Ouuuuiiiiiii, je sais, je suis incorrigible. J'ai tenu exactement 28 jours. Et ensuite j'ai écrit ce chapitre en 3 jours, et je le publie aujourd'hui, en ce 32ème jour de hiatus. C'est pas comme si je tentais d'établir un record de toute façon. Bon, je vous épargne le résumé des chapitres précédents, c'était juste trente entretiens de rentrée d'affilée.
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Salut Allan ! J'ai été trop content que toi et Océ vous soyiez souvenus d'elle. Content surtout que mes pérégrinations plot-twistaires ne sont pas tombées dans l'oreille d'un sourd (ou dans le cas présent dans l'oeil d'un aveugle).
Hey Ezezaguna, ça faisait un bail ! À part quand on s'est croisés sur Short Edition bien sûr, hé hé !
Oui, je fais des pauses de parfois plus d'un mois, mais je ne m'arrête jamais, je suis une machine à écrire ! Non, tu ne deviens pas folle, j'avais supprimé le chapitre sur Arnhem pendant le concours S-E, et quand je l'ai remis les abonnés ont dû être notifiés pour un nouveau chapitre alors qu'il était déjà là avant.
Moi si, donc ça me choque pas, alors je t'en prie, surveille donc !
Mon livre j'y ai pas retouché depuis une bonne semaine, mais je faisais un passage à vide par la page blanche que j'ai résolu en rushant un chapitre d'ELM. En espérant que ça me relance sur mon roman plus rapidement…
Salut le fou, à peu de choses près tu avais les deux à la suite !
Hello Rominet ! J'ai reçu ta review en plein milieu de ma relecture, sacré tempo !
Du coup ça va, le délai te convient ? Ha ha ha !
Un jour, peut-être ? Le Multivers est toujours ouvert à tous !
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Et c'est parti ! Dans ce chapitre, des tentacules lumineux, des secrets embarassants, et des cheveux dans les yeux.
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4) Les autres oiseaux
La rentrée ayant été avancée d'une demi-journée, l'après-midi fut consacré à la rencontre entre les Rosa et les élèves de l'Académie, et aux inscriptions effectives. Les élèves de l'Académie acceptant de prendre part active au programme d'échange recevaient un collier traducteur et la possibilité de s'inscrire aux nouveaux cours enseignées hors des créneaux déjà réservés, en échange de points bonus. Bien sûr, tous les Augures, et une bonne partie de l'UEI (Union des Élèves Irresponsables, qui incluait les premiers) s'étaient empressés de s'inscrire. Le Grand Réf avait été transformé en sorte de foire aux cours. Chaque professeur, appartenant à l'Académie ou non, se tenait derrière une table devant laquelle les élèves défilaient. Profitant de l'occasion offerte, cela remplaçait aussi la réunion de rentrée pour les options des jeunes 3ème Année. Mathis, Émi et Nil avaient d'ailleurs croisé Juliette en compagnie de quatre garçons de sa classe, dont son meilleur ami Raphaël Moulins, devant le "stand" du professeur Sindari.
– C'est irresponsable d'enseigner la Divination à cette fille, avait commenté Nil.
Mathis n'avait pu qu'approuver gravement. Sa cousine, née-moldue comme lui, avait non seulement le même don de manipulation des gens que lui, mais avait en plus une tendance agaçante à tout savoir avant tout le monde, et à monnayer ses informations contre des services.
Le trio s'approcha du stand de Yaira Delgado, une enseignante brésilienne venue donner les cours de Perception Éthérique, Tissage de Sorts, et Magie Élémentaire, qui concernaient beaucoup de Rosa. C'était ce dernier cours qui intéressait Mathis, le principe de pratiquer une magie sans baguette ne lui étant pas étrangère. Il y avait deux filles devant le stand. Une qui semblait à peine plus âgée qu'eux, aux cheveux frisés, en grande discussion avec la prof. L'autre était toute petite, pieds nus, son visage masqué par une cascade de cheveux. Sentant plus qu'elle ne vit le petit groupe approcher, elle écarta ses cheveux pour les saluer par politesse. Soudain, elle eut comme un choc, et se figea le bras tendu vers Mathis qui s'arrêta et fronça les sourcils se demandant si la petite sauvageonne était en train de lui lancer une malédiction vaudoue.
– Son… son aura…
Elle s'évanouit, rattrapée juste à temps par sa camarade. Celle-ci se tourna vers le groupe d'un air suspicieux. Lorsque son regard se posa sur Mathis, il luisit d'un étrange reflet azuré, et elle eut un mouvement de surprise.
– Senhora Delgado, vous devriez… jeter un coup d'œil.
– Qu'y a-t-il… Oh ! Ça par exemple !
– Oui je sais, mes cheveux sont magnifiques, pas la peine d'en faire un fromage ! s'agaça Nil.
– Non c'est… excusez-moi de vous le dire ainsi, jeune homme, mais votre aura est pour le moins… inhabituelle. Cette pauvre enfant… Duneska… je comprends qu'elle ait eu un choc.
– Qu'est-ce qu'elle a mon aura ? s'étonna Mathis.
– Hé bien tu vois, l'aura normale d'un sorcier se manifeste par un voile bleuté ondulant autour de sa silhouette, dans lequel circulent des nappes d'humeur de couleurs différentes. Je remarque que votre amie non-métamorphomage est un peu sur les nerfs.
– Comment vous savez que je suis métamo… oh, mon aura ? comprit Émi.
– Non, tes cheveux qui ont viré au lavande.
– Ah, lâcha Émi, gênée.
– Donc, intervint Mathis. Mon aura ?
– Oh oui, pardon. Ton aura…
– Ton aura ressemble à une grosse pieuvre dorée, avec des tentacules qui essaient de s'enrouler autour des gens. On ne voit quasiment plus le bleu.
– Toi aussi tu vois les auras ?
Isadora s'approcha de Mathis, et lui montra son œil. Son iris était entourée d'un cercle cyan qui dénotait sur ses yeux marrons.
