Chapitre XVI : De l'autre côté de la faille...
Albertine suivit Drago et Harry vers les toilettes des filles, puis après que ce dernier est ouvert le passage, ils s'engouffrèrent dans le tuyau qui menait à la Chambre des Secrets. Conformément aux instructions de McGonagall, toutes les portes ouvertes jusqu'à la faille le resteraient afin qu'une équipe de secours ait un accès facile pour les rejoindre.
Albertine utilisa un caméscope enchanté qui, pourvu d'ailes translucides, flottait autour d'eux pour filmer les environs. De même, elle prenait régulièrement des notes, sur l'humidité du lieu, sur les roches qui formaient le tunnel, ou sur l'architecture, tout cela sur un bloc-note avec un stylo, bien éloigné des plumes traditionnelles. Cette utilisation d'objets moldus modifiés ou non, rappelait à Harry, les singulières obsessions d'Arthur Weasley, à la différence près que Pallow connaissait parfaitement l'usage de ces objets. Elle avait d'ailleurs les mêmes mauvaises habitudes que les moldus d'après le bout, mâchouillé, du stylo.
-Vous dites qu'une personne à vécu ici pendant un certain temps ?
-Oui, malheureusement nous n'avons trouvé aucun indice dans la Chambre.
-La château est grand pourtant, et ça n'a pas l'air bien confortable. Pourquoi choisir cet endroit ?
-C'est une bonne cachette, indiqua Harry.
Il était hors de question de révéler l'existence de la Carte du Maraudeur à une inconnue. Néanmoins Harry avait également cela dans la tête depuis quelques jours. La Chambre des Secrets n'était pas une « bonne cachette » mais la meilleure. C'était le seul lieu à ne pas être sur la carte du Maraudeur avec la Salle sur Demande, qui était inaccessible à quelqu'un d'autre qu'à Harry. Pouvait-il s'agir d'une coïncidence ? Peut-être, mais cette incertitude lui déplaisait, il voulait en avoir le cœur net.
Ils arrivèrent devant la porte et le brun récita la formule en fourchelang, la porte aux serpents se déverrouilla, dévoilant la mythique Chambre des Secrets. Albertine entra la première et contempla le lieu, son caméscope magique enregistrait tout. Au bout du corridor sur les rives du bassin, il retrouvèrent la faille bleuâtre, et son bruit électrique. Lorsqu'ils approchèrent , Albertine commença à ressentir une sensation familière de malaise. Elle s'accroupit au dessus de l'étrange puit et contempla ses reflets iridescents.
-C'est une magie très puissante que nous avons sous les yeux, annonça t-elle. On voit bien qu'il y a quelque chose de l'autre côté. Pour moi, cela ne fait aucun doute, c'est bien une faille entre deux mondes, comme l'Arche de la Salle de la Mort. Seulement, cette fois, j'ignore ce qu'il y a de l'autre côté. La méthode de voyage est similaire, mais pas la destination.
Elle extirpa sa baguette de la poche intérieur de son manteau et prononça la formule « Bombyx Sortia ! ». Une nuée de magnifique papillon de nuit s'échappa de la baguette, et avec son instrument, Albertine leur indiqua de traverser la faille. Les insectes s'exécutèrent, et les uns après les autres ils passèrent, provoquant un bruit spongieux de succion. Elle attendit plusieurs minutes, puis elle redressa sa baguette vers le plafond, et les papillons remontèrent du portail sans la moindre difficulté et en nombre assez conséquent pour en déduire qu'il n'y avait pas de danger immédiat de l'autre côté.
-La magie et la vie peuvent traverser ce passage sans la moindre difficulté. Je dois prendre un tas de mesure, pour vérifier qu'il n'y a rien de vraiment dangereux.
-Les papillons sont revenus, non ? Fit Harry. On est pas plus bête, on y arrivera aussi.
-Il pourrait y avoir des maladies inconnues de l'autre côté, Harry, expliqua Drago.
-La composition de l'air, la gravité, et même le temps pourrait être différent de l'autre côté. Imaginez que le temps s'écoule trente fois plus rapidement de l'autre côté.
-Ah ! Effectivement.
-Vous avez quartier libre, dit-elle. Si j'ai besoin d'aide, je n'hésiterais pas mais pour l'instant je vais faire les tests nécessaires.
Harry et Drago en profitèrent pour s'éloignèrent, et profiter d'un moment d'intimité ensemble.
-Tu en penses quoi ? Demanda Harry à son petit-ami, en indiquant Albertine d'un coup de tête.
-Elle m'a l'air tout à fait compétente. Elle est un peu sèche mais enfin... Est-ce que ça va toi ? Je sais que ton parrain est mort en traversant l'Arche, c'est Bellatrix qui me l'a dit, ou plutôt qui se ventait.
