Platypus, mes zoziaux ! Aujourd'hui, (long) chapitre en avance pour l'anniversaire de ma compatriote multiverselle DreamerInTheSky, a.k.a DreamerInTheDiscord. Joyeux anniversaire Dreamer ! T'as intérêt à savourer, parce que c'est pas près de se reproduire (avant au moins un an !).
Parce que nous avons aussi un Discord maintenant, oui ! Bon, il ne se limite pas au Multivers, mais est majoritairement tourné fanfic HP (et un peu Star Wars), et très actif. Pour nous rejoindre, allez sur le wiki Parfum-Potter. En haut à droite de chaque article, vous verrez un widget Discord. Cliquez sur le bouton Connect en bas à droite de ce widget pour avoir une invitation !
.
Dans le chapitre précédent, nous suivions les ultimes pérégrinations de l'archiduc infernal Azraël (alias Duncan), et de la duchesse infernale Zomiel. Duncan, devenu une sorte d'inferi aux ordres de la nécromancienne Morgana Lefay, était autorisé à faire un dernier voyage d'adieu à son ancienne vie, et en profitait pour rendre une visite à son petit-fils qui n'en gardera aucun souvenir (pas ma faute, blamez Ywëna d'être autant en avance dans Renouveau ! Je m'adapte, moi), et faire ouvrir son héritage. Zomiel, pendant ce temps, parvient à s'infiltrer à la Giraglia grâce à un plan infaillible d'une complexité… complexe, ensorcelant au passage le Lieutenant-Général Richard Magnus himself. La Giraglia, section A-0 où, je le rappelle, sont enfermés les pires criminels de plusieurs pays d'Europe de l'Ouest, donc le Duc Infernal Chaigidel, dit l'Omniscient, qui appartient au troisième Triangle que l'une des Harab Serapel (les Corbeaux de la Mort, qui comme l'a découvert Magnus, sont les gardes du corps personnelles du Maître des Enfers) a indiqué à Duncan vouloir réveiller.
Toutes ces infos datent tout au plus du tome 3, et il n'y a aucune révélation inédite. Alors grognez pas que je spoile ou que vous avez complètement oublié depuis le temps.
.
Merci pour ta review, Andouille (ça fait bizarre de t'écrire une réponse ici en discutant avec toi sur le Discord…) ! Merci d'avoir signalé l'erreur, j'ai corrigé.
Exactement. C'est le plan de Duncan depuis le début. En fait tout le monde est au courant sauf Morgana, c'est ça qui est drôle !
Je pensais que c'était clair vu la manière dont elle a pris possession d'eux… elle a utilisé la même technique que dans le tome 2, avec les runes gravées sur le sternum. Non seulement c'est indétectable et ça recquiert une chirurgie pour être effacé (donc c'est théoriquement permanent), mais en plus, si tu te souviens bien, les victimes n'ont aucun souvenir de tout ce qu'ils ont pu faire sous possession, l'enchantement (il s'agit de ça) effaçant leur mémoire instantanée au fur et à mesure.
Personne ne sait que Magnus et Cabossin sont allés à la prison. Magnus est le chef, donc il peut couvrir son agente disparue, par exemple en indiquant qu'elle est en mission d'infiltration, le temps d'aller la récupérer dans la cellule aveugle où personne ne viendra lui rendre visite (juste quelque infirmière de passage, mais aucune ne la connaît, c'est une prisonnière lambda, et en stase donc incapable de protester). Et le seul mort, le vigile du A-0, bah Zomiel a pris sa place, et son cadavre a été… nettoyé. Personne ne peut se rendre compte de rien. En fait le plus compliqué sera que Magnus fasse sortir Cabossin de la prison, mais Zomiel s'en moque.
.
Dans ce chapitre… une expérience littéraire, comme au bon vieux temps ! Il y a un détenteur de la narration. À chaque fois qu'il s'arrête avec d'autres personnes, il transmet la narration à une des personnes présentes au moment de partir, et quand ce personnage quitte le groupe à son tour, c'est lui qu'on suit. Comme l'histoire de la feuille d'arbre qui se colle sous le pied d'un passant, puis d'un autre, et la caméra suit la feuille… M'voyez.
La feuille, c'est nous (enfin, la narration). Des tas de personnages intéressants en perspective !
(j'ai adooooré écrire ce chapitre)
.
.
9) L'Écho
Un jour, Cynder Travis se planta devant Mathis Devaux, et annonça :
– Je l'ai trouvée.
Ce jour, c'était le 22 décembre 2018.
Mathis exprima donc tous les sentiments complexes que cette révélation éveilla en lui :
– Ah. Bah, euh…
L'histoire aurait pu s'arrêter là. Mais en fait, c'est par là qu'elle commença.
– Et du coup ?
Cynder regarda autour de lui. Étaient présents Sertorius, Visperi et Camille. Que des membres de Mauvais Augure. Elle pouvait parler sans risque.
– Regarde ça, lui dit-elle en lui tendant un journal.
Celui-ci était un vieil exemplaire du quotidien britannique La Gazette du Sorcier (The Daily Prophet) daté de 1994, qui titrait "Hermione Granger, the Girl Who Breaks Champions' Heart".
– "Ermione Grangeur, la fille qui brise le cœur des champions" ? traduisit Mathis. Euh, Cynder, t'as compris qu'on ne cherchait pas des infos people du millénaire dernier hein ?
Cynder lui adressa un coup de poing dans l'épaule.
– Lis l'amorce, triple buse.
– Aïe ! "Une source anonyme, interne au Collège Poudlard, nous a rapporté que la jeune 'Ermione Grangeur"…
– Hermione Granger, corrigea machinalement Sertorius.
– "Hermione Granger, fille à l'apparence terriblement banale, aurait fait chavirer le cœur de Viktor Krum, célèbre joueur de Quidditch et Champion du Tournoi des Trois Sorciers. Mais non contente de ce trophée, elle se serais ensuite emparé du cœur du jeune et sulfureux Harry Potter, son ami de toujours." Euh, ouais ? En quoi c'est pas une info people inintéressante ?
Cynder lui asséna un nouveau coup de poing, plus fort.
– "Harry Potter, son ami de toujours" ! répéta-t-elle. Harry Potter, Voldemort… tu veux un dessin, ou tu commences à percuter ?
– Une amie de Potter ? comprit Mathis. Ça serait elle la fille de la prophétie ?
– Ouaip !
– Mais elle a au moins quarante ans aujourd'hui ! Et pis le Sondeur m'a assuré qu'elle participait au projet Rosa.
