Mais qui est de retour ?! C'est c'est c'est… Non, c'est pas Keen'V, mais bravo si tu as la référence. Ce n'est que moi, avec pas moins que le meilleur chapitre d'ELM qu'il m'ait été donné d'écrire. Je crois qu'il va me falloir encore quelques jours pour m'en remettre. Ouais, j'assume totalement vos attentes en balançant cette bombe !
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Dans le chapitre précédent, notre trio de prisonniers Zomiel, Loki et Nico parvenaient l'exploit de s'évader de la Giraglia, non sans conséquence puisque Zomiel se retrouva entre la vie et la mort. À la Faille, un simple accident fit naître dans l'esprit de Sérène Castle un plan insensé pour détruire les héliopathes, son exécution révélant à la fois son comportement impulsif et insubordiné, et son macabre zoo privé… Mais aussi qu'elle avait raison.
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Merci pour les reviews ! Rien de trop à dire sur ce précédent chapitre, j'en avais bien conscience. Mais cette fois-ci, la donne change. Cette fois-ci, on entre dans le vif du sujet sur les deux fronts. Cette fois-ci, c'est le prémice d'un nouvel ère qui s'annonce, celui des aventures de Thomas, et du crossover avec MDS !
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15) Néogiciens et vieille connaissance
Le vent soufflait sur les plaines de la Bretagne armoricaine. Mais pas ici. Ici, il faisait juste super froid.
Ça faisait deux semaines à peine qu'il les avait retrouvés, et Thomas détestait déjà les Vasset. Enfin, pas vraiment. Il détestait juste leur exigence. Il n'avait certes guère eut à faire avec Martin, qui partait toujours en vadrouille pour des missions secrètes, mais pour ce qui était d'Orianne…
– Monte ta garde ! Ta garde, j'ai dit ! À droite !
Le poing d'Orianne percuta la pommette de Thomas de plein fouet.
– Aïeeeuh ! T'avais dit à droite !
– Ma droite, précisa un peu tard l'adolescente.
– Comment tu veux que je devine ? Tu ne m'aides pas !
– C'est pas comme ça que ça marche dans la vie, chialeur ! Remonte-moi cette foutue garde, tourne-toi d'un quart, et pare ça !
Sans attendre qu'il soit prêt, Orianne frappa Thomas du plat de la paume. À moitié par réflexe, il détourna le bras d'un coup de poing dans le poignet, et lui asséna un cou de coude dans le nez. Ce dernier se mit à cracher un torrent de sang.
– Oh mon dieu, je suis désolé !
– Laizze don dieu en deho's de za, grogna Orianne, le nez bouché de sang. Joli goup, dou'isde !
Thomas soupira d'agacement. "touriste" : elle l'appelait comme ça parce qu'elle ne le considérait pas comme un vrai néogicien. Il avait choisi cette voie, ça ne le rendait pas moins légitime qu'elle qui y avait été entraînée par son père ! Ou peut-être que si ?
– T'as besoin d'un coup de main ? s'enquit Thomas.
– Non, z'est bon, je gè'e !
Orianne attrapa un instrument qui ressemblait à un endoscope avec une gâchette de siphon de cuisine sur la table où reposait l'essentiel de leur arsenal, et se glissa le tuyau dans la première narine. Elle actionna la gâchette qui produisit un claquement sourd, et lui tira un cri de douleur. Elle recommença dans l'autre narine. Elle attrapa de l'essuie-tout pour essuyer l'instrument, et se moucha pour évacuer le reste du sang.
Elle se tourna vers Thomas, le nez rouge et le sourire carnassier.
– Allez, on y retourne !
– T'es sûre ?! Tu veux pas faire une petite pause ?
– C'est toi qui veut faire une pause, touriste !
– Non, c'est moi, répondit une troisième voix.
– Papa, t'es rentré !
– Bonjour, ma chérie ! Thomas…
– Martin.
– Il t'a encore cassé le nez ?
– Un coup de chance, grogna Orianne.
Martin l'ignora.
– Bien joué, Thomas. Tu fais des progrès très rapides !
– J'ai une excellente prof ! assura l'adolescent.
Orianne fronça de mépris.
– C'était même pas ironique… pour une fois ! s'exclaffa Thomas.
– C'est ça, oui !
– Quand vous aurez fini de vous aboyer dessus comme des roquets, je pourrais peut-être vous dire ce que j'ai fait cette nuit ?
– Pardon, P'pa. Je t'écoute.
– À la bonne heure. Comme vous le savez, j'ai repéré il y a trois jours un convoi sécurisé reliant l'ancien centre de commandement de la zone bouclée au QG Sud du Gendarmagium. Ces derniers jours, je me suis contenté de faire du repérage sur le trajet, noter les points faibles… Mais cette nuit, il y a eu un nouveau convoi, alors je les ai suivis jusqu'au bout.
Martin agita un vieux morceau de fourrure grise usée.
– Grâce à la fourrure de demiguise, j'ai pu m'approcher suffisamment près pour entendre ce qu'ils disaient.
Les deux adolescents se penchèrent en avant, happés par le récit. Martin ménagea encore un peu son suspens, avant de reprendre :
– Il va y avoir un troisième et dernier convoi dans quatre jours. Ce sera du matériel de moindre importance, en comparaison des balises géantes, et la sécurité sera donc réduite. Depuis que les chasseurs ont déployé un commando de détraqueurs dans la Fosse des Loups, le Gendarmagium concentre ses forces à la sécurisation de la zone. C'est le moment idéal pour… se fournir.
– Nous allons attaquer le convoi ! comprit Thomas. Mais, quatre jours… je ne serai jamais prêt à temps !
– Tu as échappé à une équipe d'oubliators entraînés, fit remarquer Martin. Tu étais prêt avant même d'arriver ici. Nous te formons au combat au corps-à-corps, et si tout se passe bien, nous n'aurons même pas à nous battre. Ce soir, nous irons tous les trois étudier les différents endroits que j'ai repérés, pour choisir le meilleur poste d'embuscade. En attendant, j'ai une surprise pour vous !
Martin sortit une grosse pierre blanche luisante, irrégulière, grossièrement sertie dans un anneau de métal noir percé d'un trou octogonal au sommet. L'objet ne payait pas de mine, mais Thomas sourit jusqu'aux dents :
– Exactement ce qu'il nous fallait !
