Résumé du chapitre précédent :

Draco démarre ses études à Ste-Mangouste dans la même promotion que Michael Corner, Hannah Abbott et Lazare des Courrières. La situation est toujours assez tendue avec Corner, et Lazare a tendance à esquiver la froide ambiance de leur classe, mais Draco se lie peu à peu avec Hannah.

Alors que Potter est en train d'être soigné pour une blessure reçue d'un Loup-Garou, Draco consulte son dossier par curiosité mal placée et ce qu'il y lit fait basculer ce qu'il croyait savoir du Survivant et efface son image de héros capricieux baignant dans sa propre gloire et consentant magnanimement à sa présence chez Andromeda. Potter semble avoir sacrifié son propre confort pour lui faire de la place et Draco n'arrive pas à comprendre ses motivations.

NOTE IMPORTANTE : Je suppose que si vous êtes toujours là après mes avertissements précédents, c'est que ça vous intéresse, mais je préfère vous prévenir que l'atmosphère se réchauffe encore dans ce chapitre.

Aussi, je vous demande de m'excuser pour ce chapitre un peu plus court que les autres, mais la suite de l'histoire me force à ce découpage.

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La troisième semaine du mois de décembre, cinq mois après le début de leurs cours et un an après la fuite de Draco du Manoir Malfoy, Lazare bailla à s'en décrocher la mâchoire à côté de lui alors qu'ils attendaient leur tuteur à l'étage du service d'empoisonnement par potions et plantes.

Draco étouffa un bâillement lui-même, autant par empathie que parce qu'il était épuisé. Il était sept heures et Edward l'avait réveillé deux fois au cours de sa courte nuit.

Le Guérisseur Mornille était systématiquement en retard pour ses rondes, et c'était d'autant plus vrai lorsqu'elles commençaient aussi tôt. Draco le suspectait d'être encore au fond de son lit.

« Il paraît que tu es une sorte de criminel ? » Demanda soudainement Lazare avec nonchalance de son agaçant accent.

Draco lui jeta un coup d'œil sans bouger de sa position adossée au mur près du bureau de Mornille, son sang ne faisant qu'un tour avant qu'il sente un mélange de culpabilité et de frustration l'envahir.

Bénéficiant de la recommandation d'Andromeda, qui n'avait cessé de travailler à Ste-Mangouste qu'après le décès de son mari, on avait laissé Draco plutôt tranquille. Même Corner, aussi désagréable soit-il, avait gardé ses commentaires au minimum. Quelques patients s'étaient offusqués de sa présence, et il s'était parfois éclipsé en sentant l'humiliation de trop arriver, mais l'ambiance était pour lui beaucoup plus détendue qu'à Poudlard. La menace de croiser son père en plus.

« C'est Corner qui t'a dit ça ? » Supposa-t-il d'une voix lasse.

« Corner ? Non. » S'étonna Lazare en haussant ses sourcils bruns au-dessus de ses yeux bleu foncé. Il avait un visage aristocratique, séduisant mais légèrement moqueur. Ses cheveux châtains et ondulés caressaient ses épaules larges, et Draco avait parfois pensé à lui sous la douche, s'il était honnête. « J'ai lu ça dans la Gazette ce matin. Ancien Mangemort Draco Malfoy. »

Draco se décolla du mur, le corps soudainement tendu. Il n'avait pas pris le temps de lire le journal ce matin, et il avait à peine pu finir son thé avant de devoir transplaner.

« Pourquoi est-ce qu'ils parlaient de moi ? » Interrogea-t-il avec urgence. Il n'avait pas été cité dans la Gazette du Sorcier depuis des mois.

« C'était juste un encadré pour dire que tu étudies ici. Tu es une sorte de célébrité ? »

Le cœur de Draco s'enfonça dans sa poitrine avant de se mettre à battre furieusement. Si ses parents ne savaient pas où le trouver jusqu'ici, il était certain qu'ils étaient au courant à présent. Il ne prit même pas la peine d'essayer de trouver qui avait eu l'idée de dire une telle chose au journal. N'importe lequel des patients qu'il avait croisés aurait pu le faire.

« Ça ne va pas ? » Entendit-il vaguement à travers le sang qui rugissait dans ses oreilles. C'était stupide. Il s'était attendu à croiser son père tous les jours depuis des mois, mais il était à présent certain que l'échéance arrivait, et il n'avait aucune idée de ce qu'il devait faire ou dire une fois en face de lui.

L'arrivée de Mornille le força à se ressaisir, mais il eut toute la peine du monde à se concentrer sur leur ronde.

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Draco arrêta Lazare alors qu'ils atteignaient le rez-de-chaussée en vue de rejoindre l'autre côté du bâtiment, d'où ils pourraient accéder aux salles de classe.

« J'ai besoin d'un service. » Déclara-t-il, contrôlant les tremblements dans sa voix avec fermeté.

Le jeune homme le regarda avec nonchalance, attendant qu'il poursuive avant de se prononcer.

« J'ai besoin que tu me dises s'il y a un homme qui me ressemble dans le hall des admissions. Plus âgé, plus grand, cheveux longs. » Décrivit-il rapidement. Sa main moite se serra autour de sa baguette dans sa poche.

Lazare haussa les sourcils mais acquiesça d'un mouvement de tête avant de reprendre sa marche dans le couloir.

Draco le suivit un instant jusqu'à atteindre la porte d'une des salles de consultation de l'étage, et s'arrêta en fixant son camarade du regard, le cœur dans la gorge. Lazare marcha tranquillement jusqu'au bureau d'accueil derrière lequel était assise Pietra Vanlorff, une des sorcières chargées des admissions qui discutait avec deux patients à l'air stressé, et s'arrêta à côté de la Guérisseuse Everlorn, tout juste titulaire.

Il glissa quelques mots à cette dernière en scannant tranquillement le hall des admissions, et malgré son stress, Draco réussit à être impressionné par sa discrétion. Lazare tourna finalement les yeux vers lui, et il lui adressa un imperceptible hochement de tête.

Son cœur s'emballa. Il était là. Son père était là, à attendre qu'il passe devant le bureau d'accueil ou qu'il se dirige vers les cheminées qui bordaient le hall, et Draco n'avait aucune idée de ce qu'il devait faire. Une partie de lui, toujours scandalisée par le cercle runique qu'il avait apposé sur son crâne, brûlait de sortir sa baguette pour aller lui montrer tout le mal qu'il pensait de lui. Une autre partie, majoritaire, était terrorisée à l'idée que son père ruine sa chance de s'élever au-delà de son nom en campant sur son lieu de travail, ou pire, qu'il l'embarque de force pour le séquestrer au Manoir.

Ses yeux perdus dans le vague se redressèrent soudainement en percevant du mouvement au bout du couloir.

« Monsieur, vous devez attendre d'être enregistré ! » S'insurgea Pietra à l'adresse de son père qui se dressait de toute sa hauteur à quelques mètres de lui. Son regard dur figea ses entrailles et son cœur rata un battement. Dans le suivant, il transplana.

