Hello from the other siiiiiiiide ! Ça n'a pas été si long, finalement, hein ? Bon, comme vous l'avez remarqué, le chapitre précédent est extrêmement condensé d'informations. De plus, j'avais tout fait bien et la page s'est actualisé et j'ai pas la force de recommencer. Alors pas de résumé. Si vous avez oublié, retournez relire le précédent, de toute façon il y a trop de trucs à dire, et aucun en rapport avec ce chapitre.
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Avant les reviews, je tiens juste à m'excuser pour ne pas avoir donné d'explication pour le VOODOO. Voilà donc !
Le VOODOO, Vindicative Organisation d'Observation des Dangers et menaces Outre atlantique et Orientaux, est l'équivalent aux États-Unis du Département des Mystères : l'agence d'espionnage gouvernementale. Ses agents sont appelés Mains-Grises, et nous en connaissons au moins trois dans le Multivers : le professeur de potions de Poudlard Fiachna Duffy dans Renouveau, ex-agent renégat ; le mari d'Exane Mason (et pour ce qui nous concerne, l'oncle de Danielle Bourgeois) Alexander Bailey dans les Marchands de Secrets, agent de rang maximal ; et enfin notre cher Malwen Carter, agent dormant en roues libres.
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Sérieusement, vous devenez tellement nombreux que je vais finir par devoir répondre aux gens connectés par MP. Pas que je me plaigne hein ! C'est un accomplissement en soi d'avoir "trop" de lecteurs !
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Hello Célia ! Oui, tu n'échapperas pas à ce nom de plume, je vais le graver dans l'Histoire !
Oui il se passe des tas de choses ! Et ton autodescription (fausse ! t'es une génie !) me fait penser à Déborah Levinsky dans la websérie Flander's Company : elle est tellement vide de toute idée que quand un psychique essaie de s'introduire dans son cerveau, il ne voit qu'une grotte vide avec beaucoup d'écho.
L'occlumancie par le trop-plein est une idée qui me vient d'Eragon et son gros doigt de pied, mais aussi du mur de Volodias d'Alva dans le Parfum qui relève du même principe absurde donc fonctionnel de saturation incongrue.
Sam est un peu plus jeune que Carter. Moins de 30 ans.
Allez, fais-nous un miracle dans ce chapitre, Sherlock ! Pleins d'indices partout !
Saluton Andouille ! Oui, les vampires existent dans l'univers HP de manière canon, mais personne (Joanne comprise) n'en fait rien. Alors j'avoue m'être fait plaisir avec eux ! Suffit de voir leur langue quoi…
Les Bourgeois/Mason/Pivert(/Bailey) sont issus d'un tel brassage de sangs spéciaux que les pouvoirs étranges sont une norme chez eux. C'est un peu les Volturi (Twilight) du Multivers en fait. En mieux.
Salut, Kuro No Kage (un diminutif serait possible ?). À ta guise, mais plus tu vas loin, plus la relecture aura du sens. À l'instar de Bottero (sans être aussi doué que lui), je laisse trainer des indices de fil rouge à parfois trois tomes d'avance !
OUI MERCI DREAMER J'AI MERDÉ HEUREUSEMENT QUE T'ES LÀ. Et sans me vanter, je suis très satisfait aussi de ce que j'arrive à faire avec Dani.
Hey, MissHiwatari ! Tous les commentaires sont intéressants (et même VITAUX pour les auteurs, on s'en nourrit), merci à toi.
HA HA HA au moins une qui est tombée dans mon piège ! Non, c'était juste pour l'ambiance. Mais je me suis dit que certain·e·s allait quand même y chercher des indices, alors j'ai tenté le coup.
Platypus Allan. Je ne sais franchement pas quoi te dire de plus qu'aux autres, avec tout ça alors… Miaou ?
Bonjour Mowgli. C'était super galère d'écrire une Luna adulte crédible, je suis content qu'elle plaise !
Bienvenue, alors, Grippe-Sou ! Oui, je suis plus fou que toi, cherche pas. C'est écrit dans le soleil en lettres de tantale gazeux, et même dans les constellations en Bas-Sumérien.
Non mais pour Gellert Nurm, c'était juste le faux nom le plus stupide qu'on puisse imaginer. Sauf que vu que ledit Gellert Nurm n'était à l'origine qu'un détective privé maître-chanteur qui s'est malencontreusement avéré être un tueur en série, personne n'a soupçonné que c'était en plus un immigré illégal évadé de prison, et que c'était un faux nom. À quoi bon ? Il était censé rester enfermé à vie, alors peu importait le nom étiqueté sur son dossier carcéral qui était supposé pourrir dans les archives.
Lire vite a ses avantages : en effet, les dryades ont mentionné que le venin d'aquavirius peut détruire un horcruxe !
Non merci, pas de ballon !
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Et avant d'entamer ce chapitre, je vous donne un petit indice sur cette partie de la prophétie qui vous fait tous buguer : le mot "désert" est à prendre au sens propre, l'expression au sens figuré, et la phrase au sens propre mais pas dans le sens habituel ("Pense en quatre dimensions !" – Emmet Brown).
Dans ce chapitre, du moche, du très moche, et du diabolique. Déconseillé aux enfants (heureusement, il n'y en a aucun parmi les personnages impliqués !)
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8) Quo fata ferunt
– Résumons : Quand tu as tué Morgana, tu as accidentellement créé un genre de horcruxe, une empreinte de ton âme, dans la conscience de Brocéliande, où elle s'était glissée juste durant le délai entre le moment où tu l'as tuée et celui où tu as détruit son horcruxe. Ensuite elle est revenue à la vie et s'est servie de cette même énergie de la forêt pour te ramener à la vie à partir de cette empreinte.
– Selon ses propres mots, la nécromancie est devenue pour elle une simple formalité, confirma Duncan d'un ton grinçant.
– Sauf ton respect, je ne sais pas si tu te rends compte de la merde dans laquelle tu nous as foutu. Tu as au moins conscience que si Samaël l'apprend, il te tuera ?
– J'ai essayé de le tenir à l'écart, là-bas, tu sais ? Faire en sorte qu'il ne rencontre jamais les Harab Serapel. Tout comme moi, ce gamin était impliqué dans toute cette histoire depuis avant même sa naissance. Mais lui l'ignorait.
– Tu es en train de me dire que tu voulais mettre des bâtons dans les roues aux Ducs ? Cela ferait de toi mon ennemi.
– Zomiel, regarde qui nous sommes, et qui ils sont. Tout ceci est inutile.
– Nous sommes tous des meurtriers, répliqua Zomiel.
– Azazel n'avait tué personne avant. Il cherchait juste à sauver son fils. Sam non plus, avant que cette garce de Serapel ne l'approche et ne le pousse à massacrer sa petite-amie.
