Bonsoooooir ! Je fais vite parce que je suis chronométré et que je veux vraiment poster maintenant. C'est très important.
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Dans le chapitre précédent, on rencontrait Eun-Jae l'expert·e en rune coréennes, on regardait ce cher Charlus de MDS se prendre une raclée par Sigfus le Magnifique, et Justine la battante (face à une maladie mortelle de même les sorciers ne peuvent pas vaincre) s'incrustait dans la narration. Puis… Mathis se mettait à dos Danielle pour avoir traumatisé Eurydice. Eurydice Wilkins qui est… la petite sœur de Hermione Granger. Et pour ceux qui ont demandé : il est confirmé dans le Parfum des Arums que celle-ci n'a jamais réussi à rendre leurs souvenirs à ses parents (j'ai une théorie simple à ce sujet : elle ne maîtrisait pas assez bien le sort pour ne pas effacer les souvenirs d'origine en les remplaçant, mais c'était urgent). En tout cas, vous verrez quand je mettrai son faceclaim sur le wiki, j'ai trouvé un véritable sosie adolescente d'Emma Watson, ça pourrait vraiment être sa sœur IRL.
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Réponse rapide aux reviews :
Merci Dreamer, Andouille, Icequeen et MissHiwatari pour vos reviews !
Concernant Eurydice, oui c'était inutile, mais Mathis a tout de même compris que la clef se trouvait de l'autre côté de l'écho, à la "source" : Hermione.
Concernant Justine, oui on la reverra, elle s'est allègrement incrustée dans le scénario.
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Bon j'espère ne pas avoir loupé de coquille, je ne relis pas une troisième fois ! Au programme : les fiançailles d'Erwin, et le début de la fin. C'est un des trois chapitres les plus importants de la saga entière, alors soyez attentifs. Enjoooooooy !
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10) Der Brennende Gletscher Gutshof
Mathis adorait les portoloins. La sensation de vertige était plus intense que n'importe quel saut.
– Bleuargh, je vais gerber ! gémit Nil.
– Chochotte, se moqua Émi.
– Mathis, tu me marches sur les pieds ! grogna Camille.
– C'est tes pieds qui ont atterri sous les miens !
– Mais dégage, t'es lourd !
– Je suis tout petit !
– Comme un boulet.
– Ta gueule, Nil !
– Mais vous allez sortir, oui ?! s'agaça Erwin.
Camille poussa Mathis contre Nil, et ouvrit la porte de l'enclos où ils avaient atterri. En effet, les aires de transplanage et de portoloins du domaine français des Castle étaient entourées de hautes barrières de bois peintes en vert, pour rendre l'arrivée des invitées la plus discrète possible. Le domaine sorcier dominait toute la vallée, principalement peuplée de moldus qui pensaient que le château appartenait à quelque milliardaire solitaire excentrique.
Ils ne pouvaient guère être plus proches de la vérité, puisqu'il était habité par deux milliardaires excentriques : Athanasius Niafasen, neveu du Ministre de la Magie allemand et principale héritier de la Maison Niafasen (famille anoblie pour son immense fortune acquise sur le dos de Grindelwald, ce qui leur valait le surnom peu agréable de Reichsratten, les rats de l'Empire), et Kallistia Castle, troisième dans l'ordre d'héritage de l'immense dynastie européenne Castle après son cousin Jörg et le fils de celui-ci, Victor-Bruder, et surtout unique héritière de la branche française de la grande Maison.
D'ailleurs, ils ne vivaient pas seuls. Ils avaient deux elfes de maison en permanence à leurs côtés, Casper et Orwell. La cousine d'Athanasius et fille du Ministre de la Magie allemand, Julia Niafasen (d'ailleurs elle-même mariée à un cousin Castle), travaillait pour lui comme administratrice de sa fortune et de celle de sa femme, et passait beaucoup de nuits au domaine. Enfin, Sérène, la sœur de Kallistia chasseuse d'élite et professeure à Beauxbâtons à ses heures perdues y avait sa chambre, où elle dormait régulièrement.
Et puis bien sûr, il y avait leurs trois enfants, qui rentraient encore pendant les vacances scolaires : L'aîné, Erwin, était le prince héritier de la Maison Niafasen, promit à un grand avenir. La seconde, Karol, était non seulement la seule fille de la fratrie, mais aussi la seule cracmole des familles Castle et Niafasen, et bien que ce fût considéré comme une honte par les vieilles générations et qu'elle fût rejetée par les doyens des deux familles, ses parents et la plupart de ses cousins s'en moquait bien. Elle ferait un mariage d'argent, c'est sûr, d'amour, peut-être, mais ses propres pouvoirs importaient peu. Seul le nom des Niafasen et celui des Castle joueraient en sa faveur. Et puis il y avait le dernier, Alois, héritier désigné de la jeune branche française des Castle.
Enfin, sauf si le plan improvisé d'Erwin aboutissait.
Les Augures, à l'exception d'Angela qui fêtait la nouvelle année chez ses grands-parents en Lituanie, pénétrèrent dans la cour principale du château dont la disposition n'était pas sans rappeler une version plus modeste du palais de Versailles. S'il n'y avait eu ces deux immenses beffrois, qui s'élevaient de quatre étages au-dessus du château qui en comptait déjà trois (rez-de-chaussée compris), et une cave voûtée en sous-sol. Au sommet de la tour la plus au Nord se trouvait le bureau d'Athanasius Niafasen. La tour Sud abritait les chambres des trois enfants : Erwin au sommet, Karol juste en dessous, et Alois à la suite. Le dernier étage de la tour abritait une chambre d'ami, de même que tout le deuxième étage de cette aile du château. C'était très grand et très vide. Sauf ce soir.
– Si les Rosa avaient vu ça, ils auraient été autrement plus impressionnés que par les sculptures de glace du Grand Réf ! s'extasia Émi en regardant le sapin décoré de quinze mètres de haut qui trônait dans la cour principale, sur lequel tombait une neige bien naturelle.
