Résumé du chapitre précédent :

Andromeda surprend Draco en lui dévoilant une nouvelle chambre pour lui à l'étage de sa maison, créée en divisant celle de Potter et lui permettant de travailler plus sereinement pendant ses week-ends chez elle.

Grimmauld est attaqué par les Mangemorts, ce qui motive Potter à utiliser un sortilège de Fidelitas avec Luna comme gardienne du secret, et dans lequel il inclut Draco.

Draco demande à Andromeda de lui écrire une recommandation pour étudier à Ste-Mangouste, et est accepté dans le cursus sous réserve de réussir ses ASPIC. Michael Corner fait lui aussi partie des futurs étudiants de l'hôpital et exprime son dégoût à l'idée d'y voir Draco.

Draco passe ses ASPIC et esquive son père à la sortie du parc de Poudlard en empruntant le réseau de cheminette du bureau de la directrice, suite à la suggestion de la McGonagall.

Le soir même, en lui coupant les cheveux, Andromeda découvre un cercle runique sur le crâne de Draco. La méthode, illégale mais traditionnellement utilisée par les sang-purs pour contrôler certains comportements chez leurs enfants, semble particulièrement cibler la sexualité de Draco. Fou de rage, il le fait retirer à Ste-Mangouste dès le lendemain matin. Débarrassé, il ne ressent pas particulièrement de changement chez lui outre une énorme migraine et une intense et légitime colère envers ses parents.

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NOTES IMPORTANTES :

-o- J'aimerais rappeler à mes lecteurs que cette histoire contient un Mpreg (=Male Pregnancy = grossesse masculine) au cas où cette information serait passée à la trappe. Le système de tag de FFNET n'est vraiment pas terrible.

-o- L'atmosphère commence à se réchauffer.

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Draco se retrouva de corvée de vaisselle en l'absence de Potter, mais Andromeda resta à côté de lui pour essuyer ce qu'il lui tendait. Il sentait qu'elle avait quelque chose à lui dire depuis le dîner, et pour qu'elle hésite autant à le faire, il n'avait pas hâte de participer à cette discussion.

Il tenta de trouver un sujet de conversation qui détournerait son attention, mais il s'y prit visiblement trop tard.

« Tu sais qu'il existe des sortilèges de protection si jamais tu ... »

Les doigts humides de Draco laissèrent échapper le plat en verre qu'il essayait de laver avec des gestes maladroits, et il carra les épaules, mortifié.

« Tu trouveras tout ce qu'il faut dans tes manuels de Médicomagie, mais ... Jettes-y un œil ? » Poursuivit-elle, aussi embarrassée que lui.

Edward le sauva d'une discussion sur les pratiques sexuelles avec sa tante en se mettant à pleurer à l'étage, et bien que Draco souhaitât qu'il se soit réveillé quelques secondes plus tôt, il fut tellement soulagé en voyant Andromeda quitter la cuisine qu'il s'avachit en avant, mouillant les manches de sa chemise en plongeant un peu trop profondément les mains dans l'eau.

Il fixa le ciel orangé derrière les chênes par la fenêtre devant lui, le cœur tambourinant dans la poitrine, puis inspira profondément pour se remettre au travail.

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Aussi gênants que soient ces prémices de discussion, Andromeda n'avait pas tort. Il fallait qu'il se renseigne. Même si l'idée lui paraissait très saugrenue.

Il avait enfin atteint les couverts au fond de l'évier quand la porte d'entrée s'ouvrit doucement.

« Je n'ai pas pu le voir quand il est venu chez mes parents, allez ! Juste une minute ! » Se plaignit une voix basse qu'il n'avait pas entendu depuis des lustres. Potter reparlait donc à Weasley ? Ce n'était pas surprenant, quand il y réfléchissait. Ils étaient collègues, ça devait être difficile de maintenir le silence entre eux alors qu'ils se voyaient tous les jours et qu'ils étaient amis depuis leurs onze ans. Quoique Blaise n'avait eu aucun problème à le faire dans une situation similaire avec lui.

« Si tu le réveilles, c'est toi qui le rendors. » Grogna Potter, qui avançait dans le couloir.

« Mec, je n'ai jamais porté un bébé, c'est mort. » Pouffa Weasley en le suivant.

« Alors laisse tomber, tu le verras une prochaine fois. Bonsoir Malfoy. »

Draco résista au réflexe de rentrer la tête dans les épaules. Il avait espéré qu'ils entrent directement dans le salon, ou qu'ils passent devant la cuisine sans le voir, mais il fut obligé de tourner la tête dans leur direction. Il n'avait pas vu Weasley depuis cette fois au Chemin de Traverse où Potter lui avait fait un signe de la main de loin.

« Bonsoir. » Salua-t-il en retour en essayant de garder un visage impassible.

« Malfoy. Tu fais la vaisselle ? » S'étouffa Weasley, et Draco plissa les yeux dans sa direction. Potter donna un coup de coude à son ami et collègue.

« Andromeda ne veut pas qu'on utilise la magie pour la cuisine. »

« Dur. » Renifla Weasley. « Ne va pas donner cette idée à Hermione. »

Les voyant s'extraire de l'encadrement de la porte, Draco leur tourna à nouveau le dos pour nettoyer les derniers couverts alors qu'ils commençaient à monter les escaliers.

« Malfoy qui fait la vaisselle... On a passé un portail dimensionnel ? » Murmura Weasley, amusé.

« Tais-toi, tu vas réveiller Teddy. » Entendit-il dire Potter d'une voix encore plus basse.

Il tendit l'oreille en déposant ce qu'il avait lavé sur l'égouttoir, mais n'entendit plus rien que leurs pas.

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Essayant d'éviter de recroiser Weasley quand il quitterait la maison, Draco avait préféré monter dans sa chambre plutôt que de passer la soirée dans le salon. Il s'en voulut d'abandonner Andromeda, et peut-être aurait-il dû rester avec elle pour créer un front de Serpentards face à l'invasion Gryffondor, mais l'idée de supporter d'autres commentaires le maintint dans sa chambre.

Il n'entendait pas un seul son provenir de celle de Potter, comme si les deux Aurors s'étaient entourés d'un silencio, et il passa quelques instants à se demander ce qu'ils pouvaient bien se dire de si important qui nécessite de telles mesures. Ils passaient vraisemblablement leurs journées ensembles. S'ils discutaient chez Andromeda, c'était peut-être parce que le Ministère avait des oreilles.

Draco grogna en tournant une page d'un de ses manuels de Médicomagie. Outre son inquiétude pour l'état de la société sorcière, il était aussi irrité en imaginant Potter ramener tous ses copains Aurors pour discuter stratégie dans son havre de paix.

Il s'enfonça dans son oreiller qu'il avait appuyé contre la tête de lit et remonta ses jambes pour poser son livre contre ses cuisses, ses bras commençant à fatiguer. Il survola des descriptions anatomiques du corps humain, s'attarda sur quelques schémas avec une moue dubitative, puis fouilla le glossaire pour trouver un chapitre inspirant. Le conseil d'Andromeda pouvait attendre.

A croire que, même libéré académiquement pour quelques semaines, il était incapable de faire autre chose que travailler dans son temps libre.

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Potter s'installa lourdement en face de lui dans la cuisine, croisa les bras sur la table, et posa son front dessus avec un soupir.

« Bonjour. » L'entendit-il marmonner.

Il portait un t-shirt qui pouvait contenir deux Potter l'année dernière, mais qui ne pouvait plus en accepter qu'un et demi à présent. Son absence d'uniforme rendit Draco perplexe, et il posa sa tasse de thé sur la table avec les sourcils froncés.

« Qu'est-ce que tu fais déjà debout si tu ne travailles pas ? »

Teddy n'était pas encore réveillé, Andromeda était dans la salle de bain, rien ne semblait justifier qu'il soit en pyjama dans la cuisine aussi tôt.

« J'avais envie de pisser. »

« Charmant. » Commenta Draco avec une grimace. C'était une explication un peu bancale, mais il laissa passer.

« Désolé. » Rit doucement Potter avant de lever un visage fatigué qu'il frotta de ses deux mains.

Draco nota l'absence de nouvelle blessure ou cicatrice sur ses bras, puis retourna à sa lecture de la Gazette du Sorcier.

« Qu'est-ce qu'ils disent ? »

« Explosion chez les moldus, origine sorcière suspectée. » Résuma Draco en tournant la page, jetant un œil à Potter qui ferma un instant les yeux avec un soupir. Origine sorcière confirmée.

« Où ça ? »

« Manchester. » Mentit Draco.

« Merde ! » S'exclama Potter, tombant dans le panneau en tendant un bras pour attraper le journal, mais Draco le tira vers lui pour l'en empêcher.

« Cambridge. » Corrigea-t-il. « Comme tu le savais déjà. »

Potter laissa retomber son bras, manquant de percuter la tasse de Draco, et le fixa avec les sourcils froncés avant de lever les yeux au ciel.

« Je m'en fous, je n'ai rien dit. » Dit-il d'un ton néanmoins boudeur en s'adossant à sa chaise. Son T-shirt trop grand glissa de sa clavicule et Draco détourna résolument le regard avec une soudaine panique.

« Qu'est-ce qu'i Cambridge ? » Demanda-t-il pour détourner son attention de l'épaule de Potter. « A part les plus purs des plus purs Mellowen ? » Railla-t-il en direction d'une des plus vieilles familles sorcières du pays.

