Platypus, mes zoziaux ! Ça fait un sacré bail. J'avais tellement de trucs à faire, et ma muse était si peu disponible pour l'écriture… Brèfle, me revoilà, et pour de bon ! On entame un arc qui me plait vraiment : l'histoire d'Apocalypse. Il y a une autre raison pour laquelle cet arc me tiens à coeur : un certain personnage parle une langue que j'ai créée spécialement pour ELM (!), histoire de vous montrer en quoi consiste ce que je fais en dehors de cette fic. Pour des raisons de risques de spoil, je donnerai plus d'informations en note de fin, y compris où trouver les traductions (qui ne seront pas comme ça, donnée entre parenthèses !). La raison pour laquelle je ne donne pas la traduction ici est simple : aucun personnage présent ne le comprend, ni même n'essaie, alors pourquoi ça serait votre cas ? Hé hé hé !

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Prévioussely, in Zeidra's Between Ze Mondes : Quatre histoires parallèles étaient présentées :
– Les chasseurs de la Faille se retrouvaient face à un problème de… température: la Faille brûle !
– Les Augures perdaient trois membres d'un seul coup. Alors qu'Erwin, mutilé, est envoyé à Mighty Adler, et Nilüfer en prison, Karol décide d'accompagner son frère. Mathis a tout perdu, et ne sait plus quoi faire !
– Le plan pour s'infiltrer dans la Giraglia de Zomiel, afin de libérer Chaigidel, avait fonctionné comme sur des roulettes, jusqu'à ce que celui-ci détruise sa baguette, et lui annonce plus ou moins directement qu'il avait l'intention de la tuer !
– Thomas, considéré comme un hors-la-loi par le gouvernement d'urgence de la Prévôté Magique, dirigée par le gardien du Secret, voit des oubliators prendre d'assaut son lycée pour le piéger et effacer sa mémoire. Mais au dernier moment, il parvient à s'échapper !

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Hello Rominet ! De retour avec ce compte ?
MAIS SIIII ! Muahahahahah ! Juste comme ça ! Pour toujours et à jamais ! Mais sinon, pour l'autre question, à partir du moment où ils ne sont pas morts, tout est possible… Nil va être incarcérée à la Giraglia. Elle devrait être en section B-0, car condamnée pour un crime avec violence, mais par égard pour son jeune âge et son casier vierge, son avocat a pu obtenir un accord pour qu'elle soit affectée au B-2, le centre de sécurité minimale pour femmes. C'est… comme Litchfield dans OITΒN. Sauf que elle, c'est pour six mois, pas dix-huit comme Piper Chapman.
Tout a un lien avec l'histoire de Dreamer. Comme je l'ai dit il y a deux ou trois chapitres, tout ce qui se passe maintenant a un rapport assez direct avec Marchands de Secrets, pour aboutir à un crossover à partir du dernier chapitre de ce tome (soit, si tout se passe comme prévu, le chapitre 17).
Pour le reste… enjoy la suite !

Tu mens, Dreamer ! Tu te dis sans voix ici, mais tu as été très bavarde en MP… Merci pour ton soutien inconditionnel, en tout cas, mon amie !

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Dans ce chapitre, nous reprenons trois des quatre arcs là où nous les avions laissés. Thomas, lui, a encore une longue route à faire avant de retrouver les Vasset. Et comme je suis très sympa, je vous préviens d'avance que deux des trois parties finissent sur un cliffhanger, HA HA HAAAAA ! *met Pump it des Black Eyed Peas à fond, même si ça n'a aucun rapport*

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EDIT : Grâce aux conseils de mes collègues créateurs de langues, je republie ce chapitre avec une version légèrement simplifiée de ma langue, et j'en profite pour y corriger quelques fautes.

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13) Apocalypse

Mathis pouvait difficilement refuser d'admettre que sa vie était devenue un désastre. Il avait appris par une lettre affolée de sa mère que Thomas avait dû fuir le lycée. Sa mère qui, à cette heure-ci, ne devait même plus se souvenir de lui, à moins qu'elle n'ait réussi à fuir (elle avait au moins l'avantage de pouvoir continuer à travailler de n'importe où, étant téléconseillère juridique à domicile, donc pouvait se cacher presque indéfiniment). Erwin et Karol étaient partis en Allemagne pour de bon, Nilüfer était en prison pour les cinq prochains mois… et quelques.

Mais il y avait pire. Bien pire : il détenait désormais un secret qu'il aurait bien préféré ignorer.

– Tu as fait quoi ?!

– C'est moi qui ai appris à Nilüfer le sort noir qu'elle a utilisé contre Erwin, répéta Sertorius. Tout est de ma faute.

– En effet, confirma Mathis, peu charitable. Mais pourquoi tu m'as dit ça ?! Je vais devoir le cacher pour que tu ne sois pas puni… donc je vais devoir le cacher à Émi. Elle est toute seule, maintenant, elle a plus que jamais besoin de moi ! Et toi, t'es son petit-ami, et… Merde, Serpent, quoi ! Qu'est-ce qui t'es passé par la tête ?!

Sertorius haussa les épaules.

– C'est elle qui m'a demandé. On combat des mages noirs, ça a touché personnellement sa famille, avec son frère devenu un Duc, l'autre toujours porté disparu… Ça m'a paru normal qu'elle veuille se battre.

– Notre situation n'a rien de normal…

– Humph… Où est Émi, d'ailleurs ?

– En retenue avec Goizane. Elle a jeté son lexique de runes dans la figure d'Amara Quidma. Je crois qu'elle lui a déboîté la mâchoire…

– Le lexique de runes ? répéta Sertorius en mimant l'épaisseur dudit livre. Tu m'étonnes qu'elle a dû le sentir passer ! Mais pourquoi ?

Mathis haussa un sourcil incrédule. Amara avait repris la place de Nilüfer dans l'équipe de Cognepoing des Albatr'Os, et elle n'avait pas manqué de s'en vanter.

– Question idiote, pardon. Combien ?

– Huit heures. Quatre aujourd'hui, et quatre samedi après-midi.

– Mais elle a entraînement de Quidditch !

– Justement. C'est une façon de lui rappeler que c'est un privilège.

– C'est sadique. D'ailleurs, nous avons entraînement de Cognepoing, samedi, nous ?

– Je sais pas trop. On devait avoir une session aérienne avec Pluiedeglace, mais elle est de jury. Ils ont casé l'épreuve de Métamorphose le samedi pour pouvoir concentrer tout sur une seule semaine.

– T'es inscrit à quoi, toi, déjà ?

– Sortilèges et… Oh, par la barbe de Madame Maxime ! Je suis inscrit en Métamorphose aussi ! Quelle buse… C'est vrai que j'ai eu l'Or aux deux écrits, en fait.