– Il avait déjà l'instinct de tueur, fit remarquer la Duchesse.
– La question n'est pas là. Il avait besoin d'un garde-fou, pas d'encouragements. J'ai accepté, malgré mon héritage, de rejoindre les Ducs Infernaux pour racheter mes fautes de Mangemort. Pour donner un sens à ma mort inévitable à cause du sceau de Loup, et rendre le Monde Magique meilleur. J'ai pris cette histoire de Ducs Infernaux pour une métaphore, et cela semblait se tenir, compte tenu de la véritable fin de l'histoire de l'Opus Tenebræ. Mais en réalité, nous sommes des démons. Les pires monstres au monde, pour certains. S'il était possible de tricher, je douterais que ces gens soient capables de mener à bien un projet aussi altruiste. À vrai dire, je suis la preuve mort-vivante que c'est possible.
– Nous ne sommes que des pions à sacrifier. L'ascension ne peut pas se faire sans notre mort, et celle-ci ne signe-t-elle pas la fin de nos mauvais agissements ?
– Dans l'absolu, si, reconnut Duncan. La mort de chaque Duc est un pas vers la libération du Monde Magique. Le fait que nous soyons des criminels dont ce monde idéal doit se passer renforce la symbolique. Le problème, c'est les dégâts inutiles que nous causons. Pourquoi ce monde idéal doit à tout prix se construire sur les cendres du précédent ?
– Mourir t'a donné une conscience ? ricana Zomiel.
– Peut-être, répliqua Duncan. Je suis mort sans que ma famille m'ait pardonné. En lisant les journaux, je suis sûr qu'ils ont été soulagés. Que ma fille a été soulagée que je sois enfin mort, moi qui lui ait donné la vie. Je ne vais pas faire deux fois la même erreur. J'ai obtenu de Morgana d'aller dire adieu pour de bon à ma fille, et rendre une dernière visite furtive à mes petits-enfants à Poudlard. Ensuite je serai obligé de revenir et de la servir.
– Nous y arrivons. Qu'attends-tu de moi, Azraël ?
– Préviens les Ducs que tu connais que Morgana est revenue. Ils doivent se préparer à l'affronter.
– Même Samaël ?
– Surtout, Samaël. Jadis, seul Merlin a pu la vaincre. Aujourd'hui qu'elle a pleinement rétabli son lien avec Brocéliande, Samaël le Destructeur est peut-être un des seuls êtres au Monde capables de l'arrêter.
– Comment se fait-il que tu puisses m'avertir ainsi ? Elle ne s'est pas assurée ta loyauté de manière radicale ?
– Elle n'a pas peur de nous… de vous. Elle ne se méfie pas. Elle est morte des siècles avant l'écriture de l'Opus, elle n'en connaît rien. Elle ne sait pas pour les journaux, les rituels, la Faille… Vous devez profiter de cet avantage tactique pour la stopper. Elle pourrait faire tout échouer si elle s'y intéressait de trop près. Même si j'ai beaucoup de regrets, ce que nous essayons de faire n'en fait pas partie. Je te demande aussi de ne plus faire de mal à personne. Tu étais une voleuse, Joséphine, pas une meurtrière.
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Duncan atterrit sur une crête rocheuse, et replia avec difficulté ses ailes douloureuses. Ça faisait des jours qu'il volait, presque sans interruption. Être mort lui aurait été très utile pour passer les frontières s'il n'avait dû se trimballer ces deux appendices qu'il lui arrivait, comme à cet instant, de regretter. C'était une sensation très étrange d'avoir mal à un muscle qui n'est pas censé faire partie d'un corps humain.
À moins d'un kilomètre, il pouvait voir l'immense bâtisse de style gothique. Contrairement à beaucoup d'enfants britanniques, il ne s'était jamais senti chez lui à Poudlard. C'était un pensionnat, point. Il aimait tant la demeure familiale, que le gouvernement irlandais avait saisie lors de son procès par contumace. Il aurait aimé que sa famille le récupérât, mais la furie Netaniev (pardon, Malefoy) aurait préféré le faire raser. Il irait y jeter un œil après. Pour l'instant, il lui fallait s'introduire dans Poudlard, attendre et écouter, pour trouver son petit-fils. Il savait juste qu'il s'appelait Dylan et qu'il devait être en deuxième année.
Un pinson se posa sur une branche du grand arbre de la cour. Celle-là même, l'ignorait-il, où le garçon blond qui lui avait volé toute sa famille aimait se percher pour regarder ses camarades de haut, drapé de sa morgue et de sa robe aux couleurs de Serpentard.
Voici d'ailleurs que s'avançait un groupe de jeunes disciples de la Maison de Serpentard. Les jeunes s'invectivaient, se taquinaient… un blondinet en tête de groupe s'exprimait avec force gestes. Son visage ne laissait nul doute à l'interprétation : c'était là son petit-neveu, Scorpius Malefoy. La fille noire qui secouait la tête en souriant devait être la petite Zabini. Elle ressemblait beaucoup à sa grand-mère au même âge. Et ce garçon… évidemment. Lui aurait-on teint en noir ses cheveux châtains et mis de fausses lunettes rondes qu'il n'aurait guère plus ressemblé à son père que maintenant : le petit Potter.
Le petit pinson tendit l'orifice auriculaire, à défaut d'avoir une oreille à prêter. Ils parlaient de quelque professeur, cours, … rien d'intéressant. Mais soudain, la petite Zabini prononça les mots magiques :
– On mange à la table des Serdaigle à midi ? Je dois comparer mes notes de Runes avec Dylan. Ma traduction pour Mocking est tellement tirée par les cheveux que j'ai forcément dû faire une erreur.
– La seule erreur c'est que cette foldingue ait pu devenir prof, marmonna un grand brun.
Serdaigle ! Dylan était en deuxième année de Serdaigle ! C'était quel couleur déjà ? Ah oui, les bleus et bronze. Deux solutions s'offraient à lui : soit suivre l'amie de son petit-neveu jusqu'à ce qu'elle rejoigne Dylan, soit chercher directement Dylan. Le pinson choisit une solution tierce : suivre la petite Zabini (Lucy, avait-il entendu) jusqu'à sa prochaine salle de cours, où il serait sûr de la retrouver durant la prochaine heure, puis partir en exploration aux alentours.
Grand bien lui en fit, puisqu'il finit par trouver la classe de Dylan. Lequel était-ce ? Probablement ce grand blond aux yeux bleus et à l'allure aristocratique. Duncan s'envola jusqu'à une fenêtre entrouverte, et attendit. Le professeur, une dame altière et fort bien conservée pour son âge (qui ne devait guère être éloigné du sien, d'ailleurs), posa une question (à laquelle il devina qu'il s'agissait d'un cours de Métamorphose) :
– Qui se souvient de la formule de métamorphose d'un lapin en chausson que nous avions évoqué en fin du dernier cours ?
