Bonne lecture à tous !

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Quinze jours plus tard

Sam Carter gara sa voiture dans l'allée, devant la maison de Jack O'Neill et stoppa le moteur.

Elle garda ses mains sur le volant un long moment, hésitant à descendre du véhicule. Puis, elle saisit le paquet posé sur le siège passager et ouvrit la portière.

Elle était en tenue civile, un jean confortable, un pull ample à col en V et une veste en jean. Elle toqua à la porte et attendit. Elle percevait le murmure de la télévision dans le salon mais, personne ne bougea à l'intérieur pour venir lui ouvrir. Elle frappa à nouveau, plus fort, pensant que l'occupant était peut-être dans une pièce éloignée.

Elle laissa passer de longues minutes avant de finalement sortir son trousseau de clés et ouvrir. Elle poussa la porte en appelant prudemment :

– Mon Colonel ?

Personne ne répondit. Elle referma derrière elle.

Une forte odeur de renfermé et d'alcool l'assaillit.

Sam grimaça, accrocha sa veste et son sac au porte-manteaux dans le hall et se dirigea vers l'îlot de cuisine pour y déposer la boîte de gâteaux. La télévision jouait mais personne ne se trouvait dans le salon. Sam jeta un coup d'œil au bazar ambiant tout en allant ouvrir la porte-fenêtre pour assainir l'air. Des cadavres de bouteilles de bière étaient éparpillés autour du canapé. Des boîtes de pizza vides et de repas commandés s'amoncelaient sur la table basse. Des déchets jonchaient le sol. De la bière avait été renversée et collait désagréablement sous les semelles lorsque la jeune femme contourna le canapé et se dirigea vers le couloir.

Craignant tout à coup le pire, Sam courut presque jusqu'à la chambre. Elle y entra et découvrit Jack, allongé sur le sol, face contre terre, à côté du fauteuil roulant renversé.

Le cœur battant, elle se précipita aux côtés de l'homme et prit son pouls. Il était faible et filant. Tirant de toutes ses forces, elle fit pivoter le Colonel sur le dos pour pouvoir l'examiner. Il s'était cogné la tête et du sang barrait son front et collait ses cheveux. Il ne s'était pas rasé depuis un bon moment et sans doute n'avait-il pas non plus été dans la douche depuis plusieurs jours.

La chambre était un champ de bataille : le lit défait, les draps sales, des vêtements épars aux quatre coins de la pièce. La salle de bain était dans un état encore pire. Il y avait de l'eau partout et des serviettes sales en paquet au sol et dans la douche.

Sam soupira lourdement et, sortant son portable de la poche arrière de son jean, elle composa un numéro tout en caressant tendrement la joue rugueuse de l'homme.

Lorsque son correspondant décrocha, Sam murmura :

– Janet, il faut que tu viennes immédiatement. Le Colonel O'Neill est tombé de son fauteuil. Il est inconscient.

– J'arrive. Ne le bouge pas, d'accord ?

– Entendu. Je reste près de lui.

Elle raccrocha et se concentra sur Jack. Elle vérifia si elle voyait d'autres blessures apparentes mais, il ne semblait pas y avoir de sang ailleurs. Puis, elle se releva, redressa le fauteuil, le poussa dans un coin de la chambre et ouvrit les fenêtres. La clarté pâle et la fraîcheur du soir entrèrent salutairement dans la pièce étouffante.

Sam attrapa une couverture et la déposa sur l'homme puis, elle s'assit à même le sol, près de lui et lui tint la main en attendant que Janet arrive.

Au bout de quelques minutes, Jack émit une sorte de grognement et bougea la tête, grimaçant de douleur.

– Ne bouge pas, Jack, recommanda-t-elle en passant une main rassurante sur son visage. Tu as fait une mauvaise chute.

Il mit quelques minutes avant de pouvoir être assez stable pour ouvrir des yeux vitreux et la reconnaître :

– Sam ? Qu'est-ce que tu fous ici ? grogna-t-il, mécontent.

