Platypus mes zoziaux ! Hé non, vous ne rêvez pas, votre boîte mail ne vous spamme pas : Je publie bien trois chapitres pour trois fics aujourd'hui ! Et trois de plus par mes camarades du Multivers. Six chapitres d'un coup !

Dans le chapitre précédent, nous retrouvions Thomas Devaux, en compagnie d'un duo de néogiciens paaas du tooouuut inspirés de Big Daddy et Hit Girl dans Kick-Ass, qui l'entraînait dans un braquage de convoi. Mathis passait un pacte avec pire que le Diable, l'infernal binôme Isa et Pia : la soeur d'Eurydice contre des cours particuliers. Enfin, Alex Bailey venait à BeauX casser la gueule à Carter, mais en fait non, parce que LE CROSSOVER A COMMENCÉ !

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Raiponce (ou Rapunzel, pour 90% du Monde) aux reviews :

Guten Tag Ywëna ! Ravi que l'embuscade t'ai plu. J'ai passé des semaines dessus, c'était fou !
Il y a des tas de possibilités, pour le doigt d'honneur. Mais si tu en veux une, va lire le chapitre des Wiccans de Salem, hé hé hé.
Ouais, Alex est un Gryffontard, clairement. Mais je pense que par son ascendance, il aurait à l'époque forcé la main au choixpeau pour les verts. Ce qui l'aurait pourri. Salem a sauvé son âme ! Enfin, pour ce que ça vaut…

Hello Tiph ! J'adore placer des réfs totalement aléatoires dans mes chapitres. Un TOC que j'ai piqué à Rick Riordan.
Disons que l'épée de Damoclès est retournée dans son fourreau, mais qu'elle sait où le trouver et comment le tuer.
Ding Ding, bien deviné pour la taupe !
Non, Thomas n'aura pas l'occasion de voir ce que contient le sac. Mais il apprendra de quoi il s'agit plus tard, un peu par hasard.

Salut Dreamer ! Je ne peux que t'encourager à continuer sur cette voie. Dans l'idéal… Enfin, tu sais quand MDS 2 doit commencer, donc que le 1 doit être fini, logique !

Miaou, Allan ! Oui, j'ai carrément imaginé cette scène de manière dynamique et visuelle. Ravi que ça soit passé comme ça. C'est pas discret, mais c'est badass. Digne d'être joué par Bruce Willis.
Oui, il y a d'autres Navajas. Le chasseur Cecilio Navajas est le cousin de Carmen Navajas, la mère de Lucy Zabini.
Pour l'Allemand, il y avait un piège subtil : tous les gentilés dans ELM sont en minuscule. C'était un indice qu'il n'était pas vraiment allemand, que c'était plus un genre de titre (comme l'ambassadeur de l'empire ottoman était appelé le Grand Turc alors que la plupart venaient de Moyen-Orient). D'ailleurs il dit clairement que son accent original est en anglais, ça réduit les possibilités (même si c'est la langue la plus mondialisée, certes).
Pour les présidents américains… Bah c'est expliqué dans le chapitre, en fait. Et disons que la durée de vie de ses créatures assure un certain roulement. Mais je suppose qu'elle ne nomme présidentiellement que les plus importantes, les petits animaux doivent avoir des noms de secrétaires d'état.
Alors non, les détraqueurs ne sont pas issus de la Faille. Mais il y en a des deux côtés, c'est une vraie saloperie. Il y a aussi des fourmis, des deux côtés, pour des raisons évidentes pour moi.
T'as tout compris ! Ils sont la matière et l'anti-matière.
Martin et Orianne n'attaquent pas le gouvernement, ils le pillent allègrement parce que Martin les juge inutiles. C'est comme… Voler de l'argent aux riches pour l'utiliser. De l'optimisation de bien volé. Ils ne veulent pas détruire la société magique, juste s'en servir comme arme contre leurs ennemis, bon gré mal gré.
Le sorcier qui les aide… Est important dans cette histoire. Son nom complet a même déjà été prononcé.
Euh… Et cetera, hein, on va pas y passer la nuit !

(Je me rend compte qu'à part cette dernière, toutes les reviews viennent de mes collègues. Ça fait vachement secte quand même ! J'adore !)

Re-bienvenue, Kuro no Kage, aka le pape en robe de chambre ! Pari intéressant, je note. Je suppose que c'est l'illusionnisme qui t'a fait penser ça ?
Merci d'être revenu !

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Allez, c'est parti pour le dernier chapitre avant la grande conclusion, et le break mi-saga (un break actif, pas un hiatus, ne vous inquiétez pas !). Go !

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16) Le Grand Final

Florine Brindargent épingla le dernier parchemin, et s'écarta du panneau d'affichage. C'était le signal pour les élèves de se jeter dessus comme des lions sur une antilope de liège.

– Allez, on dégage, les nains ! ordonna Mila aux 1ère Année. Vous ne concourez même pas, vous !

Elle fendit la petite foule, suivie de prêt par ce qu'il restait des Augures.

– Alors ? Alors ? S'enquit Émi, qui avait retrouvé en un mois sa joie de vivre et qui sautillait, ses cheveux virant au rose bonbon.

– Alors je suis en Finale pour mon épreuve de Sortilèges !

– Génial ! Et nous ? Et nous ?

– Hé, minute papillon ! J'ai que deux yeux, et ils sont à peu près synchronisés ! Tiens, vous savez quoi ? Gemino !

Mila attrapa au vol la copie de la liste des 4ème Année qu'elle venait de créer, et la tendit à Mathis. Le groupe s'écarta de la foule pour lire tranquillement.

