Résumé du chapitre précédent : Au cours du mois de Juin 2000, plus personne n'arrive à prononcer le nom de famille de Draco. Ses parents l'ont déshérité et définitivement rayés de la famille Malfoy, un an et demi après sa fuite du Manoir. Draco, devenu Draco Tonks après avoir été adopté par Andromeda, apprend alors pourquoi son père s'est débarrassé de son unique héritier. Il a un petit-frère, Scorpius. Et il est absolument hors de question qu'il le laisse entre les griffes de leur père.
Harry arrive néanmoins à le convaincre de patienter. Il n'y a rien qu'ils puissent faire tant que Lucius n'est pas derrière les barreaux.
Pardonnez-moi mon absence, j'ai été malade ET en vacances, car je fais toujours les deux en même temps. ;)
Il y a bien ET un changement de POV ET un bond de 3 ans dans le temps, ne vous inquiétez pas, c'est normal, vous n'avez pas loupé un chapitre.
Pour celles et ceux ne souhaitant pas lire le passage sexuellement explicite, vous pouvez ignorer le passage allant de "Harry avait eu à peine le temps de se remettre de son transplanage" jusqu'à "Harry entrouvrit un oeil avec les sourcils froncés", soit la totalité de la deuxième scène.
Bonne lecture !
Harry
Juillet 2003 – Trois ans plus tard
Draco fixait le menu ouvert sur sa serviette de table bordeaux comme si les mots étaient inscrits dans une langue étrangère, les sourcils froncés et les lèvres remuant en lisant la désignation complexe des plats décrits sous ses yeux. Harry sourit pour lui-même. Il avait toujours quelque part au fond de lui cette image erronée d'un Draco petit prince habitué aux choses les plus fines et à diner dans des restaurants gastronomiques, mais il avait l'air aussi perplexe que lui.
« Je ne pige rien. Choisis pour moi. » Décida-t-il en refermant le menu.
« Bonjour la pression. » Maugréa Harry malgré son amusement.
Draco haussa les épaules puis sourit en posant son menton sur ses mains jointes. Harry évita son regard narquois en se concentrant sur sa tâche. Essayer de trouver quelque chose qu'il n'aimait pas lui paraissait ardu et mesquin, et il finit par commander quelque chose qu'il avait lui-même envie de goûter, dans l'espoir qu'il le laisserait piocher dans son assiette.
« Tu as vu que Rigsby avait démissionné du Magenmagot ? » Demanda Draco au milieu de son plat.
« Oui… » Soupira Harry en levant sa fourchette vers sa bouche. Il avait lu la Gazette du Sorcier en diagonale pendant que Draco se préparait à sortir dîner, et s'était imaginé la frustration et le découragement de Kingsley en recevant sa lettre de démission. Avec le meurtre de Leoval, c'était le deuxième Né-moldu qui quittait brutalement le gouvernement en une semaine.
« Ça commence à sentir mauvais … » Commenta Draco.
Cela faisait des années que c'était le cas, à vrai dire, mais les médias commençaient seulement à en percevoir le parfum. Après la guerre, les Sang-mêlés et les Né-moldus s'étaient bien plus impliqués en politique qu'auparavant, déterminés à protéger leurs droits et ceux de leurs pairs, mais les récentes attaques minaient le moral et Harry savait qu'ils n'étaient pas encore au milieu de la pente. Il était soulagé que Draco n'ait pas choisi une carrière politique, il avait une assez grosse cible dans le dos comme cela.
« C'est son adjoint qui doit prendre sa place, mais je doute qu'il y reste longtemps… » Réagit-t-il.
Draco plissa les yeux dans sa direction.
« Meurtre ? Pot-de-vin ? Panique ? » Enonça-t-il à haute voix, forçant Harry à vérifier la réaction de leurs voisins, qui semblaient en grande discussion entre eux et ne leur accordaient aucune attention.
« Il est Né-moldu aussi. Ça sera probablement la troisième solution. »
« Ou la première. » Avança sombrement Draco.
Harry lui offrit un sourire crispé. Des Aurors avaient été affectés à la protection du peu de sorciers d'origine moldue membres du Magenmagot depuis le meurtre de Leoval, mais le Département de la Justice Magique était loin d'être infaillible, et déjà douloureusement dispersé dans toutes les directions pour tenter de maintenir l'ordre et de contrer les actions de plus en plus osées des Mangemorts. Harry lui-même avait été affecté à la surveillance du siège du gouvernement le lendemain du meurtre, et il avait sérieusement songé à annuler ses congés.
Soucieux de ne pas avancer plus loin sur le sujet et risquer de le frustrer en le confrontant à son impossibilité de lui répondre, Harry redirigea leur discussion. Ils s'attardèrent longuement sur Teddy. Ils n'avaient jamais passé autant de temps éloignés de lui depuis des années, et ils souffraient tous les deux d'un étrange sentiment de culpabilité et de la crainte qu'il vive mal leur absence, malgré leur très réel soulagement d'avoir le droit à une petite pause. Ils n'avaient pas osé aller très loin, néanmoins. Ils avaient vite écarté l'idée de prendre un Portoloin international, et s'étaient contentés de rejoindre Cork, d'où ils pouvaient transplaner à tout moment si besoin.
« Je peux goûter ton vin ? » Lui demanda soudainement Draco. Surpris, Harry lui tendit son verre. Il aimait lui-même plutôt la bière, mais s'était senti étrangement gêné à l'idée d'en commander une avec son dîner dans un lieu aussi chic. Dire qu'il ne se sentait pas à sa place dans ce genre d'endroit était un euphémisme. Draco paraissait bien plus dans son élément malgré son incompréhension face au menu, avec son attitude sereine et distinguée et son allure impeccable. Harry avait beau avoir fait un effort de présentation, il se sentait comme un âne au milieu d'un troupeau de licornes.
Il regarda Draco boire une minuscule gorgée de son vin avant de voir son visage se contorsionner dans une grimace qui le fit sourire avec affection. Il rit légèrement quand il se rinça la bouche avec une grande gorgée de cidre, n'ayant pu assouvir son addiction à la Bièrobeurre dans un restaurant moldu.
« Moque-toi, Potter. Tu en as à peine bu, je suis sûr que tu trouves ça ignoble aussi. » Le taquina Draco, son regard espiègle lui envoyant des papillons dans l'estomac.
Harry but délibérément dans son propre verre sans le quitter des yeux, n'ayant jamais pu résister à ses défis. L'alcool lui tapissa agréablement la bouche, et bien qu'il ne soit qu'un profane et bien incapable de séparer les saveurs, il devait admettre qu'il était excellent.
Draco étrécit les yeux, guettant sa réaction, puis les leva au ciel lorsqu'il reposa son verre avec une moue satisfaite.
« Délicieux. »
« Mensonges. » Réfuta Draco en reprenant ses couverts.
Harry trouvait drôle qu'il ne supporte pas l'alcool. Il avait passé un peu trop de temps dans sa vie à l'imaginer siroter les meilleures boissons et déguster des petits fours dans son grand Manoir avec ses amis Sang-purs pendant que lui-même récurait la cuisine de Pétunia et se levait la nuit pour voler de quoi manger. Il savait à présent qu'il n'en était rien mais l'image était tenace, surtout lorsqu'il observait ses gestes élégants, son port altier, et le plaisir sur son visage lorsqu'il mettait quelque chose dans sa bouche.
Réalisant avec horreur qu'il avait un début d'érection en regardant Draco manger, Harry baissa les yeux vers sa propre assiette et reprit ses couverts avec embarras. Ils n'avaient pas fait grand-chose d'autre que manger, dormir et faire l'amour depuis qu'ils étaient arrivés à Cork trois jours plus tôt, savourant le fait de pouvoir enfin être un peu seuls sans craindre que Teddy ne tente d'ouvrir la porte de leur chambre. Il avait toujours été plus ou moins obsédé par Draco pour des raisons variables, mais sa réaction actuelle lui paraissait néanmoins un peu exagérée.
Il releva les yeux en même temps que sa fourchette, mais se figea en voyant son sourire malicieux.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » Demanda-t-il, avant de baisser le regard vers sa chemise à la recherche d'une tache. N'en voyant aucune, il le dévisagea avec incompréhension, avant de sursauter en sentant un pied entre ses genoux.
« Draco. » S'étrangla-t-il, jetant des coups d'œil frénétiques à leurs voisins qui discutaient toujours avec animation. Le pied déchaussé de Draco se posa alors sur son entrejambe et pressa légèrement, le faisant agripper ses couverts sans oser regarder vers le bas.
« J'en étais sûr. » Rit légèrement Draco, et Harry s'empourpra, et, inexplicablement, se sentit durcir un peu plus alors qu'il était terrifié à l'idée qu'on les remarque.
« Qu'est-ce que tu fais. » Demanda-t-il à voix basse, levant les yeux vers le serveur qui discutait avec un couple de clients près de l'énorme cheminée centrale du restaurant. Il détourna le regard, craignant que l'homme ne le croise et l'interprète comme un appel à venir à leur table.