– … Eh bah bravo. Je suppose que nous pouvons annuler l'entraînement ?

– Heh, grinça Mathis.

– T'as besoin de t'entraîner, pour tes épreuves ? Moi, j'ai tout mon temps, je suis libre jusqu'à après-demain, 13h ! Miss Delacour et Mister Fauchet sont de jury.

– Je sais, pour Gaby : j'ai l'épreuve de Sortilèges vendredi à 8h avec elle. Il fait quoi, Fauchet ?

– Garde-fou pour le professeur Leifsson. Les Concours n'en incluant pas, il a décidé d'organiser sa propre épreuve de Combat. Mister Fauchet s'est proposé pour évacuer les éventuels blessés.

– Arf.

Mathis soupira. Il y a des choses qui ne changeraient jamais. Fauchet était un vrai papa poule. Il se demanda s'il avait des enfants.

– Bon, si tu veux m'aider, ce dont j'ai le plus besoin c'est d'un brainstorming.

– Je suis l'homme de la situation, assura Sertorius. Qu'est-ce qu'on sait ?

– L'épreuve écrite de Sortilèges portait sur les modificateurs et autres amplificateurs de sorts, et particulièrement sur leur combinaison. Je te parierais ma baguette qu'il va s'agir d'inventer une combinaison particulière. Les autres qualifiés sont : Angela, Orilia, Pierre-Antoine, Mydian et Aurora parmi les nôtres, et Erio, Danielle, Greta, Isa-Pia, et Ihipera. Si c'est bien une épreuve de mise en situation comme je l'espère, mes adversaires sérieux seront les plus réactifs : Angie, Pierre-Antoine Thirion et Ihipera Paewai. Je ne sais pas ce que vaut Danielle Bourgeois, mais je me méfie. Enfin, Isa et Pia s'émulent mutuellement, donc s'il s'agit comme pour le duel il y a deux ans d'une épreuve ouverte, elles risquent d'être redoutables !

– Ihipera Paewai… Cette gamine est flippante, décréta Sertorius. Je t'ai raconté la fois où je l'ai vue sauter par la fenêtre du troisième étage du Pavillon Bleu ?

– Mmh mmh. Leur école est dans le ciel, et elle maîtrise la gyromancie. M'étonne pas qu'elle sache voler. On continue ?

– D'accord. Alors tu supposes que c'est une mise en situation autour de l'invention d'une combinaison particulière de modificateurs. T'as déjà des pistes ?

– Je me suis entraîné pour plusieurs combinaisons, dont celles qu'Émi avait conçue en 2ème Année : Rubrum Aloysiae Maxima Sagitta.

– Je doute que tu aies à faire pousser des fleurs rouges géantes sur les murs, mais c'est bon de voir que tu es préparé. Cependant, ne néglige pas les situations où tu aurais tort quant à la nature de l'épreuve. On fera une liste des possibilités. Et l'autre épreuve ?

– Celle de Métamorphose portait sur la métamorphose humaine. Grâce à Mila, j'avais pu obtenir des tas d'infos sur les nahuals par Nizhoni Bylilly, et je pense que c'est ce qui m'a valu mon Or. Ils ne peuvent pas nous demander de produire une métamorphose humain-animal en si peu de temps, et surtout pas pratiquer l'animagie.

– J'en doute, en effet.

– Alors quoi ? Je sèche.

– Skye Ingram est de jury ?

– Ouaip. Skye, Mystique, et le prof de Métamorphose de Perséphone. Il s'appelle Ananas, je crois.

– Elias Onassis ?

– Ça doit être ça. Tu le connais ?

– Mon père a travaillé avec lui, il y a quelques années. Il est animagus aussi, mais sa spécialité est plus… particulière. Et en plus, ça pourrait plaire à notre alchimiste allemande. C'est un créateur d'homoncules.

– Qu'est-ce à dire que ceci ?!

– C'est comme… des golems miniatures. C'est des petits humanoïdes créés par alchimie. Ils ne sont pas très forts, mais sont immortels et physiquement indestructibles. On les utilisait jadis comme espions, parce que même s'ils étaient repérés, ils étaient presque instoppables.

– Et en quoi ça nous intéresse aujourd'hui ?

– Les seuls moyens de détruire un homonculus, c'est de le transmuter. Tu te rappelles l'énoncé exact du cours de MST ?

– Bah oui ! Métamorphose-Sortilèges-Trans… mutation. Ah oui. Mais on en a jamais fait, si ?

– Non, en effet, concéda Sertorius. Mais c'est au programme de cette année, vers la fin du manuel de cours. Je suppose que la préparation aux Concours inclut implicitement de lire et apprendre les 400 et quelques pages de chaque manuel de cours.

– Blaaarh.

Mathis avait eu raison. Mathis avait un peu trop souvent raison. En le constatant, il haussa les yeux au ciel. Gabrielle Delacour venait de lui demander de combiner un sort de son choix avec un ou plusieurs modificateurs pour se tirer d'une situation. Ladite situation est qu'il était enfermé dans un tube de verre juste assez large pour qu'il puisse tendre le bras, et qui semblait très épais. Il n'avait droit qu'à un seul essai.

Beaucoup de sorts risquaient soit de traverser le verre, soit, plus grave, de ricocher et de le blesser. Il ne survivrait pas à une explosion, même concentrée. Il doutait fortement d'avoir la puissance suffisante pour soulever le cylindre, si tant est qu'il n'était pas scellé au sol.

Le chrono tournait.

Soudain, Mathis eut l'illumination. Il répéta sa formule dans sa tête plusieurs fois, changeant l'ordre des modificateurs selon les règles de compoisition qu'ils avaient révisées à la bibliothèque avec Sertorius. Il leva sa baguette, et passa l'autre bras autour de ses yeux pour les protéger.

Flipendo Corporem Maxima !

Le coup était risqué. Il n'avait pas travaillé cette combinaison, Flipendo Corporem, et ignorait ses effets réels. Mais il n'avait droit qu'à un seul essai, alors il avait immédiatement tenté la version amplifiée.

L'effet fut cependant celui escompté : Corporem indiquait au sort que son point d'émission n'était pas la baguette, mais le sorcier lui-même. Combiné au sortilège du Repoustout, cela créa une onde de choc émanant de Mathis, amplifiée par le Maxima. Le cylindre explosa comme un bocal surchauffé.

Quand Mathis retira son bras de ses yeux, ses oreilles sifflaient encore. Il regarda tout autour de lui : il y avait des éclats de verre, parfois gros comme son avant-bras, plantés un peu partout dans les murs et le plafond, et le sol carrelé était couvert de morceaux plus menus. Seule une zone en cercle autour de la table du jury était intacte.

