de la présence du neveu du Ministre Allemand, et son épouse la femme la plus riche de France. C'était d'ailleurs le cas de leurs trois enfants, qui n'avaient pas eu vent de l'histoire du vase à disparaître. Erwin et Karol étaient auprès des Augures et de la Légion de Lucian, les deux bandes qu'avaient fréquenté Jorge, tandis qu'Alois était venu en compagnie de Cynder Travis soutenir Eva. Étaient également présents Aurora et Dario, ce dernier uniquement là pour soutenir son amie, n'ayant jamais partagé d'affinité avec le défunt.

En plus des proches étaient présents la directrice Madame Maxime, deux hommes que Mathis ne connaissaient pas, Richard Magnus qui devait se sentir coupable de ne pas pouvoir en faire plus, et une grande silhouette encapuchonnée de pourpre à ses côtés. Celle-ci, Mathis devinait sans difficultés son identité.

Vingt-trois personnes. Voilà à quoi avait droit Jorge pour son dernier hommage. Peu parmi ces personnes prononcèrent un discours. Les quelques mots prononcés par Alcides Soriano étaient incohérents, voire incongrus. Ses problèmes de mémoire étaient aggravés par l'état de choc, et à l'évènement présent se mêlaient les souvenirs de la mort de sa femme qu'il avait voulu oublier. Il ne reconnaissait personne que sa mère, et un des deux inconnus, qui s'avéra être le parrain de Jorge. Eva, effondrée, pleurait dans les bras de Kallistia Castle. L'aristocrate était une mère avant tout, et en l'occurrence la seule présente. À part…

Après l'enterrement, qui fut expéditif, il y eut un petit office. Mathis en profita pour se glisser aux côtés de la silhouette encapuchonnée. Le pâle visage camouflé sous le chaperon haussa un sourcil incrédule.

– Natālija de Veriasinis, je présume ? la salua Mathis.

– Moi qui pensait être ici incognito, ricana la vampiresse. Laisse-moi deviner, tu es l'Augure ?

– C'est le jour des révélations, on dirait. J'ai besoin d'aide.

Mathis tendit la fiole et une enveloppe à la vampiresse qui les fit disparaître sous sa cape.

– C'est pour ça qu'Angie m'a demandé de lui envoyer Dodo ? supposa Natālija.

– En effet, nous devons protéger Gabriel Sirtesente. Après ce qui est arrivé à Pernelle Flamel, nous devons…

Mathis fronça les sourcils. Il venait de réaliser quelque chose. Il regarda autour de lui, et lorsque son regard se posa sur Émeraude, tout fut clair. Il se trouva tellement stupide à cet instant qu'il ne put s'empêcher de se frapper le front.

– Mais quel abruti…, se lamenta Mathis.

– Que se passe-t-il ? s'enquit Natālija avec une fausse indifférence.

– Je viens de comprendre comment ils ont fait. Madame, il faut prévenir votre mari en urgence, si possible en n'impliquant surtout pas Mauvais Augure : Zomiel est une métamorphomage, c'est comme ça qu'elle a pu assassiner Pernelle Flamel, après avoir pris l'apparence de son mari et raconté à qui voulais l'entendre qu'elle renonçait à l'immortalité. Et c'est également comme ça qu'elle s'est échappée de la bibliothèque le jour de la rafle : personne n'a pensé à retenir la bibliothécaire traumatisée ! Tout s'embrique !

– Oh là, du calme, gamin, soupira la vampiresse. Certes, c'est logique. Mais en quoi ça va nous aider ? La métamorphomage pourrait bien être dans cette salle, on ne le saurait pas. Ça pourrait bien être toi.

– En cela que l'identité du dernier Loup n'est plus un mystère, et que si notre théorie est exacte, lui et l'Ange Déchu ne font qu'un.

– Vous avez un nom ? demanda Natālija avec empressement, abandonnant tout décorum.

Mathis se pencha pour lui chuchoter. Natālija souffla.

Riĉardo, kia sulta !

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Et ainsi commença la vague d'insulte et de menaces à mon égard. À un de ces jours, bande de sangs-de-bourbe !