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L'Adaptation des sorts (Sortilèges) :

Von Adowa Caaren

Apíōnellis Sophía (pour Perséphone)

Castilho Isadora

Devaux Mathis

Magnus de Veriasinis Katharine

Nakamarra Nyurapayia

Paewai Ihipera

Thirion Pierre-Antoine

La Métamorphose humaine (Métamorphose) :

Apíōnellis Sophía (pour Perséphone)

Bourgeois Danielle

Haley Ophélia

Paddling Sandra

Salers Greta (pour Mighty Adler)

Les Poisons et contrepoisons (Potions) :

Glazkov Sertorius

Luschek Raven

Nakamarra Nyurapayia

Paewai Ihipera

Les Ligatures contextuelles dans la gravure (Runes, Enchantements) :

Brisebois Émeraude

Luschek Raven

Masari Orilia

Salers Greta (pour Mighty Adler)

L'Équilibre des forces (Mathématiques, Enchantements) :

Paewai Ihipera

Quidma Amara

Wilkins Eurydice

Zeitmann Günter


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– Les Rosa ont raflés la plupart des places ! déplora Raven.

– En même temps, ils représentent l'élite de leur école respective. C'est un peu normal que seuls les meilleurs des meilleurs d'entre nous soient à leurs côtés.

– Te plaint pas, t'es la seule qualifiée à deux épreuves, toi ! répliqua Émi, dont les cheveux virèrent au vert. C'est une blague, j'ai même pas été prise en Métamorphose humaine ?!

– Vous voyez, je vous avait bien dit qu'elle était flippante, cette gamine ! s'emporta Sertorius, en tapotant le nom d'Ihipera, le seul à apparaître trois fois sur la liste.

– La "gamine" a un an de moins que vous, fit remarquer Mila. Je devrais dire quoi, moi ?

– "Désolée Dr Beauxbatons, je suis en retard pour ma permanence à l'infirmerie ?", suggéra Mathis d'un ton innocent.

– Oh par les cou…leurs de Merlin ! s'écria Mila, se précipitant dans le couloir adjacent.

– Hé hé hé.

– C'est quoi, les couleurs de Merlin ? s'interrogea Camille.

– Eeeuuuuuh… Blanc ? suggéra Mathis.

– Vert, brun et/ou gris, comme la plupart des druides ? proposa plutôt Émi, dont le grand-père en était un.

– Est-ce vraiment intéressant ?

– T'es une rabat-joie, Raven.

– Merci, Camille !

– C'est pas un compliment…

– Mais si, mais si !

Camille haussa les yeux au ciel.

– Vous feriez mieux de vous organiser pour les entraînements, au lieu de dire des bêtises.

Mathis approuva le conseil : il réviserait les sortilèges avec Angela. En partant vers l'Étage Blanc, il aperçut Isa et Pia, et les invita à se joindre à eux.

Sur place, les sud-africains Caaren Von Adowa et Isaki Ngcobo étaient déjà en pleine séance. Le quatuor les regarda dueler, en attendant qu'il libèrent l'estrade et aillent poursuivre dans une salle individuelle.

C'est Isaki qui remporta le duel, en projetant une bourrasque d'air d'une main tout en parant le sort de Caaren de l'autre. C'était la première fois que Mathis voyait quelqu'un jeter deux sorts en même temps.

– Bien joué mec ! applaudit-il. Comment t'as fait ça ?

– Merci, s'inclina Isaki. Fait quoi ?

– Jeter deux sorts en même temps ! Je croyais que c'était impossible ?

– C'est impossible de jeter deux sorts en même temps avec la même source d'énergie. C'est pour ça d'ailleurs que c'est inutile d'avoir une baguette dans chaque main.

– Mais alors ?

Isaki tira sur le lacet à son cou pour sortir un pendentif de son col. C'était un escargot de métal bleuté, serti d'une minuscule citrine.

– L'amulette de concentration ne canalise pas ma magie, mais celle des flux éthérés environnants. Deux sources différentes : deux sorts en même temps. C'est comme deux personnes qui jettent leurs sorts sur la même cible en même temps.

– Oh, c'est génial ce truc ! Il m'en faut un !

– Gadget, marmonna Isadora.

– Mais comment il peut y avoir des flux éthérée ici, avec la peinture paramagie partout ? s'étonna Angela.

Isadora se concentra, regardant dans le vide. Elle leva lentement la tête, comme guidée par quelque chose d'invisible. Au bout de quelques secondes, elle ferma des yeux en secouant la tête.

– Woooh chaud ! Hé bien la réponse est simple : ce gros plafonnier là-haut n'en est pas un : c'est un noyau de magie pure, dans une cage alchimique. La salle est saturée d'éther, malgré la quantité énorme que la peinture absorbe.

– Mais la peinture doit forcément rejeter toute cette énergie quelque part ! fit remarquer Mathis. Du moins, d'après ce que j'ai retenu de son fonctionnement.

– Vu la quantité énorme d'énergie, je dirais que cette salle… Je dirais que nous sommes à l'intérieur du générateur de l'école entière, détermina Isa. C'est cette énergie qui alimante tous les éclairages, les dispositifs de sécurité, et tous les mécanismes ici. Tout. Je ne serais d'ailleurs pas étonnée qu'il y ait dans ce mur, sous la peinture blanche, un canal direct reliant le noyau à la tablette de cire.

Elle désigna la tablette accrochée au mur, qui permettait de commander à la salle tous les dispositifs d'entraînement qu'ils voulaient.

Angela se dirigea d'ailleurs vers cette tablette, et entreprit d'y faire sa commande, avec quelques suggestions de Pia qui était très inventive quand il s'agissait de détruire des trucs. Mathis, lui, avait déjà l'esprit ailleurs. À la fin de la séance d'entraînement, avant de rejoindre le Grand Réf, il fit un crochet par la salle du Sondeur et s'installa dans une des cabines.

– Salut Th'aleem !

Bonsoir, Mathis. Que puis-je pour toi ?

– Que sais-tu du noyau d'énergie de l'Étage Blanc ?

Que sais-tu, toi ? répliqua le Sondeur.

– Je sais que ce n'est pas lui qui alimente le château, pour les éclairages. Pour la simple et bonne raison que le château a toujours été éclairé, alors que les salles blanches ont été inaugurées l'année de mon arrivée.

Tu poses donc la mauvaise question.

– Certes. Je rectifie : quelle était la fonction de cet étage, avant la création des salles blanches ?

