Platypus, mes zoziaux ! Tout d'abord, mes excuses pour le retard ! Je suis super occupé. J'ai une première cliente sérieuse pour une commande de langue, et une seconde en suspens (d'ailleurs, tu fais pas partie de mes lectrices, toi qui te reconnaîtras ?), sans compter mes propres projets. Et, je l'avoue, le fait que mon Skyrim remarche n'y est pas pour rien dans mon retard général. En tout cas, c'est mort de chez mort pour sortir mon livre avant le 20 avril, quoi… Au fait, ledit 20 avril marquait aussi les 3 ans d'Entre les Mondes ! Merci à tous de me suivre depuis si longtemps !

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Vu que ça fait longtemps, je vais commencer par un petit rappel. Dans la précédence, Mathis était dans le coma pendant deux jours. Dans ce court délai, la première phase de l'État d'Urgence était lancée (prise du pouvoir exécutif par le Gardien du Secret), et le VOODOO retirait tous ses espions américains de France (sauf Carter, parce que fuck). La tension autour du sang, entretenue par Amara Quidma, fit chauffer tellement les esprits qu'Erwin et Nilüfer en vinrent au main. Sauf que pas de bol, Nil au sang chaud a appris Merlin sait où un très vilain sort noir, et a grillé à point son compère alsacien. Estimant que c'est une bonne idée (si mauvaise soit-elle), Mathis plonge Erwin dans la potion magique, alias la Fontaine Flamel coulant de quintessence pure, le faisant ressembler à une poupée Ken lustrée au chalumeau. C'est sexy !

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ENSUITE JE VOUS INFORME qu'un sondage est en cours pour déterminer quels élèves éligibles du Projet Rosa resteront étudier à Beauxbâtons pour de bon. Je ne peux pas vous mettre de lien, mais je vais faire de mon mieux :
goo*gl VDmPdU
remplacez l'étoile par un point et l'espace par un slash.

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Hellu, Dreamer ! Tout est prévu pour toi, dans ce chapitre ! Cuvée spéciale ! Et pour répondre à ton interrogation, oui, c'est prévu qu'il morfle. Beaucoup. En fait, c'est même fait exprès : ses possibilités et pouvoirs croîent plus vite que les dangers qu'il a à affronter pour lui donner une impression de toute-puissance qui n'arrange pas du tout son arrogance naturelle. Plus haut montera-t-il, de plus haut tombera-t-il !

Et oui, Thren, il ne peut rien faire du tout. En fait, si… il souffle sur le château de carte en espérant le maintenir en l'air, sauf qu'il ne fait que le faire s'écrouler dans l'autre sens, et plus vite !

Ah que coucou, Andouille ! Wah trop de questions pleines de spoils ! Puisque c'est, je ne répondrai qu'à une seule, na !
Pourquoi Mathis a attendu si longtemps pour briser le sort de Nil ? Pour deux raisons. La première, c'est qu'il ne connaissait pas du tout le sort et son effet, et qu'il y a eu une phase de surprise puis de fascination morbide. La seconde, c'est qu'au fond de lui, il pensait qu'Erwin le méritait un peu. C'est son meilleur ami depuis plus de trois ans, et celui-ci se met soudain à cracher sur les nés-moldus et sang-mêlés pauvres parce que sa fiancée (de fiançailles auto-arrangées) est une manipulatrice raciste. Il l'a mal digéré. En fait, quand il est intervenu, c'était pour protéger Nil des conséquences d'un meurtre, pas pour protéger Erwin.

Chalut, Allan ! C'est qui, les enfants de Wyatt ? En fait c'est Dreamer qui me l'a prêté, je sais rien du tout de lui.
En fait, "l'Empire" est une expression faisant écho au passé colonial de l'Europe occidentale, et à l'empire britannique. Il s'avère qu'après le coup de la Fullmood en Grande-Bretagne, la France était le seul pays à encore abriter des agents américains permanents (actifs ou non). Donc vu qu'on ne peut pas laisser des agents itinérants se balader sans agents de liaison sur place, et qu'en plus la France est la plus grosse interface directe entre USA et Europe, l'ordre revient à rappeler l'ensemble des agents américains du vieux continent. Bref, l'Empire c'est l'Europe, pas la Prévôté de France.
C'est pas Juliette qui surnomme Mathis marsouin. C'est Duneska. Marsouin est une "insulte" affective assez commune dans les caraïbes francophones. J'ai juste traduit parce que Ste-Lucie (d'où vient Duneska) est plus anglophone.
Dæmon Fulguras, non c'est pas un sort de 5 ou 6ème année. C'est un sort de magie noir totalement interdit. Et comment elle l'a appris est un fil rouge qui commence seulement.
En fait la quintessence est le composant principale de la potion de vie éternelle, c'est l'ingrédient qui amplifie l'effet de régénération cellulaire. Concrètement, l'effet pur revient à changer toutes les cellules touchées en cellule souche correspondante. En gros, c'est de la peau de foetus. Lustrée, imberbe, et translucide. Autant dire que sur un corps déjà bien formé, le résultat est particulièrement moche. Et Erwin ayant été plongé entièrement dedans, l'ayant un peu respiré / avalé… T'as déjà vu un bébé naître avec des dents ?
Hé, Mercier doit autant gérer la Rosace qu'Angeville le VOODOO, hein !

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Dans ce chapitre, des nouvelles pas très réjouissantes. D'aucun côté.

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12) Les trois commandements

La vie dans la Fosse n'avait rien de reposante. Il y avait des attaques presque tous les jours, et quand les chasseurs pensaient avoir enfin réunis assez d'informations sur les créatures surgissant de la Faille, une nouvelle espèce faisait son apparition.

Ce matin-là, Sérène Castle avait une sale tête. Non point que prendre soin de son apparence soit une priorité dans sa situation actuelle. Mais, élevée comme une princesse, l'idée que bien présenter était une condition sine qua non pour obtenir le respect de ses pairs était profondément ancrée dans son subconscient, et elle s'apprêtait toujours avec attention pour cultiver son élégante ferocité. Sauf que là, après une nuit blanche à combattre les plus gros siligondres qu'elle ait jamais eu à confronter, son visage cerné et sa combinaison lacérée et couverte de fluides verdâtres aurait fait fuir de terreur un inferius affamé.

Elle demanda à l'Allemand de la nettoyer à grande eau. Un Aguamenti fit l'affaire.

