Hola hola olé, mes ornithorynques de guerre, et mes caribous du chaos (et Allan, le castor ninja) ! Ça faisait longtemps, mais vous savez ce que c'est… les vacances, la dépression de l'été, la chaleur faisant fondre toute motivation… Bref, me revoilà, avec du lourd, et déjà de quoi écrire la suite… et fin ! Encore 3, maxi 4 chapitres après celui-là, et le tome 4 sera fini. Et j'ai toute l'histoire restante en tête !
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Dans le chapitre précédent, le cercle parfait de Mathis éclatait de toute part, des nouvelles bestioles sortaient de la Faille, et l'instinct de survie de Zomiel prenait le dessus, la poussant à faire évader un des pires prisonniers du complexe (le second, en l'occurence) : Apocalypse.

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Raiponce (la princesse au nom chelou) :

Hello Andouille (la charcuterie, pour ceux qui l'ignorent) ! L'écosystème extrafaillen (nouveau mot de ce chapitre) est assez riche, comme le nôtre, donc il y en aura d'autres. Mais on a déjà eu une bonne sélection, là, il y aura recyclage tout de même.
Aaalors ! l'arbre généalogique des Lupin ! Faudra que je fasse une page pour eux sur le wiki (tiens, dès que j'ai posté, je la fais, parfait ! En plus, la déclaration qui va suivre fera office de source pour le wiki).
Mais en gros voilà : un·e Lupin a eu deux fils avec un·e écossais·e (j'ai pas encore déterminé qui est qui), Arcadus et Lyall Lupin. Quand les parents se sont séparés, les frères l'ont été aussi. L'aîné est resté en France, tandis que le cadet partait en Écosse. Ce dernier, Lyall, a eu un fils avec la moldu Esperance Howell : Remus Lupin. L'aîné, Arcadus, a eu deux enfants avec une sang-pure française : un garçon et une fille. Le garçon, c'est le père de Juliette Lupin-Hastier, la femme d'Arthur et belle-soeur de Camille. La fille, c'est Joséphine Lupin, alias Zomiel. Donc Zomiel et Remus sont cousins germains.

Bon retour parmi nous, MissHiwatari. En toute objectivité (*hum hum*) d'auteur, je suis entièrement d'accord avec toi. Nilüfer a surréagi sous le coup de la colère, mais c'est Erwin qui l'a sciemment poussée à bout, et n'est jamais intervenu face à la peste Amarienne.
Oui, Nil est à la Giraglia, mais son bâtiment est relativement à l'écart du complexe, elle est dans la section faible sécurité donc on ne laisse pas les prisonniers dangereux y accéder. Mais elle n'est à l'abri de rien !
L'élixir n'a affecté que ce qu'il a touché, et non, même quand tu te noies, il n'y a pas d'eau qui rentre dans ton crâne. Il a toutes ses facultés mentales, sait encore marcher et parler même s'il a un peu de mal parce que son corps ne suit pas facilement. Mais imagine un bébé tout chauve et édenté, mais avec une peau brillante comme du verre et à l'échelle d'un adolescent. Ce n'est pas un problème physiologique qui l'a fait changer d'école, mais la honte. En Allemagne aussi, il risque les moqueries, mais là-bas, se moquer d'un sang-pur sans en être un est passible de mort, donc…
Je suis vraiment désolé de te décevoir, c'était prévu pour ce chapitre en troisième partie, mais les deux autres ont été plus longues que prévues, alors j'ai reporté l'arc de Thomas au prochain. Mais promis, je commence le prochain par une longue partie sur lui !
Aurora est mélancolique. Nil est maussade. Les deux reviendront en temps voulu avec une retrospective.

Et enfin, mon cher Allan Eddem, qui débarque du fond des âges aussi !
Attends, tu me dis que Damian Angeville, celui sur qui on a un OS sur le compte Multivers Parfum-Potter, est le fils du chef du VOODOO, les services secrets magiques américains ?! (ma question réthorique n'est pas du tout une pub cachée)
T'imagines même pas à quel point Arnaud est réel…
Thomas est la badassitude incarnée. Aucun doute là-dessus !
Le niveau demandé dans les concours extrascolaires est souvent supérieur à celui enseigné. C.f. le Kangourou des Maths ou le Big Challenge en France.
Et tu le trouveras encore plus quand je mettrai une capture d'écran de Skyrim comme illustration de l'article :maniacal:
La bestiole de la prison, c'est un subtil mélange entre un Ra'zac de l'Héritage, et d'un Médecin de l'Horreur de Teen Wolf.
Des mooooonstres. Un plus que l'autre. Je dis pas lequel. Devine.
Et oui, vraiment. C'est tout con, un emprunt : ils rencontrent des gens qui ont un mot précis pour un truc qu'ils ne connaissaient pas / se foutaient de différencier, et paf, ils gardent le mot, l'adaptant plus ou moins à leur langue.

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Dans ce chapitre la suite directe de la tentative d'évasion de Zomiel… et la suite directe de la tentative de stopper les héliopathes devant la Faille. Dans cet ordre. Parce que j'avais envie. Et même, léger retour en arrière pour la beauté du geste.

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14) L'évasion du siècle

– Bon, on l'ouvre comment, cette foutue porte ?

Lıduȷc drfasasefuńśu ru. Usze zawe fupuczuśu ruru ! répondit Nico.

– … Ouais ok, on fait comme ça.

Nico haussa les yeux au ciel, et lui fit signe de se pousser.

Ph ısruch śesam chas.

La porte se mit à onduler, comme une illusion en train de se dissiper. Il passa à travers.

– … Wow, lâcha Zomiel.