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Le crac de son apparition fit tinter ses tympans et la brusque luminosité, après une matinée sous la lumière artificielle de l'hôpital, lui agressa les yeux alors qu'il se précipitait à l'intérieur de la barrière encerclant le jardin d'Andromeda.

Il s'arrêta sur les graviers, les mains sur les genoux, le corps pris de frissons de peur et de froid.

« Draco ? Qu'est-ce qui se passe ? »

Il se redressa en déglutissant, avisant Potter qui avait brusquement ouvert la porte de la maison avec sa baguette à la main, comme si son bruyant transplanage l'avait mis en alerte.

« Mon père est à Ste-Mangouste. » Haleta-t-il.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? » Aboya presque Potter en s'arrêtant devant lui, le faisant sursauter. Son odeur d'orage lui agressa les sens, comme si un éclair s'était écrasé près d'eux.

« Rien. Il m'a vu. Et j'ai transplané. » Dit-il d'une voix hachée qui projetait de la vapeur devant lui, se sentant soudainement complètement stupide. Il avait détalé comme un chien avec la queue entre les jambes, effrayé par la vue de son propre père, prouvant une nouvelle fois son absence totale de courage.

Potter le quitta du regard pour fixer un point bas, les sourcils froncés. Le col de sa chemise en flanelle à carreaux s'agita avec la brise glaciale.

Pourquoi avait-il transplané ? Il avait cours, bon sang. Il n'était pas assez bien vu pour se permettre de s'éclipser avec l'excuse de « mon père Mangemort m'a fait peur ».

« Je vais y retourner. Je peux apparaître au sous-sol, il ne peut pas y aller. » Déclara-t-il malgré son envie de se terrer dans sa chambre.

« Tu es sûr ? » Demanda Potter en relevant les yeux vers son visage. « Même s'il dit vouloir te rendre visite ? »

« Les enchantements empêchent quiconque n'étant pas sous contrat avec l'hôpital d'entrer. » Affirma Draco, ses propres mots n'arrivant pas à le rassurer lui-même.

Potter afficha une moue crispée, mais finit par hocher la tête.

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Draco traversa le vestiaire après être apparu au point de transplanage devant son casier où il avait récupéré son sac de cours. La baguette à la main, il ouvrit la porte et observa les couloirs avec anxiété. Un apprenti de 3ème année lui adressa un regard suspicieux en s'approchant de lui, et Draco le laissa passer en silence avant d'oser s'engager dans les nombreux sous-sols de l'hôpital.

Il retrouva ses camarades devant leur classe, et Lazare quitta ses ongles des yeux pour hausser un sourcil dans sa direction.

« C'était qui ? »

« Mon père. » Répondit Draco entre ses dents, ignorant la bruyante inspiration d'Hannah.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? » Demanda-t-elle en s'écartant du mur.

« Qu'est-ce qu'il fout ici ? » Gronda Corner en lui adressant un regard froid. « Pourquoi est-ce qu'il est autre part qu'à Azkaban, d'ailleurs ? Il serait bien mieux avec ses copains. »

Draco serra le poing autour de sa baguette, regardant la porte blanche de leur salle s'ouvrir pour les inviter à entrer.

« Pour une fois, nous sommes d'accord. » Murmura-t-il avant de s'engager dans leur classe, la boule au ventre.

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Janvier 2000

Draco écrasa la lettre de sa mère entre ses deux mains avant de la jeter au fond de son casier avec rage. Comment osait-elle ? Oser réduire sa volonté manifeste de ne plus avoir de contact avec eux à une « petite crise » qu'il ferait « bien de cesser » sous peine de « conséquences irréversibles ». Croyait-elle l'impressionner ? Il était le premier au courant des méthodes disciplinaires de père. Elle ne faisait qu'attiser la furie qui s'était estompée au fil des mois pour être ravivée par l'insistance de son père à apparaître régulièrement à Sainte-Mangouste depuis la fin du mois de Décembre, au point que le Directeur Malcom lui avait passé un énorme savon la veille dans son bureau.

Draco avait l'habitude des sermons. Il avait passé son adolescence à entendre qu'il n'était pas assez intelligent pour surpasser Granger, pas assez bon pour battre Potter, trop lâche pour tuer Dumbledore. Un échec, une pathétique excuse de Mangemort, un trouillard dont le seul succès était sa capacité à rendre son esprit illisible pour échapper aux Legillimens de son père, de Bellatrix et de Voldemort. Il avait reçu sa dose d'Endoloris, assez régulièrement pour réussir à y trouver une faille lui permettant parfois de ne pas y succomber.

Mais rarement avait-il ressenti une telle colère en se faisant hurler dessus. Il n'était pas responsable du comportement de son père, peu importait ce que criait le Directeur. Qu'espérait-il qu'il fasse ? Qu'il l'attaque dans le hall des admissions pour lui faire passer l'envie d'essayer de le prendre en embuscade ?

Il était coincé. Coincé entre son envie de vengeance et celle de suivre le conseil de Potter de l'éviter autant que possible. Il se sentait prisonnier de l'hôpital alors qu'il avait commencé à le percevoir comme son deuxième refuge.

« Empoisonnement. » Fit la voix grave de Corner près de l'entrée du vestiaire.

Draco ferma brutalement son casier avec sa blouse en main et l'enfila en marchant vers lui, se demandant si pouvait échapper à la justice en glissant un poison à son père.

« Quoi ? »

« On a un empoisonnement non identifié ce matin. » Explicita Corner en levant les yeux vers lui, un sourire effrayant aux lèvres.

Draco recula légèrement le visage avec une moue dubitative après s'être arrêté devant lui.

« Et ... Ça te fait plaisir ? » Supposa-t-il.

« Bien sûr. Ça veut dire plus de temps au labo. » Expliqua le jeune homme avec satisfaction, poussant les dossiers vers Draco qui les attrapa maladroitement contre son torse.

Il savait maintenant que Corner se destinait à une carrière dans la recherche de potions médicinales plutôt que de devenir Médicomage, mais il ne put s'empêcher de trouver son contentement assez sadique.

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Les mois écoulés depuis la disparition des runes avaient vu s'apaiser les réactions inappropriées de Draco à proximité de Potter. Il ne pouvait pas s'empêcher d'apprécier son physique – il avait des yeux, et Potter avait un corps superbe – mais il n'était plus réduit en une masse balbutiante et tremblante d'hormones lorsqu'il faisait quelque chose d'aussi infime que respirer à un mètre de lui.

Mais il n'était pas débarrassé de sa stupide et inutile attirance. Potter s'habillait enfin avec des vêtements à sa taille, et Draco maudissait et bénissait à la fois particulièrement ses jeans qui l'enveloppaient à la perfection et laissaient peu de place à l'imagination. Il était aussi ridiculement attiré par ses avant-bras halés lorsqu'il retroussait ses manches pour faire la vaisselle. Il se trouvait pathétique, mais au moins n'était-il plus obligé de le fuir pour masquer son trouble.