– Pure fainéantise, ricana Karol. Mère aura juste oublié d'ordonner aux elfes de disposer du sapin de Noël. Ceci dit, je te concède qu'ils ont fait du bel ouvrage. Je les féliciterai.
– C'est encore plus beau que dans mes souvenirs ! s'émerveilla Nil.
– C'est les jeux de lumière, assura Erwin. Je vous en prie, entrez !
– Tu ne viens pas avec nous ? comprit Mathis.
– Je dois accueillir Amara et sa famille comme il se doit.
– Suivez-moi, les invita alors Karol.
Ils pénètrent dans l'immense hall de marbre. Tout, à l'exception des rampes d'escalier dorées, était fait de marbre, du sol au plafond. Sous le double escalier, similaire à celui de Beauxbâtons, mais tout en courbes et en élégance, s'ouvrait une grande porte de chêne rouge massif. Derrière cette porte se trouvait l'immense salle de réception qui faisait presque la taille du Grand Réfectoire de l'Académie. La plupart des gens qui discutaient encore dans l'entrée étaient des aristocrates adultes, qui étaient inconnus à Mathis. Il reconnut cependant quelques têtes adolescentes : celles des cousins Niafasen-Castle (dont Andreas en grande discussion avec un vieillard si courbé qu'il était plus petit que le petit blond, et une adolescente brune), Octavius Ballessaim, Günter Zeitmann et ses grands-parents, et la déléguée des 5èmeA (et rivale de Lorna) Iriane Delacour. Parmi les adultes, il ne reconnut qu'Arthur Hastier, accompagné d'une jeune femme tenant un petit bébé qui devait être son épouse et de ses deux parents, la prof allemande de Métamorphose Skye Ingram accompagnée d'une adolescente qu'il n'avait jamais vue, et d'un roux immense et squelettique que Mathis n'avait vu qu'une fois dans sa vie, à l'occasion de la Grande Finale des Concours de Connaissances : Maître Geert Huyghens Backer, professeur de Magie Combattive à la NS2H.
Camille se dirigea immédiatement vers sa famille, embrassant en priorité sa belle-sœur et le bébé. Nilüfer, Émeraude et Karol allèrent saluer la mère de cette dernière. Mathis fit mine de les suivre, quand il fut interpelé par une voix qu'il ne reconnut pas tout de suite. Tournant la tête, il croisa enfin le regard de Skye Ingram qui lui fit signe de la rejoindre.
– Bonsoir, Madame !
– Tu peux m'appeler Skye, ici. Malwen m'a tout dit, et je suis assez admiratif.
– Et moi je devais jurer sur ma vie que je tiendrais ma langue…
Skye haussa les yeux au ciel.
– Malwen est un crétin prétentieux, mais il n'est pas irresponsable. C'est un faux serment inviolable, que tu as prêté. Il n'aurait pas joué avec la vie d'un élève ainsi.
– Mais ?!
– Hum. Je te laisse régler ça avec lui. En attendant, je voudrais te présenter Marie-Alice.
L'adolescente ouvrit de grands yeux effrayés, et chuchota à l'oreille de la prof avec force.
– Oui, en effet. Tu dois l'appeler Helga, tant que nous sommes ici. Helga, ma chère cousine, je te présente Mathis. Helga étudie à la NS2H cette année, Mighty Adler ne lui ayant pas convenu.
Mathis comprit qui se tenait devant lui :
– Tu… t'es la fille de Scipion ?!
Au regard qu'elle jeta à Mathis à cet instant, il comprit qu'elle lui aurait déjà planté sa baguette dans les côtes si elle n'eût pas été pas une cracmole.
– Tout va bien, la rassura Skye. J'ai jeté une bulle de silence autour de nous… et Mathis travaille pour Mauvais Augure.
– Mauvais Augure, celui qui a sauvé mon cousin Gabriel ? se souvint Marie-Alice.
– En effet, confirma Mathis.
– Oh. Merci beaucoup alors.
– Mes condoléances pour ton père. Je ne l'ai rencontré qu'une seule fois, mais c'était un homme très gentil.
– Merci.
– Helga s'ennuyait dans sa nouvelle école, alors quand j'ai appris que cette fête était organisée, je me suis dit que ça pourrait être sympa. Les Castle sont des gens de confiance, et bien trop égocentriques pour participer à une autre cause que la leur. On ne risque pas de croiser un Duc ici.
Mathis ricana.
– Je ne peux qu'approuver ce point. Erwin est parfois d'un snob…
– Et toi ? s'enquit Marie-Alice. Tu es venu avec qui ?
– Eh bien justement, avec le futur marié en personne ! Mais j'y pense… Amara est ta cousine, c'est ça ?
– Personne ne le sait ! s'affola Marie-Alice.
– T'inquiète pas, je sais garder un secret ! J'ai même déjà prêté un Serment Inviolable pour ça ! Enfin, je croyais, en tout cas…
– Il faut que je lève la bulle de silence, sinon nous allons attirer l'attention sur nous, signala Skye.
– Je vais y aller, alors. Ravi de t'avoir rencontrée, Helga ! Bonne soirée, Miss… Skye !
Mathis s'éloigna, rejoignant ses amis. Erwin choisit ce moment pour faire son entrée au bras de sa fiancée.
Les longs cheveux blonds d'Amara étaient rassemblés en un demi-chignon tressé, sur lequel reposait un diadème en argent dont la cornaline sertie faisait ressortir ses grands yeux rouge-orange. Elle était vêtue d'une robe de cocktail argentée, à la coupe courte plutôt simple mais élégante. La robe était toute moirée, probablement en pure soie, et la taille était cintrée par un lais de tissus noué sur le côté en une rose épanouie. À ses pieds, des escarpins de la même nuance la faisait paraître plus grande qu'Erwin, qui pourtant était élancé.
