Chapitre XX : Retourner chez nous.
-C'est une substance rare, expliqua Neville, en sortant du coffre, un flacon de poudre noire aux reflets turquoises. Il ne nous reste que ça.
C'était une autre anomalie de ce monde : l'orichalque. Une matière capable d'amplifier la fonction des outils et des armes. Un minerai magique plus étrange encore que l'argent des gobelins, qui n'existait même pas dans le monde d'origine de Harry, Drago, et Albertine.
-Notre épée de Gryffondor absorbe les pouvoirs des substances dont elle est enduite, je pense que ça suffira, répondit Harry.
-Nous devrions partir, ajouta la scientifique de l'équipe, le délais avant l'envoi de l'équipe de sauvetage est de deux jours, une journée s'est déjà largement écoulée.
Londubat avait néanmoins une chose à ajouter.
-J'ai, une dernière faveur, à vous demander. La femme qui est responsable des agressions dans votre monde, si elle est bien originaire d'ici, ramenez la, ainsi que l'épée.
-Je vous conseille, d'ici là, de trouver un moyen de refermer les brèches que votre épée peut ouvrir, fit trous fissurent la structure même de la réalité, et s'ils s'étendent trop, il est probable qu'elle pourrait s'effondrer.
-Très bien, considérons cela comme un échange de bon procédé, fit Neville avec un sourire qui cachait mal son inquiétude. Il avait brandi la Trancheuse Universelle une seule fois, et c'était pour vaincre Nagini. La capacité de l'épée à entailler l'univers était jusqu'à ce jour une théorie, et le fait de pouvoir suturer ces plaies l'était plus encore.
Harry, Drago et Albertine rejoignirent la Chambre des Secrets par le passage qu'ils avaient emprunté dans les ruines de Poudlard. Ils se retournèrent une dernière fois sur ce monde singulier. Sur cette Chambre qui était encore plus prétentieuse et inquiétante que celle qu'Harry avait visité de si nombreuses fois.
-Je ne pensais pas vivre une telle aventure, fit Albertine, ce voyage vient de faire bondir la recherche sur la magie des portails de plusieurs années.
Harry et Drago ne dirent pas un mot, ils étaient tous les deux songeurs. Le blond avait soigné bien des gens mais dans les années à venir, plusieurs d'entre-eux allaient mourir sans des soins prolongés et adéquates. Harry lui songeait toujours à la femme au collier, qui était elle ? Qui l'avait enchaîné à un endroit pareil ? Et pourquoi la sensation auprès de son pendentif était elle aussi répugnante que familière ?
La traversée de la faille provoqua la même sensation de retournement et de flottement poisseux que lors de leur arrivée. Ils se retrouvèrent dans leur Chambre des Secrets à l'architecture moins détaillée. Après quelques minutes de repos, ils entamèrent l'ascension vers le château puis vers le bureau de la directrice.
Le crépitement des torches, le bruit de ses pas sur les pierres, Harry savourait chaque indice que ce Poudlard, son Poudlard était encore intacte. Il avait vu cet endroit en ruine et maintenant, il ne pouvait que le chérir plus encore. Ils arrivèrent finalement chez la directrice et après une entrée remarquée, résumèrent leur singulière aventure : le monde parallèle, leurs découvertes et leur intervention.
-Bien, fit la directrice pour conclure. Que comptez vous faire ?
-Il faut étudié le médaillon que nous avons découvert, expliqua Drago. Un objet gorgé de magie noir qui pourtant semble fait pour maintenir en vie son propriétaire, c'est étrange.
-Je vais le confier à Travers. Et pour les souvenirs d'Ariana, quand pensez-vous qu'elle sera en état pour une session de Legilimencie ?
-Deux jours, ensuite elle rejoindra sa famille pour du repos jusqu'à ce que nous trouvions une solution et notre coupable.
-De tout façon, nous nous rapprochons des vacances de Noël. A ce propos, le Poudlard Express est hors d'état jusqu'à nouvel ordre, vous rentrerez chez vous en calèche volante.
-C'est dans trois semaines ! Combien de temps faut-il pour remettre en état un train ? Maugréa le blond.
-C'est une question de sécurité pour nos élèves, Monsieur Malefoy.