– Eh bien ! s'exclama Miss Delacour. Brutal, mais efficace. Très bon chrono, et une réussite plus qu'attesté du premier coup. Cependant, c'était assez dangereux. Tu avais déjà utilisé cette combinaison ?

– Non, Miss.

– C'était imprudent. Cependant, il semblerait que tu aies correctement anticipé les conséquences de ton sort, et que tu te sois protégé en conséquence. Tu as juste oublié de nous prévenir.

– Oh mer… Pardon ! Je suis désolé, Miss !

– C'est pas grave ! Ne t'inquiètes pas. Tu t'en es bien tiré. Tu peux y aller.

– Merci, Miss.

Sertorius avait raison aussi, parfois. L'épreuve de Métamorphose le lendemain porta également sur les homoncules. En fait, après réflexion, Mathis se dit que la présence d'Elias Onassis était de toute manière irrégulière, puisque la majorité des jurés étrangers ne venaient que pour la Finale. C'était forcément en rapport avec de qu'il faisait.

Malheureusement pour Mathis, il avait échoué. L'épreuve consistait très précisément à détruire un Homonculus en le transmutant. Alors Mathis, ne maîtrisant pas les subtilités de cet Art dont il avait à peine survolé la théorie en lisant son manuel, avait décidé de transmuter le bonhomme d'argile en calcaire, avant de le pulvériser d'un Flipendo. Mais le regard désapprobateur que le grec lui adressa était équivoque. C'était probablement considéré comme de la triche, d'utiliser un sort offensif.

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Les vagues de chaleurs dans la Faille avait continué d'augmenter, jusqu'à ce que la roche autour de la Faille se mette à rougeoyer. Puis ils étaient sortis.

Sérène Castle pensait avoir tout vu, dans sa vie. Bien sûr, la Faille lui avait rapidement prouvé qu'elle avait tort. Elle n'avait jamais vu aucune des créatures surgissant de la Faille, hormis les occasionnels hellbounds. Mais les aquaviri, les siligondres, et ces espèces de croisement monstrueux entre un criquet et une sangsue que Lovegood avait baptisées Valanga Erpobdella Argento (et que les chasseurs avaient surnommés les "crickets-vampires") étaient des insectes, même si leurs proportions étaient démentes.

En revanche, jamais rien de tel n'avait franchi la Faille. Ces créatures étaient humanoïdes. Elles avaient deux bras, deux jambes et une tête rattachés à un tronc, et faisaient un bon mètre quatre-vingt. Ils étaient extrêmement lents. Mais ils semblaient aussi, et surtout, entièrement constitués de feu, et dégageaient une chaleur si intense que l'herbe s'embrasait, et que leurs empreintes de pas sur les rochers se changeaient en lave.

Les premiers chasseurs leur jetèrent des sorts offensifs, en vain. Aujourd'hui, c'était l'Allemand et Posidonius qui était chargés de la surveillance rapprochés. Ils commencèrent par des sorts offensifs classiques, qui furent tous absorbés par les corps ardents des créatures. Puis Posidonius eut l'idée, à la hauteur de son nom de famille, d'utiliser un Aguamenti sur le plus proche. L'eau explosa. Avant même de toucher l'être de feu, l'eau s'était déjà changé en vapeur. L'intensité des sorts d'eau de Posidonius étant ce qu'ils étaient, la quantité d'eau fut telle que la vapeur plongea la Fosse des Loups entière dans un épais brouillard.

– Merde, merde, merde ! Qu'est-ce que j'ai fait ?!

– Pas le temps, on dégage ! s'écria l'Allemand en attrapant sa main.

Ils se mirent à courir tous les deux vers le camp. L'Allemand semblait parfaitement capable de se repérer. Il faut dire qu'en temps qu'analyste de la Rosace, il avait dû apprendre par cœur la position de chaque caillou dans la Fosse.

Au dit camp, Sérène et le jeune apprenti, Guillaume Rollat, avait déjà pris les choses en main. Tandis que Guillaume installait les balises pour le déploiement de la barrière magique, Sérène usait de charmes du vent pour chasser le brouillard. Les trappeurs étaient absents aujourd'hui, alors, avec tous les morts qu'il y avait déjà eu, c'est à leur chef Lupin qu'était revenu le rôle d'aller chercher les Argeciel. Depuis la mort de son ami Pascal Ronsard, il avait de toute manière perdu sa verve d'antan, et ne se formalisait même plus de jouer les coursiers pour sa propre équipe. Le grand patron avait promis qu'une équipe de relève était en formation, mais Sérène savait ce qu'il en était : le Bureau des Chasseurs était moribond, et les hordes de centaures corrompus dans le Massif Central sollicitaient la plupart des équipes, sans compter la recrudescence préoccupante des détraqueurs dans le sud des Cévennes et autour de Brocéliande. Bref, ils n'auraient jamais de renforts, et encore moins de remplaçants.

Arrivé au camp, l'Allemand compris ce que cherchait à faire Sérène, et en fit autant, tandis que Posidonius allait vérifier que les zoomagicologistes étaient en sécurité. Ça serait très mauvais pour les relations entre la Prévôté de France et le Royaume-Uni si Luna Lovegood et Rolf Scamander mouraient ici.

Posidonius rentra dans leur tente, et fut au mieux agacée de voir qu'ils étaient encore là à travailler.

– Hé les nerds, c'est le bordel là-dehors, il faut évacuer !

– Je n'ai jamais fui devant le danger, Améthyste, répliqua Luna de son ton posé. Même face à l'armée de Voldemort. Je sais me battre.

– Je ne peux pas l'abandonner, ajouta Rolf. Neville me donnerait vivant à manger à un snargalouf… Dites-nous juste comment on peut aider. Qu'est-ce qui se passe dehors ?

– Des espèces d'homme-feu sont sortis de la Faille, expliqua Améthyste Posidonius. Ils ne font rien, et se contentent d'avancer très lentement, mais tout crame autour d'eux, et les sorts ne leur font rien.

– Ho ho… Il est quelle heure ?

– Quoi ?! Comment ça ?! On s'en moque ! Tu sais ce que c'est ?

– Des Héliopathes. D'après mon père, ils tirent leur force directement du soleil. Il semblerait que la source de lumière de l'autre côté de la Faille, peu importe de quoi il s'agit, est permanente. Mais ici…

– Ho ho ! comprit Améthyste. Quand il fera nuit…

– … Ils seront au pire vulnérables, et au mieux, ils en mourront, compléta Luna. D'après mon père, le Ministère de la Magie britannique en employait comme armée de dissuasion, mais quand il y a eu la première guerre contre Voldemort et que l'État a failli tomber, le Ministre les a tous exécutés. Ça veut dire qu'ils ne sont pas immortels !

– Mais il n'est que dix heures du matin. Est-ce qu'on va réussir à les retenir toute la journée ? Leur simple présence à proximité de la barrière magique fera fondre les balises qui se désactiveront.