– Trop cool, t'es génial Papa ! s'écria Orianne.
Les deux ados se précipitèrent pour aller chercher leur impulseur, afin de les recharger sur la batterie magique. Martin avait déjà rechargé le sien, et après un déjeuner rapide à base de paninis, l'après-midi fut consacré à l'entraînement magique. La technique de Martin consistait à truffer l'endroit de pièges magiques, et de les déclencher dans un ordre précis, en finissant sur quelque chose d'assez puissant pour assommer ses cibles, ou au moins déstabilisant pour les combattre à mains nues. En cela, la cloche de distraction que Runecorne avait donnée à Thomas était plus que bienvenue. Mais Martin ne rechignait pas à affronter un sorcier armé. Un Initié aux Arcanes lui avait fabriqué un accessoire emboîtable sur son impulseur, qui permettait de générer un minuscule bouclier déflecteur magique, à peine plus gros qu'un poing et que chaque impulsion faisait tenir moins d'une seconde. L'utiliser pour dévier les sorts revenait à attraper des flèches tirées à bout portant à mains nues. Ce qu'il faisait également.
Ce soir-là, ils se rendirent tous les deux sur la route du convoi avec la vieille voiture de Martin (Thomas soupçonnait qu'il l'avait volée, mais n'avait pas osé poser la question). Ils s'arrêtèrent à plusieurs endroits, observèrent, escaladèrent des parois, simulèrent des assauts… Et parvinrent à se décider pour le meilleur poste d'embuscade.
Si les journées étaient consacrées aux entraînements, les deux soirs suivants furent l'occasion de répéter l'assaut. Deux heures avant le passage du convoi, la route serait examinée au peigne fin par les équipes de sécurité, et le point choisi serait vérifié à peu père une heure avant. Et juste dix minutes avant, une voiture de tête passerait équipée d'instruments détecteurs de magie, pour une dernière vérification. Les néogiciens avaient donc moins d'une heure pour disposer les pièges non-magiques, et moins de dix minutes pour récupérer les pièges magiques qui auront été disposés suffisamment loin de la route pour que la voiture ne les détecte pas, et les mettre en place avant l'arrivée du convoi.
Le jour J, Martin laissa les adolescents faire la grasse matinée, afin qu'ils soient parfaitement en forme le soir. Quand Thomas se leva, avant Orianne qui ronflait sur le dos, il trouva l'homme en train de bricoler une mine.
– Bonjour jeune homme.
– Bonjour Martin, bailla Thomas. Tu fabriques quoi ?
– Une mine anti-balise. Melchior pense que la nouvelle génération de balise est capable de générer une barrière magique en dome, et qu'ils en auront équipé la voiture principale.
Melchior (un nom de code) était à Martin ce que Runecorne avait pu être à Thomas, et plus encore : son principal fournisseur d'artéfacts. Tout ce que Thomas savait, c'est que le bouclier déflecteur ne venait pas de lui.
– Je vais la placer sous la herse. Quand le véhicule de tête passera dessus, il déclenchera un retardateur juste assez long pour qu'elle explose sous la camionnette au moment où celui-ci passera sur la herse malgré son freinage d'urgence.
– Ça va faire exploser la camionnette ?! s'horrifia Thomas.
– Bien sûr que non ! Même si je n'avais pas pour philosophie d'éviter les pertes humaines au maximum, je te rappelles que nous voulons ce qu'il y a dedans. Non, c'est une mine de paintball modifiée pour projeter la peinture en un cercle le plus large possible.
– De la peinture para-magie ! comprit Thomas.
– Tu connais ?
– Déjà entendu parler, ouais, abrégea l'adolescent.
Thomas n'aimait pas mentir à Martin, mais il doutait que lui avouer que son frère était un sorcier fusse une bonne chose à faire.
– Les barrières magiques ont besoin d'un point d'ancrage. Grâce à la peinture au sol, le bouclier ne pourra pas s'ancrer, et la balise se verrouillera par sécurité. Ils essaieront de la redéployer manuellement, mais c'est là qu'on intervient !
Le soir venu, tout commença exactement comme prévu. Orianne observait la route depuis le toit d'une ferme environnante, dans laquelle ils avaient cachés tous leurs pièges.
– Les voilà, indiqua-t-elle.
La première vérification de sécurité, la plus approfondie. Ils rassemblèrent les pièges non-magiques, Martin portant la lourde herse à l'aide d'un harnais, et le temps de rejoindre la butte escarpée bordant le virage choisi, la voiture grise s'était suffisamment éloignée.
– On reste discrets, silencieux, et on ne déploie aucun piège visible tout de suite ! ordonna Martin.
Les deux ados s'exécutèrent. Les pièges étaient si nombreux que ça ressemblait plus à une partie de tower defense qu'à une embuscade.
Comme Martin l'avait prévu, la voiture repassa une demi-heure plus tard, roulant lentement mais sans s'arrêter. Une fois hors de vue, ils reprirent l'installation. Martin fixa la herse au sol, derrière une touffe d'herbe, en enfonçant des barres de fer tordues dans la terre, et passa un câble de fer autour de l'autre extrémité. Thomas fut chargé de placer les explosifs destinés à faire s'effondrer la crête rocheuse surplombant la route, pour couper toute retraite, tandis qu'Orianne faisait de même à l'avant.
Enfin, ils furent prêts, et ne pouvaient qu'attendre. Ils étaient retourné à la ferme, et Thomas grimpa sur le toit par la gouttière pour rejoindre Orianne à son poste d'observation.
– Qu'est-ce que ton père espère trouver, dans ce camion ? Il a bien dit que toutes les balises génératrices de barrière magiques avaient déjà été acheminées, non ?
– Les plus grandes, oui. Mais on cherche tout ce qui pourra servir à faire de notre QG un endroit plus sûr. Dans l'idéal, des balises anti-transplanage, et des pièges à détraqueurs. Peut-être qu'il restera une ou deux mini-balises, si on n'arrive pas à récupérer celles des véhicules. Il espère aussi voler aux gardes quelques FAMAS alchimiques.
– Ah ouais, c'est… Attends, quoi ?! Des FAMAS alchimiques ?!