-J'ai bien compris que ce n'était pas une question de confort...
-Pour ma part, intervint Albertine, je souhaite resté quelques jours de plus pour étudier la brèche. J'ai récolté des mesures rudimentaires jusqu'ici et il me faut des données chiffrées et précises.
-Vous avez la confiance de notre ministre, donc vous avez la mienne. Je vous demande juste de ne faire que des observations, si vous souhaitez interagir avec la faille, je veux que des Aurors ou l'un de vos coéquipiers soit présent.
Harry et Drago se retirèrent dans leur appartement. Ils tombèrent ensemble sur le lit, comme des masses, mais l'adrénaline n'était pas encore redescendue. Ils ne dormiraient pas avant une bonne heure.
-Drago, si le monde s'effondrait demain... Qu'est-ce qu'on ferait ?
-Je préfère ne pas y réfléchir. La dernière fois que c'est arrivé, je n'ai rien fait de bien. J'aime croire que cette fois-ci, je soignerais des gens, ce serait un peu mieux. Inutile de savoir ce que toi, tu ferais, tu chercherais à sauver tout le monde ou à tout reconstruire.
-J'en doute parfois. Tout à l'heure, quand nous avons retraversé le portail, j'ai eut une pensée atroce. En laissant s'effondrait leur monde, ils auront un jour peut-être l'occasion de reconstruire quelque chose de mieux. C'est une table rase contrainte et malgré toutes les horreurs, ils pourront reconstruire.
-Je ne te pensais pas révolutionnaire, c'est pourtant moi le français, s'amusa Drago. Malheureusement, je crois que tu te trompes. Ils ne pourront pas construire un monde meilleur. J'ai vécu les procès des Mangemorts de l'intérieur, ce n'était glorieux ni pour les accusés, ni pour les victimes. Prendre le cadavre d'un ami dans ses bras pour lui dire adieu, ou prendre la vie de celui qu'on considère comme un ennemi, dans les deux cas on finit avec du sang sur les mains, et ça nous transforme. Le premier veut se venger, le second poursuivre son massacre pour justifier ses actes précédents, les deux sont dans une fuite en avant perpétuelle. Londubat et les autres, ils auront envie de se venger des détraqueurs, de la horde, et ça entachera probablement tout ce qu'ils feront pour reconstruire leur société. C'est pour ça qu'Hermione était la seule de votre trio à être capable de devenir une Ministre honorable, ajouta Drago. Weasley pleurait son frère, et toi tu as pris la vie d'un homme, aussi détestable soit-il.
-Aux innocents, les mains pleines, songea Harry. Tu es le premier à me dire que j'ai tué un être humain.
-On sait tous les deux que tu es trop bon, et trop naïf pour penser autrement, Potter. Et moi, je sais jusqu'où l'être humain peut tombé, et oui, il était tristement et sincèrement humain. Il avait si peur de la mort qu'il a fracturé son âme, n'est-ce pas la chose la plus humaine du monde ?
Harry eut un rire fatigué mais sincère.
-Tu es épuisant, souffla t-il. Pour moi tu tenais Jedusor en plus haute estime que je ne l'imaginais mais en fait non, tu n'as juste pas beaucoup d'estime pour l'être humain.
-On va dire que c'est une question d'amplitude. Je sais qu'un homme peut faire des choses grandioses, je sais aussi à quel point il peut être misérable. La question est juste de savoir où nous nous trouvons sur cette échelle.
« Nous sommes côte à côte », pensa Harry, mais il avait le sentiment que ce n'était une chose à dire. Était-ce trop niais ? Était-ce trop tôt ? Était-ce à Drago de juger de cela ? Il l'ignorait, et il oublia, sombrant dans un reposant sommeil sans rêve. Il ne dormait jamais aussi bien que quand le blond était contre lui.
Vers les dix heures, ce samedi matin, on entendit dans le hall de l'école, des éclats de voix. Il fallut quelques instants à Harry et Drago pour reconnaître la voix de la directrice. L'autre était une voix qu'ils eurent du mal à identifier, jusqu'à entendre le prénom du blond être crié de manière stridente.
-Je veux voir Drago, tout de suite, vous n'avez pas le droit de le retenir ici. Il n'est même plus élève !
