Chapitre XIII : La Seconde Attaque.

Lorsque les trois médicomages arrivèrent près des rails, au beau milieu de la forêt, une fumée noirâtre s'échappait du site de l'accident. Le Poudlard Express avait déraillé, non loin du village abandonné d'Aranshire. Il n'y avait aucun bruit sinon celui de la locomotive dont les roues tournaient encore dans le vide. Les wagons étaient éparpillés, les uns derrière les autres, et aucun corps n'était visible.

-Bon, vous deux, appela Drago, en se tournant vers les deux stagiaires en médicomagie, c'est votre première mission de terrain. Nous allons devoir déterminer combien de personnes sont coincées, ensuite il faudra sortir chaque personne et la soigner, ou faire ça dans le sens inverse si c'est nécessaire. Il y a tout ce qu'il faut pour les fractures et les blessures dans ma sacoche, mais attention, nous n'avons que deux poches de sang. Je ne peux pas vous promettre que tout le monde va s'en sortir, mais nous allons fait le nécessaire pour ça. Travers, combien de personnes étaient dans le train ?

-Il y avait uniquement la mécanicienne, le conseiller de la Ministre, et le conducteur, expliqua Travers.

-Super, souffla Drago. Réginald, Sélénia, vous vous occupez de la locomotive avec Travers. Vous savez déjà que le conducteur est quelque part dedans ou dans les alentours, donc soyez prudent, chaque mouvement est un risque. Harry, toi et moi nous allons faire le tour pour essayer de trouver les deux autres. S'il y a un problème, vous utiliser le sortilège Sonorus.

Les deux amoureux s'éloignèrent pour longer les rames de train tordues ou encastrées les uns dans les autres. Ici et là, les rails s'étaient rompus sous le choc, tout comme les vitres, et l'intérieur des wagons, si bien que des morceaux de ferraille s'étalaient autour d'eux. Harry et Drago contemplaient un sinistre spectacle. Ils atteignirent finalement le dernier wagon, et Drago commença à se glisser à l'intérieur pour voir s'il trouvait quelqu'un mais Harry le retint par le bras.

-Tu crois faire quoi exactement là ? Demanda ce dernier.

-Il va falloir qu'on explore les wagons, les uns après les autres, donc je commence.

-C'est trop dangereux.

-Je suis bien d'accord, et j'aurai préféré que tu rentres dedans à ma place mais d'une part tu n'es pas médicomage d'autre part, tu n'es pas assez mince. J'adore tes abdos et tes bras musclés mais là, ils ne serviront à rien.

-Très bien, mais soit prudent, s'il te plaît.

-Ce n'est pas moi la tête brûlée, fit Drago avec un sourire narquois.

Ils passèrent les rames au crible, les uns après les autres. La première, puis la seconde, et ainsi de suite, en remontant jusqu'à la locomotive. Plus ils se rapprochaient de cette dernière, plus les wagons étaient endommagés. La cinquième rame fut la bonne, sous le toit effondré, et quelques fauteuils brisés, Drago trouva la mécanicienne. C'était une jeune femme blonde aux cheveux courts dans une combinaison de mécanique rouge vif. Elle était inconsciente, et une tige de métal était enfoncée à droite de son bas-ventre. Le sang coulait en abondance.

-Harry, appela t-il à travers la vitre. J'ai besoin d'une poche de sang et le kit de perfusion, ramène moi aussi de l'alcool de belladone et de la Wiggenweld.

Le brun répondit par l'affirmative et s'exécuta aussi rapidement que possible. Pendant ce temps, le médicomage analysait l'état de sa patiente. Il commença par dégagé les débris sur une partie du sol encore en état et coucha cette dernière dessus.

-Audire Corpus !

L'incantation révéla un état d'extrême faiblesse. La quantité de sang perdu était énorme, les chances de survie de cette jeune femme était faible. Harry revint rapidement et brisa la vitre la plus proche de lui avec son coude, puis il glissa, à travers, les différents produits à l'intérieur de la rame.

-Tu as encore besoin de moi ? Demanda l'Ex-Auror.

-Non, pour l'instant, je vais être occupé un bon moment.

-Dans ce cas, je vais continuer de chercher Blaise.