– Celle qui a la solution, ou la clef qui y mène ?
– Où veux-tu en venir ? intervint Sertorius.
– Ouvre à la page de l'article complet, ordonna Cynder.
Mathis s'exécuta, et vit alors la photo illustrant l'article sulfureux signé Rita Skeeter. Il écarquilla les yeux.
– Eurydice ?! Mais comment…
Eurydice Wilkins était une des deux élèves australiennes du projet Rosa. Contrairement à son exubérante camarade Nyurapayia Nakamarra, Eurydice avait été répartie à Aloysia, dans la classe de Mathis. Elle s'était timidement rapprochée d'Erio Alessandri, et Mathis la fréquentait du fait qu'il avait lui-même sympathisé avec le jumeau de ce dernier, Iago. Il ne pouvait pas la considérer elle-même comme une amie, mais ne pouvait que la reconnaître sur la photo animée, même en noir et blanc.
– Ce n'est pas elle, assura Cynder. Mathis, je te présente Hermione Granger, proche amie du héros Harry Potter, lorsqu'elle avait quatorze ans.
– L'âge d'Eurydice… L'écho ! comprit Mathis. La clef est dans la tête d'Eurydice ! Il faut que je trouve Danielle !
– Qui ?
Mathis ignora la question. Il se tourna vers ses amis, mais n'eut rien besoin de dire.
– Serpent doit retrouver son Émi chérie, de toute façon, annonça Visperi d'un ton léger. Camille, Cynder, vous venez arroser les voltiflors avec moi ?
– Ha désolée, je devais rejoindre Nil et Raven à l'Étage Blanc, refusa Camille.
– Mais vous êtes partout ma parole ! constata Cynder. Où sont Erwin et Angela d'ailleurs ?
– Erwin est avec Amara, et probablement Gretchen et le cousin d'Amara, Octavius, répondit Camille.
– Aaahh, ces intellos…
– Quant à Angela, convoquée par la directrice. Paraît qu'elle a menacé un mec de sa classe de le mordre. Mais… où est Mathis ?
– Il a filé à l'anglaise, constata Cynder.
– Elle est américaine, corrigea Visperi.
– Non mais… Pas Danielle… Humph, bon, ok, je viens avec toi Vipère ! Camille, si tu croises Aloïs ou Eva, tu leur diras que je suis aux serres ?
– Pas de souci, acquiesça son aînée.
Camille se sépara du groupe dans le Hall. Elle entreprit de monter les escaliers jusqu'à l'Étage Blanc, mais se rendit compte, une fois arrivée au 3ème Étage que l'arche blanche caractéristique était de l'autre côté du vide. Elle était montée du mauvais côté, et il n'existait bien sûr aucune passerelle entre les deux ailes du château.
Maudissant le manque de logique pratique de l'architecte, elle redescendit. Au passage, elle héla le portrait du fondateur :
– Hé St-Renaud ! Qui a eu cette idée absurde de ne relier les deux ailes qu'au rez-de-chaussée ?
– De n'est pas de mon fait, Miss Hastier, assura le moustachu peint. Lorsque l'Académie se trouvait sur le domaine de ma famille, il s'agissait de deux bâtiments séparés, et les escaliers étaient à la place de ces multiples cabinets de toilettes dont vous disposez aujourd'hui. Je ne comprends point…
– Excusez-moi, Vicomte, le coupa Camille, mais je suis pressée !
Elle s'enfuit avant que le tableau ne réplique. Cette fois-ci, elle emprunta le bon escalier, et arriva à l'étage blanc. Elle trouva Nilüfer et Raven à l'arène en compagnie des deux anglaises, Sandra et Ophélia, qui se trouvait sur la scène, et de Moon Eun-Jae, l'élève de l'Institut Coréen de l'Art répartie en 3ème Lonicera.
– Tu dois être Camille. Enchantée, la salua-t-ael en inclinant la tête.
– Euh, salut. Tu sembles mieux me connaître que je ne te connais, observa l'Augure.
– Camille, je te présente Eun-Jae. Ael est encore plus douée que moi en Runes. On était en train de tester les possibilités de la tablette de cire, indiqua Raven en désignant la tablette murale sur laquelle on pouvait graver des instructions. Eun-Jae, tu lui montres ?
La benjamine du groupe attrapa le stylet qui flottait autour de la tablette, et l'apposa à cette dernière. Puis elle de mit à graver des runes que Camille n'avait jamais vues.
– Des runes du système Silla, expliqua Raven, ayant surpris le regard intrigué de son amie. C'est spécifique à la Corée, et ils l'utilisent dans leurs objets magiques tant réputés à travers le monde.
– Mais ça va marcher ?! La tablette va les reconnaître ?
En guise de réponse, Raven désigna la tablette d'un signe du menton. Camille reporta son attention dessus, au moment où Eun-Jae concluait par un symbole particulièrement complexe. Ael recula d'un pas, attendant que la tablette analyse les runes. Celles-ci disparurent, et toutes se tournèrent vers le centre de l'arène.
Apparut alors un trou dans le sol où sortit un assemblage de bois et de métal qui se mit à se déployer, à se modeler, jusqu'à prendre l'apparence d'un macaque de deux mètres de haut aux crocs acérés. Le trou dans le sol se referma, et les yeux du macaque s'illuminèrent d'une lueur rouge. Ophélia émit un sifflement entre ses dents. Le macaque tourna sa tête vers elle d'un geste sec qui produisit un grincement typique. Il fit mine de se jeter sur elle, mais d'un sort informulé, la muette Sandra fit apparaître une corde avec laquelle elle ligota ses pattes arrière. Le singe mécanique s'effondra au sol. Il se tortilla pour accéder à la corde avec ses pattes avant, exposant sa nuque à Ophélia. Celle-ci y pointa sa baguette, et prononça :
– Confringo !
La nuque de l'automate explosa, lui arrachant une bonne partie de la tête. Cependant, il acheva de se détacher, et se précipita vers Sandra, qu'il détectait d'une manière ou d'une autre malgré son absence de tête. Celle-ci jeta un sort à ses propres pieds, qui la propulsa en l'air tandis que le singe se projetait involontairement hors de la scène de duel. Camille eut un mouvement de recul.
– Il est programmé pour n'attaquer que les personnes qui se trouvaient sur la scène au moment où il a été activé, assura Eun-Jae. Sandra et Ophélia ont été spécifiquement marquées. Nous ne risquons rien. Évite juste qu'il ne te tombe dessus.