– Je suis passée voir comment tu allais. J'ai appris que tu avais renvoyé tout le personnel soignant et que tu n'étais pas venu à la base pour ton contrôle hier après-midi.

Sam revenait d'une mission de deux jours hors monde lorsque Janet lui avait dit qu'elle s'inquiétait de ne pas avoir vu le Colonel.

– À quoi bon… Je suis mieux tout seul…

Sam renifla :

– Ouais, je vois ça…

Il tourna la tête, évitant son regard tendre et inquiet posé sur lui.

– Tu ne devrais pas être ici, ajouta-t-il, d'une voix tranchante.

– Janet arrive.

– Non !

– Jack ! Tu es tombé de ton fauteuil et tu t'es méchamment cogné la tête. Tu es couvert de sang. Elle doit s'assurer que tu n'as pas un traumatisme crânien.

– Fous moi la paix ! Sors d'ici ! lança-t-il en arrachant sa main de la sienne.

Sam recula un peu pour éviter de prendre un coup involontaire mais resta assise à même le sol, près de lui.

Réalisant qu'elle ne bougerait pas malgré ses invectives, il lui jeta un regard noir auquel elle répondit :

– Je reste ici, Jack, que ça te plaise ou non. De toute manière, tu n'es pas en état de me chasser.

Elle vit le sursaut infirme et sut qu'elle l'avait touché. Elle l'avait blessé. Mais, il avait besoin de se ressaisir et si elle devait enfoncer le clou pour qu'il accepte son aide, elle le ferait.

Cela ne faisait qu'un mois qu'ils étaient ensemble avant qu'il soit blessé. Un seul petit mois au cours duquel ils n'avaient partagé que quelques trop brefs moments d'intimité. Pas assez pour se dire vraiment un couple. Trop pour ignorer qu'ils avaient franchi la ligne et qu'il était trop tard pour faire marche arrière.

Tout avait commencé sur P4X-347, durant leur séjour contraint dans le palais des plaisirs Goa'Uld.

Devoir rester enfermés entre ces murs durant trois semaines avait mis leur mental à rude épreuve. La Lumière et ses addictions avaient émoussées leurs instincts naturels et leur résistance et, peu à peu, le désir de l'autre était devenu obsédant.

Jack avait pris l'habitude de courir sur la plage, à proximité du palais, pour se vider la tête et décharger un peu d'adrénaline. Une fois sa course terminée, il enchaînait avec des séries de pompes et d'abdominaux sur la terrasse avant de rentrer, en sueur et vidé, et de se couler sous une douche chaude.

Daniel et Loran passaient leurs journées à déchiffrer les panneaux muraux dans les salles les plus reculées du bâtiment. Teal'c ne venait qu'une fois tous les trois jours pour leur apporter le ravitaillement. Le nouveau passe-temps du Major et du Colonel était donc de s'éviter l'un l'autre le plus souvent possible.

Carter passait le plus clair de ses heures éveillées à étudier le piédestal et ses lumières.

Pourtant, elle avait fini par remarquer les absences régulières du Colonel et avait entrepris une discrète surveillance pour s'assurer qu'il ne se mettait pas en danger en allant au-delà du périmètre.

C'était de cette manière qu'elle avait découvert sa routine quotidienne pour se défouler.

Ce matin-là, elle s'était postée derrière les baies vitrées de la terrasse et le regardait avec gourmandise faire une série de pompes. Il était encore plus endurant qu'elle l'aurait imaginé. Bien sûr, elle le voyait souvent s'entraîner avec Teal'c au SGC, parfois même lui servait-elle de sparring partner mais le voir ainsi se dépenser était tout autre chose. Son corps luisait de sueur sous le soleil de la mi-journée tandis que ses muscles se bandaient dans l'effort.

Une vague de chaleur incendiaire avait brutalement envahi le ventre de Sam. Puissante. Entêtante. Incontrôlable.