– T'es sûre que c'était une bonne idée de le libérer, celui-là ? grinça Loki.

– C'est pas le moment de se poser ce genre de questions ! répliqua Zomiel. Allez, viens !

Elle traversa la porte à son tour. La sensation était étrange. C'était comme passer à travers une toile d'araignée. La sensation persistant, elle se frotta le visage. Loki surgit à son tour, et ébouriffa ses cheveux châtains, souriant jusqu'aux oreilles.

– J'ai compris, mec ! Ton truc, c'est de changer la texture de la matière !

– Ta phrase ne veut pas dire grand-chose, ricana Zomiel.

– Je suis sûr qu'il m'a compris, lui.

Nico fit un geste nonchalant de la main, et la porte arrêta d'onduler. Loki tenta de passer à nouveau sa main à travers. La porte était à nouveau solide.

– Incroyable ! Alors c'est bien ça, tu avais gazéifiée la porte ?

Śȷe. Uqa fupuquńczdph ? répondit Nico, l'air impatient.

– Attends, je veux juste comprendre un truc, intervint Zomiel. Et trouve un moyen pour que je comprenne ta réponse. Comment tu arrives à comprendre parfaitement ce qu'on dit, alors que tu ne maîtrises visiblement pas notre langue ?

Nico réfléchit longuement. Sa bouche tressautait de temps en temps, comme s'il cherchait ses mots. Enfin, il répondit, avec un accent extrêmement prononcé :

– Tou pa'les, tou penses. Y'écoute les môts, non.

– Tu lis dans nos pensées quand on parle ? comprit Zomiel. Ou un truc dans le genre ?

Śȷe. Śe chać ıtarure.

– Mouais, faudra que tu m'apprennes ton truc. En attendant, on sort d'ici comment ?

Zomiel se tourna vers Loki. Celui-ci portait maintenant un costume de gardien, similaire à celui . Il recoiffait ses cheveux en arrière, le même sourire d'autosatisfaction aux lèvres.

– T'es métamorphomage, non ?

Zomiel comprit. Elle reprit l'apparence de Balczarek, et Loki changea l'apparence de ses vêtements en uniforme.

– Tu peux tenir l'illusion suffisamment longtemps ?

– Tant qu'on ne me fait pas courir, je peux tenir jusqu'à la sortie, assura Loki.

– Et lui, on fait quoi ? Avec sa tête de lutin géant, il faudrait un miracle…

Eletheńq Nıkćachıśulı sourit, et Zomiel eut un frisson dans le dos. Plus jamais elle ne voulait voir ça, tant ce fut horrible !

Duȷc drfwewańlkam eza.

Et il disparut.

– Merde, il nous a planté ?! s'écria Loki.

Adać, assura un Nico totalement invisible, qui n'avait pas bougé d'un centimètre.

– Ça me va, conclut Zomiel. On y va ?

Au début, ils progressaient rapidement. Malheureusement, Zomiel se rendit compte que Nico redevenait perceptible quand il bougeait : il n'était en fait pas invisible, mais un caméléon presque parfait. À chaque fois qu'ils croisaient une patrouille, il devait se figer en espérant ne pas avoir été vu. Ce qui ne suffit pas.

Alors parvenus au rez-de chaussée, prêts à rejoindre le bâtiment principal, le trio croisa un bataillon d'intervention. Ils passèrent d'abord à côté d'eux en courant au pas, avant que leur chef leur ordonne de s'arrêter et fasse demi-tour.

– Vous deux, vous êtes de la section A-0 ! Qu'est ce que vous fichez là ?

– Nous avons fini notre journée, nous rentrons, assura Zomiel.

– Le bâtiment est en confinement depuis trois heures ! répliqua le capitaine. Vous auriez dû être coincés à l'intérieur !

– …

– … Ouah, le temps passe vite ! s'exclama Loki. Tu vois, Balczarek, je t'avais bien dit qu'on perdait la notion du temps, quand on regarde les goélands depuis la salle de pause !

– Euh, ah ouuui ! T'avais raison, je te dois une bièraubeurre…, soupira exagérément Zomiel.

Ce Loki mentait vraiment mieux qu'elle.

Le soldat d'intervention les toisa avec suspicion, et fit mine de repartir. Mais au dernier moment, il se retourna vers Loki, et fronça les sourcils :

– Votre visage ne m'est pas inconnu. Nom et matricule !

– Bien sûr que vous m'avez déjà vu, je travaille au sas du A-0, c'est moi qui active les passages !

– NOM ET MATRICULE, GARDIEN ! ordonna brutalement le soldat.

Loki fit un pas en arrière, faisant mine de lever les mains en signe d'appaisement. Mais le soldat avait déjà attrapé son arme de poing, et la pointait vers Loki.

– TOURNEZ-VOUS FACE AU MUR ! BRAS ET JAMBES ÉCARTÉES !

L'ordre provoqua deux évènements, et l'obéissance des évadés n'en faisait pas partie.

Le premier, c'est que Nico choisit de se manifester à ce moment-là en brisant la nuque du soldat à mains nues.

Le second, c'est que les soldats encore au garde à vous furent alertés par le cri. Et si la certitude qu'ils aient vu Nico n'était pas établie, ils virent leur capitaine s'effondrer au sol, la nuque tordue à 130 degrés à gauche.

Ils sortèrent tous leurs fusils d'assaut, se disposant en peloton d'exécution. L'accès était totalement bloqué, et ils ne risquaient pas de se tirer l'un sur l'autre. Malheureusement.

Zomiel avala de travers. Elle leva lentement ses mains, et lâcha d'une voix peu assurée :

– C'est pas moi, je vous jure !

