Chapitre IX : La Chambre des Mystères
Aux Trois Balais, Drago, Théodore, et Blaise buvaient de l'alcool en se remémorant le bon vieux temps. Avant la guerre, avant les désaveux parentaux, ils avaient des trois des souvenirs heureux. Un en particulier revint à Drago, une soirée de deuxième année, où ils avaient partagé tous ensemble, les bonbons reçus de sa mère. Durant une bonne partie de la nuit, chacun, les uns après les autres, avaient raconté des histoires terrifiantes. Le cachot des Serpentards, ses flammes vertes, et son immense hublot qui donnait sur les eaux sombres du lac, tout cela donnait à leurs récits amateurs, une saveur particulière, dont Drago n'avait rien oublié. Les visages des disparus et des exilés défilèrent dans sa mémoire, et pour quelques instants, une profonde mélancolie s'empara de lui.
Elle s'atténua légèrement lorsque Blaise détourna habilement la conversation sur la traditionnelle soirée secrète des Serpentards. Tous les ans, pour clôturé l'année, et depuis toujours, ils se réunissaient au bord du lac, pour faire la fête et se dire au revoir. C'était le lieu des premiers baisers et des premiers fois, chez les serpents.
-Les gamins sont naïfs, quand même. Ils savent que n'importe qui à Serpentard fait cette soirée au moins une fois, mais ils essayent quand même, tous les ans, de cacher leurs réserves de bièraubeurre comme si je n'étais pas au courant, commenta Théo d'un ton à demi-blasé, que son sourire démentait formellement.
En disant cela, il avait allumé une étrange pipe forgée dans l'ivoire d'une corne d'Éruptif. Des volutes bleues s'en échappaient, voilant la partie du bar qu'ils avaient privatisé d'un étrange voile.
-Ils ne veulent pas le savoir, ça rendrait la soirée moins cool, et le sentiment d'interdit moins excitant, analysa Blaise, en buvant une gorgée de Wisky Pur-Feu. On faisait pareil et je suis certain que Rogue et Slughorn étaient tous les deux au courant.
-Bien entendu, qu'il était au courant, Rogue en tout cas, c'est certain, affirma le blond d'un ton toujours mélancolique. J'ai quelques regrets de ne pas être revenu faire une huitième année comme vous, après la guerre et les procès. Ma dernière soirée comme étudiant, c'était une bataille. Une soirée entre nous, au bord du lac, m'aurait certainement plus convenu.
Blaise et Théodore se regardèrent d'un air entendu.
-Je pense au contraire que tu as bien fait de ne pas revenir. Certains élèves n'ont franchement pas apprécié notre comportement lors de cette bataille, et nous l'avons payé, l'année suivante. Heureusement que Potter était là pour nous défendre.
-Bien entendu, bougonna Drago. Saint Potty est toujours là pour défendre la veuve et l'orphelin !
-C'est dingue ! Ricana Blaise. Vous ne vous êtes pas vu pendant plus de dix ans, vous êtes adultes, et surtout vous êtes ensemble depuis bientôt six mois et tu tiens encore le même discours que quand nous étions gosses !
De la bouche de Théo s'échappa soudainement un jet de Wisky qui inonda la table, tout en passant entre les deux autres.
-Théo ! Tu pourrais faire attention ! Lança Blaise. Tergeo !
La liqueur s'effaça rapidement. Théo fixait son ancien camarade blond avec un air surpris.
-Blaise, je sais que ce n'est plus un secret puisque l'annonce sera officielle dans quelques jours, mais quand tu veux le dire à quelqu'un, demande-moi avant, et surtout essaye de mettre les formes, lâcha Drago, d'une voix lasse.
-Tu sors avec Potter. Toi, Drago Malefoy. C'est une blague ? Théo avait dit cela d'une voix tremblante de surprise.
-Si c'est le cas, elle n'est pas de moi. Je goûte assez peu cette plaisanterie du destin, s'agaça le blond. Mon bonheur est à présent conditionné à celui de Harry Potter. c'est tragique ! Par chance, ça semble réciproque.
Pendant quelques secondes, Théodore resta silencieux, et immobile. Puis soudain, il explosa d'un rire profond et sincère. Pensait t-il que c'est une blague ?
-Je suis sérieux, précisa le blond en voyant les larmes qui coulaient le long des joues rougies de son compagnon de soirée.