– C'est à cette marque qu'on reconnaît les personnes capables de percevoir les auras, expliqua la brésilienne. C'est l'Éther, la… substance qui constitue le plan éthéré où évoluent les auras, qui provoque cette irradiation de l'iris.
À cet instant, la jeune Duneska qu'Isadora avait appuyée en position assise contre la table reprit connaissance, et ouvrit de grands yeux effrayés en direction de Mathis. Ses iris étaient entièrement cyan.
– Son… son aura…
– Duneska, c'est malpoli de dévisager les gens ainsi ! gronda doucement l'enseignante. Il est vrai que l'aura de ce garçon est inhabituelle, mais ce n'est pas une raison pour le craindre.
– Je suis inoffensif, assura Mathis.
Un de ses tentacules s'était discrètement immiscé au sol. La jeune fille, trop absorbée par la peur, ne l'avait pas vu. Quand le tentacule se referma sur sa cheville, la mine de Duneska s'appaisa. Yaira Delgado, elle, n'avait pas perdu une miette du spectacle, contrairement à Isadora qui avait cessé d'utiliser sa double-vue.
– Vous pouvez regarder dans le plan éthéré quand vous voulez ? admira Nil.
– Hé bien après un entraînement intensif, le changement de vue est assez simple. Mais il ne faut pas regarder trop longtemps l'éther, sinon…
– Sinon on finit comme moi : coincée ! gloussa Duneska, désormais plus à l'aise.
– Coincée ? C'est-à-dire ?
– Cette jeune fille a été très imprudente, grogna la prof. Les yeux de Duneska étant entièrement irradiés par l'éther, sa double-vue refuse de se refermer.
– Alors tu perçois les auras en tout temps sans effort ? résuma Émi. C'est plutôt cool !
Duneska haussa les épaules.
– Il n'y a pas que les auras des êtres vivants, dans le plan ethéré, expliqua la prof. Y évoluent des tas d'énergie, dont les courants de magie naturelle, et l'énergie des sorts. C'est une quantité de lumière constante que les yeux humains ont du mal à accepter, c'est prendre le risque de devenir aveugle.
– C'est pour ça que je me cache toujours derrière mes cheveux ! conclut innocemment Duneska.
– Mais au fait, je suis très malpolie, s'excusa la senhora Delgado. Que puis-je pour vous ?
– Hé bien nous venions nous renseigner sur la Magie Élémentaire… mais je pense que je vais plutôt m'inscrire au cours de Perception Éthérique ! sourit Mathis.
Et c'est ce qu'il fit. Il resta tout de même pour l'explication du cours de magie élémentaire, mais comprit que ça ne lui correspondait pas, contrairement aux deux filles qui s'empressèrent de s'inscrire. En revanche, il se laissa tenter par la Magie d'Invocation enseignée par la grecque Amyntas Michelakos. La prof avait l'air complètement cinglée, mais c'était monnaie courante ici. Enfin… la folie avait ses limites. L'une d'elles d'appelait Sigfus Leifsson. Le professeur de la Hekseri Akademiet était déchaîné : pour promouvoir son cours d'Art du Combat, il organisait des combats improvisés entre élèves. Certains élèves de l'Académie en profitaient pour régler leurs différends sans se faire punir… au grand désespoir des profs français. Et Sigfus d'en rajouter en frappant de son sceptre tout élève manquant de conviction à ses yeux. Presque tous ceux qui participaient repartaient avec des bleus, parfois un nez qui saignait, mais toujours avec une folle envie de recommencer, et les inscriptions au cours explosèrent les records à tel point qu'il fallut faire une pré-sélection parmi les élèves de Beauxbâtons afin que les autres puissent suivre leurs cours dans des conditions acceptables. L'inexplicable masochisme humain.
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– Toi ta gueule.
– Merci pour ta contribution, Juliette. Autre chose ?
– Non, sourit l'intéressée avec une fausse douceur.
– Bien, reprit Sertorius. Je déclare donc cette première séance de Mauvais Augure ouverte.
– Rappelle-moi pourquoi c'est toi le maître de cérémonie ? râla Juliette.
– Parce que je suis officiellement le nouveau bras droit de Mathis depuis le départ en Chasse de Triora, et qu'il est absent…
– Et il avait pas un bras gauche plus potable ?
– Hé tu vas pas m'emm… humph. Son "bras gauche", c'est Angela, qui est avec lui.
– Pardon mais…
– HA VOUS ALLEZ PAS VOUS Y METTRE AUSSI HEIN ! hurla presque Sertorius. ALORS MAINTENANT VOUS FERMEZ TOUS VOS BOUCHES ET VOUS OUVREZ VOS OREILLES !
– …
– Encore un mot, et je te pétrifie. Humph. Je déclare donc cette première séance de Mauvais Augure ouverte. En l'absence de Mathis, c'est moi qui dirigerai les opérations. Pour ceux qui l'ignore, notre vénérable chef Mathis et notre vampirique collaboratrice Angela sont actuellement en compagnie des représentants des clans de l'UEI pour coordonner les affaires de l'Académie, notamment en ce qui concerne les Rosa. Si les participants du raid contre Duncan savent à quoi s'attendre, les autres sont perplexes. Nous devons les briefer sur le véritable objectif de cette démarche. Baisse ta main, les questions c'est à la fin. Commençons par souhaiter la bienvenue à nos nouveaux membres : Éliza Robin, qui remplace Triora au pied levée, tout en jouant le rôle d'agent de liaison avec le Pavillon de Chasse avec celle-ci. Bienvenue, Liz !
– Merci, Serpent.
– Ensuite, nous rejoint Visperi Glazkov, ma sœur aînée, septère et génie ayant de nombreux contacts à la Giraglia où elle a pu rencontrer en personne Chaigidel l'Omniscient. Bienvenue, Vipère !
– Merci Serpent !