« Tu les connais ? » Interrogea Potter en remontant le col de son t-shirt.

Draco souleva sa tasse de thé avec une moue ironique, croisant à nouveau son regard.

« Est-ce que je connais le haut-juge Mellowen, Potter ? » Ce salopard l'avait tellement accablé qu'il était sorti de son procès persuadé qu'il allait finir sa vie à Azkaban. Il n'avait dû sa liberté qu'à un avocat compétant, un jury potentiellement manipulé par son père, et ... Potter.

Le Survivant grimaça en baissant les yeux.

« Bien sûr, désolé. »

« Et ils ont deux rejetons à Poudlard. Enfin, un, maintenant. Le plus vieux doit être en train de parader au Ministère sur les traces de son père, en ce moment. » Poursuivit Draco avant de vider sa tasse d'une traite, la bouche sèche.

« Ouais ... Je l'ai vu. » Souffla Potter avec amusement.

« Et donc ? Ils ont été ciblés ? » Essaya-t-il de savoir sans peu d'espoir.

Comme il l'avait prévu, Potter lui lança son habituel sourire crispé avant de se lever pour se diriger vers la cafetière. Il le suivit des yeux, mais dû vite les reporter vers son journal froissé en réalisant qu'il lui regardait les fesses. Il se crispa sur sa chaise, mortifié. Il reprit sa tasse, vide, mais la mit tout de même à ses lèvres pour en attraper les dernières gouttes.

Il fit brutalement léviter la théière pour la remplir à nouveau, la faisant déborder dans sa panique. Il fit disparaître le carnage puis claqua sa baguette sur la table, juste avant que Potter ne quitte la cafetière pour la remplir d'eau à l'évier derrière Draco.

Son odeur de magie lui alla droit au bas-ventre.

« Oh Merlin. » Croassa-t-il malgré lui. Il mit sa tête entre ses mains, les coudes sur la table, sentant ses oreilles flamber.

« Quoi ? »

Draco réfléchit à toute allure.

« C'est ... Très frustrant de ne rien savoir. » Réussit-il à articuler.

« Ouais... J'imagine. Désolé. » Soupira Potter en coupant le robinet.

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L'index sur le front et le pouce sous le menton, Draco fixa son planning de révisions toujours accroché à côté du dessin d'Edward sur son mur, son coude pointu s'enfonçant presque douloureusement dans son ventre.

Il déglutit, les yeux dans le vague. Heureusement qu'Andromeda n'avait pas découvert les runes plus tôt dans l'année. Il n'aurait jamais réussi à passer ses ASPICs. Il s'imagina, dans l'état dans lequel il était en janvier lorsqu'elle lui avait coupé les cheveux pour la première fois, essayer de travailler au milieu de son angoisse et de ses hormones.

Draco ferma les yeux avec une grimace avant de les rouvrir. Il baissa la main et se redressa pour arracher le planning du mur et le froisser entre ses doigts. Il s'avachit à nouveau sur sa chaise, faisant tourner la boule de papier dans sa main.

Il avait au moins confirmation que les runes étaient désactivées. A présent, il allait devoir trouver comment gérer sa sexualité sans tomber dans la période de masturbation compulsive qu'avaient traversée ses camarades de dortoir. C'était ce qui l'effrayait le plus. Peut-être qu'accepter les consultations de psychomagie aurait été une bonne idée, finalement, même si l'idée de parler de cela à un inconnu l'horrifiait.

Draco avisa les manuels confiés par Andromeda et ceux qu'il avait lui-même acheté pour préparer sa rentrée à Ste-Mangouste, le conseil de sa tante n'ayant jamais vraiment quitté son esprit. Il soupira et se redressa à nouveau. Il fit craquer son cou, étira son dos, puis s'attela à la tâche.

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Comme pour se moquer de Draco, son esprit lui concocta cette nuit-là son premier, lui semblait-il, rêve érotique, d'où il se réveilla avec un sursaut, le cœur battant et le pyjama humide.

Il avait dix-neuf ans et venait de jouir dans son sommeil en imaginant des mains le toucher.

Il ravala un juron, n'ayant pas le souffle pour le prononcer, et espéra avec panique qu'il n'avait pas fait de bruit. Il avait déjà entendu Blaise gémir dans son sommeil, et il s'émerveilla presque de sa propre stupidité à ne pas avoir réalisé à quel point il avait été exempt de toute sexualité.

Il posa les mains sur son visage, mortifié. Il avait beau être conscient, intellectuellement, que ce n'était pas de sa faute et que les runes avaient détourné son esprit de tout ce qui tournait de près ou de loin au sexe, il se sentait complètement idiot.

Lorsqu'il eut retrouvé son souffle et un rythme cardiaque normal, et que la sensation humide dans ses sous-vêtements devint insupportable, il chercha sa baguette sous son oreiller, sans oser bouger autre chose que les bras. Il se nettoya ensuite d'un sort un peu trop puissant qui lui donna l'impression de se râper la peau.

Il aspira de l'air entre ses dents dans un sifflement de douleur, puis laissa retomber son bras avec fatigue. Se tournant dans son lit, il essaya de se raisonner. Ça pouvait être pire. Au moins avait-il sa propre chambre. Il aurait pu subir ce tourment dans le même dortoir que Blaise.

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Après une journée passée dehors avec Edward, Draco eut du mal à supporter de rester enfermé après que son cousin fut couché. Potter étant à peine rentré du Ministère qu'il s'était éclipsé dans la salle de bain, il fit la vaisselle avec Andromeda, l'œil vers le soleil atteignant la cime des chênes, puis sortit avec un roman pour s'asseoir sur le banc de fer forgé sous les fenêtres de la cuisine.

Les rayons rasants lui faisaient plisser les yeux, mais leur douce chaleur était tellement agréable qu'il baissa les paupières et appuya l'arrière de sa tête contre le mur chaud de la maison avec un soupir, son livre fermé sur les genoux.

Il avait toujours aimé l'été, malgré son besoin constant de protéger sa peau. Il avait passé son enfance dans les jardins du Manoir à courser et se faire courser en retour par les paons albinos du domaine, à voler en s'inventant des jeux et en reproduisant les matchs qu'il écoutait à la radio, à explorer les sous-bois malgré la peur de se perdre et les injonctions de sa mère à rester visible depuis les terrasses ombragées où elle s'installait. Il avait passé beaucoup de temps dans sa propre tête, assis ainsi face au soleil, à s'imaginer une amitié avec l'incroyable Harry Potter depuis qu'il avait su qu'ils étaient nés la même année.

Ils mettaient fin au règne de terreur de mages noirs ensembles et pourfendaient des dragons grâce à sa ruse et à l'extraordinaire magie du Survivant. Pansy, qui était régulièrement invitée au Manoir, avait toujours trouvé ses jeux pathétiques et il avait souvent préféré l'envoyer pleurnicher dans les robes de leurs mères pour pouvoir se ruer dans les bois et continuer seul à s'inventer des histoires. Grégory et Vincent n'avaient jamais eu l'imagination nécessaire pour l'accompagner, et il s'était souvent débarrassé d'eux aussi.

Comme la réalité avait été différente. A un point presque ironique.

Du bruit sur sa gauche lui fit ouvrir les yeux et tourner la tête, juste à temps pour voir Potter apparaître au coin de la maison. Il s'arrêta en le voyant assis sur le banc, son air surpris se muant en une expression indéchiffrable avant de baisser les yeux vers la bouteille de bièrobeurre qu'il avait dans la main.

Potter releva le visage, ses cheveux humides plaqués en arrière, et leva sa cannette dans sa direction.

« Tu en veux ? »

La meilleure boisson du monde pour une bouche à sucre comme Draco ? Bien sûr qu'il en voulait.

« Oui, merci. » Acquiesça-t-il.

Potter avança de quelques pas et Draco accepta la bouteille fraîche. Il ne savait pas qu'il y avait de la bièrobeurre dans la maison. C'était probablement une bonne chose. Il allait avoir du mal à se réfréner d'en boire maintenant qu'il le savait.

Potter fit volte-face et disparut au coin de la maison. Draco fronça les sourcils en faisant tourner la capsule pour ouvrir la bouteille, se demandant s'il n'avait pas piqué sa place sur le banc et s'il ne s'était pas senti obligé de lui donner sa propre boisson pour pouvoir l'esquiver ensuite dignement. Malgré son malaise, Draco fut soulagé qu'il soit parti. Il n'avait pas envie de surveiller ses réactions à côté de lui et aspirait juste à finir la journée tranquillement en profitant du soleil couchant.

Il remit sa tête contre le mur en fermant les yeux, une main sur son livre fermé et l'autre se levant pour lui permettre de boire une gorgée.

Bien sûr, Potter réapparut après une minute de tranquillité, et s'installa sur le banc avec sa propre bouteille, un soupir aux lèvres. Draco se redressa avec une grimace intérieure, mais ne put pas s'empêcher de respirer son odeur de savon et d'orage. Il crispa les doigts sur son roman et fixa résolument les chênes entourant le jardin.

« Ça a été avec Teddy aujourd'hui ? »

Draco s'éclaircit la gorge et haussa les épaules. Son cousin devenait un peu difficile à gérer. Son besoin d'indépendance le poussait à essayer de tout faire tout seul, et, lorsque c'était impossible, il se mettait à se débattre et à hurler en protestation. Draco s'était senti perdre patience plusieurs fois en le changeant et en essayant de le faire manger.