Pendant ce temps, le singe était remonté sur la scène, se tenant face aux deux filles qui s'était réunies du même côté. Il sembla les jauger, et concluant qu'une charge rapide lui vaudrait une nouvelle déconvenue, s'approcha doucement. Les deux anglaises se regardèrent. Puis Sandra fit un signe de tête, et les deux filles pointèrent le singe.
– Conglutino ! lança Ophélia, tandis qu'un jet de sable sortait de la baguette de Sandra.
Le sable commença à se coller par couche sur le singe, entrant dans ses articulations et ses mécanismes, jusqu'à le changer en statut de pierre.
– Incendio !
Le sable se mit à rougeoyer, puis à émettre une lueur intense. Les deux filles se firent face, croisant leurs baguettes comme pour commencer un duel, puis pointèrent toutes les deux leur baguette vers ce qui restait du singe, et jetèrent un double Aguamenti informulé. Il y eut une explosion de vapeur. Puis, lorsqu'elles arrêtèrent le sort, Raven ouvrit une fenêtre pas laquelle s'échappa le nuage de vapeur. La statue avait été changée en verre translucide, sombre comme de l'obsidienne, à travers lequel on devinait les pièces métalliques déformée de l'animatronique. La charpente de bois avait été pulvérisée et ses cendres mélangées au sable en fusion.
Un applaudissement lent brisa le silence.
Toutes se tournèrent vers le nouvel arrivant. C'était le professeur de combat Sigfus Leifsson, accompagné de quelques élèves plus âgés, les meilleurs du cours d'Art du Combat.
– Belle démonstration de magie, les mioches. Pouvons-nous faire usage des infrastructures communes, maintenant ?
– Toutes nos excuses, s'inclina Eun-Jae, qui traça une série de rune pour que la pièce dispose automatiquement de la statue.
Sigfus s'avança vers ael, et planta son doigt dans le haut de son sternum.
– Quand tu es dans ton plein droit, même face à une figure d'autorité, tu ne t'excuses pas. Compris, gamin ?
– Gamine, corrigea systématiquement Eun-Jae en lui jetant un regard désapprobateur, avant de baisser les yeux.
– Excuse-moi. Lève les yeux quand je te parle. Tu vois, là je m'excuse parce que j'ai fait une erreur, gamine. C'est comme ça que ça marche. Nous sommes tous égaux. Personne n'a à s'écraser devant un autre. Si un de ces coincés de professeurs français t'affirme le contraire, tu viens me le dire, que j'aille botter son petit cul à fleurs de lys.
– D'a… d'accord, Monsieur.
– Et m'appelle pas Monsieur, j'suis pas encore assez vieux pour ça.
– Bon, Sigfus, t'arrête de traumatiser la petite ? intervint Charlus Glenn qui l'accompagnait. On a un entraînement à faire !
– Toi ta gueule. Tiens, vu que tu veux la ramener, tu passeras en premier. Yevfroniy, bousille-le !
Le colosse russe fit craquer ses articulations avec un sourire carnassier. Charlus leva les yeux au ciel en secouant la tête. Il retira ses lunettes qu'il tendit à Eirik Appelbaum, et monta sur la scène.
Yevfroniy s'élança vers lui, courbé, chargeant comme un ours. Charlus attendit. Au dernier moment, il esquiva d'un mouvement fluide, et planta son coude gauche dans le dos du russe qui s'effondra au sol. Sans même se retourner, il lui colla un coup de talon à l'arrière de la cuisse, tirant un grognement de douleur au russe. Celui-ci tourna la tête, croisant le regard d'Eun-Jae qui admirait autant ses tatouages runiques d'une finesse exceptionnelle que sa plastique sublime. Il grogna, et se redressa.
– Faites sortir ces touristes ! cracha-t-il presque à l'intention de Sigfus.
– Vous avez entendu la superstar, les filles, ricana le professeur. Il ne voudrait pas que vous le voyiez prendre une raclée.
Les adolescentes s'exécutèrent. Pendant ce temps, Yevfroniy tentait de revenir au corps-à-corps avec le Norvégien. Il tenta plusieurs feintes, mais Charlus ne bronchait pas. Bouillant de rage, le colosse se fendit avec une rapidité que sa silhouette massive ne laissait pas envisager, et propulsa son poing en un uppercut qui aurait brisé la mâchoire et plusieurs dents de son adversaire s'il avait porté. Mais Charlus se contenta de tourner la tête, mettant son menton hors de portée du poing de son adversaire qui lui frôla la joue. Lorsque le russe commença à être emporté par son propre poids, Charlus attrapa son poignet, ploya un genou, et le propulsa par-dessus son épaule. Il le claqua contre le sol de béton ciré blanc, et le retourna en lui faisant une clef de bras qu'il maintint à deux mains et entre ses genoux. Yevfroniy ne pouvait plus bouger sans se déboîter l'épaule.
– Bien. Qu'est-ce qui m'a déplu dans ce combat ? interrogea Sigfus.
– Le fait que j'ai gagné ? supposa Charlus.
– Très spirituel, crétin. Et lâche ce pauvre Yevfroniy, on a bien compris que t'as maîtrisé la bête.
– Yevfroniy ne s'est pas adapté au style de combat de son adversaire après sa première attaque échouée, expliqua Psamáthe.
– EXACTEMENT ! s'écria Sigfus. En situation de combat réelle, faire deux fois la même erreur vous coûtera à coup sûr la vie. Charlus, ça va, t'es pas trop fatigué de n'avoir rien foutu ?
– Ça va, je gère, sourit le Norvégien.
– Bien. Yevfroniy, dégage.
Le russe se glissa vers le bord de la scène, laissant ses pieds tomber vers le sol, et se releva tant bien que mal, puis rejoignit les autres élèves en boitant. Sigfus appuya son long bâton au mur, et monta sur scène. Aussitôt, l'attitude de Charlus changea. Il se mit dans une position de combat qui aurait pu lui permettre d'arrêter un rhinocéros en course, les poings à demi ouverts. Sigfus avait une position différente, mais tenait ses mains de la même manière.
