Chapitre XXI : Tortures Eternelles.
Harry souriait comme un idiot. Bien entendu, dans les yeux de Drago Malefoy, Harry Potter avait toujours un regard niais, mais c'était particulièrement le cas depuis que le brun avait entendu des élèves narrant « l'humiliation de Pansy Parkinson » en passant dans le couloir non loin de sa salle de classe.
Drago n'eut aucun mal à comprendre le motif de ce sourire crétin et son petit-ami n'eut même pas besoin de se justifier. Dans une situation inversée, Drago aurait également eut un air satisfait, plus aristocratique et satisfait évidemment, mais il fallait se faire une raison, aussi fort, rapide, et sexy que soit Potter, ce n'était qu'une brute maladroite et bigleuse.
-C'est agaçant, grommela le blond.
-Désolé, je ne fais pas exprès, à chaque fois que j'imagine la scène, j'ai envie de rire.
-Je suis ravis que mes déboires sentimentaux, dont tu es pour une part responsable, te fasses sourire comme un crétin.
-Je te rappelle que c'est toi qui m'a embrassé le premier. Tu es le seul responsable de tes « déboires amoureux ».
Ils étaient en train de manger des sandwichs dans une alcôve de la salle de repos des professeurs.
-Et pour Noël, l'héritier de la famille Malefoy se joindra t-il à nous ?
-J'apprécie que tu caches la pitié que t'inspire ma solitude derrière une pointe d'ironie. J'ai passé mes dernières fêtes de fin d'année dans des hôpitaux. Tu n'es franchement pas obligé de...
-Tu es fatiguant parfois, souffla Harry en le coupant. J'ai glissé du sarcasme parce que c'est le seul moyen pour ne pas braquer ta fichue fierté. J'ai juste envie d'être avec les gens que j'aime. Et seul Merlin sait pourquoi, tu en fais maintenant partie. Et si je te disais les choses simplement et directement, c'est toi qui ferait du sarcasme.
-Suis-je devenu aussi prévisible ? Demanda Drago d'un ton lasse en terminant son sandwich.
-Surprends moi, accepte sans faire preuve d'ironie.
-C'est un piège, tu ne seras surpris par aucune de mes réponses, Potter. Tu essayes juste de me manipuler pour que je sois avec toi à Noël. Dit-moi plutôt combien nous serons ?
-Et bien plus d'une dizaine, je crois.
-Très bien, alors voilà ce que je te propose. J'accepte de venir si je participe à l'organisation. Hors de question d'être redevable envers les Weasley.
-Molly ne te laissera jamais cuisiner à sa place !
-Je pensais plutôt à héberger tout le monde au Manoir. Je n'ai pas franchement envie de passer la nuit dans la même chambre que ses fils, et là au moins, tout le monde aura sa chambre. En plus si Molly veut cuisiner pour autant de monde, plus elle aura de place, mieux ce sera, et la cuisine du manoir est d'une belle taille.
-Peut-être que Zoé quittera enfin la serre que tu lui as installé pour passer la soirée avec nous.
-Elle a des enfants maintenant ! Laisse donc cette pauvre Salamandre passer Noël avec sa famille. On ira faire nos achats ensemble par contre, je n'ai aucune idée de ce que Weasmoche et ses frères peuvent aimer.
-C'est une bonne idée, et ça évitera que tu dépenses des sommes exorbitantes.
-Tu n'imagines même pas ce qu'est une somme exorbitante pour un Malefoy, s'amusa le blond.
-Les vêtements de luxe que tu portes en civil, me donne une vague estimation. Tu as vu Ariana ce matin ?
-Oui, son esprit est encore un peu trop fragile pour que je me glisse dedans, mais demain ce sera bon. Ce qui m'inquiète, c'est plutôt Blaise. Ariana était peut-être au mauvais endroit au mauvais moment, mais la voleuse à provoquer un accident pour avoir les infos de Blaise...