« Il y a eu quelques crises. »

« Hm ... » Émit pensivement Potter, les avant-bras sur les cuisses et le buste penché en avant, s'imposant dans son champ de vision. Draco but une gorgée de Bièrobeurre avec des nœuds dans l'estomac.

Ils restèrent silencieux un moment, Potter semblant observer l'herbe à ses pieds malgré le spectacle des rayons d'un soleil orange filtrant derrière les branches des arbres pour tomber sur eux et du ciel rosissant au-dessus des cimes.

Draco s'efforça de ne pas hyper ventiler malgré ses respirations courtes. Était-ce la magie ou Potter qui lui faisait un tel effet ? Il en avait la chair de poule, c'était insupportable.

Il termina sa Bièrobeurre bien trop vite, n'ayant même pas remarqué qu'il prenait sa dernière gorgée, alors que le Survivant avait à peine entamé la sienne.

« Il y en a d'autres ? » Demanda-t-il finalement, autant pour se donner un peu de répit et s'isoler quelques instants dans la maison que par réel envie de boire.

« Oui, dans le frigo. » Réagit Potter après avoir, semblait-il, mis quelques secondes à entendre sa question.

Draco s'échappa pour déposer sa cannette et son livre sur la table de la cuisine puis s'isola dans les toilettes du rez-de-chaussée. Il s'appuya contre le mur avec un soupir, posa la main sur son entrejambe puis la retira avec un grognement et la confirmation formelle d'un début d'érection.

Maintenant isolé, il prit de grandes inspirations pour se calmer, son entraînement intensif d'Occlumencie s'imposant à son esprit. Il rangea mécaniquement ses pensées et émotions dans des boîtes déjà pleines à craquer, et tenta d'enfouir le tout au fond de son crâne avec un succès mitigé. Il réussit néanmoins à reprendre le contrôle sur son corps et à sortir des toilettes un peu plus serein.

Une nouvelle bouteille à la main, il retourna s'asseoir à côté de Potter et fut satisfait de constater que son exercice lui permettait d'au-moins respirer normalement à côté de lui sans avoir l'impression que sa magie essayait de s'infiltrer dans ses pores.

L'autre garçon était en train d'examiner une blessure qu'il avait sous le bras gauche, tordant son membre pour la voir sous toutes les coutures, et Draco se donna une claque mentale en ignorant résolument la tension dans son biceps.

« Comment tu t'es fait ça ? »

« Couteau rituel. » Répondit Potter sans le regarder, avant de coincer sa bouteille entre ses cuisses pour tirer sur sa peau avec une grimace. « A l'entraînement. » Précisa-t-il. « Susan vise un peu trop bien. »

Draco cligna des yeux en ouvrant sa boisson, puis rangea la deuxième capsule dans sa poche.

« Vous vous lancez des couteaux à l'entraînement ? » Demanda-t-il, perplexe.

« Oui, pour affiner nos sorts de déflection. »

« Vous ne pouvez pas faire ça en vous lançant juste des petites décharges magiques ? »

Potter lui envoya un regard indulgent puis laissa retomber son bras pour poser la main sur son genou, l'autre autour du goulot de sa bouteille.

« On a commencé par ça. » Il but une gorgée. « Mais l'absence de réel danger rend assez imprudent. »

Draco médita sa réponse en sirotant sa Bièrobeurre, appuyé sur le dossier du banc. Les sortilèges de déflection étaient bien utiles en combat, évitant de se retrouver coincer derrière un protego faiblissant, mais ils demandaient une rapidité et une précision dont peu de sorciers étaient capables en duel.

« Et si vous vous prenez un couteau dans l'œil ou dans un organe vital ? »

Potter eut un petit rire en lui jetant un coup d'œil qui le mit mal à l'aise.

« Parfois tu ressembles beaucoup à Hermione. Elle m'a posé exactement la même question. » Rit-il.

Draco se sentit moins insulté que ce qu'il aurait cru.

« Et ? »

Potter sourit dans la lumière orange puis l'imita en s'appuyant sur le dossier, sa bouteille posée sur le ventre.

« Notre instructrice garde l'œil. Mais j'imagine qu'elle a voulu me donner une leçon en ne détournant pas le couteau à la dernière seconde, cette fois-ci. »

Draco pouvait parfaitement imaginer pourquoi, après l'épisode du Difindo sur la hanche de Noël. Si Potter était revenu avec moins de blessures ces six derniers mois que toutes celles qu'il avait pu voir du début de son entraînement jusqu'aux vacances d'hiver réunies, il le connaissait assez pour savoir qu'il avait tendance à mettre sa propre sécurité à l'arrière-plan de ses préoccupations dans l'action.

« Vous avez réussi à avoir de nouvelles recrues ? » Demanda-t-il finalement.

Potter baissa la Bièrobeurre qu'il avait porté à ses lèvres.

« Quelques-unes. Mais elles ne nous rejoindront vraiment que dans trois ans, sauf résultats exceptionnels à l'entraînement. »

« Combien ? » Interrogea Draco avec curiosité.

« Trois avec quasi-certitude. Peut-être cinq en tout en fonction des résultats des ASPICs. »

D'autres membres de l'armée de Dumbledore pour les premiers mentionnés, probablement. Le Ministère n'approuverait pas une candidature sans les résultats d'examens requis pour d'autres élèves.

« Weasley ? » Supposa-t-il.

« Ginny ? » S'étonna Potter en tournant la tête vers lui. « Non. Ron a réussi à la persuader de ne pas venir. »

Draco regarda à nouveau en direction des arbres. Il ignora le titillement de la magie de Potter sur son côté gauche en buvant un peu de Bièrobeurre. Il n'avait aucune idée de ce que pouvait procurer comme sentiment le fait d'avoir une fratrie, mais il pouvait imaginer pourquoi Weasley cherchait à protéger sa sœur avec le peu d'informations qu'il avait grappillé auprès de Potter. Il élimina donc Granger de sa liste aussi.

« Je suis content que tu aies choisi la Médicomagie, finalement. » Intervint soudainement Potter, le forçant à tourner légèrement la tête vers son profil qui se contorsionna bizarrement.

« J'aurais été nul comme Auror, Potter, c'était une idée ridicule. » Railla-t-il en le regardant prendre une grande gorgée de sa bouteille, la finissant enfin.

Le Survivant toussota en s'essuyant la bouche du dos de la main comme un rustre.

« On ne le saura jamais. » Déclara-t-il en posant sa cannette entre eux.

« Tu as le droit de dire qui sont les nouvelles recrues ? »

Potter l'étudia un instant, le soleil projetant une ombre sur tout le côté droit de son visage. Il baissa les yeux et retira ses lunettes pour les essuyer sur son T-shirt dans un suspense insupportable.

« Terry Boot, Ernie McMillan et ... Katie Bell. » Répondit-il finalement.

Draco eut l'impression de se prendre un coup de poing en entendant le nom de la sorcière. Bell. Il avait failli la tuer avec le collier d'opale destiné à Dumbledore. Il tourna le buste avec les doigts serrés autour de sa bouteille, le cœur dans la gorge. Elle avait passé six mois à Ste-Mangouste à cause de lui.

« Je croyais qu'elle était partie jouer pour l'équipe d'Édimbourg. » Dit-il d'une voix étranglée. Il s'était renseigné sur toutes ses victimes, qu'il soit de près ou de loin impliqué dans leurs malheurs. Il n'avait été responsable d'aucune mort directement, mais cette constatation ne l'avait pas soulagé. Il s'était infligé cette punition dans l'espoir de voir qu'ils avaient pu reprendre le cours de leur vie. Mais il était conscient que leur colère et leur traumatisme étaient toujours présents. Il l'avait bien vu chez Corner.

« C'était le cas ... Mais elle a postulé après la cérémonie de la bataille de Poudlard. » Fit doucement Potter.

Draco se pencha en avant, le coude sur le genou et la main dans les cheveux pour soutenir sa tête. Il soupira. Bell avait pu revenir à Poudlard pour finir sa scolarité, et avait usé de son talent au Quiddich pour commencer une carrière prometteuse et voilà qu'elle la lâchait pour aller poursuivre le reste des Mangemorts, comme si elle avait été incapable de vraiment tourner la page.

« Draco... » Murmura Potter, le faisant déglutir. « Même si ça n'a pas été suffisamment abordé à ton procès à mon goût, je sais dans quelles circonstances tu- »

« Est-ce que vous me comptez dans les Mangemorts restants ? » L'interrompit-il sans relever la tête.

« Non. » Répondit Potter après un moment.

Draco tourna le visage vers lui sans se redresser. Il ne le regardait plus et sa mâchoire était crispée, ses lunettes toujours serrées dans ses doigts. Il vit sa pomme d'Adam monter et descendre, lui prouvant qu'il y avait plus qu'un simple non catégorique.

« Mon père ? »

Potter lui glissa un regard soucieux puis hocha imperceptiblement la tête. Draco inspira profondément, son angoisse telle que le goût de magie au fond de sa bouche ne lui fit ni chaud ni froid. Il se déplia pour poser son dos sur le dossier, sa bouteille se réchauffant entre ses deux mains.

« Est-ce que je peux faire quelque chose ? » Demanda-t-il à voix basse.