Ste-Mangouste lui faisait définitivement du bien malgré la difficulté du programme et la nouvelle manie de son père d'y apparaître. Il pouvait se laisser emporter par la familiarité des révisions, remplir son esprit d'autres choses que d'imaginer Potter nu le touchant sous la douche ou spéculer sur la douceur de ses lèvres, et surtout, voir d'autres personnes. Et il avait vu du monde, depuis le mois d'août. Guérisseurs, patients, autres élèves, assez pour réaliser qu'il n'avait absolument aucune attirance pour les femmes.

Il avait craint que cette réalisation ne l'étouffe et l'angoisse, mais il se rendit rapidement compte qu'il s'en fichait. Il avait enfin l'occasion d'être lui-même, de vivre pour lui-même et de faire ses propres choix. Être homosexuel ne faisait pas partie de la liste de ses problèmes. Réussir ses études tout en esquivant son père accaparait maintenant la quasi-totalité de son attention. Quand il n'était pas juste à côté de Potter dans la cuisine.

Le Survivant souffla avec humeur en empoignant plusieurs couverts dans l'eau savonneuse et les frotta avec une force inutile qui força Draco à se concentrer sur le verre qu'il était en train d'essuyer.

« Pourquoi est-ce que tu molestes ces couverts ? » Ne put-il s'empêcher de demander avec un sourcil haussé.

« Fous-moi la paix. » Grogna Potter en cessant d'imiter des gestes masturbatoires pour plonger les couteaux et fourchettes dans de l'eau claire, avant de les faire claquer sur l'égouttoir.

Il avait été de mauvaise humeur pendant leur dîner, répondant sèchement aux interrogations inquiètes d'Andromeda qui avait fini par l'ignorer pour s'adresser uniquement à son neveu, et n'était visiblement toujours pas passé à autre chose.

Draco leva les yeux au ciel mais ne commenta pas, se contentant d'essuyer la vaisselle en silence.

Il ne vit pas Potter pendant les deux jours qui suivirent, puisqu'il passa vraisemblablement ses nuits au Ministère ou en mission. Son emploi du temps était erratique, et Draco avait depuis longtemps abandonné l'idée d'essayer de comprendre ses horaires. Ceux de Londubat étaient apparemment aussi difficile à suivre pour Hannah, qui se plaignait longuement de ne jamais voir son petit-ami.

Lorsqu'il rentra le soir suivant chez Andromeda, Draco eut la désagréable surprise de voir Weasley et Granger jouer avec Edward sur le tapis du salon en réchauffant leur dos près de la cheminée, réduisant à néant ses espoirs de passer une soirée tranquille. Il avait pourtant tout prévu pour l'aider à supporter la longue journée d'examens qu'il venait de vivre. S'occuper de son cousin jusqu'à ce qu'il soit couché, dîner avec sa tante en critiquant le personnel de l'hôpital, prendre un bain si Potter ne monopolisait pas la salle de bain, et s'endormir dans une brume orgasmique après s'être masturbé.

Il était à peine entré que tout déraillait déjà.

« Bonsoir. » S'efforça-t-il néanmoins de dire. A son grand soulagement, Edward se précipita dans sa direction pour s'accrocher à sa jambe alors que Potter et ses amis le saluaient. Il attrapa son cousin, et, trop conscient des trois paires d'yeux sur lui, se détourna d'eux afin de retourner dans le couloir pour le câliner tranquillement.

« Draco ? » L'interpella Potter, le forçant à tourner la tête dans sa direction. Le Survivant était assis en tailleur sur le canapé et le fixait durement. « Est-ce que ton père était à Ste-Mangouste aujourd'hui ? »

« Oui. » Répondit-il succinctement avant de s'éclipser. Corner l'avait agréablement prévenu que son « connard de père » était dans le hall d'accueil lorsqu'il était sorti de l'hôpital pour déjeuner, et il avait passé le reste de ses épreuves de la journée à tenter de ne pas laisser cette information le déconcentrer.

Mais il était dans son refuge à présent, bien qu'il soit envahi de Gryffondors, et il ne voulait plus penser à l'acharnement de Lucius à le voir. Il serra fort Teddy contre lui, qui lui rendit son étreinte en babillant, et gravit les escaliers pour lui donner son bain.

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Février 2000

Teddy avait bientôt deux ans et la capacité et l'énergie nécessaire pour se rendre infernal dans sa recherche d'indépendance. Draco entendait Potter pester contre lui dans la salle de bain malgré la porte fermée de sa chambre, et les babillements excités de son petit-cousin qui n'avait absolument rien à faire des commandes de son parrain.

« Ça suffit Teddy ! » Entendit-il alors qu'il tentait de se concentrer sur son devoir de pathologies moldues. « Si tu le jettes encore une fois, je ne le ramasse pas ! »

Draco ricana en écrivant, connaissant déjà la suite.

« Et bah voilà ! Tant pis pour toi. »

Il posa sa plume pour prendre sa baguette et entrouvrit sa porte d'un sort.

« Mets un bouclier rebondissant autour de la baignoire. » Dit-il d'une voix assez forte pour être entendu jusqu'à la salle de bain.

« Je te ferai signe si j'ai besoin de conseil, Malfoy ! » Cria la voix énervée de Potter, visiblement de très mauvaise humeur.

Draco haussa les sourcils, à la fois vexé et surpris de sa réponse. Potter ne l'avait pas appelé Malfoy depuis un moment, et ne lui avait pas encore fait l'honneur d'être la cible de son irritabilité de ces dernières semaines. Il referma sa porte dans un claquement appuyé, puis reprit sa plume en soufflant. Qu'il se débrouille.

Il relut ses dernières lignes, l'oreille néanmoins tendues vers les jérémiades de Teddy qui s'intensifiaient, avant de rentrer la tête dans ses épaules en l'entendant pousser un cri strident qui se termina en une série de hurlements de colère qui se rapprochaient.

La porte de Draco s'ouvrit à la volée, s'écrasant contre le mur et le faisant sursauter en se tournant vers Potter. Il tenait un Teddy vociférant et humide, une serviette à peine posée sur son dos.

« Tu peux finir le bain ? » Demanda le Survivant avec la mâchoire serrée et le regard furibond au-dessus des cris de son filleul. Sa magie émanait autour de lui comme un invisible nuage orageux.

Draco posa sa plume sur son bureau en se levant, perplexe de le voir dans cet état et inquiet pour Edward qui se débattait contre sa poigne.

Il attrapa difficilement son cousin, sa peau mouillée le rendant glissant et la magie de Potter lui picotant les doigts. Il le regarda ensuite disparaître dans sa propre chambre d'un pas raide.