– Tu crois qu'ils ont fait comment, pour mettre en prison des mecs capables de tuer une armée entière avec un caillou ? C'est pas les gendarmages qui seraient capables d'affronter de telles forces…
– C'est terrifiant, les prouesses technologiques qui peuvent être faites pour tuer des gens. Et en même temps, ils trouvent encore le moyen d'en appeler la moitié "balises". Bonjour l'originalité.
Orianne haussa les épaules.
– Comment tu veux appeler un truc que tu plantes dans le sol et qui émet un signal ?
– … Un point pour toi.
– C'était une partie en une manche. Je gagne, répliqua Orianne.
– La Vie, c'est toujours une partie en une manche ! asséna Martin depuis le sol. On se recentre, les jeunes !
– Désolé, P'pa !
Orianne ajusta ses jumelles. Il faisait maintenant bien sombre, alors elle activa la vision nocturne. Elle aperçut rapidement du mouvement sur la gauche. Elle activa la vision thermique, et vit les points de chaleur se déplacer.
– Voilà la voiture de tête !
– On fonce, ordonna Martin.
Orianne sauta du toit, et se réceptionna dans une roulade sur l'herbe tendre. Thomas préfera d'abord sauter sur la botte de foin qui lui avait permis de grimper.
En se dépêchant, ils auraient encore quelques précieuses minutes avant l'arrivée du convoi pour affiner le piège. Sur impulsion de Martin, le trio se mit à courir à travers le champ. L'adrénaline due au stress donna à Thomas un coup de fouet qui lui permit de tenir le rythme des deux athlètes sans s'essouffler. Il était assez sportif, mais l'entraînement militaire qu'avait suivi Martin, et imposé à sa fille, faisaient d'eux des machines avec lesquelles il était difficile de rivaliser.
Arrivés au virage, les deux adolescents allèrent prendre leurs positions tandis que Martin se précipitait sur la butte pour déployer le câble de traction de la herse, et positionner la mine au centre de la voie de droite. Celui-ci était relié à deux poulies. La première, électrique et automatique, était censée se déclencher quand la voiture de tête serait à moins de quarante mètres de la herse, la dépliant en travers de la route à toute allure pour que la voiture de tête n'ait pas le temps de freiner. La seconde, magique, serait déclenchée par un coup d'impulseur de Martin. Au mieux, elle aiderait la première poulie à tirer la lourde herse encore plus vite. Au pire, si par exemple les dispositifs de sécurité du convoi neutralisaient les appareils électriques, elle serait leur seul moyen de déployer le piège. Enfin, en ultime recours, l'extrémité du câble avait été relié à un lourd rocher à côté duquel Martin se cachait, qui déployerait la herse mais arracherait probablement câbles et poulies, détruisant du matériel très coûteux.
Martin avait tout prévu. Sauf l'imprévisible.
Quand la première voiture arriva à distance adéquate, le piège électrique se déclencha correctement. Mais pour une raison qu'ils ignoraient, le convoi roulait beaucoup trop vite. La jeep passa sur la herse à moitié déployée, et deux pneus seulement furent crevés tandis que les autres arrachaient les câbles. Le chauffeur perdit le contrôle du véhicule, qui fit des tonneaux avant de percuter la paroi rocheuse où se trouvait le piège de roche que Thomas devait déclencher, qui s'effondra dessus. Le véhicule ne tarda pas à exploser, et le jeune moldu avait à peine eu le temps de se jeter à bas de l'autre versant, s'écorchant mains et coudes.
Pendant ce temps, la mine de peinture avait explosé pour rien, et le véhicule de transport avait réussi à éviter la herse et à freiner à temps pour ne pas percuter les rochers. Un deuxième effondrement se produisit derrière eux, déclenché par Orianne. Celle-ci jeta sa grenade modifiée, qui projeta la peinture paramagie sur les dispositifs de défense de la voiture de queue.
Le problème, c'était que leur cible était intacte, protégée par son dôme impénétrable.
– Hibou 3 à Hibou 1 ! appela Thomas au talkie. Hibou 1, on fait quoi ?
– *Hibou 1 à Team : plan E !*, répondit Martin.
– Hé merde, grogna Thomas, coupant son talkie avant de le jeter machinalement dans l'herbe.
Ils avaient prévus des tas de plan, de A à H. Malheureusement, le plan E était celui qu'il aimait le moins.
Thomas sortit son impulseur de sa poche, et escalada la butte qu'il venait de dégringoler. De l'autre côté, il entendait déjà les soldats de la voiture de queue qui criait des ordres préparant leur contre-attaque. C'est Martin qui lança les hostilités, en jetant un cristal de poudre d'obscurité instantanée du Pérou gros comme le poing. Celui-ci explosa dans un nuage de ténèbres qui était désagréablement familier à Thomas. Le dome protégeant la camionnette centrale disparut dans les ténèbres. En revanche, comme ils s'y attendaient, la peinture blanche qui recouvrait la voiture arrière aspirait les ténèbres, indiquant par une dépression la position de la voiture dans la purée de pois. Du haut de la crête, Thomas indiqua la dépression à Orianne, qui sortit son filet anti-griffon, replié en une sphère dorée de la taille d'un ballon de handball, et la jeta en direction de la voiture. Thomas, qui avait un meilleur angle, fut celui qui devait la déclencher à distance d'une impulsion. Pas certain de lui, il préféra tirer en rafale, en ajustant son tir tandis que la sphère atteignait l'apogée de sa course. Un tir parvint à la toucher, et la boule explosa, libérant un filet d'une dizaine de mètres de diamètre. Il y eu des cris, un bruit de métal froissé, et une série de petites explosions qui devaient venir des airbags. La fumée ténébreuse continuait de se dissiper, et Martin put approcher à pieds pour électrifier le filet, paralysant les soldats qui étaient coincés dessous, saucissonnés autour du SUV noir. Il vola l'arme que l'un d'eux avait fait tomber avant de se retrouver piéger, et fit signe à Orianne, qui courut rejoindre le piège suivant.
Thomas, lui, ouvrit le sac qui reposait à ses pieds, et monta l'arme en kit qui se trouvait dedans. C'était un genre de lance électrique, mariage improbable entre un naginata et un taser. Il emboîta les différentes pièces, bascula l'interrupteur, et tandis que la bobine chargeait, il s'accroupit derrière un rocher surplombant le monticule.