« Non. » Répondit aussitôt Potter avec urgence. « Pas besoin. »

« Même si je- »

« Non. » Coupa presque sèchement Potter. « Tu n'es même pas censé savoir pour Mal- pour ton père. Reste en dehors de ça. »

Draco fixa son profil anxieux avec alarme, puis écarquilla les yeux.

« C'est de lui que tu venais parler avec McGonagall quand je suis parti de Poudlard. »

Potter leva une main pour se frotter la tempe, masquant son expression.

« Continue de l'éviter autant que possible, si c'est toujours ce que tu veux faire. » Prononça-t-il en reprenant sa bouteille à côté de lui, sans lui répondre. « Ne t'implique pas là-dedans. »

Potter se leva sous son regard anxieux.

« Je ne pourrai pas l'éviter à Ste-Mangouste. » Réalisa Draco. Son père n'aurait certainement pas le droit de circuler n'importe où dans l'hôpital, mais il allait être difficile de l'esquiver complètement dans ses allers et venues.

Les épaules de Potter se tendirent et il se tourna vers lui avec les yeux sombres, les derniers rayons créant un halo autour de lui, comme s'il était dos à une fournaise.

« Je sais. » Dit-il gravement.

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Draco n'aurait pas dû être surpris d'être forcé de passer d'une angoisse à une autre sans avoir le temps de reprendre son souffle, et pire, d'en conjuguer plusieurs à la fois. Comment arrivait-il à réfléchir à ce qu'était en train de manigancer son père tout en essayant de ne pas regarder avec trop d'insistance Potter qui jouait avec de l'eau avec Edward dans le jardin ?

Andromeda poussa un cri perçant qui le fit sursauter, faisant semblant d'être effrayée par son petit-fils qui agitait un petit arrosoir dans sa direction. Draco décroisa les jambes pour se relever de sa position en tailleur dans l'herbe, sentant qu'il allait bientôt être la cible de son cousin lorsqu'il le vit tourner ses yeux jaunes vers lui.

Son regard démoniaque le fit rire, et il pointa sa baguette avec un aguamenti dans sa direction générale qui ne l'empêcha pas de trotter vers lui en gloussant. Il laissa quelques gouttes froides l'atteindre en simulant la terreur, puis se prit un jet d'eau dans la figure qui le fit tousser, et fit hurler de rire Teddy.

« Potter ! » S'insurgea-t-il en essuyant son visage, aveuglé, mais persuadé que c'était lui.

« Je visais Teddy ! » Rigola-t-il.

« Tu visais ma tête, enfoiré ! » Rétorqua-t-il en essuyant son nez sur sa manche, sentant des gouttes froides glisser sur sa gorge.

« Draco ! » Gronda Andromeda.

« Farey ! » Répéta Edward, le faisant grimacer avec culpabilité.

« Désolé... » Grogna-t-il en envoyant un regard noir à Potter dont les épaules s'agitaient de rire. « Va me venger Teddy. » Adressa-t-il à son cousin en s'accroupissant pour lui désigner le coupable. « Attaque ton parrain. » Ordonna-t-il.

Edward ne se fit pas prier et fonça vers Potter avec un cri de guerre strident. Draco se sécha d'un coup de baguette et aplatit ses cheveux en les regardant se battre dans l'herbe. Teddy vida son arrosoir sur le ventre de Potter qui simulait l'agonie, puis se jeta sur lui lorsqu'il se retrouva à cours de munition.

Draco fut tenté d'ajouter son grain de sel en l'arrosant à distance, mais l'apprenti Auror était assez mouillé comme ça, et il n'avait aucune envie de devoir quitter le jardin précipitamment pour aller calmer ses hormones.

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Draco réussit presque à se persuader que Potter faisait exprès de s'exhiber, entre ses t-shirts informes et sa tendance estivale à se balader en caleçon, mais le voir dans son uniforme pourpre, qui ne révélait pas grand-chose d'autre que sa tête et la forme de ses épaules, lui fit réaliser que le problème n'était pas sa peau. C'était Potter.

Conscient qu'il était actuellement la seule personne de son âge dans son entourage, Draco se disait que cela ne signifiait pas grand-chose. Il n'était pas obsédé par Potter. Peut-être qu'il réagirait de la même façon avec une sorcière. Les yeux fermés sous la douche et la main sur son érection, il tenta de se représenter une femme lambda, ou du moins pour laquelle il n'avait pas de sentiment particulier.

Ses précédentes tentatives l'avaient laissé mal à l'aise. Il avait pourtant fait la liste mentale de toutes les sorcières qui lui paraissaient les plus attirantes, mais chacune d'elle était apparue dans son esprit avec le bagage de ses propres émotions à leur encontre.

La relation presque fraternelle qu'il avait eu avec Pansy, l'irritation que lui procurait Daphné, le malaise vis-à-vis de Ginny Weasley... Il s'arrêta étrangement sur Hannah Abbott, mais dû accepter sa profonde indifférence.

Acceptant de laisser son esprit retourner vers les hommes, il essaya de trouver quelqu'un qui ne lui renvoie pas de tristesse ou d'envie d'arracher la peau de la Marque des Ténèbres. Pas Blaise, pas Corner, pas Finch-Fletchley, certainement pas Diggory... Il se représenta le nouveau batteur de Serpentard au corps impressionnant, mais l'élimina très vite. Il avait les mêmes cheveux longs et blonds que son père, c'était rédhibitoire. Il essaya de se souvenir de Wood, mais il ne l'avait pas vu depuis tellement longtemps qu'il abandonna.

Potter ce serait encore aujourd'hui, alors. A croire que même le malaise de le croiser ensuite ne suffisait pas à l'arrêter. Il soupira, la vision très réaliste du Survivant en uniforme s'imposant à son esprit sans effort, et il laissa sa main glisser sur son érection, l'imaginant le toucher, sa bouche embrasser sa gorge, sa magie s'infiltrer en lui. Son imagination se troubla alors qu'il approchait de l'orgasme, trop concentré sur la sensation pour penser à quoique ce soit, et il éjacula avec un grognement étranglé avant de s'appuyer sur le mur froid derrière lui, les bras ballants et les jambes flageolante, un plaisir coupable quittant progressivement ses membres.

Un coup à la porte de la salle de bain le fit sursauter.

« Quoi. » Grogna-t-il en attrapant son savon, les oreilles brûlantes.

« Tes résultats sont arrivés. » Fit la voix étouffée de Potter. Il ignora le tressaillement d'intérêt de son pénis alors que son cœur s'enfonçait dans son ventre.

« J'arrive. » Dit-il d'une voix forte avant d'enfin se mettre à se laver.

/

Il déboula dans la cuisine après avoir à peine pris le temps de se sécher pour s'habiller.

« Bonjour. » Salua-t-il tout le monde, avant de se pencher pour embrasser la tête brune d'Edward qui buvait son biberon tout seul, penché en arrière dans sa chaise haute.

« Bonjour Draco, tu as eu du mal à te réveiller ? » Demanda Andromeda devant la cuisinière.

« Il reste de l'eau chaude ? » Interrogea Potter assis à table, son air goguenard disparaissant alors que Draco le foudroyait du regard. Il lui arracha l'enveloppe qu'il lui tendait, et quitta la cuisine pour la lire dans le salon, à l'abri des regards.

« Dada est de mauvais poil. » L'entendit-il dire à Teddy dans son dos.

Draco s'installa dans un fauteuil, les jambes sous lui, et rompit le cachet de Poudlard avec une boule dans la gorge. Les dernières semaines avaient réussi à estomper son angoisse au sujet de ses résultats, pour la remplacer par celle au sujet des activités de son père et l'élimination des runes et ses conséquences. Mais maintenant qu'il les avait entre les mains, il se reprit de plein fouet la possibilité qu'il ait échoué et qu'il ne puisse pas entrer à Ste-Mangouste comme prévu.

Il balaya les solutions alternatives qui s'alignaient déjà dans sa tête et sortit le parchemin, qu'il déplia rapidement.

Potions - O

Botanique - O

Métamorphoses - O

Histoire de la Magie - A

Astronomie - E

Sortilèges - O

Arithmencie - O

Étude des Runes - O

Défense contre les Forces du Mal - E

Un soulagement immense, tel qu'il lui aurait coupé les jambes s'il n'avait pas été assis, le fit se courber en avant avec le parchemin contre lui. Il expira le souffle qu'il avait retenu, puis analysa à nouveau ses notes d'un œil plus critique maintenant qu'il savait qu'il avait réussi.

Il n'était pas surpris d'avoir un Acceptable en Histoire de la Magie, ayant été forcé de lever le pied sur la matière pour pouvoir allouer du temps à ses cours supplémentaires de Médicomagie, mais il était un peu déçu de ne pas avoir reçu la note maximale en Défense contre les Forces du Mal.

« Combien de O ? » Lui demanda Potter, qui bien sûr était venu l'espionner.

« Six. » Répondit-il en gardant son regard fixé sur ses résultats.

Il l'entendit siffler.

« J'ai hâte de savoir combien Hermione en a eu. » Réfléchit-il en s'éloignant.

Draco se surprit à se moquer complètement des résultats de Granger. Elle pouvait avoir dix O si ça lui faisait plaisir. Il était définitivement pris à Ste-Mangouste, et c'était tout ce qui comptait.