Chez lui, la seule touche de couleur égayant le noir austère de sa robe de bal à coupe cintrée était une broche sertie d'une énorme émeraude assortie à ses yeux de malachite. Par transparence se devinait sous l'émeraude le blason des Niafasen, le gantelet au fermail d'argent, qui symbolisait l'emprise de la guerre sur les familles Nobles qui avait permis aux Niafasen de faire fortune sur leur dos et d'être anoblis grâce à une vieille loi sur le patrimoine.
Un pied-de-nez permanent qu'Athanasius Niafasen avait pourtant eu la présence d'esprit de ne pas imposer à ses visiteurs dans la décoration du Domaine du Glacier Ardent. Celui-ci avait été offert aux Castle en guise de dot à Adélaïde Delacour, épouse de Mauritz Castle, et à son tour transmis à leur fille aînée Kallistia en guise de résidence secondaire, qui l'avait fait décorer aux couleurs de sa Maison. La tradition matrilinéaire des Delacour aurait favorisé Karol dans l'héritage du domaine, si elle ne fût pas révélée Cracmole.
Mathis se demanda comment il était passé de la robe d'Amara à la politique des familles nobles franco-allemande. Il reprit tout à fait ses esprits quand Nil lui asséna une claque derrière la tête, lui faisant remarquer que ça pourrait être franchement mal vu qu'il reste bloqué ainsi, le regard plongé dans le décolleté de la fiancée.
– Ce n'est pas… je pensais à la dot d'Erwin !
– De mieux en mieux, ricana Nil. T'es jaloux ? Tu veux l'épouser ?
– Très drôle. Tiens, c'est pas Calypso, qui arrive derrière ? demanda Mathis, changeant de sujet.
– Avec leurs parents, probablement, confirma Émi en reconnaissant la sœur aînée d'Amara.
Calypso Quidma, 8ème A, championne Senior du Club Duel et star du Bat'Show devenue membre du Conseil… Évidemment que les Augures la reconnaissaient ! Surtout que si celle-ci était brune et moins élancée que sa cadette, elle avait les mêmes yeux rouge-orange caractéristiques des Quidma, et un regard à faire frissonner un mort. Tous les paris la voyaient tireuse d'élite, peut-être même future Argeciel.
– Re, Erwin. Bonsoir, Amara.
– Bonsoir, Mathis, s'inclina la fiancée du jour.
– Hé, mec, j'ai pas vu tes parents, s'écria soudain Nil. Sont où ?!
– Mère est juste au-dessus, au balcon avec son cousin Richard (les Augures levèrent la tête, et aperçurent effectivement Kallistia Castle appuyé à la rambarde en haut de l'escalier). Alois doit d'ailleurs être avec eux. Il s'entend plutôt bien avec notre cousin Reginald, dont tu peux voir la sœur Aenor là-bas, dans la salle de réception en compagnie d'Andreas. Mon père doit être dans son bureau avec le Ministre et Amadeus Castle. Ils ont eu de sérieux ennuis avec les Rosengart et les Zeitmann, par rapport à la mort du directeur de Mighty Adler, son successeur trop progressiste, tout ça…
– Erwin, pourrions-nous aller saluer ta mère ? demanda Amara. Mes parents attendent.
– Bien sûr ! Toutes mes excuses, Madame et Monsieur Quidma. Je vais vous introduire à la maîtresse de maison séance tenante.
– … J'entrave que dalle quand il cause comme ça, lâcha Nil lorsqu'il fut suffisamment éloigné.
– Il pourrait de dire la même chose, répliqua Mathis.
– Vous croyez que je serai obligée de parler comme ça quand Juliette aura accouché ?
– Juliette ? releva l'Augure.
– Bonsoir ! intervint l'intéressée. Juliette Lupin, enchantée !
– De même, répondit Mathis en serrant la main tendu. Ma c… ma petite sœur s'appelle Juliette aussi.
– Je sais que c'est un prénom assez commun chez les Moldus… Je ne sais pas ce qui a pris à mes parents de me nommer ainsi, ha ha !
– Ma sœur est une sorcière, fit remarquer Mathis, pince-sans-rire.
– Ce n'est pas… ne te méprend pas sur mes propos, je ne suis pas raciste ! paniqua presque la jeune femme.
Mathis se contenta d'un sourire en coin. Puis changea de sujet en relevant un autre détail :
– Tu es une Lupin ? J'ai beaucoup lu l'histoire de ta famille, c'est assez impressionnant.
– Je vais rougir !
– Son grand-père, Arcadus Lupin, est le chef de Tante Sérène, indiqua Karol.
– Pardon si c'est indiscret, mais quel est votre lien avec Remus Lupin, le loup-garou héros de guerre britannique ?
– Remus, paix à son âme, était le cousin germain de mon père. Son père Lyall est le frère de mon grand-père.
Suivant l'exemple de Mathis qui l'avait tutoyée avec une aisance presque insolente, Émi s'immisça dans la discussion :
– Tu l'as bien connu ? Parce que mon oncle Angus est un loup-garou, et en Irlande…
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Erwin entra dans le bureau de son père. Celui-ci lui accorda à peine un regard, et reporta son attention sur ses invités :
– Nous en rediscuterons demain. Mais réfléchissez très sérieusement à ma proposition.
– Mais enfin, Athanasius… ! s'offusqua le Ministre de la Magie allemand.
– Mon oncle, sauf votre respect, je dois parler à mon fils seul à seul. Sortez.
Le Ministre n'insista pas, mais marmonnait dans sa barbe lorsqu'il quitta le bureau, n'accordant même pas un regard à son petit-neveu. Les autres personnes présentes dans la salle sortirent toutes, sauf sa tante Julia, l'assistante de son père.
– Julia, tu peux nous laissez, s'il te plait ? Va donc profiter de tes enfants.