– LA FERME ! cria un petit nerveux aux cheveux roux, probablement le second (tragiquement promu capitaine). Contre le mur !

Zomiel entendit à nouveau cette même phrase, qu'elle ne comprenait pas mais dont l'issue lui glaçait d'avance le sang…

Nachfeı tk vıvıpuru !

La voix de Nico provenait de sa droite. Il avait traversé le large couloir pour avoir un meilleur angle d'attaque.

Les soldats tombèrent presque tous en même temps à genoux, se ratatinant comme des outres qui se vident tandis que sang et entrailles jaillissaient de leur bouche en geyser. En moins de cinq secondes, les neuf soldats restants du bataillon étaient morts.

– C'est vraiment dégueulasse, ce truc ! commenta Loki.

Weredu. Uqa fupuquńczdph ph ksuczıńqaf-vćta ! proposa Nico.

– Ouais, ça je comprends ! s'exclama le prisonnier. Foupouquons-nous d'ici et fissa !

– Excellente idée, confirma Zomiel.

Elle recula, prit son élan et bondit par-dessus la mare de sang. Elle portait un tatouage de portée accrue, et au moment où elle se sentait retomber dans la mare de sang, un charme de vent la propulsa en avant. Elle sortit son stylet et se grava une rapide rune de sang sur le bras pour faire traverser Loki de la même manière.

– Nico, t'es là ? appela-t-elle. Je ne peux pas te faire passer si je te vois pas !

Rańmsunfeı, répondit sa voix grave juste derrière elle, la faisant sursauter.

– Ça va pas la tête ?! Me fais plus jamais un coup pareil !

Dzańzu…

– Ouais ouais, c'est ça ! Allez, on y est presque !

Le trio continua son chemin d'un pas ferme. Ils croisèrent un second bataillon, qui ne s'arrêta pas : ils s'étaient suffisamment éloignés de la zone en alerte.

Mais soudain, ils entendirent des éclats de voix.

– Le sang ! comprit Zomiel. On court !

– Je ne pourrai pas tenir l'illusion des uniformes, et ils vont voir Nico ! répliqua Loki.

– Pas le temps, plan B !

Elle se mit aussitôt à courir, sans vérifier qu'elle était suivie. L'illusion de Loki fut aussitôt brisée, et elle en profita pour se retransformer, gagnant en vitesse ce qu'elle perdait en force. Mais malgré cette accélération, elle vit la silhouette vacillante d'Apocalypse arriver à son niveau. C'était une perception étrange, comme si le couloir essayait de la suivre.

– C'est… quoi… le plan B ? haleta Loki, qui n'était visiblement plus habitué à courir, depuis sa détention.

– On fonce dans le tas et on sort en force ! répondit Zomiel d'une voix parfaitement stable.

– Ah ! ça… ça m'plaît !

Elle sortit son stylet de la poche, et se mit à tracer des tas de symboles sur ses bras déjà lacérés, qui se mirent à dégouliner de sang. Puis elle s'en traça un différent sur la nuque, plus simple mais plus profond. Le sang qui en coula tacha le col gris de sa tenue de prisonnier, qu'elle avait passée alors qu'elle était dans la peau du faux SDF.

Une aura bleutée s'intensifia autour d'elle, et une forte odeur d'ozone emplit l'air. Nico fit une remarque qu'elle ne releva même pas. À quoi bon ? Elle se mit à accélérer à une vitesse inhumaine, sa nuque la brûlant : la rune de célérité se consumait à une vitesse bien trop dangereuse pour son système nerveux central.

Parvenue à la double porte séparant le couloir de l'entrée, elle le ralentit même pas. Elle frappa des mains, et les portes volèrent en éclat. Toute une armée de soldats attendaient dans le hall avec des armes automatiques. Ces armes étaient similaires aux armes à feu moldues, mais conçues pour ne donner aucun avantage aux manciens. Elles étaient fabriquées dans un métal alchimique inerte et non magnétique, et les protectiles étaient propulsés par une réaction chimique qui n'impliquait pas la moindre étincelle. La peinture paramagie et les balises faisaient le reste du boulot.

Mais Zomiel s'en moquait. Elle n'avait ni besoin d'énergie naturelle, ni même de sa baguette. Elle était son propre canaliseur de magie.

Elle bondit à près de trois mètres de haut, et déclencha sa fureur. Une puissante onde de choc désarma et destabilisa la plupart des soldats.

Certains commençaient à se relever ; mais ce n'était pas une simple onde de choc : Zomiel venait d'ioniser la totalité de la pièce. Toujours flottant à mi-hauteur de la pièce, elle déplia ses bras dans un geste théâtral, et des éclairs bleutés jaillirent de son corps dans toutes les directions. La plupart se perdaient dans les murs absorbants, mais ceux qui touchaient un soldat se propagaient à un autre, puis un autre, en chaîne. L'odeur de chair brûlée était de plus en plus insupportable.

Puis, aussi soudainement qu'elle était apparue, l'aura bleutée de Zomiel disparut, et elle se mit à chuter vers le carrelage immaculé. À l'impact, sa jambe produisit un horrible craquement, mais Zomiel ne hurla pas de douleur.

Elle avait déjà perdu connaissance.

Pendant ce temps, dans le couloir, Loki atteignit la porte au moment où Zomiel provoqua l'onde de choc. Il fut propulsé en arrière, et lorsqu'il fit mine de se relever, il sentit dans son dos une poigne puissante qui le retenait au sol.

– Tu fais quoi, vieux ?!

Nico ne prit même pas la peine de répondre. Les éclairs jaillirent soudain, et Loki eut soudain envie que l'être invisible le plaque au sol encore plus fort.

