Chapitre VII : Le Temps Est Subjectif.
Graham Bell était un homme dont l'âge était difficile à déterminer. Ses cheveux n'étaient pas totalement gris, mais toujours négligés. Ses yeux fatigués et sa peau marquée lui donnait l'air du vieillard qu'il n'était pas encore. La seul chose qui rafraîchissait son apparence était son sourire moqueur. Cependant, ce dernier disparut bien vite, lorsqu'il vit que Drago Malefoy entrait dans sa boutique. Au sein de la famille Bell, personne n'ignorait ce que la garçon avait fait subir à Katie lors de leur sixième année. Drago avait maudit un collier et le résultat de cette malédiction fut que la pauvre étudiante passa six mois à l'hôpital.
Harry nota immédiatement l'hostilité dans le regard du commerçant. Il valait mieux entamer la conversation soi-même pour que Graham oublie un peu Drago.
-Ouai, grogna l'apothicaire, en fixant toujours le blond, qui détaillait les différents produits sur les étagères. J'ai entendu dire que le Sauveur faisait équipe avec un repris de justice.
Les iris grises du médicomage se réduisirent tout en se tournant vers son interlocuteur. Durant quelques instants, Harry pensa que son petit-ami allait sortir sa baguette, seulement ce dernier n'était pas comme lui.
-Je n'ai pas de temps à perdre avec le petit personnel, siffla Drago d'une voix méprisante et venimeuse. Voici la liste des ingrédients dont nous avons besoin.
Il posa le parchemin sur le comptoir. Dans la moindre once de mouvement qui accompagnait ce geste, suintait un mépris palpable. C'était une autre différence dont Harry n'avait pris conscience que tardivement, là où lui-même était un peu gauche, parfois brutal, le blond était délicat et avait une maîtrise parfaite de son corps. Graham grogna une insulte puis il disparut dans l'arrière boutique pour préparer les produits.
-Je te comprends, chuchota Harry, mais je ne suis pas sur que c'était le bon moment.
-Il a le droit de m'en vouloir, mais je refuse qu'il me manque de respect. J'ai sauvé son échoppe minable, et même tout ce village l'année dernière, et il continue de me voir comme un Mangemort !
L'apothicaire revint quelques secondes plus tard avec trois sachets de papier beige aux diverses etiquettes.
-Cela vous fera six mornilles, annonça t-il.
-Il paraît qu'une sorcière est passée, il y a une dizaine de jour, avec une épée, lança Harry.
-Oui, fit Graham, trop heureux de pouvoir ne s'adresser qu'à Harry. Elle voulait des ailes de lutin de Cornouailles. Pourquoi, elle est recherchée ?
-Nous avions juste quelques questions pour elle. Vous avez vu son visage ?
-Sa capuche couvrait ses yeux, mais quelques mèches de cheveux dépassaient. Je dirais qu'ils étaient châtain ou peut-être auburn. De tout façon, j'étais bien trop occupé à regarder l'épée...
-Elle avait quelque chose de spécial ?
-Elle était dans son fourreau donc je ne sais pas à quoi ressemble la lame, mais la garde, elle, était étrange, oui. Je ne suis pas aussi doué qu'un gobelin pour reconnaître les métaux et les pierres, mais je crois qu'il y avait de l'argent, du quartz blanc et de la tourmaline bleue.
-Je ne vois pas ce qu'il y a d'étrange...
-Généralement, les épées magiques sont richement ornées sur la garde. La tourmaline et le quartz sont des pierres assez quelconques, expliqua Drago.
-Et ce n'est pas tout, vous n'avez pas vu la forme ! S'excita Graham en ignorant le blond. La garde ressemblait à des orgues basaltiques comme à la Chaussée des Géants mais en argent, c'était la première fois que je voyais ça. Je ne sais pas d'où sort cette épée, mais elle est unique en son genre, c'est une certitude.
Harry réfléchit un long moment, si cette épée était si particulière que Graham et Drago semblaient le croire, alors elle ne pouvait être inconnue de tous. S'ils ne pouvaient retrouver la mystérieuse femme qui était apparue du jour au lendemain dans les environs de l'école, il retrouverait la trace de cette épée, et peut-être le nom de sa propriétaire.