Bien qu'il fût à deux mètres, il se fendit, et Charlus eut à peine le temps de réagir tandis que son professeur lui envoyait un coup de pied rotatif à hauteur d'épaule. Il l'attrapa à deux mains, prêt à tirer pour le jeter au sol. Mais Sigfus fut plus rapide, et se servit de la prise de son adversaire pour se projeter en l'air à l'horizontale. De sa jambe libre, il lui projeta un violent coup de pied dans la tête qui sonna brutalement Charlus. Celui-ci faillit tomber de la scène en tentant de reprendre appui en arrière, mais, pliant l'autre genou, il projeta son centre d'équilibre en avant, et se servit de l'élan converti pour projeter à pleine vitesse son épaule dans le ventre de son adversaire. Sigfus n'anticipa pas le coup, et ils roulèrent tous deux au sol.
Ils luttèrent quelques instants ainsi, mais Sigfus était nettement plus fort, et une fois qu'il put avoir le dos à plat contre le sol, il s'en servit comme levier : après avoir sonné temporairement son adversaire d'un coup de coude dans le menton, il replia ses deux jambes, et projeta son adversaire en arrière. Charlus roula, et se releva presque instantanément. Il reprit son souffle le temps que Sigfus se relève, puis prit cette fois-ci l'initiative de l'attaque, tentant une double attaque, balayant ses jambes en lui saisissant la gorge de la main gauche. Mais Sigfus attrapa son poignet, et tourna sa cheville en relevant le talon, contre lequel Charlus écrasa le dessus de son pied. Il eut un mouvement de recul de douleur, et Sigfus en profita pour lui attraper l'épaule droite avec l'autre main, et lui asséna un violent coup de tête en bas du front. Il y eut un craquement sinistre. Les yeux de Charlus partirent à la retourne, et il s'effondra comme une poupée de chiffon.
– Des commentaires ? demanda le professeur.
– Charlus est plus difficile à plaquer au sol qu'un culbuto, T'as beau taper dessus aussi fort que tu peux, il ne reste jamais couché plus d'une seconde.
– Hum, il n'a pas l'air de se relever, là, grinça Yevfroniy entre ses dents serrées de douleur.
Sigfus sauta de la scène, attrapa son sceptre-baguette démesuré, et le pointa vers Charlus :
– Enervatum ! Placationem !
Puis il pointa son sceptre vers Yevfroniy, et répéta le dernier sort. Une lueur ambrée émana du sceptre, tandis que la grimace de douleur du russe s'atténuait. Sur la scène, Charlus reprit conscience.
– T'as le nez cassé, Charlus, fit remarquer Eirik. Tu veux que je te le redresse ?
Charlus jeta un regard en biais à son camarade, puis se tourna vers le professeur.
– Euh, Sigfus, je tiens un peu à mon nez, quand même. Y'a moyen que je fasse un saut à l'infirmerie ?
– Mouais, mais dépêche-toi alors ! Psamáthe, Eirik, en scène, et que ça saute ! Eirik, défense uniquement, cette fois-ci, grand couillon ! Si tu lui recasses le bras, je te casse la gueule !
Au passage, Eirik rendit ses lunettes à Charlus, en lui proposant une dernière fois, en vain, de lui réparer le nez lui-même.
Charlus quitta l'Étage Blanc, et se précipita dans les escaliers. Le sort anti-douleur du prof avait temporairement prévenu le saignement, mais le coup de boule pas parfaitement ajusté lui avait dévié la cloison nasale, et il devait respirer par la bouche.
Il entra dans l'infirmerie. Madame Chevallier était occupée avec un élève qui s'était fait mordre par une mandragore. Il avait la main violacée qui avait doublé de volume. L'autre infirmière, Madame Dorine, rédigeait des rapports dans le cabinet de permanence. Charlus se dirigea donc droit vers le Dr Beauxbatons, qui riait avec une adolescente alitée.
– Docteur ?
– Je suis à vous tous de suite, jeune homme. N'oublie pas de boire ton médicament à seize heures précise, Justine.
– Oui, Docteur ! confirma la patiente.
– À nous deux ! Que puis-je pour vous ? demanda le docteur à Charlus, le poussant doucement dans le dos pour laisser un peu de tranquillité à la dénommée Justine, et au besoin, d'intimité à son nouveau patient.
– J'ai le nez cassé, Docteur, nasilla Charlus.
– J'entends ça ! Encore ce maudit cours de combat ?
– Le professeur du cours de combat, précisa Charlus.
Eugène Beauxbatons plissa les paupières et la bouche en inspirant, avant de pousser un long soupir.
– Quelle méthode d'enseignement saugrenue. Enfin. Assieds-toi ici. Lève bien la tête… Episkey !
Le nez de Charlus se redressa tout seul. Il ressentit une sensation de chaleur suivie d'un intense froid qui lui engourdit tout le visage. Le docteur ouvrit sa veste, où étaient rangées des tas de petites fioles. Une véritable pharmacie !
– Tiens, bois-ça, ordonna-t-il en donnant une fiole opaque à Charlus. Je te préviens, c'est très mauvais. Mais c'est très efficace.
– De la poussos ? devina Charlus. Est-ce vraiment nécessaire ?
– Est-ce que tu es prêt à prendre le risque que ton nez se ressoude de travers ? Episkey l'a redressé et a rattaché le cartilage à l'os, mais c'est encore très mou, et le cartilage pourrait bien durcir de travers cette nuit si tu dors sur le côté.
Sans sourciller, Charlus avala le contenu (immonde !) de la fiole d'un trait.
– Parfait ! le félicita le médecin. Maintenant, tu laisses ce nez tranquille au moins deux heures, et tout ira bien. Oh, je vois que tu as des lunettes. Si possible, il faudrait éviter de les mettre pendant ce délai.
Charlus regarda les lunettes à monture épaisse qu'il tenait dans la main. Elles étaient totalement inutiles, et les verres n'avait même pas de correction : il ne les portait que pour se donner un air sérieux, mais n'osait pas l'avouer.
– Je n'en ai besoin que pour lire, mentit-il. Je vais aller faire un tour dehors, avant de remonter avec Sigfus.
– Sage décision. Le froid est une bonne médecine !
Charlus ricana intérieurement. Le froid. Comme tous les ans, du 1er décembre au 6 janvier, le domaine de Beauxbâtons avait été recouvert de neige artificielle, et la température était maintenue autour de 0°C pour qu'elle ne fonde pas. À la Hekseri Akademiet où il étudiait, au cœur des plaines sauvages au cœur de la Norvège, 0°C était presque une température estivale.
Charlus sortit de l'infirmerie en courant, sous le regard mélancolique de Justine. Elle-même n'avait pas couru depuis un sacré bail.
– Il est joli garçon, commenta Mme Chevallier.
– Il s'en va à la fin de l'année, répliqua Justine.