– Si tu veux sécher, tu devrais te poser près de la Faille. Elle dégage plus de chaleur qu'un four ouvert, depuis hier.

– Vas-y, fais pas ton flemmard, jette-moi juste un sort de séchage ! T'étais même pas de garde, cette nuit, tu vas pas me dire que c'est trop te demander !

– Ne soit pas si vulgaire, Princesse !

– Va chier, égoïste.

– C'est gâcher ma précieuse énergie, quand même, assura l'Allemand. Je t'assure que la Faille suffira à te sécher en cinq minutes chrono !

– Ouaif, si tu le dis… marmonna-t-elle en se jetant elle-même le sort sur son uniforme. Je me demande pourquoi elle irradie aussi fort. Un rapport avec la météo, peut-être ? La Faille se défend contre les engelures ? Ou alors, c'est l'été dans le monde qui se trouve de l'autre côté, et l'impression de chaleur c'est juste en contraste avec ici.

– Non, elle dégage vraiment beaucoup de chaleur…

Sérène secoua la tête, projetant des goutelettes de ses cheveux encore mouillés sur son collègue indigné, et alla voir ce qu'il en était vraiment. Elle n'eut guère à s'approcher beaucoup pour ressentir les effets. La comparaison avec un four ouvert était particulièrement adéquat : des bouffées de chaleur si intenses que les yeux de Sérène pleuraient balayait le col par rafales. Le vent s'expliquait par la dépression créée par la différence de température. Mais rien n'expliquait la température qui sortait de la Faille.

– Peut-être que c'est en train de les cuire, de l'autre côté ! cria Sérène pour couvrir le vacarme du vent sifflant.

– Je ne parierais pas là-dessus, répondit Arcadus Lupin de même. Comment tu as pu m'entendre approcher avec ce vacarme ? Je ne t'ai pas suprise.

Sérène passa son doigt sur une marque noire dans son cou :

– J'ai refait mes runes de vigilances hier, avant de commencer ma garde de nuit. J'ai bien fait ! On n'a jamais vu autant de siligondres ! Je crois qu'elles fuyaient quelque chose…

– De quoi ont peur la plupart des bêtes sauvages ? demanda Arcadus.

Sérène savait que c'était une question réthorique. Cependant, elle ne put s'empêcher d'y répondre :

– Du feu. De beaucoup de feu.

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Tu ne tueras point.

Zomiel avait merdé quelque part.

Au début, son plan était parfait, et lui avait donné une marge de temps conséquente pour agir à sa guise. Bien sûr, chaque jour qui passait rendait plus difficiles ses efforts pour passer pour le gardien qu'elle avait assassiné. Mais par chance, celui-ci était peu apprécié, et il n'avait pas d'ami à son travail suffisamment proche pour constater qu'il avait changé de comportement.

La première phase avait été celle du repérage. D'abord, elle avait commencé par repérer toutes les caméras de surveillance, puis par jeter un œil dans chacune des cellules à accès normal grâce au pass électronique du colosse. Elle n'était pas du genre arriériste, anti-technologie, mais cette absence totale de magie, couplée au fait d'être sous terre dans un bunker antièrement recouvert de peinture para-magie la rendait nauséeuse, et quand le pass faisait des siennes, elle s'énervait et frappait les murs. Encore par chance, son apparence d'adoption était connue comme celle d'un homme colérique.

Elle n'avait bien sûr rien trouvé d'intéressant dans les cellules traditionnelles. Il s'agissait simplement de criminels comme elle, des sorciers disposant de moyens de causer des ennuis et de s'évader sans avoir besoin d'une baguette. La plupart étaient sédatés, mais quelques-uns étaient attachés éveillés, ou pouvaient même déambuler librement dans leur petite cellule aseptisée. C'était notamment le cas d'un métamorphomage qu'elle avait eu le déplaisir de voir à l'œuvre, quand celui-ci s'était changé en le garde qu'elle-même imitait, avant de tenter de s'évader en criant qu'il était le vrai gardien. Il aurait été déçu d'apprendre qu'il n'y avait plus de vrai gardien du tout. D'après son dossier, qu'elle s'était empressée de consulter à la pause suivante, ce n'était pas un criminel violent. Juste un voleur. Mais il pouvait se faire passer pour n'importe qui, et s'évader trop facilement. Il purgait une peine normale de 5 ans, mais le A-0 était le seul secteur à même de le garder enfermé. Oui, ce voleur aurait pu être elle, à peu de choses près. Mais voilà, elle, elle avait réussi à s'évader, parce que son pouvoir était inconnu à l'époque. Elle était prudente.

La seconde phase avait été plus compliquée, et de longue haleine. Elle avait dû déposer une demande de congé exceptionnel de trois semaines. Ensuite, une fois la demande accepter, attendre son dernier jour de travail, tuer un gardien de la très haute sécurité à l'aide de sa baguette (qu'elle cachait dans la cellule de la gendarmage piégée, quand elle n'était pas au travail), et voler son apparence (et surtout son pass). C'est là que les choses avaient commencé à se compliquer. Déjà, elle n'avait que trois semaines devant elle, et passé ce délai, sa dernière victime serait toujours morte alors qu'elle devrait retrouver l'apparence de l'autre. Ensuite, le nouveau gardien, un polonais nommé Jerzy Balczarek, était populaire, lui. Et marié à une gardienne du B-2 (le centre pénitencière à sécurité minimale pour femmes). C'était déjà un miracle de l'avoir découvert au détour d'une conversation avec un collègue avant de faire une bêtise. Il ne fallait surtout pas éveiller la méfiance de celle-ci. Voilà qui réduisait encore le temps disponible.

La troisième phase était de repérer Chaigidel. Mais avant de le trouver, Zomiel trouva d'autres choses très intéressantes…

Question : quel genre de prisonnier est maintenu sous drogues et malgré tout attaché dans une cellule sécurisé surveillée 24h/24 par un gardien assigné à cette cellule uniquement, dans une aile ultra-surveillée du sous-sol blindé et truffé de caméras d'une prison haute-sécurité située au beau milieu de la mer ?

Réponse pratique : le genre d'individu qu'on voudrait avoir de son côté en cas de guerre.