Voilà la bonne question.

– … Et a-t-elle une réponse ?

Comme toutes les questions.

– Tu vas me faire tourner en bourrique encore longtemps, ou tu comptes me répondre ?

Où est passé ton humour, jeune homme ? déplora Th'aleem. Mais je vais te répondre : cet étage a toujours été réservé au duel.

– Mais il n'y avait pas de peinture blanche.

En effet.

– Ni le noyau d'énergie.

Non plus.

– Mais le château était alimenté tout de même. Probablement par toi.

Comme tu l'as déjà souligné.

– Zut. Donc j'en conclus qu'il faut que je demande : Comment est utilisée cette énergie ?

Je ne peux pas répondre à cette question.

– Allez, steuplaît ! Tu m'as toujours tout dit, tu m'as même filé une prophétie !

Tu te méprends. Je ne peux pas te le dire, parce que je l'ignore.

– Toi ? L'esprit de Beauxbâtons, ignorer ce qui s'y passe ?!

Tout ce que je peux affirmer avec certitude, c'est que la directrice a amené ce noyau elle-même, et qu'elle était seule. Elle a ensuite fait appel aux professeurs Delacour et Carter pour mettre en place le dispositif, mais ne leur en a pas révélé l'origine. Après la pose de la peinture blanche, j'ai perdu l'accès à cette partie du château.

– Hum… Il y a d'autres parties du château auxquelles tu n'as pas accès ?

Le bureau de la directrice, et la salle de confinement du Pavillon de Chasse. Que tu découvriras en temps voulu, inutile de chercher à m'interroger à ce sujet.

– Hum…

Mathis réfléchit. La directrice était à priori la seule à savoir d'où venait ce noyau et le rôle qu'il remplissait. Il fallait donc obtenir l'information d'elle. Directement… ou non. Un plan commençait à se former dans sa tête. Il avait cependant oublié un détail : dans la cabine, Th'aleem pouvait lire ses pensées.

Pourquoi accordes-tu tant d'importance à ce noyau ? s'enquit le Sondeur. En effet, comme tu le sais, c'est quelque chose de très rare et très important, et en arracher un de la nature ainsi est extrêmement grave. Mais en quoi est-ce important pour toi en particulier ?

– Je ne sais pas trop, avoua Mathis. L'instinct. Je crois que je trouverai la réponse que je cherche dans la section verrouillée de l'Opus Tenebræ. Il est temps que j'en brise les sceaux.

Il savait ce qu'il convenait de faire. Il l'avait déjà fait, même s'il avait menti à ce sujet. Il regarda ses petits ongles violacés d'un air absent. Un prix ridicule. Quelqu'un d'autre avait payé bien plus cher pour ça. Quelqu'un qui saurait le guider.

Mais avant ça, il y avait plus important : les finalistes des Concours de Connaissance arrivaient à Beauxbâtons !

Le Scivoloso alla chercher les italiens, tandis que Beauxbâtons prêtait le carrosse volant à Mighty Adler, et que le Morskoyvolk retournait à la Hekseri Akademiet. Les autres écoles utilisèrent leurs propres modes de transport : les néerlandais de la NS2H arrivèrent par le canal, surgissant d'une épaisse brume sortie de nulle part en quelques minutes. Les grecs de Perséphone, eux, firent une entrée plus… fracassante.

Alors que le Morskoyvolk venait à peine de surgir du lac devant l'Académie, et que l'eau n'était pas encore revenue au calme, un énorme tourbillon, plus de la moitié de la surface bleutée, se forma au centre du lac. Des crêtes rocheuses poindèrent lentement autour du tourbillon, tandis que l'aspiration se faisait de plus en plus forte. Le navigateur du bateau russe, Matveev, dut se hâter de jeter l'ancre et de remonter la chaloupe pour qu'elle ne soit pas emportée par le courant de plus en plus fort. Soudain, les rochers pâles pivotèrent vers l'intérieur, et Mathis blémit :

– C'est des dents, souffla-t-il.

– Quoi ?! s'écria Émi.

– C'est pas des rochers, c'est des dents.

– En effet ! s'exclama Psamáthē Xérispolis qui l'avait entendu. Ils font les prétentieux pour impressionner votre directrice, d'habitude on ne sort pas Charybde pour un simple voyage scolaire.

– Charybde !? Le monstre mythologique ?!

Psamáthē haussa les épaules. Mathis n'en revenait pas. Il était ouvert à tout, et se laissait difficilement impressionner. Mais qu'un tel monstre existe, et soit utilisé comme, quoi, moyen de transport ?! C'était au-delà de son seuil de nonchalance.

Soudain, l'aspiration cessa, et, dans un geyser impressionnant qui arrosa tout le public, une trière grecque, entièrement recouverte d'algues, fut projetée dans les airs. Elle retomba lentement, portée par la pression du geyser, tandis que les dents de la créature immense se retirait dans les profondeurs.

– Charybde et la Délienne, soupira Psamáthē. Comme si la simple trière de parade ne suffisait pas…

– C'est comme si les champions de la Hekseri étaient venus sur le Skidbladnir, intervint Charlus.

– Ils sont venus sur le Morskoyvolk, fit remarquer Émi.

Charlus secoua la tête.

– La Délienne et le Skid' sont des bâteaux sorciers légendaires, étant entrés dans la mythologie moldue à l'époque où nos deux mondes n'étaient pas encore séparé. Le Morskoyvolk n'est qu'un bâteau de guerre moldu de l'époque post-Secret Magique, converti par un enchanteur mégalo. Les princes russes étaient jaloux des grecs, qui grâce à Charybde pouvaient faire surgir leur flotte de n'importe où. Mais le Volk est la seule tentative à avoir jamais fonctionné, et l'Académie l'a racheté aux Netaniev.

– C'est quoi au juste, Charybde ? demanda Mathis.

– Celle-là, je te la laisse ! offrit Charlus à Psamáthē.

– Charybde est une abomination alchimique, un monstre artificiel créé par Poséidon Erekhthéôs… l'ancêtre de Dame Sophía.