– Les vampires, intervint Rolf. Ils maîtrisent une forme particulière de ménémancie qui leur permet de courber les ombres. Avec l'ombre de la crête, ils pourraient créer une éclipse artificielle.

L'anglais se précipita hors de la tente. Il constata l'avancée des héliopathes et leurs dégâts.

– Ça peut le faire. Luna ?

– On les briefe, assura sa collègue.

– Parfait, alors, conclut Rolf avant de transplaner.

– Il est parti où ? s'enquit Posidonius.

– On a rencontré une communauté de vampires nomades, en Camargue. Ils protègent les troupeaux de chevaux, et en échange se nourrissent de leur sang de manière "écoresponsable", et mangent les chevaux blessés plutôt que de les laisser souffrir. C'est un magnifique exemple de symbiose inter-espèces.

– Comment n'ai-je jamais entendu parler de ça ?! C'est mon boulot, d'encadrer ce genre de chose ! s'exclama la chasseuse. Je n'ai jamais entendu parler de vampires en Camargue

– Ils sont très discrets et méfiants, et sont là illégalement. Mais si on leur promet qu'ils conserveront leur mode de vie, désormais sans craindre que vos services ne les chassent, ils seront ravis d'aider.

– On ne devrait jamais faire des promesses qu'on ne peut pas soi-même honorer…

– Je le sais bien, soupira Luna. Je t'ai déjà parlé de la fois où j'ai sauvé Harry Potter en trahissant une promesse ?

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Les choses n'avait pas si mal tourné pour Zomiel… au début. Chaigidel avait quitté sa cellule, et, usant de son pouvoir, avait trouvé et libéré plusieurs prisonniers qu'il savait capable de se débrouiller sans baguette. Avec eux, ils avaient tués tous les gardes qu'ils rencontraient dans la zone haute-sécurité, libérant plusieurs prisonniers au passage. Mais pas tous : certains étaient incontrôlables.

L'un de ceux libérés dans la zone haute-sécurité, nom de code "Héphaïstos", avait soudé la gigantesque porte blindée en faisant jaillir un feu blanc de ses mains. Ils étaient maintenant enfermé à l'intérieur d'une prison dont personne ne s'était jamais évadé. La logique échappait à Zomiel, du moins jusqu'à connaître la suite du plan.

Un autre, un nabot teigneux surnommé "Geb le jardinier", tua plus de gardes à lui seul que tous les autres réunis. Il lui suffisait de se rapprocher suffisamment d'un garde pour que des plantes se mettent à pousser à l'intérieur du corps de celui-ci, lui faisant jaillir les yeux des orbites et le déchiquetant, le tout dans d'horribles hurlements.

Mais celui qui la terrifiait le plus était un prisonnier qu'elle avait repéré dès le premier jour, et elle s'était juré de ne plus jamais s'approcher de sa cellule. La créature était un genre d'humanoïde de deux mètres cinquante de haut. Il était entièrement recouvert de chitine noir, et produisait des cliquètement qui faisait penser à un insecte. Sa tête consistait en une seule plaque de chitine allongée en une longue pointe qui évoquait facilement un masque de médecin de la peste, percé de deux trous au fond desquels brillaient deux yeux presques humains par leur forme, mais dont l'iris était rouge sang. Si cette chose avait été humaine un jour, son sort de métamorphose avait échoué en beauté. Celui-ci se contentait de suivre Chaigidel, qui ne lui donnait aucun ordre, mais se contentait de discuter, ou plutôt de monologuer avec. Le vieil homme ne parlait pas insecte, bien sûr, mais savait. Il lui suffisait d'utiliser son pouvoir d'omniscience pour savoir ce que la bestiole avait l'intention de lui répondre. C'était assez malaisant de le voir discuter seul, ses yeux se retournant régulièrement lorsqu'il attendait une réponse.

Zomiel n'avait pas conservé l'apparence du gardien Balczarek, mais n'avait pas repris la sienne. Prudente, elle préférait éviter de montrer qu'elle était une femme (bien que Chaigidel en ait libéré quelques-unes, ce qui leur arrivait parmi ces prisonniers frustrés depuis des mois voire des années ne la regardait pas). Elle avait opté pour l'apparence du SDF, celui qui lui avait permi de perpétrer l'attentat de la gare de Montélimar, sans la barbe.

Le groupe rencontra sa première difficulté quand ils tentèrent de s'approcher de la cellule d'Apocalypse : Argon Maxime. Celui-ci, leur apprit Chaigidel, était le cousin germain de la directrice de Beauxbâtons, et l'héritier de la famille. Il n'avait jamais eu d'enfants. Il n'avait rien à perdre, tellement de tatouages runiques qu'il devait avoir des meilleurs réflexes qu'un vampire, et des décennies d'entraînement intensif.

Il prouva d'ailleurs le deuxième point assez vite, car parmi les prisonniers qui tentèrent de se jeter sur lui et qu'il tua, il y avait un vampire visiblement taillé pour la chasse. Chaigidel décréta que l'autonomie du vieil homme n'était pas illimitée, et qu'il finirait bien par s'effondrer de fatigue ou de soif. Les deux issues étaient étroitement surveillées, et la cellule noire était la seule du couloir. Il ne pouvait pas bouger, et savait que s'il rentrait dans la cellule pour boire au robinet au fond à gauche, il n'en ressortirait jamais.

Il fallait se concentrer sur l'ascenseur menant à la cellule sous-terraine du Néant. Cependant, l'alarme avait été donnée, et si "Vigrid", l'échomancien, l'avait rapidement fait taire, les gardes de réserve dudit sous-sol étaient remontés en renfort, et avait déployé les moyens de défense du couloir.

– Détruisez tout ! avait ordonné Chaigidel, faisant référence aux portes blindées qui s'étaient refermé dans le dernier couloir.

Mais ça n'avait pas marché. Alors que la première porte d'effondrait, découpée par Héphaïstos, Un vrombissement assourdissant leur avait soudain vrillé les tympans. Puis tous les dispositifs anti-évasion s'étaient déclenchés. Les grilles qui surgissaient des murs, sol et plafond un peu partout dans les couloir. Et celles-ci ne se souciant pas des menus obstacles, plusieurs prisonniers se retrouvèrent empalés. Ce que Vigrid identifia comme un puissant ultrason leur provoqua à tous une puissante migraine, si puissante dans le cas de l'insectoïde que dans sa douleur, celui-ci tua Ged le jardinier, et un autre prisonnier, avant que Vigrid parvienne à neutraliser le dispositif d'une puissante onde de choc.