Le blondinet leva la main. C'était le moment de vérité…
– Je vous écoute, Sterling !
Mauvaise pioche ! Donc ça devait être ce garçon taciturne assis à côté de la rousse, seul autre blond de la pièce. Duncan essaya d'attirer son attention en allant tapoter de son bec la fenêtre la plus proche de celui-ci. Enfin, le garçon leva les yeux sur lui. Deux yeux vairons, l'un marron, l'autre vert. À ce détail près, C'était le portrait craché de son père, ce sang-de-bourbe que les Malefoy avaient adopté. Duncan avait toujours su que c'était des faibles. Oh non ! Voilà qu'il se mettait à nouveau à réfléchir comme un mangemort… Sang impur ou non, son petit-fils était un beau jeune homme, et studieux si on s'en référait à sa Maison et son attitude en cours. Il continua de l'observer tout le reste du cours. Quand la prof signala la fin de celui-ci, Duncan s'envola à tire-d'aile pour aller s'engouffrer dans le grand hall, et se posa sur une armure en face des grands escaliers blancs. Dylan serait forcé de passer par là pour se rendre dans la Grande Salle.
Les élèves et fantômes commencèrent à affluer, et personne ne remarquait le petit oiseau perché sur le casque de quelque armure médiévale. Enfin, les Serdaigles tant attendus arrivèrent, et Duncan lança un trille pour attirer l'attention de son petit-fils.
Dylan avait déjà remarqué ce petit oiseau qui le fixait d'une manière étrange, presque… humaine. Et le voilà qui cherchait à attirer son attention. Lorsqu'il fit mine de s'approcher de lui, l'oiseau s'envola, se reposa un peu plus loin, et recommença son manège. Dylan comprit que celui-ci voulait qu'il le suive.
– Je vous rejoins, je dois juste vérifier quelque chose, indiqua-t-il à Rose Weasley.
Celle-ci acquiesça d'un signe de tête, et partit en quête de son cousin. Dylan, lui, entreprit de suivre le petit oiseau. Tant que celui-ci ne l'attirait pas hors des murs du château, il ne risquait rien, il était à Poudlard !
L'oiseau l'attira jusqu'à une salle vide dans les cachots, et regarda Dylan fixement, perché sur une caisse, jusqu'à ce que celui-ci referme la porte derrière lui.
– Qui êtes-vous et que me voulez-vous ? Je sais très bien que vous êtes un animagus, aucun pinson ne serait volontairement descendu sous terre ainsi.
Alors Duncan se changea.
– Je vois que tu as hérité de l'intelligence tant vantée de ton père.
Dylan ne connaissait pas l'homme qui venait d'apparaître devant lui, mais il sentit d'instinct qu'il devait en avoir peur. Ce n'était guère difficile : Duncan avait les traits émaciés, le teint livide et les yeux injectés par la fatigue du voyage. Il n'aurait guère pu ressembler plus à un évadé d'Azkaban qu'en portant la tenue rayée. De plus, il avait le bout des doigts grisâtres, comme s'ils avaient gelé.
Et tout cela sans compter ses immenses ailes noires qui touchaient presque le plafond malgré qu'elles fussent repliées.
Pourtant, la voix de Dylan fléchit à peine.
– Qui êtes-vous, et que me voulez-vous ?
Duncan sourit.
– C'est amusant. J'aurais pensé qu'avec ce qui s'était produit la dernière fois que je suis venu dans ce château, la sécurité aurait été renforcée. Et pourtant, me voilà, incarnation de tout ce que peut craindre Poudlard, entré en plein jour en toute quiétude, un élève à ma merci.
– Un animagus pinson, j'aurais dû faire le rapprochement plus tôt, réfléchit Dylan à voix haute, faisant fi de la diatribe provocatrice du vieil homme. Vous êtes Étienne Duncan. Vous le monde vous croyait mort. Vous êtes le seul mangemort reconnu coupable n'ayant jamais pu être arrêté. Une histoire du passé qu'on se raconte le soir autour du feu pour se faire peur.
– Je suis également ton grand-père, fit remarquer Duncan.
– Si peu.
– Étienne Duncan le mangemort n'est plus depuis longtemps. J'ai changé, j'ai appris de mes erreurs. Je suis devenu une autre personne. Pas vraiment un autre homme. J'ai perdu de mon humanité, comme tu peux le voir. Mais je ne regrette rien, je l'ai mérité. Et puis, il y a peut-être quelques mois, je ne peux m'en souvenir, je suis mort.
– Un horcruxe ? devina Dylan. Ça expliquerait votre… air maladif.
– Hum, en quelque sorte, acquiesça Duncan, qui ne sembla pas relever que son petit-fils connaissait ce mot. Je crois que ça relève de quelque chose de différent, à mi-chemin entre la magie noire des horcruxes et la nécromancie. Je suis probablement plus proche de l'inferius que de l'être vivant. Mais peu importe, encore une fois je l'ai mérité.
– Que me voulez-vous ?
– Je ne pourrai jamais renouer avec ma famille. Ta mère ne me pardonnerait jamais. Ta tante me tuerait dès qu'elle me verrait. C'est bien une Netaniev, fière et ardente comme les vents de l'hiver russe.
Duncan se tut quelques instant, semblant perdu dans la contemplation des traits de son petit-fils.
– Je voulais juste te rencontrer, Dylan. Te dire que je suis heureux de voir que mon sang coule dans les veines d'une descendance aussi vertueuse.
– Voilà qui est fait, répliqua Dylan d'un ton froid. Je dois aller manger avec mes amis, maintenant.
– La petite rousse, hein ? C'est une Weasley ?
– Qu'est-ce que ça peut bien vous faire ?
– Des gens admirables. Malgré tout ce qui leur est arrivé, ils sont restés bons et droits. Ton amie peut être fière de ses grands-parents. J'aurais souhaité qu'il en soit de même pour toi. J'ai fait tellement d'erreurs.
– Ce n'est pas à moi de vous pardonner, souligna le gamin.
– Je ne t'ai pas causé de tort personnellement, reconnut Duncan. Et pourtant, tu dois me détester.
– Je sais ce que vous avez fait. Ça me suffit à vous connaître.
– Vraiment ? Eh bien soit. Garde cette image si c'est ce que tu veux. Mais je veux que tu saches au fond de toi qu'à la toute fin, j'aurai essayé de racheter mes erreurs.
– Qu'est-ce qui m'empêche de vous dénoncer, une fois sorti d'ici ?
– Moi. Oubliettes !