– Poséidon… Est-ce que tu es en train de me dire… que la mythologie grecque est vraie ?

– Non non !

– Ah ! se rassura Mathis.

– La plupart des "dieux" et "titans" étaient en fait des sorciers qui ont bel et bien existé, et les héros moldus ont été pour la plupart inventés par eux-même pour se faire mousser.

– Même Ulysse ?

– Ulysse ? … Oh, tu veux dire Odysséus ! Lui, c'est l'exception qui confirme la règle : c'était un cracmol.

– Ouah. Hé beh, va vraiment falloir qu'on discute de ça ensemble !

– Quand tu veux ! accepta Psamáthē. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, je viens de voir Déspoina débarquer !

Sur le pont du Morskoyvolk, Ionafan Matveev avait assisté à toute la scène.

– Pff, vantards ! marmonna-t-il.

Quand la trière fut à portée de voix, la navigatrice grecque le héla :

– Ohé, du bateau ! Auriez-vous l'amabilité de pousser votre coquille de noix pour que nous puissions nous arrimer au ponton ?

– Foutu bateau à fond plat, grogna le russe. Hé, qui tu traites de coquille de noix, capitaine de barquette ?

– Bouge ton rafiot ou je rappelle Charybde, marin d'eau douce ! répliqua la grecque.

Ionafan détailla la nouvelle arrivante. C'était une femme d'une bonne soixantaine d'année, avec une très longue tresse presque blanche qui contrastait avec sa peau tannée par le soleil et le sel. Elle était vêtue comme un marin moldu, sa chemise jaunie par le soleil et son jean déchiré au niveau des genoux. Ignorant le regard posé sur elle, elle sortit sa baguette et transmit ses ordres aux sortilèges rameurs, avant d'enchanter les cordages pour orienter la grande voile unique, effectuant une manœuvre d'une grande précision pour glisser le long bateau entre le Morskoyvolk qui mouillait en eau profonde et le ponton du quai qui lui était inaccessible. Si la manœuvre fut un succès, une des rames de tranites à la poupe érafla la chaloupe de la frégate russe.

– Hé, faites attention ! gronda Ionafan.

– Je t'avais poliment demandé de bouger, t'as pas voulu écouter ! répliqua la grecque.

– Vieille folle !

– Jeune con !

– BON C'EST PAS BIENTÔT FINI CE BORDEL ! s'écria soudain Sigfus depuis le quai. IONAFAN, TU FERMES TA GRANDE GUEULE ! ET VOUS, DAME DIOCLES, BIENVENUE EN FRANCE, VEUILLEZ DÉBARQUER DANS LE CALME ET LA BONNE HUMEUR !

– Merci, professeur Leifsson, intervint la directrice Maxime. Cependant, la vulgarité était-elle nécessaire ?

– Non, Madame, concéda Sigfus. Mais efficace.

– Et crier ainsi jusqu'à la fin ?

– Je me suis laissé emporter, Madame, s'excusa l'islandais.

– Je préfèrerais que ça ne devienne pas une habitude.

– Mes excuses, Madame.

La directrice accueillit les nouveaux arrivants en bonne et due forme, et les accompagna jusqu'au Pavillon Bleu, où ils partageraient les étages supérieurs avec les participants du Projet Rosa. Greta Salers fut enchantée de retrouver Andreas et Jonah, de même que Psamáthē soufflait de soulagement de raconter son séjour en France à d'autres grecs que sa tyrannique suzeraine.

Cette année, il y avait peu de participation par rapport aux années précédentes, principalement à cause, Mathis l'apprit par Andreas, des nombreuses désistation suite à l'annonce que la Grande Finale aurait lieu en France. Le fait que ce soit devenu un état martial hermétique où s'affrontaient des forces de l'État incompétentes et des terroristes insaisissables aux pouvoirs de plus en plus grands, ça ne plaisait à personne, évidemment. Dans son cas, la famille d'Andreas se moquait bien de ce qu'il pourrait lui arriver, tant qu'il n'épousait pas cette sang-souillé de Salers. Quant à Jonah, hé bien, ses parents vivant en Angleterre n'avaient pas été informés du lieu de tenue de la finale, et il s'était bien abstenu de partager l'information.

Après le banquet, un incident diplomatique avait failli éclater quand Sigfus Leifsson avait mis une claque derrière la tête d'un élève de la NS2H qui discutait avec le tableau de St Renaud au lieu d'aller se coucher. Mais Carter avait sauvé la situation, en plaidant la folie douce de l'Islandais auprès du Maître Geert Huyghens Backer, qui avait été cette année promu directeur-adjoint et donc responsable des élèves de la NS2H. Quand la discussion avait menacé de s'envenimer pour de bon, Carter avait menacé le néerlandais de révéler un de ses travers, qu'il avait précisé en lui susurrant à l'oreille. Huyghens Backer avait viré du rose au vert, et avait soudainement décidé d'oublier l'incident Sigfus, hurlant plutôt sur l'élève pour qu'il aille se coucher.

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La semaine de Grande Finale fut pour l'ensemble assez peu différente du reste de l'année pour les élèves de Beauxbâtons. Ils avaient les mêmes cours, la plupart du temps avec les assistants, mais parfois avec leurs professeurs. Les Rosa ayant raflé les meilleures places, il y avait peu de participation des 4ème Année de l'Académie pour la Finale. Sertorius était à peu près sûr d'avoir fait mieux que Raven en Potions, qui était à peu près sûre d'avoir fait mieux qu'Émi en Runes (même si cette dernière refusait de le reconnaître). L'épreuve de Sortilèges de Mathis fut portée au dernier jour avant les résultats finaux, le samedi matin. Il avait quelque chose de plus important en tête, mais il fallait assurer cette partie de la journée. L'épreuve avait lieu sur le sol du terrain de Quidditch. Quand son tour fut venu, Mathis se présenta au balcon des spectateurs, ou se tenait la table du jury. Jury qui était constitué du même homme au tatouage de tigre que deux ans auparavant, de la navigatrice grecque, et d'un jeune homme noir vêtu d'un patchwork de poches supposé constituer une robe de sorcier, sa barbiche tressé de perles et son grand bâton témoignant de son état de druide.