Par un heureux hasard, Zomiel était en train de dormir, lorsque tout ceci se déclencha. Elle était donc à l'abri dans une cellule, en compagnie de deux prisonniers. Zomiel constata ce qui se passait dehors, croisa le regard agonisant de la prisonnière assignée à la garde de la cellule-dortoir, empalée sur une grille… et elle eut un déclic. Son instinct de survie prit le dessus sur son devoir. Toutes les facultés et connaissances de Zomiel seraient désormais employées pour sauver Zomiel !

Elle réveilla les deux prisonniers, et tandis qu'elle leur résumait la situation et leur expliquait dans les grandes lignes qui était Chaigidel, elle gravait quelque chose dans la paume de sa main à l'aide d'un bout de métal qu'Héphaïstos lui avait affilé d'un passage entre les doigts. Elle conclut son explication par cette question :

– Êtes-vous prêts à mourir pour Chaigidel ?

– Tout plutôt que de rester ici ! répondit le premier, sans hésiter.

Le second fut plus lent à répondre, mais lâcha tout de même dans une grimace.

– Ouais, il peut nous sortir d'ici.

Alors Zomiel serra la main du premier, qui s'effondra, et dont le corps trembla deux secondes avant de se figer, du sang dégoulinant de ses oreilles.

– Qu'est-ce que tu lui a fait ?! s'écria l'autre prisonnier.

– Je nous sauve la vie. Chaigidel se fait appeler le seigneur des mouches. Tu sais ce qu'il fait quand il en a marre, de ses mouches ? Il les écrase.

– Et que… Oh, c'est nous, ses mouches, comprit-il. Il n'a pas l'intention de nous laisser sortir d'ici vivants.

– Perspicace, hein ? Comment on t'appelle ?

– Nom de code, "Loki".

– Je m'en contenterai. Enchantée, moi c'est Zomiel. Et je vais sortir d'ici vivante, contrairement à ce que l'Omniscient m'a prédit. Suis-moi.

– On va où ?

– Chercher un allié plus puissant. Nous allons déchaîner l'Apocalypse.

Se frayer un chemin vers le couloir de la cellule noire fut laborieux. Loki était un illusionniste, et cela ne fut d'aucune aide. Alors Zomiel dût se servir de ses connaissances en runes pour désactiver un seul barreau à chaque grille afin de se faufiler. Lorsqu'ils arrivèrent à la dernière, ils constatèrent que le prisonnier chargé de surveiller Argon Maxime y était empalé. Elle fit descendre la grille, et constata que le vieillard n'avait pas quitté son poste. Elle s'avança lentement avec Loki, quand le vieil homme les repéra soudain, et s'écria, pointant sa baguette vers eux.

– Pas un pas de plus, ou je vous tue tous, sales parasites ! s'écria-t-il. Je n'hésiterai pas une seconde !

– Je n'en doute pas une seconde, répliqua Zomiel de sa propre voix, qui surprit Loki. Mais je ne suis pas une prisonnière évadée.

Elle fit signe à son acolyte de s'arrêter, et s'avança d'un pas sûr vers Argon, qui la tenait toujours en joue. Elle reprit son apparence naturelle, et se présenta en bonne et due forme :

– Je m'appelle Joséphine Lupin, et je suis une agente de la Rosace. Quand j'ai su qu'une évasion de masse allait avoir lieu, je me suis infiltrée ici.

– Tu… tu es la fille d'Arcadus ?! Oh, Joséphine ! La dernière fois que je t'ai vue, tu devais avoir sept ou huit ans ! Mais je te reconnais, oui ! Je me souviens maintenant, ton père m'avait dit que tu avais été recrutée par le prédécesseur de Mercier, et on avait fêté ça autour d'un whisky pur feu… Qu'es-tu venue faire ici ?

– Je suis en mission, Maître Maxime. Pour le sortir de là, indiqua-t-elle en désignant la porte noire d'un signe du menton. Il faut évacuer Apocalypse d'urgence. Chaigidel réussira à libérer le Néant, à très court terme. Nous devons faire vite pour que la situation ne dégénère pas encore plus.

Le vétéran n'hésita qu'une seconde. Il rabaissa sa baguette, et lui fit signe de s'approcher. Mais lorsque Loki en fit de même, il la pointa à nouveau vers lui.

– C'est qui, celui-là ? Il a une tenue de prisonnier !

– Mon partenaire. Il s'est fait enfermer ici exprès il y a quelques jours. C'était lui, mon alibi pour rentrer ici en visite.

– Agent Frank Carlin, se présenta Loki. Alors comme ça, vous connaissez déjà Joséphine ?

– Ça va être trop difficile de sortir la croix, grogna Argon, en faisant mine d'ouvrir la porte. Il va falloir le sédater, et le porter jusqu'à la sortie.

– En fait, nous allons le réveiller, répliqua Zomiel. Nous allons avoir besoin de lui pour sortir d'ici vivants.

– Quoi?! s'écria Argon en se retournant.

Zomiel plaqua sa main contre le front du vieil homme, qui s'effondra. Elle-même tituba.

– Wow, ça va ? s'inquiéta Loki.

– Oui, oui… Le contrecoup de la magie rouge est de plus en plus violent à chaque glyphe utilisé… Je dois juste souffler quelques secondes.

– Il est mort ?

– Juste endormi. C'est un type bien…

– Ok. Hé, c'était quoi cette histoire d'agent ? C'est quoi la Rosace d'ailleurs ? Et me dis pas que c'était un mensonge, ce mec a l'air aussi parano qu'on puisse l'être, et il t'a cru sans hésiter… Il t'as vraiment reconnue.

– Mon vrai nom, c'est effectivement Joséphine Lupin, mais si tu m'appelles autrement que Zomiel, je te noie dans ton propre sang. Je suis métamorphomage, et j'ai toujours été très douée en runes. Quand je suis entrée en Chasse, j'ai été contactée par la Rosace, une agence de contre-espionnage extra-gouvernementale dont le rôle est de protéger la France des complots internationaux en contournant la loi, la constitution de la Prévôté interdisant l'existence d'une agence officielle de renseignements.

– Je vois… Et tu es donc vraiment une agente infiltrée…

– Non. J'ai été… entraînée dans des choses illégales, dans des vols d'artéfacts, et j'ai été virée de la Rosace, et condamnée à six mois à Nurmengard. Quelqu'un m'en a fait évader, en échange… du reste de ma vie. Mais aujourd'hui, j'en reprends le contrôle.

– Pourquoi être venue ici alors ?

