Je viens de tomber sur une dragée surprise à la vanille. Le truc c'est qu'en fait, elle sont censées être TOUTES à la pomme. Ça doit être pour ça qu'elle était si peu chères (2€50 le kg). L'avantage, cependant, c'est que surprise ou non, c'est que des bons goûts.
Je savais pas quoi dire pour cette intro, alors je vous raconte ma vie. De rien. Et celui-là… menthe, je dirais.
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Previously, in the Faille des Pyrénées… Nous commencions par un chapitre qui devait être jouissif pour ceux qui ont lu les Destins Parallèles de moi-même et le tome 2 des Marchands de Secrets de DreamerintheSky. Nous avons suivi trois véhicules magiques pouvant, contrairement au Poudlard Express, voyager un peu partout : le Carrosse Volant de Beauxbâtons, le Scivoloso, train glissant de Fin'Arte del Magia, et le Morskoyvolk, célèbre voilier sous-marin de Durmstrang. Et… et c'est tout en fait. Mais c'était cool.
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BONJOUR DREAMER ! MOI AUSSI JE CRIE ET JE DANSE QUAND JE SUIS CONTENT !
Oui je me donne à fond sur celui-là ! J'ai une occasion en or, alors je fonce. Et pis j'ai jamais caché ça aux gens : plus on avance, plus le Multivers se resserre et les crossovers sont nombreux.
Salut Allan, je t'ai déjà répondu en personne, mais ravi de te revoir ici !
Re, l'ami Fou. non, je n'ai pas dit leur âge. Angela a juste suggéré que les âges se situent entre 3ème et 5ème Année. Mais je te le dis déjà : il y a des 6ème Année. Pour les âges c'est plus compliqué, les différents systèmes scolaires faisant que dans la même classe, deux élèves pourraient avoir jusqu'à 3 ans d'écart !
Hello Rominet ! Oui en effet, Destins Parallèles est plutôt un prérequis pour cette fic. Tu peux ne pas le lire et comprendre tout quand même, mais tu manquerais énormément de background !
En effet. Comme indiqué, Danielle Bourgeois est la fille de Christian Bourgeois. Pour rappel Christian c'est le petit frère d'Exane, qui est dans la même classe que Ryan Sullivan et Luna Lovegood (et là t'as de la crossréférence ELM/MDS/Parfum des Arums/Harry Potter !). Et Danielle, c'est aussi la grande soeur du Chaotique Léon Bourgeois, Kappa de Salem (crossréférence MDS/Wiccans de Salem). On s'y perd un peu hein ? Ha ha !
Salut Miss Hiwatari ! C'est assez ironique, venant de quelqu'un avec un nom (ou du moins un pseudo) pareil… Si t'as trouvé ça compliqué, ma pauvre les deux prochains chapitres vont être une torture ! Désolé !
Oui j'arrive à m'en sortir, avec plein de fiches, et un tableur ! Question d'organisation. D'ailleurs quand lesdits deux chapitres seront passés, je mettrai mon tableau sur le wiki.
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Allez, on y go ! Dans ce chapitre : des gens. Très. Et pas mal d'insubordination, bande de sales jeunes.
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2) Le Projet Rosa (1/2)
Mathis reçut un coussin au visage. Il l'écarta négligemment, et croisa le regard moqueur de Nil.
– Allez bouge-toi, ils vont bientôt arriver. On va descendre au lac.
– Où sont les autres ?
– Émi est partie je-sais-pas-où avec Sertorius. Ça doit concerner Visperi. Karol et Juliette cherchent Camille qui s'est encore paumée, je crois du côté du terrain de parkour. Erwin est en train de se remaquiller dans votre chambre…
– Hé je ne me maquille pas ! s'écria l'intéressé depuis les escaliers qui descendaient des dortoirs vers la salle commune du Pavillon Rouge.
– Tu devrais, vu ta tronche. Et sinon il me semble qu'Angela est déjà sur place avec Raven et Mimi.
– Ok.
Mathis attrapa son gilet, et entreprit de l'enfiler en marchant. Devant son allure débraillée, Nilüfer ricana. Erwin soupira, et entreprit d'empêcher son compagnon de chambre d'atteindre à la réputation de son école en se présentant ainsi aux invités. Nil fit remarquer qu'il devait être le seul adolescent de quatorze ans à connaître le sortilège de repassage de chemises. Tous trois rejoignirent Lorna et Eefie au niveau de la fontaine Flamel, et c'est à cinq qu'ils franchirent le délicat portail argenté. Mathis n'avait jamais vu autant d'élèves emprunter le chemin menant au lac. Lui-même ne l'avait emprunté jusqu'au bout qu'une seule fois, durant un cours de Zoomagicologie portant sur les veracrasses car le petit lac en regorgeait. En fait, quasiment tous les élèves étaient déjà au bord du lac ou sur le chemin. Nil fit remarquer qu'ils étaient presque alignés, dans une sorte de semi-discipline militaire. Le fameux décorum superficiel français.
C'est au bord du lac que le trio rejoignit Mydian, Angela et Raven. La polonaise était en grande discussion avec Cynder Travis, la fille du prof d'anglais, accompagnée de ses inséparables amis Aloïs Niafasen, petit frère des jumeaux ErKa, et Eva Soriano, la petite sœur du regretté Jorge Soriano. Nil se jeta sur la petite espagnole, la prenant dans ses bras. Eva savait qu'elle exprimait là des choses liées pour la plupart à Jorge, mais préféra en rire avec joie, entraînant son aînée dans une ronde. Mathis checka avec les deux autres, et le groupe se mit à discuter.
Karol et Camille les rejoignirent quelques minutes plus tard, Juliette les ayant lâchées en cours de route pour rejoindre ses camarades.
– Personne n'a vu Émi ? s'enquit la Corse.
– Elle est avec Serpent, répondit Nil. Je pense qu'ils sont avec Carter et Visperi.
– Carter ? releva Karol. Comment ça se fait que c'est lui qui gère ça ?