/

Draco ouvrit la main pour accepter une énième pâquerette de la part d'Edward, qui leva un regard aussi vert que la pelouse dans sa direction avec attention.

« Merci Teddy, elle est très jolie aussi. » Sourit-il. Le visage de son cousin se fendit d'un sourire ravi, et il se détourna de lui pour trotter dans l'herbe à la recherche d'une nouvelle fleur à lui offrir. Draco le suivit des yeux avec amusement et posa sa main libre sur ses chevilles croisées devant lui. La température de cette matinée était parfaite. Une légère brise fraîche venait amoindrir la chaleur du soleil estival et faire chanter les feuilles des chênes qui entouraient le jardin. Les oiseaux piaillaient bruyamment, couvrant le lointain bêlement des moutons.

Obtenir le résultat de ses ASPIC avait détendu quelque chose en lui, libérant une partie de son esprit anxieux. Il s'accrochait désespérément à cette sensation dès que son cerveau tentait de l'emporter dans une tangente d'angoisse. Pouvait-il échapper indéfiniment à ses parents ? Que mijotait son père ? Est-ce que ses agissements ne risquaient pas de l'entacher un peu plus par contagion, ruinant ses chances d'étudier sereinement à Ste-Mangouste ? Et même si son père était arrêté, est-ce que l'hôpital voudrait toujours accueillir un étudiant fils d'un Mangemort à Azkaban ?

Draco remercia à nouveau son cousin lorsqu'il vint déposer une touffe d'herbe dans sa main, et profita de sa proximité pour caresser sa joue rebondie et ses cheveux du même turquoise que le ciel. Teddy babilla une série de syllabes comme s'il tentait de lui communiquer quelque chose en lui tapotant le genou, et il le fixa avec interrogation.

« Qu'est-ce que tu baragouines ? » Sourit-il, et Edward hocha mystérieusement la tête avant de reprendre toutes ses offrandes se trouvant dans la main ouverte sur sa cuisse. « Hey, mes fleurs ! » Se plaignit-il faussement, le faisant rire.

Draco en récupéra une ayant une tige assez longue et la coinça derrière une oreille de son cousin, qui cligna des yeux avec une expression perplexe, levant la main pour tenter de comprendre ce qu'il avait fait.

« Regarde. » Dit-il en prenant une autre pâquerette, se sentant légèrement ridicule en la plaçant au-dessus de sa propre oreille.

Teddy le fixa avec un regard écarquillé, ses cheveux s'éclaircissant lentement jusqu'à adopter une couleur identique aux siens, puis il lui marcha douloureusement dessus en riant, s'accrochant à lui pour tenter de lui reprendre la fleur.

« Quoi ? Ça ne me va pas bien ? » Rigola Draco en le stabilisant. Edward lui tira l'oreille, lui arrachant une grimace, puis essaya de plonger par terre pour récupérer la pâquerette qui était tombée.

Le crac d'un transplanage détourna son attention de son cousin se roulant dans l'herbe et il tourna légèrement le buste pour voir Potter, en uniforme, entrer dans le périmètre de protection en levant la main dans leur direction pour les saluer. Draco répondit à son geste avec hésitation, puis se réintéressa à Edward lorsqu'il disparut dans la maison.

Dire qu'il était mal à l'aise vis-à-vis de Potter était un euphémisme. Il avait espéré que le temps et l'habitude de le croiser amoindriraient ses réactions, mais il n'en était rien, et il lui semblait que c'était même l'inverse qui arrivait. Il devenait hyperconscient de ses moindres gestes, de son odeur, et même ses sourires l'excitaient. Il était en tension tout le temps qu'il le savait dans la maison, craignant d'être découvert. S'il avait été soulagé par la disparition des runes, et très enclin, peut-être par rébellion, à embrasser les parts de lui que ses parents avaient tenté de contrôler, il commençait à se sentir malsain.

Potter et lui s'étaient haïs presque aussitôt qu'ils s'étaient connus, et à part les quelques derniers mois, ils n'avaient partagé que des coups, des sorts et des insultes. Suffisait-il à son corps de voir un homme pour oublier qui ils étaient et ce qu'ils avaient vécu ? Draco avait encore les cicatrices de la fois où Potter avait failli le tuer, et la marque de celui qui avait assassiné ses parents. S'il savait sa réaction lorsqu'il faisait quelque chose d'aussi innocent que s'étirer en sa présence, il serait probablement dégoûté.

Draco soupira avec malaise, regardant Teddy arracher de la pelouse pour la déposer sur ses jambes sans vraiment le voir. Il avait hâte de commencer ses études, ne serait-ce que pour diriger son attention vers quelqu'un ou quelque chose d'autre. Vivre dans un tel vase clos avec le corps débordant d'hormones devenait impossible.

« Teddyyyy ! » S'écria soudainement la voix de Potter dans son dos, le faisant se tendre de surprise. Son cousin se redressa immédiatement avec un visage extatique et se précipita aussi vite que ses petites jambes pouvaient le porter en direction de son parrain.

Draco se leva à son tour avec raideur, se tournant vers eux pour se diriger vers la maison.

« Heu… Tu peux rester. » Lui dit Potter avec son filleul dans les bras, ses yeux en amande s'écarquillant légèrement derrière ses lunettes. Il avait abandonné son uniforme pour un short et un t-shirt qui révélaient un peu trop de sa peau bronzée et de ses membres musclés.

Draco déglutit en tentant de garder un visage impassible.

« Je vais aider Andromeda. » Se justifia-t-il, bien qu'il ne soit toujours pas très utile dans la cuisine pour autre chose que faire la vaisselle.

« Ok… » Emit Potter avec un sourcil haussé, avant de se désintéresser de lui pour câliner Teddy, qui glapit de plaisir en tirant sur son t-shirt.

Draco s'enfuit sans demander son reste.

/

Il avait besoin d'air mais nulle part où aller. Son isolement, qui avait été une bénédiction, devint une malédiction lorsque Potter se retrouva en congés, qu'il sembla déterminé à passer à traîner dans la maison et dans le jardin.

Draco se mit alors à courir. Il avait été plutôt athlétique jusqu'à ses seize ans, et même si les premiers jours furent une torture, il renoua rapidement avec le plaisir simple de l'effort. Il était conscient qu'il ne retrouverait pas de sitôt sa forme d'antan, ayant passé deux ans à dormir et manger en pointillé sans activer grand-chose de plus que son cerveau et sa magie, mais au moins trouvait-il là un moyen de se vider la tête.

Bien sûr, Potter ne put pas s'empêcher de le rejoindre, et il n'avait guère d'excuse à lui donner pour qu'il ne l'accompagne pas. Heureusement, il courrait bien plus vite que lui, et malgré sa déjection à se faire ainsi dépasser, Draco résistait au challenge et le laissait disparaître loin sur le chemin sinueux qui traversait les sous-bois voisins de la maison.

Ce jour-là, il le retrouva néanmoins arrêté sous un érable, à peine transpirant, comme s'il l'avait attendu, et il ralentit sa course jusqu'à le rejoindre. Il s'efforça de desserrer les dents et de simplement hausser les sourcils devant son sourire éclatant qui lui envoyait des papillons dans l'estomac.

« Viens voir ce que j'ai trouvé. » L'entendit-il dire avant de s'enfoncer entre les arbres.

Perplexe, Draco le suivit sur un petit sentier. Il garda les yeux fixés sur les baskets de Potter qui faisaient craquer des petites branches sèches sur leur chemin, ignorant résolument le reste de son corps et l'odeur de magie qui traînait derrière lui.

Le Survivant s'arrêta à l'orée d'une clairière ensoleillée et s'accroupit devant un énorme bosquet de framboisiers dont les branches lourdes de fruits ployaient en avant. Evidemment que ce morfal avait trouvé le moyen de se remplir l'estomac même en faisant du sport.

Amusé malgré lui, Draco accepta une poignée de framboises qu'il dégusta en s'appuyant au large tronc d'un chêne pendant que Potter fourrageait dans le bosquet.

« Il faudra emmener Teddy, il va être fou. » L'entendit-il commenter, et il eut un petit rire.

« Il va tout arracher avec sa délicatesse habituelle. » Fit remarquer Draco.

Potter rit doucement en se redressant, la main gauche pleine de fruits.

« Quand il sera un peu plus grand alors. » Décida-t-il avant de mettre trois framboises en même temps dans sa bouche. Draco baissa les yeux vers sa propre poignée et avala difficilement. « J'ai trouvé des mures sur un autre sentier hier, mais elles sont encore vertes, il faudra revenir dans quelques semaines. »

« J'aime moins les mûres. » Réagit Draco sans le regarder.

« Moi aussi. J'en ferai de la confiture. » Déclara-t-il, et il leva les yeux pour le voir résolument fixer un point au loin. Avait-il besoin d'être aussi intense en parlant de fruits ? Draco se frotta les mains pour les nettoyer et se décolla du tronc afin d'approcher le bosquet et se resservir.

« Il y en a des blanches. » Dit-t-il avec surprise en en décrochant une de sa branche.

« Elles se mangent ? » Interrogea Potter en se glissant à côté de lui pour en prendre une à son tour.

« Ce sont les meilleures. » Affirma Draco malgré sa soudaine tension. « Il y en a plein près des bois du Manoir. » Il mit le fruit dans sa bouche et frissonna de plaisir. Plus molles que les autres framboises et légèrement jaunes malgré leur nom, elles étaient aussi bien plus sucrées et semblaient fondre sur la langue.