– Je suis Zomiel, la Duchesse Infernale de la discorde. J'étais venue pour libérer Chaigidel, un autre Duc Infernal, parce qu'il est supposé jouer un rôle dans la réalisation d'une prophétie extrêmement complexe. Mais j'avais pas prévu qu'il serait aussi cinglé, qu'il détruirait ma baguette, ni qu'il avait déjà prévu que personne ne sortirait d'ici vivant hormis lui-même et le Néant. Quoi que soit ce Néant, il est considéré comme le plus dangereux prisonnier ici, et les dispositions prises pour le retenir semblent disproportionnées si on considère la puissance de certains prisonniers que Chaigidel a déjà libérés. Tout aussi disproportionnées, en fait, si on y compare les dispositions prises pour Apocalypse ici-présent, le second plus dangereux. Je ne sais pas à quoi s'attend Chaigidel, mais je doute que quiconque puisse contrôler une telle force. Peut-être s'attend-il à mourir lui aussi, après tout ?

– Meeeeerde… Dans quoi je me suis encore embarqué, moi ? Je parie que c'est trop tard pour retourner dans ma cellule…

– Tu pourrais. Mais je te le déconseille. Ça n'assurera pas ta survie.

– Tsss… C'est quoi le plan, alors ? On réveille "Apocalypse", et on prie pour qu'il ne nous tue pas ?

– Dans les grandes lignes.

Sur ces mots, Zomiel récupéra les clefs de la cellule dans la poche d'Argon, et l'ouvrit. Loki jeta un regard curieux à l'intérieur. Il vit le jeune homme aux cheveux blanc crucifié sur son support de métal noir de l'Abysse.

– C'est lui, Apocalypse ?

– Ouaip. Les illusionnistes manipulent la lumière, il me semble ?

– Précisément, pourquoi ?

– Tu pourrais faire en sorte que la lumière qui émane de ces néons ultraviolets soit de la lumière blanche, à la place ?

– On ne peut plus facilement ! s'exclama Loki, ravi d'enfin se rendre utile.

Il leva deux doigts en direction du néon central, et les replia d'un coup sec. Aussitôt, les trois néons de la cellule semblèrent exploser de lumière. Ils grimacèrent tous les deux.

– Il faut que tu maintiennes le sort le temps que je le libère, indiqua Zomiel. Et si possible, surveille le couloir en même temps !

– Ouais, M'dame ! J'peux faire ça, ouais !

Zomiel s'approcha prudemment du prisonnier. Elle ne savait rien du tout de lui, mais la réaction du gardien était équivoque : elle avait compris que le prisonnier n'en était pas un. Qui qu'il soit, ce dispositif barbare était là pour le protéger, probablement contre son gré. Ce n'était pas un criminel… peut-être un otage ?

Par prudence, elle préféra le détacher avant de retirer sa perfusion de sédatif, au cas où il se déchaîne. Elle prit l'apparence du colosse Balczarek, et après lui avoir détaché les quatres membres, le décrocha à la taille. Apocalypse tomba sur elle, et comme elle n'avait que la taille et non la force du polonais, elle s'effondra sous le poids du jeune homme, étonnament lourd malgré sa maigreur. Il faut dire qu'il était sacrément grand, maintenant qu'elle le voyait en pleine lumière. Il dépassait facilement les deux mètres.

Elle le repoussa sur le côté pour se dégager. Elle vérifia qu'il n'y avait aucun autre dispositif, et arracha la perfusion. Presqu'immédiatement, ses yeux entièrement noirs s'ouvrirent en grand, et il se mit à hurler. Mais cette fois-ci, ce n'était pas en silence. C'était un cri de pure terreur, strident, glaçant… assourdissant.

Par réflexe, Zomiel plaqua sa main sur la bouche du jeune homme. Il arrêta de crier, et la regarda dans les yeux. Il semblait terrifié, mais son regard sembla soudain projeter une aura de calme intense. Zomiel retira sa main.

Il fit mine de parler, mais ne put qu'émettre un horrible chuintement, et se mit à tousser. Zomiel se précipita au fond de la cellule où se trouvaient les différentes conduites, ouvrit le robinet d'eau, et remplit ses mains. Elle revint doucement vers le prisonnier, cherchant à en renverser le moins possible. Elle l'aida à boire.

Hhhh… szrśı… szrśı ana… Tnt ısze śesamdph ? Phk sze chupuquńczdph zańk ?

– Moins vite, je comprends rien ! Tu parles notre langue ?

Asze eza lecıpıkam cuźȷeńc, adać…

– Je suis désolée, je ne comprends pas. Je m'appelle Zomiel, et je suis venu te sortir d'ici. Zomiel, répéta-t-elle se se désignant. Toi ?

Eletheńq Nıkćachıśulı.

– C'est ton nom, ça !?

Śȷe. Iza śesam tz Eletheńq Nıkćachıśulı.

– "Éléphant nikoylar…", euh, ça te dérange pas si je t'appelles Nico ?

Weredu. Afı efe vuszıkıpam, lıphk chupśeshımeszelı ksuzcaı, za. Szrśı ?

– Génial, il me fait des phrases encore plus longues, cet abruti ! Je. Ne. Comprends. Rien. Tais-toi, ça vaudra mieux. Loki, la voie est libre ?

– Pour l'instant. Mais avec le hurlement de cachalot qu'il a poussé, toute la prison doit l'avoir entendu.

– Ok. Tu vas porter le vieux, et moi je vais aider "Nico" à marcher. Pas le choix, mon gars, personne ici ne serait capable de te porter…

En guise de réponse, "Nico" se redressa tout seul, et tendit une main à Zomiel pour qu'elle l'aide.

– On peut pas le laisser là, le vieux ?!

– Non. S'ils le trouvent, ils vont le torturer à mort. Je suis contre toute forme de cruauté. J'ai dû tuer des gens, mais ça a toujours été par nécessité, pas par plaisir. Et pis je te rappelle que notre couverture est celle d'agents de la Rosace qui effectuent le transfert d'urgence d'Apocalypse, alors si on croise un gardien…

– Et si on croise un autre prisonnier ?

– C'est notre otage. S'il ne nous crois pas, on le tue. Nico, t'as rien contre un petit meurtre ou deux ?

Weredu, vıń uza fupuquńc ph-vćta ksuczıńqafadz !

– Je prends ça pour un oui. De toute façon, c'est pas comme si tu avais le choix, on te sauve la peau…

Zomiel aida Nico à se relever. Il était encore affaibli par le sédatif, mais son emprisonnement ne semblait pas avoir trop affecté ses capacités motrices. Étant donné ses conditions de détention, il ne devait pas être là depuis très longtemps…

Loki jeta Argon Maxime sur son épaule. Le vieil homme était redoutable au combat, mais de frêle constitution, et ne pesait pas grand-chose. Ceci étant, Loki n'était visiblement pas habitué à porter plus de cinquante kilos ainsi.

– J'vous préviens, je serai incapable de me battre, dans ces conditions !

– Je ne l'espérais pas. T'inquiètes pas, on te couvre. Contente-toi de surveiller nos arrières.