Duncan avait sorti sa baguette si vite que Dylan avait à peine eu le temps de réagir. ce dernier reprit conscience quelques instants plus tard, seul dans une salle des cachots, sa baguette à la main. Il ne sut jamais ce qui s'était passé.
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Avant de quitter la Grande-Bretagne, Duncan fit une dernière chose. Il rendit une visite privée à un notaire à qui il avait déjà eu affaire bien des décennies auparavant. Il lui révéla l'existence de biens n'ayant pas été saisis par l'État. Il demanda à ce que l'argent soit envoyé à sa fille de manière anonyme, et que tout le reste, dont son appartement à Lancaster, soit donné aux encore très récentes associations d'aide aux sorciers sans abri.
Puis il prit son envol. Pour traverser la Manche, il dut reprendre sa forme angélique, et c'est sous cette forme qu'il atterrit sur une plage sauvage française la nuit même. Quelqu'un l'attendait. Personne n'aurait dû savoir qu'il allait atterrir ici, lui-même avait improvisé au dernier moment.
– Bonsoir, Étienne.
– Dame Serapel, salua l'homme ailé avec tout le mépris qu'il pouvait insuffler dans sa révérence. Laquelle des trois êtes-vous ?
– Peu importe. Elle sait.
– Ça me fait une belle jambe, ricana Duncan. Je suis mort.
– Il y a…
– … des punitions pires que la mort, hein ? coupa-t-il. Merci, j'avais remarqué.
– Elle a peur. Vous savez ce que ça veut dire ?
– Évidemment qu'elle a peur. Morgana est plus puissante que Jenifael n'a jamais pu rêver de devenir.
– Elle n'est pas Jenifael.
– Vous savez très bien ce que je veux dire, grogna Duncan. C'est vous qui avez ordonné à Samaël de voler mon carnet ? Lui seul a pu faire fondre mon coffre en métal alchimique, et n'emporter rien d'autre qu'un vieux journal miteux.
– Le Destructeur a agi de son propre chef. Son ambition n'est pas un obstacle pour Elle.
– Celle de Morgana, si, répliqua Duncan. Le simple fait que je puisse vous parler devrait suffir à vous glacer le sang. Elle n'a pas peur de vous. D'aucun de vous.
– Vous ne vous comptez donc plus parmi nos rangs ? en conclut la Serapel. Nous n'avons plus d'autres choix que de mettre fin à votre existence, semble-t-il.
– Mon corps a été entièrement détruit. vous perdriez votre temps à tuer ce pantin que j'incarne face à vous, le dryade me ferait revenir des entrailles de la terre. Seule la mort de Morgana pourra me libérer désormais. Et une fois rentré à Brocéliande, je ne pourrai plus la quitter. Jamais.
– Qu'il en soit ainsi. Quand Zomiel tombera, le troisième triangle devra alors entrer en action.
– Si tôt ? s'étonna Duncan. Sont-ils seulement prêts ?
– Il le faudra. Les Forces sont sur le point de basculer, et nous avons besoin du Dual pour incarner le changement. Quand Zomiel tombera, l'État d'Urgence sera déclaré, et par-là même la guerre. Et vous savez ce qui arrivera alors.
– La Légion d'Argent.
La femme encapuchonnée acquiesça en silence. Puis sans un mot, elle explosa en une nuée de corbeaux qui volèrent en direction du Sud. Duncan se changea en pinson, prenant son envol vers l'Ouest. Son escapade était terminée. Il passerait maintenant le reste de son existence aux côtés de sa nouvelle maîtresse. Il espérait juste que celle-ci soit la plus courte possible.
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Zomiel avait accepté de se rendre. Pas parce que son mentor Azraël lui avait ordonné, mais parce qu'elle-même pensait qu'il était temps de passer la main. Azraël était timoré de son vivant, et faible désormais. Il fallait une vraie figure d'autorité à la tête des armées infernales. Il fallait que la seconde rupture ait lieu. Et pour ça… elle devait rencontrer quelqu'un.
C'est pour cela qu'elle se rendit au QG du Gendarmagium Sud, sous les traits d'une conseillère à l'Intérieur, et demanda un entretien privé avec Richard Magnus.
– Je vous en prie, Miss Arilet, asseyez-vous. Que puis-je faire pour vous ?
– J'ai besoin que vous me fassiez une promesse, Magnus. J'accepte de passer le reste de mes jours en cellule sans procès, mais je ne veux pas être remisée à la A-0. Je ne demande que ça : une cellule en section C-1 avec fenêtre donnant sur la mer.
– Je ne comprends pas, pourquoi vous arrêterais-je ? s'étonna le gendarmage, qui pourtant avait déjà la main sur la baguette.
Zomiel modifia ses traits, révélant son vrai visage. Cela n'avait guère de sens, car Magnus ne l'avait jamais vue sous ses propres traits. Mais elle sentait qu'elle en avait besoin. Richard fut surpris de voir la femme se transformer : les métamorphomages étaient rares. Si rares qu'il en sortit sa baguette d'un geste sec et la pointa sur elle, concluant presque immédiatement que cette femme rousse frisée aux yeux verts était…
– Je suis Zomiel, et las de courir. Je vous assure que je n'opposerai aucune résistance.
– Pourquoi cette ruse pour me rencontrer seule à seul, alors ? s'enquit Magnus sans pour autant baisser sa baguette.
– Je sais que beaucoup de vos soldats rêveraient de me jeter un sortilège de mort et de faire passer ça pour un accident. On donnerait une tape sur les doigts à mon assassin, et on lui glisserait une médaille dans la poche.
– Qui vous dit que je suis opposé à cette idée ? grogna le vieil homme, qui commençait pourtant déjà à baisser sa baguette.
– Vous êtes un homme intègre.
– Hep ! Pas de geste brusque !
– Je vous donne ma baguette en signe de reddition. Je vous propose un marché, Magnus : Vous m'emmenez seul à la Giraglia, sous l'apparence de Ghislaine Arilet, et vous demandez à ce que je sois placé en C-1. En échange, je vous révèle tout ce que je sais sur les autres Ducs Infernaux.
– Pas en ces conditions, non. J'accepte de jouer la discrétion, mais un agent de confiance nous accompagnera. Quant à votre déposition, je n'accepte de la prendre qu'en vous soumettant à une injection de Veritaserum.
– J'accepte.
– Ne bougez pas d'ici d'un centimètre, ordonna Magnus. Et reprenez l'apparence d'Arilet, au cas où.
Tandis que Zomiel s'exécutait, Magnus se leva, glissa sa baguette et celle de sa prisonnière dans sa poche, et ouvrit la porte de son bureau.
– Cabossin, dans mon bureau !
– Tout de suite, chef.
La seule femme du bureau principal se leva. Magnus la fit entrer dans son bureau, et referma soigneusement la porte derrière lui.