« La vache. » Souffla Potter avec étonnement à côté de lui. « C'est excellent. Je n'en avais jamais vu des comme ça, je pensais qu'elles n'étaient pas mûres. » Dit-il en se resservant.

« C'est ce que pensent les oiseaux aussi. » Sourit Draco malgré la marque des ténèbres qui entra dans son champ de vision alors qu'il soulevait une branche pour attraper d'autres fruits.

« Ah ! Plus pour nous. » Rigola Potter. « On reviendra avec de quoi en emporter demain. »

« Parce que tu penses qu'on va réussir à partir d'ici sans tout manger ? » Plaisanta Draco en remplissant progressivement le creux de sa main.

Potter eut un reniflement amusé, la bouche trop pleine pour répondre.

Après s'être remplis la panse, ils reprirent le chemin de la maison d'Andromeda en marchant. Draco avait envie de courir pour s'éloigner de Potter, mais sa fierté se battait avec sa lâcheté pour l'empêcher de fuir. Il ne pouvait pas passer son temps à l'esquiver. Pour Teddy, il fallait qu'il s'habitue et qu'il retrouve un comportement normal en sa présence. Il n'avait ni les moyens ni l'envie de quitter l'hospitalité de sa tante, et il lui faudrait bien vivre avec la proximité de Potter s'il voulait continuer à faire partie de la vie de son cousin. Il devait s'immuniser.

« Vous êtes en congés combien de temps, à l'Académie ? » Demanda-t-il histoire de pouvoir estimer la durée de la torture.

« Normalement tout le mois de Juillet, mais on s'est réparti les semaines … » Répondit gravement Potter avec les mains dans les poches de son short. « Donc jusqu'à mon anniversaire, pour moi. »

Draco tiqua. Il connaissait, comme tout le monde, la date d'anniversaire du Survivant, mais ne s'était pas souvenu que le jour était imminent.

« Et toi tu commences début août, c'est ça ? » Interrogea-t-il ensuite. Draco répondit à l'affirmative. « Ça te stresse ? Je pensais qu'avoir tes résultats te détendrait un peu, mais tu as l'air encore plus constipé. »

Draco pinça les lèvres en lui envoyant un regard courroucé. A qui la faute ? Malgré son agacement, il se raisonna en fixant à nouveau le chemin sinueux et bordé d'arbres devant eux. Ce n'était pas de la faute de Potter. C'était de la sienne, même s'il était absolument incapable d'y faire quoi que ce soit.

« C'est à cause de notre discussion sur ton père ? » Supposa-t-il, lui faisant serrer les dents.

« Oui. » Mentit-il à moitié. L'idée de devoir rester sur ses gardes tout en absorbant l'énorme programme de Médicomagie et de risquer de voir sa réputation déjà salie être un peu plus abîmée par les agissements de Lucius étaient effectivement des sources d'angoisse pour lui, en plus de devoir s'efforcer de ne pas regarder Potter avec trop d'insistance avec l'envie folle qu'il le touche. Il déglutit, mal à l'aise.

« Désolé … Je ne voulais pas te mentir mais peut-être que je n'aurais rien dû dire … »

« Tu n'as techniquement rien dit. » Rappela Draco.

« Certes… » Soupira l'apprenti Auror. Il sembla vouloir ajouter quelque chose, mais il secoua légèrement la tête avant de carrer les épaules. « Concentre-toi sur Ste-Mangouste. Ce qu'il fait n'est pas ton problème. »

« Bien sûr, c'est tellement simple. Pourquoi n'y ai-je pas pensé. » Maugréa-t-il avec humeur. « Merci Potter. Je vais mettre les sombres plans de mon père à l'arrière de ma tête, et vivre joyeusement sans penser au fait qu'il pourrait facilement me cueillir à Ste-Mangouste pour m'y faire participer. »

Le Survivant sortit ses mains de ses poches et lui agrippa fermement le poignet, les doigts se serrant sur sa marque et lui envoyant un éclair de peur et de désir dans le ventre. Draco inspira brusquement et se débarrassa de sa poigne, le corps en tension et les yeux écarquillés alors qu'ils s'arrêtaient au milieu du chemin pour se dévisager.

« S'il essaye, il faut que tu me le dises. » Ordonna Potter, le regard dur derrière ses lunettes.

« Parce que tu crois que je vais bien sagement le laisser faire ? » Demanda Draco, se servant de sa colère pour masquer son trouble. Potter fronça les sourcils, sa bouche se serrant en une moue angoissée.

« Non. »

Draco le fixa un instant avant de détourner le regard, quelque chose se tordant désagréablement dans son estomac. Il croyait voir du doute dans son expression, mais ça n'avait pas de sens. Il ne le laisserait jamais être proche de Teddy s'il le pensait capable de tenir dans le camp de son père.

« Je dis juste … » Commença Potter, avant de souffler en fermant un instant les yeux, semblant lutter intérieurement. « Si tu le vois à Ste-Mangouste, dis-le-moi. S'il-te-plaît. »

Draco le jaugea quelques secondes, puis hocha la tête avec raideur. Il réalisa alors qu'il était inconsciemment en train de frotter le poignet que Potter avait touché, et il laissa retomber ses bras le long de son corps, les épaules tendues.

« Je vais rentrer en courant. » Déclara-t-il.

Il n'attendit pas de réponse et prit une nouvelle fois la fuite.

/

Draco tourna une page de Pollux le petit briseur de sort, le poids chaud d'Edward sur lui le rendant léthargique. Il continua à lui caresser doucement les cheveux et poursuivit sa lecture.

« Il attrapa la baguette tombée par terre, mais Ayna lui fit les gros yeux. « Ça ne te servira à rien ! » Dit-elle. « Le Grogromonstre est encore plus fort que ... Harry Potter. » » Prononça-t-il en essayant de ne pas rire, surpris de trouver son nom dans un livre pour enfant. Il regarda la quatrième de couverture pour trouver l'année d'édition. 1999. Ça devait être un cadeau offert à Teddy pour son premier anniversaire.

« Pollux ne pouvait pas en croire ses oreilles. » Reprit-il doucement. Son cousin s'était endormi, mais il savait qu'il lui faudrait encore quelques minutes de lecture contre lui pour réussir à le placer dans son lit sans qu'il se réveille.

« « Personne n'est plus fort que ... Harry Potter ! » ». Dit-il difficilement, un fou rire menaçant de secouer son torse et Edward avec. Il souffla pour se contrôler. « Qu'est-ce que c'est que ce livre ... » Murmura-t-il en marquant le passage avec un doigt de la main droite pour regarder les gribouillis inscrits sur la première page. « Bill Weasley, évidemment. » Pouffa-t-il presque.

« Ayna soupira et désigna la forêt. « Je ne rentre pas là-dedans sans Elehus. Et tu n'as même pas ta mallette de briseur de sort. » Pollux eut une moue boudeuse, mais il savait que son amie avait raison. Si la crypte au fond de la forêt était piégée, une vieille baguette n'allait pas les aider. Il leur fallait ses instruments. « D'accord, retournons au village. Mais pas un mot au sujet de la baguette. » Anya hocha la tête et tourna les talons, son ami à sa suite. »

Ayant terminé le chapitre, Draco ferma le livre et le posa sur l'appui de fenêtre.

« Je sens qu'ils vont faire une grosse bêtise et qu'Elehus va encore devoir les sauver. » Murmura-t-il contre les cheveux blonds de Teddy, dont la respiration indiquait qu'il était profondément endormi.

Il s'accorda une minute de plus à simplement l'avoir contre lui, puis transféra son poids dans ses bras pour se lever et le déposer dans son berceau. Son cousin soupira autour du pouce qu'il avait dans la bouche mais ne se réveilla pas, et Draco quitta discrètement sa chambre en éteignant les lumières.

Il descendit les escaliers et rejoignit Andromeda qui préparait leur dîner dans la cuisine.

« Déjà ? » S'étonna-t-elle en tournant la tête dans sa direction.

« Il était fatigué. » Expliqua-t-il en s'asseyant à table. Elle avait toujours refusé son aide pour cuisiner, et il ne la blâmait pas. Aussi bon soit-il en potions, il était probablement capable de faire brûler des œufs.

« Il aime ta voix, Draco. » Lui répéta sa tante avec un sourire avant de retourner son attention vers la cuisinière. Il ne répondit pas, embarrassé. « Fatigué ou pas, Harry et moi mettons au moins une heure à le coucher à chaque fois. »

« Peut-être que je suis aussi assommant que Binns. » Proposa-t-il, et Andromeda s'esclaffa.

« Peut-être. » dit-elle en riant.

Potter entra alors pieds nus dans la cuisine, en t-shirt blanc et caleçon à carreaux, et passa à côté de lui pour atteindre le frigo. Draco se frotta le dessous du nez dans le vain espoir que son odeur ne l'atteigne pas. Il avait toujours eu l'odorat sensible, comme sa mère, et il supposait que c'était une particularité des Black que de réagir physiquement à la magie. Bellatrix, qu'elle brûle pour l'éternité avec son taré de mari, avait eu cette manie presque animale de renifler les sorciers à qui elle s'adressait en envahissant leur espace vital. Sa mère retroussait le nez dès qu'un sort était jeté près d'elle, et Andromeda trouvait un goût à la magie. C'était bien la veine de Draco d'être comme sa folle tante, d'aimer l'odeur de la magie et de réaliser que celle de Potter en particulier l'excitait.