Les hommes dans la camionnette sortirent du véhicules, armes à la main, tout en veillant à bien rester sous la protection du dome. Thomas siffla, s'attirant trois rafales : le chauffeur n'était pas sorti. Tant pis, ils feraient avec.
Martin se serva de sa propre arme pour tirer une rafale dans la balise. Les balles, en métal alchimique comme les armes, traversèrent sans souci le bouclier magique et arrachèrent la machinerie du toit. Tandis que le dome disparaissait et que les soldats se tournaient vers Martin pour l'abattre, Orianne s'exposa pour pouvoir déclencher un autre piège. L'onde de choc provoqué par le piège sonique pulvérisa les vitres du véhicule cible, et projeta les soldats au sol. Le plus proche avait laissé tomber son arme au sol, les mains plaquées sur ses oreilles d'où coulait un filet de sang. Orianne dévala la pente, et sans ralentir, lui asséna un coup de genou en pleine tête. Sous le choc, elle fit un vol plané, et termina sa course dans une roulade peu élégante. Mais le soldat était hors d'état de nuire.
Thomas descendit la rejoindre, et frappa le soldat qui était à côté du chauffeur du bâton inerte. Comme il s'y attendait, le soldat attrapa aisément le bout, et le tira pour désarmer Thomas. Ce qui eut pour effet de déclencher l'impulsion électrique de plus de 30.000 volts, tétanisant tous ses muscles en même temps. Le soldat tomba comme une effigie de carton soufflée par le vent.
Orianne alla affronter le troisième. Celui qui se trouvait le plus loin du piège sonique s'était déjà remis, et l'arme au point, il s'apprêtait à affronter ses adversaires. Sa surprise en voyant qu'il s'agissait d'une jeune adolescente d'à peine un mètre cinquante lui fut fatale. Lorsqu'elle fut à portée, elle le désarma d'un coup de pied, et lui asséna l'autre sur le côté du genou. Il chancela, mais reprit vite l'avantage. Il para l'attaque suivante, et lui asséna un crochet en plein visage. Grondant de satisfaction il s'avança, et lui asséna un coup de pied dans le ventre. Il prit son élan pour en porter un deuxième encore plus brutal, quand Martin, qui s'était approché aussi furtivement qu'une ombre, lui asséna un coup de crosse sur la nuque. Il s'effondra sur Orianne, qui poussa un grognement de douleur. Martin la dégagea rapidement.
Pendant ce cours laps de temps, Thomas avait fait le tour de la camionnette. Le chauffeur avait été relativement épargné par l'onde de choc, absorbée par les vitres. Mais lesdites vitres, en explosant, lui avaient lacéré le visage, le couvrant de sang et limitant sa vision. Il se dégagea tant bien que mal, et parvint à sortir du véhicule… pour être cueilli sous le menton par un swing du bâton de Thomas, qu'il acheva par un choc électrique en pleine poitrine.
– Ils ont appelés des renforts, indiqua Martin. On se dépêche !
Thomas attrapa immédiatement l'arme du chauffeur à sa ceinture. C'était une arme de poing, mais probablement une arme alchimique tout de même. Martin avait deux FAMAS ceinturés dans le dos grâce aux sangles ISTC, et Orianne portait le troisième à la main. Ils étaient déjà montés à l'arrière de la camionnette, faisant l'inventaire de leur butin. Martin jeta un sac de sport vide à Thomas :
– Tiens, charges ces deux cartons et les petites balises-là, et recule. Orianne, ceux-là.
Ils se dépêchèrent de prendre méthodiquement les équipements importants. Puis Martin leur répéta de reculer encore plus loin, et posa quelque chose au sol de la caisse. Il recula précipitamment, et se retourna en protégeant sa tête. Quelque chose explosa.
– C'est le moment de voir si ces arrache-blindages sont vraiment efficaces ! s'exclama-t-il.
Ils revinrent tous trois regarder à l'arrière de la camionnette. Le plastique recouvrant le fond de la caisse avait été arraché, et fumait encore par endroits. En-dessous, une trappe en métal, tordue par le souffle, révélait un compartiment secret. Martin essaya de la soulever, mais retira sa main en poussant un cri de douleur.
– C'est brûlant !
– Tu viens de faire exploser un truc dessus, P'pa…, fit justement remarquer Orianne.
Il attrapa un pantalon d'uniforme à moitié brûlé dans un coin, et s'en servit pour soulever la trappe tordue. En-dessous se trouvait un sac à dos gris, tout simple, mais bien rempli. Martin le sortit du coffre, et le glissa à son épaule.
– On dégage !
– Il y a quoi dans le sac ? s'enquit Thomas.
– Pas le temps !
Martin repartit en direction de la ferme au pas de course. Les deux jeunes suivirent le mouvement, et furent surpris d'y trouver une vieille voiture familiale qui n'était pas là auparavant, différente de celle qui les avait amenés et qui elle avait disparu. Martin ouvrit le coffre qui n'était pas verrouillé et y glissa ses affaires, avant de partir ramasser le reste de leur équipement dans la grange. Jetant un œil à l'intérieur, Thomas vit que les clefs étaient sur le contact.
– Nous avions un autre équipier dans l'ombre ? s'étonna Thomas.
– Je suis aussi surprise que toi, avoua Orianne.
– Allez, en voiture, les jeunes ! les héla Martin, qui chargea le reste de leurs affaires avant de se mettre au volant.
Ils prirent une route transversale tranquille. Personne n'allait soupçonner une petite famille moldue se baladant dans un village moldu dont la route n'était même pas directement reliée à celle où avait eu lieu l'attaque.
Oui, la disposition des lieux était vraiment parfaite. Dommage que ça avait tourné aussi mal.
– Il faut faire un bilan, lâcha Martin au bout d'une trentaine de kilomètres.
– T'es… t'es sûr que tu veux faire ça maintenant ? hésita Orianne.
– Sors ton carnet, et note, ordonna son père. Perte matérielle couteuse : Poulie mécanique à déclenchement laser, poulie magique, herse de qualité militaire.
– Un talkie-walkie, ajouta Thomas.
– Ah ?
