Chapitre XII : Le Jour d'Après

Ce matin-là, il ne fallut pas longtemps pour que les élèves parlent tous du nouveau couple à la mode, quand ils ne relisaient pas simplement à haute voix l'article sur leur professeur et son compagnon. Harry accueillit cela avec une relative indifférence, il avait l'habitude. L'article était plutot neutre, à la différence des horreurs écrites par Rita Skeeter durant de nombreuses années.

Drago eut beaucoup plus de difficulté, notamment pour supporter les regards et les chuchotements qui emplirent la Grande Salle. C'était les mêmes qui résonnaient sur le Chemin de Traverse, au moment de l'emprisonnement de son père. Ce matin-là, il frôla même une crise de panique, mais lui et Harry se réfugièrent dans l'infirmerie avant.

-Tu vas tenir le coup ? Demanda le brun, en glissant sa main dans celle de son compagnon. Drago l'enserra avec force, comme s'il ne voulait plus jamais la lâcher.

Les deux stagiaires de Saint-Mangouste, Sélénia et Reginald sortirent de la cheminée avant que le blond ne trouve la réponse adéquate. La jeune interne fit un immense sourire en voyant les deux hommes dans la main.

-Je savais bien que vous étiez suspect tous les deux, s'amusa t-elle.

-Mademoiselle Prince, siffla Drago, en essayant de garder son sérieux devant cette réaction inattendue. Je suis votre supérieur, pas votre ami.

-Vous n'avez quand même pas l'air en pleine forme, nota Reginald. Vous n'avez pas eut des remarques désobligeantes, j'espère ?

-Quelques ricanements idiots, mais la journée n'est pas terminée. Le courrier de demain risque d'être particulier explosif, maugréa Drago, en se redressant pour retrouver sa droiture aristocratique.

-Par chance, expliqua Harry, notre directrice va fait filtrer le courrier pour tous les deux. Je vais devoir aller en cours.

Il hésita un instant, puis il se décida. Après tout, cette annonce publique avait au moins un avantage, ils n'avaient plus à camoufler leur relation. Le brun glissa un baiser furtif sur la joue de son petit ami avant de partir.

-Potter ! Fit Drago, mécaniquement. Ce n'était pas qu'il était timide, mais il préférait être à l'initiative de ce genre de provocation.

Lorsque les cours commencèrent vers neuf heures du matin, le brouhaha et les murmures ne cessèrent pas. Malgré plusieurs rappels à l'ordre, les élèves de Gryffondor et de Serpentard continuaient de discuter du fameux sujet du jour. Par chance, le thème du jour était les épouvantards, et Harry décida d'ouvrir l'armoire et de libérer la créature sans prévenir les élèves. Elle se transforma tour à tour en un clown terrifiant devant Léopoldine Berthold, puis en une guêpe monstrueuse devant son camarade de Serpentard, et finalement, minute après minute, en toutes les créatures qui effrayaient les élèves, provoquant le silence et l'effroi.

Pour finir la créature s'approcha de Harry pour prendre la forme d'un détraqueur.

-Ridikulus ! Fit Harry, en transformant l'illusion de monstre en l'affublant d'une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « Non-être au chômage ! ». L'épouventard se retira aussitôt dans son armoire, humilié.

-C'était vraiment pas cool, Monsieur !

-Au moins maintenant j'ai votre attention pour autre chose que mes relations amoureuses, moqua le brun. Bon, je vous propose quelque chose. Exceptionnellement, nous ne suivrons pas le programme aujourd'hui. L'article aborde en bonne partie la situation de deux anciens ennemis dans une guerre qui n'est pas si vieille. Vous n'aurez pas le moindre détail sur ma relation, en revanche, si vous voulez que nous discutions de la guerre, nous pouvons le faire.

-Monsieur, nos parents ne veulent déjà pas en parler à la maison, fit Evangelista Greed.