– Sophie, je vais vous demander quelque chose qui, si cela se savait, mettrait en danger votre carrière. Vous avez le droit de refuser, et il ne vous en sera pas tenu rigueur. Tout ce que je vous demande, c'est que peu importe votre décision, vous taisiez ce que je vais vous révéler.
L'agente jeta un œil à à la fausse Arilet, qui ne sourcilla pas.
– Bien sûr, chef. Vous pouvez me faire confiance.
– Cette femme n'est pas Miss Ghislaine Arilet, conseillère à l'Intérieur.
– C'est Zomiel, c'est ça ? comprit immédiatement Cabossin.
– Elle est vivace, la limace ! grinça Zomiel en reprenant son apparence normale.
– À quoi vous jouez, chef ? s'étonna la gendarmage.
– Zomiel est venue se rendre. J'ai besoin que vous nous accompagniez à la Giraglia pour la remettre aux autorités pénitentiaires en toute discrétion. Mais d'abord, j'ai besoin d'une seringue de Veritaserum injectable. Et que celle-ci disparaisse du stock pour ne pas avoir à la déclarer.
– Pas de procès ? comprit Cabossin.
– Vous avez le choix, souligna Magnus en guise de réponse.
– Ça me va. Elle ne le mérite pas.
Sophie Cabossin, mère de l'attrapeuse d'Aloysia Myrielle Cabossin, était non seulement l'experte en sortilège de l'équipe personnelle de Magnus, mais aussi l'administratrice du réseau informatique, et la responsable des stocks de matériel sensible. Normalement, chaque usage de Veritaserum devait être déclaré, mais chaque usage de Veritaserum devait surtout correspondre à un interrogatoire en bonne et due forme menant à un procès ou un relâchement. Pas à un emprisonnement à vie arbitraire. Que la future prisonnière elle-même renonçait à son procès ne changeait rien.
Mais Cabossin rusa, et revint quelques instants plus tard avec une seringue prête à l'usage dissimulée dans la poche de son uniforme.
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Une fois la canopée franchie, Duncan se changea. Il préférait atterrir sous sa forme quasi-humaine. Peut-être une question de prestance. Ou tout simplement pour donner une utilité à ces foutues ailes qu'il regrettait de plus en plus souvent.
Comme à son habitude, Morgana surgit de l'arbre juste en face de lui. Les dryades avaient cette faculté agaçante.
– Tu t'es bien promené ? ironisa-t-elle.
– Fort bien, Madame, répondit Duncan de même. Et maintenant, on fait quoi ?
– Maintenant, nous allons rendre une petite visite à l'engeance de feu mon amant.
– L'Académie Druidique, vous voulez dire ?
Morgana entama la marche sans répondre. Elle ne faisait même pas mine d'esquiver les arbres, les traversant comme un fantôme opaque. Sans même se retourner, elle reprit la parole.
– Les moldus sont extrêmement ingénieux. C'est étrange que vous-autres sorciers n'ayez pas usage de l'internet.
Duncan voyait très vaguement de quoi il était question, et cela l'étonna fort.
– Comment…
– Les arbres ! s'exclama la dryade, comme si ça répondait à tout.
– Évidemment, les arbres vous en ont parlé, suis-je bête, ironisa Duncan.
– En effet, confirma Morgana, pince-sans-rire pour sa part. Ils m'ont appris tout ce qui s'est passé depuis mon… décès. Grâce à ta négligence, les incapables de druides n'ont pas pu profiter de ma désorientation, fort compréhensible après plus de mille ans enfermée dans un caillou lui-même enfermé dans une boîte magique. Tu sais que c'était son idée ?
– Hum ?
– L'Œil-de-sang. C'était l'idée de Myrddin. Celui que vous appelez "Merlin". Un horcruxe fabriqué à partir d'une gemme vampire suffisamment grosse pour aspirer la vitalité de quiconque la toucherait, permettant une résurrection instantanée. Je parie que ces vieux ermites pataugeurs qui se prennent pour des druides ont depuis belle lurette détruit les archives de Myrddin mentionnant ses travaux sur la Magie noire. Nécromancie, Goétie… Myrddin était un cambion, il serait absurde d'imaginer qu'il est resté dans sa précieuse lumière toute sa vie.
– Un cambion ? Alors ce n'était pas une légende ?
L'absurdité de la situation exceptée, lui étant une espèce d'inferius et elle la nécromancienne qui le tenait en son pouvoir (elle-même étant revenue d'entre les morts deux fois en peu de temps), Duncan réalisa surtout qu'il était en pleine discussion avec une contemporaine, et même intime, de Merlin l'Enchanteur. Pardon, Myrddin. En plus, Morgana semblait d'humeur badine.
– Hé non ! Fils d'un démon et d'une pucelle. Son père, Berith, un homme… enfin, un démon fort sympathique. Je l'ai rencontré une fois. C'est amusant, lui était un véritable Duc Infernal. Enfin… les démons ne viennent évidemment pas des Enfers, fi de ces balivernes chrétiennes.
– D'où viennent-ils ?
– Peu importe, rejeta Morgana.
– Et sa mère ?
– Assassinée par Uther Pendragon. Un coup classique même à votre époque, si j'en crois le récit de la forêt. Cette histoire de guerre mondiale pour un simple meurtre est hilarante. Ah, nous y voilà, dit-elle en désignant une arche de pierre. Par-delà ce trilithe est ancrée l'Île de Nulle-Part, Avalon.
– Je ne la vois pas, constata inutilement Duncan.
– C'est normal, elle n'est pas là, s'agaça Morgana. Sinon ça ne serait pas l'Île de Nulle-Part.
– Ah, oui.
– Maintenant, silence, et suis-moi.
Morgana passa sous l'arche, et disparut. Duncan haussa les épaules, et y passa à son tour. Le seul changement qu'il constata dans l'immédiat, c'est qu'une assourdissante alarme s'était déclenchée. Cependant, lorsqu'il leva les yeux, il aperçut les tours du château blanc.
– Je ne pourrais pas vivre là-dedans, badina Morgana. Trop de pierres. Et d'humains vivants.
– Et que faisons-nous maintenant ?
– Nous allons dire bonjour !
Morgana reprit sa balade, comme si de rien n'était, alors que la sirène hurlait autour d'eux, et que Duncan pouvait déjà voir les défenses se lever et les bataillons s'organiser. Ils s'avançaient à deux contre une véritable forteresse. Pourtant, Morgana ne semblait pas s'en soucier.
Un vieillard à la barbe démesurée cria dans leur direction :
– Au nom de Merlin, je vous sommes de vous arrêter !
– Au nom de moi-même, je n'ai pas envie ! répliqua Morgana en tirant la langue, sans même prendre la peine de ralentir.