Draco se mordait la lèvre inférieure en contenant ce qui devait être un fou rire. Son pied disparut, mais l'érection de Harry était toujours bien présente.
« Tu as fini de manger ? » Lui demanda le blond avec un air innocent.
« Non. Et je voulais un dessert. » Grommela Harry sans humeur, amusé malgré sa gêne.
« Tu pourras prendre le dessert sur la table de la cuisine. » Nota distraitement Draco en levant son verre de cidre. Harry mit une seconde avant de réaliser son sous-entendu, et il ferma les yeux dans une tentative vaine de ne pas se voir le prendre sur la table en bois de l'appartement qu'ils louaient pour la semaine. Il grogna discrètement, à présent complètement dur.
« Je vais aller payer. » Déclara Draco en posant ses couverts.
« Je ne risque pas de pouvoir y aller maintenant, c'est sûr. » Gémit doucement Harry en le regardant se lever avec un sourire en coin. « Enfoiré. »
Était-ce vraiment du cidre dans son verre ? Se demanda-t-il en finissant rapidement son vin, les yeux glués sur lui alors qu'il s'éloignait en sortant son portefeuille de sa poche. Avait-il fait ça pour l'empêcher de payer l'addition ? Harry devait admettre que c'était diablement efficace.
/
Harry avait eu à peine le temps de se remettre de son transplanage que Draco lui avait retiré ses lunettes et l'avait collé contre la porte de l'appartement, la bouche sur la sienne, les doigts sous sa chemise et l'érection contre son bas-ventre. Harry l'avait déshabillé fébrilement pendant que Draco plongeait une main dans son pantalon, et il avait eu l'impression d'être projeté quelques années en arrière, quand tout était nouveau et terrifiant, et qu'ils avaient à peine le temps de retirer quelques vêtements qu'ils jouissaient déjà l'un contre l'autre.
« Tu étais sérieux pour la table ? » Réussit-il à demander lorsque Draco lui laissa de l'air le temps de retirer ses chaussettes en sortant ses chevilles de son pantalon, entièrement nu devant lui alors qu'il était encore tout habillé.
Il le vit hausser un sourcil amusé.
« Bien sûr. » Dit-il d'un ton assuré en lui déboutonnant la braguette.
Ils n'avaient jamais rien pu faire quoique ce soit ailleurs que dans leur chambre et dans la salle de bain, rechignant à se laisser emporter dans les autres pièces de la maison d'Andromeda même lorsqu'ils y étaient seuls en de très rares occasions, et Harry n'allait certainement pas laisser passer une telle opportunité.
Avant que Draco ne réussisse à le déshabiller, il le fit reculer dans l'appartement jusqu'à la petite cuisine, où ses cuisses nues rencontrèrent le bord de la table en question. Harry l'embrassa fiévreusement en sortant sa baguette de sa manche, puis lui appliqua la totalité de la série de sortilèges qu'ils utilisaient lorsqu'ils étaient pressés. Nettoyage, dilatation, lubrification, contraception. Draco frémit contre lui, et Harry savait d'expérience que c'était autant à cause de l'effet des sorts que du simple fait de sentir sa magie en lui, même s'il n'avait jamais compris la cause d'une telle sensibilité.
Il jeta sa baguette sur le lit un peu plus loin et l'embrassa à nouveau en retirant ses chaussures pendant que Draco baissait son pantalon et ses sous-vêtements en même temps. Harry le fit tourner pour qu'il soit face à la table, la main sur son dos glissant jusqu'à ses fesses. Il le pénétra d'un doigt pour s'assurer de l'efficacité de ses sorts, s'attirant une exclamation excitée. Le son et la sensation de son anus brûlant et humide autour de ses phalanges firent sursauter son érection, et il résista à la tentation de prolonger le plaisir. Draco avait l'air aussi pressé que lui et étendit son corps pâle sur la table sombre, le contraste de couleur et la position lui envoyant un éclair de désir qui remonta de ses testicules pour irradier son bas-ventre.
Il retira son doigt et rassembla l'excès de lubrifiant autour de son anus dans sa main pour le répartir sur son érection. Draco tourna la tête dans sa direction, la bouche déjà ouverte pour le presser, mais Harry ne lui laissa pas le temps de commenter sa lenteur et lui attrapa les hanches pour le pénétrer, serrant les dents pour contrôler son propre bassin et lui laisser le temps de s'ajuster.
Draco jura en s'accrochant au bord de la table devant lui, les muscles se tendant dans son dos et la tête se posant entre ses bras, créant une magnifique ligne pâle devant lui, interrompue par la peau mate de ses propres mains à sa taille et de sa verge entre ses fesses. Harry s'enfonça plus profondément en le sentant pousser pour l'accueillir, le corps déjà en feu et l'impression qu'il risquait de durer aussi longtemps que lors de leurs premières fois.
« Vas-y. » Souffla Draco après avoir légèrement écarté les jambes. Harry se retira alors, une de ses mains migrant sur ses reins, puis le pénétra à nouveau avec un gémissement. Il répéta l'opération, de plus en plus fermement, tentant de garder les yeux ouverts malgré la sensation exquise de l'étau étroit et chaud qui se refermait sur lui à chaque passage. La lourde table grinçait à chacun de ses coups de rein, couvrant momentanément leur respiration et leurs gémissements. Harry s'apprêtait à céder au besoin d'accélérer le rythme quand une exclamation de douleur l'arrêta brutalement.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » S'inquiéta-t-il, prêt à se retirer.
« La table me ruine les cuisses et les côtes. » Se plaignit Draco avant d'émettre un rire étouffé, comme s'il n'arrivait pas à croire être interrompu ainsi.
« Oh. » Fit Harry en tentant de réfléchir à une solution à travers la brume rouge qui avait envahi son cerveau. Il posa alors une main sur le bois, y appliquant un coussin d'air magique pour offrir quelques millimètres de séparation entre la table et la peau de Draco, et les muscles de celui-ci se crispèrent intensément autour de son érection alors qu'il haletait, le faisant gémir en s'accrochant à ses hanches.
« Draco. » S'étrangla-t-il.
« Bouge. » Supplia l'interpellé, son corps se relâchant assez pour qu'il puisse obéir et reprendre où ils en étaient.
Le sortilège sembla efficace. L'angle était parfait pour que Harry vise confortablement la prostate de Draco et il ne s'en priva pas, les exclamations du blond accentuant son propre plaisir. Appuyé sur la table de part et d'autre de son dos, Harry s'était penché en avant, ses coups de butoir faisant claquer ses testicules sur les fesses de Draco. Il espérait que la stimulation serait suffisante pour lui, parce qu'il était bien incapable de réfléchir à comment le masturber en même-temps, trop concentré qu'il était sur sa voix et sur son passage humide et serré, qui semblait agripper son érection à chaque fois qu'il tentait d'en sortir.
« Ahh ! Harry ! » Cria soudainement Draco, son corps se serrant impossiblement autour de lui et précipitant son propre orgasme. Ses mains se crispèrent sur le bois de la table, et il éjacula en lui, ses hanches ralentissant le mouvement jusqu'à ce qu'il s'enfonce le plus profondément possible et s'arrête dans un long gémissement, le corps tremblant.
Après quelques respirations rapides, il se coucha sur lui, le front sur la peau humide de ses omoplates, avant de l'embrasser sur le haut de la colonne vertébrale et de se redresser pour se retirer.
Draco se tourna doucement vers lui, le corps soulevé par sa propre respiration. Il lui tendit une main que Harry attrapa pour le redresser et l'attirer contre lui, et ils s'embrassèrent paresseusement, debout au milieu de la pièce, avant de migrer vers le lit pour s'écrouler maladroitement dedans.
Harry se débarrassa enfin de ses vêtements accrochés à ses chevilles puis de ses chaussettes, et laissa Draco lui déboutonner doucement le haut en semant des baisers sur son visage.
« C'est le fait que je porte une chemise qui t'a excité comme ça ? » Plaisanta-t-il, et Draco eut un rire bref contre sa tempe. Il avait rarement l'occasion de porter autre chose que ses robes d'uniforme, des t-shirts et des pulls, et la chemise ne faisait jamais partie de ses premiers choix lorsque venait le moment si pénible de décider comment s'habiller. Il n'avait fait l'effort ce soir-là que pour Draco, et à l'occasion d'une de leurs très rares sorties en public – même non sorcier.
« J'avoue que ça, en plus de la tentative de se coiffer… » Railla gentiment le blond, et Harry rit en passant la main dans ses cheveux. « C'était plutôt la tête que tu faisais à table, comme si tu voulais être à la place de ma fourchette. » Répondit-il contre son oreille alors que ses doigts atteignaient le bas de sa chemise, ses articulations frôlant son entrejambe. Harry frissonna, son sexe sursautant vaillamment.