Quand les éclairs se turent, ils entendirent clairement le bruit de la jambe de Zomiel qui se brisait. Nico lâcha Loki, et redevint visible, tandis qu'il se précipitait vers le hall.

– Ouais, c'est ça, merci de m'attendre ! grogna Loki, en se relevant.

Dans l'entrée, il fit le cercle de cadavres carbonisés. Celui de l'hôte d'accueil était encore assis à son bureau, les bras levés dans une attitude de défense. Au centre du cercle, Zomiel était sans vie. Elle était couverte de sang, et la fracture ouverte de son tibia droit n'arrangeait pas le tableau.

– Elle est encore en vie ?

Azse vızeńc, śȷe.

– "chié", ça veut dire oui, ça ! C'est une bonne nouvelle, alors !

Nico hocha la tête d'un côté, et Loki ne sut si c'était sa version d'un acquiescement ou d'un haussement d'épaule. Lui haussa franchement des épaules.

– Bon bah c'est cool, elle nous a sorti de ce bordel. Moi, je me tire avant que la cavalerie débarque.

Il avait fait à peine un pas que Nico l'attrapa par l'épaule, la broyant dans une poigne titanesque. Loki gémit de douleur, mais le regard de ténèbres de son compère de fuite lui coupa toute envie de verbaliser sa plainte.

Fe ph sećmesıs fupuquc lıkuzańmdu rcz ph erıszaı ! gronda celui qui portait de mieux en mieux son titre d'Apocalypse.

– D'accord, d'accord, je vais la porter ! couina Loki.

Apocalypse lui lâcha l'épaule. Loki la massa douloureusement, et alla ramasser Zomiel. Elle était si légère, et le sang qu'elle avait déjà perdu aidait.

– Elle va avoir besoin de soins d'urgence, fit-il remarquer. On va où ?

Apocalypse ne répondit pas, lui faisant signe de le suivre. Ils n'avaient que quelques secondes supplémentaires de répit. Au moment de sortir, Loki se retourna pour adresser un doigt d'honneur à la caméra de surveillance.

Il courut avec peine vers l'aire de transplanage, manquant de trébucher sur une pierre plus d'une fois. Lorsqu'il arriva au cercle, quatre hommes agonisants étaient à moitié fusionnés avec la roche. L'arrière-garde. Pas de bol pour eux.

Apocalypse attrapa son épaule douloureuse, lui tirant une grimace. Il posa son autre main sur l'épaule de Zomiel, et prononça un simple mot :

Zuńmr.

Ils disparurent.

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Le plan de Luna Lovegood n'avait pas fonctionné. Ils étaient parvenus à contenir les héliopathes jusqu'à la tombée de la nuit, mais si l'absence de soleil les avait affectés, ils n'avaient pas dépéri comme espéré. Ils s'étaient simplement arrêtés, leurs flammes virant au bleu, et semblaient attendre leur heure. Aucun sort ne parvenait à les affecter.

– Ces salauds dorment ! avait déploré Navajas. On les canarde comme des marchands de volailles, et ils dorment !

C'est Rolf Scamander qui leur donna accidentellement la première piste. Il suggéra de contacter un expert en magie du feu, puisque les créatures ne réagissaient pas à la magie noire. Sérène envoya un patronus à l'archipyromancien Atraxi Romanecz. Le petit renard partit en courant dans les airs. Mais là où il survola l'armée d'héliopathe, il laissa une traînée orangée dans son sillage.

– Il s'est passé quelque chose ! fit remarquer inutilement Luna. Expecto Patronum !

Un petit lièvre de lumière se forma au bout de sa baguette. Elle l'envoya gambader autour des héliopathes. Tout ceux qu'il approchait se mettaient à brûler comme en plein jour, et se mettaient en mouvement. L'un d'eux parvint à toucher le patronus, qui explosa. Il put alors avancer d'une dizaine de mètres, avant de retomber dans sa catatonie bleutée.

Quand le patronus avait explosé, Luna avait manqué de s'évanouir. Rolf se précipita pour la soutenir. Sérène, elle, resta dans la pénombre, réfléchissant.

Et soudain, elle eut une idée. Une idée tellement insensée qu'il lui faudrait l'autorisation de sa hiérarchie.

– C'est hors de question, répondit sèchement Arcadus Lupin.

– Mais enfin, chef, ils réagissent positivement aux patronus ! C'est logique !

– Depuis quand des créatures extradimensionnelles constituées de feu et immunisées à la magie et à l'eau répondent à la moindre logique terrestre ? fit remarquer Navajas.

– Ah, la ferme toi !

Le colosse lui tira puérilement la langue.

– Tu es insensée, asséna Lupin. Tu imagines la difficulté de les rattraper, après ça ? Le danger que courent et nos hommes, et les riverains ?

– Ils ne peuvent pas passer la barrière magique, eux, fit remarquer Sérène.

– Et on fait quoi, si des aquaviri débarquent et ouvrent une faille ? On a encore abattu un alpha il y a quatre jours !

– Une femelle, corrigea Sérène.

Lupin grogna le peu d'intérêt qu'il portait à cette précision.

– Chasseuse Castle, il est hors de question que nous lâchions des détraqueurs ici pour tester ta théorie farfelue !

Sérène fronça les sourcils.

– À tes ordres, Chef Lupin. Mais tu fais une erreur monumentale.

– Et je l'assumerai le cas échéant. Fous le camp, maintenant !

Sérène sortit de la tente de commandement en furie, déchirant un morceau de toile.

– Elle va faire une connerie, prédit Cecilio Navajas.

– J'en suis persuadé. Humph… Je vais demander à Cook de la raisonner. Pour une raison qui m'échappe totalement, elle l'écoute, lui.