– Et alors ? insista l'infirmière. Nous ne sommes même pas à la moitié de celle-ci.
– À quoi bon ? répliqua Justine, qui essayait d'attraper sa petite bouteille de médicament, sa main battant vainement l'air à côté alors qu'elle la fixait du regard.
Discrètement, l'infirmière poussa la bouteille sous la main de l'adolescente.
– Ça s'aggrave, on dirait, constata l'adolescente d'un ton neutre. Quelle était la formulation exacte du neuromédicomage de Notre-Dame des Orages ?
– La forme juvénile de la chorée de Huntington évolue de manière nettement plus rapide que la forme tardive, énonça l'infirmière, un sourire contrit aux lèvres. Surtout en ce qui concerne la dégénération cognitive.
– Quelle jour sommes-nous ? s'enquit Justine.
– Le 22 décembre. Le réveillon de Noël est dans deux jours.
– Quelle année ? Je plaisante ! se reprit Justine en voyant les sourcils de l'infirmière se froncer.
– Humph.
– Le docteur a dit que grâce à ce médicament, je pourrais assister au banquet.
– Il te faudra prendre un tonique, et ne jamais rester seule, mais ça se fera, oui, confirma l'infirmière. Le médicament est très efficace. C'est un stabilisant cellulaire, une innovation des laboratoires Zeitmann destinée à combattre les maladies mutagènes dangereuses pour l'adulte, comme la dragoncelle. Nous y ajoutons quelques gouttes de quintessence pour optimiser son effet sur toi.
– Ça ne me guérira jamais, comprit Justine.
– Non, mais ça ralentit suffisamment la dégénérescence de ton organisme pour de laisser de belles années devant toi si dans le pire des cas nous ne trouvons jamais de remède. Mais je te promets que nous y parviendrons.
– Personne n'a réussi jusque-là, observa l'adolescente.
– Tu es à ma connaissance la première sorcière diagnostiquée d'un Huntington précoce avant qu'il ne soit trop tard. La médicomagie va faire un grand bon en avant en ton nom.
– Au pire, je leur servirai de cobaye, une fois mon cerveau HS.
L'infirmière passa sa main dans les cheveux blonds coupés en un carré plongeant de Justine. Sur sa peau d'un blanc maladif, ils paraissaient presque ambrés.
– Ne dis pas des choses pareilles, la morigéna-t-elle doucement.
– Oh allez, Jeanine, arrête un peu ! s'énerva Justine, repoussant sa main. Il me reste quoi à vivre ? Cinq ans ? Dix si le traitement fonctionne ? Belle perspective d'avenir, c'est sûr !
L'air pincé, l'infirmière se redressa. De sa blouse-pharmacie, elle sortit deux gants en vinyle et un petit flacon contenant un liquide azuré qui luisait doucement. Elle mit les gants, ouvrit le flacon et la bouteille de médicament de Justine, et y versa quelques gouttes. Puis, le flacon rebouché, elle retira ses gants.
– C'est ce que je pense ?
– De la quintessence pure, confirma l'infirmière. Directement puisée de la fontaine Flamel.
– J'en étais sûre ! Nicolas Flamel a vraiment caché la pierre philosophale dans la fontaine !
– Chuuut ! Pas si fort ! Oui, elle est là. Il n'a jamais révélé la recette de l'Élixir de longue vie, mais a expliqué au Dr Beauxbatons les autres propriétés et applications de la quintessence. Mais il en est une sur laquelle il a particulièrement insisté : elle ne doit jamais entrer en contact avec la peau humaine. D'où l'interdiction de s'approcher de la fontaine. Une alarme se déclenche si le périmètre est violé, de plus en plus stridente au fur et à mesure qu'on s'approche, à tel point qu'on finit par s'évanouir de douleur avant d'atteindre l'eau.
– Ça n'aurait pas été plus simple de cacher la pierre ailleurs, du coup ? fit remarquer Justine. Je ne sais pas, dans la forêt, par exemple. La zone est protégée entre Beauxbâtons et les montagnes, et accessible à personne.
– Justement. Comment ferions-nous, sans la quintessence ? Et puis, quoi de mieux pour la surveiller que de la laisser tous les yeux de centaines d'élèves et de professeurs toute l'année ? Oh, 16h ! Allez, cul-sec !
Justine s'exécuta, et avala son médicament. Elle grimaça.
– Ça brûle la gorge plus que d'habitude !
– C'est normal, il y a double dose de quintessence. Le docteur en avait déjà mis.
– Pourquoi t'en as remis alors ?
– Pour que tu sois en pleine forme après-demain ! Au pire, si doubler la dose n'a aucun effet, ou l'effet inverse, nous n'aurons essayé que pendant trois jours. Allez, maintenant, il faut dormir, jeune fille !
– Je pourrais avoir ma baguette, s'il te plaît ?
– Après la sieste !
Justine marmonna une invective, avant de se retourner pour s'endormir. Son corps fut secoué d'un spasme brutal. Jeanine Chevallier fut aussitôt sur le qui-vive, anticipant une crise d'épilepsie. Mais Justine marmonna "ça va", et l'infirmière se détendit. Elle quitta l'infirmerie pour se diriger vers l'Administration. Elle la traversa, saluant les quelques professeurs présents au passage, et frappa à la porte du bureau de la directrice.
– Entrez ! … Ah, bonjour, Madame Chevallier.
– Madame Maxime. Jeune fille.
– Bonjour, Madame, la salua Angela Magnus.
– C'était important ? s'enquit la directrice.
– Ça concerne Justine Levallier, Madame, expliqua l'infirmière.
– Ah. Un instant, je vous prie. Angela Magnus, j'espère avoir été parfaitement claire. Si ce genre d'incident se reproduit, ce n'est pas seulement vous qui serez exclue. Ce sera également le cas de tous les enfants hybrides que notre académie accueille, et les générations à venir. Ça mettra tout le projet d'intégration en péril. En fait, je pourrais moi-même risquer ma place.
– Ça ne se reproduira plus, Madame Maxime, assura Angela. C'était une plaisanterie mal avisée, je n'avais pas envisagé les conséquences terribles que ces mots auraient pu avoir.
– Très bien. Vous pouvez disposer. Et dès que vous croiserez votre camarade, …
– Je m'excuserai, confirma Angela.
– Très bien.
Puis, se tournant vers l'infirmière, tandis qu'Angela sortait :
– Dites-moi tout, Madame, l'invita la directrice.