-Je sais, le Ministère est en panique totale. Outre le fait de mettre Hermione sous protection, ils prennent surtout conscience que leurs agents ne sont pas formés pour ce genre de situation. Les Aurors enquêtent sur le terrain et parfois dans les souvenirs, mais quand il n'y a même plus de souvenir...
-Ils sont rares, les sorciers capables de lancer un tel sort avec une précision aussi chirurgicale, ce n'est pas le premier mage noir venu qui peut faire ça...
-Cette femme n'est pas malfaisante, elle est désespérée. Et franchement, il est difficile de ne pas lui donner raison quand on voit l'état de son monde, expliqua Harry.
-Tu lui cherches des excuses, ou c'est moi ?
- « Ne pas se moquer, ne pas déplorer, ne pas détester, mais comprendre. »
-Non, répondit Drago froidement. Je t'interdis de jouer les philosophes maintenant. Au cas où tu ne l'aurais pas remarquer, ceux sont des proches à moi qui sont dans des lits d'hôpitaux, pour l'instant. Est-ce que tu aurais accepté que quelqu'un te demande de ne pas haïr Voldemort alors qu'il te traquait ?
-Au seuil de ma mort, j'ai vu Dumbledore, et il m'a dit de plaindre les hommes qui vivent sans amour, il parlait de Voldemort, bien entendu...
-Un conseil qui vient de ce vieux fou, est rarement à suivre.
Harry eut un sourire mélancolique.
-Je suis bien d'accord avec toi en général, mais ce conseil là, c'est le seul que j'ai suivi depuis. Avoir de l'empathie pour l'autre, réussir à comprendre sa motivation, et sa logique, ce n'est pas forcément la même chose qu'y adhérer. Tu comprenais la logique de ton père et pourtant tu n'as jamais réussi à l'intégrer complètement...
-Alors pourquoi est-ce que tu fais ça ?
-Tu te souviens, l'année dernière, quand tu as utilisé le sort qui permet de faire apparaître les liens de causalité entre toutes les choses. Imagine connaître assez bien une personne pour démêler les liens de causalité qui l'a traverse. Assez pour prévoir avec de grandes probabilités son prochain mouvement. On n'est pas simplement empathiques avec nos amis, on peut également prévoir, sans toujours en être très conscient, leurs comportements. Il suffit de faire la même chose avec l'ennemi.
Drago eut un sourire. Harry pouvait être agaçant, mais ces moments de lucidité rêveuse, comme maintenant, permettait de pardonner bien des choses. Il était naturel pour Potter de défendre le bien et la vertu. Il avait été étrange de le voir défendre le déterminisme et ses conséquences. Il était encore plus singulier de l'entendre tenir un discours utilitariste sur l'empathie.
C'était son côté Serpentard, elle faisait parti du brun, et Drago s'efforçait toujours de flatter cette dernière.
-Tes nouveaux stagiaires arrivent quand au fait ? Fit Harry, en détournant le regard vers un tas de copie en attente de correction.
-Ceux sont les stagiaires de l'infirmière normalement, pas les miens, et le changement aura lieu après les vacances. J'espère qu'ils seront aussi compétents. Ce qui m'inquiète, c'est plutôt la clinique. Le conseil d'administration n'acceptera pas cette situation éternellement.
-Tu peux toujours reprendre ton poste sur place. Tu n'as aucune obligation formelle de rester ici.
-Tu crois que j'ai accepté pour des raisons formelles ? Je n'ai pas besoin d'être dans les bonnes grâces de McGonagall. Elle veut le meilleur pour ses élèves, et je veux former les meilleurs médecins, nos objectifs concordent. Son seul moyen de pression réel, c'était notre relation, et je n'oublie pas qu'elle vient de Gryffondor, elle avait trop de principes pour nous jeter en pâture à la presse et de tout façon maintenant ce n'est plus un sujet.
-Tu as vraiment juste accepté parce que je te le demandais ?