– Je l'ai fait tomber quand on a attaqué, mentit Thomas, qui l'avait machinalement jeté dans un geste de panique. Ils pourraient remonter jusqu'à moi, avec mes empreintes, ou mon ADN ?
Martin éclata de rire.
– Je doute même que les sorciers aient la moindre idée de ce qu'est un relevé d'empreinte, alors l'ADN… Non, c'est pas grave. C'est du matériel jetable. Mais la herse m'avait coûté une petite fortune. Alors ensuite…
– Quatre morts, répondit Orianne d'un ton sinistre.
– Quatre morts, répéta Martin, de même.
Une minute de silence s'imposa d'elle-même. Puis Martin soupira.
– Je suis désolé. Mais c'était un accident qui n'aurait jamais dû se produire. Je ne comprends pas pourquoi ils roulaient aussi vite ! Bordel de niche à chien, ils devaient être discrets ! Discrets, pas en excès de vitesse sur une départementale truffée de radars ! Qu'est-ce qui leur est passé par la tête ?!
– Pourquoi tu n'as pas utilisé ta cloche de distraction ? demanda soudain Orianne.
– Je… Je n'y ai pas pensé, avoua Thomas.
– Ce n'est pas grave, assura Martin. La confusion était à son maximum, et tu as parfaitement géré la situation malgré tout.
– Et maintenant ?
– Maintenant, nous allons revendre ce sac à dos à quelqu'un qui fera bon usage de son contenu. Et nous ferons bon usage de son argent et du reste du matériel.
– Qui est cet acheteur ?
– Tu ne préfères pas le savoir, gamin.
Le regard meurtrier qu'arborait Martin, les mains crispées sur le volant, était à coup sûr adressé audit acheteur. Était-ce le contenu du sac qui avait valu au convoi de rouler si vite ? Est-ce que le secret entourant cette mission avait été la cause de la mort des quatre soldats ?
– Peut-être pas, en fait…, acquiesça Thomas, perplexe.
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Beauxbâtons, lundi 1er avril 2019…
Émi pulvérisa un frisbee à dents de serpents au vol. Son jeune propriétaire poussa un cri de protestation. Vue sa réaction, le geste qu'Émi lui adressa devait être l'équivalent sorcier d'un doigt d'honneur.
– T'es grognonne ? s'amusa Mathis. D'habitude, c'est ton jour préféré dans l'année !
– D'habitude, l'ambiance n'est pas aussi sombre, répliqua la métamorphomage aux cheveux noirs.
– Tu y participes, là, fit remarquer son ami.
Émi haussa les épaules. C'était le pire anniversaire de sa vie. Au petit-déjeuner, la directrice avait annoncé une interdiction exceptionnelle des farces du 1er avril, par mesure de sécurité. C'est vrai que les Rosa qui avaient entre 12 et 16 ans, l'élite de leurs écoles respectives, étaient plus fragiles que les 1ère Année de 10 ans qui débarquaient à Beauxbâtons et que personne ne prévenait ! Bien sûr, certains osaient tout de même sortir du rang, mais c'était anecdotique. Pas de piège bon enfant, de rires et de musique, juste des frisbees dans la tronche et des ricanements qui sonnent faux. Examen blanc pour les Chasseurs, donc confinement total du Pavillon de Chasse, mais aussi et surtout de l'Étage Blanc, donc pas de duel.
Et puis comme si ça ne pouvait pas être pire, l'Hebdo Sud-Magique de la semaine faisait état d'une mutinerie de la section haute-sécurité de la Giraglia, qui avait tourné en révolte générale. Les prisonniers s'étaient évadés par dizaines et neutralisé tous les gardes. Mais, semble-t-il guidés par un mystérieux leader, ils n'avaient pas cherché à quitter l'île, et en avait plutôt interdit l'accès par transplanage. Nilüfer courait un grand danger, bien plus grand que ce qu'elle pouvait imaginer. Et si Émi n'avait pas toutes les clefs en main non plus, elle savait qu'elle aurait dû faire plus. Tellement plus. Mathis lui avait depuis bien longtemps démontré que "elle n'était qu'une enfant" n'était pas une excuse acceptable.
Et en plus, les 4ème A n'avaient pas cours aujourd'hui : le contexte idéal pour ruminer ses pensées sombres !
– À quoi bon faire semblant ? lâcha-t-elle d'un ton cynique. C'est un jour comme un autre. Un jour où je ne fais rien pour aider Nil, ni personne d'autre.
– Tu es trop dur avec toi-même, la morigéna doucement Mathis. Personne n'attend de toi que tu prennes d'assaut une prison.
– C'est facile à dire, pour toi, Mauvais Augure ! s'écria-t-elle un peu trop fort au goût de Mathis. Oooh, me regarde pas comme ça, tout le monde sait que c'est toi !
– Alors déjà, non, hein, sinon je me serais déjà fait arrêter pour entrave à la justice et que sais-je d'autre encore… Et ensuite, mon invitation à nous rejoindre tient toujours. Alors si tu veux faire quelque chose, fais-le au lieu de râler que tu ne l'as pas fait !
– D'accord.
– D'accord quoi ?
– D'accord, je rejoint Mauvais Augure. Faut faire quelque chose en particulier ? Un serment inviolable ? Un bizutage ?
– Euh, un truc dans le genre, admit Mathis. Tu dois révéler ton secret le plus honteux devant les autres membres.
– Hé bien, allons-y ! De toute façon, on n'a rien de mieux à faire…
Les plus dépitées par l'interdiction des farces furent très certainement Isa et Pia, qui se consolèrent en mangeant des bonbons fantaisie avec quelques membres de la Légion de Lucian. Après un rapide de Mauvais Augure dans les toilettes du 2ème Droite à la pause de 15h, où le secret d'Émi ne surprit personne sinon Sertorius qui fronça les sourcils et partit sans lui adresser la parole à la fin de la réunion improvisée, le duo d'Aloysia s'en alla rejoindre la Légion à son tour.
Salutations globales échangées, c'est Nyurapayia qui aborda Mathis, à sa grande surprise. À vrai dire, il ne se souvenait même pas avoir déjà parlée à l'australienne hyperactive.
– Hé, c'est toi qui a trouvé la sœur d'Eurydice ?
– Heu, qui ai découvert son identité ? Oui, pourquoi ?