« Bièrobeurre ? » Lui proposa celui-ci sans le regarder.

« Oui. » Répondit-il sans hésitation. Il aurait demandé quelque chose de plus fort s'il avait aimé le goût de l'alcool. « Merci. »

« On pourrait manger dehors, il fait encore bon. » Poursuivit le Survivant en sortant deux bouteilles. Il ferma le réfrigérateur moldu avec son coude.

« Bonne idée. » Réagit Andromeda. « Je vais aller mettre un sort d'alarme sur la chambre de Teddy. »

Potter lui tendit une bouteille alors que sa tante quittait la cuisine, et Draco l'ouvrit avec le regard rivé sur la table en attendant qu'il s'éloigne de lui.

« Désolé si je t'ai laissé penser que je te croyais capable de rejoindre ton père. » Entendit-il alors, le forçant à lever les yeux vers lui avec un pincement au cœur.

« Ce n'est pas le cas. » S'obligea-t-il à avouer en regardant à nouveau sa bouteille pour échapper à son visage trop ouvert et sincère, et à sa bouche qui lui donnait envie de faire des choses idiotes comme se lever, l'attraper par le col et l'embrasser.

Potter resta un instant silencieux, et Draco se dépêcha de boire une gorgée en le voyant appuyer sa cuisse sur le bord de la table. Ce sans-gêne était en sous-vêtement à un mètre de lui et lui mettait presque le paquet sous les yeux.

« Est-ce qu'il t'a contacté depuis Noël ? »

« Non. » Répondit Draco, fixant résolument sa Bièrobeurre, espérant qu'il était le seul à entendre son cœur battre aussi fort.

« Et… Quel était le sujet de la dispute ? »

Draco releva le visage avec étonnement. Sa dernière discussion avec ses parents lui semblait être arrivée des années auparavant, et il était étrangement surpris d'entendre la raison de son départ être remise sur le tapis. Mais il ne s'était jamais expliqué auprès d'Andromeda, et encore moins auprès de Potter. Mais puisqu'il semblait enquêter sur lui, cela semblait logique qu'il s'intéresse au sujet.

« Ils me parlaient de mariage. » Dit-il, avant de se sentir brutalement stupide face à l'expression éberluée de l'apprenti Auror. « Avec le recul, je pense que je m'en suis surtout servi de prétexte pour partir. » Ajouta-t-il précipitamment.

« De mariage ? » Souffla Potter, avant d'afficher un air rebuté. « Sérieusement ? »

« Quoi ? Je ne suis pas bon à marier ? » Ironisa inexplicablement Draco sans réfléchir, mais il eut la satisfaction de le voir se mettre à bafouiller.

« Non, ce n'est pas… C'est plutôt que ça paraît … étrange comme préoccupation. Qu'est-ce qu'ils espèrent en faisant ça ? »

Draco haussa les épaules, reprenant une gorgée pour masquer la boule de fureur qui s'enflamma à nouveau sous sa cage thoracique en repensant au cercle runique. Voilà ce qu'ils voulaient faire. Le marier puis retirer voire remplacer les runes pour le forcer à produire le Malfoy suivant avec une Sang-pure politiquement intéressante.

« Parkinson est en Autriche, en plus. » Fit remarquer Potter. Il avait apparemment un dossier très complet sur sa famille, pour savoir qu'il était prévu qu'il épouse Pansy.

« Ils pensaient plutôt à Astoria Greengrass. »

Le Survivant haussa les sourcils, se décollant enfin de la table alors qu'Andromeda redescendait les escaliers.

« Pourquoi elle ? »

« Ils n'ont pas été cités du tout pendant la guerre. Ils sont de sang-pur. Ils ont de l'influence. » Enuméra Draco avec un soupir. Sa tante revint dans la cuisine pour se remettre aux fourneaux.

« De qui vous parlez ? »

« Lucius voulait marier Draco à Astoria Greengrass. » Répondit Potter en se tournant vers elle, le forçant à lever les yeux au plafond avec un mélange d'embarras pour lui-même, de colère envers ses parents, et d'inquiétude d'avoir ses fesses musclées dans son champ de vision.

« Ça ne m'étonne pas. » Souffla Andromeda. « Mais je me demande ce qu'il a sur eux pour croire qu'ils auraient accepté une telle chose. »

« Si vous pouviez éviter de suggérer que je suis le pire parti possible de la société sorcière… » Maugréa-t-il avec mauvaise humeur. « Deux fois en deux minutes, ça commence à être vexant. »

« Ce n'est pas toi le mauvais parti. » Plaisanta sa tante sans le regarder. « C'est ton père. »

/

Malgré la chaleur de la journée, la soirée était fraîche et Draco savoura autant son chocolat chaud dehors que s'il avait été au coin du feu. Potter avait fait s'incliner sa chaise comme un transat grâce à la magie, et regardait les étoiles apparaître dans le ciel alors que le soleil s'effaçait à l'horizon, les mains jointes sur son ventre et les chevilles croisées dans l'herbe.

Il avait l'air tout à fait à l'aise avec le silence qui s'était installé depuis qu'Andromeda s'était retirée pour aller se coucher, mais Draco était loin d'être aussi détendu, bien qu'il soit assez loin pour que sa présence ne l'embarque pas dans des fantasmes loufoques.

« Tu te souviens qu'on s'est rencontré chez Madame Guipure avant notre première année ? » Demanda soudainement Potter, le faisant lentement baisser la tasse qu'il avait posé sur ses lèvres.

« Oui … ? » Emit-il. Comment oublier qu'il s'était moqué du demi-géant, ignorant qu'il parlait à l'idole de son enfance et ruinant toute chance de devenir son ami avant même de savoir qui il était.

« Tu t'en souviens vraiment ? » S'étonna Potter en tournant la tête vers lui.

Draco grimaça légèrement dans l'obscurité avant de se reprendre, espérant que son aveu ne voulait rien dire de particulier.

« Toi aussi, apparemment. » Contra-t-il, et Potter eut un reniflement amusé en regardant à nouveau le ciel.

« C'était une journée étrange. »

« Tu étais minuscule. » Se rappela Draco avec amusement.

« Tu étais très désagréable. » Renchérit Potter d'un ton léger, le faisant afficher une moue contrariée.

Il l'avait été, il en était conscient. Il savait qu'il avait été un misérable petit merdeux suffisant, incapable de formuler des opinions qui n'étaient pas celles de son père. Il se demandait à quel point son éducation en était responsable, et s'il n'y avait pas un certain degré de sa propre malice qui était intervenu. Il avait toujours voulu impressionner les gens et se rendre plus important que ce qu'il était, et n'avait jamais su le faire autrement qu'en écrasant les autres. Était-ce dans sa nature, ou pouvait-il entièrement blâmer ses parents ? Aurait-il mieux tourné entre d'autres mains ?

« Est-ce que tu souhaites parfois qu'on puisse prévenir nos versions du passé de certaines choses ? » Interrogea étrangement Potter, et il fut forcé de lâcher un rire cynique.

« Juste trois fois par jour. »

« Ouais… » Murmura le Survivant. « Moi aussi. »

Draco fixa son profil qu'il pouvait à peine distinguer à présent, sa tasse oubliée entre ses mains. Il ne savait pas grand-chose de sa vie au-delà de ce qu'il avait pu lire et entendre sur lui, et la moitié ne devait être que des mensonges, dont certains qu'il avait colporté. Mais il se doutait qu'il tenterait de prévenir la mort de son parrain, de Dumbledore, celle des parents de Teddy, et du frère de Weasley. Que pourrait-il dire lui-même au Draco de onze ans qui avait croisé Harry Potter chez Madame Guipure ? D'arrêter de croire que son propre père était un modèle à copier et qu'il allait devoir faire semblant d'apprécier des Gryffondors pour pouvoir devenir ami avec Harry Potter ?

« Me connaissant, je n'écouterais rien même si le message venait de moi-même. » Réalisa-t-il à voix basse.

Potter eut un rire grave qui lui envoya un frisson dans la colonne vertébrale. Il soupira de sa propre réaction et but une grande gorgée de chocolat tiède.

« Moi non plus, probablement. » L'entendit-il réagir. « J'aurais sans doute cru que c'était un plan de Voldemort, d'ailleurs. »

Draco serra les dents, un noyau de terreur se réveillant en lui en entendant ce nom.

« Peut-être qu'il faudrait envoyer des messages inverses, dans ce cas … Surtout insulte bien Potter lorsqu'il entrera chez Madame Guipure, sinon il ne te respectera jamais. » Essaya-t-il pour détendre l'atmosphère.

Le Survivant rit à nouveau, et il ressentit un étrange éclair de satisfaction.

/

Après quinze minutes de marche dans la campagne, Teddy s'endormit enfin, bercé par les mouvements de la poussette guidée par Andromeda sur le chemin forestier.

« Merlin, qu'il devient difficile à coucher… » Souffla sa tante.