Heureusement qu'ils ne se voyaient jamais en dehors de chez Andromeda, si son désir était aussi évident sur son visage. Draco s'écarta légèrement avec l'expression satisfaite de celui conscient de son effet, et Harry songea qu'il était temps de le faire descendre de quelques marches de son piédestal. Il concentra de la magie dans ses doigts et les fit remonter le long de l'arrière de ses cuisses jusqu'à ses fesses, provoquant un brutal frisson chez Draco qui se laissa à moitié tomber sur lui avec une exclamation indignée.
« Qu'est-ce que tu fais ? »
« Je teste une théorie. » Fit Harry avec amusement. Il glissa ses mains chargées de magie sur ses reins, de part et d'autre de sa colonne vertébrale, puis refit le chemin en sens inverse alors que Draco se tortillait contre lui, les doigts agrippés aux pans ouverts de sa chemise.
« Si ta théorie est que ta magie m'excite, tu es très lent à la détente, Potter. » Tenta-t-il de gémir dignement à côté de sa tête, et Harry se mordit les lèvres de désir, un puit de chaleur s'ouvrant à nouveau dans son ventre. Il n'avait pas mis longtemps à comprendre que le nez de Draco était particulièrement sensible à la magie, il suffisait de voir ses narines s'écarter légèrement et ses oreilles rougir lorsqu'il utilisait un sortilège près de lui. Mais il n'avait pas réalisé que promener sa magie sur lui pouvait lui faire un tel effet.
« Mets-toi sur le dos. » Lui demanda-t-il doucement, soulevant les hanches pour lui donner l'impulsion de rouler sur le côté, ce qu'il fit avec un regard méfiant et excité à la fois.
Harry s'accorda quelques secondes pour savourer la vue de son corps qu'il pensait connaître par cœur, sa peau claire, glabre et parcourue de minces cicatrices pâles, couvrant des muscles fins, masculins et presque félins à la fois. Il posa à nouveau ses mains sur lui, le sentant tressaillir, et les remonta sur ses pectoraux. Draco l'étudiait avec amusement malgré ses paupières presque closes, et Harry fut déçu de le voir encore en pleine possession de ses moyens.
Il prit alors son sexe à moitié en érection dans une main qui commençait à picoter de magie, et sourit en le voyant décoller les hanches du matelas avec une inspiration sifflante.
« Tu triches. » Grogna-t-il en serrant les doigts dans les draps.
« Désolé, je ne connais pas les règles du jeu. » Rit Harry en le masturbant lentement, et Draco répondit par un gémissement alors que son sexe gonflait dans sa main. A la fois très amusé et à nouveau très excité, il se pencha pour embrasser son gland avant de le prendre en bouche, récoltant une exclamation incohérente et un coup de bassin qui le força à reculer légèrement le visage avec un rire.
« Je te tue si tu arrêtes. » Menaça Draco dans un halètement, et Harry eut un reniflement amusé.
« Je n'ai pas fini mes expériences. » Prévint-il en lâchant son sexe pour masser ses testicules, posant lâchement l'autre main sur son bas-ventre, à la fois trop près et trop loin de son érection pour faire autre chose que le frustrer.
« Harry. » Gronda Draco en se prenant lui-même en main pendant qu'il glissait ses doigts vers son anus encore humide. Il releva la tête à temps pour le voir rejeter la sienne en arrière alors qu'il le pénétrait, deux de ses doigts chargés magiquement allant directement caresser sa prostate. Draco eut un cri en ouvrant les cuisses, sa main se serrant à la base de son pénis comme pour s'empêcher de jouir, et Harry mit la sienne contre sa propre érection à présent pleinement formée sans avoir eu besoin d'être touchée.
Il le massa quelques secondes à travers l'humidité du lubrifiant et du sperme toujours en lui, se masturbant en même temps, mais le besoin d'être en lui se fit rapidement trop fort et il le lâcha pour se positionner entre ses cuisses. Il souleva ses jambes repliées et le pénétra à nouveau, leurs ébats précédents ayant éliminé toute résistance et provoquant un bruit obscène et humide. Il se retira presque entièrement puis entama un rythme lent mais profond en appui sur l'arrière des genoux de Draco dont il surveilla l'expression à la recherche d'un indice d'inconfort. Il l'avait très rarement pénétré deux fois de suite ainsi de façon aussi rapprochée.
Mais Draco avait le front plissé et la bouche entrouverte, les joues et la gorge rouges, ses yeux fermés et sa voix indiquant qu'il était proche de jouir. Harry lâcha alors le peu de contrôle qu'il avait sur lui-même et accéléra ses vas-et-viens, sentant ses testicules se contracter presque douloureusement. Il éjacula une seconde fois en lui avec un râle étranglé, l'esprit blanc et le corps tremblant, avant de se retirer pour remplacer son sexe avec ses doigts, massant Draco jusqu'à ce qu'il jouisse dans un cri étouffé.
En s'allongeant à côté de lui pour reprendre sa respiration, il réalisa qu'il portait toujours sa chemise et qu'il avait perdu le fil de l'expérimentation de sa théorie. Il songea qu'il n'avait jamais eu l'âme d'un chercheur et que Draco avait toujours eu le don de le distraire peu importait la situation, puis se raisonna en se disant qu'il aurait bien d'autres occasions d'essayer de lui donner un orgasme rien qu'avec sa magie.
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Harry entrouvrit un œil avec les sourcils froncés et le referma aussitôt avec perplexité. Un rayon de soleil lui tombait sur la figure, et le bruit caractéristique d'une tasse se posant dans sa soucoupe lui indiqua que Draco était réveillé.
« Depuis quand est-ce qu'il y a du soleil à Cork ? » Râla-t-il d'une voix enrouée par le sommeil. « Rendez-nous la pluie. »
Il n'obtint pas de réponse, et il rassembla son énergie pour rouler sur le dos, ouvrant difficilement les yeux pour voir que Draco était en sous-vêtements, assis sur une chaise à côté du lit, les jambes étendues pour poser ses chevilles croisées sur le matelas et la Gazette du Sorcier sur les genoux. Son expression fermée et le sérieux de ses yeux clairs dirigés vers lui réveillèrent aussitôt Harry.
Il se redressa dans le lit, rassemblant ses derniers souvenirs pour déterminer ce qu'il avait fait pour lui donner cet air-là. Lui avait-il fait mal ? Ils avaient des potions pour éliminer tout inconfort, mais ce n'était pas une raison pour se laisser emporter. Avait-il abusé en promenant ainsi sa magie sur lui ? Il ne lui avait même pas demandé son avis, et même s'il avait semblé apprécier sur le coup, lui en voulait-il d'avoir exploité ce qu'il voyait peut-être comme une faiblesse ?
« Lis ça. » Lui dit sombrement Draco avant qu'il n'ait le temps de formuler une hypothèse à haute-voix.
Harry accepta le journal qu'il lui tendait, se positionnant en tailleur sous les draps, et appela ses lunettes à lui. Il les glissa sur son nez avec anxiété et fixa la photographie moldue en première page.
« Oh merde. » Emit-il en se reconnaissant, la main sur la taille de Draco, habillés comme ils l'étaient la veille lorsqu'ils étaient sortis de l'appartement pour déjeuner en ville. La photographie n'avait pas grand-chose de compromettant. Ils étaient de dos, le visage de profil pour discuter, et seul Harry touchait Draco d'une façon qui pouvait n'être qu'amicale, si on la regardait de loin. Mais le gros titre ne s'embarrassait pas de ce détail.
La vraie raison d'un déshéritement : Ancien Mangemort et ancien Malfoy Draco Tonks aperçu avec Harry Potter
« Je suis désolé. » Dit-il automatiquement en relevant les yeux. Draco eut un drôle de sourire triste avant d'afficher une moue ironique en baissant sa tasse de thé.
« Tu as remarqué que tu n'étais plus que 'Harry Potter' ? Tu as grandement perdu en prestige. »
Harry souleva ses lunettes pour se frotter un œil avec un soupir. Il se fichait bien de comment on l'appelait. Il se moquait moins de la façon dont on qualifiait Draco.
« L'article dit où c'était ? » Interrogea-t-il.
« C'est limite s'ils ne donnent pas le numéro de la rue. »
« Merde. » Répéta Harry.
« Si c'est tout ce qui te dérange, on peut délocaliser le reste de nos vacances. » Sembla railler Draco.
Harry avait appris à lire entre les lignes et à essayer d'entendre ce qu'il ne disait pas, avec des résultats mitigés. Il lui sourit étroitement, l'angoisse au ventre.