Le premier qui retint toute son attention était enfermé dans une cellule gardée par un vieux sorcier patibulaire couvert de tatouages runiques. La plupart de ses tatouages étaient des runes de vigilance et des runes de réflexes accrus, et il en avait bien trop pour un seul homme. Ce sorcier faisait des gardes de 18h. Mais 6h par jour, il était relevé par pas moins de deux colosses en tenues anti-émeutes et armés d'armes de guerre moldues pointées en permanence sur la porte inhabituellement noire.

Après avoir jeté un sort de boucle temporelle aux trois caméras (une à chaque extrêmité du couloir, et une braquée sur la porte noire), leur apposer une rune de contrôle fut des plus aisé. Ils étaient tellement focalisés sur la porte de la cellule qu'ils ne s'attendaient pas à ce que la menace vienne de l'extérieur, et surtout ce de ce bon vieux Jerzy. Lorsque Zomiel les fit se relever, elle ordonna à un des deux d'ouvrir la porte, tandis que l'autre braquait toujours son arme. Elle-même pointait sa baguette sur la porte qui s'entrebaillait.

À l'intérieur, les ampoules des plafonniers avaient été remplacées par des ampoules à lumière noire, ce qui donnait une étrange ambiance de boîte de nuit, les murs blancs renvoyant un éclat bleu en réagissant à ladite lumière noire. Au centre de la cellule, à la place de l'habituel fauteuil de dentiste se trouvait une grande croix en métal entièrement noir scellée au sol. Sur cette croix était crucifié un homme squelettique, aux longs cheveux blancs malgré son apparence juvénile, qui dormait debout malgré lui.

Abandonnant toute prudence, Zomiel entra dans la cellule, rengainant sa baguette. Elle posa sa main sur le métal noir. Il était d'un froid glacial, et ses doigts se mirent à picoter, comme si la croix était recouverte d'un vernis acide.

– Qu'est-ce que tu es ? chuchota Zomiel.

Elle n'aurait su dire si elle s'adressait au prisonnier, ou à la croix elle-même.

Elle reporta son attention sur le prisonnier. Voyant qu'une perfusion était branchée à son poignet rachitique, elle se dit qu'il ne se réveillerait pas si aisément. Suffisamment proche, elle observa son visage. Il était juvénile. On lui donnait à peine vingt ans. Une étrange cicatrice marquait sa tempe.

Zomiel tendit la main pour écarter ses longs cheveux de neige. Ses doigts éfleurèrent le front du jeune homme, et elle sursauta de surprise : il était brûlant ! Elle fit mine de le toucher à nouveau, puis se ravisa. Elle continua de l'observer, et remarqua une marque similaire sur le haut de sa cuisse, qui se perdait derrière le pagne qui constituait son seul vêtement. Elle releva doucement le pan de celui-ci, et passa son doigt sur la scarification blanchie qui formait un symbole qui lui était inconnu.

Le prisonnier n'avait pas réagit. Elle tenta alors à nouveau de glisser ses cheveux derrière son oreille pour observer l'autre marque. Elle y parvint sans qu'il réagisse. Elle passa à nouveau son doigt sur le front brûlant, suivant du doigt le tracé de la rune. Mais alors qu'elle enleva son doigt, le prisonnier ouvrit grand les yeux, et se mit à hurler en silence, dans un souffle rauque. Zomiel sursauta, et recula d'un bond, pointant sa baguette sur lui. Mais le jeune homme ne semblait pas la voir, regardant dans le vide, et se mit à délirer dans une langue qu'elle n'avait jamais entendue. Il était difficile d'en juger à cause de l'étrange lumière artificielle ambiante, mais Zomiel aurait juré que ses yeux étaient entièrement noirs.

Il s'évanouit à nouveau, refermant ses étranges yeux. Zomiel ressortit de la cellule, ordonnant au garde de bien refermer derrière elle.

– C'était étrange. Qui… Quelle est cette chose ?!

– Secret défense, Maîtresse. Nous l'ignorons, répondit le garde le plus vif.

– Que savez-vous ?

– Qu'il est classé comme le second prisonnier le plus dangereux de toute la prison, Maîtresse. Nom de code : Apocalypse.

– Et que ce métal noir irradie tellement de magie noire que la mine russe où on le trouve a été officiellement scellée, rajouta l'autre. Je crois qu'ils appellent ça le "métal noir des profondeurs", Madame.

Maîtresse, corrigea Zomiel.

– Maîtresse, répéta le grand benêt.

– Je t'ai un peu cramé le cerveau, on dirait…

– Je ne sais pas, Maîtresse.

– La ferme. Toi, tu as dis que cet "Apocalypse" est le second plus dangereux. Qui est le premier ? Qu'est-ce qui peut être pire que l'Apocalypse ?

– Ce qui vient après, Maîtresse. Le Néant.

– Et où puis-je trouver ce "Néant" ?

– Au fond de la mine, Maîtresse.

– …

– …

– ET COMMENT J'ACCÈDE À CETTE FOUTUE MINE ? s'énerva Zomiel.

– Par le monte-charge au bout du couloir 23, Maîtresse.

– MERCI ! Ah, nom d'un griffon chauve, vous êtes vraiment pas des lumières, vous deux, hein ? Dites-moi, comment deux abrutis pareils ont pu être assignés à la surveillance du second prisonnier le plus dangereux ?!

– Argon Maxime est le seul gardien d'Apocalypse. Il se repose pendant trois heures toutes les 18h. Pendant ces trois heures, la dose de tranquillisant du prisonnier est décuplée, et nous avons pour ordre de déclencher l'alarme si le prisonnier prononce le moindre mot. Les phases de repos ne peuvent pas être plus longues, ou le tranquillisant le tuerait. Et il ne doit surtout pas mourir.

– Vous auriez dû le faire, aujourd'hui ? Déclencher l'alarme. Il a psalmodié.

– Oui, Maîtresse. Mais vos ordre prévalent, Maîtresse.

– "Prévalent", hein ? T'en connais, des grands mots, pour un grand benêt ! C'est très bien, continuez comme ça. Faites votre travail comme d'habitude, mais s'il se réveille à nouveau sous votre garde, ne déclenchez pas l'alarme. Essayez de me prévenir discrètement.

– Bien, Maîtresse.

Le second aurait dû être ce "Néant". Mais le couloir 23 était une impasse. Un long couloir d'une trentaine de mètres sans porte, terminé par une grande grille de métal rouillé qui devait dissimuler le monte-charge, gardée par deux soldats équipés comme les deux grands benêts. Mais contrairement à eux, ils pointaient leurs armes en direction du couloir, et lorsque Zomiel (officiellement, le gardien Jerzy Balczarek) fit mine d'y faire un pas, un des gardes ordonna d'une voix magiquement amplifiée :

– Faites demi-tour immédiatement ou vous serez abattu !