Même Draco, qui avait rarement du mal à l'endormir, avait fait face à un mur lorsqu'était venu l'heure de la sieste. Edward avait lutté malgré sa visible fatigue, hurlant dès qu'on le posait dans son lit. Il avait jeté l'éponge après avoir passé une heure à lui lire des histoires, mais Andromeda avait dégainé sa solution de secours et sorti du grenier une antique poussette aux roues énormes, prétextant qu'il allait être infernal tout l'après-midi s'il ne dormait pas de la journée.

Au vu de son peu d'expérience avec les enfants, Draco s'en était volontiers remis à son expertise. Ils avaient donc abandonné Potter à sa propre sieste dans l'herbe pour balader Teddy, dont le visage restait caché sous la capote de la poussette au cas improbable où ils croiseraient des moldus sur la route, et que l'envie prenait à son cousin d'afficher ses changements de couleurs à ce moment-là.

« Comment tu te sens ? » Lui demanda Andromeda après un silence. « Depuis que les runes ne sont plus là. » Précisa-t-elle.

Cela faisait trois semaines qu'il en était débarrassé, et c'était la première fois, depuis sa tentative de discussion sur la prévention sexuelle, qu'elle adressait la question. Draco se tendit de malaise et n'osa pas regarder dans sa direction, ruminant sa réponse.

« Tu as été assez … Taciturne, ces dernières semaines. » Poursuivit-elle avec hésitation.

Il grimaça. Constipé, taciturne, il fallait croire qu'il avait absolument échoué à donner le change.

« Désolé… » Marmonna-t-il en fixant les pieds nus de Teddy qui remuaient en rythme avec la poussette.

« Je ne disais pas ça pour que tu t'excuses. » Souffla sa tante avec amusement. « C'était une tentative maladroite de t'exprimer mon inquiétude. »

« Je vais bien. » Dit-il immédiatement.

Du coin de l'œil, il la vit tourner la tête pour lui jeter un regard qu'il imagina peu convaincu. Elle mit néanmoins un peu de temps avant de reprendre la parole, les laissant suspendu dans un silence gêné.

« La Médicomage en moi me pousse à te conseiller d'aller voir un Psychomage. » Dit-elle finalement à voix basse, confirmant ses soupçons. « Et en tant que tante, même si c'est une relation toute neuve pour nous deux, j'aimerais pouvoir t'aider, si c'est possible. Même si c'est juste en discutant. »

Draco lui jeta un coup d'œil, assez longtemps pour percevoir son sourire triste qui le révolta.

« Vous m'aidez déjà beaucoup. » Répondit-il d'une voix serrée. Elle avait fait, et faisait encore déjà tellement pour lui. Elle avait ouvert sa porte à un Mangemort exonéré de justesse pour le laisser voir tout ce qui restait de sa famille décimée. Elle lui avait offert un refuge alors qu'elle le connaissait à peine. Elle le laissait s'occuper de ce qu'elle avait de plus précieux, et l'avait aidé à entrer à Ste-Mangouste, sans rien demander en échange.

« Tu es ma famille, Draco. Je sais que ça semble étrange avec l'éducation que nous avons reçue tous les deux, mais c'est ce que font les vraies familles. » Dit-elle avec douceur.

Le regard de Draco se voila, et il fut forcé de déglutir pour réussir à respirer.

« Et ce serait mentir que de dire que je ne le fais que dans ton intérêt… » Ajouta-t-elle avec un petit rire étranglé, qui le força à regarder dans sa direction pour constater que ses yeux étaient brillants et que son visage était serré comme pour lutter contre ses larmes. « J'ai besoin de toi aussi. » Avoua-t-elle dans un souffle, le regard rivé devant elle. « Sans Harry et sans toi, cette dernière année aurait été bien plus difficile. »

La lente et profonde respiration que Draco s'imposa ne fut pas suffisante pour empêcher une larme de rouler sur sa joue, et il l'effaça brutalement du dos de sa main, l'estomac noué. Il était douloureusement conscient de ne pas mériter une personne comme Andromeda, mais il était trop égoïste et terrifié par le monde pour refuser la main tendue. Il déglutit à nouveau, renifla discrètement, puis vida son sac.

« Je suis très en colère. » Commença-t-il, et ces simples mots enflammèrent à nouveau la furie en lui. « Contre mes parents. » Crut-il utile de préciser. « J'ai passé toute ma vie à essayer de les satisfaire, à tenter de les entendre dire qu'ils étaient fiers de moi… pour finalement comprendre que les dés étaient pipés depuis le début. Ils ont manipulé mon existence entière, jusqu'à se servir de moi pour tenter de retrouver les bonnes grâces de leur maître, et peu importe que je devienne un assassin tant qu'ils obtenaient ce qu'ils voulaient. Qui fait ce genre de choses ? » S'étrangla-t-il. « Je préférerais mourir que de laisser Teddy tuer pour moi. » Réalisa-t-il soudainement, des larmes s'échappant à nouveau de ses yeux écarquillés.

Andromeda s'arrêta soudainement et lâcha la poussette pour l'enlacer, son odeur de lavande et sa magie l'enveloppant avec force. Il sentit un sanglot secouer son dos lorsqu'il accepta son étreinte, et il laissa le sien s'échapper, sa fureur soudainement terrassée par la tristesse.

« Les runes, ce n'est que la goutte d'eau. » Réussit-il difficilement à articuler contre ses cheveux. « L'ultime preuve que je n'étais qu'un pion défectueux à manipuler autant que possible avant qu'il ne soit plus utile. Que je n'étais pas un fils à aimer mais un outil à manier. Tout ce qu'ils m'ont appris, tout ce qu'ils m'ont fait faire… Tout le monde me déteste, et à raison, et je vais devoir passer le reste de ma vie avec ce poids sur les épaules, et … »

Il fut incapable de poursuivre, la gorge trop nouée, le cœur trop brisé, et il s'écarta d'Andromeda, le nez et les yeux dégoulinants, pour cacher son visage derrière son bras, écrasé par la honte et la peur.

Il sentit sa tante glisser un morceau de tissu dans sa main et il l'accepta pour s'essuyer le visage avec un rire étranglé. Elle lui attrapa une épaule, le forçant à ouvrir ses yeux brûlants pour voir qu'elle pleurait elle-aussi, mais son visage dégageait une telle force qu'il ne put pas lâcher son regard humide.

« Je t'aime. » Dit-elle fermement, et il haussa les sourcils de surprise avant d'être pris d'un nouveau sanglot. Elle posa son autre main sur son épaule pour l'empêcher de se dérober. « Teddy t'aime. » Affirma-t-elle ensuite, et elle semblait tellement sûre d'elle qu'il ne put que la croire malgré son sentiment de ne pas le mériter. « Je ne peux pas me prononcer pour Harry, il est tellement compliqué, mais je pense qu'il t'aime bien. » Ajouta-t-elle avec un peu d'humour.

Draco eut un rire étouffé dans le mouchoir qu'elle lui avait donné.

« Quoiqu'il arrive, Draco, tu as une famille qui t'aime. » Insista Andromeda. « Et qui sait ce que tu as traversé. Peut-être que parfois, ça ne te semblera pas suffisant, mais essaye de t'y accrocher. »

Il hocha doucement la tête, prenant des inspirations fébriles pour calmer son cœur et cesser de se donner en spectacle. Andromeda lâcha ses épaules et il se tourna pour se moucher le plus doucement possible pour ne pas réveiller Teddy.

« Je suis désolée de ne pas avoir essayé de te parler plus tôt. » S'excusa sa tante dans un soupir. « Je ne suis pas très douée pour ce genre de choses, c'était toujours Ted qui avait les discussions difficiles avec Dora… »

Draco se tourna à nouveau vers elle, se forçant à croiser son regard triste, et il fut surpris par la bouffée d'affection qui l'envahit à la vue de cette femme forte et fière qui en l'espace de quelques mois lui avait plus donné que n'importe qui d'autre.

« Je vous aime aussi. » Dit-il avec un sourire tordu, et elle pouffa malgré les deux grosses larmes qui roulèrent sur ses joues.

« Oh, Draco… » Sourit-elle tristement en les essuyant du dos de sa main. « Merci. Je n'avais pas entendu ça depuis longtemps. » Dit-elle avec le menton tremblant.

Ce fut lui qui l'enlaça alors, et elle serra les mains dans son dos, exhalant un soupir ému.

« Regardez-nous, deux Serpentards larmoyants… » Souffla-t-elle avec humour. Draco rit un peu et elle lui tapota maladroitement les omoplates avant de s'écarter de lui.

« Dans quelle maison était Ted ? » Demanda-t-il d'une voix éraillée.

Andromeda sourit doucement, tout son amour pour son mari se cristallisant sur son visage à cet instant.

« Gryffondor. » Répondit-elle avec fierté. Draco rit à nouveau, peu surpris. Cela collait avec le peu qu'il savait du grand-père d'Edward.

Sa tante renifla en haussant les épaules, s'essuya une dernière fois le visage avec sa manche, puis remit les mains sur la poussette avec un soupir exagéré.

« Ça fait du bien. » Déclara-t-elle en se remettant à pousser pour reprendre leur promenade.

« Andromeda. » L'interrompit-il, se battant contre le malaise que ce qu'il avait encore à dire provoquait chez lui. Il attendit qu'elle tourne la tête dans sa direction, puis carra les épaules. « Je pense que je suis gay. »

Sa tante esquissa un léger sourire, puis tendit la main pour lui caresser la joue d'un pouce.

« D'accord. » Dit-elle doucement. Et ce fut tout.