Le temple du Nord donnait l'impression d'être perpétuellement noyé dans l'hiver. Au plus fort de ce que le Nord appelait l'été et que le reste de l'Empire appellerait l'hiver le plus rude qu'ils avaient jamais rencontré s'ils y avaient été confronté, le temple du Nord vivait dans un état de crainte mêlée de malaise.
Depuis des semaines ils sentaient tous, du plus vieil ancien jusqu'au plus jeune shidi, que quelque chose se préparait. Quelque chose qui avait forcément à voir avec le prisonnier qui aurait déjà du être mort tout au fond des geôles du temple.
Anbei QingMing était revenu de la Capitale en vainqueur. Il avait réussit à protéger l'Empire du Serpent. Il avait réussit à trouver enfin en lui de quoi générer le Bouclier le plus puissant que les anciens avaient jamais vu. Le nouvel Empereur tout neuf le voyait positivement et JingYun tout autant.
Ils avaient envoyé la créature pour mourir et il revenait auréolé de plus de gloire qu'aucun membre de la secte avant lui.
Alors les anciens s'étaient un peu énervé.
Ils avaient exigés qu'il relâche ses shishen pour les lui prendre. Ils avaient exigés qu'il refuse l'héritage de son maître. Ils avaient exigés qu'il demande de lui-même de quitter la secte et qu'il en paie le prix.
Le bâtard de démon avait refusé.
Alors ils l'avaient enfermé tout au fond du temple. Quelques jours dans l'enfer glacé sous leurs pieds serait suffisant pour le faire céder à toutes leurs exigences. Un maître avait même proposé de faire de lui son shishen. S'il était assez humain pour se faire passer pour un humain, il était aussi assez un démon pour pouvoir être enchainé, non ? Ils n'allaient pas relâcher dans la nature quelqu'un qui connaissait tous leurs secrets et les maitrisaient si parfaitement. Ce serait ridicule. L'enchainer, faire de lui leur esclave, leur chaudron même. Après tout, les renards étaient parfait pour ça.
L'idée avait été approuvée par tous les anciens sans exceptions.
Il fallait juste assez briser le monstre pour qu'il accepte. Ils ne pouvaient rien faire s'il refusait de se soumettre. Il était aussi fort que solide. Ils ne pourraient le forcer. Il fallait le briser avant. Avec ses shishen à l'abri, sans famille et sans ami, ils ne pouvaient que briser son corps pour espérer briser son âme.
Les nordistes étaient des monstres, mais ils étaient délicats. Se salir les mains ? C'était bon pour leurs shishen. Eux, ne le feraient jamais. Alors ils l'avaient enfermé tout au fond des entrailles du temple pour que le froid, les esprits enfermés là, les hantises, le noir et la peur finissent par lui arracher sa belle arrogance.
Au bout de trois mois de torture, sans rien à boire ni à manger, le demi-démon n'avait toujours pas cédé.
Rien n'avait changé dans la minuscule geôle glacé où le demi-démon dormait sans un bruit, les queues sur le nez, roulé en boule dans ses poils. Le jeune QingMing n'était pas stupide. Ils voulaient le briser ? Ils ne pourraient l'atteindre. Protégé au sein d'un bouclier argenté, il attendait en dormant.
Qu'est ce qu'il attendait ?
Personne ne le savait. En revanche, tout le monde avait sentit que quelque chose approchait. Quelque chose arrivait. Et ce n'était pas content.
Certains avaient suppliés les anciens de le relâcher. Ils n'avaient que faire de lui. Ils pouvaient juste le jeter dehors comme défroqué et s'en laver les mains. Mais les anciens étaient bornés. Ils obtiendraient ce qu'ils voulaient. Leur volonté était la loi dans le temple. Il y avait bien trop longtemps que le monstre échappait à leur contrôle à cause de Zhong Xing. L'ancien chef de secte était le responsable mais QingMing était le coupable.
Ils ne cèderaient pas.
Le premier qui avait réalisé ce qui n'allait pas était un petit groupe de shidi de six ans. On était l'été dans le nord, mais ici, l'été restait dans les négatives. Alors des oiseaux ? A leur latitude ?
Ils n'avaient été que deux ou trois au début. Ils ne semblaient pas sentir le froid.