L'héritier de la famille Nott tenta de calmer ses ricanements par plusieurs respirations profondes et quelques spasmes nerveux.
-Je te crois, déclara finalement ce dernier, en séchant son visage. Excuse-moi ! Je me dit simplement que tu viens de scandaliser tous les Mangemorts et leur mémoire d'une manière que même moi, je n'aurais jamais imaginé ! Tu avoueras que c'est assez inattendu ! Je m'étonnais déjà que vous deveniez amis, alors ça !
-Tu risques de ne pas être le seul à ne pas le croire, maugréa Blaise. Pansy est sur le point de revenir au pays avec l'intention de reconquérir Drago. Elle va s'imaginer je ne sais quelle histoire pour s'autoriser à croire que c'est faux.
-Elle peut bien croire ce qu'elle veut à propos de moi. Je te l'ai dit, tu as quartier libre pour te débarrasser d'elle.
-Pansy est obstinée, rappela Théo. Elle détestait assez Potter et ses amis pour les accuser de tous les maux. C'est elle qui, le soir de la bataille à appeler à ce qu'on le livre à Tu-Sais-Qui. Par Merlin, son retour n'annonce pas la détente cordiale. Qu'est ce tu comptes faire, Blaise ?
-Je vais organisé une rencontre au Ministère et je vais essayé de clarifier la situation pour elle, et si ça ne fonctionne pas, j'utiliserai le moindre faux pas de sa part pour lui coller un procès. Je n'aime pas le harcèlement judiciaire, mais soyons honnête, ton histoire avec Potter va déjà impacter négativement la courbe de popularité de Granger, alors si quelqu'un commence à créer la polémique, on en sortira jamais.
Drago pensa à Harry et ses amis et il rigola intérieurement. Blaise ne pensait qu'à sa carrière et c'est pour cela qu'il souhaitait avant tout défendre Drago. Chez les camarades de Harry, cette déclaration aurait été scandaleuse, mais pour eux, pour d'anciens Serpentards, c'était ainsi que le monde fonctionnait : une somme d'intérêts personnels ou collectifs à distribuer habilement.
-Elle n'a pas chercher à te retrouver quand tu étais en France ?
-Je suis arrivé là-bas sans argent et sans titre, ça n'avait sans doute plus d'intérêt pour sa famille. Aujourd'hui, j'ai à nouveau la fortune familiale, le manoir, et une situation plutôt confortable.
-Et Potter, tu as l'intention de te marier et d'avoir des enfants, avec lui ? Demanda Théodore en tirant une dernière fois sur sa pipe.
Drago s'interrompit, et fixa son ancien camarade comme si c'était une créature étrange, originaire de contrées improbables. Harry Potter et Drago Malefoy se mariant ? Bien entendu, l'idée avait déjà effleuré Drago, mais il l'avait rapidement éloigné. Un engagement si profond, avec de telles implications, ce n'était pas à l'ordre du jour. Lui et Harry en rigolaient parfois, non comme une absurdité, mais comme un avenir possible mais trop lointain pour être réel. Les ricanements qui suivaient été toujours fait autant de promesses que de doutes.
-Cette soirée était très plaisante, mais je devoir vous laisser, annonça finalement le blond pour ne pas répondre, en enfilant son épais manteau noir.
Il rejoignit Harry qui l'attendait dans le hall. Le brun était contre un mur, le grimoire de sa famille à la main.
-Tu trouves des choses intéressantes ? Glissa Drago à son oreille. Ce dernier eut un petit sourire mesquin quand son petit-ami sursauta.
-Tu es plus silencieux qu'un vrai serpent ! Et je voulais voir s'il n'y avait rien pour aider Ariana. Il y a des sorts de soin, mais rien d'utile, enfin, je crois. Tu jetteras un coup d'œil, par toi-même.
-Si tu veux, mais pour l'heure, nous avons une Chambre des Secrets à vérifier.
Ils se dirigèrent vers les toilettes pour filles du deuxième étage. Lorsqu'ils arrivèrent, ils appelèrent Mimi Geignarde, le spectre qui hantait ce lieu habituellement. Elle apparut finalement, en fixant les deux garçons d'un air suspect.
-Vous allez encore vous battre ? Demanda t-elle, méfiante.
-Nous sommes...bref, souffla Drago. Est-ce que tu as vu quelqu'un sortir de la Chambre des Secrets ces dernières semaines ?