Il n'y eut pas de réponse, Drago n'avait pas le temps, et surtout il fallait être concentré. Il n'avait pas fait de perfusion de sang depuis des années. Dans la clinique de Flamel & Narré où il travaillait auparavant, comme à Saint-Mangouste, c'était les infirmières qui faisaient cela d'habitude. Il fut cependant heureux de voir qu'il avait toujours le coup de main. Une fois la poche de sang reliée, il allait maintenant pouvoir essayer de faire le nécessaire pour sortir cette barre, et reconstituer les tissus endommagés.

Il déchira les vêtements d'un sort, puis il arrosa abondamment la plaie, et ses alentours, d'alcool de belladone pour éviter l'infection. La douleur fut si intense lors du contact entre la peau et cette substance, que la jeune femme se réveilla en poussant un hurlement. Ce n'était pas la première fois que le blond assistait à ce cri de douleur.

-Silencio ! Chuchota t-il. La jeune femme continua de crié de douleur, en silence... Il ne retira le sortilège que lorsqu'elle retrouva un semblant de calme.

-Putain !... Vous êtes qui ? Demanda t-elle. Sa respiration était saccadée, son teint diaphane.

-Je suis médicomage et j'essaye actuellement de sauver votre vie. Je peux travailler ? Ou vous comptez geindre ainsi jusqu'à votre décès ?

-Je vais mourir ?

-J'essaye d'empêcher ça, fit Drago en détournant le regard. Si je ne fais rien, en tout cas, vous êtes condamnée.

Elle resta silencieuse, abasourdie par la violence de l'annonce.

-Buvez ça, c'est une potion Wiggenweld, ça permettra de commencer à reconstruire les tissus. Dans une minute quand la potion commencera à faire vraiment effet, je vais retiré la tige métallique. La douleur sera forte, mais je n'ai pas le choix. Si votre corps est réceptif à la potion, ce sera très efficace, sinon, vous allez perdre trop de sang, et je n'ai pas de poche de sang supplémentaire.

Cela signifiait la mort, ils le savaient tous les deux. Elle fixa le barreau de métal plantée dans son ventre pendant quelques secondes afin d'assimiler que ces chances étaient faibles. Et que, peut-être, d'ici quelques minutes, elle allait mourir.

-Allez-y, déclara t-elle finalement d'une voix tremblante, après avoir bu la potion.

Drago n'attendit pas plus longtemps, et ne chercha pas à éclaircir les doutes visibles de la jeune femme, il n'en n'avait ni le temps, ni l'envie. Il retira la tige d'un coup et elle poussa un nouveau hurlement, alors qu'une gerbe de sang s'écoulait sur son côté droit pour former une flaque.

-Episkey ! Enchaîna t-il immédiatement.

Au fur et à mesure que la plaie se fermait, un sourire aussi rare que sincère commença à apparaître sur le visage du blond. Elle était réceptive à la potion, et son sort de cicatrisation marchait également. Elle allait vivre, il y aurait bien entendu des séquelles, mais elle allait vivre, et pour lui, durant quelques instants, c'était tout ce qui comptait. Il fut heureux de retrouver cette sensation de fierté, de rédemption. Il ne l'avait pas ressenti depuis qu'il avait pris la direction de Saint-Mangouste, trop occupé par la recherche et la gestion de la clinique, il n'avait plus le temps de s'occuper des patients.

-On va sortir d'ici, mais je vous demanderai de ne pas faire le moindre mouvement, les tissus qui viennent d'être créer sont encore très fragiles.

Drago se tourna vers une ouverte, et pour l'agrandir lança un « Bombarda Maxima !» qui déforma le métal vers l'extérieur créant une sortie parfaite pour lui et sa patiente immobilisée. Il fit lévité cette dernière jusque à rejoindre ses deux stagiaires qui soignait encore le conducteur.

-Travers, indiqua Drago, ils n'ont plus besoin de vous. Rejoignez Poudlard, prenez la cheminée jusqu'à Saint-Mangouste, et dites leur que j'ai besoin d'un transport d'urgence. Décrivez leur la situation, ils s'adapteront. Je vais rejoindre Harry, il cherchait Blaise.

-Monsieur Zabini n'est plus dans le train, expliqua la mécanicienne toujours épuisée. Une femme est entrée pendant que nous discutions lui et moi... L'accident est arrivé juste après. Il était inconscient, mais pas moi, j'ai tout vu. Elle a tranché l'arrière de la rame d'un coup d'épée, comme si c'était du beurre, et elle est sortie avec lui.