« Ça … Ça allait finir par se savoir. » Raisonna-t-il. « Je veux dire … Ce n'est pas comme si on comptait se cacher toute notre vie … Si ? » Hésita-t-il. Les personnes qui comptaient pour eux étaient déjà au courant depuis longtemps. Il mentirait s'il disait qu'il n'était pas mal à l'aise de voir sa vie privée étalée sur la place publique à nouveau, après des années relativement calmes pour lui dans les médias, mais il n'avait honte ni de Draco ni de lui-même, et il se fichait bien de ce qu'on pouvait penser de lui. Il avait surtout peur d'une réaction de Lucius, même s'il n'était pas dans son intérêt de faire quoique ce soit. Il avait déjà rompu tout lien avec son fils, et il devait réaliser qu'il serait immédiatement suspecté si quoique ce soit arrivait à Draco.
« Non, je suppose que non… » Souffla celui-ci en relevant les yeux avant de grimacer légèrement. « Désolé pour hier au restaurant. C'était complètement stupide. » Ajouta-t-il dans un soupir.
« Non. Enfin … Si. » Rit doucement Harry. « Mais je n'imaginais pas non plus qu'on nous reconnaîtrait. Ce qui était vraiment con. Bien sûr qu'il y a des sorciers à Cork. »
Draco renversa la tête en arrière, le crâne appuyé contre le haut du dossier de sa chaise en bois, les yeux rivés vers le plafond. Harry réalisa qu'il était positionné en plein soleil, comme un chat cherchant la chaleur pour s'installer.
« L'article est plus spéculatif qu'autre chose … Ils n'ont pas grand-chose de plus que cette photo et l'idée que j'aurais été déshérité à cause de tendances douteuses. »
« Ne dis pas- » Tenta de l'interrompre Harry, mais Draco reprit sans l'écouter.
« Mais je ne vois pas trop l'intérêt de démentir si c'est pour se retrouver dans la même situation dès qu'on nous revoie ensemble. »
« Je n'ai pas envie de démentir. » Affirma Harry, sentant que c'était ce qu'il avait besoin d'entendre. Il le vit avaler sa salive avant de baisser le menton pour regarder dans sa direction, les yeux tristes malgré un sourire discret.
« Je n'ai pas hâte de retourner à Ste-Mangouste… Corner va tellement se foutre de ma gueule. »
Harry ne put s'empêcher de rire doucement. Il n'était lui-même pas particulièrement inquiet de la réaction de ses propres collègues. Ceux qui n'étaient pas au courant avaient déjà de forts soupçons, et les autres sorciers qu'il avait l'occasion de côtoyer dans le cadre de son travail n'étaient jamais en position de commenter sa vie privée. Il était possible que ça rende l'interrogatoire de Sang-purs plus difficile encore pour lui, mais il avait déjà tendance à laisser ses pairs s'en charger. Parfois, être un Sang-mêlé paraissait avoir plus d'incidence que d'être Harry Potter.
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Août 2003
Les sortilèges de déflection n'avaient plus de secret pour Harry, mais Ron était une brute et ses sorts lui brûlaient la main en se désintégrant devant sa baguette. Secouant les doigts avec un sifflement de douleur, il garda néanmoins son meilleur ami à l'œil.
Les fusées qu'étaient ses rapides sorts illuminaient la caverneuse salle d'entraînement de rouge, de violet et de jaune, et le bruit des impacts faisaient tinter ses tympans. Harry serra les dents, tentant de maintenir sa concentration malgré les vestiges de la Bataille que les duels faisaient toujours remonter. Les cris. Les explosions. Les vifs traits verts et rouges qui fusaient dans tous les sens. Cette sensation de mort imminente qui l'avait pris à la gorge et ce deuil express d'une vie pathétique qu'il avait dû faire. Puis le silence.
Un Stupéfix lui percuta l'épaule, à peine amoindri par sa tentative de déflection. Il vrilla et s'écroula par terre avec un grognement, le corps engourdi et douloureux à la fois. Le front posé sur le carrelage pourpre, il expira un profond soupir qui couvrit à peine le brouhaha des apprentis Aurors s'entraînant plus loin.
« Ça va ? » S'enquit Ron en l'approchant, et Harry roula sur le dos, rouvrant les yeux pour voir son expression mi-inquiète mi-amusée.
Il répondit à l'affirmative et accepta sa main tendue dont il s'aida pour se relever.
« Les vacances t'ont ramolli. » Affirma son meilleur ami avec une expression sarcastique.
« Je ne sais pas si on peut considérer que sept jours soient vraiment des vacances. » Grommela Harry en se massant l'épaule.
« Non. » Admit Ron, un sourire étroit aux lèvres. « Définitivement pas. Mais même trois semaines ne seraient pas suffisantes. »
Harry ne répondit pas. Leur manque de repos depuis leur entrée à l'Académie était un sujet récurrent et Ron partageait son opinion. En connaître et en accepter la raison ne signifiait pas qu'ils en étaient moins sur les rotules. Mais ce n'était pas tant une fatigue physique qu'un épuisement psychologique. Ça faisait six ans qu'ils étaient en guerre, s'ils comptaient leur chasse aux Horcruxes. Et si leur vie actuelle était plus confortable que l'époque de leur cavale à travers le pays, ils avaient sans arrêt le nez et les mains dans ce qu'il y avait de plus glauque et de plus dangereux dans le monde magique. C'était psychiquement éreintant et il n'y avait bien que leurs vies familiales respectives qui leur maintenaient la tête hors de l'eau.
Harry savait que Ron n'était pas loin de jeter l'éponge. Qu'il avait dû se faire violence pour revenir travailler après trois mois d'arrêt suite à une blessure l'année précédente. Et que la tentation de rejoindre le commerce florissant de George était de plus en plus grande.
Lui ne pouvait pas se résoudre à abandonner le navire. Il y avait encore trop de ménage à faire, trop de sorcières et de sorciers à mettre définitivement derrière les barreaux, et surtout, il y avait Lucius. Et Scorpius.
« C'était bien quand même ? » Interrogea Ron alors que Harry consultait sa montre. « Je ne suis jamais allé à Cork. »
« Oui, très bien. » Répondit évasivement Harry en baissant le poignet, sentant sa nuque chauffer. Ils n'avaient pas vu grand-chose de Cork, s'il était honnête. Mais son meilleur ami n'avait pas besoin de ce genre de détails sur son emploi du temps. « Ça te dérange si on remonte tout de suite ? Je n'ai pas encore vu mon affectation. »
Ils bypassèrent les vestiaires en sortant, ne transpirant guère plus en duel depuis longtemps, et prirent les ascenseurs pour rejoindre le Département de la Justice Magique. Harry s'arrêta sous le tableau des affectations pour constater qu'il était de surveillance au Magenmagot dans une trentaine de minutes, puis rejoignit un petit groupe de ses collègues au centre du bureau des Aurors.
En complet et impeccable uniforme, Katie et Terry, que les années ensemble à l'Académie avaient grandement rapproché et qui avaient trouvé l'un dans l'autre un réceptacle pour leur inépuisable humour graveleux, levèrent leurs expressions amusées dans sa direction.
« Essaye de dire plusieurs fois très vite tranquillement troncher Tonks. » Chuchota bruyamment Katie à l'adresse de Terry, qui pinça brutalement les lèvres en regardant Harry approcher de ses grands yeux bleus.
« Pardon ? » S'étrangla Harry alors que Boot éclatait finalement de rire sous les ricanements de Katie et Ron. Ils étaient tous les deux au courant de sa relation avec Draco depuis longtemps. Terry lui avait posé la question en silence au cours de sa convalescence à Ste-Mangouste, insérant avec classe l'index de sa main droite entre un cercle formé de deux doigts de sa main gauche à peine Draco sortit de sa chambre avec son tuteur. Quelques mois plus tard, Katie, adepte des allitérations, lui avait murmuré un Tu te tapes Tonks ? à l'oreille en plein discours de remontrances de Robards sur l'importance de garder le placard à balais organisé.
Harry s'était étranglé de la même façon à ces deux occasions, mais n'avait pas démenti. Son adolescence obnubilée par Voldemort ne l'avait pas préparé à des discours aussi crus, mais il ne voyait pas de raison de leur cacher la vérité. Il leur avait néanmoins demandé de ne pas l'ébruiter. La situation de Draco avait été suffisamment délicate pour ne pas l'encombrer de rumeurs alors qu'il ne semblait pas lui-même prêt à en parler à ses collègues. Ni Michael ni Lazare n'étaient au courant.
« C'est un bon exercice pour l'aider à se débarrasser de son bégayement. » Argumenta Bell avec un haussement d'épaules désinvolte qui était contredit par son sourire taquin.
Katie n'avait pas toujours été aussi nonchalante au sujet de Draco. Et bien qu'elle ait été l'une des victimes, certes involontaires, de ses méfaits en Sixième Année, la lecture des dossiers confidentiels du DJM au sujet de la mort de Dumbledore et les rapports d'enquête ayant servi au procès lui avait fait revoir sa copie. Elle était toujours en colère. Mais sa colère était principalement dirigée vers Lucius à présent.
« J'ai hâte de ne plus vous savoir célibataires pour vous rendre la pareille. » Grogna Harry, néanmoins plus amusé qu'irrité.