-Mademoiselle Parkinson, Monsieur Malefoy remplace notre infirmière de manière temporaire et à ce titre, il est membre du personnel de cette école. Je suis dont garant de sa sécurité. Il vient d'effectuer une mission laborieuse pour le compte du Ministère et de l'école, en plus de ses démêlés avec la presse. Il est hors de question de le priver d'un jour de repos pour des histoires à dormir debout.
-Je ne suis pas stupide ! Vous êtes du côté de Potter, vous ne voulez pas que je vois Drago, pour ne pas que je démontre qu'il est sous l'emprise d'un sort ! Vous étiez directrice de Gryffondor, et vous protégez votre ancien élève.
Harry fixa la scène discrètement depuis le balcon au dessus.
-Elle est complètement folle.
-Je te signale que Weasmoche avait le même raisonnement en sens inverse, répondit le blond.
-C'était déjà stupide à l'époque, tu lui as dit toi-même.
-Très juste. Je n'ai franchement pas envie de m'occuper de ce problème. Blaise devait le faire lui-même mais avec son accident... Une raison de plus de faire la peau à notre voleuse de connaissance.
-Je serais curieux de savoir comment tu vas faire pour la convaincre que tu n'es pas sous l'emprise d'un filtre d'amour ou d'un sortilège ? Tu vas accepté de prendre un antidote ?
-Certainement pas si c'est elle qui l'a fait. Je vais simplement me rendre assez détestable pour qu'elle abandonne.
-Oui, ça ne devrait pas te demander trop d'effort, lança Harry en ricanant.
-L'avantage de sortir avec toi, c'est que j'ai plein de manière de te faire souffrir pour ce genre de remarque, répondit le blond d'un sourire carnassier.
Ils se séparèrent Harry continua dans le couloir et Drago descendit la seconde rangée de marche vers la porte d'entrée. McGonagall sembla désolé pour lui en le voyant apparaître. Elle s'approcha de lui et lui murmura discrètement :
-J'ai fait tout ce que j'ai pu pour vous épargner ça. Est-ce que ça ira ?
-Je vous remercie, mais je vais réglé ça moi-même, une fois pour toute.
Elle acquiesça, puis elle se retira. Drago fixa Pansy, elle était bien habillée dans son tailleur gris avec sa chemise à jabots, et son chignon, mais elle semblait si fade. Ses yeux bruns étaient ternes et inexpressifs, et sa voix suraiguë était agaçante.
-Drago, enfin ! Je suis content de te voir ! Dès que mes parents ont appris ton retour, nous sommes rentrés également.
-Pourquoi faire ? Demanda t-il d'un ton glacial. Tu ne crois tout de même pas que la promesse de mon père concernant notre union à encore la moindre valeur ? Vous avez fuit.
-Il n'y avait rien à faire pour ton père, et nous ne voulions pas tomber avec lui. Tu as fini par quitter le pays, toi aussi.
-Justement, expliqua t-il. Si tu m'aimais vraiment, tu m'aurais rejoint en France, mais tu as attendu que je lave mon nom ici. Que ton père et le mien veulent un mariage en raison entre nos deux familles, je peux l'entendre, j'étais même d'accord dans une certaine mesure, mais toi...
-J'ai fait des erreurs, mais je t'aime vraiment, Drago ! De ton côté, tu n'es pas tout blanc, non plus. C'est quoi cette mascarade avec Potter ? Tu es prêt à aller aussi loin pour laver ton nom, ou alors il a réussi à t'ensorceler d'une manière ou d'une autre ?
-Cela ne te regarde pas. Tu n'es plus personne ici, Pansy. Même si Potter n'était pas là, tu crois sincèrement que nous serions ensemble ? Je ne veux pas m'associer à une famille de lâches et de déserteurs. Tu n'es digne ni de mon rang, ni de mon nom.
-Tu crois que Potter l'est plus que moi ?
-Je n'en sais rien, mais dans tous les cas, si quelqu'un d'autre devait un jour prendre sa place, ce ne serait pas toi ! Tu devrais partir maintenant, avant qu'un de mes sorts ne s'en charge. Tu t'es déjà bien assez humiliée pour une vie.