– Le côté Lonicera s'agrémente d'une nouvelle tête, Raven Luschek, dont le frère aîné Kraecz est à l'Académie des Gendarmages. Encore une taupe implanté dans le système. Bienvenue, Raven.
– Merci.
– Je me permet un doublé… nous rejoignent la sœur et le frère Niafasen, enfants des piliers de la communauté Athanasius Niafasen et Kallistia Castle, et neveux de la chasseuse affectée à la Faille, Sérène Castle. Bienvenue, Karol et Alois !
– Merci.
– Merci.
– Ensuite viennent les amis d'Alois. Cynder Travis, fille d'une employée du bureau central, et nièce de la directrice-adjointe, et Eva Soriano dont le père possède un moyen de transport à longue distance plus qu'utile, entre autres artéfacts et capacités. Bienvenue à toutes les deux.
– Merci.
– Alors on est définis par ce que nos relations apportent au groupe ? remarqua Eva.
– Non. Vous êtes recrutés pour ce que vos relations apportent au groupe, corrigea Sertorius. Vous y êtes définis par ce que vous faites. Voilà, maintenant je cite à titre d'honneur nos nouveaux membres Lorna Malétrix et Mydian Appelbaum qui sont absentes car également co-représentantes de l'UEI, et puis on enchaîne. D'abord les questions. Oui, Cynder ?
– C'est qui, Chaigidel l'Omniscient ?
– Alors d'abord… Mathis vous a tous expliqué ce qu'est l'Opus Tenebræ et le rapport avec ce qui se passe ?
– Oui.
– Chaigidel, dit l'Omniscient, est l'un des douze Ducs Infernaux. Le huitième selon l'ordre de description, mais le premier selon la chronologie. Chaigidel fait partie du triangle du Chaos. Je rappelle, ou j'apprends aux nouveaux, que le premier triangle est celui de la Peur, formé par Azazel, Zomiel et Azraël, et que le second est le triangle de la Destruction, avec à sa tête Samaël. Azazel et Azraël, qui se faisait appeler l'Ange Déchu, sont morts, et Zomiel devrait être la prochaine à tomber si on se débrouille bien. Plusieurs d'entre nous ont rencontré Zomiel, et sont donc des cibles privilégiées de la métamorphomage. C'est pourquoi il nous faut du sang neuf. Mais il nous faut aussi une question de sécurité.
– Une quoi ? se réveilla Camille, qui commençait à somnoler en bout de table.
– Une question de sécurité. C'est mon père qui m'a parlé de ça. L'Ordre du Phénix en utilisait durant la seconde guerre des ténèbres au Royaume-Uni, parce que les Mangemorts recouraient au Polynectar. Et à l'époque, il n'y avait pas assez de matériel pour le détecter. Mais nous, nous n'avons rien pour identifier Zomiel. Ici, nous sommes en sécurité, mais dehors, chaque personne, même vos proches, peuvent être Zomiel. Elle est potentiellement partout. Alors chacun va décider d'une question dont seul un membre de Mauvais Augure peut connaître la réponse. Ce sera le moyen de nous assurer de nos identités en dehors. N'oubliez surtout jamais de la poser. Dans l'idéal, ce doit être un secret que tout le monde ignore, y compris votre propre famille. Du moins un minimum de personnes. Je sais que ça regroupe vos secrets les plus honteux, mais c'est justement le but de cette confiance absolue. Dehors, ce n'est pas un jeu. Ce sont des monstres qui tuent des innocents pour un idéal tordu et dangereux. Et dans le cas spécifique de Samaël, des meurtres gratuits pour l'amusement. Tout le monde est en danger. Alors je vais commencer, en vous révélant une chose que la seule personne au monde le sachant déjà est dans cette pièce : ce n'est pas Visperi qui a causé la mort de Cariesa Quidma en causant un accident magique. Ce sort devenu entropique qui entre autres nous a valu ces cheveux gris, c'était une tentative de nécromancie pour ramener Cariesa à la vie après qu'elle ait chuté dans les escaliers… à cause de moi qui la poursuivait. Voilà. Je n'ai jamais pu l'avouer à personne, mais je suis directement responsable de sa mort.
– Attends… de la nécromancie ?! s'étonna Camille. Mais vous aviez quel âge ?!
– J'avais quatre ans, et Visperi six.
– Je suis une septère, précisa l'intéressée.
– Hum, voilà. Je vous invite chacun votre tour à vous confier d'un lourd secret qui nous liera, et ensuite Camille vous expliquera l'objectif du Projet Rosa. D'ailleurs… Camille, puisque tu sembles avoir envie de parler ?
– Certains d'entre vous en ont peut-être entendu parler au détour d'histoires, ou se souviennent de la Ballade de Morgane. Les dryades existent bel et bien, et vivent sur Avalon en Brocéliande, et Morgana était en effet l'une d'elles. Et je suis bien placée pour le savoir, parce que je suis la fille de l'une d'elles. C'est… un peu compliqué à expliquer, mais je suis la fille biologique d'une dryade, et de ma mère humaine. Cette dernière m'a promis que je la rencontrerai bientôt, peut-être durant les prochaines vacances. Juliette, un secret ?
– Un secret très honteux, oui, soupira la petite blonde. Ce que je vais vous révéler aujourd'hui ne doit jamais quitter la pièce. Et je veux dire qu'il doit être également caché aux membres absents aujourd'hui. À un membre en particulier… c'est à moi et à moi seule de lui en parler.
– De quoi s'agit-il ? l'encouragea Sertorius.
– Ça fait plusieurs mois que j'ai découvert que je ne suis pas Née-Moldue…
– Ce n'est pas grave, ça, sourit Camille. Ça arrive qu'on ignore l'existence d'un aïeul sorcier dans sa famille.
– Ce n'est pas ça… j'ai découvert ça en apprenant que mon véritable père est sorcier… et le père de Mathis.
– Tu veux dire… Oooh, comprit Karol.