– Hé les gars, c'est juste moi ! On se connaît, non ?

– Vous connaissez le protocole, Balczarek. Demi-tour et sans geste brusque, ou je repeint les murs avec votre cervelle.

Ce Néant devait être un sacré gros lot…

Sur le chemin du retour, ce jour-là, Zomiel eut de la chance. Elle passa dans un couloir qu'elle n'avait pas encore emprunté jusque-là, et tomba complètement sur la cellule de Chaigidel, qu'elle reconnut par le symbole d'information gravé sur la porte : un œil. L'œil qui voit tout.

Ce couloir n'était pas surveillé du tout. Il devait être réservé aux prisonniers très haute sécurité les moins susceptibles de s'évader. Ceux qu'il fallait juste mettre à part, loin de ceux qu'ils pourraient influencer.

Jouant la carte du gardien zélé, Zomiel entra ostensiblement dans la cellule, pour une inspection standard. Sur la couchette inclinée, un quinquagénaire aux cheveux filasse sifflotait. Il n'était pas endormi, ce signifiait qu'il était entièrement humain et que les drogues anti-magie fonctionnaient sur lui, mais il était sanglé tout de même, ce qui indiquait qu'il était du genre à résister physiquement aux gardiens.

Chaigidel planta son regard vairon sur l'intrus. Il avait déjà vu ce gardien polonais plusieurs fois, mais il y avait quelque chose de différent, aujourd'hui.

– Quand on a appris à tout connaître, on devient capable de reconnaître ce qui nous manque le plus, lança-t-il. Ça faisait bien longtemps que je n'avais pas senti de baguette magique aussi près de moi. Ni de métamorphomage.

– Je suis Zomiel. Je suis venue vous libérer.

– Aaah, le Duc du Désordre ! se souvint Chaigidel.

Duchesse, corrigea Zomiel, tandis qu'elle détachait le prisonnier.

Chaigidel se redressa.

– Tu ne m'en voudras pas de ne pas sauter de joie, mais j'ai passé quelques années la grande majorité du temps allongé sur cette chaise, je doute de pouvoir courir de si tôt. Un petit coup de pouce ne serait pas de refus.

Zomiel réfléchit. L'Omniscient avait été privé de sa magie pour que ses pouvoirs ne fonctionnent plus. Il lui fallait simplement beaucoup de magie. Elle leva sa baguette, et prononça une formule qu'on lui avait toujours appris à ne jamais prononcer, même lorsqu'elle avait plongé tête la première dans l'apprentissage de la magie noire. Un sort pouvant avoir des conséquences bien plus funestes qu'un Impardonnable. Celui qui permettait d'enlever le dispositif anti-surtension magique de toutes les baguettes :

Magicus Extremos !

La baguette de Zomiel se mit à crépiter, luisant et crachant des pluies d'étincelles de toutes les couleurs. Elle la tendit à son homologue.

– Merci, Zomiel, dit-il d'une voix placide.

Il attrapa la baguette à pleine main. Il jeta un sort informulé, formant silencieusement les mots sur ses lèvres sèches. Soudain, les étincelles se mirent à refluer dans les veines de son bras, en direction de son cœur. La baguette cessa de cracher des étincelles, et se mit à luire de plus en plus fort. Puis tomba en cendres.

– Ma… ma baguette ?! couina Zomiel.

– Haaaaa, tant de puissance, ça fait du bien ! s'exclama Chaigidel. Faisons un test…

Ses yeux se retournèrent à peine trois secondes.

– Je suis désolé pour ta baguette. Sincèrement. Tu as bien fait d'employer les runes pour mettre au point ton sortilège de contrôle mental, sinon, les sorts auraient été rompus. L'Opus Tenebræ ?

– Le journal, corrigea Zomiel.

– Ah, oui. Il va falloir que je récupère le mien. Heureusement, Elle est en France. Elle doit l'avoir gardé pour moi.

– Vous avez déjà rencontré la Maîtresse des Enfers en personne ?!

– J'ai élevé la Maîtresse des Enfers. C'est ma fille.

– Vous êtes…

– Je suis. Et toi, tu en sais trop. Mais je ne m'en fais pas, Zomiel. Car tu ne sortiras jamais d'ici vivante. Personne ne sortira d'ici avant que je n'ai libéré le Néant.

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Tu ne blesseras point.

Mathis détestait deux choses : perdre, et les avocats. Celui de Nilüfer, un pauvre hère commis d'office car ses parents n'avaient pas les moyens de lui en payer un, avait discuté cinq minutes avec l'avocat des Niafasen, et décrété qu'elle aurait tout à y gagner de plaider coupable d'usage de la magie noire et de mise en danger de la vie d'autrui, pour éviter le procès pour tentative de meurtre.

Elle n'avait pas d'autre choix.

Alors Nilüfer Azerbas fut définitivement exclue de Beauxbâtons pour usage de la magie noire.

Alors Nilüfer Azerbas fut condamnée à une peine de un an de prison dont six mois fermes pour mise en danger de la vie d'autrui.

Il n'y eut pas d'adieux. Pas de cris ni de larmes. Elle fut discrètement emmenée en direction de la Giraglia, pour ne jamais revenir. Il y avait eu accord : pas besoin de procès.

Puis tomba la mauvaise nouvelle : L'apparence d'Erwin ne guérirait jamais. Au mieux, ses dents de lait ne tarderaient pas à repousser, avant de laisser place aux définitives dans quelques années. Nicolas Flamel lui-même le confirma à Athanasius Niafasen, qui manqua de frapper le vieillard multiséculaire. Il n'y avait qu'une solution : le cacher, et espérer. Alors Erwin fut envoyé étudier à Mighty Adler, où il serait probablement enfermé dans le beffroi du directeur pour suivre des cours particuliers. Il n'y eut aucun adieu non plus. Erwin était mort à l'intérieur, et son enveloppe défigurée n'avait plus d'amis. Pourtant, il n'eut aucun reproche à adresser à Mathis : après tout, il lui avait sauvé la vie. Presque de la pire manière possible, mais il vivait encore.