Ça, c'était l'arrivée à l'Académie de Visperi Glazkov, la sœur aînée de Sertorius, qui avait passé la majorité de sa vie enfermée dans l'asile de la Giraglia par son propre père, pour la seule raison qu'elle ne parvenait pas à maîtriser ses pouvoirs de septère. Ou peut-être était-ce parce qu'elle allait l'éclipser aux yeux de la noblesse locale en apparaissant comme fondatrice de la Maison de Don Glazkov… Mais maintenant que son frère avait obtenue pour elle une grâce prévôtaire, les choses allaient changer.
– Madame Maxime doit être présente pour accueillir les étrangers, et Tata Flo conduit le carrosse avec Attorney, énonça Mathis en jetant un regard en biais à Cynder, qui lui adressa un doigt d'honneur (Cynder Travis était la nièce de la directrice-adjointe Florine Brindargent, et Mathis ne perdait jamais une occasion de la taquiner sur le sujet). Étant donné que Delacour et Fauchet sont partis à la PSAF pour ramener les assistants, il reste peu de profs responsables à part Pluiedeglace qui coordonne les derniers préparatifs du Pavillon Bleu parce qu'elle est une des seules profs à pouvoir y rentrer, et… Carter.
Les autres firent le tour des noms de professeurs dans leur tête, et la plupart acquiescèrent. Sauf Erwin qui tint à relever :
– Le Moal n'est pas si mal. C'est un sale type, mais il peut tout à fait gérer ça. Et le Dr Beauxbatons aussi.
– Comme tu l'as bien souligné, c'est un sale type. Pas le premier contact rêvé avec le monde extérieur pour Visperi… quant à Eugène, je pense qu'elle doit en avoir assez de voir des médicomages en blouses blanches…
– Ah oui, concéda l'alsacien. Mais peut-être que…
– Vous avez entendu ? le coupa Camille en sautillant.
– Non, qu…
BBBRRRRR… BBBRRRRRRRR… BBBBBRRRRRRRRRRRRRRR !
La surface du petit lac se mit à bouillonner de plus en plus fort, comme s'il entrait en ébullition. Puis la surface explosa dans un tonnerre assourdissant, tandis qu'un trois mâts à plusieurs étages surgissait de l'eau jusqu'à presque rompre le contact avec la surface, avant de redescendre brutalement, provoquant une vague qui fit reculer dans un piaillement collectif les premiers rangs d'élèves. Presque aussitôt, la porte de la cabine principale s'ouvrit à la volée, et un grand blond en sortit en tempête, braillant dans une langue nordique en faisant des grands gestes.
– Du Norvégien, reconnut Mydian.
– Il dit quoi l'monsieur ? s'enquit Nil.
– Il dit, textuellement : "Putain, il fait aussi chaud que dans le cul d'un éruptif, on va crever !"
Deux adolescents sortirent à sa suite. Le premier était un brun à lunettes, plutôt trapu malgré une bonne taille. Le second aussi grand que l'adulte qui devait être un professeur, et ses cheveux blonds pâles reflétaient le soleil matinal des Pyrénées.
– Lui c'est mon cousin, indiqua Mydian. Eirik Appelbaum. Vu que le prof a gueulé en norvégien et que l'autre lui parle, et vu que mon cousin est élève à la Hekseri Akademiet qui se situe en Norvège, je devine qu'ils viennent tous les trois du même endroit.
– Ce bateau n'appartient pas à Durmstrang, normalement ? remarqua Erwin.
– Si, mais si ce prof est celui auquel je pense… ce n'est pas étonnant qu'il fasse fi du protocole en sortant avant le navigateur russe.
Sur le bateau, un évènement n'allait pas tarder à confirmer les soupçons de Mydian.
– En effet, il fait chaud, Professeur, mais je l'aurais fait remarquer d'une manière plus formelle, souligna Charlus. Nous sommes en France, le pays du raffinement !
– M'emmerde pas avec tes conneries, les français sont petits, puants et malpolis. J'ai pas de leçon de protocole à recevoir de chartiers !
– …
– Toi je ne t'ai pas demandé ton avis.
Eirik leva les mains en signe de reddition. C'est ce moment que le navigateur choisit pour sortir.
– Sigfus, lança-t-il d'un ton froid.
– Ionafan, répliqua nonchalament l'islandais.
– Le protocole dispose que c'est au navigateur de franchir en premier la porte du pont pour s'assurer que l'immersion s'est bien déroulée. Tu l'as outrepassé.
– J'ai outrepassé un protocole russe, fit remarquer Sigfus. Je suis islandais, mandaté par une école kalmarienne située en Norvège, et nous nous trouvons actuellement sur un territoire français. Autrement dit : j'en ai pas grand-chose à foutre.
– Professeur Matveev, nous ne devrions pas nous rapprocher du bord pour pouvoir déployer la passerelle ? intervint Charlus.
– Impossible, il n'y a pas assez de profondeur, on échouerait le Morskoyvolk avant même d'approcher à deux passerelles de distance. Il va falloir jeter la chaloupe à l'eau et y aller en petits groupes !
– Ça va être super long…
– Ne t'en fais pas, tu n'auras pas à t'en soucier ! s'écria Sigfus avant d'attraper Charlus, et avec une force et une vélocité difficilement devinable à la vue de sa frêle silhouette, le balança par-dessus bord. Charlus ressortit la tête de l'eau en crachotant.
– Mais t'es cinglé ?!
– Elle est comment ? demanda l'enseignant.
– Elle est super bonne… mais c'est pas une excuse !
– Eh bien tu n'as plus qu'à rejoindre le bord à la nage, Eirik s'occupera de tes valises !
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– Je rêve ou il vient de le balancer par-dessus bord ?
– Ça confirme ma théorie, répondit Mydian. Mathis, je te présente Sigfus Leifsson. Un mélange entre Attorney pour la stabilité mentale et Carter pour le cynisme, avec le caractère impulsif de Goizane.
– Il est encore temps de fuir ? s'enquit Nil.
– Trop tard, désolée.
Nil poussa un soupir à fendre l'âme. D'autre gens commençaient à sortir sur le pont, tandis que les deux professeurs s'affairaient à faire descendre une large barque à fond plat à l'aide l'un de sa baguette, l'autre d'une espèce de sceptre.