– Elle aimerait la rencontrer. Paraît que tu verses dans le miracle.
– Je confirme ! intervint Mydian.
– Qui t'a dit ça ?
– Des bruits de couloirs, tu vois ce que je veux dire. Ma partenaire, là, me dit qu'elle n'approuve pas tes méthodes. Je sais pas de quoi elle cause, et j'veux même pas le savoir. Mais fais pas de conneries, quoi, pas besoin d'entrer dans les détails saugrenus.
– Si tu la fais pleurer à nouveau, je t'arrache les testicules et je t'enfonce des piments à la place, précisa tout de même Isadora, qui s'était approchée.
– Ben tu vois, ça par exemple, c'est un détail saugrenu ! expliqua posément Pia à son amie. Focus ! Je disais donc : tu peux faire quelque chose pour elle ?
– Sans la blesser encore une fois ? insista Isa.
– Qu'est-ce que j'y gagne, moi ? s'enquit Mathis. Je n'ai pas forcément de temps à perdre avec ça.
– Tu te débrouilles pas mal avec l'éther, répondit la brésilienne. Ça te dirait d'apprendre un truc simple et puissant ?
– Tu m'intéresse, là. De quoi on parle ?
– De Tissage de Sorts. Plus précisement, l'Art de poser des pièges magiques.
– Et donc, si j'aide Eurydice à entrer en contact avec sa sœur, tu m'apprendras ça ?
– Je suis impressionnée, t'as compris du premier coup ! On m'avait dit que t'étais intelligent, mais là !
– Trop de sarcasme tue le sarcasme, grimaça Pia. C'est un art subtil. Bon, le français, on a un deal ?
– Je vais voir ce que je peux faire.
Pia prit ça pour un oui, et lui asséna un coup de poing sur l'épaule pour sceller leur pacte. Isadora en ajouta un de l'autre côté "pour maintenir la symétrie", avant de retourner voir la partie de bavboules entre Aurora et Mydian.
– Je ne comprends pas pourquoi Sertorius est parti comme ça…, lâcha soudain Émi. Je veux dire… C'est peut-être un secret gênant pour moi, mais personne ne m'en a tenu rigueur. Même Angela n'a pas fait de remarque. Tu m'en tiens rigueur ?
– Je le savais déjà, fit remarquer Mathis.
– Non mais tu sais très bien ce que je veux dire !
– Non, ça ne m'a jamais posé problème. Mais Serpent et moi sommes très différents. Malgré ses airs nonchalants de moldu "cool", il a été élevé dans la stricte morale sang-pure. Il est en ça bien plus proche d'Erwin que de moi. Il est choqué, mais s'en remettre facilement, ne t'inquiète pas.
– Erwin… Comment va-t-il ?
– Je n'en sais pas plus que toi…
Mathis regarda ses mains. Ils les avaient trempées dans la quintessence jusqu'aux coudes pour sauver Erwin, et sa peau avait toujours un aspect brillant et gonflée, comme un bébé potelé recouvert d'huile. Cependant, ses légers poils d'adolescent commençaient à repousser, atténuant l'aspect anormal de sa peau. Le plus étrange était ces minuscules moignons de kératine qui constituaient ses ongles. Les anciens étaient tous tombés durant la première nuit.
– Ses sourcils ont probablement repoussé. Peut-être que ses dents aussi.
– C'est la bonne nouvelle la plus horrible qu'il m'ait été donné d'entendre ! gloussa Émi.
Mathis sourit. C'était la première fois de la journée qu'Émi riait. La première fois de sa quatorzième année.
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Deux jours plus tard, alors que les cours de l'après-midi allaient reprendre, un homme se présenta au bureau de la directrice-adjointe. Il frappa trois coups sur le bord du bureau comme on frapperait à une porte, et adressa à la jeune femme un sourire à faire fondre un glacier.
Florine Brindargent était absorbée par un parchemin urgent, dont la rédaction lui vaudrait probablement d'arriver en retard à son cours, quand il frappa sur son bureau. Elle leva les yeux d'un air agacé, s'attendant à croiser l'air idiot de Carter, toujours fier de lui quand il la dérangeait.
Elle se figea, la bouche entrouverte. Le colosse blond devant elle n'était pas Carter. Déjà, Carter n'était pas blond, et ne portait pas de lunettes. De plus, le costume gris à la coupe décontractée de l'inconnu était bien au-delà du budget d'un professeur ! Et puis, Carter n'avait pas un sourire aussi charmant…
Florine se ressaisit, transformant sa bouche béante en un sourire poli.
– Bonjour, que puis-je pour vous ?
– Alexander James Bailey, se présenta l'inconnu en inclinant la tête. J'ai rendez-vous avec Madame Maxime.
Malgré son français presque parfait, il avait à l'instar de Carter un léger accent américain. Florine se leva.
– Je vais voir si elle peut vous recevoir.
Alexander inclina à nouveau la tête. Florine entrouvrit la porte du bureau directorial, et glissa quelque mots à la directrice, puis poussa la porte avant de s'effacer.
– Après vous.
– Merci, Madame.
– Mademoiselle, corrigea mécaniquement Florine.
Le sourire qu'il lui adressa la fit rougir, et elle eut envie de se frapper le front de désespoir, face à une telle réaction d'adolescente.
– Madame Maxime, c'est un honneur de vous rencontrer !
– L'honneur est partagé, Lord Bailey. Pourriez-vous fermer la porte, s'il vous plaît ? Le bruit va être bientôt assourdissant. La discipline a ses limites, face à des hordes d'adolescents.
– Mr Bailey suffira. Lord Bailey est mon père.
– Bien sûr, bien sûr. Alors dites-moi, Mr Bailey, quel bon vent vous amène dans notre humble école ?
Alexander jeta un regard autour de lui. Si la décoration personnelle de la directrice était sobre et fonctionnelle, la richesse des meubles et les moulures dans le marbre des murs laissaient peu de place à l'humilité. Il se râcla la gorge.
– J'ai entendu dire que c'est votre école qui organisait les Concours Européens de Connaissances, cette année ?
– En effet. Si vous souhaitez assister à la Finale, vous avez un mois et demi d'avance !
– Ha ha, non ! La Finale qui m'intéresse a lieu un peu plus tard. Je souhaiterais financer une bourse d'études pour le gagnant du Concours des Légendes.