– Je veux dire que le père de Mathis a trompé sa mère avec sa propre sœur, et que je suis la demi-sœur de Mathis. Et que son… que notre père n'est pas mort. Tante Marianne l'a chassé de la maison quand elle l'a appris, et il est parti on ne sait où.
– Mais alors son frère… enfin votre frère ? se souvint Camille.
– Thomas est un cracmol. C'est moins rare dans les couples mixtes. Voilà mon secret, et j'attends que vous le gardiez. Karol, à ton tour.
– Mais comment tu l'as appris ? intervint Éliza.
– Pas de questions, répliqua Juliette d'un ton qui ne laissait aucun doute sur son sérieux. Karol, à ton tour.
– Bon, d'accord. Alors… quand nous étions petits, mes cousins avaient un jeu particulièrement idiot qui consistait à aller voir un épouvantard enfermé dans une cage de verre dans la cave du musée privé de notre grand-père, et le but du jeu était de rester le plus longtemps enfermé avec. Pour ceux qui l'ignorent, les épouvantards étant immatériels, ils ne peuvent pas vous toucher. Leur seul moyen de vous atteindre, c'est par la peur. Alors quand ils m'ont enfermé dans l'aquarium… j'ai fermé les yeux, et je suis restée comme ça jusqu'à ce que mon cousin Hyeronimos vienne me sortir de la cage avec brutalité, une expression de colère et de mépris sur le visage. Je pensais que c'est parce qu'il en avait marre que je triche en fermant les yeux. Mais en ouvrant les yeux, j'ai compris. Je me suis retrouvée confrontée à ma plus grande peur. La terreur d'une petite cracmolle dans une des plus puissantes familles de Sang-Purs du Monde : mon propre grand-père. Hyero ne m'a plus jamais adressé la parole après ça, je crois qu'il n'a pas apprécié la vision macabre que j'avais… que j'ai du chef de famille Niafasen.
– Je n'avais jamais entendu parler de ça ! s'étonna son petit frère.
– C'est normal, Alois. Tu n'avais pas besoin de le savoir. Je suppose que c'est au tour de Raph ?
– Je vous avouerai que je n'ai rien d'aussi… profond à avouer, avoua Raphaël Moulins. Mais puisqu'on en est là : mon premier baiser m'a été donné par Juliette ici-présente, et…
– Je vais t'étrangler dans ton sommeil ! jura Juliette.
– … Et bien que ce fut fort agréable, ça n'a rien changé entre nous, continua Raph sans se soucier de sa camarade. En fait je me demande parfois si je ne suis pas gay.
– Ça ne te sauvera pas de ma vengeance, salopard.
– À la bonne heure.
– Allez, maintenant, il n'y a plus que des petits nouveaux ! invita Sertorius. Vipère ?
– Ayant passé la majorité de ma vie enfermée dans un asile, je n'ai pas énormément de secrets à partager. Mais j'en ai un, tout de même. Personne ne le sait, et toi non plus, Sertorius, j'en suis navrée. C'était trop dangereux.
– "Sertorius" ? Si tu m'appelles par mon prénom, c'est sérieux, ricana l'adolescent.
– Oui, c'est sérieux. Il y a quelque temps, j'ai difficilement la notion du temps en l'absence de repères fiables, mais je dirais un an et demi, une femme, trentenaire, est venue me rendre visite. Cette femme a dit s'appeler Lizardi Glazkov. Elle serait une de nos cousines ukrainiennes. J'ai refusé de la voir, et après plusieurs tentatives, elle a finalement arrêté d'essayer de me rencontrer.
– Tu en as parlé… ? commença Sertorius.
– À qui ? ricana sa sœur. À Mère ? Elle ne vient plus me voir depuis presque un an. À Père ? Si elle est venue l'assassiner, je l'encourage à grands cris. Je t'ai fait une promesse, petit frère, et je la tiendrai : je détruirai ce monstre qui a profité d'un terrible accident pour faire enfermer à vie sa fille parce que j'ai un don qui risque de lui faire de l'ombre. Korbaa Glazkov est un salopard de la pire espèce. Et si cette Lizardi est de mon côté, alors elle est la bienvenue. Raven, c'est ça ?
– Oui, sourit la Polonaise. Plusieurs d'entre vous savent déjà que j'ai tué un vampire, avant que nous quittions la Pologne. En revanche, ce que tout le monde ignore, c'est que contrairement à ce qu'Angela a raconté pour me couvrir, et elle le sait très bien, ce vampire n'était coupable d'aucun crime. J'ai… j'ai assassiné un innocent par simple peur, et mes parents ont dû quitter le pays de mes ancêtres, parce qu'il dépendait de la juridiction du Royaume Vampirique d'Occident aux yeux duquel je mérite la peine de mort. C'est le gouvernement sorcier polonais qui a négocié un banissement à vie, arguant que c'est lui qui m'avait attaqué, que l'absence d'antécédents connus ne l'innocentait pas, et que je n'étais même pas encore une sorcière de premier cycle, dont pas jugée responsable de mes actes selon la loi sorcière selon le Code International. Les jeunes, le ou laquelle veut commencer ?
– Allez, je me lance, répondit Alois. Alors ce que je vais vous révéler n'est pas inconnu de certaines personnes en dehors de Mauvais Augure et de ma famille, mais c'est un secret encore très bien protégé. Comme vous le savez, nous sommes les héritiers de deux très grandes familles allemandes, qui s'implantent en France. Officiellement, Erwin est l'héritier de la Maison Niafasen, et Karol et moi sommes mis à la dot pour forger des alliances. Mais notre mère est actuellement en pleines démarches administratives pour obtenir un Contrat de Préservation afin de faire de moi l'héritier de la branche française des Castle. D'ici un an ou deux, je pourrais bien changer de nom, et devenir Alois Castle, potentiellement l'héritier le plus riche et le plus puissant du pays, éclipsant les Ballessaim en tant que première fortune de France bien que ce titre soit officieusement déjà détenu par nos parents. Eva ?