Yevfroniy bouscula Ophélia devant la porte pour sortir le premier. En guise d'excuse, il lui adressa un grognement neutre sans même se retourner. L'anglaise serra les dents, mais se tut. Elle aurait bien le temps de lui faire payer toute l'arrogance dont il avait fait preuve durant le voyage. Quand Isaki franchit la petite porte à son tour, elle passa le bras autour de son cou, et s'exclama :
– Il fait meilleur ici, hein !
– J'apprécie ce petit air tiède, je l'avoue ! confirma le sud-africain. Caaren, tu peux sortir, il fait super bon ici !
D'un pas digne, le dos droit, le menton haut, la Grande-Duchesse du Transvaal Lady Caaren von Adowa franchit la porte de cabine du Morskoyvolk. Elle posa un regard empreint de solennité autour d'elle. Puis un sourire enfantin barra le visage de la petite blonde.
– Ag, c'est bladdy befok !
– Ja-nee, confirma son compatriote.
– Pardon ! Convoi exceptionnel !
Les adolescents s'écartèrent, tandis que les bagages volaient de la cale au pont à l'aide de sorts jetés par les deux garçons de Banff. Ces deux-là se détestaient, et à chaque fois qu'un conflit éclatait, le Professeur Leifsson les punissait en les chargeant d'une corvée. Après les avoir copieusement insultés en plusieurs langues et avoir menacé de les jeter par-dessus bord. Ce qu'il avait déjà visiblement fait aujourd'hui.
– Je rêve où il y a quelqu'un qui nage ? s'étonna Isaki.
Les trois adolescents s'approchèrent du plat-bord, et eurent une magnifique vision de Charlus Glenn en train de se démener avec les algues pour rejoindre le bord, sous le regard perplexe de la foule française.
– Je vois qu'ils se bousculent pour l'aider, ironisa Ophélia. Ah, salut la marmotte, bien dormi ?
Sandra eut un sourire endormi, qui ne détonna pas avec ta tête echevelée. Elle ajusta ses lunettes teintées.
– Oh, rien de particulier, répondit Ophélia à la question de la muette. Sigfus a juste balancé Charlus par-dessus bord. … En effet, rien à signaler. T'as remonté Peeping Tom ?
Ophélia se retourna.
– Ha, merci t'assures !
À côté des bagages, Sandra avait posé la cage du perroquet de son amie, un sublime ara hyacinthe. Ophélia alla la chercher avec sa valise, et les fit descendre d'un sort dans la barque. En bas, réceptionnant les deux, Eirik lui jeta un regard un peu jaloux. Lui avait dû descendre ses propres valises ainsi que celles de Charlus en les portant tout en descendant à l'échelle de corde, Sigfus ne l'aurait jamais laissé faire usage de la magie…
Dans la barque, ils ne pouvaient tenir qu'à quatre à cause des valises. En comptant les deux professeurs, ils étaient seize, ou plutôt quinze puisque Charlus avait rejoint la berge par ses propres moyens, ce qui faisait quatre voyage. Le premier fut utilisé par Eirik, déjà dans la barque, Sigfus qui profita allègrement que le protocole russe disposait que le navigateur devait être le dernier à quitter le Morskoyvolk. Cependant Yevfroniy n'eut pas ces scrupules, et se paya même le luxe de sauter directement dans la barque le sac de voyage sur le dos, sans prendre la peine d'emprunter l'échelle : lui savait que la barque était insubmersible. Le quatuor anglo-africain souhaitant rester ensembles, la quatrième place fut l'objet d'une nouvelle dispute entre les deux canadiens. Sigfus lança une invective, et Nelpha eut soudain une poussée de modestie en invitant Lyon à prendre la place. Le second voyage fut occupé par le quatuor. La barque avançait rapidement sur le lac plat. Elle aborda un petit ponton, auquel elle s'arrima d'elle-même. Les quatre élèves débarquèrent en portant leurs massives valises. Un jeune professeur à lunettes les accueillit dans un anglais parfait, et leur tendit des colliers consistant en une chaine et un pendentif simple de cuivre sertie d'une large pierre noire entourée de petites pierres vertes. C'était un de ces colliers traducteurs utilisés pendant les Concours de Connaissances. Une mesure temporaire, les élèves du programme d'échange ayant été informés de l'importance pour eux d'apprendre le Français. Heureusement, le système des parchemins luisants avait depuis longtemps fait ses preuves.
C'est pendant que le troisième voyage de la barque revenait que le carrosse volant pointa à l'horizon. Les étrangers, et les élèves de 1ère et 2ème Année qui ne l'avaient jamais vu furent émerveillés par l'immense citrouille d'argent tirée par sept chevaux volants géants. À l'allure où il avait approché, le carrosse atterrit juste avant que la barque s'arrime au ponton pour la quatrième fois. Nelpha Zellars qui débarquait de celle-ci marqua un temps d'arrêt quand il se retourna. La grande porte du carosse s'ouvrit, et alors qu'une rampe se déployait assez lentement, une silhouette bondit au sol depuis l'avant du carrosse, suivie d'une autre. Deux jeunes femmes : la première aux cheveux presque blancs, et la seconde, plus petite, à la tête surmontée d'une massive crinière rousse.
Dans le carosse, Nyurapayia trépignait d'impatience. Dès que la porte s'était ouverte, elle avait fait mine de bondir dans le vide. Mais l'enseignante du Campus Flottant qui les avait accompagnées lui signifia de ne pas faire honte à la réputation de son école en se comportant comme un primate, et elle dut ronger son frein en compagnie de sa camarade. De l'autre côté du groupe, en compagnie de sa propre enseignante, Isadora lui tira la langue. Les premiers à emprunter la passerelle furent le professeur Léandord Bullis-Duriot, et son élève Danielle Bourgeois. Puis les autres suivirent par petits groupes. Ce fut Attorney qui leur fournit les colliers traducteurs.
– Tu crois qu'ils vont être combien ? demanda Nil. Ça commence déjà à faire beaucoup, là, je ne sais pas où on va caser tout ça !
– Ils ont prévu une soixantaine de places dans le Pavillon Bleu, indiqua Raven. Mais il faut prendre en compte que cette année, Beauxbâtons accueille la Grande Finale des Concours Européens de Connaissances. D'où les travaux.