– Moi ce qui m'échappe, c'est pourquoi ce ricain se fait appeler "l'Allemand". Il est aussi allemand que vous et moi !

Lupin répéta son grognement de mépris.

Dehors, il faisait toujours nuit noire, bien que diverses sources de lumières tentaient vainement de percer l'obscurité de la Fosse des Loups : la lueur constante de la Faille, les flammèches des héliopathes, les quelques lanternes magiques et les lumières du camp, qui avait été déplacé une centaine de mètres en aval.

Caché dans l'ombre d'un rocher, l'Allemand héla Sérène.

– Alors, il a dit non, devina-t-il.

– Ce vieil ornithorynque mal léché n'a pas la moindre confiance en moi ! s'agaça la jeune Castle. Depuis que ce griffon m'a attaqué, il me prend pour une gamine irresponsable !

– Et tu n'es pas une gamine irresponsable en train de bouder.

– Gnagnagna ! Va te faire…

– Fais-le, l'interrompit-il.

– Quoi ?

– Je sais que tu gardes un détraqueur dans ta ménagerie. Amène-le ici, je t'aiderai.

– Comment tu sais que… Tu nous espionnait ! s'offusqua Sérène.

– Je suis un espion, souligna Cook, en s'approchant d'elle doucement. Déformation professionnelle.

Du bist ein sehr erbärmlich Spion, "der Deutsch".

Zum Glück für dich, ich bin ein ausgezeichneter Liebhaber !¹ sourit crânement Cook, avant de l'embrasser.

– Ton accent est toujours aussi ridicule, ricana Sérène, les bras noués sur la nuque du grand blond.

Preferisci il mio accento italiano ? Or maybe the original one ?²

– Nan. Arrête de te vanter. De toute façon tu ne parleras jamais autant de langues que ma famille possède de milliards.

– Irresponsable et richissime. Que demander de plus ?

Sérène le lâcha, et se recomposa une expression sérieuse.

– Alors c'est vrai, t'es prêt à m'aider à prouver ma théorie ?

– File aussi vite que le vent, répondit Cook.

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Sérène transplana au domaine habité par sa sœur, le "Brengletsh". Elle poussa la grille magique, qui s'ouvrit sans opposer de résistance. Un verrou de sang : simple et efficace.

Elle n'avait pas fait dix mètres qu'Orwell apparut à côté d'elle dans un claquement. Le protocole voulait qu'un elfe apparaisse toujours face à un humain, ses deux mains visibles, pour montrer à l'invité que l'elfe n'était pas envoyé pour l'assassiner. Mais Sérène, de son pas ferme, avait déjà violemment percuté plusieurs elfes ainsi, et Kallistia avait ordonné aux siens de ne pas se mettre en travers du chemin de son impétueuse cadette pour leur propre sécurité.

– Orwell va prévenir Madame votre sœur de votre arrivée, Maîtresse Sérène.

– Inutile, Orwell, je vais juste au pavillon de chasse.

L'elfe s'inclina, et disparut dans un autre claquement. Sérène haussa les yeux au ciel ; il n'avait pas écouté un traître mot de ce qu'elle venait de dire. Confirmation eut-elle quand sa sœur transplana à ses côtés.

– Sérèèène, ma très chère sœur ! Que nous vaut l'honneur de ta visite si tardive ?

– Salut Kalli. Désolée, c'est pas toi que je viens voir.

– Charmante, comme toujours ! se hérissa l'aristocrate. Et puis-je savoir qui mérite tes faveurs plus que ta propre sœur ?

– Pas de faveur, c'est professionnel. J'ai besoin d'Abraham Lincoln.

Kallistia eut un frisson d'horreur, et stoppa net. Mais Sérène ne fit pas mine de ralentir, ce qui l'obligea à revenir à sa hauteur.

– Je ne sais pas ce qui est le plus glauque. Que tu possèdes ta petite collection privée de créatures maléfiques, ou que tu leur donnes des noms de présidents américains.

– Richard Nixon n'est pas maléfique ! marmonna Sérène.

– C'est évident. Les sombrals sont juste des licornes incomprises, de toute évidence. Leur rapport à la mort n'est pas du tout douteux. Sérène, ça suffit, arrête-toi !

– Quoi !? s'écria un peu fort Sérène en se retournant brutalement.

Kallistia attendit un instant, la toisant avec morgue.

– Je voulais juste te faire remarquer que c'est une nuit sans lune, que le pavillon de chasse est à plus d'un kilomètre de marche, et que tu me sembles pressée, énonça-t-elle d'une voix posée. Tu ne préférerais pas que je t'y emmène ?

Sérène écarquilla les yeux. Elle passa la main sur sa nuque, l'air gênée.

– Euh, oui, s'il te plaît.

– À la bonne heure !

Kallistia attrapa le bras de sa sœur, et transplana.

Elle réapparurent au milieu de la forêt, face à un manoir couvert de lierre, qui semblait à l'abandon. Sérène alluma sa baguette.

– Je me demande tout de même pourquoi je peux encore ouvrir la grille, mais pas transplaner dans l'enceinte du domaine ! déplora Sérène.

– Parce que le Fidelitas ne relève pas de la Magie Rouge. Depuis cette attaque, nous devons rester cachés. Tu imagines, je suis forcée de me rendre chez les d'Armonval pour boire le thé avec Sulla. Sa décoration néo-baroque rénallienne est ééépouvantable.

Sérène secoua la tête en faisant la moue.

– Que Merlin te soulage de tes problèmes d'aristo, ma pauvre vieille !

– Si tu cherches à m'agacer, continue comme ça.

– Rhooh, ça va, Madâââme.

– Tu as besoin que je t'attende ?

