Chapitre VI : Une Mystérieuse Épéiste.
Drago avait pris ses quartiers le lundi suivant vers 10 heures. Sur un élégant bureau qu'il avait fait apparaître par magie, et après plusieurs trajets, il avait installé de nombreux parchemins, grimoires et dossiers administratifs. Le meuble était à ce point couvert de documents en tout genre, qu'on ne voyait plus que ses cheveux blonds qui s'agitaient derrière les piles de livres et de paperasses. La matinée fut, par chance, particulièrement calme. Deux élèves de première année se blessèrent lors d'un cours de balais. Le médicomage en profita donc pour faire pratiquer la magie de soin aux stagiaires de Saint-Mangouste. Sélénia et Reginald étaient en seconde année à l'Université des Soins Magiques, que tous les étudiants et médicomages surnommaient familièrement l'USM.
Reginald Von Hercht avait la peau pâle, des cheveux noirs et bouclés, et une boucle d'oreille en forme de dragon chinois. D'après son dossier, il descendait d'une longue famille de médicomages allemands, et il avait visiblement décidé de suivre la tradition familiale. Son travail était méticuleux, mais trop scolaire. Le jeune étudiant appliquait avec précision ce qu'on lui enseignait, et rien de plus. Il ne cherchait pas plus loin, ne questionner par les méthodes. Pour Drago, c'était le signe d'un manque d'envergure et d'imagination. D'après lui, Reginald n'aurait jamais son nom dans un manuel de médecine.
En comparaison, Sélénia Prince était beaucoup plus intéressante. Elle avait le teint maladif et les cernes d'une insomniaque chronique. Ses cheveux châtains formaient un chignon bas dont elle laissait échapper quelques mèches. Ses soins étaient encore laborieux en de nombreuses matières, mais ses connaissances théoriques et ses questions montraient une imagination et une intelligence surprenante.
-C'était plutôt calme ce matin, nota Reginald, en examinant l'état d'Ariana, toujours comateuse.
-Attends Mercredi, grogna sa collègue. C'est le jour des entraînements de Quidditch...
-Tu n'aimes pas réparer des fractures, c'est tout !
-On fait pratiquement que ça ! Je veux faire une opération à cœur ouvert, ou une intervention sur la colonne ! Professeur Malefoy, appela t-elle, est-ce que vous pensez qu'un jour on pourra en faire ?
Celui-ci en profita pour faire une pause dans ses recherches, et décida de prendre une tasse de thé avec eux.
-Vous êtes tous les deux en seconde année, donc vous allez encore devoir attendre deux ans, pour commencer à faire des opérations complexes. Toutes les spécialités ne donnent pas lieu à des interventions en chirurgie. Vous avez réfléchi à ce que vous allez choisir l'année prochaine ?
-Je veux faire comme mon père, affirma le garçon. Il est virologue, vous avez probablement lu son article sur un traitement expérimental de la dragoncelle.
-C'est possible, et toi ? Demanda Drago à la jeune étudiante qui semblait songeuse.
-J'aime bien les pathologies magiques et les malédictions, c'est votre spécialité, non ?
-Effectivement, je suis spécialiste des maléfices. Si tu choisis cette branche, tu auras ton lot d'intervention, je peux te le promettre. En revanche, Réginald, je suis désolé mais les virus magiques sont rarement traités avec des interventions chirurgicales.
-Je ne suis pas déçu, affirma le garçon.
-Moi, je suis curieuse, c'était quoi votre plus grosse opération ? Demanda Sélénia à son aîné.
Drago réfléchi un instant, tout en buvant une gorgée de thé à la menthe.
-Il y a quatre ans, j'ai retiré le cœur d'un homme pour le purifier et le remettre à sa place. Il avait été victime d'une ancienne malédiction lors d'un voyage au Pérou.
-C'est incroyable, fit la jeune femme avec des étoiles dans les yeux. Si ce n'est pas indiscret, pourquoi vous avez choisi cette spécialité ? Je n'arrive pas à prendre une décision, peut-être que ça pourrait m'aider.
-Vous étiez trop jeune lors de la dernière guerre, fit Drago. Une guerre laisse des marques et des cicatrices qu'on préfère voir disparaître.
-Ma mère, avoua soudain Sélénia, elle a dit que vous étiez un soldat de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom à l'époque.
-C'est faux, fit une voix familière derrière eux.
Harry venait de faire son entrée avec deux plateaux couverts de nourriture.
-C'est inutile, Harry, fit Drago de sa voix froide et lasse. C'est vrai, j'ai combattu pour le Seigneur des Ténèbres. J'ai grandi dans une famille de Sang-purs, et les chiens font rarement des chats. J'étais idiot, perdu, et j'ai fait des erreurs. Néanmoins, ta mère n'a pas à juger de mon comportement. Les seuls qui peuvent le faire, sont ceux qui comme Harry connaissent l'histoire complète.
-Je crois qu'être défendu par le Sauveur, lui-même, est une défense suffisante, intervint Reginald qui fixait Harry avec admiration.
-Ne faites pas attention à lui, maugréa Drago avec un sourire mesquin. Il aime attiré l'attention en défendant la veuve et l'orphelin.
-Il est grincheux quand il a faim, expliqua Harry en posant le plateau sur le bureau.
-Vous...Vous êtes amis ? Demanda Reginald.
-C'est une bonne question, s'amusa Harry. Est-ce qu'on est ami, Malefoy?
-Non, définitivement pas. On est tout un tas de chose, mais nous ne sommes pas amis.