Les quelques oiseaux avaient été de plus en plus nombreux. Après les passereaux, c'étaient des merles, des corbeaux et des pies qui étaient apparues de plus en plus nombreux. Ils se pressaient dans les rares arbres qui dormaient sous la glace autour du temple, ils se posaient sur les bords des fenêtres ou entraient dans le temple dès qu'ils le pouvaient. La fiente sur le sol était rapidement devenue un ennui récurent partout. Les talismans pour repousser les oiseaux ne servaient à rien. Ils entraient de plus en plus nombreux sans que quiconque ne comprennent comment ni pourquoi.
Puis les rapaces étaient apparus.
Nombreux, agressifs avec les humains et qui ignoraient totalement les passereaux qu'ils auraient du tuer et manger. Ils dévoraient ce qu'il y avait dans les assiettes et les réserves, ils éventraient les sac de riz et de blé pour que les oiseaux plus petits se rassasient.
Ca durait depuis des semaines maintenant.
Personne ne comprenait ce qui se passait. Ni, surtout, comment y remédier.
Avaient-ils heurtés une divinité aviaire ?
"- ZHONGZU !"
Le chef de secte bondit sur ses pieds. Il renversa sa tasse de thé au passage.
"- Qu'est ce qui se passe ?"
"- vous… venez !" Le garde était livide et tremblait de tous ses membres.
Tous les membres du temple étaient en train de converger vers les portes. Elles avaient été… Elle avaient fondues ! Les portes de glace avaient fondues !
Et ce son… Tous les oiseaux s'étaient envolés et tournaient autour de la cour du temple. Le bruit était à la fois trouble et profondément inquiétant. Le vol d'un oiseau n'avait rien de dangereux. Mais des centaines ? Des milliers qui volaient en rond sans émettre un son ? Les paons étaient arrivés quand ?
Un oiseau monstrueux réclama de toute la force de ses poumons. Son cri couvrit la murmuration des autres pendant une seconde auquel ils répondirent en volant plus vite.
Zhuque se posa devant le chef de secte. Les flammes de sa queue et de ses ailes faisaient fondre la neige et la glace autour de lui. Le Dieu-Gardien n'était pas content et menaçait de détruire leur secte. Pourquoi ? Pourquoi le Maître du Sud leur en voulait-il ?
Tous les oiseaux se posèrent soudain où ils le purent. Peu importait que ce soit sur un rocher, une fenêtre ou la tête d'un disciple. Plusieurs anciens avalèrent difficilement leur salive lorsque des rapaces se posèrent sur leurs épaules. Ils étaient bien prêt de leur visage et les créatures, farouches et fières, exsudaient la menace.
Zhuque n'était pas là pour plaisanter. Si la réponse du chef de secte n'allait pas au Dieu-Gardien, les rapaces allaient leur dévorer le visage. Ils le savaient tous.
"- Où est Anbei QingMing." La voix de Zhuque éclata sous le crâne de tous les disciples.
Les adultes hurlèrent de douleur. Zhuque avait pitié des plus jeunes.
"- Seigneur Zhuque."
"- Si Anbei QingMing ne m'est pas présenté d'ici un ké, je raserai ce temple."
"- Seigneur…"
"- Vous devriez lui obéir. Il n'est pas content et il n'est pas le seul."
Les oiseaux s'étaient mis à crier autour des humains. Leur colère était palpable. Un des rapaces, plus énervé que les autres, plongea son bec dans l'œil d'un des anciens qui hurla de douleur.
"- OU EST QINGMING." Rugit encore le dieu gardien.
Les flammes autour de lui dévorèrent quelques maitres qui ne s'étaient pas écartés assez vite. Zhuque n'avait pas de pitié pour eux. Il savait qu'il n'y avait aucun innocent parmi les adultes.
Il n'en fallut pas plus pour qu'on accompagne Boya jusqu'au fond du temple pour aller chercher son ami. Il en ressortit un long moment plus tard avec un petit renard blanc endormit dans ses bras.
Les oiseaux s'envolèrent alors que Zhuque laissait éclater sa colère pour détruire tous les bâtiments les plus proches de ses flammes.
Boya sauta sur l'échine du dieu gardien avec le petit renard à l'abri contre lui.
Ils laissèrent derrière eux la secte du nord en cendre, des disciples sans rien pour les protéger du froid à part leurs sous-terrain. Les milliers d'oiseaux suivirent le dieu-gardien.
Le dieu gardien libèrerait la murmuration dès qu'ils seraient sous des cieux plus cléments.
"- Zhuque ?"
"- Ses shishen nous attendent."
Franchir la barrière entre les mondes n'était pas compliqué pour un dieu-gardien.
Boya hocha la tête. Il ne remercierait jamais assez Zhuque de les avoir sauvé tous les deux de leurs temples.