-J'ai retourné cette scène des millions de fois dans ma tête, et avec tout ce que j'ai vu en tant qu'Auror, j'en suis arrivé à la conclusion que l'Arche n'avait pas d'importance. Il a été projeté à travers d'une telle manière que si ça avait été contre un mur, les choses n'auraient pas été différentes. Ce n'est pas ce portail qui me l'a prit, c'est Bellatrix, mais je me suis rendu compte que je ne pouvais pas moi-même venger mon parrain. Si j'avais tué ta tante comme je voulais le faire, elle serait morte en combattant ce qu'elle croyait l'égale de son maître, elle serait morte en étant fière.
-Je comprends, Molly Weasley...
-Oui, vaincue par une traître à son sang, vaincue par ce qu'elle considérait comme la pire engeance du monde magique. Molly Weasley a vengé Sirius mieux que je n'aurai jamais pu le faire. C'est une leçon difficile à apprendre pour celui sur qui reposait tous les espoirs, que de prendre conscience qu'il ne peut pas venger sa famille. Même quand je voulais l'a tuer, juste après la mort de Sirius, j'en étais incapable. Je n'avais pas assez de haine en moi.
-Ce n'est pas de la haine qu'il faut pour lancer un sortilège de mort, Harry. Bellatrix n'éprouvait pas de haine mais un sentiment de supériorité. Voldemort n'éprouvait aucune haine envers tes parents, non plus. C'est un lieu commun de croire ça. Le sentiment qui prédomine chez les Mangemorts, ce n'est pas la haine, c'est l'indifférence. Ils ne détestaient pas les Sangs-de-Bourbe. Ils voyaient ces derniers comme une maladie à éliminer, et on ne déteste pas une maladie, on l'élimine. C'est un processus de déshumanisation, et si la haine prédomine peut-être au commencement, les sentiments disparaissent tôt ou tard, pour un processus clinique d'éradication de ce qu'il considère comme une maladie.
-Tu veux dire que pour pouvoir m'en prendre réellement à Bellatrix, j'aurai du être indifférent à son sort ?
-J'ai vu de nombreuses personnes mourir sous mes yeux durant la guerre, Harry. Certains mangemorts tuaient avec plaisir, d'autres avec dégoût, d'autres encore avec sang froid, mais le rapport à leur victime était toujours le même, il considérait cette dernière comme inférieur et inutile à l'humanité, voir nuisible. Il aurait fallu que tu considère Bellatrix ainsi pour pouvoir commettre un meurtre.
-C'est assez subtile, et j'ai l'impression que tu aurais des centaines de livre à écrire sur les subtilités de la haine, Drago.
-J'ai déjà le titre du premier : « Des cheveux de Severus Rogue jusqu'aux haillons portés par Harry Potter – Une Histoire de la haine du bon goût, par Drago Malefoy ».
-C'est un peu long, je crois que tu manques de style, s'amusa Harry, comprenant que son petit ami n'avait plus envie d'être sérieux.
-Tu commences peut-être à déteindre sur moi alors, c'est ce qui arrive avec les tissus bas de gamme.
-Comme si, une seule fois dans ta vie, tu avais porté des vêtements de mauvaise qualité. Tu préférerais mourir de faim.
-Les apparences, c'est important, Potter.
Pendant leur discussion, Albertine avait sorti de son sac un nombre incalculable d'instrument de mesure. Elle utilisa de nombreuses sondes, et de nombreuses fioles gorgées de liquides ou de poudres multicolores. Elle testa ainsi la gravité, l'écoulement du temps, la qualité de l'air, la présence de maladie connue, et d'autres choses magiques ou physiques. Au bout d'une heure, elle en arriva à la conclusion que le point de chute de la faille était sans danger.
-Vous pouvez enfiler les combinaisons étanches qui sont dans les deux sacs, et nous traverserons.
Ils s'exécutèrent, enfilant des combinaisons noire avec un masque à gaz, dont le filtre avait été modifié par magie. Puis Harry lança son patronus pour prévenir la directrice de leur avancée, et de leurs intentions. Il fut le premier à sauter, puis ce fut le tour d'Albertine, et enfin Drago, après un moment d'hésitation ferma la marche. L'intérieur du portail était un cylindre bleuâtre dont les bords lointains, semblaient spongieux et habillés de nuances et de lumières dansantes. Ce n'était pas de l'air à l'intérieur mais une matière liquide dont irrespirable, plus lourde que l'eau, et aussi grasse que de l'huile. Aux frontières de la sortie, la gravité s'inversa, et leur sensation de chute lente, de coulée se transforma en une sensation d'élan, d'emportement. Ils furent projetés hors d'une brèche semblable à celle qu'il venait de traverser, et tombèrent plus loin, sur un sol de pierres humides au bord du même bassin. Oui, c'était la Chambre des Secrets.