-Et bien, on dirait que nous avons une piste, sourit Harry.
Drago et lui quittèrent la boutique plus tard, quand Harry eut assez de détails sur les vêtements de la jeune femme ainsi que sur cette lame soi-disant unique. Sur le chemin du retour, l'Ex-Auror plongeait dans ses réflexions ne prêta pas attention au silence de plus en plus lourd. Soudain, ce fut Drago qui brisa le silence.
-J'en ai marre, Harry. La mère de Sélénia, Graham, ils me condamnent tous, encore aujourd'hui. Je sais que je ne suis pas un saint, que j'ai fait des erreurs. Ils me traitent comme un paria et un monstre, même après avoir vaincu Dennis.
-La plupart des gens n'ont pas conscience que le temps s'écoule, que les gens et les choses changent. Graham m'appelle encore le Sauveur, ou le Survivant, alors que je ne suis plus cet adolescent. Il considère sa nièce, Katie, comme une gamine, alors qu'elle est elle-même enceinte. Les gens rangent les autres dans des cases avec des étiquettes, pour mettre de l'ordre dans leur vie, pour donner de la stabilité à leurs opinions et leurs sentiments.
-Alors, personne n'a le droit au pardon ? Personne n'a le droit d'évoluer ? Autant envoyer tout le monde à Azkhaban...
-Drago, toi et moi, nous voyons la vie comme un enchaînement de cause et d'effet perpétuel, mais cette vision du monde est compliquée à admettre. Si elle nous aide à faire face à nos traumatismes, pour les autres, elle est mouvante, instable. Pour eux, les choses bougent rarement et toujours de manière abrupte, généralement quand la réalité et le récit qu'ils en font ne coïncide plus assez.
Harry avait dit cela avec un calme résigné. Cette sagesse, ces pensées, étaient réservées à Drago, car tous les autres refusaient de l'écouter. C'était leur lien, leur cocon, ils étaient tous les deux en décalage avec le monde auxquels ils appartenaient. Après un long silence, Harry avoua finalement ce qu'il avait eut sur le cœur des années auparavant.
-Quand je me suis rendu compte de cela, il y a quelques années, continua t-il. J'ai regretté d'avoir sauver le monde.
Harry eut un sourire en voyant l'expression de surprise sur le visage de son petit-ami. Il était si rare que le blond laisse apparaître ses émotions.
-Harry, murmura ce dernier.
-Quoi ? Tu pensais que j'étais toujours quelqu'un de positif et courageux ?
Drago hésita. Non, ce n'était pas ce qu'il pensait, mais il n'imaginait pas que ce crétin de héros soit sujet à de si sombres pensées.
-J'aimerai juste comprendre le rapport...
-Pour moi, à l'époque, Voldemort personnifiait le mal. Je pensais que sa disparition changerait beaucoup de choses, mais j'avais tort. Il ne suffit pas de battre le grand méchant pour que la haine et les rancœurs s'évaporent. Pourquoi sauver un monde qui ne sera pas tellement meilleur que celui d'avant, finalement... Tu as quitté ce pays, parce que la chute de Voldemort n'a servit de leçon à personne.
-Si je n'étais pas parti, nous ne serions peut-être pas ensemble aujourd'hui.
-C'est vrai, fit Harry avec un demi-sourire. J'essaye juste de te dire que je partage ta colère, et que je l'a comprends. Oui, Graham et les autres sont aveugles, mais c'est plus facile pour eux comme ça. Ils ne changeront pas. C'est inutile de perdre de l'énergie avec eux.
-Non, fit Drago. Je ne suis pas aussi altruiste que toi, Harry. Je ne vais pas perdre mon temps à le faire changer d'avis, d'accord, mais je ne vais pas le laisser tranquille pour autant.
-Qu'est-ce que tu comptes faire ?
-Je vais me venger, bien entendu. J'ai récupéré les biens de mon père, et je pense qu'investir dans une nouvelle boutique à Pré-Au-Lard avec des prix très avantageux, ça suffira.