– Mathis Devaux, nous nous retrouvons, le salua l'homme au tatouage. La morsure de l'anaconda a-t-elle bien guéri ?

Mathis leva ses deux mains bouffie aux ongles violacés. Il n'y avait bien sûr plus aucune trace de cicatrice à la phalange que Carter avait recollée.

– Une mésaventure alchimique s'en est chargée, résuma l'adolescent. Ça guérira.

– Tant mieux, tant mieux. Vous êtes prêt ?

– Je suppose.

– Bien. L'épreuve de cette année consistera, comme vous l'avez peut-être deviné, à franchir le labyrinthe ci-dessous.

A vrai dire, Mathis, l'esprit toujours ailleurs, n'avait même pas fait attention. Il se pencha par-dessus la rambarde, et remarqua pour la première fois que le terrain en contrebas avait été changé en labyrinthe. L'entrée se situait vraisemblablement au niveau de la rampe d'accès par laquelle il allait descendre, et le centre où trônait une pile d'objets argentés sur un piédestal de pierre devait être l'objectif à atteindre. Toute la zone était survolée par des Zoomécrans de Mava, qui effectuaient des zooms sur chaque recoin du labyrinthe, révélant de temps en temps une créature se faufilant à toute allure.

– Pour remporter l'épreuve, vous devrez atteindre le centre du labyrinthe, et saisir une cloche d'Hermès qui vous téléportera à l'endroit même où vous vous tenez, continua la navigatrice.

– Mais il y a une difficulté supplémentaire, parla à son tour le jeune druide. Vous devrez choisir deux sorts, en cet instant même, et vous ne pourrez utiliser durant ce parcours que ces deux sorts et toute les variantes auxquelles vous pourrez penser.

– Sont interdits les sortilèges de feu, et le sortilège de découpe, conclut le tatoué. Sur quelle paire de sorts se portera votre choix ?

Mathis réfléchit. Avec trois sorts, ça aurait été plus simple… Mais avec deux sorts, il devait réorganiser sa stratégie. À quoi bon s'orienter s'il n'avait aucun moyen de se parer des obstacles. À quoi lui servirait une protection magique contre l'attaque physique d'un animal immunisé… Il aurait pu, bien sûr, partir du principe qu'il n'y avait pas de véritable danger dans ce labyrinthe. Mais à douze ans à peine, il avait dû se battre contre un anaconda qui lui avait, par miracle, arraché un doigt seulement. Mathis doutait que sa sécurité soit une priorité ici. Il prit alors sa décision :

Flipendo, et Aguamenti.

– C'est… un choix intéressant, remarqua la navigatrice. Vous êtes sûr de vous ?

– Certain, Madame.

– Votre choix est validé.

– J'ai une question, intervint le druide. Aucun sort d'orientation ?

– S'orienter dans un labyrinthe est un jeu d'enfant, qu'il soit magique ou non, répliqua Mathis. Les labyrinthes moldus suivent un schéma linéaire : il suffit de tourner toujours à gauche jusqu'à ce qu'on ne puisse plus. On se retrouve rapidement au centre. Pour un labyrinthe magique, c'est encore plus simple : il faut aller là où le labyrinthe ne veut pas qu'on aille.

– Hé bien ! Espérons que votre analyse est la bonne. Vous avez vingt minutes. Le chrono sera déclenché quand vous franchirez le seuil du labyrinthe, et vous sera retransmis par les zoomécrans.

Évidemment que c'est la bonne, se retint de répliquer Mathis. Il salua le jury d'un signe de tête, et se dépêcha de rejoindre la rampe. Il aurait bien sauté pour aller plus vite, mais ignorait la réaction du jury, et préféra faire profil bas. Vu d'en bas, les haies du dédale végétal étaient beaucoup plus impressionnantes. Sans se laisser impressionner, Mathis sortit sa baguette, et entra dans le labyrinthe d'un pas ferme. Au-dessus de lui, une corne sonna, et un zoomécran se positionna au-dessus de lui, affichant en lettres rouges un gros 19:59, 19:58, 19:57…

– À peine stressant ! grogna Mathis, qui se mit à trottiner.

Il partirait d'abord du principe que le labyrinthe n'était pas enchanté, jusqu'à preuve du contraire. Au moins, en tournant à gauche à chaque intersection, il ne s'enfonçait pas dans le labyrinthe par hasard et n'aurait pas besoin de se souvenir du trajet de retour en cas d'erreur.

Il rencontra son premier piège en s'enfonçant dans un large cul-de-sac qui se referma derrière lui. C'était un grand carré uniforme, à l'exception de fourrées plus sombres et touffue que la haie, à droite. Des fourrées surgit une créature noirâtre ressemblant à l'engeance contre-nature d'un grizzly et d'une grenouille. Sa tête, entourée d'une crinière blanche, arborait quatre cornes dont deux petites entre ses grands yeux rouges. En cours de DCFM, ils venaient justement de les étudier. Les hodags. Mathis soupçonna encore une fois une manœuvre de Carter. L'américain ne semblait jamais se formaliser des règlements, comme si tricher était un comportement parfaitement normal. Mais, de fait, Mathis connaissait leur point faible.

Le règlement interdisait d'utiliser d'autres sorts que les deux choisis, pas d'utiliser d'autres moyens de défense !

Il tendit lentement le bras, et arracha deux feuilles de la haie. Le bruissement tira un grognement de la créature, qui darda sa langue en direction de Mathis. Celui-ci posa les feuilles l'une sur l'autre, et les porta à sa bouche. Le sifflement strident qui en sortit eu un effet dévastateur sur le hodag, qui s'enfuit en couinant. Le passage se rouvra derrière Mathis. Celui-ci fit signe au zoomécran, et au lieu de faire demi-tour, s'enfonça dans les fourrées. Comme il s'y attendait, il déboucha dans un nouveau couloir, qui aboutissait sur un nouveau croisement. Mathis hésita un instant, et haussa les épaules. Autant continuer à gauche.