-Ah bon ? Fit Harry, surpris. Juste pour savoir combien d'entrevous ont eut une réelle discussion sur le sujet avec vos parents ?

La réponse fut décevante. Les parents d'élèves ne parlaient pas de la guerre, et le programme d'Histoire de la Magie ne l'abordait pas encore. C'était trop tôt. Les enfants de la nouvelle génération ne connaissait le passé récent que par ce qu'il pouvait lire ici et là, et les commémorations organisées par l'école ou le Ministère.

Harry improvisa donc un cours sur ce sujet. Durant l'heure de classe, il expliqua les opinions, les actes, les causes et les conséquences qui conduisirent aux combats, aux batailles, et aux morts. Les élèves restèrent silencieux cette fois, conscient que leur professeur avait vécu les choses difficiles qu'il racontait, et que leurs parents aussi. Harry passa bien entendu sous silence quelques détails. Il se garda bien de raconter quoi que ce soit sur les horcruxes, ou encore il épargna les séances de tortures organisée par Bellatrix.

Les élèves posèrent de nombreuses questions, mais ce fut la dernière remarque d'une élève de Gryffondor qui fit rire Harry.

-Et malgré tout ça, vous sortez avec un ancien ennemi...

Le Sauveur eut un sourire, l'ironie lui semblait parfois douloureuse, mais devant des élèves qui ne verraient jamais les horreurs de la guerre, elle paraissait douce et presque innocente.

-Avant de le condamner, comme beaucoup le feront probablement dans les jours à venir, dites vous que s'il avait changé de camp, il aurait du combattre son propre père. Est-ce que vous seriez capable de le faire ? Même moi, je suis incapable de répondre à cette réponse. Si vous croyez qu'une guerre c'est blanc et noir, sachez que durant cette période, Drago m'a sauvé la vie, mais sa mère, également.

Finalement l'heure se termina, et Harry décida que cette stratégie était la bonne, si bien qu'avec tous les groupes suivants, il fit les choses à l'identique, modulant bien entendu en fonction des âges, les détails qu'il abordait. Au bout de cette longue matinée, la conclusion fut simple : Cette guerre était encore un tabou. Malgré les commémorations et les hommages, les familles n'en parlaient pas.

Harry avait réussi en grande partie à soigner sa condition psychique et ses traumatismes, mais c'était peut-être l'un des seuls. Après tout, Drago lui-même s'était extirpé de la guerre avec des crises de panique terrifiantes, et une insondable culpabilité. Les Weasley, eux, avaient payé le prix ultime, en perdant un frère et un fils, mais ils se soutenaient les uns les autres et ensemble, il avaient réussi à faire le deuil de Fred.

« Tout le monde paye son tribut à la guerre » songea le brun, en marchant d'un pas rapide vers l'infirmerie, où Drago était en train de prendre des notes à partir de six ouvrages différents qui flottaient devant lui.

-Mais qu'est ce qu'il fait ? Demanda le brun à Sélénia qui passait devant lui à ce moment-là.

-Il a peut-être trouvé de quoi mieux diagnostiqué l'état d'Ariana, en tout cas, il a une piste. Demain, au plus tard, elle sera réveillée, alors il se dépêche.

Harry se glissa dans son dos pour prendre le blond par surprise, mais ce dernier reconnu immédiatement l'odeur sucré de son petit-ami.

-J'espère que tu étais plus discret quand tu étais Auror, jeta t-il, fier d'avoir gâcher le stratagème d'Harry.

-J'avais ma cape d'invisibilité, c'était plus facile. Sélénia m'a dit que tu avais une piste pour Ariana ?

-Oui, j'étais tellement bête, il suffisait d'utiliser la Legilimancie.

-Drago, tu n'as pas le droit, il faut l'autorisation de la personne ou du Ministère.

-Je sais, je n'ai pas l'intention de le faire pendant qu'elle est endormie. Je lui expliquerai la situation au réveil, et elle acceptera probablement. Tu me prends pour qui ?