– Ça s'aggrave. Aujourd'hui, Justine n'est pas parvenue…
Angela n'entendit pas la suite de la conversation. Elle referma la grande porte azurée derrière elle, et quitta l'administration au pas de course. Sans ralentir, elle sortit sa baguette, la pausa dans sa paume tenue ouverte, et ordonna :
– Pointe à Mathis !
La baguette pivota, indiquant la direction du banc face au pont des Aloysia, où les Augures aimaient se prélasser quand il faisait chaud. Ce qui n'était pas le cas aujourd'hui, selon leurs critères.
Sur le banc, emmitouflée dans une doudoune moldue et une longue écharpe de laine enchantée (probablement achetée au marché du Bat'Show, dans les stocks de feu Jorge Soriano que Karl Saüser écoulait pour financer leurs farces), Danielle Bourgeois toisait dans un calme agacé Mathis Devaux qui s'agitait devant elle, debout, lui mimant quelque chose avec forces gesticulations. Lorsqu'elle fut à portée d'ouïe vampirique, soit nettement plus loin qu'un humain, Angela put entendre ce qu'il disait. Elle ne ralentit guère pour autant.
– Tout ce que tu as à faire, c'est de trouver la clef dans son esprit. Elle y est forcément. Je suis persuadé que ce lien avec Hermione Granger n'est que physique. "écho"… c'est son portrait craché, un reflet dans le miroir ! C'est symbolique, voilà tout.
– Et si ce n'est pas le cas ? demanda Danielle. Si nous réveillons quelque chose qu'il ne faut pas ?
– Rhoooh, t'as qu'à la prévenir, si tu y tiens ! s'exaspéra Mathis. Mais on n'entre pas dans les détails, ce n'est pas la peine de l'impliquer. Elle ne nous est pas utile.
– Utile ? s'offusqua Danielle. On parle d'un être vivant, là, pas d'un outil à ton service !
– Joue pas sur les mots, tu sais très bien où je veux en venir. Elle a beau vivre à l'autre bout de la terre, si on ne stoppe pas les Ducs à l'épicentre, ils finiront par détruire le Monde !
– Ce que t'es dramatique. Tu devrais faire du théâtre avec mon cousin Jamie.
– Il en fait ? demanda Mathis, s'interrompant soudain dans sa gesticulation.
– Non. Mais il devrait.
– Enfin bref, change pas de sujet !
– J'arrive au bon moment, on dirait ? s'immisça Angela.
– Ouais ! Non. Euh… Salut Angie ! Alors ?
– Avertissement, et trois quarts d'heure d'histoire des droits des hybrides. Finalement, j'aurais dû le mordre sans prévenir, ça aurait été difficilement plus chiant, et il aurait flippé de se changer en vampire, cet abruti de raciste. Bon alors, les nouvelles ?
– Cynder a trouvé qui est l'écho. Eurydice Wilkins est le portrait craché d'une certaine Hermione Granger, qui a combattu Voldemort aux côtés de Harry Potter.
– Voldemort, le mec sans nez dont Éliza nous avait parlé, qu'ils étudient en Histoire de la Magie en 6ème Année ?
Danielle secoua la tête de dépit.
– "Le mec sans nez". Sérieux. C'est comme ça que tu résumes un des pires mages noirs de notre histoire moderne, responsable de centaines voire de milliers de morts ? Instigateur de deux guerres civiles ?
– Vaincu par trois adolescents non diplômés ? fit remarquer Mathis. Ça remet en perspective ce que nous essayons de faire face aux Ducs Infernaux, non ?
– Pfff, soupira Danielle. T'as gagné, on y va.
Elle se leva du banc, et se dirigea d'un pas assuré vers le pavillon bleu.
– *hum hum*, se manifesta Mathis. Je vous rappelle que contrairement à vous, je ne peux pas y rentrer, aussi absurde soit cette règle.
– Je vais la chercher, répondit Danielle. Stresse pas tant, l'Augure, ce n'est pas toi qui va passer au scanner. D'ailleurs, je te préviens, si elle refuse, elle non plus n'y passera pas.
– Ouais, ouais, allez dépêche-toi, fait pas chaud ici !
Joignant l'action à la complainte, Mathis vira un groupe de 2ème L qui discutaient autour du brasero à châtaignes installé devant leur pavillon. Grognant et pestant, ils rentrèrent dans le bâtiment, là où le 4ème A ne pourrait les suivre.
– T'abuses, quand même, le tança Angela. Ils sont sympas, ces petits jeunes. Et puis c'est sur moi qu'ils vont se venger, s'ils sont rancuniers.
– T'as peur ?
– Pour eux, ouais. Châtaignes ?
Angela sortit un petit sachet en papier contenant des chataîgnes crues. Sans attendre sa réponse, elle les versa dans la coupelle intégrée du brasero, et se mit à les remuer avec sa baguette.
Danielle et Eurydice ne tardèrent pas à sortir du bâtiment.
– Bonsoir Mathis, sourit l'australienne.
– Bonsoir, Eurydice. Danielle t'as expliqué pourquoi nous te sollicitions ?
– Elle m'a dit que vous aviez besoin de quelque chose dans ma tête, mais je ne suis pas sûre d'avoir bien compris.
– Un souvenir, précisa Mathis. J'ai reçu une prophétie, et il y a un vers que nous avons interprété comme disant que la clef est dans tes souvenirs.
– Pourquoi les miens ?
– Tu es… (Mathis croisa le regard noir de Danielle) Ça serait trop long à expliquer. Mais nous pensons… je pense qu'il s'agit tout simplement de quelque chose que tu aurais pu voir ou entendre, et que tu aurais gardé dans ton inconscient. Un simple coup d'œil suffira, tu ne risques rien.
– En fait, intervint Danielle, il y a un fort risque pour que le souvenir en question, et peut-être certains que j'effleurerai, remontent à la surface. Ça pourrait être un souvenir triste ou douloureux, et…
– J'ai eu une vie très heureuse, jusque-là, assura Eurydice. Allons-y, si ça peut vous aider. On procède comment ?
– Je vais fouiller dans ton esprit, en cherchant des idées, des mots, des images en rapport avec ce que pourrait être ladite clef. J'essaierai de ne pas regarder tes souvenirs privés, et je te promets que quoi que je puisse voir ou entendre qui n'a pas de rapport avec la clef, je le tairai.
– Je te fais confiance, Dani, assura l'australienne.
Danielle sortit sa baguette, et la pointa vers la tête d'Eurydice, posant son autre main sur ses cheveux. La baguette était totalement inutile pour utiliser son talent PSI, mais il fallait sauver les apparences.