« Nos vies ne sont pas assez palpitantes pour la Ga-Gazette du Sorcier. » Soupira théâtralement Terry en s'essuyant un œil. « Mais promis, je te préviendrai quand j'aurai trouvé la fu-future Madame Boot. »
« Qu'il est niais. » Gloussa Katie.
« Hey Harry. » L'interpella Neville, quittant son bureau pour les rejoindre. « Bonnes vacances ? »
« Oui, merci. » Sourit-il. Neville n'était pas un adepte du second degré et son expression bienveillante ne laissait place à aucun sous-entendu. « Et toi ? »
« Toujours trop courtes. » Emit son ami avec un sourire étroit. « Est-ce que tu as eu des réactions de Malfoy ? »
« Non. » Répondit Harry en plongeant ses mains dans les poches de sa robe d'uniforme. « Maxwell pensait qu'il s'insurgerait contre le terme Ancien Malfoy, mais il n'a pas lancé d'action légale pour le moment. »
« Ce n'est pas vraiment dans son intérêt de faire quoi que ce soit publiquement de toute façon. » Réagit son collègue.
« Non… » Approuva Harry. Lucius avait son nouvel héritier et il avait déjà bien assez fait comprendre à tout le monde qu'il ne voulait plus rien avoir à faire avec Draco. Personne n'oublierait jamais qu'il était biologiquement son fils, mais le lien était aussi rompu qu'il était possible de le faire sans qu'il ne meure.
Il déglutit alors que Katie réagissait à l'appel d'un de leurs mentors, l'Auror Sparrow, et les quittait précipitamment. Il s'était efforcé d'admettre que Lucius était trop intelligent pour prendre le risque de tuer Draco et d'attirer l'attention des Aurors sur lui, mais la menace pesait toujours dans un coin de son esprit et ne s'éteindrait pas tant que Malfoy ne serait pas à Azkaban.
/
Narcissa Malfoy était décédée quelques semaines après la naissance de son second fils, accentuant les soupçons de Draco quant à l'utilisation de magie noire pour la conception de son frère.
Il avait pris la nouvelle de la mort de sa mère avec un mélange de tristesse, de fureur, de culpabilité et d'incompréhension. Pourquoi étaient-ils allés aussi loin ? Comment avait-elle pu laisser Lucius la persuader de risquer sa vie pour faire perdurer la lignée Malfoy ? Était-il responsable, par sa fuite, du décès de Narcissa ? Avait-il inconsciemment échangé sa liberté contre la vie de sa mère ?
L'été qui avait suivi la naissance de Scorpius avait été particulièrement morose. La perte de son nom avait été un coup dur vite éclipsé par les autres nouvelles, dont Draco avait peiné à se relever. Il s'était réfugié dans le travail et enfermé dans un silence qui l'avait égoïstement fait craindre de le perdre. Harry n'avait pas su trouver les mots, comme lui savait si bien le faire, pour le sortir de sa spirale dépressive. Il n'arrivait pas à exprimer ses propres émotions, comment pouvait-il aider quelqu'un d'autre à le faire ?
Le passé de Draco était sans conteste aussi compliqué et sombre que le sien, et il avait déjà tellement lutté pour s'en extirper. Harry ne pouvait néanmoins pas prétendre le comprendre entièrement, leurs histoires et leurs blessures étaient trop différentes, et son énorme fierté s'érigeait comme un bouclier dès que quelque chose le touchait, lui faisant craindre d'aggraver les choses s'il tentait de le faire parler. Et il savait d'expérience que les mots n'adoucissaient pas le deuil.
Alors il avait laissé le temps faire son œuvre et avait suivi le conseil d'Andromeda d'être présent sans être envahissant. C'était ce qu'elle et Hermione avaient fait pour lui après la bataille. Cela avait fonctionné sur lui, et cela fonctionna pour Draco, même si Harry savait qu'il n'irait véritablement bien que lorsqu'il aurait Scorpius près de lui.
Mais en attendant, ils étaient, en dehors du travail, focalisés sur Teddy.
Harry transplana aux abords du Terrier et parcourut le jardin aux herbes folles et aux gnomes ronchonnant à petites foulées pour éviter l'averse qui lui tombait dessus. A l'insistance de Molly, Andromeda avait accepté de lui confier son petit-fils pendant la journée et avait repris son travail à Ste-Mangouste. La mère de Ron avait déjà les enfants de Bill et de George chez elle depuis quelques années, et ils leur paraissaient important que Teddy puisse être entouré d'autres enfants, bien qu'ils soient tous plus jeunes que lui.
Harry toqua à la porte de la maison, qui s'ouvrit rapidement sur Molly. Dominique hurlait contre son épaule et la sorcière et lui échangèrent une grimace.
« Ce n'est définitivement pas mon âge préféré. » Réussit-elle à dire en le laissant entrer. Sa petite-fille avait deux ans et les poumons et le caractère d'une Banshee.
« Je n'en ai pas que des bons souvenirs non plus. » Plaisanta-t-il. Comparé à Dominique, Teddy avait été un ange à cet âge-là, mais il y avait eu des jours où avait eu envie de lui lancer un Silencio pour ne plus l'entendre. Il avait eu sa dose de cris pour plusieurs vies.
« Parrain ! » s'exclama Teddy depuis sa position en tailleur dans le salon, où il avait été occupé à lire à côté de Victoire qui s'amusait apparemment à faire des spaghettis avec de la pâte à modeler.
A cinq ans, son filleul n'avait pas encore une maîtrise complète de sa métamorphomagie, mais il la contrôlait déjà beaucoup mieux. Ses cheveux et ses yeux avaient une étrange teinte violet foncé, qui était sa couleur préférée du moment, et son visage doux n'avait aucune caractéristique animale. Quelques semaines plus tôt, il avait eu la lubie de modifier son nez et ses oreilles pour ressembler à un chat, et s'était amusé à bruyamment miauler au lieu de parler pendant les repas.
« Salut Teddy, bonne journée ? » Lui demanda-t-il.
« Super ! » Lui répondit le petit garçon en se redressant avec son livre à la main.
« Les bébés n'ont pas arrêté de pleurer. » Se plaignit Victoire sans les regarder, occupée qu'elle était à répartir ses pâtes dans des petites assiettes. Comme pour appuyer son propos, sa petite sœur se mit à vociférer, forçant leur grand-mère à la poser par terre.
Dominique fonça alors sur la dinette de sa sœur, entraînant une violente dispute à laquelle Teddy et Harry s'empressèrent d'échapper en quittant la maison après des aurevoirs hâtifs.
« Pff, j'espère que je m'entendrai mieux avec Scorpius. » Grogna Teddy lorsqu'ils eurent transplané devant la maison d'Andromeda.
Harry traversa la barrière magique puis le petit portail avec un pincement au cœur, et referma ce dernier derrière le garçon. Ils lui avaient très vite parlé de Scorpius, ne souhaitant pas le lui imposer sans prévenir. Ayant déjà une mère et un père absents de sa vie mais très présents dans leurs discussions, il n'avait pas eu beaucoup de mal à se faire à l'idée d'un frère qu'il ne pouvait pas voir. Mais plus le temps passait, plus Harry regrettait ce choix d'avoir prématurément intégré le petit Malfoy à leur famille.
Il ne se sentait pas plus près que trois ans plus tôt de coincer Lucius. Et Teddy attendait Scorpius presque autant que Draco. Ils ne pouvaient pas se précipiter et prendre le risque de voir le Mangemort échapper à nouveau à la justice. Même face à des preuves accablantes, ses petits copains du Magenmagot le laisseraient filer en toute impunité, ruinant des années d'enquête et de dossiers montés sur ses contacts.
Il ne s'était pas attendu à ce que les choses prennent autant de temps lorsqu'il avait demandé à Draco d'être patient. Mais Lucius avait appris de ses erreurs et gravitait dans l'ombre, rassemblant, coordonnant, intimidant et ordonnant sans que jamais rien ne l'implique. Harry ne comptait plus les affaires ayant clairement sa patte mais qui tombaient dans des impasses. Voldemort avait été puissant mais fou à lier. Lucius était méthodique, intelligent, déterminé et incroyablement patient. Là où ces termes s'appliquaient positivement à Draco, ils faisaient de son père un homme exceptionnellement dangereux.
« Dominique est encore petite, ça va lui passer. » Essaya-t-il de le rassurer sans plus se mouiller au sujet de Scorpius.
« C'est aussi de la faute de Victoire, elle ne lui prête jamais rien. » Expliqua Teddy en longeant le chemin de gravier à côté de lui.
« Je crois me souvenir que tu n'aimais pas prêter grand-chose non plus il y a quelques années. » Plaisanta Harry avant d'ouvrir la porte. Son filleul leva une moue gênée dans sa direction puis rit doucement en entrant dans la maison.
/
Harry préparait le dîner avec Andromeda lorsque Draco rentra de Ste-Mangouste deux heures plus tard, fermant la porte avec un soupir puis un râle exagéré.