Le chemin suivant était bloqué par des crabes de feu. Un Aguamenti l'en débarrassa. Trop facile… C'est pourquoi il ne fut pas étonné quand le labyrinthe s'adapta. Au croisement suivant, la voie de gauche se referma devant lui, et un grondement sourd monta derrière lui. L'eau sombre qui déferlait lui tira un ricanement. De l'eau contre de l'eau… Évidemment.

Mathis fit tourner son poignet, le cassant au milieu du geste pour amplifier le pointé, comme lui avait appris son ami Jorge, tragiquement disparu.

Flipendo Vertex !

Le sortilège du Repoustout, facilement reconnaissable par son unique lueur turquoise, se changea en une haute lame de lumière qui fonça droit sur la vague. Mathis ne bougea pas d'un pas, regardant l'eau s'écrasant de part et d'autre sur les haies sans jamais l'atteindre. Il dut cependant bondir en arrière à la fin pour éviter que ses pieds ne soient trempés.

– Pfiuuuh. Allez, on y va !

Un labyrinthe magique. Il était donc temps de changer de méthode. Mathis fit demi-tour, tourna un peu au hasard aux croisements en T, et quand il se retrouva à un croisement en croix, se positionna au centre, et pointa sa baguette à deux mains :

Aguamenti Maxima !

Il tendit sa puissante lance à eau, et se mit à tourner sur lui-même. Quand le jet d'eau traversa l'allée de droite, un pan de végétation se referma. Il coupa le jet, et se dirigea vers le couloir obstrué en sprintant. Presque sur le mur, il accéléra encore, et rabattit sa baguette contre sa poitrine.

Flipendo Corporem !

L'onde de choc, qu'il avait déjà expérimentée lors de l'épreuve pratique de sélection, se déclencha au moment où il percutait la barrière verte. Il fut violemment propulsé vers l'arrière, et quand son dos percuta le gazon court du terrain il eut le souffle coupé. Cependant, lorsqu'il put à nouveau respirer et se redresser, il constata que la haie était éventrée, et qu'il pouvait passer.

Mathis leva la tête, et sourit à l'adresse du zoomécran, qui lui renvoya un compte de 7:31. Il se releva, et s'engouffra par l'ouverture créée de force. Il continua à courir aussi vite qu'il pouvait, et quand une autre paroi tenta de se refermer à sa gauche, il bondit à travers, roulant pour se réceptionner. Encore une fois, il était tombé dans une clairière artificielle, un grand carré, dans lequel l'attendait trois créatures. Contre lesquels aucun des sorts qu'il n'avait choisi ne serait utile. Des cynospectres. Les créatures ressemblaient à des loups faméliques, au museau très long. Mais à l'exception de leurs dents, leur corps était entièrement translucide.

Oui, parce que les cynospectres étaient surtout… des spectres.

– Si Émi apprend que je n'ai pas choisi Lumos, elle va me tuer…

Les loups lui répondirent en grognant, et s'avancèrent lentement.

Flipendo !

Le traversa les spectres comme s'ils n'étaient pas là. Ça eut cependant l'effet de les agacer, et

– Improvise, improvise, improvise…

– *Tu peux abandonner quand tu veux*, assura la voix de la grecque, à travers le zoomécran le plus proche.

– Même pas en rêve, grogna Mathis. Flipendo !

Au lieu de viser les créatures, il avait visé juste devant lui. L'éclat de lumière du sort suffit cependant à les faire reculer.

– Diffraction ! s'écria Mathis. Aguamenti Stereos !

L'eau qui jaillit de la baguette se solidifiait presque instantanément. Il s'en servit pour dessiner un quart de sphère entre lui et les créatures. Il coupa le flux, et toisa les trois cynospectres à travers la glace déformante.

– Rendez-vous en enfer, les pétasses ! FLIPENDO MAXIMA !

Le sortilège du repoustout, bien qu'amplifié, n'avait pas assez d'élan pour pulvériser la glace. Le sort s'étala sur la surface, jusqu'à avoir assez de poussée pour décoller la glace du sol. L'effet loupe amplifia la lueur naturelle du sort, et c'est une lanterne géante qui déferla sur les créatures. Elles hurlèrent de terreur, et s'enfuirent par une ouverture qui venait d'apparaître.

Mathis se tourna vers l'écran flottant, et effectua un double salut militaire.

– On y va ?

L'écran lui répondit par un "4:18" rouge.

Il s'engouffra par la petite ouverture, et dût ramper sur les derniers mètres. Enfin, il déboucha en plein milieu d'une longue allée. À gauche, le chemin tournait à droite. À droite, le chemin tournait à gauche. Mathis utilisa à nouveau le coup du jet d'eau, mais le labyrinthe ne réagit pas. Aucun piège. Il réfléchit.

– Bon. Tant pis. Flipendo Vertex !

De ce sort, il éventra la haie jusque devant lui, et bondit à travers la balafre avant que la haie ne se referme d'elle-même. Face à lui, une tablette en pierre. Sur la tablette, plusieurs objets de métal en forme de cloche, gravé d'un caducée.

– Pierre de l'Infini, donne moi le pouvoir ! s'écria Mathis en en saisissant une.

Il eut la sensation désagréable qu'un aspirateur géant lui arrachait le nombril. Tout devint flou, jusqu'à ce qu'il réapparaisse sur l'estrade, faisant grincer les planches sous ses pieds. Il bascula en avant, et faillit se manger la table du jury.

– Ouh là ! Ça va, jeune homme ? s'enquit le tatoué.

– Pas de mal, m'sieur ! C'était assez intense, pour une première téléportation…

– Oh tu n'as jamais… Je vois. Hé bien, il faut un début à tout. Ta première téléportation, ta première épreuve de finale validée en Sortilèges…

– Sérieux ?

– Ai-je une tête à plaisanter ?

Mathis haussa les épaules.