– Bien sûr.
Elle attrapa une pile de dossier sur le bureau, embrassant rapidement son neveu en passant.
La porte se referma derrière elle dans un claquement.
Erwin déglutit.
Toute son enfance, il avait tout fait pour rester dans les clous. Mais quand le handicap de sa sœur avait été confirmé, il s'était fermement opposé à son grand-père, et avait pris la décision, à 10 ans à peine, d'aller étudier à Beauxbâtons avec sa petite sœur cracmole et non à Mighty Adler. En réaction, son père avait donné son domaine dont il avait hérité à Julia Niafasen et son mari (qui par un hasard du sort, était le cousin de sa femme Kallistia Castle, et le frère cadet de ce Richard Castle avec qui elle était justement en train de discuter), et avait décidé d'habiter à plein temps au domaine du Glacier Ardent dont sa femme avait hérité et que leur fils cadet Alois irait alors à Beauxbâtons aussi.
Alors Erwin avait tout fait pour rendre fier son père, pour se montrer digne du sacrifice qu'il l'avait poussé à accomplir. Pendant trois ans, il avait été un élève exemplaire. Pas une seule note sous l'Argent, l'Or à tous les examens finaux, et pas une seule heure de retenue. Ses amis, bien que libres esprits un peu agitateurs, étaient d'excellents élèves, et ne l'avait jamais entraîné dans leurs pires plans qui leur avait valu quelques retenues et avertissements. Il avait protégé sa petite sœur jusqu'à ce qu'elle vole de ses propres ailes, et s'était toujours montré digne de son rang.
Et puis il y avait eu cette histoire de nouveau directeur de Mighty Adler qui ouvrait l'école aux cracmols allemands, et Erwin avait compris ce que ça impliquait. Et il avait puérilement paniqué. Il avait fait la seule chose qui interdirait à ses parents de le retirer de l'école française, où il avait tous ses amis : il avait demandé la main de sa petite-amie, une princesse française, directement aux parents de celle-ci. Les Quidma, trop contents de l'opportunité, n'avaient pas hésité une seconde.
À cet instant, Erwin réalisa qu'il avait mis son propre père pied au mur, et le tenait en joue d'une main tremblante. Pourtant, ce n'est pas de lui que son père lui parla, à son grand dam.
– Ton plan est presque infaillible, admira Athanasius. Mais tu as oublié un petit détail. Numerius et Mania Quidma sont de la Haute-Noblesse. Ils s'attendent dont à ce que leur fille épouse un Prince. Or, les Niafasen n'ayant aucun titre de noblesse en France, tu n'es pas un prince ici. Ce serait le cas si tu étais l'héritier des Castle, et c'est ce que les Quidma se sont imaginés, leur lettre ici-présente en témoignant.
Il désigna un parchemin déplié sur son bureau.
– Père…
– As-tu annoncé à ton frère que tu comptais voler son héritage ?
– Je…
– Quand comptais-tu informer Alois qu'avoir appris tous ces noms, ces généalogies, blasons et devises de la Noblesse Française en prévision de devenir l'hériter de la branche française des Castle n'aura servi à rien, et qu'en plus, tu ne comptes même pas passer par là ?
– J…
Erwin se décomposait de plus en plus à chaque question.
– Erwin Ludwig Niafasen. Tu as fait preuve de beaucoup de qualités et de défauts, qui ont fait de toi le jeune homme fort et indépendant que tu es aujourd'hui. Tu as été loyal, droit, travailleur, un peu insolent parfois, mais toujours bienveillant. Mais jamais au grand jamais je ne pourrai accepter que mon fils soit lâche et égoïste. Peut-être, je peux l'espérer de toi, que tu aimes sincèrement Amara et que tu ne souhaites pas l'épouser uniquement pour rester en France avec tes amis. Mais tu dois faire face aux conséquences de ta décision. Alors tu vas sortir de cette pièce, et tu vas aller expliquer à nos invités qu'il y a eu méprise, et que tu n'es pas l'héritier des Castle. Qu'ils avisent en conséquence.
– …
Erwin n'arrivait plus à parler, la gorge noué par l'émotion.
– Me suis-je bien fait comprendre ? insista Athanasius, d'une voix calme mais ferme.
– Ou…Oui, Père.
Comme il fallait s'y attendre, les parents d'Amara prirent mal la nouvelle, même lorsque celle-ci leur fit remarquer qu'il n'avait jamais affirmé être l'héritier Castle, et que pour preuve, il avait gardé le nom des Niafasen. Mais pour sauver les apparences, ils ne firent pas d'esclandre en quittant précipitamment la soirée, acceptant plutôt l'invitation discrète d'Athanasius à en discuter plus en détails dans son bureau avec Erwin et Amara, loin de la fête qui était tout autant en l'honneur de la nouvelle année que des fiançailles peut-être annulées.
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La fête battait son plein. Prenant garde à bien l'appeler Helga, Mathis avait introduit Marie-Alice à son cercle d'amis, et ils passaient une excellente soirée. Lorsque leurs parents n'étaient pas dans le coin, les sœurs Quidma étaient de bonne compagnie, l'exubérante Calypso plus encore que sa cadette. Juliette Lupin avait des tas d'histoires épiques à raconter sur ses aïeuls, et Arthur dût récupérer leur fils dans les bras de celle-ci pour qu'elle puisse joindre les gestes à la parole en toute liberté.
Leur fils, d'ailleurs, s'appelait Aristide Titus Hastier, et était le premier Hastier appartenant dès sa naissance à la Noblesse de Sang. Les autres devaient attendre le rituel de Transcendance pour être admis dans ce cercle très restreint.
– Comment ça se passe ? avait demandé Émi. J'en ai entendu parler, mais je n'en sais pas grand-chose.