– Si vous n'obtempérez pas, nous serons contraints de faire usage de la force !
– Je ne sais pas si t'as remarqué, Gandalf le verdâtre, mais vous n'êtes qu'une trentaine de vieux croulants, et je suis une dryade ! L'île entière est une arme entre mes mains.
– Gandalf ? releva Duncan. C'est son vrai nom ? Vous le connaissez ?
– Ta culture du monde moldue laisse à désirer, esclave. Il m'a suffi de quelques jours de communion avec la forêt pour avoir plus de références en culture populaire moldue que tu as pu en acquérir dans toute une misérable vie humaine.
– Ce n'était guère ma priorité, souligna Duncan.
La dryade l'ignora.
– Je souhaite rencontrer le Cercle de Brocéliande, annonça Morgana d'une voix forte.
C'était inutile. La majorité des membres dudit Cercle étaient déjà en train de les rejoindre. Le Cercle n'était pas au complet, mais le Maître du Cercle et directeur de l'UD Enguerrand McArzhelenn était du nombre.
– Mon agaçante arrière-petite-cousine n'est pas là ? constata Morgana.
– Maîtresse Sylphide s'est retirée dans sa famille pour les fêtes, énonça platement un quinquagénaire moustachu à l'air débonnaire, qui avait un hibou stylisé tatoué d'un gris pâle sur le menton.
– Hipollynaire ! le gronda la chronomancienne Monika Zeitmann. C'est Morgana Lefay, pas ta voisine de palier !
Le psychomancien haussa un sourcil, puis les épaules. Monika le fusilla du regard, tandis que Morgana les regardait d'un air amusé. Duncan surprit le regard du géomancien Tiberio Simolion qui le dévisageait d'un drôle d'air.
Enguerrand McArzhelenn prit enfin la parole.
– Sir Duncan, la première et dernière fois où nous nous sommes rencontrés, vous aviez tué Morgana et détruit son horcruxe. Puis, il y a six mois à peine paraissait votre nécrologie en Une des journaux. J'en conclus que vous êtes tous les deux bel et bien morts et que tout ceci n'est qu'un mauvais rêve ?
– Pas un rêve, certifia le psychomancien. La densité de l'astrum est conforme.
– Hipollynaire ! le gronda à nouveau Monika.
– Je t'en prie, à toi l'honneur d'expliquer son succès fulgurant, Duc ! l'invita Morgana en gloussant.
– Entre le moment où j'ai détruit l'enveloppe de Dame Morgana et détruit le horcruxe qui maintenait son âme en vie, celle-ci a eu le temps de se réfugier dans son arbre.
Enguerrand McArzhelenn se souvint que Sylphide Mel'Ŭoĝ lui avait expliqué que chaque dryade naissait liée à un arbre qui l'ancrait à la conscience collective de la forêt, et que leurs vies étaient intrinsèquement liées, même si elles pouvaient par un long rituel changer d'arbre.
– Oui, l'arbre contre lequel il pensait m'avoir piégé était bel et bien le mien, commenta Morgana. Oh, et inutile de le chercher pour le détruire, j'en ai changé.
– Ensuite, vous connaissez ma fin. Ce maudit Augurey m'a piégé. J'avoue avoir été pris de court. Mais ensuite… je suis revenu à la vie en lisière de Brocéliande, et je n'ai pas compris ce qui s'était passé.
– L'essence qui s'est échappé de vous lorsque vous avez détruit le horcruxe a été absorbée par le sol vivant de la forêt, expliqua Hipollynaire d'Armonval. N'importe quelle dryade aurait pu avoir accès à cette empreinte de vous, et un nécromancien suffisamment puissant pouvait l'exploiter pour vous ramener partiellement à la vie. Morgana entre dans les deux catégories, donc…
Monika se frappa le front de désolation.
– Mais tu peux pas la fermer cinq minutes, vieux schnock ?!
– Ben quoi ? Il pose une question, et je connais la réponse. On ne risque rien de plus s'il le sait.
– Il marque un point, fit remarquer McArzhelenn. La possibilité de votre présence étant confirmée, pourrions-nous savoir ce que vous voulez ?
Duncan fit mine d'ouvrir la bouche.
– Da…
Aussitôt, Tiberio Simolion s'écria :
– Maître Enguerrand, ne l'écoutez pas ! C'est un menteur !
– Il n'a encore rien dit, Maître Tiberio, fit remarquer l'écossais.
– Ah… Euh… Oui, mais soyez prudent.
Le front dégarni du géomancien suintait de sueur.
– Vous êtes sûr que ça va ? s'enquit le directeur.
– La Taupe Grrrise n'est pas habituée à sorrrtirrr aussi longtemps horrrs de son trrrou ! se moqua le pyromancien Atraxi Romanecz.
– Ou… oui, ça doit être ça ! confirma hâtivement Simolion. J'ai trop chaud dehors, hou-là !
– Ouais ouais ouais. Revenons à nos griffons ! soupira Morgana.
– Dame Morgana souhaiterais vous faire une offre de paix, annonça Duncan. Vous ne cherchez pas à la tuer, elle poursuit les recherches que Merlin a grossièrement interrompu, et en échange, elle débarrasse le pays des Ducs Infernaux en faisant le minimum de morts.
– Je croyais que Merlin vous avait tuée en voulant arrêter vos massacres sur les villages moldus ? fit remarquer Enguerrand.
– Ces massacres, comme vous dites, était mon exutoire pour exorciser ma colère, parce que ce salopard de coureur de jupons m'a trompée avec une de ces primates vaines et fugaces. "Jusqu'à ce que la mort vous sépare", ça vaut aussi pour les immortels ! Je cherchais la coupable, à défaut d'être capable de me venger sur lui, mais personne ne voulait me la livrer.
– Dame Morgana…, l'interpella Duncan.
– Quoi, esclave ? Oh. Hé, ne changez pas de sujet, vous ! Je vois clair dans votre petit jeu ! Alors, nous avons un accord ?
– Un instant. Qu'y gagnez-vous, à stopper les Ducs Infernaux, Sir Duncan ? s'enquit Monika. Il me semble que vous en êtes un vous-même.
– Je l'étais de mon vivant, corrigea Étienne.
– Qu'est-ce que ça change ? insista la druidesse.
Duncan claqua des ailes d'agacement. Tiberio Simolion sursauta.
– Si je désobéis à Morgana, je meurs dans d'atroces souffrances. Ces salopards de meurtriers n'en valent pas la peine. Donner ma vie pour la cause d'un autre et tout perdre en retour, j'ai déjà donné. Pour les Ducs, je suis déjà mort, littéralement. Qu'ils m'oublient.