-Une faillite, murmura le brun dans un souffle. Je m'attendais à pire...
-Comment ça « à pire » ? Est-ce que j'ai envie de payer des hommes de main pour aller démolir son commerce et lui lancer des malédictions ? La réponse est oui, mais je n'ai aucune envie d'avoir à me disputer avec toi après. Je vais faire les choses dans les règles, même si au final, le résultat est le même.
-J'ai l'impression d'avoir une bonne influence sur toi.
-Oublie ça, Potter ! Fit Drago, en posant son doigt ganté sur la bouche de son petit-ami. Tu n'as pas la moindre influence. Je me retiens parce que nous sommes ensemble, pas à cause de tes principes idiots ou parce que je veux être le gentil de l'histoire.
Harry souriait à présent. Sans l'énoncer clairement, Drago venait de lui dire qu'il se modérait pour lui. Si le Survivant avait été le héros parfait, il aurait fait des reproches à son petit-ami, ainsi qu'une longue tirade sur le bien et le mal, mais parfait, il ne l'avait jamais été. Il éprouvait un plaisir profond et sincère en sachant que Drago faisait cela uniquement en son nom.
-Drago Malefoy, tu es la personne la plus surprenante du monde, et en disant cela, il embrassa le blond en le poussant contre un arbre. Le chemin entre l'école et le village semblait désert, alors ils continuèrent, jusqu'à entendre un cerf sortir du sous-bois qui longeait la route.
Le reste de la journée fut calme, jusqu'au soir où Drago guida Harry, jusqu'au Bassin de la Sirène. Ils se retrouvèrent rapidement dans la salle de bain des préfets, et ce dernier isola l'endroit d'un sort.
-Qu'est-ce que tu fais ? Demanda Harry.
-Devine... lâcha t-il d'une voix suave, en retirant les boutons de sa chemise. Il laissa ensuite tombé son pantalon et son caleçon. Entièrement nu, le blond approcha du vitrail avec une sirène et d'une voix claire, il prononça un étrange poème.
« Ce poison qui me glace est un vin qui t'enivre.
Quand je te vois baigner je suis sûr que tu mens ;
Le sommeil et la mer sont tes vrais éléments… »
La sirène de verre fit un geste de salutation, et son vitrail bascula sur son cadre, laissant apparaître une piscine en forme de croix derrière elle, encadrée par quatre piliers, représentant les emblèmes des différentes maisons. Drago s'enfonça entièrement nu dans l'eau, sous le regard à la fois surpris et fasciné d'Harry.
-Si tu veux poser tes lèvres sur moi, Potter. Il va falloir me rejoindre...
Harry acquiesça, puis il retira ses vêtements. Le blond détaillait chaque partie dénudée. Sa nuque, ses abdominaux, ses bras, ses cuisses, son sexe. Le brun rejoignit son petit-ami dans une eau chaude au parfum de lotus.
-Embrasse-moi, ordonna le blond, et sa volonté fut exaucée immédiatement.
Harry glissa sa langue entre ses lèvres offertes, et ses mains le long de ses courbes. Durant une bonne heure, la pièce résonna de leurs ébats, de leur gémissements, et des coups de reins. Au fur et à mesure, les caresses devinrent plus exigeante, les va-et-vient plus brutaux, et les amants plus bruyants. Ils jouirent ensemble, sur le rebord de la piscine, les bras de Drago autour de la nuque d'Harry, et les jambes autour de sa taille. Ce dernier profondément enchâssé dans son amant. Ils souriaient tous les deux. Leurs visages étaient rouges et couverts de sueur, leurs cheveux, mouillés. Ils séparèrent leur corps, après un long baiser.
-Tu comptes faire ça dans toutes les pièces de ce château ?
-Je comptes te faire jouir dans toutes les pièces du monde, Potter.
-En fait, tu cherches à me tuer ! S'amusa Harry en se laissant flotter sur l'eau. En dehors de la blague, la journée était éprouvante mais maintenant je suis totalement détendu. Heureusement que tu es là...
-Je suis content d'y être, Harry.