– Memoribus ! prononça Danielle, improvisant une formule.
Puis elle projeta sa conscience dans celle de sa camarade à l'aide de son don, et se mit à fouiller méthodiquement dans sa mémoire. Sa balise : le nom d'Hermione Granger.
Au début, elle ne trouva rien, dans les souvenirs d'Eurydice (qui, elle n'avait pas menti, avait eu une enfance plus qu'enviable). Alors Dani entra dans la partie du subconscient, cherchant les échos résiduels que le corps enregistrait quand les sens étaient focalisés sur autre chose. Et elle trouva. Elle en trouva même beaucoup trop.
Tout au long de son enfance, les parents de la petite Eurydice l'avaient erronément appelée "Hermione" à des centaines de reprises. Cela l'avait toujours intriguée, parce qu'ils n'en connaissaient aucune. Tirer sur cette connexion en fit remonter une nouvelle à la portée de Danielle : les Wilkins étaient nés et avait vécu toute leur vie en Australie, leur livret de famille en attestait. Pourtant, il leur arrivait d'évoquer un certain cabinet de dentiste situé à Londres, avant de s'interrompre en se demandant de quoi ils parlaient.
Dani fit alors une erreur fatale : elle eut une idée. Alors, comme elle se trouvait encore dans l'esprit d'Eurydice, elle y implanta involontairement cette idée. La violence de la réaction mentale de l'australienne fut si violente que Danielle fut éjectée de sa conscience, et chancela physiquement en arrière.
– D'où sortent tous ces souvenirs ? Qui est Hermione ? Pourquoi mes parents m'appelaient comme ça ? Et comment ça, mes parents ont tous les signes de quelqu'un à qui on a modifié la mémoire ?! Comment je peux savoir ça, moi !?
– Danielle ? demanda Mathis.
– Hé, c'est pas de ma faute, je ne savais pas où je mettais les pieds ! J'ai juste pensé que… j'ai juste pensé, et ma pensée s'est inscrite dans sa tête.
– C'est malin, heureusement que ça devait être discret et sans traumatisme !
– Qui est Hermione ? insista Eurydice.
Mathis sortit alors la coupure de journal de sa poche, et lui tendit. Eurydice la déplia, et tomba nez-à-nez avec la photo de l'article de 1994.
– Mais… qui…
– Eurydice, je te présente Hermione Granger. Si ma théorie est exacte… soit c'est ta sœur, et tes parents l'ont oubliée, soit c'est ta mère biologique.
– La perte de mémoire de ses parents semble corroborer la première théorie, intervint soudainement Angela. Ils la confondaient, visiblement.
– C'est comme ça que vous avez trouvé que c'était moi ? Que vous me cherchiez moi ? demanda Eurydice, suspicieuse.
– Oui, c'est grâce à cet article.
– Pourquoi !? Que cherchiez-vous ? Que dis cette soit-disant prophétie ?
À présent, Eurydice était presque hystérique, ses yeux trempés de larmes.
– Mathis ! le prévint Dani.
– Que la clef est dans le passé de celle qui n'est qu'un écho, énonça Mathis, faisant fi de l'avertissement de sa camarade. Visiblement, nous nous sommes trompés. L'écho, c'est toi. Tu es la pantomime de ta sœur ainée qu'on aura fait oublier à tes parents. Un écho de leur fille. Je suis désolé. Tout ceci était inutile.
– Alors… alors ma vie entière est un mensonge ? sanglota Eurydice.
– Un mensonge, non. Mais un écho. Même ton prénom, à vrai dire : Hermione et Eurydice étaient deux reines grecques de l'Antiquité.
– Mais Mathis ça suffit ! gronda Danielle. Tu crois pas que tu en as assez fait comme ça ?!
– Moi ? MOI ?! C'est toi qui es rentrée dans sa tête et qui n'a pas su faire ton boulot correctement ! Ça devait être rapide, un aller-retour et on savait si la clef était en Eurydice, ou si Eurydice était l'indice menant à sa sœur. Mais il a fallu que tu fasses n'importe quoi, que tu y mettes des sentiments !
Danielle, elle aussi en larmes à présent, lui asséna une gifle qui résonna dans tout le jardin, le son porté par la rivière. Mathis, interdit, ne réagit pas quand Dani fit rentrer la pauvre Eurydice éplorée dans le pavillon. Avant de passer la porte, elle se retourna, et lui jeta un regard assassin, les joues baignées de larmes.
– Tu m'as fait faire quelque chose d'horrible qui me hantera toute ma vie, et tu m'a menti sur les conséquences que tu connaissais déjà. Je vais te le faire payer au centuple, Mathis Devaux. Tiens-le pour acquis.
Elle claqua la porte derrière elle. Angela haussa un sourcil.
– T'as bien merdé, sur le coup-là, petit oiseau. Même moi, je trouve que tu es allé trop loin.
– Oh, la barbe ! s'agaça Mathis. Tu vas pas t'y mettre aussi !?
– Celle de Merlin ? sourit Angela.
– Celle de Lucian, répliqua Mathis, faisant référence aux trois touffes blondes indisciplinées qui se battaient en duel sur le menton de l'adolescent.
– Tu devrais mettre de la neige sur ta joue, avant que ta pommette n'enfle.
– Ouaif. Accio boule de neige. Tu crois que je devrais prendre sa menace au sérieux ?
– Tu as entendu parler de la Caste Noire ?
– Euh… l'armée de Dark Vador ?
– Qui ?
– Laisse tomber.
– La Caste Noire est un rassemblement de familles sorcières Afro-Américaines originaires du sud des États-Unis, principalement de Lousiane, dont la famille… les familles de Danielle font partie, expliqua Angela. Leur adversaire politique, et ennemi historique, l'Alliance Mayflower, pourrait être résumé comme ça : des hommes blancs pleins aux as qui se croient tout permis.
– Je ne suis pas plein aux as ! protesta Mathis.
– Au moins, tu as compris l'allégorie.
– Je suis… le Mayflower de sa Caste, résuma-t-il.
– Hum, un substitut convainquant, à son échelle. Alivorte, tu vas morfler.
– Que ferais-je sans toi ?
– La même chose, en moins drôle.
– Drôle pour toi !
– Hé ! ça compte quand même.
Mathis leva les yeux au ciel, et continuant de presser la neige sur sa joue, abandonna Angela à son brasero de chataîgnes. De toute façon, il n'y en avait pas assez pour deux. Il préféra aller s'échouer sur son lit, où il finit par s'endormir.