– À chaque étape de mes recherches qui aboutiront sans que j'ai été interrompue par une agression "inopinée", de votre part ou non, je demanderai au grand-duc emplumé ici présent de me révéler le nom d'un duc, et j'irai le tuerai. C'est aussi simple que ça.
– Pouvons-nous être assurés que vos recherches n'occasionneront aucun décès ? demanda le directeur, quoiqu'incrédule sur le sujet.
– Un maximum de pertes animales pour garantir un minimum de pertes humaines, promit Morgana.
– Alors soit, on s'en contentera. J'ai la désagréable intuition de faire un pacte avec le Diable en personne, mais soit. Nous avons un accord.
– À la bonne heure ! Je m'établirai dans le septième secteur Nord-Est, alors. Ordonnez bien aux dryades et autres barbus vagabonds d'évacuer la zone, parce que je ne serai pas tendre avec les intrus.
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Prudent, Richard Magnus entreprit de fouiller la surnommée Zomiel, au cas où elle aurait une autre baguette que celle qu'elle lui avait déjà donné. Il ne trouva sur elle qu'un étrange assemblage de câbles de cuivre et de diodes autour d'une batterie, qui faisait la taille d'un gros smartphone, et une flasque de métal dont le contenu dégageait une odeur de vase.
– C'est quoi ?
– Un télégraphe portatif à fréquence basse. On utilisait ça pour communiquer entre ducs et sympathisants sans risquer d'être repérés.
– Humph, grogna Magnus qui n'avait pas compris la moitié. T'en auras plus besoin. Et dans la flasque ?
– Un onguent cicatrisant pour les rituels noirs. Essence de dictame, terre maudite, un peu de…
– Ouais ouais ouais, coupa Magnus. Je garde ça aussi.
Il fourra l'appareil et la flasque dans sa poche.
– Allez, c'est parti. Cabossin, prête ?
– Prête, chef.
Les deux agents empoignèrent Zomiel et transplanèrent. Ils atterrirent presque immédiatement sur l'aire de transplanage de l'Île de la Giraglia, et se dirigèrent à pas mesurés vers le complexe.
– Les informations que vous nous avez fournies vont nous être très utiles, Zomiel. Mais vous êtes sûre et certaine de l'identité du Dual ?
– Hum, acquiesça la Duchesse. Le pauvre jeune n'avait rien demandé, mais c'est ainsi que les choses doivent aller. Le Dual ne peut être volontaire, ou il perdrait son lien avec la Lumière et donc son impartialité.
– Ça va être tellement plus simple de résoudre cette enquête, maintenant…, soupira de soulagement Sophie Cabossin.
– Dommage que vous ne pourrez pas en profiter ! lança Zomiel.
À ces mots, elle écarta ses mains, que les gendarmages n'avaient pas entravées pour rendre leur arrivée discrète. Dans ses paumes étaient gravées d'étranges symboles runiques, qui saignaient encore. Elle se les était gravés avec les ongles. Elle avança d'un grand pas et tourna ses paumes vers la poitrine des deux gendarmages.
– Que…
Avant qu'ils n'aient le temps de réagir, elle claqua ses mains contre eux, les bousculant à peine. Pourtant, les deux s'effondrèrent comme des poupées de chiffon. Zomiel regarda autour d'eux : le brouillard était trop dense et l'île trop silencieuse pour que quiconque ne les surprenne.
Elle s'accroupit auprès de Magnus, et récupéra sa baguette, sa machine et sa flasque. avec la baguette, elle referma les plaies de ses paumes. Les cicatrices ne disparurent pas, la magie blanche avait ses limites face à la magie noire. Il ne fallait pas croire l'adage comme quoi la Lumière triomphait toujours des Ténèbres : toute lumière projette une part d'ombre, alors que nul ombre ne génère de la lumière.
Zomiel reprit sa forme, abandonnant l'apparence de l'employée prévôtaire. Elle ouvrit la fiole, s'arracha quelques cheveux, et les y plongea.
– Debout ! ordonna-t-elle.
Aussitôt, les deux gendarmages se relevèrent, l'air hagard.
– Toi, boit ça ! ajouta-t-elle en tendant la flasque à Cabossin.
Celle-ci en avala le contenu entier sans sourciller. Cependant, elle ne put s'empêcher de grimacer lorsque ses traits se mirent à muter, et qu'elle se transforma en un sosie parfait de Zomiel. Puis celle-ci fit usage de son don de métamorphomage pour prendre l'apparence de Cabossin. Elle échangea ses habits avec elle, n'oubliant pas de vérifier que la baguette de la gendarmage était bien dans son holster.
– Allez, c'est parti, ordonna Zomiel sous l'apparence de Cabossin en bousculant Cabossin sous l'apparence de Zomiel.
Magnus suivit la marche en silence.
– Lorsque nous serons à l'accueil, dites-leur que nous voulons enfermer la prisonnière dans une cellule aveugle de la A-0, en attendant son procès dont la date n'a pas été déterminée.
– Bien, Maîtresse.
Le trio entra dans le complexe, et se dirigea vers le bureau d'accueil.
– Que puis-je pour vous ? demanda l'hôte.
– Nous voulons enfermer la prisonnière dans une cellule aveugle de la A-0, en attendant son procès dont la date n'a pas été déterminée, récita platement Magnus.
– Ah ? Euh, d'accord. Qui est-ce ?
– Une criminelle très dangereuse, à placer sous stase permanente, répondit Zomiel.
– Si elle est si dangereuse, pourquoi n'est-elle pas entravée ?
– Nous avons dû la droguer pour la calmer. Elle est aussi dangereuse qu'un murlap qui hiberne, pour l'instant.
– Si vous le dites. Baguettes, je vous prie ?
Zomiel remit la baguette de Cabossin à l'hôte, et fit signe à Magnus d'en faire de même.
– Et la sienne ? s'enquit l'hôte.
– Saisie dans nos bureaux, assura Zomiel. Nous pouvons y aller ?
– À votre guise. Couloir de gauche, deuxième ascenseur. N'oubliez pas de signer le bon de sortie en revenant.
– Bien sûr. Chef, vous venez ?
Magnus suivit docilement Zomiel, qui poussait Cabossin. Ils descendirent, et se retrouvèrent au croisement menant à la double porte de sécurité du A-0, la prison de sécurité maximale. Devant la première porte, deux gardes qui avaient été prévenus de leur arrivée par l'hôte attendaient. Faisant passer son geste pour un conciliabule innocent avec un collègue, Zomiel fit reculer Magnus dans leur angle mort, et remonta sa manche, puis elle entreprit de graver une série de runes en lettre de sang sur son bras à l'aide de sa propre baguette et d'un sortilège de découpe. Lorsqu'elle eut terminé, les runes de sang luirent un instant, se cautérisant d'elles-mêmes. Elle nettoya son bras d'un autre sort, et redescendit sa manche, puis les fit avancer.