Tout cela Harry l'avait découvert grâce à des traces de pas qui s'enfonçaient vers la forêt, depuis le site de l'accident. Il avait donc suivi cette piste, comme son instinct et ses habitudes l'y poussaient toujours. Il se retrouva bientôt dans une immense clairière qui laissait voir, au loin, les tours les plus hautes de Poudlard.

Dans l'herbe, endormi contre un tronc d'arbre, il trouva Blaise. Il le secoua, lui tapota le visage, il l'appela plusieurs fois, mais le conseiller ne répondit pas. Il était bien vivant, mais inconscient. Harry ne tarda pas à comprendre qui était responsable de l'accident, et de l'enlèvement de Blaise. Il sentit une présence derrière lui, et il lança un sortilège du bouclier, juste à temps. Un sort ricocha sur la barrière pour frapper un sapin qui tomba dans un brouhaha significatif. Il se retourna pour voir que l'épéiste était là, devant lui.

C'était une femme moyenne dont le haut du visage était cachée par une capuche verte richement ornée, mais visiblement usée. On ne voyait que ses lèvres fendues d'une cicatrice et son menton. Une longue natte tombait jusqu'à sa poitrine. Dans sa main droite, elle tenait la fameuse épée noire et dans sa main gauche une baguette.

-Plutôt rapide, mais pas assez, malheureusement, déclara t-elle. Sa voix était singulière, étrange, familière et comme dédoublée, comme si plusieurs personnes parlaient simultanément.

-Vous lui avez volé ces souvenirs à lui aussi ? Demanda Harry, la baguette levé, en position défensive.

-Uniquement les choses nécessaires, et grâce aux connaissances de cette professeur, Goldstein, je crois, j'ai soigné les blessures causées par l'accident. Il ne risque plus rien.

-Est-ce que vous savez seulement ce que vous faites en volant les connaissances aux gens qui les ont durement acquises comme Ariana ? Et les autres personnes dans le train, elles étaient en train de mourir !

-Je suis désolé, fit la jeune femme, la voix soudain tremblante, avant de reprendre. J'aimerai avoir le temps de t'expliquer les choses, de pouvoir les sauver, mais ce monde est en danger, et je n'ai pas l'intention de perdre mon temps avec des détails.

-Je ne vous laisserez pas partir ! Stupefix !

Elle fut incroyablement rapide, mais contrairement à ce que Harry attendait, elle ne leva pas la baguette, mais l'épée. Cette dernière fendit le sortilège en deux, et il s'évapora dans l'air.

-Tu ne peux pas me retenir, affirma t-elle. Je te demande juste de ne pas te mettre en travers de mon chemin, je n'ai pas envie de te faire du mal. Je veux juste que tu saches que je ne fais pas ça pour rien. Une menace approche, et je n'ai pas l'intention de perdre encore une fois.

Harry ne savait pas si elle était folle ou si elle disait la vérité, mais dans tous les cas, elle transplana, la seconde suivante. Il pensait mieux comprendre les intentions de son ennemie après la confrontation mais il était à présent, incapable de dire si elle était sincère ou non, ou même si elle était folle. Son discours semblait si incohérent. Il n'y avait pas de puissant mage noir à la conquête du pouvoir, pas plus qu'il n'y avait de fou souhaitant la destruction pure et simple de la magie. La seule menace pour l'instant, c'était elle.

Drago retrouva Harry quelques secondes plus tard, et il examina rapidement Blaise, pendant que Harry lui décrivait tout.

-Peut-être que le délégué du Département des Mystères aura des réponses quand il étudiera la faille dans la Chambre, fit Drago. C'est peut-être ça, la nouvelle menace dont elle parlait, où alors effectivement, elle est cinglée.

Il acheva l'examen de Blaise, tout en continuant :

-Même diagnostique qu'Ariana, en revanche les soins physiques sont remarquables. Elle exploite bien ce qu'elle vole, ce n'est pas complètement inutile au moins. Je vais le garder à l'infirmerie de l'école lui aussi, pour éviter que cette histoire ne s'ébruite, mais il va falloir que Travers raconte un joli bobard aux journalistes pour l'accident. Je vais le rejoindre pour le tenir au courant et voir comment vont les autres blessés, de ton côté ramène Blaise à Poudlard, discrètement.