Quatorze élèves et deux professeurs étaient descendus du bateau. Le carosse, lui, avait amené dix élèves pour quatre professeurs. Ça commençait à chiffrer.
Mathis venait de remarquer que Greta Salers, l'allemande championne d'Europe de Métamorphose et petite-amie d'Andreas Castle était descendue du carrosse, quand le Scivoloso fit son apparition. Remontant à toute allure la vallée en direction du lac, le train italien, nappé de mystère par le nuage de vapeur qui le recouvrait presqu'entièrement, fascina la plupart des personnes présentes, français comme étrangers, enfants comme adultes. En terme d'échelle, le carrosse et le voilier étaient largement disproportionné, alors que le train avait des proportions habituelles pour un tel véhicule. Mais sa vitesse inouïe, sa chatoyance nimbée, et surtout le fait qu'il semblait aller où il voulait le rendait d'autant plus impressionnant.
– Sur quoi il avance ? s'étonna quelqu'un.
La réponse, ils l'eurent moins de deux minutes plus tard, quand le train ralentit et s'arrêta juste derrière le carrosse. Des rails semblant à la fois bien solides mais nimbés de lumière se trouvaient sous le train alors qu'ils n'étaient pas là avant.
– Je crois… que les rails font partie du train, supposa Mydian.
Les occupants du train en descendirent, et tous portaient déjà un collier traducteur. Mathis en reconnut plusieurs : la grecque Psamáthe et les jumeaux italiens Erio et Iago qui avaient participé à la finale des Concours de Connaissances qui avait eu lieu deux ans auparavant à l'Académie allemande Mighty Adler. En grande discussion avec Iago, un garçon filiforme à la peau noire parlait en faisant de grands gestes. Il dépassait tout le monde d'une bonne tête, y compris l'autre fille, un peu plus grande que Psamáthe. Mais peut-être que la différence de taille s'expliquait par le port altier, presque royal de l'adolescente alors que Psamáthe se tassait visiblement à côté d'elle. Si la petite blonde descendue du bateau avait une attitude rappelant celle d'Erwin, celle que la Haute-Noblesse adoptait en public, l'attitude de la nouvelle venue rappelait désagréablement à Karol celle de leur cousin Hieronymos, un mépris rayonnant de toute-puissance comme si le Monde lui appartenait.
Tandis que trois professeurs descendaient du premier wagon, et que l'une d'eux, une femme âgée vêtue de blanc, allait s'entretenir avec le conducteur, le sixième et dernier élève descendit à son tour. Quand son pied quitta le marchepied du wagon, celui-ci fit une légère embardée. C'était compréhensible : le garçon qui venait de descendre, à la peau mate et aux cheveux noirs de jais, devait mesurer un bon mètre quatre-vingt, et peser au moins deux-cents kilos. Nil siffla d'admiration.
– Wow. Sacré morceau !
– Nil ! la tança Erwin.
– On dirait un guerrier Maori, vous croyez qu'il a des tatouages ? lança Camille.
– Camille ! la tança Nil.
– Les Maoris vivent sur des îles du Pacifique, fit remarquer Mathis. Ça doit être difficile d'y aller en train…
Tout le monde étant arrivé, toute la foule se dirigea vers le château. Les 1ère Année et les étrangers furent dirigés vers le couloir Ouest, tandis que les autres s'installaient dans le Grand Réfectoire. Quand ils revinrent, les 1ère Année avaient été répartis. Rien d'inhabituel, si ce n'était l'heure. Cette année, la rentrée avait été exceptionnellement avancée de douze heures. Les nouveaux élèves s'installèrent, et attendirent avec les autres. Personne ne s'attendait à ce qui pourrait se produire ensuite. Tout était nouveau.
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Les élèves étrangers furent rassemblés dans la Salle Commune E, celle équipée d'une cheminée à feu éternel, tandis que leurs professeurs furent conduits vers le bureau de la directrice. La directrice-adjointe s'occupant de la Répartition, C'est Gabrielle Delacour qui fut chargée de les briefer.
– Bienvenue à tous à l'Académie de Sorcellerie Française Beauxbâtons. Vos colliers fonctionnent tous ? Parfait ! Je suis le professeur Gabrielle Delacour, enseignante en Enchantements & Maléfices, et je serai votre référente auprès de l'Administration. Chacun d'entre vous a été sélectionné pour prendre part au Projet Rosa, un programme d'échange scolaire mondial, une première historique dans le monde magique. Vous venez de divers pays, divers continents, même, et vous avez suivi des cours spécifiques. Cette année, vous suivrez un programme adapté, intensif, qui en plus de faire de vous des pionniers, fera de vous des membres de l'élite intellectuelle. Je pense que la réputation d'excellence de notre école n'est plus à faire. Pour vous, elle sera conjuguée à la rigueur des écoles de l'Est, à la poussée à l'autonomie des écoles du Pacifique-Sud, et à tout ce qui fait de chacune de vos écoles un choix idéal. Ceci peut sembler nébuleux au premier abord, vais vous le verrez en pratique. Ici, nous n'imposons aucune méthode de travail aux enseignants, et les professeurs qui ont voyagé avec vous laisseront leur propre empreinte. Tout d'abord, nous allons passer en revue vos dossiers. Ceci devrait être assez rapide. Dans la pièce d'à côté, vous trouverez des armoires contenant des uniformes neufs rangés par taille, et dix cabines d'essayage. Je vais envoyer les dix derniers de la liste se changer maintenant, puis vous vous y rendrez un par un à la fin de votre entretien, ça devrait nous permettre de n'attendre personne. Mettez vos habits dans le petit casier portant votre nom. De Rooney à Zula, passez à côté. Vous sortez, et vous prenez la première à gauche. Ne traînez pas, et revenez ici une fois habillés. Pendant ce temps, je vais vous appeler un part un pour vérifier vos références. Caaren von Adowa ?
– Présente.
– Approche. Assied-toi ici. Caaren, tu es née le 20 février 2004 dans le Transvaal, en Afrique du Sud. Exact ?
– Oui Madame.
– Tu es élève de Palier de Drakensberg, en quatrième année. Excellente en magie traditionnelle, tes résultats dans cette discipline t'ont largement valu ta place ici, bien que tes autres résultats soient tout aussi probants. Tu es aéromancienne. Quelle charge plane peux-tu lever ?