Harry se demanda quelques secondes pourquoi Drago venait d'être aussi blessant, mais il prit soudainement conscience que le blond avait simplement dit la vérité. Ils étaient rivaux, amants, petit-amis, mais ils n'étaient pas vraiment amis. Le feu tiède et rassurant d'une amitié n'avait rien à voir avec leur relation qui, si cotonneuse soit-elle, brûlait d'un feu ardent. Bien entendu, la discrétion de leur situation et le flegme de Drago freinait l'incendie, mais tous les deux savaient que, même sans le dire chaque jour, ils s'aimaient d'une façon qui n'appartenait qu'à eux.
-Vous pouvez prendre votre repas avec les élèves, si vous voulez, fit Drago aux stagiaires. N'oubliez pas, pas un mot sur l'état d'Ariana, il ne faut pas que les choses s'ébruitent, et vous êtes soumis au secret professionnel. Harry et moi devons discuté de plusieurs choses.
Les deux étudiants disparurent presque aussitôt, et Harry s'installa à table après avoir lancer un « Accio » sur une chaise qui traînait par là.
-Je dois me rendre à Pré-Au-Lard, cet après-midi, tu m'accompagnes ? Demanda Harry.
-Oui, je dois préparé une potion pour le réveil d'Ariana, et Théo n'a pas ce qu'il faut dans son armoire. Dumbledore était moins rigide sur l'achat d'ingrédient que McGonagall apparemment.
-Tu as trouvé une solution alors ?
-Non, c'est une potion apaisante. Elle va devoir faire face à une perte de mémoire conséquente, il vaut mieux l'accompagner dans le processus. Les Aurors ne sont pas trop dérangés par le fait d'être sous tes ordres ?
-Ceux sont d'anciens collègues, donc ils savent que je suis compétent. Il n'y a que Travers qui rechigne, car il est plus vieux que moi. Seulement, ils ne connaissent pas ce château comme moi, et ils n'ont pas une carte magique.
Drago jeta un coup d'œil au morceau de parchemin qu'il avait à côté de lui pour suivre les faits et gestes de chacun.
-Tu sais que des pièces sont manquantes ? Demanda le blond, en avalant une bouchée de poulet au miel bleu.
-La Chambre des Secrets et la Salle sur Demande, oui, je sais.
-Oui, et également le Bassin de la Sirène. Il serait peut-être bon d'aller faire un tour dans ces endroits car pour l'instant, sur la carte, il n'y a rien d'anormal.
Harry fronça les sourcils. Était t-il possible que Drago est connaissance de lieu à Poudlard dont Harry ignorait tout ?
-Nous irons ensemble, Travers et les autres sont en train de mener l'enquête sur Holcomb pour l'instant. C'est quoi le Bassin de la Sirène ?
-Je ne pense pas que notre coupable se cache là-bas, mais je veux bien te montrer ce soir. Considère ça comme une surprise.
La dernière « surprise » de Drago s'était soldée par eux deux, entièrement nus et en sueur au milieu des douches du stade de Quidditch. Harry rougit légèrement à l'idée de renouveler l'expérience dans une autre pièce du château.
Plus tard, dans l'après-midi, les deux partenaires rejoignirent le village. Les préparatifs d'Halloween commençaient, et les commerçants installaient les décorations sur les façades et dans les vitrines. Les employés d'Honeyduck versaient dans d'énormes tonneaux, des kilos de citrouilles acides, et de fantômes au miel.
Drago, et lui s'arrêtèrent d'abord au Trois Balais, presque vide à cette heure de la journée. Après s'être fait servir un Wisky pur-feu pour Drago, et une bièraubeurre pour Harry, ce dernier appela la tenancière, Rosmerta, une nouvelle fois.
-Vous n'êtes pas là pour le côté chaleureux et sympathique, je me trompe ? Demanda t-elle alors, à voix basse.
-Nous enquêtons sur des événements étranges à Poudlard, fit l'ex-Auror. Vous êtes dans la rue principale du village, donc je me demandais...
-Si je n'avais rien vu d'étrange ? acheva Merlin ! Les Aurors, même après avoir quitter le métier, ils ne changent jamais. Vous avez de la chance. Une inconnue est passée au village, il y a une dizaine de jour. Un de mes clients l'a bousculer par accident. D'après lui, elle portait une épée à la garde. C'est assez étrange pour vous ?
-Vous savez pourquoi elle était-là ?
-Elle sortait de chez Graham Bell, l'apothicaire. En dehors de ça...
-Merci, fit Harry avec un sourire sincère.
-L'année dernière vous avez sauver le village. Vous pouvez considérer que c'est un remboursement de ma dette.
Elle s'éloigna ensuite pour préparer une étrange boisson pour un gobelin.
-Une épée..., murmura Harry pour lui-même.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-La seule épée magique, que je connais, c'est celle de Gryffondor. Elle est dans le bureau de la directrice, donc ce n'est pas la même. Si la personne qui possède l'épée est notre coupable, nous allons devoir être prudent. Elle utilise des objets magiques dont nous ne savons peut-être rien.
-Je n'avais pas l'intention de faire autrement, épée ou non. Des lames magiques, ce n'est pas si rare que ça. Il paraît que la famille Rosier possédait Nothung dans son coffre à Gringotts. Le fait d'en avoir une sur soi, en revanche, oui, c'est plus que suspect.
-Depuis que je fais équipe avec toi, je tombe que sur des ennemis particulièrement vicieux, nota Harry.
-Considère ça comme ma touche personnelle, s'amusa le blond. En disant que les Mangemorts n'étaient pas assez vicieux, tu viens probablement d'insulter leurs mémoires sur vingt générations.
-Je ne vais pas insulter la noble famille Malefoy, taquina Harry. Aussi agaçant que soit leur descendance, elle est assez plaisante à observer et à embrasser.
-Arrête de jouer les flagorneurs, et termine ta bière, on doit se rendre chez l'apothicaire.