– Hé beh c'est pas la joie tout ça. Je ne sais pas comment je vais pouvoir enchaîner là-dessus, moi…, soupira l'espagnole. Bon hé bien je suppose que ça peut faire l'affaire, vu que même mon propre père l'ignore désormais : ma mère s'appelait Pastora Casales, elle a étudié ici en tant qu'Aloysia, et a véritablement rencontré mon père durant leur première année ensemble en Chasse. Ils ont étudié en France, ont vécu ensemble en Espagne sans être mariés, et hormis les traces vagues qui ne les relient qu'à peine dans les registres, il n'existe plus personne pour se souvenir de leur lien à part moi.
– C'est mignon, sourit Cynder. Moi mes parents se sont rencontrés pendant la Finale des Concours de Connaissance 2002. À l'époque Poudlard y participait aussi, la finale y avait eu lieu, et Papa était un des jurés. Maman avait seize ans, c'était sa dernière participation. Enfin bref pour cela n'a rien de secret. Un secret… un secret… Ha, je sais ! Il y a quatre ans, j'étais allée visiter Poudlard avec mon père, et le temps qu'il discutait avec la directrice d'un truc important dans le couloir, j'étais restée seule dans le bureau. Et il y avait ce vieux chapeau sur une chaise…
– Le choixpeau ? reconnut Sertorius.
– Le quoi ? s'étonna Eva.
– Le choixpeau est un chapeau magique qu'ils utilisent à Poudlard pour répartir les élèves à Poudlard, expliqua l'ukrainien. Tu l'as mis sur la tête ?
– C'est lui qui m'a proposé, se défendit Cynder.
– Et alors, dans quelle Maison tu aurais atterri ?
– Si mon père n'avait pas dû venir travailler ici, j'aurais fini… à Gryffondor.
– Oh, dur ! ricana Alois.
– J'ai toujours trouvé que tu avais une grande gueule ! fit remarquer Juliette.
– C'est l'hippogriffe qui se fout de la chimère ! répliqua la cadette. J'vous emmerde tous !
– C'est bien un truc de Gryffondor, ça…, glissa Sertorius, l'air de rien.
– Va chier, va chier, et va chier.
– Ceci étant dit, on va peut-être pouvoir enchaîner. Camille, un topo sur le Projet Rosa ?
– Merci Serpent. Comme vous le savez, le Projet Rosa est un programme d'échange visant à scolariser, pour une durée d'un an, des élèves du monde entier triés selon des critères assez stricts de mérite, à l'Académie de Beauxbâtons. Vous ne voyez pas l'intérêt pour Mauvais Augure, présenté ainsi ? C'est normal. Mais si je vous dit qu'en période particulièrement dangereuse de préparation du triangle de la Destruction, se réunissent à l'Académie de Beauxbâtons les jeunes sorciers les plus intelligents du Monde.
– Par les couilles de Merlin.
– Cynder, langage ! gronda Eva.
– Ta gueule. Attendez, t'es en train de nous dire que ce soit-disant projet linguistique…
– … Est une campagne de recrutement pour une armée de cerveaux, confirma Camille. C'est plus facile à gagner la partie, si t'as trente atouts de plus dans ta manche.
Mauvais Augure continua à débattre des implications, et des nouvelles de l'été (encore plus rares maintenant que la Prévôté avait trouvé le moyen de museler l'Intrigue), jusqu'à ce que Mathis et les trois autres les rejoignent. Nouveau défriefing, et chacun se sépara, sauf Sertorius, Mathis… et Juliette.
– Pourquoi cette histoire de secret honteux ? demanda Juliette.
– Parce qu'on donne ainsi le moyen de nous détruire à nos alliés, expliqua Mathis. C'est le meilleur moyen de se protéger d'une trahison.
– Elles ont joué le jeu, mais je doute que les secrets d'Eva et Cynder ne les exposent à quoi que ce soit.
– Ni celui d'Alois, remarqua Sertorius. Pas à long terme en tout cas.
– Parce qu'ils ne seront impliqués dans rien, répliqua Mathis. J'ai une responsabilité personnelle envers eux, en particulier envers Eva Soriano. Je refuse qu'un seul d'eux se mette en danger, ou s'essaie à la magie noire.
– À ce propos, je crois avoir trouvé un moyen de contourner la sécurité de la partie suivante, annonça Sertorius. Nous allons enfin savoir comment nous débarrasser de Zomiel, et trouver les deux sbires de Samaël.
– Génial ! Va récupérer ton Opus, Carter doit l'avoir dans son bureau.
Sertorius acquiesça, et quitta la pièce.
– Je devine que ce que tu as à me dire concerne ton fameux secret honteux du jour. Je t'écoute.
Embarrassée, Juliette raconta tout à son demi-frère.
– Voilà, tu sais tout… Je suis désolée de te l'avoir caché, mais…
Mathis soupira.
– Je comprends. Ça explique pourquoi j'ai jamais pu te saquer, si t'es ma petite sœur.
– Heeeuuuuu…
– Tu sais quelque chose à propos de notre père, hormis qu'il est en vie ?
– Ma mère n'a rien voulu me dire. Mais elle m'a assuré que Tata Marianne pourrait nous répondre.
– Je vois. En tout cas, c'est Thomas qui va être content. Finalement, il va avoir droit à un permis de circulation cracmol légal. Mais par sécurité, nous devons le retrouver avant. Je vais écrire une lettre.
– D'accord. Je… je vais y aller.
– Juliette ?
– Oui ?
– Merci.
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Mathis,
Je suis désolée que tu l'aies appris de cette manière. Comme tu l'as déjà compris, votre père a perdu à mes yeux le droit de faire partie de cette famille, et ne s'est jamais lui-même battu pour ça. Cependant, ce n'est ni à moi ni à lui de faire ce choix à votre place. Je m'excuse de l'avoir fait, mais malgré tout je ne regrette pas d'avoir cherché à vous protéger.