Aussi, lorsque Jack entra, sa serviette sur les épaules et se dirigea vers la salle de douche, Carter le suivit, poussée par l'impulsion du moment et du désir qui la consumait.

Tandis que sa résistance s'émoussait un peu plus à chaque pas qu'elle faisait, Sam se souvint d'une autre occasion où elle avait pourchassé son supérieur dans les vestiaires du SGC. Malgré le brouillard dû au virus, elle se rappelait encore le goût de sa bouche sur la sienne, la dureté de son corps sous le sien, alors qu'elle le chevauchait sauvagement sur un banc.

Un bref instant, Sam se figea à l'entrée de la pièce, craignant qu'il ne la repousse comme il l'avait fait alors.

L'eau se mit à couler et un peu de vapeur commença à emplir la pièce. Engourdie par le besoin et le manque généré par la Lumière, Sam avança, comme attirée par le bruit.

La douche était vaste, ouverte et entièrement carrelée. Se croyant seul, Jack se tenait debout face au mur, sous le jet puissant, les mains passant dans ses cheveux courts pour se délasser.

Sam déglutit avec peine, détaillant sans vergogne ses épaules bronzées, l'étroitesse de ses hanches, le bombé musclé de ses fesses…

Se délestant de ses vêtements qu'elle laissa choir sur le sol carrelé, elle franchit les quelques mètres qui les séparaient.

Jack sursauta, surpris par le froissement du tissu tombant au sol et par le tintement léger d'une boucle de ceinture contre le carrelage. Il tourna la tête assez vite pour voir Sam entrer dans la zone où il se douchait. Leurs regards se croisèrent, le sien perplexe et un peu inquiet, celui de Sam, brûlant d'un désir qu'elle ne cherchait plus à dissimuler.

Par réflexe, Jack pivota légèrement sur sa droite pour confronter la jeune femme mais découvrit avec stupeur qu'elle était nue. Totalement nue et sublime.

Durant une fraction de seconde, Jack se demanda si son fantasme lui jouait des tours car après tout, il était en train de rêver d'elle tout en laissant l'eau apaiser ses muscles. Mais, le contact de ses paumes chaudes qu'elle posa à plat sur sa poitrine humide était bien trop réel pour être le fruit de son imagination.

– Euh… Carter… Qu'est-ce qu'il se passe ici ? souffla-t-il comme elle faisait glisser ses mains sur son torse en une caresse troublante.

– J'ai pensé que vous aimeriez peut-être un peu de compagnie…

Sa voix était basse et sensuelle. Jack frissonna, essayant tant bien que mal de contenir la vague de désir qui montait en lui.

Lorsque la bouche de Sam se mit à picorer sa clavicule puis remonta le long de sa gorge, s'attardant sur son pouls, Jack sut qu'il avait perdu d'avance ce combat. Il haleta son nom comme une supplique et referma ses doigts sur ses hanches.

Bon sang… Sa peau était douce comme de la soie sous ses mains caleuses.

Les mains de Jack partirent en exploration de leur propre chef tandis que leurs lèvres se trouvaient pour un baiser passionné.

Les bras de Sam s'enroulèrent autour du cou du Colonel et elle pressa son bassin contre le sien, lui arrachant un gémissement lourd. Elle soupira sous ses baisers et fondit contre lui.

Elle n'était que rondeurs et souplesse sous ses mains qui caressaient, palpaient, pinçaient. Lorsqu'il prit un sein dans sa paume, Sam gémit et cambra le dos, basculant la tête en arrière pour s'offrir à sa bouche. Il l'exauça, sentant le désir d'elle le consumer.

Sa main droite glissa le long de sa hanche et saisit sa cuisse galbée, la soulevant pour l'accrocher à sa propre hanche. Sam déposa son dos contre le mur carrelé et soupira son nom lorsque Jack se pressa contre elle, lui laissant deviner sans peine à quel point il la désirait.