La politique progressiste du nouveau directeur de Mighty Adler avait ouvert l'académie allemande aux sang-purs cracmols. Alors Karol suivit son frère, afin que celui-ci ne soit pas plus seul qu'il ne le serait déjà. Il y eut plus d'effusions, là. Des larmes, des supplications. Mais rien n'y fit. Elle n'allait pas abandonner son frère. Ce qui était hautement ironique, sachant qu'Alois se retrouvait à nouveau seul.

Deux avocats suffirent pour que Mathis perde trois amis.

Puis un évènement majeur frappa le pays. Le Prévôt et ses adjoints aux Affaires Externes et à la Diplomatie, ainsi qu'une vingtaine d'assistants en tout genre et une cinquantaine de syndicalistes franco-allemands furent assassinés en Alsace dans un attentat aux Feudeymons très certainement signé Samaël. Pourtant, c'est au nom de Béhémoth que l'attentat fut revendiqué par un appel anonyme aux forces de gendarmerie moldues. Le Gardien du Secret, désormais chef du gouvernement, décréta la loi martiale, s'abrogeant un pouvoir absolu sur le pays entier. Il supprima la totalité des salaires du reste du gouvernement et du Consortium, et employa ce budget pour doubler le nombre de patrouilles dans les villes et quartiers sorciers, imposant un couvre-feu strict. Les protestations furent nombreuses, au début, mais bizarrement se turent sans heurt. Le pouvoir était aux mains des oubliators. On ne peut pas lutter contre ce dont on ne se souvient pas.

Trois camps se formèrent au sein de l'Académie.

D'un côté, les interventionnistes, ceux qui commencaient à penser tout haut ce que Mathis et Mauvais Augure réalisaient déjà : que le gouvernement avait déjà échoué à les protéger, et qu'il était temps de faire quelque chose par soi-même, quitte à résister contre les dirigeants temporaires actuels. Parmi eux, Mathis et le reste de sa bande, à l'exception d'Émeraude et Lorna qui souhaitaient rester neutre. Leurs rangs gonflaient un peu plus à chaque mesure insensée que le nouveau gouvernement digne d'une dictature prenait.

De l'autre côté, les disciplinaires, ceux pour qui le règlement et la loi étaient sacrés, et qui désapprouvaient toute tentative de sortir des clous. Ses plus fervents défenseurs de 4ème Année étaient Arnaud Portesort, qui semblait enfin avoir trouvé son cheval de bataille, mais aussi Danielle Bourgeois et Ophélia Haley de Rosa. La première parce qu'elle détestait personnellement Mathis, et la seconde car son père, un élu du Magenmagot (le Consortium britannique), incarnait tout ce sur quoi Mathis crachait.

Enfin, il y avait tous les autres, les neutres, menés de front par les pacifiques trublions qui souhaitaient maintenir le statu quo dans une joyeuse ambiance de farces, souhaitant ne pas grandir trop vite. La Légion de Lucian doublait ses bêtises, mais une nouvelle figure de proue poindait : il semblait qu'Alexiane avait (enfin !) échoué à contenir la folie d'Aurel Thirion, et celui-ci était pire qu'un esprit frappeur. On ne pouvait pas le croiser dans un couloir sans craindre d'être la victime d'une farce, à tel point que certains élèves nerveux le gardait en joue avec leur baguette dès qu'ils le croisaient.

Les Chasseurs s'étaient tous réfugiés dans leur Pavillon, et à l'exception des Chasseurs Médico qu'on pouvait voir à l'infirmerie les jours de garde, aucun élève de second cycle ne traînait plus dans le château ni dans les parties communes des internats. Ils trouvaient ça trop puéril. À cette âge, la désillusion a déjà surpassé la fougue, et n'a pas encore été surpassée par la maturité. Ils pensaient leurs études au-dessus de tout. Peut-être à raison. Ou peut-être avaient-ils peur.

Enfin, la plupart des professeurs faisaient semblant de ne rien voir. Lunist'El, Le Moal et la grecque Michelakos donnaient des retenues à tour de bras, mais Carter et Attorney s'amusaient comme des fous, prenant les paris, et n'hésitant pas à jouer le jeu des interventionnistes. Carter était avantagé, bien sûr (il trichait, même). Enfin, Leifsson ne voulait rien entendre, et se contentait d'asséner une claque derrière la tête à tout élève mentionnant la situation française actuelle, même de manière neutre, les intimant de se concentrer sur leurs études.

Concrètement, les choses s'organisaient ainsi : pendant les cours, tout se passait à peu près normalement, sauf que les plans de classe s'étaient réorganisés au gré des inimitiés. En dehors des cours, en revanche, c'était une chasse au trésor. Les interventionnistes essayaient de se réunir dans des endroits secrets, pour échanger des informations et organiser des actions concrètes. Par exemple, les enfants de gendarmages de ce camp écrivaient des lettres à leurs parents, les incitant à déserter pour organiser une véritable résistance, et essayaient de recruter leurs homologues parmi les neutres. Les disciplinaires, eux, s'armaient de propagande à grands cris à l'intention des neutres, tentaient de débusquer les réunions secrètes, et d'intercepter le courrier des interventionnistes. Enfin, les neutres tentaient tant bien que mal d'échapper aux sollicitations pour les uns, et de noyer le poisson pour les autres.

– C'est absurde ! grogna Cynder. On ne peut même plus réunir Mauvais Augure à cause d'eux… Et tout ça pour quoi ? Pour que ces gamins gâtés n'aient pas à subir le couvre-feu une fois sortis d'ici, alors qu'ils s'y accomodent très bien à l'internat.

– Ils n'ont même pas conscience du véritable danger, rajouta Lorna. J'ai entendu cette dinde de Raëlle Bistet raconter que toutes les attaques sont le fait de la mafia sorcière russe, et qu'ils essaient de nous envahir pour nous voler nos secrets. S'il l'avait entendue, Yevfroniy Vasilyev lui aurait fait manger ses dents. Avec ses beaux poings tatoués, au bout de ses gros bras tatoués, et…

– *Hum hum*, se râcla la gorge Mathis, en adressant un regard contrit à sa petite-amie. On se reconcentre un peu. Je pense avoir une solution pour que nous puissions discuter tranquillement de vous-savez-quoi…

– Les réunions secrètes sont interdites, Devaux ! s'écria Arnaud Portesort qui était venu écouter au-dessus de son épaule. Ha ha ! Je vous ai pris sur le fait ! Complot ! Je vais vous dénoncer à l'Administration !