– 33 kg en colonne serrée, 57 kg en geyser, 71 kg en poussée canon, énuméra la sud-africaine.
– C'est correct. Tu seras sûrement ravie d'apprendre que notre enseignante en magie élémentaire, fraîchement débarquée du Brésil, est aéromancienne. Tu as l'âge révolu, et le niveau suffisant. Préfères-tu suivre les cours de 4ème, ou de 5ème Année ?
– 4ème Année, Madame. Je n'ai pas le niveau suffisant en Potions, et la période couverte par le programme d'Histoire de la Magie en 4ème Année m'intéresse beaucoup.
Ladite période couvrait un demi-siècle, allant de la création du Registre des Naissances Vélanes en 1903 à la chute du Régime de Grindelwald en 1945.
– Aucun problème. Tu peux passer à côté pour te changer.
– Merci Madame.
– Erio et Iago Alessandri ?
– Oui !
– Oui !
– Venez tous les deux. Vos dossiers sont très similaires… Vous êtes nés en Italie le 12 décembre 2004. Exact ?
– Oui.
– Élèves à Fin'Arte Del Magia. De bons résultats en Sortilèges, Métamorphose et Potions. Une légère différence au niveau de l'Art Magique. Iago, tu as moins la fibre artistique ?
– J'aspire à plus… d'action, Madame.
– Ce qui explique l'intérêt porté au Duel dans ta lettre de motivation. 4ème Année tous les deux, et inscription aux cours d'Art du Combat et au Club Duel pour Iago, ça vous convient ?
– Parfait !
– Je veux bien être inscrit au Club Duel, intervint timidement Erio.
– Ce sera fait. Allez vous changer. Sophía Apíonellis ?
La jeune grecque alla s'asseoir en silence face à l'enseignante.
– Sophía, tu es…
– Je ne crois pas vous avoir autorisé à me tutoyer, la coupa l'adolescente d'un ton glacial.
Un murmure parcourut la salle. Plusieurs s'attendirent à voir l'enseignante s'énerver. C'est pourtant avec le sourire et un ton toujours empreint de gentillesse que Miss Delacour répliqua :
– Tu sauras, jeune fille, qu'ici la seule autorité supérieure à celles des professeurs, c'est celle de la directrice. Je me moque que tu sois une espèce de princesse dans ton pays. Si tu ne te plies pas aux règles de politesse élémentaire, nous te ferons plier de force. Tu es donc née sur l'Île de Stamfani le 6 juillet 2004 ?
– Oui.
– Oui Madame, corrigea la prof.
– Oui, Madame.
– Élève à l'Institut Perséphone. Tes résultats sont assez satisfaisants, sans être transcendants. Sauf en Métamorphose. Tu aspires à devenir animagus ?
– Oui, Madame.
– Nos deux enseignantes en Métamorphose sont animagi. Tu seras entre de bonnes mains pour cela. À quelle discipline as-tu adhéré ?
– Je suis disciple de Poséidon, Madame, répondit Sophía en sortant son pendentif d'argent de son col.
– Pure et dure ?
– Pardon ?
– Tu suis uniquement les enseignements recommandés ? Ainsi que la Métamorphose, bien sûr.
– Oui, Madame.
– Tu as donc des lacunes en Runes, et un sérieux retard en Potions. 4ème Année, Étude des Ingrédients au moins jusqu'à la fin du trimestre, et cours de soutien en Potions jusqu'à nouvel ordre. Va te changer.
– Oui, Madame.
L'adolescente bouillait intérieurement. C'est les poings serrés et le dos à l'équerre qu'elle quitta la pièce. Miss Delacour s'accorda un soupir.
– Eirik Appelbaum ?
– Présent.
– Né le 23 mai 2003 en Hordaland au sud de la Norvège, étudiant à la Hekseri Akademiet, dans la Maison de l'Instinct ?
– Exact, Madame.
– Des résultats plus qu'excellents en Sortilèges et en Art du Combat. Une médaille d'or aux Concours de Connaissance 2014 en Duel, d'ailleurs. La Final avait eu lieu à la NS2H, c'est ça ?
– Oui Madame. Le duel a eu lieu sur le canal, chaque combattant se tenant dans une gondole.
– Tu indiques que tu souhaite suivre l'option Divination. Tu préfères rejoindre le groupe d'une classe antérieure, ou ton bagage personnel est suffisant ?
– J'ai beaucoup étudié les arts divinatoires pour optimiser mes prédictions en Astroplanétatique, Madame. Je pense être capable de suivre les cours.
– Parfait. 6ème Année, ça devrait convenir. Tu seras exempt d'examens, puisqu'il n'en existe pas d'équivalent dans ton école. Suivant… pardon suivante : Danielle Bourgeois ? Assieds-toi. Danielle, tu es née le 24 janvier 2005 dans le Massachusetts. À Salem… Tu habites juste à côté de l'Institut ?
La jeune américain dénia de la tête.
– Mmh mmh. Paradoxalement, les quartiers sorciers sont assez éloignés de l'Institut, répondit Danielle. Les grands procès ont obligé la communauté à… décentraliser.
– Je vois que tu as fait toute ta scolarité dans la Division Zeta. C'est signe de résultats constants. D'assez bons résultats généraux, je vois. Mister Sharton m'a fait part de ton intérêt pour la Métamorphose. Tu souhaites que je t'inscrive au module de Métamorphose du professeur Ingram ?
– Avec plaisir, Madame !
– Nous disons donc… 4ème Année… et module de Métamorphose. Tu peux aller te changer ! Nizhoni Bylilly ?
– Présente !
– Nizhoni… je n'ai pas de date ni de lieu de naissance pour toi. Une explication ?^
– Je suis née dans la tribu souterraine Atala, une très ancienne tribue sorcière vivant sous Monument Valley. C'est mes ancêtres qui ont fondé Ozarkhawk, d'ailleurs. Chez nous, écrire le nom de quelqu'un est considéré comme une malédiction, car on l'emprisonne dans les mots comme le sont les histoires. C'est pourquoi nous refusons d'être portés à tout registre. Le gouvernement n'y voit aucun inconvénient, car nous payons nos impôts au nombre de tête, et refusons toute aide. Je suis née en Utah au cours du tardif automne 2002.