– Oh ? Hé bien… C'est généreux de votre part ! Puis-je vous en demander la raison ?
– Je déplore un certain nivellement par le bas dans les exigences des écoles sorcières, principalement aux États-Unis. Le MACUSA s'applique à faire passer chaque année de nouvelles directives pour restreindre la marge éducative de Readviper, sous le prétexte fallacieux de la sécurité. Comment les élèves peuvent être en sécurité dans un monde où on ne leur apprend pas à se défendre correctement ? Alors ces concours sont un trésor précieux. Entretenir l'esprit de compétition, et pousser les élèves à se dépasser… Vous comprenez ?
– Je vois tout à fait où vous voulez en venir. De combien parlons-nous ?
– Assez pour assurer un cursus complet dans n'importe quelle université magique.
– C'est très généreux de votre part. Mais je crois pouvoir deviner à votre ton que le financement ne viendrait pas de vous. L'offre provient donc de Lord Bailey ?
– Je ne représente pas ma... famille, mais celle de mon beau-frère. Mon nom est utile dans le cadre de négociations, ainsi préfère-t-on m'envoyer pour briser la glace, dirais-je.
– Votre beau-frère ?
– Christian Bourgeois. D'ailleurs ma nièce devrait être avec vous ? Danielle.
– Danielle Bourgeois est votre nièce ? s'étonna la directrice. Quelle coïncidence ! Hé bien vous avez de quoi être fier, c'est l'une de nos meilleures élèves !
Le sourire d'Alexander s'élargit.
– J'aimerais bien lui rendre visite et lui souhaiter bonne chance pour le Concours. Puis-je... ?
– Evidemment, Mr. Bailey. Je vous accompagne.
Ils sortirent du sortirent du bureau, Alexander précédant l'immense femme. Devant le bureau de la directrice-adjointe minaudait Carter. Lorsqu'il croisa le regard du grand blond, il se figea, et devint livide.
– Oh, Mr Bailey, je vous présente un de vos compatriotes, Mr Malwen Carter ! badina la directrice. Malwen, voici Mr Alexander Bailey.
– Un compatriote ! répéta Alexander. Hellooo ! Readviper ou Salem ?
– Sa... Salem, bégaya le professeur.
– Tiens ? Votre nom me dit quelque chose ? Serait-ce vous le fameux Carter qui a volé la cloche du beffroi en 1999 ?
– Mes erreurs de jeunesse me poursuivent, grimaça Carter. Qui ai-je offensé pour que ça parvienne à vos oreilles ?
Bailey éclata franchement de rire.
– Rien de la sorte ! Je suis moi-même un ancien élève, et mon fils y étudie. Il vous admire… Enfin, vos exploits. À ce propos , il m'a maintes fois parlé d'une… Cixi Carter, une préfète. Vous êtes apparentés ?
– C'est ma petite sœur.
– Oh, encore une coïncidence !
– À propos de coïncidence, intervint la directrice, Danielle Bourgeois n'a-t-elle pas cours avec vous dans quelques minutes, Malwen ?
– Heu, si, pourquoi ?
– C'est incroyable ! s'écria Bailey. Danielle est ma nièce ! Ce ne sont donc pas des coïncidences, mais le destin qui nous a réunis aujourd'hui ! Il se trouve justement que nous allions la saluer. Puis-je vous accompagner jusqu'à votre classe ? je suis sûr que Madame la Directrice a beaucoup de choses à faire, de toute manière. Cela doit demander beaucoup de préparation, tous ces concours… D'ailleurs, vous y êtes juré ?
– Je l'ai été lors des sélections. Les termes de la Finale m'interdisent hélas d'y présider.
– Je vois que vous êtes entre de bonnes mains, Mr Bailey. Je vais donc vous laisser.
– Madame Maxime, encore une fois ce fut un honneur de vous rencontrer. J'espère avoir rapidement de vos nouvelles quant à ma proposition.
– L'honneur est partagé, et je n'y manquerai pas.
Les deux hommes s'éloignèrent ensemble, entretenant un silence poli tandis qu'ils fendaient la foule d'élèves se rendant à vitesse réduite à leurs salles de cours respectives. Carter invita Bailey à rentrer dans la sienne, et ferma la porte derrière lui. Il se retourna vers Alexander, qui lâcha d'un ton glacial :
– Agent Carter.
– Agent Bailey.
– Bien. Donc vous savez qui je suis.
Avant même qu'il puisse répondre, Alexander le plaqua au sol et sortit de sa manche un poignard qu'il colla à deux centimètres de sa gorge. Une substance verdâtre en recouvrait la lame.
– Bougez et vous êtes mort. Il est difficile de trouver du venin de Basilic aussi pur, de nos jours. Je ne voudrais pas le gâcher si vite.
– Que... Que voulez-vous ?
– Des explications. On n'ignore pas l'ordre Yorktown, vous étiez comme moi à la formation d'Atlanta. Je ne crois pas que vous ayez fait l'impasse sur une telle directive.
– Vous... Vous ne comprenez pas.
– J'ai l'ordre de juger si votre vie en vaut la peine. En vaut-elle la peine ?
Il approcha la lame de sa gorge, cette fois à quelques millimètres.
– N'essayez pas de vous débattre Carter, je suis très bon dans ce que je fais. Mais vous le savez déjà.
Bien sûr qu'il le savait. Alexander Bailey était une véritable légende. Tout le monde connaissait dans leur service l'histoire du benjamin Bailey qui s'était enfui à l'âge de 17 ans hors de chez lui, avait trouvé refuge chez le directeur Angeville puis était devenu l'un des plus grand agents de sa génération. Avant de d'épouser une agente étrangère au mépris de tous les risques, parvenant à transformer une double menace de mort pour trahison en une opportunité de collaboration solide entre VOODOO américain et Département des Mystères britannique. Il avait battu les deux agences à leur propre jeu.
Bref ce type était plus dangereux et retors que la Mort elle-même.
– L'incident du cimetière de Salem, souffla Carter. La Légion d'Argent.
– C'est un dossier noir, ça, s'étonna Alexander. Très haut-dessus de vos accréditations.