Tu es assez mature et intelligent pour faire les bons choix. Protège Juliette, c'est ton rôle maintenant. Votre père s'appelle Armin Heriaas. C'est un ancien élève de Mighty Adler, c'est tout ce que je peux te dire qui puisse t'aider, il n'a laissé aucune indication sur une quelconque adresse. Ne fais rien sans réfléchir, je te fais confiance.
Ta maman qui t'aime.
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Mathis ne parla de la lettre à personne d'autre qu'à Juliette et Karol. C'était son secret, son fardeau. Bien sûr il faisait confiance aux Augures, mais il avait promis de ne jamais les impliquer dans ses machinations contre leur gré, et il considérait que ça entrait dans cette catégorie étant donné ses motivations. Karol, elle, savait ce que c'était de se sentir rejetée par un membre de sa famille. En outre, elle connaissait beaucoup de monde en Allemagne.
Les cours avaient commencé depuis le début de la semaine. Moins un jour pour les 4ème A et L, qui avaient leurs lundis libres. Aujourd'hui, après le cours de Maths, la matinée se poursuivait pour la classe des Augures par un cours de Potions. Il y avait six Rosa dans leur classe. Les jumeaux Alessandri étaient en binôme. Caaren von Adowa et Eurydice Wilkins avaient déjà sympathisé durant le trajet à bord du Morskoyvolk, surtout grâce à l'éxubérance de leur compagnon de voyage, respectivement Isaki Ngcobo, qui était dans la classe de Lorna en 5ème A, et Nyurapayia Nakamarra, qui en compagnie de sa nouvelle meilleure amie Isadora Castilho semait déjà un doux bazar parmi les 4ème U avec Sertorius et Mydian. Et enfin, Greta Salers appréciait le caractère bien trempé de Lyon Rooney qui comme elle étudiait dans une école élitiste prônant le sang Pur. Tous s'intégraient plutôt bien. Il fallait dire qu'Aloysia était l'Ordre de la cohésion, personne ne pouvait s'y sentir exclu en principe.
Ce premier cours de Potions de 4ème Année portait sur la potion d'Aiguise-Méninges. La liste d'ingrédients était fort simple : un grand chaudron d'eau à feu moyen, du cacao, de la bile de tatou, et des épines de porc-épic en poudre. Mais il fallait ajouter chaque ingrédient plusieurs fois dans un ordre précis, en quantité précise, en versant très lentement jusqu'à obtenir une couleur précise, et la moindre erreur gâchait tous les ingrédients et obligeait à recommencer. Le but de la partie pratique du cours fut de réaliser le plus de flacons possible en une heure, sachant que chaque chaudron réussi pouvait remplir six flacons.
Même l'enseignante, la jeune Célestia Attorney, se prêta au jeu, et parvint à établir un petit record en remplissant 78 flacons, soit 13 chaudrons entiers réussis, avec un seul chaudron gâché entre le 9ème et le 10ème. Et puis elle décida que ça ferait un barème acceptable pour une note surprise, et que pour obtenir l'Or il faudrait avoir préparé 10 chaudrons en s'étant trompé moins de deux fois. Ils ne furent que trois binômes sur onze à y parvenir : les indétrônables Karol et Erwin, les éternels seconds Amara et Octavius, et les outsiders Greta et Lyon à égalité avec les précédents.
L'après-midi commença par un cours de Perception Éthérique. Par égard pour l'enseignante en fauteuil roulant, une des salles de travail du rez-de-chaussée (qui servaient tellement peu souvent que l'une d'elles était depuis cinq ans le QG de la Légion de Lucian) en salle de classe. Les élèves étaient peu nombreux, et le créneau avait été choisi parce que les élèves de l'Académie ayant choisi de suivre ce cours faisaient partie d'une des quatre classes libres à cet horaire. Ainsi furent réunis Mathis Devaux et Amara Quidma des 4ème A, Flora Aubry et Gulliver Russier des 5ème A, Émilie Montel des 5ème L, et Aurel Thirion des 6ème L aux Rosa qui suivaient cette matière en temps normal : Duneska Henry et Michaëlle Saint-Cloud de l'Île aux Sorciers et Isadora Castilho de la Perle de Bahia. Son alter-ego australienne Nyurapayia Nakamarra était la seule Rosa inscrite volontairement à cette Option en supplément.
Mathis connaissait très peu ses camarades, à part la distante Amara, mais avait déjà eu l'occasion de discuter avec Gulliver qui jouait au poste de poursuiveur dans l'équipe de Quidditch des rouges aux côtés d'Émi, et s'assit donc à ses côtés.
– Bonjour à tous, je suis le professeur Yaira Delgado, enseignante à l'École Brésilienne de la Perle de Bahia. Je suis ravie de voir que cette matière motive autant de troupes compte tenu de son absence quasi-totale de réputation. Étant donné que vous êtes sept débutants sur dix, je vais organiser ce cours de la manière suivante : il s'agira d'un cours de niveau 1, et Isadora et Michaëlle seront mes assistantes. Durant les phases de théorie, vous travaillerez toutes les deux sur des sujets de votre niveau, et durant les phases de pratique vous aiderez les autres. Duneska, étant donné ta situation particulière, tu seras dispensée de l'heure de pratique, et tu seras libre de partir, ou de profiter de mes connaissances dans d'autres domaines pour t'y essayer, notamment en magie élémentaire via une canalisation éthérique. Ce ne sera ni évalué, ni apposé à ton dossier sauf si cela tourne en ta faveur. En revanche, j'attends de toi un travail d'autant plus important sur la théorie. C'est clair pour tout le monde ?
– Oui Madame ! s'écria un peu trop fort la cadette lucienne.
– J'apprécie ton enthousiasme, Duneska, mais la salle est petite, et nous ne sommes que dix, sourit la senhora Delgado. Alors baisse d'un ton ou deux, la prochaine fois, s'il te plait.