– L'humour n'est pas une question de physique.

– Ha ha ha, certes ! Tu as décidément un esprit particulier, jeune homme.

– Nous l'avons clairement remarqué lors de votre épreuve, appuya la navigatrice. Je dois dire que suis impressionnée.

– En plus, vous détenez actuellement le record de la journée, pour l'épreuve, ajouta le druide. Seize minutes et cinquante-quatre secondes.

– Qu'avez-vous pensé de votre prestation ? demanda le tatoué.

– Hé bien… je suis plutôt satisfait de moi, avoua Mathis. Bien sûr, si je savais à quoi m'attendre, j'aurais pris Lumos plutôt qu'Aguamenti, mais j'ai réussi à m'adapter.

– Tu penses avoir fait des erreurs ?

– J'aurais dû vérifier immédiatement si le labyrinthe était magique, avant de m'y enfoncer trop profondément. Mais maintenant que je le dis… Peut-être que la partie extérieure du labyrinthe n'était pas magique. Et de fait, c'est pour ça que j'ai rencontré peu de pièges mécaniques après le début : je me suis tout de suite enfoncé dans la partie magique, avec les créatures.

– Je vois. Eh bien, merci de ta participation, et passes une bonne fin de journée. Les résultats seront annoncés demain, vers 16h.

– Merci ! Bonne journée à vous aussi !

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Mathis s'agaça. Visperi était en retard. Bien sûr, il n'aurait pas dû s'en formaliser. Elle était presque toujours en retard, et toujours imprévisible. Mais une heure et quart, c'était beaucoup, quand même…

– Ha, te voilà enfin !

– Si ma présence te rend grognon, je peux repartir si tu veux ? proposa Visperi d'un ton candide.

– NON ! Je veux dire… Reste, s'il te plaît, c'est important.

– Évidemment que c'est important, sinon je n'aurais pas abandonné mon goûter.

– Tu… Enfin bref ! Si je t'ai fait venir ici…

– Dans une salle de cours vide ? Intéressant !

– Concentre-toi, Vipère !

– Pardon, pardon. Tu disais ?

– Humph… Allons à l'essentiel… Je pense avoir trouvé le moyen d'accéder à la section scellée de l'Opus Tenebræ, et ça recquiert un rituel alchimique touchant dangereusement à la nécromancie.

– Ah oui, bien sûr ! Utiliser un homoncule pour ne pas que l'âme du lecteur soit brûlée. Ça peut fonctionner.

– Merci ! J'étais sûr que tu me comprendrais !

– Bien sûr, quelle question. Tu sais déjà quelle technique tu prévois d'utiliser ?

Charybde.

– Une abomination alchimique, comprit Visperi. Ça demande une puissance magique phénoménale. Tu es sûr de vouloir tuer autant de gens ?

– La puissance est proportionnelle à la taille, fit remarquer Mathis. Je n'ai pas besoin d'un monstre marin géant pour garder un détroit militairement stratégique. Juste d'une créature avec deux mains et un œil, assez grosse pour être capable de tourner les pages et de recopier ce qu'elle voit. Quant à la puissance magique, Je vais demander à Raven de me tirer une ligne directe entre le nœud magique de l'Étage Blanc et un autel généré par l'ardoise. Tu penses que c'est réalisable ?

– Le rituel de liaison peut être extrêmement dangereux si tu n'as pas la force de canaliser toute cette puissance brute.

– C'est pour ça que j'ai besoin de toi, avoua Mathis. J'ai besoin…

– D'une septère, compléta Visperi. Zut, moi qui croyais que tu voulais juste mes supers conseils.

– J'en ai besoin aussi !

– Visiblement. Tu as déjà pensé à la matière première que tu comptais utiliser ?

– C'est là que le bât blesse. Ton frère est presque sûr qu'il y a un genre de sécurité sur l'Opus, une empreinte génétique… Un truc dans le genre. Seul un humain peut l'ouvrir.

– Et un humain perdrait la raison à lire les chapitres scellés. Je suppose que les Ducs ont trouvés une parade à ça.

– Duncan était un ex-Mangemort. Je suis à peu près certain qu'il était nécromancien.

– Un inferius serait parfait, approuva Visperi.

– Ouais, mais on n'a pas trop de cadavre humain sous la main… Et non ! Je refuse d'en mettre un à ma disposition en tuant quelqu'un !

– J'ai rien dit !

– Tu l'as pensé très fort.

– Oh, t'es légilimens ? Génial !

– Quoi ?! Mais non !

– Ah. Tu veux que je t'apprenne ?

– Serpent a déjà commencé… Mais c'est pas le sujet ! La matière première !

– Tu pourrais te contenter de couper la jambe de quelqu'un. Ça devrait faire assez de matière.

– Mutiler quelqu'un n'est pas socialement acceptable non plus, Vipère.

– Barbant.

– Ouais, mais plutôt utile quand tu es la cible. Et puis en plus une jambe ne ferait pas l'affaire. Un œil fonctionnel serait bien trop complexe à métamorphoser, il en faut un déjà près.

– Je suis à peu près certaine que couper la tête à quelqu'un, même à une personne consentante, est mortel pour elle et illégal pour toi.

– Mais… À quel point la chair doit-elle être fraîche ?

– Hé bien, dans de bonnes conditions de conversation…

– Disons celles d'une morgue ?

– Quelques jours. Deux ou trois, avant que les cellules ne dégénèrent.

– Parfait.

– Alors, que comptes-tu faire, petit oiseau ?

– Hé bien ! Voler une jambe et un œil à un cadavre frais dans une morgue, évidemment ! La fin justifie les moyens, et les victimes des Ducs seraient j'en suis sûr ravie de pouvoir aider à leur arrestation. Un contact à l'extérieur m'a fait savoir que Samaël faisait à nouveau parler de lui, et que la tribu des centaures noirs de Sathariel effectuaient des raids de plus en plus loin hors de la réserve, à tel point que les villages sorciers les plus proches ont été entourés de barrières magiques. Je donne pas un mois avant qu'il n'y ait de nouvelles victimes. Beaucoup moins si le sceau de Zomiel est brisé, parce que Samaël aura accès à son plein potentiel.