– C'est… hum, d'accord. Ça devrait suffir. Au vu de tes résultats, je t'inscris directement en 6ème Année. Des préférences ? En magie élémentaire, peut-être ?
– Géomancie, Madame. Et si possible, j'aimerais suivre le cours d'Art du Combat.
– Qu'il en soit ainsi. Va te changer.
– Puis-je conserver mon atsii ?
– Ton ?
– Mon… ma couronne, traduisit l'adolescente en désignant l'espèce de diadème de bois qu'elle portait dans le chignon tiré encadrant son visage d'ambre.
– Bien sûr ! Pardon, c'est ma faute, j'ai oublié de préciser : tout effet personnel porté ne dénaturant, remplaçant, ni ne masquant les éléments de l'uniforme sont autorisés. Cela inclut les divers bijoux, accessoires, vêtements de tête ne masquant pas le visage, etc… Je m'excuse. Ceux qui sont déjà revenus et qui ont des effets entrant dans ces catégories à récupérer, allez-y en même temps que Nizhoni. Prévenez ceux qui sont encore à côté, merci.
Psamáthe, qui était déjà revenue, se hâta de retourner cherche son médaillon de disciple de Zélos, divinité de l'ardeur et de la rivalité, et guide des duellistes. La prof appela l'élève suivante.
– Isadora Castilho ?
– Présente !
– Isadora, tu es née au Brésil le 7 décembre 2003… Ce qui veut dire que tu as déjà effectué ton premier semestre de quatrième année ?
– En effet, Madame !
– Disciple du Soleil. C'est plutôt rare…
– Une chance sur 5, Madame, répondit Isadora, en passant inconsciemment le bout des doigts sur son pin's doré.
– Aéromancienne… certifiée d'État. À ton âge, c'est impressionnant !
– J'ai eu la chance de suivre les cours du senhor Casdoso dès ma première année, Madame !
– Par curiosité, quelle charge plane peux-tu lever ?
– 50 kg en colonne serrée, 80 kg en geyser, et 100 kg en poussée canon. Les évaluations sont à poids calibrés, mais sinon je pense pouvoir monter à 115 kg en poussée sans vent contraire.
– C'est impressionnant ! Ça le serait d'autant plus si tes autres notes suivaient… C'est assez moyen, je me dois de le souligner. En Potions, c'est même une catastrophe, et en Botanique, ça pèche un peu sur la pratique. Cependant tu te rattrapes très bien sur la Magie Élémentaire et… le Tissage de Sorts. Tiens, c'est original ça ! Hum, tu n'es probablement pas sans savoir que c'est ta professeure, la senhora Delgado, qui enseignera ces deux matières. Pour le reste, je vais te demander un effort supplémentaire. Beauxbâtons est une école d'enseignement général, tu ne pourras pas te contenter d'exceller dans une ou deux matières et négliger toutes les autres.
– D'accord ! Merci Madame !
– Je t'en prie. Malgré ton âge, je vais devoir te demander de rejoindre la 4ème Année. Pas d'objection ?
– Non, Madame.
– À tout à l'heure alors. Ridha Demsiri ?
Le colossal adolescent se leva, et se fraya difficilement un passage dans la foule. Quand il s'assit en face de la petite française, la chaise protesta dans un grincement.
– Ridha, tu es né le 23 février 2003 dans le gouvernorat d'Assouan. Tu es doué en runes coptes, ainsi qu'en langues étrangères, puisque tu parles couramment cinq langues. Quelles sont-elles ?
– Nubien, Arabe, Copte, Berbère et Français, Madame, répondit Ridha d'une voix juste assez haut-perchée pour paraître incongrue.
– Français ? Pourquoi portes-tu un collier, alors ?
– Pour être compris de mes camarades du programme d'échange, expliqua l'égyptien.
– Ah, c'est très bien. Hum… tu es donc étudiant à Isis la Grande… Si je ne m'abuse, cette école n'enseigne que la géomancie, exact ?
– Exact Madame.
– Tu as l'affinité ?
– Non, Madame.
– Pourtant, je remarque que tes résultats sont plus que satisfaisants. Hum, il me semble que le système d'évaluation standard égyptien repose sur la portée d'une sphère de sable, et la levée d'une colonne de diamètre défini. Exact ?
– Oui, Madame.
– Et quels sont tes résultats ?
– En masse dense, 95 centimètres sphériques, et 3m40 de colonne. En plus nous sommes évalués sur le champ d'action en nuée légère, pour apprendre à contrôler les tempêtes de sable. J'ai un champ d'action optimal de 16 mètres à 170°.
– C'est plus que correct. Comme tes résultats, d'ailleurs… Tu es assez âgé pour passer tes examens de septième année, et pourtant, tu as explicitement demandé dans ta lettre de motivation d'être inscrit en 6ème Année et de passer le B.A.N.Q.U.E.T., une explication à cela ?
– J'aimerais faire mes études supérieures à Chevalier-Lys, et j'ai remarqué les lacunes dans notre propre programme pour rejoindre une des filières qui m'intéressent.
– Cela te conviendrait-il d'être inscrit en 6ème Année, mais de suivre les cours de 7ème Année pour les matières où tu es le plus avancé ?
– Ça serait parfait, Madame.
– Tu peux aller te changer, alors.
– Je ne crois pas trouver un uniforme à ma taille…, déplora le jeune homme.
Gabrielle sourit.
– Tout nos uniformes sont taillés sur mesure. Ne t'inquiète pas, Beauxbâtons n'exclura jamais personne. Allez, suivant ! Moon Eun-Jae…
– Je suis là.
– Approche donc, je ne mord pas. Moon… pardonne-moi si ma question est déplacée, mais que signifie ce N dans la case genre ?
– Je suis de genre neutre, Madame, répondit Moon avec aplomb.