Et Leonas était en train d'expliquer le déroulement du rituel…
– Bien que la séparation de l'État et de la Noblesse est effective chez les sorciers depuis la chute du Second Empire, c'est auprès du Prévôt qu'il faut lancer la démarche. Il faut d'abord préparer une généalogie parfaitement sourcée, mais la plupart des familles en tiennent déjà une, de toute manière.
… Quand tout bascula.
Les portes d'entrée volèrent en éclat. Un grand homme se tenait devant la porte. Il semblait ne pas avoir y de visage sous son capuchon violet : derrière son masque de théâtre intégralement blanc n'apparaissait que ténèbres. Pas même la moindre lueur au niveau des yeux. Il leva sa baguette en l'air, et la manche de sa robe ample glissa, révélant une main fine à la peau mate.
Il jeta un sort informulé, que Mathis reconnut immédiatement à son effet. Incarcifors. L'immense chandelier du hall se changea en une serre d'acier qui se projeta droit sur Marie-Alice. Mais c'était sans compter sur les réflexes de Skye, qui provoqua une onde de choc entre elle et sa protégé, les projetant de part et d'autre tandis que le chandelier métamorphosé s'écrasait au sol dans un fracas assourdissant. Il y eut un mouvement de foule. L'intrus masqué agita à nouveau sa baguette, et toutes les portes, sauf celle devant laquelle il se tenait, se fermèrent hermétiquement. Un autre sort, et les escaliers se changèrent en rampe, faisant dégringoler un invité. La plupart des sorciers présents et la quasi-totalité du service de sécurité étaient enfermés dans la salle de réception.
Un homme s'avança vers l'individu masqué, le pointant de sa baguette.
– Ça suffit maintenant ! Qui que vous soyez…
– Avada Kedavra.
L'homme masqué (sa voix l'avait trahi) avait jeté le sortilège impardonnable d'un ton neutre, presque nonchalant. Il avança de trois pas. La foule recula d'autant.
– Un Jugement de mort a été rendu. Les cracmoles Marie-Alice Sirtesente, bâtarde Quidma, et Karol Niafasen doivent se rendre à Sa justice.
Plusieurs sorcières et sorciers avaient repris leur esprits, et pointait l'intrus de leur baguette. Il ne semblait pas s'en formaliser. Du haut des escaliers, une voix l'interpella :
– Tu t'introduis chez moi par la force, tu détruis un lustre hors de prix, et tu tues un de mes invités, et maintenant tu menaces ma fille ?! s'offusqua Kallistia. Saisissez-vous de lui !
Plusieurs invités firent mine d'avancer vers lui. Il s'agenouilla, et déploya un bouclier en dôme autour de lui. Les sorts commencèrent à fuser du haut comme du bas du balcon intérieur, remplissant l'air de sons de plus en plus saturés. Soudain, Skye s'interrompit, et héla les sorciers qui s'acharnaient encore sur le bouclier du sorcier.
– Arrêtez ! ARRÊTEZ ! Écoutez dehors !
Le bruit des sorts qui fusaient avait couvert ceux de l'extérieur. Il y avait comme un bourdonnement constant, de plus en plus fort, ponctué de claquements secs.
– Transplanages, comprit Skye.
On ne pouvait pas transplaner au sein du château, mais chaque aire de transplanage n'était surveillée que par un seul sorcier, et l'intrus n'aurait jamais pu arriver jusqu'ici sans les éliminer. tous les trois. Les deux elfes portiers, libres employés, avaient dû s'enfuir par leurs propres moyens. Ils n'étaient pas assez payés pour jouer les héros.
Les renforts du sorcier arrivèrent avant que quiconque ait pu anticiper quoi que ce soit. Des dizaines de sorciers entrèrent dans la maison avec force bruit. Ils portaient tous une cagoule intégrale blanche avec un faux sourire dessiné en noir dessus, et leurs yeux étaient maquillés de noir : ils essayaient tous de ressembler à leur chef sans visage.
Certains se contentaient de pétrifier ou entraver les défenseurs. D'autres escaladèrent la rampe puis le balcon à la manière de ninjas, mais avertirent leur chef que ses occupants s'étaient enfui, verrouillant la porte derrière eux. Erwin s'accorda un soupir de soulagement : sa mère et Alois étaient en sécurité. Kallistia avait probablement posé un sceau de Heimling sur la porte, avant de descendre de l'autre côté et d'en faire de même sur la grande porte de chêne.
Dans le hall, il y eut très peu de résistance. Une femme parvint à se faufiler hors de la pièce en contournant le bouclier magique, mais n'alla pas bien loin. Quelques secondes plus tard, on entendit des cris de protestation, puis un long hurlement déchirant interrompu dans un gargouillis. Pendant ce temps, le bourdonnement s'était accentué encore, atteignant un niveau sonore et de vibrations prompts à faire grincer les dents.
Quand tous les invités furent sous la menace des encagoulés, et eurent tous déposé leur baguette, l'homme au masque leva son bouclier, et se redressa. Il parcourut la pièce d'un pas lent, altier, comme s'il paradait.
– Traître à son sang. Commerce avec les moldus. Trompe sa femme avec sa secrétaire…
Il approcha le groupe de Mathis. Marie-Alice s'était naturellement rapprochée d'eux, en partie involontairement quand elle avait été éjectée loin de sa protectrice.
– Les deux cracmoles au même endroit. C'est amusant. Félicitations, Madame, c'est un beau bébé.
Le petit Aristide s'était endormi dans les bras de sa mère.
– Ne vous approchez pas de ma femme ! gronda Arthur.
– Pourquoi le ferais-je ? ricana presque l'intrus. Vous n'avez rien à vous reprochez. Contrairement… à vous.
Il s'était tourné vers la mère d'Arthur et Camille, Aimée-Lyne.
– Adultère. Enfant illégitime. Mensonges.
– Je… je ne vois pas de quoi vous parlez !