Draco se dirigea mécaniquement vers la salle de bain, mais le bruit de quelque chose se brisant le fit sursauter et se retourner vers la porte de la chambre voisine de la sienne avec stupeur.

Potter était assez énervé par Teddy pour se mettre à casser des choses comme un hystérique ? Mais qu'est-ce qui lui prenait ? Il baissa la tête vers son cousin qui s'était brusquement calmé et s'amusait à tirer sur un bouton de sa chemise avec concentration malgré son visage rouge et humide.

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Après un troisième soupir, Andromeda posa une assiette propre sur l'égouttoir et Draco attendit quelques secondes avant de la prendre, hésitant à demander à sa tante ce qui la mettait dans cet état. Il avait déjà une bonne idée. Potter n'était pas sorti de sa chambre, ni pour dire bonne nuit à Teddy ni pour dîner, et il lui sembla qu'ils avaient atteint le paroxysme de la mauvaise humeur qu'ils sentaient chez lui depuis quelques temps.

« Qu'est-ce qui lui prend ? » Demanda-t-il finalement, adressant enfin le dragon dans la pièce après presque une heure passée ensemble sans en parler.

« Aucune idée... » Soupira Andromeda. « L'académie, Teddy, les deux peut-être ... » Supposa-t-elle en haussant les épaules.

Elle avait probablement raison, mais Draco ne l'avait jamais vu si colérique avec son cousin et aussi bref avec Andromeda malgré toutes les difficultés qu'il avait pu avoir par le passé à l'Académie. Draco avait le bon sens de se tenir à carreaux et de lui adresser un minimum la parole pour éviter d'être sa prochaine cible, mais il commençait sérieusement à se demander s'il n'avait pas besoin d'un recadrage.

Il posa son assiette sèche sur le comptoir avant d'attraper pensivement la suivante. Il n'était certainement pas la personne idéale pour dire à Potter qu'il avait intérêt à se reprendre, au moins avec Teddy, mais il savait qu'il aurait du mal à se contenir s'il le voyait à nouveau dans cet état avec son cousin dans les bras. Au moins avait-il eu l'intelligence de lui tendre Teddy avant de laisser exploser sa colère. Mais saurait-il le faire à nouveau la prochaine fois ?

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N'ayant pas terminé ses devoirs, Draco remonta les escaliers sitôt la vaisselle rangée, déterminé à finir vite pour pouvoir redescendre tenir compagnie à Andromeda dans le salon, même si ce n'était que pour lire en silence.

Il eut la surprise de voir la porte de Potter s'ouvrir alors qu'il longeait la balustrade des escaliers vers sa chambre, la brusque lumière tombant sur lui comme sur un voleur pris sur le fait. Il s'arrêta pour le dévisager, mais Potter était à contre-jour et il ne sut pas lire son expression alors qu'il avançait d'un pas dans sa direction.

Il le vit décrire un cercle de sa baguette et un puissant Silencio non verbal glissa autour d'eux.

« Désolé pour tout à l'heure. » Dit Potter à voix basse en baissant la main.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? » Demanda Draco en croisant les bras, tentant de contrôler l'accusation dans sa voix.

Potter soupira et se tourna vers sa chambre pour faire léviter sa baguette jusqu'à son bureau, son t-shirt à manches courtes l'empêchant de la ranger contre son bras.

« Je ne suis pas sûr. J'ai perdu patience. » Soupira-t-il sans le regarder.

« J'avais compris. Mais pourquoi ? » Insista Draco, préférant se forcer à poursuivre la conversation tant que Potter se mettait en position de s'excuser, plutôt que d'attendre de devoir lui faire face lors d'une prochaine explosion de fureur.

Est-ce que ça avait un rapport avec la maltraitance qu'il avait subi ? Est-ce que les cris d'Edward, ou son comportement de ces derniers temps, pouvaient être un déclencheur ? Il était bien plus brutal qu'avant, tirant les cheveux, poussant, et tapant lorsqu'il était contrarié, utilisant ses gestes pour montrer son mécontentement puisqu'il ne savait pas parler. Mais Potter faisait face à une bien plus grande violence que ça à l'académie ... Peut-être que le fait que cela arrive chez lui, dans son sanctuaire, la rendait plus difficile à supporter ?

« Je sais qu'il lui arrive d'être chiant, mais ce n'est qu'un bébé. » Poursuivit Draco en voyant qu'il ne répondait pas.

« Ce n'est pas Teddy le problème. C'est le boulot. » Admit finalement Potter, les épaules tendues et les poings serrés.

Draco refusa de rester coincé dans l'impasse de confidentialité dans laquelle ils semblaient prêts à tomber. Il fouilla sa mémoire des dernières semaines à la recherche d'un indice qui lui permettrait de pousser Potter à parler. Mais il n'y avait rien. Pas de blessure particulière, pas d'accident notable dans la Gazette du Sorcier, pas de discussion sur un employé véreux du Ministère. Tout ce dont ils avaient parlé ces derniers temps étaient les incessantes visites de son père à Ste-Mangouste ... Qui avaient commencé à peu près en même temps que l'irritabilité de Potter.

« C'est mon père ? » Essaya-t-il, à défaut qu'autre chose.

Il vit ses épaules se crisper un peu plus, et l'un de ses poings se détendre pour venir frotter ses sourcils froncés. Potter soupira avec angoisse avant de relever la tête vers lui.

« On tourne en rond et ça me rend dingue. » Avoua-t-il, la voix serrée. « On n'arrive à rien lui coller sur le dos, et ce connard passe son temps à venir te harceler et je ne peux légalement rien faire pour l'en empêcher ! » Poursuivit-il avec plus de verve, le choquant par son ton et par ses mots. Devait-il comprendre qu'il essayait de faire arrêter son père pour qu'il ne puisse pas l'atteindre ?

« Qu'est-ce que tu penses qu'il me veut ? » Demanda Draco, anxieux. « Tu crois qu'il cherche à me faire faire quelque chose pour lui ? »

Quel intérêt pouvait-il avoir aux yeux de son père autre qu'être son héritier ? Quelle utilité pouvait avoir un fils ayant passé sa vie à le décevoir ? Voulait-il le reposer comme un autre pion sur son échiquier ?

« Je ne sais pas ! » S'énerva Potter. « Et ça me rend dingue de ne pas savoir ! Je ne comprends pas ce qu'il essaye de faire ! »

L'angoisse dans son ton décupla celle de Draco, qui sentit ses entrailles se torde et sa gorge se serrer.

« Est-ce qu'il ne faudrait pas que j'y aille ? Que je vous rapporte ce que j'apprends ? » Proposa Draco malgré sa répugnance à avancer l'idée. Il ferait un horrible espion, et il avait espéré ne jamais avoir à remettre les pieds au Manoir, avec ses échos de moldus hurlants et de Mages Sombres ricanant, une mère aux attentions froides et hypocrites et un père furieux à sa simple vue.

« Certainement pas ! » S'exclama immédiatement Potter, avançant vers lui et le faisant dérailler.