Pour la première fois, Gabrielle Delacour se permit de détailler son interlocuteur. Interlocutrice ? Impossible en effet de déterminer un genre de manière strictement binaire pour l'adolescent·e, dont les cheveux mi-longs méchés d'or et d'argent masquaient à moitié un visage délicat aux lèvres droite. Ses vêtements consistaient en un jean slim pâle et un chemisier bouffant blanc. Ses converses étaient mal lacées, et surtout dépareillées, et ses bras chargés de bracelets en lacets de cuir colorés. La petite blonde haussa les épaules.
– Comment dois-je m'adresser à toi ?
– La langue française a de sérieuses lacunes, fit remarquer Moon. D'après ce que j'ai pu trouver sur internet, j'ai le sentiment que le plus approprié est d'employer le pronom ael, et les accords féminins.
– Qu'il en soit ainsi. Moon, tu es née dans la province du Gangwon le 15 mai 2006… tu es en troisième année à l'Institut Coréen de l'Art. Ah, j'ignorais que l'école coréenne commençait à dix ans ?
– Comme ici, Madame, confirma Moon. Oui.
– De très bons résultats. Tes connaissances des runes sont impressionnantes, je lis là que tu maîtrises six systèmes. Par contre il n'est pas précisé lesquels.
– Futhark, Futhorc, Celtique, Protoslave, Japonais, et Silla, énuméra l'adolescent·e.
– Hé bien ! Voilà qui est impressionnant. Hum… malgré tes résultats tu es encore jeune… tu ne verras pas d'inconvénient à ce que je t'inscrive en 3ème Année ?
– Aucun, Madame.
– Très bien. Tu peux aller te changer. Tu… euh… tu peux choisir l'uniforme qui te convient, je suppose.
– Merci, Madame, sourit Moon.
– Hé bien… un tiers de fait ! constata l'enseignante. Allez, on n'a pas toute la journée. Attaquons la deuxième décade avec… Charlus Glenn ?
– Présent !
L'adolescent s'avança. Il ne portait pas la lourde cape de fourrure des élèves de la Hekseri, mais portait son uniforme bleu sur lequel figurait un symbole en forme de cœur celtique. C'était le garçon brun à lunettes du bateau. Il avait les yeux sombres qui portaient sur l'enseignante un regard tranquille. Gabrielle ne possédait certes qu'un quart de sang de vélane, mais elle avait l'habitude d'attirer les regards masculins. Pourtant, celui de Charlus était à la fois chaleureux comme le foyer, et glacial comme la pierre. Un regard de donjon.
– Charlus, tu es né le 15 mars 2003 en Hinnøya. Ah, si je ne m'abuse, c'est là que se trouve la Hekseri Akademiet ?
– En effet, Madame, répondit Charlus d'un ton posé. Mais l'école se trouve bien plus au Nord que mon village. Le climat n'y est pas plus clément pour autant.
L'aplomb de l'adolescent perturbait un peu l'enseignante, qui se reprit.
– Tu es préfet de la Maison du Cœur. Doué en Combat, en Runes, en Sortilèges, en Potions, et… en cuisine ?
– Les élèves de la Maison du Cœur doivent se faire à manger eux-mêmes à tour de rôle, expliqua le norvégien. C'est bon pour la cohésion du groupe. Et j'adore cuisiner, j'endosse souvent le rôle de chef.
– Ha ha, j'espère que la cuisine d'ici sera à la hauteur de tes attentes, alors. Je t'inscris en 6ème Année, avec tes cours en plus… une demande particulière ?
– Puis-je rejoindre le club de duel, s'il vous plaît ? J'ai ouï dire que vos cours de sortilèges n'étaient malheureusement pas autant axés sur l'offensif que les nôtres.
– Ils le seront cette année suite à la réforme du programme, mais il n'y a pas de souci. Passe à côté. Ophélia Haley ?
La petite anglaise sourit. Blonde comme les blés mûrs, les yeux noisette, elle avait le port droit de la noblesse, et l'attitude nonchalante d'une fille de moldu. C'était effectivement la fille d'un sang-pur, Britannicus Haley : membre du Magenmagot, membre du conseil d'administration du Collège Poudlard… et traître à son sang. Il avait épousé une moldue, Lauren Mill. Ophélia s'assit face à l'enseignante, et sourit de plus belle.
– Tu m'as l'air heureuse d'être ici, Ophélia, constata inutilement Miss Delacour.
– C'est grâce à mon père que Poudlard a accepté de participer. J'ai conscience de ma chance, même si je dois ma présence ici à mes résultats et non à quelque piston.
– En effet. Mais commençons par le commencement. Tu es née dans le Yorkshire le 21 mai 2004. Répartie à Poufsouffle en 2015. Magnifique palmarès en Métamorphose, et en Potions…
– J'aime les trucs qui se transforment, justifia Ophélia.
– Je vois ça. Bons résultats en Sortilèges. Un peu moins en Astronomie. Options… Divination, moyen aussi. Soin aux Créatures Magiques, c'est mieux. C'est toujours le professeur Hagrid qui enseigne cette matière ?
– En effet confirma Ophélia. D'ailleurs j'ai entendu dire qu'il était assez… proche de la directrice.
– Jeune fille, je doute que ce soit pertinent…
– Pardon, Madame.
– Tes résultats globaux sont plutôt bons, mais tu as quelques lacunes. Tu en penses quoi ?
– Que je devrais aller en 4ème Année, Madame.
– Si tu le souhaites ainsi. Un choix supplémentaire ?
– On a le droit de postuler pour entrer dans une équipe de Cognepoing ?
– Pas de souci, si tu t'en sens capable et qu'une place est libre en équipe Junior. Va te changer, maintenant. Et la suivante est : Duneska Henry ?
– J'arrive, Madame.
Une énorme masse de tresse noire surmontant une petite robe noire qui glissait au sol s'avança. Malgré la hauteur de certaines tresses, le tout ne culminait pas à plus d'un mètre cinquante. La robe s'assit en face de l'enseignante, et deux petites mains recouvertes de mitaines, perdues au milieu de manches immenses, surgirent, et écartèrent la masse de cheveux, révélant un petit visage à la peau sombre recouverte de lignes de runes entrelacées peintes en blanc. Au milieu de tout ça poignaient deux grands yeux, aux iris entièrement bleue cyan.
– Duneska, tu es née sur l'île de Sainte-Lucie le 12 novembre 2006, et tu as étudié sur l'Île aux Sorciers. Exact ?