Harry se redressa le premier, peut-être car il avait l'habitude des chutes et des coups, et contempla avec une certaine déception, la pièce identique.
Pourtant, il révisa rapidement son jugement, ce n'était pas la Chambre des Secrets, ou plutôt, ce n'était pas la même. Les gravures de serpents s'enroulaient toujours sur les piliers et d'immenses têtes de reptiles sortaient toujours de part et d'autre du corridor, mais ceux-ci avaient en plus une collerette semblable à celle d'un cobra royal.
-Nous ne sommes plus chez nous, constata Drago. Il était arrivé à cette conclusion en voyant la statut de Salazar Serpentard. Non seulement cette dernière était plus endommagée que l'originale, mais le nez du fondateur d'ordinaire aquilin était ici parfaitement droit, ses cheveux lui paraissaient également plus courts.
Albertine ne dit pas un mot, elle mit un certain temps à reprendre complètement ses esprits et après cela, elle analysa la pièce entière avant de confirmer qu'il n'y avait aucun rayonnement, maladie ou maléfice dangereux. Ils retirèrent leur combinaison, et Harry ouvrit la porte scellée de cette chambre, la méthode était la même.
-Il y a des romans moldus qui parlent de mondes parallèles, fit Harry. Nous sommes dans ce cas-là ? Demanda t-il alors qu'ils traversaient les égouts et les grottes sous le château pour rejoindre l'entrée des toilettes.
-La science moldue aussi en parle, lui expliqua Albertine, c'est aussi le cas pour la magie théorique. Vous connaissez les retourneurs de temps ? Ils sont d'une telle complexité qu'il est presque impossible pour un sorcier ordinaire, de comprendre leur fonctionnement interne. La magie qui est à l'œuvre, et d'une complexité semblable. D'ailleurs, c'était une théorie de Honoria Nutcombe qui disait que puisque un retourneur de temps retournait la ligne du temps pour son utilisateur, on pourrait théoriquement arrêter la ligne du temps au milieu du processus, et ainsi, on ne voyagerait plus dans le passé mais dans des présents alternatifs. Ce n'est qu'une théorie, et je ne sais même pas si c'est possible, mais ce n'est clairement pas le cas avec notre brèche, mais j'imagine que la vieille Nutcombe serait heureuse de savoir qu'on vit en pratique, ce qu'elle écrivait en théorie.
Ils arrivèrent devant le tuyau qui menait de la Chambre jusqu'aux toilettes des filles, mais ils furent surpris de voir, que la lumière de la lune balayait la sortie. Ils lancèrent tous un « Ascendo ! » pour remonter, et se retrouvèrent non pas dans les toilettes, mais dans une étendue herbeuse et jonchée de ruines. Dans ce monde étrange, l'école de magie n'était plus qu'un tas de pierre que la végétation avait lentement recouvert.
-Par Merlin ! Lâcha Drago. Le château, il est complètement détruit.
Des morceaux d'escaliers entassés les uns sur les autres, des vitraux dont il ne restait qu'une armature rouillée et du verre brisé, des pierres recouvertes par le lichen, de cette version de Poudlard, il ne restait que les sortilèges de dissimulation.
-Je dois bien avoué que ce n'est pas très engageant, s'inquiéta Albertine avec son flegme de sorcière surdiplômée.
-Est-ce que Voldemort ou Crivey aurait gagné dans cette version de l'histoire ? Murmura Harry, parcouru d'un frisson, en se tenant la bouche. Cette vision de Poudlard lui faisait horreur, il en avait la nausée. Durant des années, du retour de Voldemort jusqu'à sa mort, il avait si souvent fait des cauchemars semblables à ce lieu. Aujourd'hui, alors qu'il était adulte et heureux, il devait à nouveau faire face à cette possibilité, mais cette fois-ci, c'était la réalité. Non, c'était une réalité.
-Je ne crois pas, le rassura néanmoins Drago. Voldemort voulait faire de Poudlard son nouveau QG, et les sortilèges de dissimulation sont encore là, alors qu'avec la potion de Crivey, il n'en resterait rien. Par contre, je viens de comprendre une chose. Tu te demandais comment on pouvait être désespéré au point d'utiliser un maléfice aussi dangereux que le vol de connaissance ? Si notre sorcière vient de ce monde, et que le reste est dans le même état, je pense que ça pourrait expliquer son désespoir...