« Qu'on m'apporte mes pantoufles et un whisky ! » Tonna-t-il depuis l'entrée, les faisant rire tous les deux.
Ils l'entendirent se débarrasser de ses affaires puis ses pas approcher jusqu'à ce qu'il apparaisse dans l'encadrement de la porte de la cuisine, ses traits fatigués s'illuminant d'un sourire lorsque leurs regards se croisèrent.
« Dure journée ? » Lui demanda-t-il en s'essuyant les mains.
« Vous nous avez envoyé cinq patients mordus par une Epindix, donc oui. » Plaisanta Draco en entrant dans la pièce. Harry grimaça. L'araignée s'était échappée du laboratoire de l'université magique d'Oxford où Neville et lui avaient dû intervenir dans l'après-midi au milieu d'une horde d'étudiants terrifiés. Ron avait sagement passé son tour. « Mais personne ne m'a vomi dessus aujourd'hui, donc c'était plutôt une bonne journée. »
Harry eut un petit rire avant de l'embrasser. Draco entamait sa cinquième année d'études à Ste-Mangouste dans un rythme effréné, partageant son temps entre cours, révisions compulsives et longues journées dans les différents services de l'hôpital. Il serait enfin considéré comme réellement Médicomage à la fin de l'année, mais Harry doutait qu'il s'arrête là dans ses études, même si Draco lui-même n'en était pas certain. Il était prêt à parier qu'il allait continuer en se spécialisant dans la pathologie des sortilèges et malédictions, comme Andromeda.
« C'est un sacré exploit, pour une journée au service des blessures par créature vivante. » Commenta celle-ci, faisant tourner sa cuillère en bois dans la casserole qu'elle surveillait.
« Je vais sans doute me rattraper demain, je suis affecté aux empoisonnements. » Souffla Draco en tirant une chaise pour s'asseoir. « Teddy est dans le bain ? » Interrogea-t-il ensuite en regardant sa montre.
« Oui, il ne devrait plus tarder à descendre. » Répondit Andromeda.
« Tu as eu des réactions à la Gazette, alors ? » Demanda Harry avec inquiétude.
« Rien de frontal. » Dit-il en haussant les épaules avant d'afficher une expression amusée. « Corner m'a juste dit : « Bonnes vacances, Tonks ? Tu as pris des photos ? » »
Harry eut un rire surpris, comprenant l'allusion à la photographie du journal, mais préféra revenir sur le début de sa phrase.
« Qu'est-ce que tu veux dire par rien de frontal ? » Fit-il avec appréhension. Il savait que Draco avait vécu avec pire réputation que celle d'être homosexuel, et qu'il n'était pas du genre à se laisser démonter par l'animosité qui l'entourait, mais ça ne l'empêchait pas de souhaiter que la situation fût moins désagréable.
« Smethwyck m'a regardé un peu bizarrement ce matin, mais ça lui est vite passé. » Répondit Draco en haussant une nouvelle fois les épaules.
« Et les autres étudiants ? »
« Je n'ai pas vu Lazare aujourd'hui, et les autres, je m'en fiche. » Dit-il avec désinvolture. Harry ouvrit la bouche pour insister, mais la ferma en voyant son regard d'avertissement. « Ça n'a pas d'importance. »
« MAMIE ! » Scanda la voix de Teddy à l'étage de la maison. « J'ai plus de pyjama ! »
« J'y vais. » Déclara Draco en se levant, sautant sur l'occasion d'esquiver la conversation. Harry le regarda partir avec un discret soupir. Ils avaient encore beaucoup de travail à faire sur la communication.
« Tu as entendu parler de quelque chose ? » Demanda-t-il à Andromeda, qui lui adressa un léger sourire.
« J'ai eu mon lot de questions, mais personne ne serait assez stupide pour commenter devant moi. » Elle le quitta du regard pour éteindre le feu de la gazinière et jeta sa cuillère dans l'évier. « Pourquoi cette soudaine inquiétude ? Je pense qu'il est plutôt soulagé que ça se sache, peu importe les conséquences. »
« C'est le rien de frontal qui m'a fait tiquer. Et ce n'était pas vraiment le moment d'en rajouter une couche, avec tout le boulot qu'il a. » Souffla-t-il avant de s'écarter du comptoir pour se tourner vers les placards.
« Vous avez géré tout le reste, vous gérerez ça aussi. » Raisonna Andromeda en le regardant sortir des assiettes. « S'il avait laissé l'avis des autres l'empêcher de faire ce qu'il voulait, il serait dans le monde moldu à l'heure actuelle. » Ajouta-t-elle avec un petit sourire triste.
Harry répartit les assiettes à table, songeant à toutes les étiquettes qui avaient été collées et décollées sur Draco au fil des années, sans qu'il ne dévie de sa route. On ne pouvait pas lui reprocher son obstination, mais fallait-il que les événements tentent sans cesse de lui mettre des bâtons dans les roues, plutôt que de le pousser en avant ?
« Et puis, le choc passé, avoir ton nom associé au sien devrait avoir plus d'avantages que d'inconvénients, tu ne crois pas ? » Poursuivit Andromeda en déposant une poignée de couverts à table, un sourire dans la voix.
Harry lui envoya un regard dubitatif, avant de rire légèrement de son expression calculatrice.
« Je suppose qu'il pourrait y avoir pire. » Admit-il. S'il y avait une bonne raison de se servir de son patronyme, c'était bien celle-là.
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« Dessine quelque chose aussi. » Demanda Teddy à Draco alors que Harry entrait dans le salon avec la ferme intention de s'écrouler dans un fauteuil et de ne plus en bouger jusqu'à l'heure du coucher de son filleul.
« Erm… » Emit Draco, assis à la table du côté salle à manger de la pièce. « A part des dessins anatomiques, je ne sais pas faire grand-chose. Je peux te faire l'articulation du genou ? » Proposa-t-il, le faisant sourire alors qu'il s'installait en face d'eux pour les voir.
« C'est quoi l'articulation ? » Interrogea Teddy avec une expression inquiète.
Draco s'embarqua dans une longue explication en traçant son dessin d'une plume, qui laissa son cousin plus perplexe qu'avant. Il n'avait pas perdu son habitude de lui parler comme s'il avait dix ans de plus, ce qui expliquait peut-être en partie sa rapide maîtrise du langage et son impressionnant vocabulaire.
« Et là, sur le fémur, si on fait des trais comme ça… Ça lui fait des cheveux. »
Teddy pouffa de rire. « On dirait un poireau. »
Draco ricana en continuant à gratter le parchemin.
« C'est vrai. Allez, on lui fait une cravate. » Décida-t-il après un instant d'observation amusée de son dessin.
Harry eut un rire discret qui lui attira deux identiques regards gris. Le sourire de Draco s'étira sur le côté, puis il retourna à son œuvre.
« On peut lui mettre des lunettes ? » Demanda Teddy.
« Comment ? Il n'a même pas d'oreille ! » Rigola Draco.
« Un monocle alors. »
« Oh, une cravate et un monocle. » Réagit-il en s'exécutant. « Monsieur Genou-Poireau est très distingué. »
Teddy eut un rire de cochon puis lui prit le dessin pour l'observer avec amusement. Il le tourna ensuite dans la direction de Harry, le laissant admirer l'étrange créature longiligne s'étalant à côté de plusieurs personnages dessinés par ses soins.
« Tu le veux pour ton bureau ? »
Harry rit franchement mais acquiesça immédiatement. Il avait déjà une large collection d'œuvres de Teddy à sa place au Département de la Justice Magique, mais aucune de Draco, et il n'allait pas laisser passer une telle occasion.
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La gravure de noctule humanoïde de son bestiaire magique étira ses lèvres dans un sourire carnassier, découvrant ses dents pointues et lui faisant esquisser une légère grimace. Harry referma l'épais volume et étendit les jambes sous les draps avec un discret soupir avant de tourner la tête vers Draco qui était assis au bureau de la chambre, en pyjama mais penché sur ses cours avec la joue appuyée sur sa main.
Il le regarda tourner une page d'un manuel ouvert à côté de lui, chatouiller son menton avec sa plume en lisant, puis se remettre à écrire dans un grattement frénétique. La fenêtre ouverte laissait entrer le chant des insectes et une légère brise tiède qui agitait le col gris de sa chemise de pyjama. L'odeur de la potion de citronnelle anti-moustique répartie sur l'appui de fenêtre remplissait la pièce.
« Tu as déjà autant de devoirs ? » Demanda Harry, troublant la quiétude des lieux mais espérant lui faire réaliser l'heure et le convaincre de venir se coucher.
« Hmm. » Emit uniquement Draco sans cesser d'écrire.
Harry ferma un instant les yeux avec fatigue avant de se tourner légèrement pour poser son bestiaire sur sa table de chevet. Draco avait déjà passé les trois-quarts de ses congés d'été à réviser, et si la frénésie avec laquelle il travaillait dès son retour en cours était une indication, l'année allait être difficile.