– Tu veux pas plutôt fermer le gouffre à bouse de dragon qui te sert de bouche, et aller te faire voir chez les satyres ? proposa Cynder.

– Comment oses-tu ?! s'offusqua l'adolescent. Pour qui tu te prends !?

– Pour la nièce de la directrice-adjointe, ce que je suis. Toi en revanche, t'es juste connu pour être une grosse balance indigne de confiance. Qui crois-tu qu'elle va croire ?

– Sale petite… Tu fais quoi, toi là ?!

Arnaud avait porté la main à sa poche, où on devinait la présence de sa baguette par un renflement. Mathis l'avait attrapé par le poignet, et le maintenait fermement.

– Ne fais pas de connerie, Portesort. Nous sommes trois duellistes entraînés, dont la championne en titre du Club Junior. Toi, t'es même pas fichu de toucher une cible à 10 mètres avec un Flipendo. Ne tente pas le sort. Sans mauvais jeu de mot.

Arnaud se dégagea d'un geste sec. Pourtant, il abandonna l'idée de sortir sa baguette.

– J'ai pas peur de vous ! Vous avez l'Administration dans la poche ? Très bien ! Alors j'écrirai une lettre au Gardien du Secret, et vous serez tous emprisonnés ! Comme ta copine la tarée !

Mathis se retourna sur le canapé pour de bon, et fit mine de balancer son poing dans l'estomac d'Arnaud. Son poing balaya l'air, ne rencontrant aucune résistance : plus rapide que Mathis, Lorna lui avait déjà jeté un charme du poing en plein visage, et l'avait projeté au sol deux bons mètres en arrière. La moquette amortit sa chute, mais Arnaud se releva avec le nez en sang.

Du bas be de payer, sadobe ! s'écria-t-il en courant en direction de l'infirmerie.

Les quelques personnes présentes se dépêchèrent de détourner le regard. Oui, cet idiot d'Arnaud avait oublié un détail : les disciplinaires étaient minoritaires, parmi les Aloysia.

– À cause de toi, je l'ai loupé, commenta Mathis d'un ton neutre en se rasseyant.

– De rien, répliqua Lorna.

– Cette situation est absurde.

– Grave, approuva Cynder. Depuis quand a-t-on besoin de jeter un sort à Portesort pour qu'il soit ridicule ? Il prend trop la confiance, ce grand couillon, va falloir calmer ses ardeurs !

– Son père ne faisait pas partie des victimes ? s'enquérit Lorna.

– Tu parles, ricana Mathis. Tel fils, tel père : Portesort senior était planqué dans les bureaux, et quand le pouvoir a entièrement basculé, il est allé lécher les bottes du Gardien. Le père de Raphaël et lui ont failli en venir aux mains, quand il est venu lui annoncer qu'il était viré avec un sourire de merlan confit.

– Frit, corrigea Lorna.

– Merlan confit, c'est franchement plus dégoûtant, justifia Mathis.

– Joli sort ! commenta Cynder. Je connaissais pas !

Flipendo Sagitta, énonça Lorna. Flipendo est déjà un sort à projectile, mais agit comme une onde de choc. L'usage du modificateur Sagitta permet de concentrer le sort en un projectile magique de la taille d'une orange, dont l'impact est décuplé. L'effet est comparable à se prendre un coup de poing de la part d'un boxeur poids-lourd, d'où son petit nom de "charme du poing".

– Je veux apprendre ça ! s'enthousiasma la jeune Aloysia.

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Tu ne tricheras point.

Thomas avait consacré assez de temps à échapper aux Oubliators l'année passée pour repérer ces "Castiel" de l'infiltration à un kilomètre un oeil fermé.

Or, pas moins de trois venaient d'entrer dans son lycée, et jetaient des sorts à tous ceux qui passaient et qui s'avérait lui ressembler (et il se trouvait que Thomas était un adolescent d'apparence très banale, même s'il avait du mal à se l'avouer). Thomas était prêt à parier tout son argent de poche durement économisé que ces têtes d'endive en manteau long étaient venus pour lui. Il avait reçu une lettre de Mathis l'avertissant de l'entrée en vigueur de la loi martiale dans le monde sorcier, mais il n'en était pas venu à la conclusion que ça impliquait l'effacement de la mémoire de tous les moldus au courant de son existence.

Jusqu'ici.

Discrètement, il fonça jusqu'à son casier, et échangea son sac de cours contre son sac de voyage, que son frère lui avait fortement conseillé de faire. Ce sac contenait tous ses objets magiques : c'était un moyen de protéger leur mère de toute inquisition si les oubliators venaient à leur rendre visite (elle-même avait donné sa cuillère enchantée à Péronne). Il contenait aussi tout son argent de poche, quelques habits de rechange, et un peu de nourriture, ainsi que son précieux carnet répertoriant tous les noms et adresse des Initiés aux Arcanes du cœur de Byeong-Su, ainsi que des deux seuls autres néogiciens français dont il avait connaissance. Runecorne lui avait raconté leur histoire, la dernière fois qu'il avait pu le voir…

Enfant, Martin Vasset avait un ami, Georges, qui s'est avéré être un sorcier né-moldu. À Beauxbâtons, ce dernier avait découvert par l'intermédiaire des cours d'anglais la bande dessinée britannique humoristique Martin Miggs, le Moldu fou, qui racontait les mésaventures de ce que tout semblait décrire comme un néogicien : un moldu faisant usage de la magie au quotidien (bien souvent à ses dépens). L'idée avait beaucoup plus à Georges, qui avait alors initié son meilleur ami aux arcanes de son monde secret. Puis la vie les avaient séparés, Martin avait selon lui-même trop mûri pour continuer de prêter attention à ces sottises, et s'était même marié, à une moldue nommée Josiane. Il avait eu une fille qui l'avait comblé de bonheur. Il l'avait tout de même prénommée Manon, comme la touriste sorcière française amie de Martin Miggs. Peut-être développerait-elle à son tour des pouvoirs ?

C'était un papa gâteau, complètement gaga. Sa fille était son trésor le plus précieux. Et puis, lorsque celle-ci eut sept ans (sans jamais avoir montré le moindre signe de magie), sa femme tomba à nouveau enceinte, et s'agrandit la famille d'une seconde fille neuf mois plus tard. C'est Josiane qui choisit le prénom : Orianne, comme sa cousine qui devint la marraine du bébé. Elle non plus n'eut jamais aucun pouvoir.