N'y avait-il donc pas d'issue ? Allait-il devoir passer sa vie en surveillant ses environs, jusqu'à ce que son père l'attrape et lui fasse faire on ne sait quoi ? Il ne savait pas résister à l'Imperius, et la faille qu'il avait trouvée dans l'Endoloris ne lui servirait pas à grand-chose si la torture était répétée, il serait trop faible pour l'exploiter.

« Et si je quitte Ste-Mangouste ? De toute façon, je ne peux pas continuer comme ça ! » Paniqua-t-il.

« NON ! » S'exclama Potter en lui attrapant le col, faisant trembler son propre Silencio autour d'eux, sa magie fouettant Draco au visage aussi surement que sa voix. La sensation et sa proximité soudaine le firent immédiatement durcir malgré sa panique, et aspirer de l'air dans un sifflement surpris, son angoisse brûlée par son contact. Il s'agrippa à la balustrade derrière lui, le regard fixé sur la bouche de Potter alors qu'il reprenait la parole. « Je vais trouver quelque chose ! Ne le laisse pas gagner après tout ce qu'il t'a déjà fait ! » Ajouta-t-il d'une voix forte.

Draco déglutit, la puissance qui émanait de lui le faisant trembler et ses mots brutalement réaliser tout ce qu'il avait déjà fait et essayait encore de faire pour le protéger sur la route qu'il avait choisi pour lui-même. Le laisser rendre visite à Teddy, lui offrir un refuge, courir le prévenir de la présence de son père à la sortie de Poudlard, tenter de le maintenir à distance de lui, et qui savait quoi d'autre ? Il y avait probablement un tas de choses qu'il n'avait pas pu voir ni comprendre.

Le cœur battant, Draco céda à l'invraisemblable pulsion de l'embrasser et lâcha la balustrade pour lui attraper le visage. Il posa ses lèvres sur les siennes avec force avant de s'écarter de lui comme s'il s'était pris une décharge, réalisant avec horreur ce qu'il était en train de faire.

Il recula d'un pas mais resta bloqué contre la barrière, les yeux écarquillés, l'esprit vide, Potter le tenant toujours par le col. Ils se fixèrent avec stupéfaction pendant une seconde, puis le Survivant le tira vers lui par la chemise et écrasa son visage sur le sien et ses lunettes contre ses arcades sourcilières. L'exclamation surprise de Draco fut avalée par sa bouche et il sentit sa main quitter ses vêtements pour lui tenir la nuque. Un frisson descendit dans son dos, activant ses bras pour s'accrocher aux côtes de Potter et irradiant son bas-ventre.

Sa langue s'infiltra dans sa bouche, son contact lui coupant le souffle. Ses doigts se crispèrent dans le T-shirt de Potter alors que la deuxième main de celui-ci se posait possessivement au milieu de son dos, l'emprisonnant entre ses bras et ses lèvres. Lorsque Draco se remit à respirer, ses poumons se remplirent de son odeur orageuse alors qu'il caressait maladroitement sa langue de la sienne, son érection se pressant douloureusement sur sa braguette.

Potter s'écarta soudainement, regardant autour d'eux, mais Draco n'eut pas le temps de spéculer sur cette interruption qu'il l'entraînait vers sa chambre en enlevant ses lunettes, fermait la porte et le collait dessus pour reprendre là où ils s'étaient arrêtés.

N'ayant absolument aucune idée de ce qui était en train de se passer, mais soulagé d'avoir quelque chose d'autre que ses jambes flageolantes pour soutenir son poids, Draco glissa ses deux mains dans la tignasse de Potter, les siennes irradiant d'une chaleur électrique dans le bas de son dos. Sa langue bataillait avec la sienne, entrant puis s'échappant de sa bouche pour refermer ses lèvres sur les siennes dans des bruits humides qui excitaient autant Draco que le simple fait d'être embrassé pour la première fois.

« Est-ce que- » Haleta soudainement Potter, mais Draco profita de son inattention pour forcer son visage à se coller à nouveau au sien grâce à la poigne qu'il avait sur sa tête, et il plongea sa langue dans sa bouche, autant pour le faire taire que pour aller chercher à la source cet incroyable goût de magie qui le traversait de part en part.

Potter gémit sur ses lèvres et colla soudainement son bassin au sien, ses mains dans son dos le bloquant contre lui. A travers la brûlure du plaisir de sentir son érection ainsi pressée entre eux, Draco réalisa que Potter était au moins aussi excité que lui. Ses hanches ondulèrent, inconsciemment d'abord puis délibérément, dans un rythme erratique perturbé par les propres mouvements de Potter.

Il sentit ses mains descendre sur ses reins, semblant imprimer une marque au fer rouge à travers sa chemise, et il perdit totalement le peu de contrôle qu'il avait sur lui-même, son corps concentré sur l'atteinte de son plaisir sans lui laisser assez de concentration ou de souffle pour continuer à embrasser Potter. Celui-ci posa son nez contre le côté de sa gorge, ses halètements inondant son oreille et ses frottements s'intensifiant contre lui. Draco posa son crâne contre la porte, le sentit embrasser sa mâchoire, et il éjacula dans un son étranglé, les bras crispés autour de ses épaules larges.

Il vit blanc, enregistrant à peine Potter continuant de se frotter contre lui jusqu'à l'entendre grogner et le sentir frémir de tout son corps. Son poids l'écrasa contre la porte. Il peina à reprendre son souffle, son odeur s'infiltrant en lui, presque étouffante par sa puissance.

Après un moment, Potter s'appuya à la porte pour s'écarter légèrement de lui, et Draco souffrit de la perte de sa chaleur, ses bras retombant le long de son corps alors qu'il rouvrait les yeux, soudainement ébloui, pour croiser les siens.

Son regard perplexe ouvrit les vannes de son cerveau, qui précipita dans son esprit tout ce qui venait de se passer. Il avait enfin réussi à garder son attirance pour Potter sous contrôle, et voilà qu'il se jetait sur lui au premier signe d'inquiétude et de bienveillance à son égard comme le vierge qu'il était. Il était un Malfoy, qu'est-ce qui lui avait pris d'embrasser Potter ? Essayait-il de se faire dégager du paradis en croquant le fruit défendu ? Qu'est-ce qui n'allait pas bien chez lui ?

Potter, inexplicablement, l'embrassa à nouveau. Il se servit d'une main sur sa nuque pour lui faire baisser la tête et atteindre plus facilement ses lèvres. Draco sentit ses doigts glisser pour encadrer sa mâchoire, faisant taire ses récriminations intérieures avec un baiser bien plus doux que ceux qu'ils venaient de partager. Ses propres bras quittèrent leur immobilité et ses mains se posèrent avec hésitation sur ses hanches. Ne le sentant pas s'échapper, il les remonta jusqu'à les écarter sous ses omoplates.