-L'année dernière, tu proposais de me soigner sans anesthésie pour te venger, je préfère me préparer au pire.

-Le pire est derrière nous, je pense. La matinée n'a pas été trop compliquée ?

-Les élèves n'écoutaient rien, ils chuchotaient à notre sujet, alors j'ai détourné le cours vers un sujet plus attrayant, la guerre. Ce n'était pas de gaieté de cœur, mais j'ai appris qu'une majorité de parents évite le sujet. Les gamins participent à des commémorations sans savoir pourquoi. Pas étonnant qu'ils écoutent aussi attentivement quand j'aborde le sujet.

-C'était sans doute nécessaire, mais je ne suis pas sur que c'était à toi de le faire, surtout aujourd'hui, glissa Drago.

-Pourquoi ?

-Jusqu'ici les élèves ignoraient tout, ils ne posaient donc pas de question à leurs parents. Tu imagines si des élèves demandent à leurs parents où ils étaient, et que les dits parents étaient au Ministère, en train de produire de la propagande anti-moldue ou ne rien faire pendant que leurs voisins étaient tués lors d'un raid des mangemorts ?

-Ils y réfléchiront à deux fois avant de venir te faire la leçon, au moins...

Drago fixa son petit ami avec un air surpris. Par moment, le gentil et bon Harry Potter devenait une vipère maligne et manipulatrice. « Gryffondor, hein ? » pensait alors le blond, en ricanant intérieurement. Harry lui avait raconté aux détours de quelques souvenirs partagés dans une pensine comment il était allé à Gryffondor, et à chaque fois que le caractère vicieux de ce dernier se révélait, Drago y repensait.

Harry appela un elfe pour commander deux repas dans l'infirmerie, et les deux garçons mangèrent ensemble, tranquillement.

-Blaise est reparti ? Demanda le brun.

-Il est reparti, il y a une heure avec le Poudlard Express. Et de ton côté, tu as des nouvelles de la Langue-De-Plomb qui doit venir ?

-Non, pas encore, malheureusement.

-Tu préférerais avoir la tête occupée par cette enquête. Je commence à te connaître, tu sais.

-C'est vrai, mais toi, tu te plonges dans le travail et les recherches. On essaye tous les deux de ne pas penser au fait que tout le monde parle de nous. Mais six livres à la fois, je ne t'imaginais pas en bourreau de travail, s'amusa Harry.

-Je n'avais pas trop le choix. Imagine la tête que mon père à fait quand il a découvert que Granger avait de meilleures notes que moi. Dieu merci, elle est parfaitement incompétente en médecine magique.

-Tu y vas un peu fort, c'est elle qui a soigné ta blessure l'année dernière, quand tu as utilisé ton rituel.

Drago retourna sa main, on y trouvait une cicatrice parfaitement visible qui lui traversait la totalité de la paume.

-Normalement, quand c'est fait rapidement et correctement ça ne laisse pas la moindre trace. Je ne peux même plus t'insulter de balafré...

-Quel drame ! Fit Harry, en mimant une larme sur sa joue.

Ils allaient profité de leur solitude pour s'embrasser mais l'Auror Travers arriva en courant au même instant. Le vieil homme bien qu'encore sportif semblait épuisé et il avait le visage rougi par l'effort.

-Malefoy, prenez votre sacoche, et rejoignez-nous à l'entrée de l'école.

-Qu'est-ce qu'il y a ?

-Un accident, je vous expliquerai tout sur la route ! Dépêchez-vous.

-Harry, tu va cherché Sélénia et Reginald, qu'ils nous rejoignent aussi. Je risque d'avoir besoin d'aide.

Harry acquiesça et disparu presque aussitôt en direction de la Grande Salle. Malefoy enfila sa sacoche, ses gants, et il rejoignit Travers qui l'attendait devant le herse avec plusieurs balais.

-Où allons-nous ?