Les filles avaient trop d'écart pour être vraiment proches, mais s'adoraient quand même. Manon était l'héroïne de sa petite sœur. Brillante, populaire, et très inventive. Passionnée de robotique. C'est pourquoi lors de l'inscription pour l'Admission Post-bac, elle choisit de s'inscrire dans une école d'ingénieur réputée à Lyon. Elle partit à la grande ville, assez loin de sa famille. Malgré la distance, sa famille lui rendait souvent visite, surtout sa mère. L'inverse était plus rare.

Le 18 mars 2016, pourtant, c'est Manon qui avait pris le train à Lyon Part-Dieu en direction de Montélimar. À la gare, sa mère, venue seule car Martin travaillait et Orianne était à l'école, l'accueillit à sa sortie du train.

Elles ne ressortirent jamais de la gare.

Un jeune étudiant sorcier, Remus Tingal, fils de Severina Simolion et d'un né-moldu quelconque, eut la malchance de faire une mauvaise rencontre dans les toilettes de la gare. Un homme grossier et malodorant, probablement un SDF moldu, l'avait bousculé assez brutalement, et sa tête lui faisait de plus en plus mal. Sauf que ce SDF moldu n'était autre que Zomiel, et que Remus Tingal luttait contre l'ensorcellement runique. En vain. Ce jour-là, il tua malgré lui dix-sept moldus, dont Josiane et Manon Vasset.

Le gouvernement sorcier ayant proprement étouffé l'affaire, les moldus ne surent jamais ce qu'il était advenu de ces disparus. Mais Georges informa son vieil ami de ce qui s'était vraiment passé. Martin entra dans une rage noire, et reprit contact avec le monde magique pour tuer le meurtrier de sa femme et de sa fille aînée : la magie avait pris sa vie, alors il allait se venger par celle-ci. Il ressortit ses artéfacts, demanda à Georges des contacts fiables. C'est ainsi qu'il fut intronisé aux Initiés aux Arcanes, et qu'il rencontra Runecorne. Mais Martin avait toujours une fille sur qui veiller, et ne l'aurait laissé en arrière pour rien au monde. Ils allaient devoir affronter quelque chose contre quoi rien dans le monde moldu ne les protégeait. Alors il l'emmena avec lui dans sa vendetta. Et lorsqu'il apprit que le pauvre gamin n'y était pour rien, il se mit à chasser les véritables coupables. Il n'était pas très doué, certes. Il avait toujours un temps de retard. Sauf une fois, où il faillit piéger Zomiel. Mais loin de se résoudre à abandonner, il continua à s'entraîner avec Orianne, et à chercher des objets magiques de contrebande pour lutter à armes égales.

C'est ainsi que Martin Vasset, et sa fille d'aujourd'hui quatorze ans devinrent les premiers néogiciens "officiels" de France depuis le siècle dernier.

En entendant cette histoire, Thomas avait eu un peu honte de son comportement. Pour lui, le monde magique était un immense terrain de jeu où il fallait juste faire attention à ne pas se faire prendre par les vigiles. Pour eux, c'était un champ de mine où chaque faux pas serait mortel. Oui, parce que dans sa vendetta sanglante, Martin avait laissé quelques cadavres de sorciers derrière lui, dont deux gendarmages ayant tenté d'utiliser Orianne comme appât pour le piéger. On n'avait retrouvé d'eux que leurs baguettes brisées en deux, et une quantité effarante de sang comme s'ils avaient explosés. La peine pour un moldu tuant un sorcier était l'effacement intégral. Autant dire la mort.

C'est chez lui, ou du moins dans une de ses planques, que Thomas devait se rendre en cas de situation du type "exactement la situation dans laquelle il se trouvait en ce moment". Ce qui lui laissait peu de champ de manœuvre, en effet. Il sortit la cloche de distraction et le vieil impulseur du sac, le referma, et referma son casier après avoir échangé les sacs.

– C'est pas le moment de me lâcher, toi ! grogna-t-il à l'adresse du stylet magique.

L'impulseur dans une main, la cloche dans l'autre, il se dirigea à nouveau vers le hall principal. Problème : il ne restait qu'un seul oubliator. Thomas aurait pu tenter de passer en ne neutralisant que celui-ci, en espérant que les autres soient trop loin. Mais ils pourraient alors le poursuivre, et d'après les estimations de Runecorne, il ne restait maintenant plus que six charges dans son impulseur, ce qui les rendait très précieuses.

Il décida alors de jouer le tout pour le tout, et quitta le couvert du mur juste pour interpeler l'oubliator gardant la porte d'entrée.

– Hé, face de gobelin, c'est moi que tu cherches ?

L'oubliator fut plus rapide que prévu. Thomas plongea juste à temps tandis que l'angle du mur était arraché par un puissant sort.

– Bordel, ils sont venus me tuer ou m'arrêter ?! couina-t-il en se relevant tant bien que mal sur le sol glissant.

Il ne pouvait pas simplement piéger des gens venus le capturer. Ils n'hésiteraient pas, la seconde dont il aurait besoin pour les coincer. Il devait être plus malin qu'eux. Mais malgré leur entraînement d'élite, Thomas avait un avantage : c'était sa troisième année dans ce lycée dont il connaissait chaque recoin comme sa poche. Y compris cet escalier désaffecté interdit aux élèves, que tous ceux qui étaient en retard empruntaient quand même. Thomas entra dans la cage d'escalier, refermant délicatement la porte derrière lui, et monta à l'étage, où il se coucha au sol et colla son œil sous la porte. À peine une minute plus tard, il entendit les trois hommes, qui étaient montés par l'escalier principal.

– Il est parti par là, c'est la seule issue de ce couloir.

– Il pourrait aller n'importe où, c'est quoi le plan ?

– Toi, tu restes en haut des escaliers, tu bloques tout ceux qui essaient de passer. Toi, tu montes au dernier étage, et tu fouilles les salles une à une en revenant ici. Moi, je fouille les salles à partir d'ici, et je te rejoint à mi-chemin.

– Il ne nous échappera pas !

– Merde, merde, merde… chuchota Thomas.

Ils allaient se séparer ! Il n'aurait qu'une seule fenêtre pour les avoir tous les trois : maintenant !