– Moi non plus, avoua l'homme masqué. Je ne vois que les crimes des gens selon Son Jugement. Pas les détails. Mais je suppose que l'un de vos enfants n'est pas celui de votre mari, contrairement à ce que vous lui avez affirmé. Ma théorie est faillible, mais pas Son Jugement. Elle sait.
Aimée-Lyne n'osa pas moufter. L'intrus détourna son attention d'elle, s'avançant vers sa cible première, Marie-Alice.
– Qui êtes-vous vraiment ? l'interpella soudain Mathis.
– Qui j'ai été importe peu, répliqua le sorcier sans se retourner, anticipant toute protestation quant à sa réponse. Qui je suis maintenant ? Thamiel le Dual, Son envoyé, celui qui par ses yeux juge le vertueux et le vicieux.
– Encore un foutu Duc Infernal…
Il se retourna enfin, ses orbites vides semblant soutenir le regard glacé de Mathis.
– Manipulations. Mensonges. Triche. Complicité de meurtre. Joli palmarès pour un garçon si jeune.
– Il est question du meurtre d'Azraël, crût bon de préciser Mathis.
Difficile à en juger, mais il sembla que le sorcier une une réaction de surprise. Il regarda fébrilement autour de Mathis, sondant probablement ceux qui l'entourait. Il cherchait les autres personnes présentes impliquées dans le "meurtre" du Duc Infernal animagus que Korrigan avait dévoré : Nil, Émi et Camille.
– Vous me sortez ces sept gamins ! ordonna Thamiel.
Quatre hommes encagoulés rassemblèrent les désignés : Mathis, Nil, Émi et Camille les quatre Augure ayant confronté Azraël, Karol et Marie-Alice les deux cracmoles, et un garçon que Mathis ne connaissait pas, le plus vieux de la bande. Ils les firent sortir jusqu'à l'aire de transplanage, et en emportèrent chacun deux, sauf celui qui tenait l'autre garçon seul.
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Le groupe atterrit dans une grotte mal éclairé au milieu d'une fosse de roche rectangulaire, comme un puits. Ies parois étaient presque aussi lisse et droites qu'un puit. Un léger surplomb leur faisait de l'ombre.
– Tout le monde va bien ? demanda l'adolescent avec un accent allemand très prononcé.
– Ça va.
– Hum…
– Il nous faut de la lumière.
– Ils nous ont pris nos baguettes, fit remarquer inutilement Nil.
– J'ai encore mon impulseur, intervint Karol.
– Je doute que ça nous serve à grand-chose…, souligna cyniquement Mathis.
À la place, celui-ci se concentra. La lumière surgit de sa main droite de manière fluide, la recouvrant tel un gant.
– Hé, comment tu fais ça ?! s'étonna l'allemand.
– Illusionnisme, abréga Mathis. Un truc de famille, paraît-il.
Il leva la main, éclairant le plafond voûté de pierres. Le surplomb dont l'ombre était projetée au plafond par la lumière de Mathis s'avéra être une dalle de pierre à moitié dans le vide au-dessus de leur tête, et à moitié scellée dans la couche supérieure constituée d'autres dalles.
– Nous sommes dans la cave voûtée du château ! comprit Karol. Nous sommes juste en-dessous !
– Toute cette mise en scène pour faire croire qu'ils nous emmènent au loin…, admira presque Mathis.
– HÉ IL Y A QUELQU'UN ? cria l'adolescent. À L'AIDE !
– Arrête un peu de gueuler, le tança Karol. Le château est magiquement isolé aux sons entrants comme sortants. Les seuls qui pourraient nous entendre, c'est les encagoulés postés dehors. Ils voulaient nous isoler à moindre frais, c'est réussi !
– Pourquoi nous ? s'étonna Émi.
– Nous quatre, à cause d'Azraël. Karol et Marie-Alice, cracmole. Lui, j'sais pas. Hé mec, t'es là pour quoi ? T'as commis quel crime, à ses yeux ? Enfin, à ses orbites vides…
– Rien qui te regarde, gamin, répliqua sèchement l'adolescent.
Mathis alla se planter devant le garçon qui le dominait de presque deux têtes, et planta son regard acéré dans le sien.
– T'as même pas idée dans quoi tu es fourré, guignol. C'est un Duc Infernal. Il va pas se contenter de demander une rançon à tes parents, ni même te couper une main pour être sûr qu'ils coopèrent. Il va te tuer, et ça risque d'être extrêmement douloureux si tu joues pas le jeu. Alors tu remballes ta fierté de merde, et tu balances les infos.
– J'ai volé la baguette d'un mec et j'ai lancé un sort noir à un autre pour que le premier se fasse virer de Mighty Adler et que l'autre finisse à la clinique médicomagique, débita d'un seul coup l'adolescent. Hé ! Pourquoi je te dis ça, moi ?!
– Voilà qui va nous être utile, sourit Mathis, ne répondant pas à la question.
– Je ne vois pas pourquoi…
– On te demande pas de réfléchir, guignol. Ça c'est mon rayon. Augures, au rapport. Je vais être direct avec vous. Je n'ai aucune idée de qui est Thamiel. Nous n'avons pas encore réussi à aller plus loin que les premières pages sur Arakiel.
– De quoi tu parles ? s'immisça l'allemand.
– L'Opus Tenebræ. Ces gens, ces "Ducs Infernaux" sont en train de réaliser une prophétie apocalyptique vieille de plusieurs siècles. Je ne sais pas qui l'envoie, mais il a dit "Elle sait", et la seule Duchesse que je connais est Zomiel. Ça m'étonnerais que ce soit elle qui l'envoie, elle n'est par Archiduchesse, vu que son Archiduc était Azraël. Et c'est tout ce que je peux t'en dire, je ne sais rien de plus sur Thamiel. Ce que je sais dans l'immédiat en revanche, c'est que sa cible principale, c'est Marie-Alice. Il est le second Duc qui a essayé de s'en prendre à elle directement, à ma connaissance.