Draco souleva les paupières lorsque Potter s'éloigna à nouveau, et il regarda son visage légèrement rouge et ses cheveux qu'il avait réussi à encore plus décoiffer. Quel genre de chose pouvait-on dire après s'être frotté l'un contre l'autre jusqu'à l'orgasme après avoir passé une bonne partie des huit dernières années à se pourrir mutuellement la vie ?

« Ça... Est-ce que ... » Bafouilla Potter avec confusion, avant de se reprendre, déterminé. « Est-ce que tu es gay ? » Demanda-t-il sérieusement.

Draco eut envie de rire et eut du mal à se contenir tant son corps était détendu, ainsi avachi contre la porte. Il hocha la tête, craignant de se laisser aller s'il ouvrait la bouche. Ça paraissait être une chose bizarre à vérifier après coup.

Potter fit une moue étrange, puis se détourna pour attraper sa baguette sur son bureau. Il lui lança un sort non-verbal qui lui caressa doucement l'entrejambe pour le nettoyer, le faisant frémir.

« Merci. » Toussa-t-il, ramenant son poids dans ses jambes pour se décoller légèrement de la porte. « Et hm ... Toi ? »

Était-il possible d'être plus embarrassé par une discussion que par l'acte en lui-même ? C'était apparemment le cas. Potter grimaça en dirigeant sa baguette vers lui-même, puis la reposa sur son bureau.

« C'est compliqué. »

« Bi ? » Supposa Draco.

« C'est compliqué. » Répéta-t-il avec un regard le défiant de commenter.

Draco pinça les lèvres. Son envie de comprendre se retrouva bloquée contre l'hypothèse que Potter était peut-être encore plus largué que lui sur le sujet, puis noyée dans son propre embarras. Il n'avait aucune idée de quoi dire ou faire, et le soudain silence fit sonner ses oreilles. Potter n'était qu'à deux mètres de lui, mais il avait soudain l'impression qu'ils se trouvaient de part et d'autre d'un gouffre.

« Ne lâche pas Ste-Mangouste. » Lui intima brusquement le Survivant, le visage sérieux, reprenant leur discussion en avançant vers lui. Draco résista à son envie de se coller à la porte. Il n'avait pas peur de lui, mais il ne savait pas quoi faire de lui-même. Il hocha une nouvelle fois la tête avec raideur.

Potter lui toucha la taille avec hésitation, ses yeux nus cherchant son visage avant qu'il ne se tende en avant pour lui embrasser la joue. Draco se sentit inexplicablement rougir, le corps tendu. Ça lui paraissait bien plus intime que tout le reste.

« Qu'est-ce que vous avez mangé ? » Demanda-t-il en s'écartant, et Draco le dévisagea avec incompréhension.

« Une quiche ? » Croassa-t-il.

« Il en reste ? » Interrogea Potter en haussant les sourcils, apparemment intéressé.

« Oui. » Acquiesça-t-il. « Dans le frigo. » Ajouta-t-il en se disant que cette courte discussion était probablement plus surréaliste que le reste.

Potter lui sourit étroitement, et il réalisa alors qu'il lui bloquait la sortie. Il s'écarta de la porte pour qu'il puisse l'ouvrir puis le suivit hors de sa chambre. Il s'arrêta dans le couloir obscur et le regarda descendre quelques marches en remettant ses lunettes, l'esprit comme de la mélasse.

« Tu ne descends pas ? » Lui demanda Potter en s'arrêtant et en levant les yeux vers lui.

« J'ai des devoirs à finir. » Dit-il d'une voix qui parut faible à ses oreilles.

« Oh, ok. Bon courage. » Lui sourit-il avant de poursuivre sa descente, le laissant avec un milliard de questions au milieu du couloir.

/

Draco abandonna après environ trois vaillantes minutes à lire et relire le début de la conclusion de son devoir de pathologies moldues. Son corps semblait tinter et son esprit partait à la dérive comme une branche morte embarquée par le courant. Il penchait entre euphorie et totale panique, le cœur tambourinant et les mains moites, et le moindre bruit dans la maison le faisait tressaillir, trop conscient que Potter était à l'étage juste en dessous en train de tranquillement manger de la quiche après l'avoir fait jouir contre sa porte.

Draco posa brutalement sa plume sur son bureau en regardant droit devant lui, les mains à plat sur ses parchemins et les épaules tremblantes. Il essaya de maîtriser son angoisse en se focalisant sur le baiser qu'ils avaient partagé après coup, sur la douceur des lèvres de Potter sur sa joue avant que son estomac vide ne les sépare, et se retrouva à nouveau balayé par une exultation qui le secoua dans un rire étranglé.

Il n'avait pas été le seul dans l'affaire. Potter avait été un participant oh combien volontaire et lui avait semblé essayer de lui montrer par les gestes plutôt que par les mots qu'il n'avait pas fait une énorme bêtise. Du moins, c'est ce dont il essayait de se persuader.

Draco tourna la tête vers sa porte en entendant des pas dans l'escalier et la fixa comme s'il pouvait la forcer à le laisser voir à travers. Il devait y avoir un sortilège pour ça. Probablement.

Les pas s'arrêtèrent devant sa chambre et il eut l'impression que sa cage thoracique allait éclater. Potter toqua doucement deux fois.

« Draco, je peux rentrer ? »

Il déglutit et acquiesça d'une voix étranglée. Potter entra en lui offrant un sourire mal à l'aise, l'embarras colorant jusqu'à la jonction entre ses clavicules qui dépassaient de son t-shirt. Il le vit regarder le désordre sur son bureau puis froncer les sourcils.

« C'est pour demain ? »

« Heu, non. » Hésita Draco, et Potter hocha doucement la tête.

« Est-ce qu'on peut discuter un peu ? » Demanda-t-il, sa bouche se tordant dans une expression gênée alors qu'il balayait du regard la chambre étroite.

Draco s'éclaircit la gorge et décolla ses mains moites de ses parchemins pour les poser sur ses cuisses en se tournant sur sa chaise pour lui faire face.

« Ça me paraît nécessaire. » Réussit-il à articuler.

« Ouais. » Acquiesça Potter en se frottant la nuque avant d'entrer plus franchement dans la pièce. Il se tourna pour fermer la porte, et Draco sentit avec surprise un enchantement glisser sur les murs de sa chambre et courir sous ses pieds. Un autre Silencio non verbal, cette fois-ci sans baguette. Il ne commenta pas malgré sa surprise de le voir déployer autant de maîtrise, lui qui semblait avoir tellement peu de contrôle sur sa magie qu'elle paraissait constamment tenter de déborder de lui par toutes ses pores.

En le voyant se retourner pour s'appuyer à sa porte, l'air anxieux, Draco sentit quelque chose se tordre en lui et il se leva vivement pour lui proposer sa chaise.