-Non, j'ai accepté parce que c'était Ariana la première victime, et j'ai aussi accepté parce que si je n'étais pas là, il n'y aurait personne d'autre pour te sauver les miches.
A ce moment-là, Travers, l'Auror en chef, chargé de l'enquête, entra dans la pièce avec une mine grave, et fonça vers eux. Cela n'annonçait rien de bon.
-Déjà de retour ? Fit le blond, en terminant sa tasse de thé.
-Nous avons un sérieux problème avec le médaillon. Nos premières analyses suggèrent que ça pourrait être un horcruxe.
Harry eut soudain l'impression de se retrouver devant Hermione. Elle avait l'art de lui donner le sentiment d'être stupide, et c'était exactement ce qu'il ressentait à cet instant. La magie noire et pourtant si familière qu'il avait ressenti, bien évidement que c'était un horcruxe. Il y avait un fragment d'âme enfermé dans ce médaillon, c'est pour cela que les détraqueurs avait rejoint cet endroit en fuyant. Ils cherchaient encore et encore à absorber l'esprit à l'intérieur du médaillon, mais sans bouche, on ne pouvait pas recevoir le baiser d'un détraqueur. Quelques pièces de ce singulier puzzle semblaient soudain s'imbriquer avec une insultante évidence.
-J'aurai dû le deviner, fit Harry déçu de lui-même, j'ai assez eut à faire à ses horreurs. Je doute en revanche qu'il soit facile de retrouver son créateur.
-Il ne vient probablement même pas de notre monde, intervint Drago. C'est comme cherché un dard de billywig dans une meule de foin.
-Un horcruxe est une assurance vie, mais la femme qui l'avait autour du cou, pourquoi était-elle enchaînée ?
Il y eut un long silence. Tout le monde cherchait une réponse, puis soudain Harry eut une théorie. En retraçant les faits, en cherchant à refaire la ligne chronologique des événements autour de cette femme mystérieuse qui était morte sur les bords du lac, il réussi à tout remettre en place.
-Nous étions trop focalisés sur la présence des détraqueurs, annonça t-il. Mais ils sont peut-être arrivés bien après cette femme. Une âme démunie, et une autre enfermée dans un objet, comme un oiseau dans une cage à la merci d'un chat, sans que ce dernier soit capable de l'atteindre...
Drago commença à le suivre dans sa réflexion.
-D'après ce que tu m'as dit les horcruxes peuvent influencés l'esprit de leur porteur, rappela le blond. Une femme enchaînée à un objet maléfique forgée pour gardée cette dernière en vie. Si elle n'était pas là pour servir de repère aux détraqueurs, elle était là pour être torturée psychologiquement. Enchaînée, et maintenu en vie malgré la fin et la soif, par le fragment de pierre philosophale, l'esprit à l'intérieur du collier pouvait jouer avec sa porteuse pour toujours...
-Quelle horreur, fit Travers. En s'essayant sur la chaise la plus proche. J'ai une longue carrière d'Auror, mais c'est la première fois que j'entends ça. Il faut être terriblement tordu pour faire une chose pareil.
-Quel est le lien avec la voleuse de connaissances ? Demanda Drago.
-C'est peut-être son horcruxe, proposa Travers.
-C'est possible, mais j'en doute, fit Harry. Ces objets sont des assurances vies, et elle semble faire assez peu de cas de son existence. La seule chose qui compte pour elle, c'est sa mission.
-Si elle meurt, sa mission sera compromise, nota Drago.
-D'où le « possible », répondit Harry. Est-ce que quelqu'un à essayer l'horcruxe depuis, pour voir s'il était encore actif ?
-Oui, les runes transforment la pierre philosophale en liquide qui est injecté directement dans le corps. Mais en revanche, le fragment d'âme à l'intérieur de l'objet ne se manifeste pas du tout.
-Il attends peut-être le moment opportun, songea Harry. J'ai l'impression qu'on vient d'introduire un autre loup dans la bergerie...