– Le troisième, en fait. Azazel a tué mon père pour me retrouver, rappela l'intéressée.
– En effet, pardon.
– Mais je croyais que tu t'appelais Helga ? percuta enfin Nil.
– Un nom de code, expliqua Mathis. C'est la fille de Scipion Sirtesente.
– Le septère ? se souvint Karol.
– Fille de septère, illégitime et cracmole, résuma Marie-Alice. Samaël m'a traité d'usurpatrice. Et d'erreur de la nature. Et celui-là me prend pour une criminelle… j'ai rien demandé, putain, même pas de naître !
– On se calme. J'ai un plan.
– Mathis a toujours un plan, sourit Émi.
Mathis exposa son plan à ses compagnons d'infortune, pour moitié incrédules. Cependant, ils n'eurent pas le temps de discuter outre mesure, car la cave s'illumina d'un coup. Mathis eut à peine le temps d'éteindre la lumière de ses mains que Thamiel apparut sur la dalle en surplomb. Il ouvrit les bras comme un prêtre devant ses fidèles.
– Que votre procès commence ! Qui veut commencer ?
– Hé, Arlequin ! Quel genre de lâche porte un masque et tue des enfants piégés et désarmés ?
– Son Jugement ne peut être remis en cause, répliqua Thamiel. Cependant, je peux concéder en partie à ta demande.
Thamiel enleva son masque. Derrière, il y avait bel et bien un visage, que le masque devait occulter de manière magique. Il retira son capuchon, et on put voir ledit visage, qui tira une expression horrifiée à Nilüfer :
– Haydar ?!
Thamiel porta son regard fauve sur elle. Il avait la peau mate, de longs cheveux noirs tirés en arrière noués en catogan, les pattes longues, et un bouc et une moustache taillés. Il était très élégant, avec sa chemise violette à col dandy, et lorsqu'il rejeta sa cape de la même teinte en arrière, on put voir qu'il portait un costume gris. Son visage exprimait un flegme à peine teinté de surprise.
– Qui es-tu, jeune criminelle ?
– Qu… Je suis ta sœur, Haydar ?! Ta petite sœur, Nilüfer Azerbas !
– Oh, je vois. Il y a méprise. Haydar Azerbas a été purifié. Il n'est plus. Je suis Thamiel le Dual, garant de l'Équilibre. Seule Sa volonté fait loi. Elle sait.
– Haydar, je ne comprends…
– Silencio.
Il avait jeté le sortilège de mutisme en pointant vaguement sa baguette en direction du trou. Pourtant, il affecta tout le monde. Son don de Duc, Mathis l'avait compris, lui permettait de voir les crimes (selon les critères des Ducs, être cracmol en était un capital) que la personne qu'il regardait avait commis. Ce qui voulait dire que ton talent en sortilèges lui était propre.
– Commençons par toi, jeune homme, annonça Thamiel en désignant l'allemand.
Mathis se permit un sourire furtif. Exactement comme il l'avait prévu. Tandis que le jeune Duc portait toute son attention sur l'autre garçon, listant toutes ses petites triches depuis la naissance d'un ton morne, presque ennuyeux, Mathis se glissa contre la paroi sous le surplomb, hors du champ de vision du Duc.
Il mit son avant-bras devant lui, et se concentra. Il y eut comme une palpitation de l'air devant lui, et une boule grisâtre se mit à enfler et à se former. En un instant, reposait sur son bras une petite chauve-souris. L'illusion vacilla un instant, puis se stabilisa. Mathis fit un signe de tête à Émi, qui répondit aussi discrètement que possible en clignant deux fois des yeux. Il ferma les siens, et lorsqu'il les rouvrit, le tour de ses iris luisait très faiblement de cyan. Il n'avait guère pu approfondir son entraînement depuis le début de l'année, malgré les exercices avec Carter, mais sa vie en dépendait.
La vie de tous ses amis en dépendait.
Alors Mathis projeta sa conscience dans son illusion à travers le plan éthérique. Il ouvrit les yeux, et agita doucement les ailes de son nouveau corps. Il pouvait le faire. Il battit des ailes aussi vite qu'il le pouvait, en direction du ciel. Thamiel ne jeta à la chauve-souris qu'un rapide coup d'œil, par réflexe, mais l'oublia immédiatement. Il traversa la voûte, et une certaine couche de terre à l'aveugle. Heureusement, il surgit au niveau de l'allée frontale. Il trouva la tour, et par là même, la source du bourdonnement qu'ils avaient entendu : l'air autour du château était saturé de moustiques géants. Des aquaviri, Mathis se souvint. Ils étaient clairement là pour empêcher les prisonniers de s'enfuir. Pour preuve, le corps recroquevillé au milieu de la pelouse, qui devait être celui de la femme ayant tenté de se sauver, et les trois silhouettes devant les zones de transplanages qui devaient être les vigiles.
Mathis ne tenta pas le diable pour voir si son illusion pouvait franchir la barrière d'insectes, et se contenta de passer à travers la fenêtre du bureau d'Athanasius. La franchissant, il perdit ouïe et vue. N'ayant pas non plus la parole, il se concentra sur sa forme pour faire passer un message.
Quand Erwin vit la bestiole traverser la vitre, il eut la même réaction que son père :
– Un de ces foutus moustiques a réussi à rentrer !
Mais alors que son père s'apprêtait à lui lancer quelque sort, Erwin remarqua un détail.
– Père, attends ! C'est pas un moustique, c'est une chauve-souris !
– … En effet, tu as raison. Et… alors ?
– Alors regarde la vitre, elle n'est pas brisée !
Joignant le geste à la parole, Erwin jeta un encrier sur la chauve-souris, qui fut traversée.
– C'est une illusion ! C'est Mathis ! Mathis ! Où êtes-vous ?!