– On dirait que la mort imminente d'innocents te réjouit, déplora Visperi.

Mathis haussa les épaules.

– Des morts, il y en a eu beaucoup avant que quiconque agisse. Et je suis sûr et certain qu'il y en aura encore bien plus, peut-être des centaines, des milliers, si je ne fais rien. Alors, que quelques morts me permettent de mettre fin à tout ça beaucoup plus rapidement, c'est un mal pour un bien.

– Mais pourquoi ce serait à toi de faire quelque chose ?

– Parce que je dois finir ce que j'ai commencé. Tu sais, je ne me prends pas pour un héros… J'ai juste voulu aider, et j'ai vu à quel point c'était grave. J'ai pris le destin de la nation entre mes mains, et il est hors de question que je l'abandonne parce que je ne me sens pas à la hauteur, ou parce que la méthode pour y parvenir n'est pas éthique.

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Quelque part aux États-Unis, le même jour…

Pour beaucoup d'agents, Alexander Bailey était une légende, pour d'autres il était une énigme. Il était difficile à expliquer pourquoi un gars avec autant de pouvoir politique dans son petit doigt refusait de l'utiliser pour contourner les règles.

Il était le mari d'Exane Mason, agente elle aussi, mais surtout héritière de la famille Mason, historiquement puissante dans le Royaume-Uni, et n'a jamais utilisé ceci pour avoir l'ascendant sur les Mystères britanniques.

Il était le troisième fils du patriarche Bailey, très proche donc de l'héritage, et n'avait jamais utilisé cela pour s'inviter dans la politique du MACUSA.

Il était le beau-frère de Christian Mason, patriarche de la famille Bourgeois qui dirigeait la Caste Noire, mais il n'avait jamais utilisé son influence pour contrôler la famille Angeville, famille du patron d'Alexander.

Jusqu'à aujourd'hui.

Car la situation était critique. La France était au bord de l'implosion, et garder le grand secret de la famille Mason faisait partie de ses prérogatives. Il fallait qu'il intervienne. Il n'avait pas le choix et cela l'énervait.

L'ascenseur s'ouvrit à l'étage des Mains-Grises au MACUSA. Alexander quitta la cabine d'un pas pressé. Il était vêtu d'une chemise blanche et d'un pantalon gris souris, sous un manteau côtelé noir au rand col. Ses lunettes de soleil et son absence de sourire faisaient froid dans le dos. Les agents du couloir déglutirent et dégagèrent de son passage alors qu'il remontait l'allée au bureau aux vitres transparentes qui dominait l'étage, le bureau de Wyatt Angeville. L'homme, naturellement blond, avait les cheveux grisonnants. Sa peau mate luisait presque sous le soleil perçant à travers le vitrage bleuté. Il portait un costume parfaitement coupé bleu marine et discutait avec le calme qui le caractérisait en compagnie de deux hommes et une femme. Alexander les reconnut comme les ambassadeurs sorciers d'Argentine et du Brésil, ainsi qu'Arthurin Marotti, l'agent assistant de direction. Wyatt avait les mains croisées devant sa bouche et leva les yeux pour voir Alexander qui s'était débarrassé de ses lunettes de soleil. Wyatt fronça à peine les sourcils, puis clot sa réunion.

Les diplomates échangèrent une poignée de main alors que Marotti ouvrit la porte pour eux. Les invités quittèrent le bureau sans avoir vu Alexander :

– Mister Bailey.

– Luna et Diego, répondit-il sans un seul sourire.

Les diplomates s'échangèrent un regard rapide et s'en allèrent très vite, guidés par Marotti à l'ascenseur. L'absence de sourire d'Alexander était très parlant, et quand Wyatt l'invita à entrer dans son bureau, lui aussi s'inquiéta automatiquement :

– Que se passe-t-il ? Où est Carter ?

Sa voix disparut alors que la porte de son bureau se referma. Les deux hommes discutèrent, Alexander restait debout les poings serrés. Wyatt secoua la tête, plusieurs fois. Alexander inspira et expira profondément, et lâcha une phrase les yeux clos. L'expression de Wyatt changea du tout au tout, crispée dans la rage et l'incompréhension. Puis le dégoût. Devant le bureau, des agents s'arrêtèrent pour regarder en murmurant alors que les deux hommes se disputaient. Marotti revint finalement, bouche bée et les yeux ouverts de confusion. Wyatt et Alexander ne se jetaient jamais à la gorge de l'un et l'autre. Ils étaient comme frères… Mais aujourd'hui des frères ennemis.

Alexander leva ses mains en guise de reddition alors que Wyatt le pointait du doigt accusateur. Il eut un petit silence. Alexander avait l'air très fatigué comme son opposant. Ils n'avaient plus envie de se battre. Wyatt se laissa tomber sur son fauteuil. Alex mis ses mains dans ses poches et soupira, lâchant une ultime supplique. Wyatt se figea. Il le regarda droit dans les yeux. Marotti ne put lire que cela sur ses lèvres :

« Jure-le. »

Sitôt après, les vitres se teintèrent, alors que Wyatt avait agité sa baguette. Les agents repartirent au travail en murmurant, se questionnant sur le coup de colère rarissime de Wyatt. La porte s'ouvrit finalement sur Alexander qui quitta le bureau en soupirant et s'en alla sans demander son reste. Wyatt vint dans l'encadrement de la porte :

– Marotti !

L'agent sursauta.

– Efface l'ordre de retour pour l'agent Carter et ferme les écoutilles.

– Que.. Quoi ?! Mais directeur.

– C'est un ordre, Marotti.

Et Wyatt s'enferma dans son bureau. Pendant ce temps Alexander avait son téléphone à l'oreille en murmurant alors qu'il quittait le MACUSA :

– Allô Exie ? C'est fait. Appelle les autres, on peut partir en France.

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À bientôt pour la suite ! Reviewez bien, les zamis !