Elle ajusta sa position, s'ouvrant pour lui, l'invitant à plonger dans sa chaleur. Il lui céda et s'enfonça dans son cœur chaud et serré qui l'appelait de ses vœux. Leurs gémissements se mêlèrent alors que leurs bouches se saisissaient pour un baiser brutal et désespéré.

Le rythme monta en puissance tandis que Jack plaquait Sam entre lui et le mur, lui arrachant de doux halètements de plaisir qui s'intensifièrent jusqu'à se changer en un cri qu'il étouffa de ses lèvres alors qu'ils atteignaient ensemble leur apogée.

Après ça, ils s'étaient rejoints presque chaque nuit, en cachette des autres, leurs étreintes chaudes et désespérées accentuées par l'effet hypnotique de la Lumière.

Mais ensuite, le sevrage et la nécessité de retourner au SGC leur avaient fait remettre en question leurs actes et leurs sentiments.

D'un accord tacite, ils avaient fait une pause, essayant de se convaincre qu'ils n'étaient pas responsables de ce qui s'était passé. Que tout n'était qu'un effet secondaire de l'exposition à la Lumière. Qu'ils pouvaient faire comme si tout était normal entre eux.

Mais, dix jours plus tard, Sam s'était présentée à la porte du Colonel un vendredi soir, vers minuit. Jack lui avait ouvert, avait scruté son regard brûlant et nécessiteux et, sans un mot, l'avait attirée à l'intérieur.

Sans la lâcher, il l'avait conduite dans un silence religieux jusqu'à sa chambre où ils avaient fait l'amour toute la nuit, lentement, passionnément.

Ils avaient passé tout le week-end au lit à profiter l'un de l'autre, sans évoquer la question du lundi matin.

Ils avaient repris le chemin de la base sans en parler, perdus dans leurs propres doutes.

Les deux semaines suivantes, ils avaient été coincés sur au SGC nuit et jour en raison d'une série d'alertes, sans avoir un moment seul en tête-à-tête pour en discuter.

Puis ils étaient partis sur cette dernière mission et ils s'étaient fait tirer dessus…

Et à présent, Sam était là, marchant sur la corde raide d'une relation qui ne disait pas vraiment son nom, tenue au sceau du secret le plus absolu s'ils ne voulaient finir tous les deux en Cour Martiale.

Un léger coup frappé à la porte d'entrée ramena Sam dans le présent.

– Entre Janet, c'est ouvert, lança-t-elle.

Le Dr Fraiser s'est frayée un chemin jusqu'à la chambre et s'est immédiatement accroupie près du Colonel O'Neill.

– Quand a-t-il repris connaissance ?

– Il y a environ cinq minutes.

– Colonel ? appela Janet en lui braquant une lampe torche dans les yeux.

Jack râla et détourna la tête.

– Savez-vous quel jour nous sommes, Colonel ?

– Jeudi…

– Quelle année ?

Jack un jeta un regard noir et soupira l'année devant son insistance.

– Bien. Je vais nettoyer cette plaie et vous poser un pansement. Il faudra peut-être quelques agrafes… Et je vais appeler une ambulance pour vous ramener au SGC. Je dois m'assurer que vous n'avez pas de commotion cérébrale…

Jack s'énerva, jura et s'agita au point de faire tomber la lampe posée sur la table de chevet.

Sam se précipita pour la ramasser et, face à l'attitude de Jack qu'elle sentait plus affolé qu'énervé, elle proposa :

– Je peux peut-être rester ici avec lui cette nuit. Je le surveillerai.

Jack s'immobilisa et la regarda comme si elle venait de parler dans une langue ancienne.

Janet objecta :

– Il faudra le réveiller toutes les deux heures et surveiller que ses pupilles ne se dilatent pas…

– Je sais, Janet. Ce n'est pas mon premier rodéo…

– Ni le mien, grommela Jack.