– Halte-là, ordonna un garde. Identités et intentions ?
– Agent Sophie Cabossin et Lieutenant-Général Richard Magnus du Gendarmagium. Nous venons déposer cette prisonnière dangereuse en cellule aveugle pour une stase prolongée jusqu'à son procès.
– Elle a l'air à l'ouest, votre prisonnière, remarqua l'autre garde.
– Elle est droguée, résuma Zomiel. Pourrions-nous nous dépêcher avant qu'elle ne se réveille ? Elle dispose de puissants pouvoirs sans baguette.
– Saloperie de méta-sorciers, grogna le premier garde. Entrez vite !
Ils passèrent tous deux leur carte magnétique dans leur fente respective de manière parfaitement synchrone, et la porte vitrée s'ouvra. Les cinq sorciers entrèrent dans le sas.
– *Nous allons procéder au scanner anti-magie*, indiqua le troisième garde qui se tenait dans son propre aquarium de taille réduite.
Il appuya sur un bouton, et un balayement sifflant se mit à retentir, de manière de plus en plus rapide. Zomiel serra subrepticement son bras qui commençait à fumer contre Magnus sans que celui-ci ne sourcille, et tenta de masquer au mieux sa grimace de douleur. Enfin, le bruit stoppa, et le garde appuya à nouveau sur le bouton de l'interphone.
– *aucun objet magique détecté. Ouvrez la porte.*
Les deux gardes s'exécutèrent, faisant rouler la grande roue à barre de la massive porte blindée. L'un d'eux appela un collègue de l'intérieur, et leur indiqua de l'attendre ici, puis referma la lourde porte derrière eux.
Un patrouilleur de la section A-0 les prit en charge. Zomiel demanda à nouveau une cellule aveugle et une mise en stase, et le garde appela deux infirmières à la radio. Ils se dirigèrent vers une cellule parfaitement blanche, à l'exception d'une série de petits bouts de tuyaux sortant du mur, étiquetés d'un code obscur. Au centre de celle-ci était vissé au sol un lit d'hôpital à pied central unique, bardé de sangles blanches, et dans un angle du plafond était pointée sur eux une caméra de surveillance. Zomiel ordonna à Cabossin de se coucher sur le lit, et la sangla solidement. Le patrouilleur vérifia les sangles, et approuva d'un signe de tête.
Les deux infirmières arrivèrent avec un moniteur sur chariot et du matériel de piqûre. Elles branchèrent Cabossin à la machine à l'aide d'une série de patchs et de pinces, puis lui injectèrent à la base du cou un produit qui l'endormit aussitôt. Ensuite, elles lui posèrent un dispositif de perfusion, mais en guise de poche relièrent la tubulure à un des tuyaux sortant du mur, et s'en allèrent. Un liquide sombre se mit lentement à couler dans le tuyau en direction du poignée de la prisonnière.
– Autre chose ? s'enquit le garde.
– Mon collègue a juste une question pour vous.
Le garde se tourna vers Magnus, détournant son attention de Zomiel. Celle-ci se tourna dos à la caméra, sortit la petite machine de sa poche, en déclencha l'interrupteur, et la jeta devant elle, se protégeant le visage.
Le dispositif n'explosa pas, mais produisit un bang sonore, et la batterie au lithium prit feu. Il se fracassa au sol, mais le feu continua de brûler les composants.
– C'était quoi ça ?! s'écria le garde qui avait déjà détaché de son dos son arme automatique qu'il pointait vers Zomiel.
– Une grenade EPM artisanale. Juste assez puissante pour désactiver cette caméra. Ça nous laisse deux petites minutes le temps qu'ils arrivent à ouvrir la porte blindée et trouver la bonne cellule pour venir voir.
– Qui êtes-vous ? Vous n'êtes pas des vrais gendarmages hein ?
– Lui, si. Magnus !
Le gendarmage esquissa un geste en direction du garde. Celui-ci se tourna, pointant son arme vers lui.
– Pas un geste !
Il eut à peine le temps de voir Zomiel qui sortait sa baguette de sa poche.
– Avada Kedavra !
Le garde s'effondra. Zomiel prit l'apparence du garde et se déshabilla, échangeant cette fois-ci l'uniforme de gendarmage contre celui du garde. Elle glissa sa baguette dans la poche blanche, et attrapa l'arme. Puis elle la pointa vers la tête du cadavre, et tira une rafale à bout portant, transformant le visage de celui-ci en une bouillie impossible à identifier. Les gardes étaient déjà en route, alors ça ne changeait rien. Elle donna ses instructions à Magnus, et attendit.
Ceux-ci débarquèrent un instant plus tard. Comme Zomiel l'avait prévu, il ne s'agissait pas des mêmes que ceux qui les avaient fait entrer, mais de l'équipe de relève. Ceux-ci avaient été prévenus que deux gendarmages étaient rentrés, mais pas que l'un d'eux était une femme.
– Qu'est-ce qui s'est passé ici ? s'étonna un des gardes, regardant la scène avec étonnement.
– C'était un foutu traître ! grogna Magnus en regardant d'un air de mépris le cadavre du faux gendarmage. Il a essayé de libérer la prisonnière et de nous attaquer. Heureusement que votre gars est vif !
– Ça va, Montoya ? Vache, tu ne l'as pas loupé, on dirait de la soupe.
– Comme il n'avait pas de baguette, ce taré a essayé de me mordre à la jugulaire, grogna Zomiel d'un ton bourrin. Elle avait la voix grave et l'accent latino du colosse en blanc.
– Fais chier, ça va encore faire un rapport à rédiger ! marmonna un des autres gardes.
– Ne vous inquiétez pas pour ça, je vais vous couvrir, assura Magnus. Le Gendarmagium n'a pas intérêt à ce que la présence d'un traître dans ses rangs ne s'ébruite.
– Faites venir une équipe de nettoyage, et faites sortir M. Magnus discrètement, suggéra Zomiel. Je vais reprendre ma ronde comme si de rien n'était, et on oublie cette histoire, ok ?
– T'as sûrement raison, Montoya, c'est plus prudent, acquiesça le premier garde.
– Oh, et n'oubliez pas d'effacer notre entrée du registre, ajouta Magnus.
– Bien sûr, Monsieur.
Zomiel les salua d'un signe de tête, et sortit dans le dédale de couloir, sifflotant en faisant tourner sa matraque télescopique repliée entre ses doigts.
Voilà ce qui arrive, quand on sous-estime la Duchesse Infernale du Désordre. À toi de jouer, maintenant, Étienne !
.
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Niark.
Dans le prochain chapitre, un bal de Noël classique, et un cadeau pour les agents de la Faille.