– Loup Gris est en France. Je travaille pour la Légion, maintenant. Me tuer serait contre-productif…
Alexander se figea. Il le regarda très fixement, avant de ranger le poignard. Carter respire un peu mieux, bien que l'autre agent ait toujours les genoux sur sa cage thoracique.
– Parlez.
– Les Ducs n'ont pas ouvert la Faille simplement pour distraire les chasseurs. Ils veulent faire sortir quelque chose de précis des Terres d'Argent. Je ne sais pas de quoi il s'agit, je le jure ! Mais Loup Gris le sait, et veut qu'on se tienne à l'affût. Obéir à l'ordre Yorktown reviendrait à abandonner Beauxbâtons, et l'école est trop proche de la Faille ! Mon allégeance va à la protection de ces enfants avant tout, pas à une quelconque cause personnelle… ou même étatique !
Alexander se releva enfin. Des questions tournaient dans sa tête. Devait-il évacuer sa nièce ? Devait-il prévenir le Cercle ? Il soupira en fermant les yeux. Il ne savait que trop bien ce qui allait sortir. Le Gardien l'avait prévenu quand il avait reçu la charge du Cercle.
– Très bien.
– On ne peut pas compter sur les locaux, ajouta Carter. Ils ont tellement peur des secrets qu'ils enterrent les leurs au lieu de chercher à les comprendre. Et si on lâche la France, elle nous emportera dans sa chute. Je suis sûr que vous pouvez comprendre.
– Vous n'avez même pas idée à quel point.
Il épousseta une poussière invisible de son col gris.
– Qu'il en soit ainsi. Vous êtes responsable de cet endroit, et des enfants. Mais maintenant il faut que je justifie votre départ auprès de Wyatt et cela sera compliqué. Je vais devoir utiliser la politique. je DÉTESTE utiliser la politique !
– Euh… merci ?
– Ma nièce est ici, si il lui arrive quelque chose je vous tuerai sans sommation, ajouta Alexander. Suis-je clair ?
– Presque invisible, assura Carter.
Il eut un blanc. Puis Alex rigola.
– Ouais, enfin ne vous faites pas buter avant, si possible.
Carter se releva enfin. Une question lui brûlait les lèvres :
– Qu'est-ce que vous savez des Terres d'Argent ?
– Contentez-vous de ce que Loup Gris vous a dit, Carter. Le VOODOO le pense peut-être fou à lier, mais il sait ce qu'il fait. Si vous devez en savoir plus, ça viendra en temps venu, pour l'heure tenez votre position.
Il se dirigea vers la porte pour s'en aller, quand il s'arrêta et se tourna vers Carter qui eut un petit mouvement de recul. Bailey était vraiment effrayant, quand il ne souriait pas.
– J'ai une dernière question, est-ce que la Légion surveille la Faille en ce moment-même?
– Nous avons quelqu'un sur place, oui.
– Passez-lui ce message ainsi qu'à votre leader : Ils ne sont pas les seuls à se battre.
Carter acquiesça en silence. Au moment où Alexander ouvrit la porte pour la franchir, il lâcha :
– Elle est sélectionnée.
Alexander se tourna vers lui, arborant à nouveau son grand sourire :
- Pas étonné. Cette gamine a un potentiel de dingue.
Il lui fit signe de la main, avant de sortir, refermant la porte derrière lui. Carter chancela contre la table la plus proche, et soupira de soulagement. Il passa prudemment la main sur la peau de son cou pour voir si une goutte du venin de basilic n'y était pas tombée.
Dans le couloir, la classe attendait patiemment que Carter daigne les faire rentrer. Mais l'homme qui sortit de la salle n'était pas leur professeur.
– C'est qui encore, lui ? marmonna Mathis.
De sa hauteur, Angela jeta un regard au grand blond, et haussa les épaules.
– Jamais vu. Beau gosse.
Soudain, Danielle Bourgeois s'écria :
– ONCLE ALEX ?!
– Heeey ! Salut Dani !
– Mais qu'est-ce que tu fais en France !?
– Oh, du tourisme ! J'adore les cuisses de grenouilles panées.
Danielle eut une moue de dégoût. Elle s'apprêtait à répliquer d'une pointe d'humour, quand elle capta le regard inquisiteur de Mathis. Lui non plus ne croyait pas à ce mensonge éhonté, et attendait d'elle qu'elle use de son talent PSI pour débusquer la vérité. Qu'elle utilise son don de légilikinèse sur son propre oncle. Pour qui il se prenait, ce sale gamin ?!
Et pourtant… c'est exactement ce qu'elle fit. Cependant, passées les premières couches de souvenirs qui lui étaient familiers, beaucoup la concernant (une barrière occlumantique classique), elle se heurta à un mur. Pas un mur de brique, avec de possibles fissures à exploiter, non. Un mur de diamant, lisse et impénétrable. Alexander sourit. Rien ne lui avait échappé.
– Je suis également venu pour te souhaiter bonne chance pour les Concours ! Nul doute que tu es en Finale, tu es la meilleure !
– Oncle Alex ! le morigéna-t-elle, rougissant de gêne.
Le Bailey planta son regard sombre dans celui de Mathis. Ce dernier feignit l'indifférence polie, mais une angoisse sourde montait en lui.
– J'en suis presque attristé pour tes concurrents. Ils savent qu'ils ont déjà perdu avant même de jouer.
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Bam. Et tombe la pluie de reviews !
Petits rappels : Le VOODOO est l'agence des services secrets américains. Alexander Bailey, personnage de la saga Marchands de Secrets de DreamerInTheSky, y travaille. C'est l'époux d'Exane Mason, qui elle travaille au Département des Mystères britanniques, et est l'héroïne des Perles Lunaires et de la première partie de MDS.
Merci à Dreamer de m'avoir aidé pour le dialogue entre Alex et Carter. Et pour ce crossover imminent. Et pour tout le reste, dont vous n'avez encore rien vu !
Du coup, je vous préviens tout de suite, vous ne pourrez pas dire que vous avez été pris au dépourvu. Il va falloir suivre MDS à partir de ce point, parce qu'à un certain point du tome 5 d'ELM, nous serons 100% synchronisés, et les deux fics traiteront la même histoire de manière quasi-linéaire.
Il ne reste plus qu'un chapitre avant la conclusion. C'est donc le moment où je poste le résumé du tome 5 sur mon profil !