– À moins que tu acceptes de tenir la main d'Abraham pour le faire transplaner (Kallistia se hérissa de dégoût), je vais prendre la voie des airs, merci !

– Soit. Hé bien, bonne nuit, et bonne chance dans tes projets insensés avec… cette chose. Au plaisir de te revoir dans de meilleures circonstances.

– Bonne nuit, Kalli ! Embrasse Athanasius pour moi. Avec la langue !

Kallistia souffla entre ses dents, avant de transplaner. Sérène ricana : elle adorait provoquer son aînée.

Sérène poussa la grande porte grinçante du pavillon, révélant sa présence aux créatures qui ne l'avait pas déjà sentie. Les grognements et autres chuintements se multiplièrent.

À l'intérieur du pavillon, les pièces avaient été converties en rangées de cellules, et dans la grande salle reposaient une multitude de cages. La cuisine avait été transformée en écurie pour Richard Nixon, le sombral de Sérène, et ses autres montures. Mais celui-ci était resté au camp, bichonné comme un cheval de tiercé par le Dr Lovegood.

Elle alluma sa baguette et monta à l'étage, où se trouvaient les cellules les plus sécurisées. Elle attrapa un collier de métal blanc suspendu sur un clou au mur, sans ralentir. La créature qui était dans la première cellule à gauche se jeta sur les bareaux de toutes ses forces, et le pavillon trembla, de la poussière tombant du plafond. Sérène leva sa baguette, et siffla entre ses dents. La bête couina, et recula dans la cellule en baissant la tête.

– Couché, Donald Trump !

Sérène leva sa baguette, et éclaira la créature qui se recroquevillait au fond de sa cellule. C'était un hellbound surgi de la Faille. La première créature immigrée de sa collection. Celui-ci gronda avec haine.

– Tu finiras par obéir. Comme les autres.

Elle reprit son chemin, sifflotant.

Au bout du long couloir en L se trouvait une porte en bois sombre, couverte de runes gravées. Sérène fit apparaître son patronus, et toucha les runes dans un ordre spécifique. La porte se déverouilla et pivota d'elle-même. Au-delà de celle-ci, la température était glaciale. Il y avait encore plusieurs cellules, abritant des créatures plus sombres que la nuit. Sérène ne leur prêta pas plus attention, se plantant devant la cellule la plus froide.

– Bonjour, Abraham Lincoln.

Le détraqueur flotta jusqu'aux barreaux, passant ses longs doigts griffus autour. Il adressa de ses orbites vides un regard haineux envers le renard argenté, puis jeta une onde interrogative vers Sérène. Celle-ci leva le collier.

– J'ai une mission pour toi, Abe. Je te promets tout un festin de souffrances.

Seconde vague interrogative, avec une pointe d'amertume.

– Des "héliopathes", tu connais pas. C'est des extraterrestres. Extrafaillens ? Bref. Ils carburent au solaire et aux patronus. Je suis prête à parier que tu es leur antithèse.

Le détraqueur baissa la tête vers le collier, et projeta une vague de pure amertume. Sérène cracha au sol.

– Hé, j'ai même pas le droit de t'y emmener ! Alors c'est collier de soumission ou rien !

Elle tendit le collier blanc à la main crochue qui l'attrapa. Le détraqueur attacha lui-même le collier autour de son cou décharné, avant de rabaisser son capuchon.

– Voilà qui est raisonnable ! l'encouragea sa maîtresse, en ouvrant la porte de la cellule.

Le détraqueur glissa en direction du couloir. Parvenant à la porte bardée de runes, il eut un mouvement d'hésitation. Sérène lui tapota l'épaule.

– Allez, Abe ! Ça va être fun !

La présence du patronus atténuait grandement l'aura anxiogène du détraqueur, mais les animaux dans les cages s'agitaient tout de même nerveusement. Le hellbound extrafaillen se mit à hurler à la mort, comme s'il prévenait sa meute de l'approche d'un prédateur connu. Sérène lui balança un Stupéfix au passage, sans même le regarder.

– La ferme.

Ils descendirent au rez-de-chaussée, où Sérène avait laissé la porte ouverte.

– Tu m'attends dehors. Ferme la porte derrière toi, ordonna-t-elle, avant de se rendre aux écuries.

Dans la grande cuisine, un pan du mur avait été abattu pour y mettre une grande porte de grange dont le haut avait été raboté. L'endroit était chaud et confortable, la paille fraîche, et les stalles propres. Les elfes avaient pour ordre absolu de prendre grand soin des montures de Sérène, et de se contenter de nourrir et abreuver les autres avec les restes de cuisine. Elle gérait seule leur dressage.

Dans la première stalle se trouvait un vieux griffon un peu déplumé, couvert de cicatrices, et dont l'œil gauche avait été arraché. Sérène s'agenouilla à côté de lui, et lui caressa la tête. Il l'œil droit, et le referma presque aussitôt.

– Bonsoir, George Washington, mon vieil ami. Je te laisse dormir cette nuit, on se fera plutôt une ballade quand il fera plus chaud en altitude, d'accord ?

Son regard s'attarda sur l'orbite vide, que la paupière sectionnée ne fermait plus depuis longtemps. Œil pour œil. C'est avec lui que Sérène avait commencé son étrange collection de créatures, et cette habitude de les nommer comme des présidents américains. Ce nom était parti d'une plaisanterie de jeunesse. Elle avait toujours trouvé que George Washington ressemblait à un griffon : une tête d'oiseau pour un cœur de lion.