« Oh, merci. » Lui offrit Potter, probablement soulagé d'obtenir la place assise la plus proche de la sortie alors que Draco s'installait au bord de son lit. Il le regarda tourner la chaise pour s'asseoir en face de lui, dos à son bureau. La pièce était assez étroite pour que leurs genoux se frôlent et Draco doutait d'avoir été un jour plus mal à l'aise qu'à ce moment-là.

Potter toussota sans le regarder, ses yeux verts s'arrêtant de part et d'autre de sa tête. Draco essuya discrètement ses mains sur son pantalon et tenta de les empêcher de se coincer entre ses genoux tout en s'efforçant de garder son regard sur lui.

« Désolé. » Commença Potter avec un rire gêné. « Parler n'est pas vraiment mon truc. »

Draco laissa passer l'euphémisme car il se sentait lui-même incapable d'ouvrir la bouche. Trop de choses pouvaient mal se passer s'il disait quelque chose de travers. Ses yeux se fixèrent sur la moitié du dessin de Teddy qu'il pouvait voir à côté des mèches noires de Potter, dont les épaules s'affaissèrent alors que ses mains se serraient l'une contre l'autre entre ses jambes légèrement écartées.

« Quoiqu'on se dise maintenant, il faut ... » Reprit Potter avec hésitation. « Il ne faut pas que ça impacte négativement Teddy. » Dit-il comme s'il lisait dans ses pensées.

« Bien sûr. » Approuva Draco, retrouvant l'usage de la parole. Leurs regards se croisèrent un instant puis Potter baissa les yeux en se mordant les lèvres avec embarras.

« Tu ne vais pas m'aider, hein ? » Dit-il avec gêne.

« Désolé. » Grimaça Draco. « Je crois que je n'ai jamais été aussi mal à l'aise. » Avoua-t-il, ses doigts s'agrippant à son pantalon, les épaules tendues.

Potter eut un petit rire avant de lever une main pour se frotter le visage.

« Moi non plus, et pourtant j'ai eu ma dose de moments embarrassants. » Soupira-t-il avec humour, avant de prendre une grande inspiration en relevant le menton, invoquant probablement son Gryffondor intérieur. « Bon... J'ai ... » Bafouilla-t-il avant d'étrécir les yeux, semblant énervé après lui-même. « Ça fait des mois que je pense à faire ... Ce genre de choses... Avec toi. » Termina-t-il, sa légère grimace s'enregistrant à peine dans l'esprit de Draco tant il était surpris par ses mots.

« Moi aussi. » Admit-il à voix basse, récoltant un coup d'œil surpris dans sa direction, suivi d'une accentuation de la rougeur sous ses yeux.

« Vraiment ? »

Draco inclina la tête avec malaise, et Potter sembla se désarticuler devant lui, son buste tombant légèrement en avant avec sa tête dans un soupir.

« J'aurais bien aimé savoir ça plus tôt. » Dit-il en levant une expression peinée dans sa direction.

« Moi aussi. » Répéta Draco, et Potter sourit étroitement avant de tendre une main hésitante au-dessus de son genou. Il la regarda un instant, puis essuya à nouveau la sienne sur son pantalon avant de la prendre, les doigts chauds de Potter se serrant immédiatement autour des siens. Il se demanda s'il pouvait sentir à quel point son cœur battait vite, le mélange de panique et d'euphorie lui donnant l'impression qu'il allait sortir de sa poitrine pour tomber sur ses genoux. Il en avait la tête qui tournait.

« Ok alors ... Je pense qu'il faudrait qu'on recommence par le début. » Reprit Potter, croisant finalement son regard avec sérieux et inquiétude.

Draco fronça les sourcils avec interrogation, se demandant s'ils allaient devoir se serrer la main et se présenter pour tenter d'effacer le moment où tout avait commencé à dérailler entre eux.

« J'ai mis ... Beaucoup de temps à accepter que tu viennes ici pour voir Teddy. » Démarra Potter, semblant se forcer à soutenir son regard. Draco déglutit, pas vraiment surpris. « J'ai témoigné à ton procès parce que je ne voulais pas avoir de dette envers toi et me sentir responsable si tu étais envoyé à Azkaban. »

Le cœur de Draco se serra douloureusement, mais il hocha la tête pour dire qu'il comprenait malgré la vague de souffrance et de culpabilité qui l'envahit.

« J'étais ... très en colère après tes parents, et après toi, pour être honnête. Pour tout ce qui s'était passé, et parce que je savais qu'ils n'avaient retourné leur veste que par opportunisme et pas par conviction. »

Draco baissa les yeux avec une grande inspiration pour contrôler ses émotions. Tout ce que disait Potter était valable, compréhensible, et absolument vrai. Il le regarda à nouveau, sentant son nez piquer. Il se mordit la langue et l'encouragea à poursuivre d'un mouvement de tête. Potter serra un peu plus ses doigts.

« Quand j'ai su que tu venais ici voir Teddy, j'ai ... usé de tout ce que j'avais à ma disposition au Département de la Justice Magique pour trouver un moyen de t'en empêcher. » Avoua-t-il avec une grimace désolée. « J'ai épluché tous les dossiers, toutes les pensines, et j'ai essayé de persuader Andy mais ... » Potter soupira et renifla délicatement avant de reprendre. « Elle m'a beaucoup parlé de la façon dont elle et ses sœurs avaient été élevées. De ce que ses parents faisaient pour les punir. »

Draco serra les dents et Potter lâcha subitement sa main, sa gorge travaillant furieusement alors qu'il détournait un regard embué, et il réalisa qu'il essayait de s'empêcher de pleurer, l'esprit probablement tourné vers la maltraitance qu'il avait subie dans son enfance en parlant de punition. Il regarda les mains crispées sur ses genoux et en reprit une dans la sienne. Potter le laissa faire et prit une inspiration tremblante.

« J'ai ... réalisé que malgré tout ce que j'avais lu, vu, et appris, il y avait probablement beaucoup de choses que j'ignorais encore. » Recommença-t-il d'une voix enrouée. « Des choses que j'avais sans doute comprises de travers. Alors j'ai ... » Il fronça les sourcils, cherchant ses mots avec le regard perdu vers la malle de Draco.

« Tu m'as laissé le bénéfice du doute. » Supposa-t-il après s'être éclairci la gorge.

« Quelque chose comme ça. » Acquiesça Potter, ses lèvres s'étirant très légèrement en le regardant à nouveau. Le contour de ses yeux était rouge mais ils étaient exempts de larmes. Draco n'était pas certain de pouvoir en dire de même pour les siens. Il avait l'impression de voir flou.

« Et puis il y a eu Noël, et Teddy était tellement bien avec toi, et tu avais l'air tellement ... » Il grimaça, semblant hésiter à poursuivre.

« Tellement ? »

« Tellement largué. » Rit soudainement Potter.

Draco eut un léger mouvement de recul, piqué dans sa fierté, mais il sentit ses doigts serrer plus fermement les siens.

« Tu as quitté le Manoir, et je connais ... trop bien ce besoin de fuir alors... J'ai complètement laissé tomber. » Finit-il avec de grands yeux francs derrière ses lunettes.