« Draco. Il est une heure du matin. »
L'interpellé cessa d'écrire et lâcha sa tête pour regarder sa montre avant de se tourner légèrement vers lui avec une mine surprise.
« Pourquoi tu ne dors pas ? »
Harry étrécit les yeux dans sa direction.
« Pour espérer pouvoir passer cinq minutes avec toi. » Dit-il durement avant de grimacer devant son propre ton.
C'était un peu injuste de sa part. Il savait et acceptait l'envie de Draco d'exceller dans ses études, même si c'était parfois frustrant. Draco lui avait accordé l'entièreté de son attention, qui s'était avérée parfois intense, pendant leurs vacances communes, mais elles lui paraissaient déjà très lointaines alors qu'ils n'étaient rentrés que deux jours plus tôt.
Draco eut un soupir amusé puis se tourna à nouveau vers son travail pour tremper sa plume dans son encrier.
« Je finis mon paragraphe et j'arrive. » Dit-il doucement.
Il tint promesse, et vint se glisser sous les draps frais après un tour à la salle de bain, faisant face à Harry dans la lueur de la dernière lampe de chevet allumée.
« Tu n'as pas eu ta dose la semaine dernière ? » Lui demanda-t-il d'un ton moqueur.
« Tu l'as eue, toi ? » Contra Harry avec une fausse moue boudeuse qui le fit ricaner.
« Tu me connais, rien n'est jamais assez. » Railla Draco, posant une main fraîche au milieu de son torse nu.
« Insatiable. » Pouffa Harry en lui attrapant le poignet et le tirant à lui avant de l'embrasser.
C'était faux. Draco n'était vraiment exigent qu'avec lui-même, se contentant de ce qu'on lui donnait sans jamais demander plus, comme si une part de lui estimait toujours qu'il ne méritait pas ce qu'on lui offrait déjà. Il ne se plaignait jamais des horaires grotesques de Harry, de ces semaines qu'il lui arrivait de passer où il ne pouvait prendre le temps de rentrer que pour se laver et se changer, de son indisponibilité émotionnelle lorsque les affaires sur lesquelles il travaillait lui pompaient déjà tout. Il divisait au mieux son temps entre ses études et leur hétéroclite famille, et rationnellement, Harry ne pouvait pas lui en vouloir de prioriser Teddy plutôt que lui.
« Comment s'est passé ton retour au Département ? » Lui demanda Draco lorsque leurs lèvres se séparèrent.
« Hm, quelques blagues, mais rien de méchant. » Répondit Harry en jouant avec une mèche de cheveux blonds au-dessus de son oreille. « Et toi ? Vraiment ? »
« Beaucoup de murmures sur mon passage, mais j'ai l'habitude. »
« Désolé… »
Draco roula des yeux et lui pinça un téton, le faisant brutalement sursauter en manquant de peu de lui envoyer un coup de genou.
« Aoutch ! » S'exclama-t-il en ramenant ses bras contre lui pour se protéger, lui envoyant une expression trahie.
« Arrête de t'excuser. »
« Tu m'as fait super mal. » Se plaignit Harry, entre rire et réelle douleur en frottant sa peau malmenée.
« Oh ? Désolé. Faut-il appeler le Guérisseur Tonks ? » Ironisa Draco avec les sourcils haussés, le faisant rire à nouveau.
« J'espère que tu ne parles pas d'Andy. » Dit-il en essayant de l'empêcher d'accéder à son torse en lui attrapant les poignets.
Draco rit contre sa bouche, son souffle chaud à l'odeur de verveine de son dentifrice lui caressant le visage. Harry lui lâcha les bras pour attirer son corps mince à lui et Draco glissa une main dans les cheveux à l'arrière de sa tête pour l'embrasser à nouveau. Mais Harry n'était pas dupe et guetta les mouvements de son autre main coincée entre eux.
« Si tu me pinces l'autre, je dis à Teddy que c'est toi qui as mangé ses chocolats. » Prévint-il contre ses lèvres.
« Quoi ? Je ne suis pas si fourbe. » Réagit Draco, faussement outré en posant sagement ses doigts sur son torse.
« Je te connais, M-Tonks. » Marmonna-t-il, le nom Malfoy lui venant toujours aux lèvres malgré trois années sans avoir réussi à le prononcer en parlant de lui.
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Harry se réveilla comme souvent avec le bras en travers du dos de Draco et la cuisse sur ses reins. Sa lampe de chevet était toujours allumée et une faible lumière pénétrait dans la chambre par la fenêtre restée ouverte.
Il pouvait encore sentir sa magie s'agiter en lui, réagissant au réalisme de son cauchemar. Les relents de mort, les ténèbres et les cris lui avaient donné le souffle court, et son cœur tambourinait dans sa poitrine en rythme avec les pulsations magiques qu'il pouvait sentir tenter d'échapper du barrage de son corps.
Draco dormait sur le ventre avec la bouche entrouverte, une main sous l'oreiller et l'autre au-dessus de sa tête, et Harry s'autorisa quelques secondes à observer son visage détendu pour laisser s'estomper ses visions. Il se concentra sur ses cils dorés et un peu plus foncés que ses cheveux, sur la ligne fine de son nez pointu, sur la finesse de la peau de ses paupières et sur le mouvement lent de sa respiration sous son bras, forçant la brume obscure hors de son esprit.
Il était rôdé à cet exercice. Il était rare qu'il laisse encore sa magie affoler les ampoules et soulever le mobilier, et ses cauchemars réveillaient de moins en moins souvent Draco même s'il pouvait sentir sa légère chair de poule sous ses doigts malgré la chaleur. Il souleva doucement son genou et rétracta lentement sa jambe pour la ramener à lui. Une brève crispation apparut sur le visage de Draco, mais il resserra ses bras autour de son oreiller puis se détendit à nouveau.
Harry referma les yeux, résistant à la tentation de laisser son pouce caresser son omoplate, puis se rendormit.
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Trois semaines plus tard, la Gazette du Sorcier s'était déjà lassée de spéculer sur la relation entre Harry et Draco, reprenant ses analyses de tension au Magenmagot. Comme Harry l'avait anticipé, l'adjoint de Peter Rigsby, le Né-Moldu qui avait démissionné à la fin du mois de Juillet, avait lui aussi quitté son poste malgré la surveillance accrue autour de lui, cédant probablement à la menace invisible de finir comme son ancien collègue assassiné. Le meurtrier n'avait toujours pas été retrouvé. Le DJM était dans une impasse et manquait d'effectifs pour garder l'œil ouvert sur tous les fronts.
La liste des Mangemorts en fuite s'était réduite au cours des années, mais elle s'était probablement étoffée dans l'ombre, Lucius réussissant certainement à recruter sinon par conviction de la supériorité des Sang-purs, au moins par appât du gain. Ses poches étaient profondes, et son réseau semblait tentaculaire.
Harry termina sa ronde de l'Allée des Embrumes, émergeant des fraîches ruelles pour retourner dans la fournaise de la rue principale du Chemin de Traverse. Le quartier sorcier était très animé malgré la chaleur, les élèves de Poudlard se préparant à leur rentrée, et une longue file d'attente s'étendait de la boutique de Fortarôme jusqu'à l'entrée de l'allée. Les civils en bout de queue écarquillèrent les yeux en le voyant, et il leur sourit brièvement, s'éloignant avant que l'idée ne leur prenne de lui adresser la parole.
Malgré la foule, il réussit à repérer la tête rousse de Ron qui aurait dû être en patrouille lui-aussi mais qui semblait s'être arrêté au bord de Gringotts, et il le rejoignit rapidement.
« Harry ! » L'interpella son meilleur ami d'un ton urgent mais bas, dardant un regard vers l'entrée de la banque. « Malfoy est à l'intérieur. »
Harry regarda vivement dans la direction indiquée, son rythme cardiaque s'intensifiant alors qu'il serrait les doigts autour de sa baguette.
« Il faut que je finisse ma patrouille, mais je voulais voir- » Commença Ron.
« Vas-y. » Lui intima Harry. « Je reste. »
« Scorpius est avec lui. » Lui confia alors son collègue, lui faisant écarquiller les yeux en le dévisageant.
Scorpius. Dont ils parlaient depuis trois ans sans ne l'avoir jamais vu. Le cœur tambourinant dans sa poitrine et la gorge sèche, Harry se tourna alors à nouveau vers l'entrée de Gringotts. Ron lui tapota l'avant-bras et s'éloigna, disparaissant rapidement dans la foule en bas des escaliers menant à la banque.
Les minutes s'écoulèrent, interminables. Il déglutit plusieurs fois, essuya ses mains moites sur son uniforme. Son corps se tendait à chaque fois que la lourde porte s'ouvrait, et ses entrailles se tordaient d'un mélange de déception et d'angoisse à chaque fois que quelqu'un d'autre que Malfoy en sortait. Se mordant la lèvre inférieure jusqu'à en arracher des petits bouts de peau, Harry essayait de garder l'œil sur la foule, conscient de faire une cible facile ainsi statique. Lucius avait certainement des hommes dans l'avenue, et même s'il ne ferait probablement pas l'erreur de s'en prendre aussi directement à lui, il ne pouvait pas se permettre de baisser sa garde.