Improvisant totalement, il surgit de la cage d'escalier secondaire, et se précipita vers ni trop vite, ni trop lentement. Comme il s'y attendait, les sorciers adultes ne virent aucune menace dans cet adolescent moldu, allant jusqu'à imaginer qu'il se rendait. C'est pourquoi ils ne virent que trop tard que Thomas tenait son impulseur contre la cloche. Lorsque que l'oubliator le plus proche fit mine de lever sa baguette, Thomas pressa la détente. Le ressort se repliant, le métal enchanté de la gâchette entra en contact avec le concentrateur, qui libéra une petite décharge de magie pure. Celle-ci était juste assez puissante pour activer un objet déjà magique. La petite cloche tinta d'une puissance assourdissante, qui fit grimacer de douleur Thomas. L'onde de choc eut un tout autre effet sur toutes les personnes présentes n'étant pas en contact direct avec la cloche : les trois oubliators s'effondrèrent comme des poupées de chiffon, complètement paralysés mais éveillés. C'était probablement le cas des occupants de la salle de classe la plus proche, mais Thomas n'avait guère loisir de s'en inquiéter. Il leur arracha leurs baguettes, et s'enfuit en courant. Dans le couloir des casiers, il se rendit compte que son geste aggravait son cas, et glissa les trois baguettes dans un casier libre. Les conséquences de cela ne le regarderait plus.

Il se précipita hors du lycée, pour récupérer sa moto sur le parking. C'était une 50cc, il n'avait pas encore le permis, mais elle faisait bien l'affaire…

Malheureusement pour lui, un quatrième oubliator l'attendait sur le parking. Et celui-ci avait compris en le voyant sortir seul, en pleine forme, qu'il était capable de se défendre. C'est pourquoi il attaqua le premier. Il était doué. Il n'était pas resté en arrière parce qu'il était le moins fort des quatre, bien au contraire : il était le dernier espoir. Et son premier sort fit mouche. Un simple Stupéfix, amplement suffisant pour neutraliser un moldu.

Sauf que Thomas ne quittait plus sa chevalière para-sorts, celle en forme de dragon que Mathis lui avait offert. Il prit le sort de plein fouet, et sentit la nausée l'envahir tandis que sa main se paralysait de froid. Mais le sort ne le stoppa pas, et il se réfugia derrière une voiture.

– Un moldu qui résiste à un sort de paralysie ? C'est pas commun ! s'exclama l'Oubliator.

– Je suis un garçon plein de surprises ! répliqua Thomas. Vous en voulez une ?

– Tu m'auras pas avec tes tours de passe-passe, gamin ! Aucun de tes gadgets n'est plus puissant que mes protections. Sors de là qu'on en finisse !

Thomas, continuant à se déplacer dans le parking, se glissa derrière une autre voiture.

– Mes gadgets ? releva-t-il.

– Nous sommes au courant que tu te prends pour un néogicien. Tu sais ce qui est arrivé au dernier néogicien qui a osé s'en prendre aux sorciers ?

– Il a tué deux gendarmages, et s'est sauvé impunément ! ricana Thomas. 2–0 pour lui !

En même temps, il grimaça. C'est Marlenaëlle d'Armonval, la mère de Visperi et Sertorius, qui l'avait prévenu de cette possibilité : il y avait une hiérarchie générale dans la magie : un sort d'attaque était contré par un sort de protection, qui était ignoré par un objet magique, qui était bloqué par un enchantement, qui était brisé par un rituel, qui était contrecarré par les runes, qui étaient transcendées par l'alchimie. Certains sorts très puissants, ainsi que ceux relevant de la magie noire, perturbaient la hiérarchie. Mais dans le cas présent, un simple tatouage runique derrière l'oreille aurait prémuni l'oubliator de toute tentative d'envoûtement sonore. Ça ne valait pas le coup de tenter le sort. La cloche ne lui serait d'aucune aide.

– Je te propose un deal, gamin ! Tu sors tout de suite les mains en l'air, et je t'emmène au centre magique de reprogrammation de la mémoire, où nous nous contenterons d'effacer toute trace de la magie de tes souvenirs. Tu pourras continuer de vivre une vie normale, persuadé que ton petit frère étudie dans une école privée pour moldu. Il ne te manquera presque aucun souvenir.

– Et si je refuse ? lança Thomas, changeant de cachette à nouveau.

– Je t'efface entièrement. Je n'ai pas la patience de faire du travail de précision.

– J'ai vu ça, ouais ! provoqua Thomas en fouillant dans son sac à dos. Vos collègues ont stupéfixié n'importe qui, là-dedans ! Ils ont même assommé un roux ! Non mais sérieux, est-ce que j'ai l'air roux ?!

Il trouva enfin ce qu'il cherchait dans son sac. Un petit cristal noir très irrégulier, comme un amas d'éclats d'obsidienne. Il le prit fermement en main.

– Tu joues avec ma patience, gamin ! Alors, tu décides quoi ?

– De garder ma liberté ! s'écria Thomas en surgissant de derrière une voiture blanche à deux mètre à peine derrière l'oubliator.

Il jeta le caillou aux pieds de celui-ci. Caillou qui explosa à l'impact dans une poussière d'étoiles. Aussitôt, il se changea en un nuage de pures ténèbres qui envahit le parking à une vitesse affolante. Thomas fonça droit sur sa moto. Le temps de détacher l'antivol et de la démarrer, il était déjà dans le noir le plus total. Mais contrairement à l'oubliator qui le cherchait, lui avait déjà repéré sa voie de sortie, et fonça à l'aveuglette. Sortant du nuage à pleine allure, il faillit percuter la grille du portail, mais se déporta juste à temps et sortit du parking. Il parcourut quelques centaines de mètres avant de s'arrêter à un stop pour ouvrir son porte-bagage et y échanger son sac à dos contre son casque. Il serait mal avisé de se faire arrêter par la gendarmerie moldue, il avait assez d'ennemis comme ça…

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Boum t'as vu ça !?

Dans le prochain chapitre, ces quatre histoires reprendront là où on les avait laissées. Pourquoi la Faille brûle ? Que va faire Chaigidel ? Comment Mathis va pouvoir concilier sa guerre civile et sa participation aux épreuves pratiques du Concours de Connaissances ? Thomas aura-t-il assez d'essence pour aller jusqu'à chez Martin Vasset ?
VOUS LE SAUREZ. PARCE QUE JE SUIS SYMPA QUAND MÊME.