Et puis il y avait eu cette histoire de griffon devenu fou, qui avait déjà agressé plusieurs personnes, et même tué un enfant moldu dans la forêt. Il était massif, et impossible à calmer. Impossible également de le piéger, l'équipe s'était résolue à l'abattre. Mais Sérène avait refusé de se plier aux ordres, et avait pris son balai pour essayer de capturer le griffon dans les airs, seule. Le griffon avait surgit d'un nuage, et lui avait attrapé la tête avec une de ses serres, plantant son hallux³ dans la joue de la jeune femme, avant de l'emporter. Elle s'était débattue, et si elle ne l'avait pas fait lâcher prise, son agitation avait fait glisser la griffe de la bête qui lui avait lacéré le visage de haut en bas, lui crevant l'œil gauche. Elle était parvenue à récupérer son balai avant de s'écraser au sol, et le griffon s'était enfui.

Comme le voulait la règle millénaire des Chasseurs, elle avait refusé qu'on remplace son œil par un faux œil enchanté, et avait voulu que sa cicatrice soit toujours visible. Elle avait simplement demandé à ce que sa jambe cassée soit réparée de toute urgence. Par ce geste, elle n'avait pas simplement marqué son respect des traditions, mais faisait aussi pénitence pour avoir échoué, et renonçait à toute possibilité de mariage aristocratique : elle était défigurée.

Défigurée et déterminée. Elle était partie seule à la recherche du griffon, mais au lieu de le tuer, elle était parvenue à le capturer, lui avait avait arraché l'œil qu'il lui avait volé, et l'avait dressé avec une violence inhumaine. Elle lui avait fait payer sa propre douleur et sa propre honte au décuple.

Après lui, elle avait commencé sa collection malsaine. Puisque le griffon était déchu, elle ne prendrait que des créatures déchues. Des monstres, des démons vivant au cœur des ténèbres. Mais bien sûr, ses critères étaient larges, l'innocent sombral en étant la preuve.

– Ulysses Grant, j'ai besoin de toi, mon grand !

La créature qui se leva de sa stalle et qui s'ébroua, elle, ne laissait en revanche aucun doute sur sa nature extrêmement dangereuse. À l'instar des manticores, les snallygasters étaient de redoutables prédateurs avides de chair humaine. Ces étranges créatures mi-oiseau mi-reptile étaient couvertes d'écailles impénétrables, et possédaient un bec muni de dents recourbées comme celle d'un requin. Sérène pensait d'ailleurs qu'il s'agissait plus de lèvres et de narines cornées que d'un bec à proprement parler. Peu de sorciers ayant suffisamment de connaissances en zoomagicologie avaient pu en approcher un d'aussi près sans finir dévorer pour le constater. Mais la méthode de dressage de Sérène était redoutablement efficace.

Elle claqua des doigts, et siffla entre ses dents d'une manière différente qu'auparavant. Ulysses Grant alla se ranger devant la grande porte, à l'affût, tandis que George Washington grognait mécontentement dans son demi-sommeil. La créature dans la dernière stalle, la plus grande, ne se manifesta pas. Outre que son espèce n'était pas réputée pour son ouïe perçante, et la vitre blindée qui fermait son box jouait pour beaucoup dans sa tranquillité nocturne.

Sérène lui accorda à peine un regard, avant d'attraper la selle gisant au sol. Elle l'attacha solidement autour du snallygaster. L'avant de la selle était muni d'une double poignée articulée. Lorsqu'elle la faisait pencher d'un côté ou de l'autre, une pointe émoussé appuyait sur le flan opposé de la bête, ce qui permettait de la diriger. Son long cou serpentin agile et ses dents redoutables empêchaient l'usage d'un licol. Ça l'aurait rendu moins performant en combat, de toute manière.

Sérène ouvrit la grande porte d'un coup de pied, et sauta sur le dos d'Ulysses, qu'elle talonna. Celui se précipita dehors d'une forte accélération, et prit son essor avec force. Il fit le tour de la maison, et sa cavalière fit signe au détraqueur qui les attendaient devant de les suivre. De suffisamment près pour ne pas les perdre, mais de suffisamment loin pour ne pas perturber sa monture, Sérène ne pouvant pas chevaucher et maintenir un patronus en même temps ; Abraham Lincoln connaissait la musique. Aussi étrange cela puisse paraître, c'était loin d'être la première mission du genre qu'il effectuait avec sa maîtresse.

Le trio improbable vola pendant plusieurs heures. Les deux créatures étaient extrêmement rapides, mais elles avait près d'un millier de kilomètres à parcourir.

Lorsqu'ils parvinrent enfin à proximité de la Faille, Sérène commanda à Ulysses de passer en vol stationnaire, et envoya un patronus à l'adresse de l'Allemand. Le patronus de celui-ci ne tarda pas à venir à sa rencontre. De la bouche du loup d'argent sortit la voix moqueuse à l'accent américain du grand blond :

– *Je suis de garde sur le pan Nord. Pause-toi à gauche de la Faille, sur la crète, et envoie le colis. Je te couvre.*

– Parfait, on y va les gars !

Sérène talonna Ulysses, et le fit effectuer une courbe serrée pour contourner le pic scindé où luisait la faille interdimensionnelle. Le snallygaster se posa sur la crête indiqué, ses griffes se plantant dans la roche comme dans de la cire. Sérène siffla trois longues notes entre ses dents, et Abraham Lincoln le détraqueur fonça à toute allure au-dessus d'elle, manqua de la frôler de son voile ondulant.

La créature des ténèbres fonça sur les héliopathes et se mit à aspirer l'énergie du premier. Les flammes de celui-ci s'éteignirent, et la créature s'écroula au sol. De son perchoir, Sérène la voyait à peine, mais elle avait un corps solide, noir dans la pénombre, et qui semblait creux.