Draco inspira profondément, mal à l'aise sous son regard scrutateur.

« Est-ce que tu vas arriver à la partie intéressante ? » Demanda-t-il avec bravade, le faisant rire légèrement avec surprise.

« Elle est bizarrement plus dure à exprimer que tout le reste. » Avoua Potter en frottant sa nuque de sa main libre.

« Ne t'arrête pas en si bon chemin. » Supplia presque Draco, n'ayant aucune envie de voir son tour de parler arriver.

Potter pinça les lèvres puis ferma les yeux avec ce qui ressemblait à de l'humiliation.

« J'ai peur de te donner le bâton avec lequel me battre. » Souffla-t-il, et bien que légèrement blessé, Draco se connaissait assez pour admettre que c'était tout à fait le genre de choses dont il était capable, et qu'il avait déjà fait à de maintes reprises dans le passé. Il s'efforça de ravaler son malaise, sans grand succès, et s'éclaircit la gorge en fouillant son esprit embrumé par l'embarras.

« Je n'ai pas vraiment de grande explication à donner... » Commença-t-il. Il était hors de question qu'il parle des runes et de son désintérêt total pour toute notion amoureuse ou sexuelle jusqu'à ce qu'on l'en débarrasse. « J'avais vraiment l'esprit concentré sur d'autres choses avant les ASPICs, mais cet été ... »

Il croisa le regard avide de Potter et eut soudainement envie de rire.

« Disons que tes piques sur la longueur de mes douches n'étaient pas sans fondement. » Avoua-t-il avec humour à travers sa gêne, et Potter pouffa avant de lever son poing devant sa bouche comme pour s'empêcher de rire plus. Draco se sentit afficher une grimace.

« Tu veux dire que tu pensais à moi sous la douche, au même moment où je pensais à toi en train de te ... doucher ? » Le délivra Potter d'un ton amusé. Draco écarquilla légèrement les yeux puis fut secoué par un rire surpris.

« Je suppose ? » Toussa-t-il, son entrejambe se réveillant à l'idée de Potter se masturbant en l'imaginant faire la même chose dans la salle de bain.

« Que de temps perdu. » Commenta celui-ci avec amusement, son pouce caressant doucement le dos de sa main. Draco se mordit les lèvres, le geste lui allant directement au bas-ventre. Il se retint de gigoter sur son lit et serra ses abdominaux pour se contrôler. Le nuage de ce qui ressemblait à des phéromones magiques autour de lui ne l'aida absolument pas.

« Pour en revenir à Teddy... » Dit-il autant pour se distraire que parce que c'était ce qui lui paraissait le plus important dans leur discussion.

« Hm, oui. » Toussota Potter distraitement, cessant de caresser sa peau. « Je ne sais pas ce que tu attends de ... ça. » Il fit aller et venir sa main libre entre eux avec une expression hésitante. « Mais ... »

« Ça a le potentiel pour être absolument désastreux. » Convint Draco, son visage se tordant à cette idée. C'était même tout à fait probable.

« Absolument. » Répéta Potter. « Et c'est autant ça que le fait de n'avoir aucune idée que tu pouvais être intéressé qui m'a freiné, pour être honnête. »

« Moi aussi... » Soupira Draco une nouvelle fois, posant un coude sur sa cuisse pour se frotter le visage. Il avait passé du temps à imaginer Potter hurler de dégoût à son encontre et définitivement l'interdire d'approcher son filleul.

« Je sais que tu tiens à Teddy et que tu veux le protéger autant que moi, donc... » Potter inspira profondément. « Est-ce qu'on peut se promettre tout de suite que, quoiqu'il se passe, ou ne se passe pas, ça n'aura aucun impact sur Teddy ? »

Draco baissa sa main et releva le visage pour le regarder dans les yeux, y voyant le miroir de sa propre détermination.

« D'accord. »

« D'accord. » Répéta Potter avec un sourire soulagé. Son pouce reprit ses caresses et Draco eut la soudaine envie de lui grimper sur les genoux et de lui dévorer la bouche. « Est-ce que tu veux reprendre tes devoirs ? »

« Non. » Avoua Draco d'une voix étranglée en secouant légèrement la tête.

Potter rit et lâcha sa main pour retirer ses lunettes. Il se sentit déglutir et durcir d'anticipation, certain que ce geste avait le potentiel pour devenir le déclencheur de soudaines érections dans le futur. Son excitation s'échappa néanmoins légèrement en voyant Potter regarder vers la porte avant de retourner son attention vers lui.

« Je peux t'embrasser ? » Demanda-t-il avant que Draco n'ait le temps de lui proposer de changer de chambre, et il hocha doucement de la tête, le reste de son corps soudainement figé. Potter se leva alors pour venir s'asseoir à côté de lui. Draco réussit à se tourner et à soutenir son regard, mais il se tendit en sentant sa main se poser sur sa taille.

« Je préfère te prévenir ... » Souffla Potter avec gêne. « Je n'ai aucune idée de ce que je fais, je n'ai aucune expérience. » Finit-il avec crispation comme s'il s'attendait à ce que Draco se moque de lui. Mais ce dernier ne fit que le dévisager avec surprise, les mots s'alignant à l'envers dans sa tête tant il était distrait par sa proximité.

« Même pas avec Weasley ? »

Potter le regarda sans comprendre avant de rire doucement.

« Ginny ? Tu peux utiliser le prénom des gens, s'il-te-plaît ? J'ai cru que tu parlais de Ron. » Dit-il avec un frémissement d'horreur.

« Désolé. Ginny. » Acquiesça-t-il avec un sourire tordu par l'embarras.

« Hm... » Émit Potter avec une grimace. « Je pense pas qu'on puisse parler d'expérience avec Ginny, non. » Dit-il mystérieusement. « Pars du principe que je ne sais rien à rien. »

« Moi non plus. » Se sentit obligé d'admettre Draco, qui se voyait mal tenter de projeter une confiance qu'il ne ressentait absolument pas.

« Oh ? Merde, je comptais sur toi. » Rigola Potter, ses doigts imprimant plus de pression contre sa taille.

« J'ai de la littérature sur le sujet, si tu veux. » Plaisanta-t-il pour masquer sa gêne.

Potter haussa les sourcils puis regarda en direction de son bureau comme pour trouver ce dont il parlait dans la collection de volumes médicaux alignés le long du mur.

« Ça ... Pourrait être utile, en effet. » Admit-t-il avec un sourire pincé, tournant son regard amusé vers lui. « Mais j'apprends mieux en faisant. »

Draco se sentit s'enflammer à ses mots et se pencha en avant pour l'embrasser malgré l'inconfort de leur position, une main se levant pour cueillir sa mâchoire et le guider vers lui. Ils apprendraient ensemble s'il le fallait. Draco avait assez d'imagination pour combler leur manque d'expérience.