– Pardon Madame ! Désolée.
– Commençons par un peu de théorie. Sortez de quoi prendre des notes. Et marquez-moi votre prénom sur un bout de parchemin que vous mettrez devant vous, ça sera plus simple pour faire connaissance. On se dépêche, hop hop hop ! Merci. Alors, parmi les élèves de l'Académie, qui peut me dire ce qu'est la Perception Éthérique ? Je t'écoute, Amara.
– La Perception Éthérique est l'art d'ouvrir sa double-vue magique au plan éthérique afin d'analyser les mouvements des flux de magie, et parfois les manipuler, répondit la blonde aux yeux corail.
– Excellente réponse. Le Plan éthérique est entièrement constitué d'Éther. L'Éther, aussi appelé Vide Quantique, est une énergie primordiale stable dans lequel évolue les flux de magie. On le considère souvent comme le cinquième élément, parce qu'il répond à tous les critères : existence universelle, indivisibilité, et interactivité avec les quatres autres éléments. Cette "double-vue magique", sauriez-vous me dire qui la possède à la naissance ? Nous t'écoutons, Aurel.
– Tout le monde ? Enfin je veux dire tous les sorciers ?
– Excellente… tentative échoué. Non. Quelqu'un d'autre ? Flora ?
– Euuuuh… ceux qui ont un don de prescience ?
– Tu confonds double-vue et troisième œil, jeune fille. Hum, Personne ? Michaëlle ?
– Personne, Madame. La double-vue s'obtient par le travail.
– Exactement. La double-vue est, à l'instar de certaines capacités comme l'animagie, une capacité qui s'acquiert par le travail. À la Perle de Bahia, les élèves sont tous amenés à flirter avec l'Éther, car nous leur enseignons la magie élémentaire en les amenant à observer les interactions de l'élément qu'ils doivent maîtriser avec leur élément de prédilection. Nous pourrons le faire à l'occasion, mais ce n'est pas le but de ce cours. Cette année, je vais vous apprendre à percevoir les auras des êtres vivants, et pour les plus assidus d'entre vous, celle des objets magiques. Qu'y-a-t-il, Flora ?
– Mais Madame, si tout est dans l'Éther, il suffit d'avoir la double-vue pour voir toutes les auras, non ?
– Non ! Vois-tu, le terme de "double-vue" est un abus de langage signifiant qu'il faut regarder au-delà des perceptions visuelles traditionnelles. En réalité, il s'agit plutôt d'un jeu de lentilles de plus en plus précises, qui permettent de voir des énergies éthériques de plus en plus diffuses. Et je pense que c'est le moment idéal pour enchaîner sur quelque chose d'important. L'éther dégage des radiations. Des sortes d'ondes d'énergie passive qui servent aux flux magiques et élémentaires à communiquer entre eux, telles que le font toutes les particules élémentaires qui constituent l'univers. Le problème, c'est que comme toute les radiations, cela à un effet dégénératif sur les cellules vivantes. Dans ce cas précis, les radiations éthériques décolorent l'eumélanine, qui détermine la couleur des yeux d'un individu, faisant apparaître un cercle cyan sur le pourtour de l'iris, qui se resserre tout au long de votre vie selon le temps que vous consacrez à contempler l'éther. Et plus vous irez loin, plus vos iris se décoloreront vite. Et là est le véritable danger : si la totalité de vos iris est "consommée" et que l'éther atteint vos pupilles, vous prenez le risque de perdre l'usage de la vue.
– Paradoxalement, elle peut vous la rendre, intervint Michaëlle Saint-Cloud. Je suis aveugle depuis ma naissance, mais grâce à la Perception Éthérique, j'ai découvert le sens de la vue. Et mon objectif cet année est d'être capable de percevoir les auras des êtres vivants à volonté. Je ne risque pas vraiment de perdre la vue de toute façon…
– Merci pour ton témoignage, Michaëlle. Et je dois vous mettre en garde contre un autre danger : celui de rester bloqués. Ça arrive lorsqu'un élève non préparé essaie d'aller trop loin, et que son esprit perd le chemin.
– Et que se passe-t-il alors ? paniqua presque Émilie.
– Il devient alors impossible pour vous de fermer votre vue à l'Éther. Vos iris se désagrègent peu à peu jusqu'à être entièrement cyan, et si vous ne devenez pas aveugle, ce qui arrive peut-être dans 95% des cas, il vous est tout de même impossible de percevoir le monde de façon normale à nouveau. de manière presque unanime, les personnes qui ne sont pas devenues aveugles avaient à l'origine des iris presque noirs.
– Vous connaissez quelqu'un à qui c'est déjà arrivé, Madame ? demanda Flora.
– Duneska, s'il te plaît ?
À la sollicitation de l'enseignante, la toute petite adolescente écarta sa masse de cheveux composée d'immenses tresses et de colifichets en tous genres, révélant à nouveau son visage sombre couvert de peintures chamaniques, et ponctué de deux grands yeux aux iris entièrement cyan. Des murmures impressionnés, choqués ou de compassion parcoururent la petite salle. Duneska sourit de toutes ses dents.
– Et vous voulez voir le plus cool ? Madame, je peux ?
– Je t'en prie.
– Attention… Œil du Jaguar !
Cette fois-ci, ce fut un murmure de surprise unanime. Les yeux de l'adolescente s'étaient allumés comme de puissants néons légèrement bleutés.
– Cet état de perception, que l'on appelle Perception Synergique, et non "Œil du Jaguar", permet de percevoir la totalité des plans de l'Éther en même temps. Comme je l'ai dit tout à l'heure, c'est impossible ou presque d'atteindre un tel niveau de maîtrise en une seule vie. Je peux compter sur les doigts d'une main ceux qui y parviennent sans avoir été bloqués auparavant. Je pourrais citer parmi eux le professeur Casdoso de la Perle de Bahia. Maintenant que vous êtes tous au courant des risques que vous encourez, vous pouvez quitter dès à présent ce cours si vous n'êtes pas prêts à les prendre. Vous êtes tous assez âgé aux yeux de la loi française pour prendre vos propres décisions rationnelles. Sauf Duneska, mais la question ne se pose pas… Jeune fille ! Éteins-ça s'il te plaît.