Janet soupira :

– Entendu mais, tu m'appelles s'il y a quoi que ce soit ?

– Bien sûr, répondit Sam, sentant le Colonel se détendre sensiblement et s'appuyer lourdement sur le sol, gagné par la fatigue.

– Bon, aide-moi à le remettre au lit, demanda encore Janet.

Les deux femmes se glissèrent de part et d'autre du Colonel qui accepta, sans protester l'aide qu'on lui proposait.

Une fois allongé, il posa la tête sur l'oreiller que Sam venait de retaper pour lui et lui offrit un petit sourire, empreint de gratitude.

Janet ouvrit sa trousse médicale et commença à nettoyer la plaie au front et à suturer pendant que Sam rangeait un peu les vêtements éparpillés dans la pièce.

Puis, Sam entreprit de remonter les draps sur les jambes de Jack. Elle posa sa main sur la cheville de l'homme pour soulever sa jambe et la glisser sous les draps mais haleta en sentant un mouvement brusque traverser le membre du Colonel.

Janet lui jeta un coup d'œil curieux :

– Qu'est-ce qui te prend tout à coup ?

– Il a bougé… souffla Sam, ses yeux fixant la jambe de Jack comme si son regard pouvait la faire remuer à nouveau.

– Quoi ? Tu en es sûre ? s'exclama Janet en se rapprochant et en tâtant le pouls sur la cheville de l'homme.

– Certaine. On aurait dit… un sursaut… Tu sais, comme une décharge électrique…

– Est-ce que vous avez senti quelque chose, Colonel ?

Jack semblait incertain, un peu sous le choc.

– Je… Je ne sais pas trop… Peut-être comme des fourmis…

Au même instant, une nouvelle onde électrique traversa la jambe de Jack et fit tressauter son pied sous la main de Janet.

Un large sourire éclaira le visage de la Doc.

– Oui ! Tu avais raison, Sam ! C'est très bon signe ! Les nerfs recommencent à réagir.

Elle tapota le bras de Jack :

– Il faut tenir le coup, Colonel !

Elle termina le bandage autour de sa tête, faisant semblant d'ignorer Sam qui tenait la main de Jack, de l'autre côté du lit. L'homme semblait calme et plus apaisé que lorsque Janet était arrivée.

– Voilà, j'ai terminé. Je vous laisse vous reposer à présent, Colonel.

Carter raccompagna Janet. Au moment de sortir, la Doc lui remit un petit flacon :

– Deux toutes les trois heures s'il se plaint de maux de tête. Pas plus. Dans son état, il faut qu'il reste aussi conscient que possible pour qu'on puisse repérer un éventuel traumatisme.

– Entendu. Merci Janet.

– Je repasserai demain matin. Appelle en cas de besoin.

Sam referma la porte et retourna auprès de Jack. L'homme s'était endormi.

Avec un petit soupir résolu, Sam se mit au travail. Elle attrapa une paire de gants de ménage sous l'évier, un rouleau de sacs poubelle et entreprit de nettoyer le salon et la cuisine.

Elle rangea, aéra puis passa à la salle de bain qu'elle récura avec soins.

Une fois sa tâche accomplie, elle commanda une pizza et attendit le livreur pour aller réveiller son patient. Elle caressa tendrement son front, écartant les mèches de cheveux collées de sueur.

Jack ouvrit des yeux hésitants et un peu perdus.

– Eh… Est-ce que tu as faim ? demanda la jeune femme.

Jack essaya de se redresser sur les oreillers et Sam l'aida, l'air de rien.

– Ouais… Un peu… Qu'est-ce qu'on mange ?

– Pizza ! Et j'ai trouvé le reste de glace aux pépites de chocolat au fond de ton congélateur…

Il l'avait achetée la dernière fois qu'elle avait passé le week-end chez lui. Elle aimait la glace aux pépites de chocolat…

– C'est bien, dit-il doucement.