Il fut réveillé par Erwin qui râlait.
– Qui a mis de l'eau partout sur mon lit ?!
Mathis avait encore la joue et l'oreiller trempés. Il s'était endormi avec la neige sur le visage. Il attrapa sa baguette, et chuchota un sort de séchage.
– Qu'as-tu dit ?
– Je disais, bonjour, quel réveil agréable ! mentit Mathis.
– C'est toi qui as mouillé mon lit ?
– Tu es assez grand pour le mouiller tout seul.
– Je t'emm… *hum*. Je suis trop fatigué pour me fâcher.
Erwin jeta un sort de séchage sur son lit à son tour, avant de s'y jeter avec élégance.
– Longue journée ?
– Toi aussi ?
– Je me suis fait une nouvelle ennemie, résuma Mathis. Toi ?
– Je me suis disputé avec Tante Sérène.
– Sérène était sur le domaine et tu ne nous as rien dit ?! s'offusqua Mathis.
– T'as un faible pour ma tante ? le taquina Erwin.
– Les cours de Zoomagico ne sont plus du tout pareils sans elle, se justifia Mathis.
– Le professeur Matveev est très intéressant ! le défendit Erwin.
– Le professeur Matveev est un professeur, répliqua Mathis. Un académicien. Sérène est une chasseuse badass qui s'est déjà battue à main nues avec un griffon.
– Et elle y a perdu un œil, rappela son neveu.
– Brèfle. Objet de la dispute ?
– L'héritage. Évidemment.
– Évidemment.
– Père veut que j'aille étudier à Mighty Adler. Mère est d'accord. Moi, on s'en moque.
– Je croyais qu'ils refusaient que toi et Karol soyiez séparés ?
– Oh, tu n'es pas au courant ? Alberich Rosengart, le directeur de Mighty Adler, a été assassiné.
– Ah.
– Hum. Et son remplaçant s'est empressé d'annoncer l'ouverture de l'école aux Sang-Purs Cracmols. Il appelle ça la "préservation du patrimoine génétique". Comme tu le sais, l'enfant d'un cracmol Sang-Pur et d'un sorcier Sang-Pur sera un forcément un sorcier Sang-Pur, et ça, Rosengart avait toujours refusé de le reconnaître.
– Rosengart ? Ce n'était pas un opposant politique…
– … des Niafasen, termina Erwin. Si, justement. Mais je t'assure que je n'en sais pas plus. Tout ce que je sais, c'est que la nouvelle politique ouvre les portes de Mighty Adler à Karol, et mon grand-père a fait pression sur nos parents pour qu'ils changent d'avis en conséquence.
– Que vas-tu faire ?
– Annoncer mes fiançailles avec Amara Quidma, ce qui les obligera à me laisser étudier en France, et par conséquent Karol aussi. C'est à ce sujet que je me disputais avec Sérène.
– Parce que tu coupes l'herbe sous le pied de tes parents ?
– Parce que c'est Alois qui doit hériter du patrimoine français des Castle, pas moi. Moi, j'hérite du patrimoine allemand des Niafasen. Le patrimoine allemand des Castle est partagé très inéquitablement entre Victor-Bruder, qui hérite de presque tout, et Hieronymos qui héritera du château de ses parents et d'un cinquième de la fortune, moins la dot de Kirsten et la part d'Andreas. Le patrimoine Castle anglais reviendra probablement à Reginald, Aenor étant promise à quelque mariage politique avec un bourgeois fortuné. Kirsten s'en tire un peu mieux, elle aura l'honneur d'implanter les intérêts Castle en Italie. Alessandro Stepolian est un type bien.
– Et Lothar ? demanda Mathis qui avait retenu le prénom du frère turbulent d'Andreas.
– Garde d'Honneur du Ministre. Il n'héritera de rien, et n'aura pas le droit d'avoir d'enfants.
– Le Ministre de la Magie allemand, Ernst Niafasen, se souvint Mathis. Ton grand-oncle.
– Et le grand-père de Hieronymos, Kirsten, Lothar et Andreas, confirma Erwin.
– Z'êtes beaucoup.
– Certes.
– Donc c'est quoi la suite ?
– J'invite officiellement tous les Augures à mes fiançailles avec Amara, qui auront lieu lors du bal de Nouvel-An donné au Brennende Gletscher Gutshof.
– Oh chic, on va tous au Brengletsh ! s'exclama Mathis.
– Brengletsh ?
– C'est le diminutif qu'avait employé Nil quand nous l'avions survolé avec le carrosse, en allant à Mighty Adler pour la Grande Finale.
– Ah. Tiens, en parlant de ça, tu penses avoir réussi, aux épreuves théoriques des Concours de Connaissance ?
– Je t'avoue que j'avais d'autres choses en tête. Je ne me suis inscrit qu'aux épreuves de Sortilèges et de Métamorphose.
– C'était quoi les sujets, déjà ?
– En Sortilèges, c'était un truc sur les différents types d'amplification de sorts. Tu sais, Maxima, Totalus, Totalum, etc…
– Ah ouais, c'était super facile, ça. Métamorphose, je n'ai pas pris, par contre.
– Un truc de métamorphose humaine partielle. J'ai parlé de Duncan, l'examinateur va faire la grimace. Bateau aussi, se sont pas foulés sur les écrits. Je pense qu'ils n'avaient pas assez de finalistes dans certaines écoles l'an dernier. Et là, nous, nous avons les Rosa de notre côté. Ils doivent baisser les critères de sélection.
– Ils peuvent participer ? Les Rosa ?
– Ouais, c'est Iago qui me l'a dit, confirma Mathis. Ceux comme lui qui viennent d'une école participante sont candidats pour leur école, et ceux qui viennent d'autres écoles participent en tant que candidats de Beauxbâtons.
– Ah.
Ils se turent tous les deux. C'est Erwin qui brisa le silence quelques instants plus tard :
– Oh, et une fois au château de mes parents, s'il te plaît, évite toute allusion à la mort pas du tout accidentelle de Rosengart…
– Genre au fait que je pense que c'est ton grand-oncle le Ministre qui l'a fait assassiner ?
– Précisément ce genre-là.
.
.
Voilà ! Désolé pour ceux qui aiment lire en plusieurs fois (ce crime), pas de coupure ! La feuille ne fait pas de pause, quand le vent souffle !
Prochain chapitre pas en avance, mais normalement pas en retard non plus.