-Je sais ce que vous êtes ! S'amusa t-elle. Je prêchais le faux pour savoir le vrai ! J'ai entendu ce que vous faisiez, hier dans le Bassin de la Sirène ! J'ai reconnu la voix d'Harry !
Celui-ci devint immédiatement rouge pivoine et son regard tomba au sol. Drago n'était pas aussi timide, et il appuya sa question.
-Mimi, c'est important.
-Très bien ! Dit-elle de sa voix haute perchée. Je n'ai rien vu, mais j'ai entendu la porte s'ouvrir une fois, peut-être deux. C'était au début de l'année, par contre. Pendant une conversation avec la dame grise, j'ai entendu le grincement du lavabo. Je me suis dit que comme tu étais de retour, Harry, c'était probablement toi, et je n'ai pas vérifié.
-Ce n'est pas grave, ce n'est pas ton travail, Mimi, affirma le Survivant.
Ils retournèrent vers l'évier, et Harry se concentra. Les connaissances volées aux restes de l'âme de Voldemort, l'année précédente, étaient difficiles à convoquer. La méthode n'était plus la même que dans sa jeunesse, car le morceau d'âme du Seigneur des Ténèbres, lui, n'était plus là. Il eut le déclic, et sa voix se déforma en une sinistre succession de sifflement et de murmures.
Drago et lui étaient déjà descendu ensemble dans l'antique Chambre des Secrets, mais il s'agissait alors d'une visite touristique. Cette fois, lorsqu'ils plongèrent ensemble dans l'énorme tube métallique à l'odeur nauséabonde, ils ignoraient ce qu'ils trouveraient en bas. Lorsqu'ils achevèrent leur trop longue chute, sur un tapis d'ossements, ils ne virent rien d'anormal. Tout, dans cette grotte humide, leur semblait aussi sombre et écœurant qu'à l'accoutumée. Ce n'est que lorsqu'ils atteignirent la seconde porte, qu'ils virent le premier changement.
-Tu n'avais pas fermé la porte ? Demanda Drago.
-Il me semblait que si.
Le blond, prudent, glissa sa baguette dans sa main, prêt à se défendre. Pendant ce temps, son petit ami avait poussé la lourde porte, jusqu'ici légèrement entrouverte, pour qu'ils s'y glissent tous les deux.
L'architecture de la Chambre des Secrets était toujours identique. Un long corridor aux piliers sur lesquelles s'enroulaient des serpents sculptés, et de toutes ces têtes s'échappaient de minces filets d'eau qui coulaient lentement vers des rigoles, sur le sol. Ces fontaines alimentaient le petit bassin, au cœur duquel trônait la gigantesque statut de Salazar Serpentard, qui avait perdu en majesté depuis le combat entre Harry et le Basilic.
Drago était toujours émerveillé par cette construction, et l'admira quelques instants. Le brun, lui, plus pragmatique, se dirigea immédiatement vers ce qu'ils détectaient comme des anomalies. Quelqu'un avait ajouté du mobilier dans cet endroit. Contre un mur, non loin du bassin, ils trouvèrent un lit de fortune, et une table couvert d'un nécessaire à potion et de quelques bougies.
Drago examina les fioles et le fond du chaudron.
-Tout cela n'a pas été utilisé depuis au moins un mois. Je crois que nous arrivons trop tard. Comment quelqu'un peut connaître cet endroit ?
-Et parler Fourchelangue, j'étais le seul de l'école à l'époque..., nota Harry.
Plus loin, ce dernier trouva les cendres d'un feu de camp que l'humidité avait transformé en une flaque de boue grisâtre. Alors qu'il étudiait tout cela, Drago l'appela d'une voix peu assurée.
-Harry, je crois que j'ai trouvé quelque chose !
En retirant un drap épais posé sur le sol dans une alcôve, il venait de mettre au jour, une faille étrange. C'était comme une entaille dans la réalité, un puits bleuâtre à la surface iridescente. Il émanait de cette chose un son étrange, à peine perceptible d'électricité, comme une vague vibration de l'air.
-Qu'est-ce que c'est que ça ?
Ils se fixèrent l'un et l'autre, conscients que tous les deux ignoraient la réponse. Pour la première fois depuis leurs retrouvailles, un mystère les dépassait tous les deux.