Il remarqua qu'elle avait à nouveau glissé sa main dans la sienne, dans un geste qui semblait involontaire. Cela lui fit étrangement du bien.

– Je reviens, souffla Sam.

Elle reparut quelques minutes plus tard avec un plateau chargé de verres, d'eau et de pizza.

– Pas de bière ? demanda-t-il, un peu déçu.

– Pas avec les médicaments. Janet a été très claire.

Il s'en doutait mais, ça ne coûtait rien de tenter sa chance, n'est-ce pas ?

Sam mangea, surveillant Jack qui n'avala qu'une bouchée ou deux et but un peu d'eau.

– Tu as terminé ? demanda-t-elle avant d'enlever le plateau.

– Ouais… Pas vraiment faim en fait…

– C'est normal… C'est le coup à la tête. Tu devrais te reposer.

Elle lui donna des comprimés pour qu'il puisse dormir un peu et lui promit de le réveiller dans deux heures.

Il grogna un peu mais accepta.

Sam s'installa au salon et mit la télévision en sourdine.

Plus tard, elle éteignit l'appareil, régla sa montre pour qu'elle sonne toutes les deux heures et se rendit dans la chambre réveiller Jack.

– Jack ? appela-t-elle doucement.

– Ouais… Je vais bien…

Elle vérifia sa température et ses pupilles avant de murmurer :

– Ok. Rendors-toi.

Voyant qu'elle allait sortir, Jack la retint par le poignet :

– Tu devrais dormir ici, ce sera plus pratique.

Elle hésita puis accepta. Elle fouilla dans le premier tiroir de la commode, en sortit un vieux tee-shirt tout doux de l'académie et un boxer de Jack et fila dans la salle de bain attenante.

Elle en sortit un moment après et Jack ne put que contempler ses longues jambes fuselées et délicieusement nues tandis qu'elle contournait le lit, venant s'allonger sur la place restée vide à sa gauche. Tendant la main, elle éteignit la lumière.

Sam entendit Jack soupirer dans le noir et ne put résister à la tentation de lui demander, l'obscurité rendant les choses moins difficiles :

– Pourquoi as-tu renvoyé le personnel qui devait t'aider ?

Il y eut un long silence puis il avoua enfin :

– J'en avais assez d'être traité comme un enfant.

– Tu sais que ce n'est pas vrai, protesta-t-elle.

– J'ai besoin d'aide pour me lever, pour aller aux toilettes, pour me laver… Si ce n'est pas être comme un enfant, alors je ne sais pas ce que c'est !

La colère était palpable mais Sam savait qu'elle n'était pas vraiment dirigée contre elle.

– C'est provisoire, Jack…

– Tu n'en sais rien. Janet pense que je ne remarcherai peut-être plus jamais.

Sam hésita puis se glissa plus près de lui dans le lit. Elle enroula son bras autour de son torse et murmura :

– Ta jambe a bougé, Jack. Tu dois t'accrocher. Je suis là… Je ne te laisse pas.

– Je ne veux pas de toi ici.

Les mots étaient durs et faisaient mal.

Sam déglutit lourdement.

– Comme je te l'ai dit plus tôt, tu n'as pas le choix.

Elle voulait que sa voix soit ferme et intraitable mais, il y avait une légère fêlure que Jack perçut sans peine. Il soupira et finit par dire gravement :

– Tu mérites bien mieux qu'un vieil homme grabataire, Sam… Je ne t'imposerai pas ça. Jamais.

Sam déposa doucement sa tête contre l'épaule de Jack et laissa échapper les mots qu'elle n'avait encore jamais prononcés et qui pesaient comme du plomb sur son cœur depuis sa blessure :

– Je t'aime, Jack. Je ne pars pas. C'est mon choix.

Jack n'ajouta rien. Sa main trouva la sienne, posée sur sa poitrine et s'y accrocha. Ce simple geste comptait tellement plus que tous les mots.