Le trio (ou plutôt le quatuor) déambula à travers les grilles anti-évasion que Zomiel avait déjà partiellement ouvertes, jusqu'à la cellule-dortoir. Le couloir était toujours désert, heureusement. Ils s'engagèrent dans celui qui menait vers la sortie. Après quelques virages et quelques grilles désactivées, ils arrivèrent à la dernière ligne droite. Les grilles étaient trop nombreuses pour Zomiel qui parvenait à peine à encore supporter Nico.

– Il faut qu'on fasse une pause…

– On a pas le temps, écoute !

Zomiel tendit l'oreille. Des explosions à intervalle régulier avaient lieu. Soudain, Zomiel entendit la voix de Chaigidel dans sa tête. Elle grimaça.

– *Je t'avais promis que tu ne sortirais pas d'ici vivante. Tu défierais ton propre destin, Zomiel ?*

– Le destin, c'est comme les sous-vêtements : ça se change, connard ! répliqua Zomiel à voix haute d'un ton hargneux.

– *Tu as prêté un serment, et je veillerai personnellement à ce que tu le respectes.*

– À qui tu parles ? s'inquiéta Loki.

– Personne, t'occupes. On rentre dans cette cellule juste pour boire un coup et souffler un peu.

Sans attendre sa réponse, elle joignit le geste à la parole, se servant du pass de Balczarek pour l'ouvrir. Heureusement, elle était vide. Zomiel emmena Nico jusqu'au fond de la cellule, et l'aida à s'appuyer au mur le temps qu'elle buvait un peu.

– Tu devrais boire un peu. Il fait horriblement chaud ici. Je crois qu'ils cherchent à nous rendre fous en nous déshydratant.

– Mouais, hésita Loki. Ou ils établissent les conditions idéales pour qu'une éventuelle maladie lâchée dans les voies d'aération se développe rapidement….

Cependant, il glissa le vieux gardien sur la chaise longue au centre de la cellule, et soupira de soulagement. Le temps qu'il boive au robinet, Zomiel ressortit son bout de métal, et se mit à graver des runes un peu partout sur ses bras, qui se retrouvèrent rapidement couverts de sang malgré la délicatesse de ses entailles. Nico observait ce qu'elle faisait d'un air attentif. Soudain, il lui fit signe de lui donner le bout de métal. Elle termina sa rune et s'exécuta, curieuse. Il lui fit signe de tendre son bras gauche, et elle obéit à nouveau. Il lui traça alors sur le dessus du poignée un glyphe qu'elle n'avait jamais vu et d'une grande complexité, et à une vitesse impressionnante.

– Ça sert à quoi, ça ?

Iru-vćta śesam źı futhark tphk hımnıkćache. Ruru chupśȷeqam, mıcpıka elań vchurınıśeı, śete.

– … Pourquoi je demande, moi ?

Zomiel alla voir dans le couloir. La voie était encore libre, alors elle fit signe aux autres de la rejoindre. Loki fit mine d'aider Nico, mais celui-ci refusa son aide, et s'aida des tuyaux au mur pour avancer. Il récupéra alors Argon sur la chaise.

Dans le couloir, Zomiel se tourna vers les grilles. Elle claqua ses avant-bras l'un contre l'autre devant elle. L'onde de choc qui émana d'elle fut si puissante qu'elle fut projetée en arrière. Toutes les grilles furent arrachées, et la voie en majorité dégagée. Au bout du couloir, devant la grosse porte soudée par Héphaïstos, était entassés les barreaux déformés par le souffle. Le son métallique résonna encore quelques longues secondes. En essayant de se relever, Zomiel chancella, retomba à quatre pattes, et vomit du sang. Loki alla l'aider, mais elle se releva seul, lui faisant signe de rester en arrière.

– Wow. S'ils savaient pas où on allait, là ils n'auront plus aucun doute.

– Ils le savent déjà. Chaigidel "l'Omniscient", c'est pas un titre en l'air, il lui suffit de se poser une question pour en avoir déjà la réponse.

– Gé-nial. On va tous crever.

– Gnagnagna ! Passe devant, Loki, je te couvre !

– Ça, ça me va !

Loki se précipita vers la porte, posa Argon, et entreprit de dégager la porte en dégageant les barreaux à mains nues. Zomiel entendit ses bruits de pas, et alla jusqu'à l'angle du couloir suivant pour les affronter.

Quelle insulte ! Chaigidel n'avait même pas envoyé un de ses lieutenants. Parmi ceux qui venaient la tuer, il n'y avait ni Vigrid, ni Héphaïstos, ni même l'homme-insecte. Mais ils étaient cinq. Celle qui marchait devant, une grande blonde couverte de tatouages non-runiques leur fit signe de rester en arrière, et s'avança dans le long couloir d'un pas ferme. Zomiel souffla sur une des runes et tendit le bras en avant. Une petite onde de choc en surgit. La blonde l'esquiva en se baissant, et se relevant, posa deux doigts sur sa tempe.

– Psychomancienne ! s'écria Zomiel.

Elle dressa ses barrières d'occlumancie aussi vite qu'elle le pouvait. Mais ses défenses furent pulvérisées, et elle se mit à hurler de douleur, tandis que la blonde continuait d'approcher.

Soudain, Zomiel sentit une main sur son épaule, et la douleur reflua d'un seul coup. Levant les yeux, elle vit Nico qui s'appuyait sur elle, plus pour lui que pour elle d'ailleurs. Il leva lentement sa main vers la blonde.

– Je reconnais que t'es un puissant occlumens, mais tu n'as aucune chance contre Boudihillia !

– … Mais vous avez tous des noms de dieux ici ?! grogna Zomiel. C'est complètement débile !

Dzańzu, theduńqzaı, répondit Nico d'une voix posée.

Il tendit le doigt, et s'écria comme s'il jetait un sort avec une baguette :

Nachfeı tk vıvıpuru !

"Boudihillia" se mit à hurler, et tandis que son corps s'affaissait sur lui-même comme s'il se ramolissait, le sang jaillissait de ses orifices comme des geysers.

– T'as fait quoi ?! s'horrifia Zomiel, ne pouvant dégager le regard de l'immense flaque de sang.

Nachfeı tk vıvıpuru, répéta Nico. Ph evıvıpuru pichakumeńl duȷc nach, *ha ha ha* !

Au bout du couloir, les quatres larrons reprirent leurs esprits. Tandis qu'un s'enfuyait (pas par lâcheté, un comportement qu'on ne rencontrerait pas facilement ici, même si Loki n'était pas des plus courageux : non, il allait chercher du renfort), les autres se précipitèrent vers eux.

Zomiel n'eut jamais l'occasion de découvrir leur pseudonyme divin ou le don particulier qui leur avait valu leur place ici. Nico baissa un peu le bras, et jeta un autre sort :

Ph ıwadudza śesam śl.