– Exactement exact, M'dame !
– Tu es la meilleure de ta promo… de première année. Tu devais rentrer en deuxième année, et pourtant tu as demandé à participer au Projet Rosa en tant qu'élève de troisième année.
– J'ai l'âge requis, fit remarquer la lucienne. Madame, ajouta-t-elle après coup.
– Hum. Hum… oui, en effet. Hé bien ce n'est pas à moi de m'y opposer, puisqu'il semble que tes professeurs se soient tous mis d'accord pour te recommander à l'échange. Une raison particulière au fait de quitter ton école si jeune ?
– L'opportunité, Madame. Depuis que mes pouvoirs ont été découverts, je vis sur l'Île aux Sorciers. Ça simplifie la logistique, d'avoir aménagé une ancienne auberge du vieux village pour en faire un orphelinat. L'Île est mon foyer. L'Île est mon école. Je ne voulais pas qu'elle soit en plus mon Monde.
– C'est… je suis désolée.
– Vous avez tué mes parents ?
– Pardon ?!
– Vu que vous ne ressemblez pas à un autobus qui explose, j'en conclus que non, badina Duneska. Vous n'avez donc aucune raison de vous excuser.
– Ah. Euh.
– Puis-je rejoindre la 3ème Année et le cours d'Herbologie ? Je sais qu'en première année je n'avais pas encore commencé la magie des épices, mais il faut bien commencer quelque part !
– Bien… bien sûr, oui, se reprit Miss Delacour. Tu peux aller mettre l'uniforme.
– Je ne vais pas vous mentir en me disant enchantée, mais merci ! répliqua la petite adolescente en se relevant d'un bond, ce qui eut pour effet de masquer son visage sous une cascade de tresses.
– Je me demande comment elle fait pour voir où elle va, chuchota Isadora.
– Elle a peut-être un sonar comme les chauves-souris ? suggéra Nyurapayia.
– Un peu de silence, s'il vous plait, réprimanda la prof. Zu Huiling ?
– Zhu, corrigea la jeune chinoise qui s'avança. Ça se prononce "Djou".
– Mes excuses, Zhu. Tu es née dans la province du Fujian le 14 janvier 2002. Cinq années plutôt bien remplies, bons résultats… spécialisation en Alchimie. C'est plutôt ambitieux. Une idée de ce que tu veux faire plus tard ?
La jeune fille eut un sourire mystérieux. Sa bouche montrait une politesse teintée de joie, mais ses yeux hurlaient d'exaltation. Son regard fou faisait froid dans le dos.
– Quelques pistes, Madame, répondit-elle d'un ton neutre.
– Magie élémentaire… Aéromancie. Beaucoup d'aéromanciens, parmi vous. Hum, ça se comprend, après tout les aéromanciens sont connus pour être volatiles, et aimer les grands voyages. Alors tu t'inscris en 6ème Année… et tu souhaites passer l'examen. Une raison ?
– Avoir un diplôme en Europe peut toujours m'être utile, badina l'adolescente.
Gabrielle fronça les sourcils. Zhu mentait effrontément. Pourquoi ?
– Tout me semble en règle. Tu peux aller te changer. Niourapaya Nakamarra ?
La petite Australienne s'avança en s'appuyant nonchalamment sur son long bâton de pluie, et se laissa tomber nonchalamment sur la chaise.
– Nyurapayia, corrigea l'adolescente. Mais vous pouvez m'appeler Pia.
– Désolée. Niu… Nyu… Hum, Pia, tu es née le 28 octobre 2003 dans les Territoires du Nord en Australie. Inscrite à l'École d'Arnhem en 2015… Filière Élémentaire, c'est ça ?
– C'est exact, confirma Pia en inclinant son bâton de pluie.
– Hydromancienne, inutile de le préciser, je pense ! Je dois avouer mon ignorance quant au système d'évaluation d'Arnhem, hormis peut-être… Charge sphérique ?
– Deux mètres cube et demi, Madame.
– Deux… wow. C'est… impressionnant.
– En fait c'est plutôt moyen comparé au palmarès de l'école, corrigea Pia. Dans la moyenne haute, d'accord. Faut dire que d'une : c'est la seule magie élémentaire qu'on apprend à Arnhem, au milieu de l'océan donc avec des cours adaptés, de deux : j'ai l'affinité et un bâton de pluie très puissant, et trois : je suis une fille du Désert, j'ai toujours fait ça. Mon grand-père se fait de l'argent en vendant des fulgurites aux touristes.
Gabrielle n'avait aucune idée de ce qu'était une fulgurite, mais ne voulut pas entamer plus encore sa crédibilité.
– Tu es très douée, assidue… Et vu ton âge, je pense qu'on peut te mettre en cinqui…
– 4ème Année, coupa Pia. S'il vous plait, Madame.
– Hum, d'accord, répondit la prof, surprise. Une raison particulière ?
– Je veux être avec Isa ! répondit la petite aborigène, se retournant à moitié pour faire signe à sa nouvelle amie qui était revenue avec l'uniforme de Beauxbâtons, et qui jouait avec son foulard vert.
– Je doute que ce soit une raison suffisante…
– Mais si ! répliqua Pia avec applomb. C'est pour… euh… l'échange culturel. On a beaucoup de chose à apprendre l'une de l'autre. D'ailleurs, je veux faire l'option Perception Éthérique, si possible.
– Bon. Pourquoi pas, après tout ? Allez, va te changer.
– Merci Madame ! À tout à l'heure Isa !
La prof s'accorda une mini pause, soupirant en se prenant la tête entre les mains. Une moitié de faite… encore autant derrière, et cette toute première étape de la journée serait bouclée… pour le plaisir d'enchaîner avec une suite toute aussi exubérante. Ces ados allaient la rendre dingue.
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Et voilà ! Les 15 prochains entretiens seront du même acabit. Je sais que ça fait énormément d'informations en très peu de temps, et dans un format pas forcément digeste, mais mieux vaut trop que pas assez, et tôt que tard. Et pis au fond de vous je sais que vous jubilez de rencontrer autant de persos aussi vite, parce que moi aussi alors que je les connais déjà. See ya !