– Pardon, Madame, s'excusa Duneska en fermant son esprit à la perception synergique.
– Nous perdons du temps, nous perdons du temps… rangez vos affaires, et tout le monde debout !
Les élèves s'exécutèrent. La prof jeta alors un sort informulé accompagné d'une arabesque compliquée, et toutes les pattes des tables raccourcirent en même temps jusqu'à ce que les tables soient un peu plus basses que les chaises.
– Montez dessus. Isadora, il y a une boite sur mon bureau, avec des amulettes de concentration. Distribue-en aux sept élèves. Michaëlle, tu as bien la tienne ?
– Oui Madame, confirma l'haïtienne en sortant un pendentif de jade de son col.
– Parfait. Alors je t'en prie, pendant qu'Isadora distribue, explique-nous comment peut-on utiliser une amulette pour développer une double-vue ?
– Les amulettes de concentration, à l'instar des baguettes, permettent de canaliser notre propre magie de manière à jeter des sorts complexes. Mais leur fonctionnement est inverse : alors que les baguettes emploient un bois magique renfermant un cœur plus puissant encore pour canaliser et donner forme à notre magie en direction de l'extérieur, les amulettes de concentration nous permettent grâce à un enchantement similaire à celui des gemmes vampires de capturer les énergies magiques alentour depuis une source précise pour ensuite les modeler grâce à l'action de notre volonté sur notre magie interne. Ces sources précises sont au nombre de cinq : terre, eau, feu, air, éther. On peut canaliser l'éther de manière non seulement à composer de manière proactive un sort de double-vue qui mènera à terme à comprendre instinctivement le travail sur soi pour le faire sans support, mais aussi et peut-être surtout à forcer notre corps et notre magie interne à supporter le contact direct de l'éther, qui est plutôt agressif.
– Merci Michaëlle. Vous voyez tous ce qu'elle veut dire ?
– Pour moi en tout cas, ça roule ! répliqua la haïtienne aveugle, tirant un ricanement nerveux à sa jeune camarade Duneska.
– C'est de bonne guerre, sourit l'enseignante en poussant les roues de son fauteuil pour aller se placer juste devant le premier rang. Jeune homme, ton prénom ?
– Ah pardon, je crois que j'ai marché dessus. Mathis, Madame.
– Mathis, répète-moi tout ce que Michaëlle vient de dire sur l'usage des amulettes de concentration.
Mathis s'exécuta, répétant tout au mot près.
– Bravo. Dommage que votre école n'a pas de système de bons points.
– La politique de Beauxbâtons décourage la compétition entre les élèves. Mais si vous y tenez, j'accepte volontiers ces points à titre personnel.
– Ah ah ! Faisons ça. Mettons qu'à chaque tranche de 100, vous gagnerez un point bonus sur le prochain contrôle. Alors… ça sera 5 points pour Mathis, 30 points pour Michaëlle, et 10 points pour Amara. Allez les jeunes, on n'a pas toute la journée, la plupart d'entre vous ont encore cours à 15h. Prenez tous vos amulettes en main, et fermez les yeux. Redressez le dos, et respirez à fond. Concentrez-vous sur la petite pierre dans votre main et sur ma voix, et uniquement sur ces deux choses. Gardez le dos droit, relâchez vos épaules. Respirez à fond. Je vais compter jusqu'à 10. À chaque décompte, vous devrez imaginer un flash de lumière bleue dans votre tête, et au dixième vous devrez ouvrir les yeux en même temps que vous le faites. 1 ! … 2 ! … 3 ! … 4 ! … 5 ! … 6 ! … 7 ! … 8 ! … 9 ! .….…. 10 !
– Ça marche ! s'écria Flora. Ha non, non, ça ne marche plus !
– Parfait, parfait ! 10 points pour Flora. Qui d'autre a réussi, même un instant ? Levez la main ? Amara et Nyurapayia… Nyurapayia ?
La senhora Delgado roula jusqu'au fond de la petite salle pour voir de plus près l'australienne dont le regard était figé dans le vide.
– Je l'ai toujours, Madame.
– Isadora, tu m'avais promis…, soupira l'enseignante.
– C'est pas ma faute Senhora, elle a insisté !
– Allez, relâche tout, Nyurapayia. Ça sera 20 points pour toi, mais ne maintiens plus la vue aussi longtemps sans entraînement préalable. Et Isadora, je t'interdis de l'entraîner en mon absence, sinon je devrai sévir.
Isa et Pia se mirent à se chamailler en chuchotant, tandis que la prof retournait à l'avant de la salle pour proposer un nouvel exercice. Quand Mathis parvint enfin à quelque chose de très fugace au cinquième essai, il ne put retenir un grand sourire candide. Né-Moldu ou Sang-Mêlé, il restait un sorcier fichtrement doué avec un peu d'entraînement !
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"C'est un gag, c'est ça ? Je vous sens gaguesque…" HÉ BEN NON. Juliette est bien la demi-sœur de Mathis, et leur père est encore vivant. et oui, c'est prévu comme ça depuis le début (enfin précisément depuis la création effective de Juliette en tant que personnage actif, donc entre le tome 1 et le 2). Et oui, c'est important. Et non, il n'y avait aucun indice, cette fois-ci. Mais de toute façon même avec des indices gros comme un dragon vous passez à côté (sauf StElia, Allan, et une lectrice qui n'arrivera sûrement jamais jusqu'ici vu qu'elle n'a jamais fini le tome 1). Mais je vous aime quand même.
Bon vous connaissez la musique, je ne vous donne pas rendez-vous mais je reste dans le voisinage proche ! Ĝis revido, karamikoj !