Sous les pieds des prisonniers, le sol sembla se liquéfier d'un seul coup, et il coulèrent. Le dernier, qui avait dû réagir plus vite en voyant ses acolytes couler, avait déjà presque réussi à remonter à la surface quand le sol redurcit à nouveau, ne laissant dépasser que son avant-bras et le sommet dégarni de son crâne. Ses doigts crispés s'agitaient doucement.

– Wow. Je comprends maintenant ce que voulais dire le grand idiot, quand il m'a averti qu'il ne faut surtout pas te laisser parler… Tu fais ça comment ?

Weredu. Luń eczulathańczuńczdph ksuzqaȷucph. Zelp uqa ufupuquńczdph !

– Faudrait que t'essaies le français, un jour. Je parierais que c'est vachement plus facile que ton truc… peu importe de quoi il s'agit.

Uza pikpam Aczu Śavnecze, ph vuqelıa tphk hımnıkćache.

– Je vois. Bon, on y va ?, conclut-elle en se relevant, et en passant le bras de Nico autour de ses épaules.

En se retournant vers la porte, Zomiel se rendit compte que Loki et Argon avaient disparu. Elle haussa les yeux au ciel, et avertit :

– Hé, c'est bon, ils sont partis, inutile de te cacher !

Le couloir vacilla, et l'illusion se brisant, Zomiel put voir qu'il était toujours là, et que la porte était presque dégagée.

– Comment t'as su que j'étais toujours là ?

– Tu veux dire, hormis qu'il n'y a aucune issue et que tu es incapable de forcer cette porte ?

– Gnagnagna.

Zomiel lui tira la langue, puis sourit brièvement avant de reprendre son sérieux.

– Bon, on l'ouvre comment, cette foutue porte ?

Lıduȷc drflasasefuńśu ru. Usze zawe fupuczuśu ruru ! répondit Nico.

– … Ouais ok, on fait comme ça.

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Eh voilà ! Dans le prochain chapitre, on reprend exactement où on en était pour les deux derniers, et après une petite ellipse pour Thomas. Ça ne sera pas le premier (je crois), mais en tout cas un des seuls où on ne verra ni Mathis, ni même Beauxbâtons. J'essaierai de ne pas être en retard, cette fois-ci

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Maintenant, parlons des choses sérieuses. Cette langue que parle Eletheńq Nıkćachıśulı, alias Nico (parce que j'aurais pas eu droit de mettre Nico Di Angelo dans le Multivers, na !), s'appelle comme il le dit à la fin : Aczu Śavnecze. La signification de ce nom, ainsi que de celui de Nico et de quelques rares mots dans ce chapitre constitueraient un spoil. Pour le reste, une liste de traductions sera mise à disposition sur le wiki, qui sera également agrémenté au fur et à mesure de fiches de grammaire sur l'AŚ (en priorité : la prononciation), comme vous pourriez en trouver pour les langues naturelles sur Wikipédia.

Voilà, concrètement ce que je fais : je crée des langues pour qu'elles soient utilisées dans des histoires fictives, par moi ou d'autres auteurs. Ma première cliente a été très satisfaite. Si vous connaissez Elaia, vous pouvez lui demander de vous en dire plus. Moi, pour des raisons légales, je n'en ai pas le droit (en lui vendant sa langue, je lui en ai entièrement cédé les droits en même temps).

Histoire de ne pas vous laisser entièrement bredouille, je vais vous la présenter. Vous pouvez passer entièrement ce pavé, et d'ailleurs vous devriez avant de reviewer, sinon vous allez oublier ce que vous vouliez dire…
L'Aczu Śavnecze (prononcez "atchou chlavnétché") est une langue à priori, soit entièrement inventée, dont la grammaire et une bonne partie des sons (= la phonologie) sont basés sur une vieille langue d'Italie, l'Étrusque. Le reste de sa phonologie est soit tirée du Polonais, soit ajoutée pour compléter certaines "paires".
C'est une langue flexionnelle-fusionnelle, exactement comme le français, avec une légère tendance à l'agglutination (comme en français aussi, mais sans les traitsdunion). Et comme le français, l'ordre normal d'une phrase est Sujet-Verbe-Objet (SVO), et on met l'adjectif avant le nom qu'il qualifie. En revanche, on met toujours l'adverbe après le mot qu'il modifie. C'est perturbant très, hein ?
Ça vous semble familier ? Voilà que ça devient intéressant…
L'alignement morphosyntaxique est de type austronésien. Dans les alignements les plus communs, le mot le plus important est déterminé selon le rôle qu'il joue dans la phrase. Dans une langue accusative, comme le Français, c'est l'agent, celui qui effectue l'action. Dans une langue ergative, comme le Basque, c'est le patient, celui qui subit l'action. Dans une langue austronésienne, en revanche, comme le Phillipin, c'est le mot qui porte le déclencheur, le trigger, qui est le coeur de la phrase. Ça peut même permettre de changer le sens d'une phrase rien qu'en changeant le déclencheur (qui consiste souvent en une seule lettre) de place. Ça serait comme si en français, on pouvait savoir que dans la phrase "le loup mange le Mouton", on veut parler de ce qui est arrivé au mouton et non de ce que le loup a fait (et non, ce n'est pas le cas dans "le loup mange le mouton". Là, on parle bien de ce que le loup a fait, en précisant qu'il a mangé le mouton et non un autre animal). On utiliserait plutôt "le mouton a été mangé par le loup", mais c'est vachement plus compliqué que de déplacer une seule lettre, hein ?
Comme le latin, c'est une langue qui se décline. Il y a l'actif (équivalent du nominatif, absolutif, accusatif ET ergatif dans une langue austronésienne, soit la super-forme de base), le génitif (l'appartenance, comme le 's en anglais), et cinq différents locatifs selon votre interaction avec le lieu concerné.
Comme l'étrusque, et c'est quelque chose de très rare (donc intéressant) : les temps utilisés pour conjuguer sont déterminés par rapport non pas à un point précis dans le temps (hier soir, j'ai mangé des pâtes), mais par rapport à l'information implicite de la phrase (j'avais mangé des pâtes puis je me suis couché).
Enfin, comme vous l'aurez remarqué, son écriture semble assez compliquée. Cependant, elle reste bien plus simple que le français, l'orthographe le plus difficile du monde ! Alors, comme vous avez eu la chance de grandir francophone, vous n'aurez aucune difficulté à le lire couramment très rapidement. Au moment où vous lisez ces lignes, l'article du wiki sur la prononciation de l'Aczu Śavnecze est déjà disponible, ainsi que la traduction de toutes ces répliques (si vous voulez vous spoiler un peu !).

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PS : je vous rappelle que le sondage pour choisir qui de Rosa restera l'an prochain est toujours en cours à l'adresse goo*gl VDmPdU.