La chauve-souris se figea soudain, et l'image grésilla comme une télévision mal réglée.
– NON NON NON ! s'affola Erwin, pensant perdre le messager.
Mais la chauve-souris se déforma et enfla soudain, se changeant en une caricature assez grossière d'augurey, puis rapetissa pour prendre la forme d'une bouteille de vin, puis d'une flèche pointant vers le bas, avant de disparaître.
– Les Augures sont dans notre cave à vin ! comprit Erwin. (Il désigna d'un geste global les trois Quidma qui se tenaient terrés dans un coin du bureau) Père, protège-les ! ORWELL !
.
.
Mathis s'effondra. Il plaqua ses mains sur les yeux en poussant un hurlement silencieux. Thamiel le vit s'effondrer, et interrompit sa diatribe quant aux crimes de sa propre sœur (il semblait avoir décidé que cette parodie de procès serait collective, et avait déjà annoncé à l'adolescent que la peine de mort était sa seule issue avant de décider que le jugement de l'agaçante bavarde qui le prenait pour son frère devait être jugée avant les deux cracmoles). Il leva le sort de mutisme.
– Que se passe-t-il ?
– Je suis épuisé, ne mentit pas Mathis. Je me suis levé tôt ce matin.
C'était vrai : il s'était levé tôt (mais avait bien dormi), et était maintenant épuisé (par la projection éthérique). Mathis pensait que Thamiel verrait le mensonge s'ajouter à sa liste de crimes s'il lui mentait, et avait donc joué la carte de l'omission.
– Soit. Peu importe. C'est pourquoi, toi, Nilüfer Azerbas, tu dois mourir, reprit-il. Ainsi doit être rétabli l'équilibre.
– Tu te rends compte de ce que tu es en train de dire, Haydar ?! gémit Nil qui pouvait enfin parler.
– Haydar n'est plus. Je suit Thamiel le Dual, garant…
– NON ! Tu es Haydar Azerbas, second fils d'Enver Şentürk et de Dilara Azerbas ! Tu as essayé de rejoindre les Sorciers Musulmans en t'enfuyant d'Isis la Grande alors que tu étais en expédition scolaire dans le désert. Tu étais avec…
Nil réalisa.
– Où est Tarkan ?! Où est notre frère ?
– Tarkan Azerbas a été vendu comme esclave pour prouver la loyauté de Haydar Azerbas auprès des Sorciers Musulmans. Haydar a eu la chance de rencontrer Son envoyé, et son âme a été sauvée. Il a consacré sa vie insignifiante à Son œuvre, et est devenu celui que je suis aujourd'hui. Et maintenant, ça suffit. Avada…
L'adolescent allemand se jeta sur Nil, faisant héroïquement bouclier de son corps.
– … Kedavra.
Le corps de l'adolescent s'effondra au sol. Il était mort, juste comme ça. Il venait de sauver Nilüfer, et elle ne connaissait même pas son prénom.
– C'était stupide, remarqua Thamiel. Il allait mourir.
Il releva sa baguette, quand soudain…
– Stupéfix !
Thamiel fut frappé d'un sort dans le dos. Il se figea, et bascula en avant. Ses otages au fond du trou eurent à peine le temps de bondir en arrière, alors qu'il s'écrasait au sol la tête la première, sa nuque émettant un craquement sinistre en se brisant sous l'impact.
– HAYDAR ! hurla Nil. HAYDAR, NON !
La tête d'Erwin apparut au bord du trou, dont il s'était approché à quatre pattes.
– Vous êtes là ! Tout va bien ?
Mais il vit bien que non. Mathis s'appuyait difficilement sur Émi, des larmes de sang ayant commencé à couler de ses yeux clos. Les larmes de Karol et Marie-Alice exprimaient la terreur. Celle de Nilüfer, une profonde douleur émotionnelle. Pourtant, le corps sans vie qu'elle berçait n'était pas celui de Reiner Steub qu'elle ne connaissait même pas, mais, plus suprenant encore, c'était celui du Duc Infernal dont Erwin venait de les sauver. Toute cette confusion, combinée au fait, réalisa-t-il, qu'il venait de tuer un homme, était trop pour Erwin.
Les heures qui suivirent furent un immense brouillard pour lui. Peut-être avait-il perdu connaissance, il n'aurait su en juger.
Il se souvint après coup que des gendarmages étaient venus les chercher dans la grotte et qu'ils avaient pu attraper quelques hommes encagoulés avant que les autres ne puissent fuir. C'est Casper qui les avait prévenus. Athanasius n'avait pas eu la présence d'esprit d'appeler à l'aide un des deux elfes de maison de son épouse, avant que son fils ne s'enfuit avec l'autre. Les Sang-Purs avaient tendance à oublier que les sorts anti-transplanage n'affectaient pas les elfes de maison.
Il se souvint avoir été interrogé, et avoir raconté machinalement sa version des faits d'une voix perdue.
Il se souvint n'avoir guère réagi en apprenant qu'il y avait eu plusieurs morts et de nombreux blessés parmi les invités piégés dans le hall et parmi les gendarmages. Quand ceux-ci étaient arrivés et que les encagoulés avaient commencé à s'enfuir, les aquaviri avaient attaqué. Il n'y avait pas de femelle avec eux, heureusement pour tout le monde, mais ils étaient très nombreux et suffisamment gros pour faire de sérieux dégâts.
Il se souvint n'avoir guère réagi en apprenant que l'homme qu'il avait accidentellement tué pour protéger sa famille était le frère de Nilüfer.
Ce qu'il ne sut jamais, en revanche, c'est qu'il n'avait jamais eu le choix. C'était écrit.
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PLUS RIEN NE SERA PLUS JAMAIS COMME AVANT ! ERWIN A TUÉ LE FRÈRE DE NIL !
(désolé pour le ship, MissHiwatari, mais ça part mal…)