Tandis qu'Abe les massacrait un par un, ceux qui étaient autour dépérissait. Ce n'était pas tant l'absence de lumière qui les faisait dégénérer, mais l'absence de chaleur !

Cependant, l'Allemand n'était pas le seul chasseur de garde, et l'alerte fut donnée. Les sirènes se mirent à cracher leur flot continu agaçant, et les spots hallogènes s'allumèrent tous en même temps, baignant le vallon d'une lumière aveuglante. Le détraqueur poussa un chuintement de douleur, et vola se réfugier derrière le grand pic. Lupin arriva en courant, et vit immédiatement Sérène perchée sur la crête avec Ulysses. Il leva son bras unique vers elle, et cria, d'une voix magiquement amplifiée :

– CHASSEUSE CASTLE ! DESCENDS IMMÉDIATEMENT !

– J'arrive, vieille gargouille…, marmonna Sérène.

Elle fit piquer Ulysses, volant en rase-motte à ras des héliopathes survivants, avant de se poser en face de son chef d'équipe. Elle sauta à bas du snallygaster, et claqua des doigts pour que celui-ci se couche. Lupin fit un signe de main derrière sa tête, et les sirènes se turent.

– Chasseuse Castle, c'est vous qui avez amené ce détraqueur ici.

Ce n'était pas une question.

– Abraham Lincoln est parfaitement sous contrôle. Il porte un collier alchimique de soumission.

– Abr… C'est une plaisanterie ?! s'écria le vieux chasseur. Tu as un détraqueur dans ton foutu zoo ?!

– C'est pas un zoo, marmonna Sérène. C'est une boîte à outils…

– Non mais tu t'entends ?! Nous sommes des chasseurs, Sérène ! Des chasseurs, pas des esclavagistes !

– C'est vrai que c'est vachement mieux de les tuer, grinça la jeune femme.

– LA FERME ! Plus un mot ! À chaque fois que tu ouvres la bouche, tu t'enfonces un peu plus ! Tu es suspendue un mois sans solde, le temps qu'une enquête approfondie soit menée ! Tu risques ta place, et plus encore, gamine. Ça valait vraiment le coup ? … Et ne t'avises pas de répondre à cette question réthorique !

– La suspension est effective immédiatement ? demanda Sérène.

– Pardon ?

– Je ne suis officiellement plus sous tes ordres ?

– En effet ! Et d'ailleurs, dégages immédiatement le terrain, civile !

Sérène sourit, et attrapa Lupin par le col, le tirant brutalement à elle.

– Alors tu vas m'écouter, espèce de vieil ingrat. Je t'ai expliqué ce qu'il fallait faire. Je t'ai expliqué pourquoi ça avait toutes les chances de marcher, et pourquoi il n'y avait aucun danger. Mais t'as rien écouté.

Lâche-moi, gronda le vieillard.

– Je n'ai pas d'ordre à recevoir de toi, tu te rappelles ? Alors oui, j'ai désobéi à ton refus stupide, et regarde le résultat : en une minute, mon détraqueur a fait plus de dégâts dans leurs rangs que tous nos hommes réunis en plusieurs heures. Et il n'a attaqué aucun chasseur. Il attend patiemment mes ordres, parce que je sais ce que je fais.

Sérène tira un peu plus sur le col de son chef, et se rapprocha pour lui chuchoter dans l'oreille.

– Alors au vu des faits, si tu intentes la moindre procédure de destitution à mon encontre, je te ferai envoyer en retraite forcée pour cause de sénilité.

Elle s'attendait à ce que Lupin se dégage violemment, et se mette à hurler, voire à l'attaquer. L'homme était réputé pour son sang chaud. Au lieu de ça, il éclata de rire.

– Ha ha ha, par les couilles de Merlin ! T'as un sacré culot, gamine ! Allez, fous le camp, et emporte ta ménagerie magique avec toi. Profites de ce mois pour aller enseigner à tes élèves de Beauxbâtons tout ce que tu as appris ici, ça ne sera pas perdu.

Sérène le lâcha, et se recomposa une expression. Elle s'apprêta à dire quelque chose, n'importe quoi, mais Lupin la coupa. Il la regardait dans les yeux, mais ne s'adressa pas à elle.

– Cook, même punition ! Un mois de mise à pied !

Il se détourna, captant au passage le regard honteux de sa disciple.

– Tessier, prévient les Argeciel qu'on va avoir besoin de renfort. Et… envoie un patronus à Weber, nous allons avoir besoin de quelques détraqueurs. Rollat, les balises !

Il croisa le sourire satisfait de Sérène. Celle-ci tenta de se recomposer une expression sérieuse, mais ses yeux étaient toujours plissés d'amusement.

– Fous-moi le camp, je t'ai dit !

Sérène sourit à nouveau, et grimpa sur la selle du snallygaster.

– L'Allemand ? appela-t-elle. Tu ramènes Richard Nixon avec moi ?

Mais il était déjà là, la bride du sombral en main. Il lui adressa une parodie de salut prussien.

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1. «– Tu es un bien piètre espion, " l'Allemand ".
– Heureusement pour toi que je suis un excellent amant !»

2. «– Tu préfères mon accent italien ? Ou peut-être l'original ?»

3. Le hallux est le gros orteil. Chez les oiseaux de proies (et les griffons), c'est un pouce opposable.


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Et… pas trop à suivre, normalement. On va les laisser un peu tranquilles. Lécher leurs plaies, et d'autres trucs au gré des envies.

Dans le prochain chapitre, on retrouvera Thomas d'un côté, Mathis de l'autre. Avec un guest prestigieux !

(PS : Merci Allan et Archae pour l'aide avec la traduction allemande !)