La porte de Gringotts s'ouvrit à nouveau, et le brouhaha de la foule sembla s'éteindre autour de lui, ses sens se focalisant sur l'homme qui émergeait de la banque. Il ne l'avait pas vu depuis quelques années, depuis qu'il était allé à Ste-Mangouste pour le surveiller dans la salle d'attente, mais Lucius Malfoy n'avait pas changé. Il était un peu plus large et plus grand que Draco, et son visage, même de profil et ainsi illuminé par le soleil, était d'une froideur et d'une dureté glaciales.
Malfoy s'arrêta un instant, scannant dédaigneusement la foule qui avançait en bas de marches de Gringotts, puis se tourna vivement avec une expression irritée, baissant les yeux vers un elfe de maison qui sortait à son tour. La créature tenait par la main un enfant vêtu d'une petite robe sorcière noire qui plissa vivement les yeux et baissa la tête vers ses pieds, ébloui par le soleil après l'obscurité de la banque.
Le cœur de Harry se serra douloureusement et sa mâchoire se crispa alors qu'il se retenait de bondir en avant pour arracher Scorpius à son père. Il leva néanmoins sa baguette vers sa propre tête et lança un sortilège acuité, carrant les épaules pour inutilement tenter de contrer l'intensification du bruit autour de lui alors qu'il dirigeait sa magie vers ses yeux et ses oreilles.
Scorpius était aussi blond que son père et son frère, mais ses cheveux étaient légèrement ondulés et plus épais, tenant probablement cela des Black. Ses yeux semblaient d'un gris plus foncé que celui de Draco, tirant vers le bleu, mais son visage avait une telle ressemblance avec celui de son frère, les traits fins malgré la rondeur de l'enfance, que Harry en vint presque à regretter de l'avoir vu. Oh l'attente allait être plus difficile encore.
« Lâche le si tu ne veux pas finir comme Grody. » Siffla Lucius, le son de sa voix glaçant puis faisant bouillir le sang de Harry, qui retint sa respiration et s'accrocha au coin de mur de la banque.
« Oui Maître. » Couina l'elfe, ouvrant la main puis tentant délicatement mais rapidement de déloger la poigne de Scorpius.
« Père- » Commença celui-ci d'une petite voix, fixant la foule en bas des marches avec anxiété.
« Ne t'avise pas de le perdre de vue. » Prévint Lucius en ignorant son fils, tournant les talons pour commencer à descendre.
Scorpius tourna un regard paniqué vers l'elfe, dont la main quitta la sienne et vint survoler son épaule, comme s'il craignait de le toucher mais souhaitait l'encourager à avancer.
Un plan ridicule et dangereux vint à l'esprit de Harry alors que les deux petits êtres descendaient à la suite de Malfoy. Et s'il attrapait Scorpius maintenant, pour l'emmener en secret chez Andromeda ? Il n'y aurait sans doute pas de meilleure occasion que celle-ci. Et c'était certainement ce qu'il y avait de mieux pour Scorpius. D'échapper à Lucius avant que sa poigne de fer ne se referme complètement sur lui.
Mais peut-être avait-il des enchantements de traçage sur lui, Malfoy ayant probablement retenu la leçon de la fuite de Draco. Et l'elfe ? Il se ferait tuer, s'il ne l'emmenait pas, mais il était lié à la famille Malfoy et pourrait guider Lucius jusqu'à eux s'il l'embarquait aussi.
Serrant les poings, Harry descendit les marches à son tour, gardant ses distances en tentant de ne pas perdre Lucius des yeux. Sa tête blonde dépassait légèrement de la foule, mais Harry ne voyait déjà plus Scorpius, avalé par la horde de sorciers qui faisaient leurs courses en ce dernier week-end avant la rentrée à Poudlard. Le pauvre devait être terrorisé, si petit face à tout ce monde.
Harry fut forcé de rompre le sortilège d'acuité à cause d'une violente nausée due au bruit et à l'énorme quantité de détails inutiles que lui envoyaient ses yeux. Il garda l'œil sur Lucius, qui se dirigeait vers le Chaudron Baveur, et le suivit jusqu'à émerger de la foule alors qu'il entrait dans le pub. Scorpius, paraissant pâle mais indemne, entra à sa suite, l'elfe ayant précipitamment quitté l'arrière-garde pour tenir la porte ouverte pour lui.
Lorsque Harry put entrer dans le Chaudron Baveur à son tour, ignorant les clients qui le saluaient, Malfoy et Scorpius disparaissaient dans la cheminée.
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Lorsque Harry transplana devant la maison d'Andromeda en fin d'après-midi, Teddy flottait à cinquante centimètres du sol sur son petit balai d'entraînement dans le jardin et Draco était debout au milieu de la pelouse, baguette à la main, prêt à amortir une éventuelle chute.
« Regarde devant toi ! » Rappela Draco, prenant une seconde pour croiser son regard et lui adresser un petit sourire avant d'à nouveau fixer son attention sur Teddy.
Celui-ci tourna tout de même la tête vers Harry alors qu'il ouvrait le portail, et son brusque mouvement fit dériver son balai, le déséquilibrant. Un sortilège toucha la pelouse avant qu'il ne chute, et celle-ci s'enfonça étrangement sous son poids avant de le faire légèrement rebondir. Harry grimaça.
« Désolé. »
« Devant, pas derrière. » Fit Draco avec un sourire dans la voix pendant qu'il refermait le portail derrière lui.
« J'en ai marre de tomber ! » Grogna Teddy en s'aidant du sol pour se relever.
« On peut remettre les stabilisateurs. » Nota Draco en se rapprochant de lui tout en rangeant sa baguette dans la poche arrière de son pantalon, ayant exceptionnellement consenti à porter un T-shirt qui laissait sa marque des ténèbres visible sur son bras droit.
« Non, c'est pour les bébés ! » Râla Teddy en époussetant exagérément son short avant de se mettre à courir vers Harry, sa mine ronchonne s'effaçant. « Parrain ! »
« Teddy ! » Répondit-il sur le même ton, lui caressant la tête alors que son filleul lui encerclait momentanément la taille avant de s'écarter.
« Tu as trouvé mon livre ? » Demanda-t-il avec un visage excité, ses cheveux virant du violet au rose trahissant eux-aussi son enthousiasme.
« Ouaip. » Répondit Harry, tirant le dernier volume de sa bande dessinée favorite d'une des nombreuses poches intérieures de sa robe d'uniforme.
Teddy le lui arracha presque des mains, sauta une fois sur place, puis détala vers la maison en le remerciant dans un cri. Il ne savait pas encore bien lire, mais il adorait les illustrations mouvantes de l'œuvre sorcière racontant les aventures de quatre petits élèves de Poudlard, source certaine d'inspiration pour de nombreux enfants dans l'école et de cauchemars pour leurs professeurs.
« Hey, ton balai ! » S'exclama en vain Draco dans la direction de son cousin, qui disparut à l'intérieur en faisant mine de ne pas l'entendre. « Qu'est-ce qu'il est mal élevé. » Ironisa-t-il en se baissant pour ramasser l'objet enchanté qui trainait dans l'herbe. « Des jouets hors de prix et il n'en a rien à cirer. »
Harry sourit étroitement, ses pas le rapprochant de lui alors qu'il se redressait en lui adressant un regard interrogateur.
« Qu'est-ce qu'il y a ? Ça ne va pas ? » Lui demanda-t-il en fronçant les sourcils, ses yeux clairs balayant son uniforme à la recherche d'une blessure.
« Ça va. » Le rassura rapidement Harry.
Il s'était demandé tout l'après-midi s'il devait faire mention de ce qu'il avait vu aujourd'hui à Draco, mais maintenant qu'il était en face de lui, la réponse lui semblait évidente. Bien sûr qu'il devait lui dire. Il ne lui pardonnerait jamais de lui avoir caché une telle chose, même si c'était douloureux.
« J'ai vu Scorpius aujourd'hui. » Admit-il alors, regardant ses yeux s'écarquiller légèrement et ses épaules se tendre sous son T-shirt blanc. « Juste… Je l'ai juste vu sortant de Gringotts, avec Lucius. » Ajouta-t-il, craignant qu'il interprète sa phrase comme le fait qu'il se soit passé quelque chose de grave.
« Comment il est ? » Demanda doucement Draco, cherchant son visage comme s'il pouvait y trouver la réponse.
« Il y a une pensine au grenier. Je vais te montrer. » Lui dit-il, tendant la main pour qu'il la prenne et pour l'entraîner vers la maison.
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La maison n'était jamais vraiment silencieuse. Même avec Teddy lisant sagement dans le salon, Draco avec la tête penchée sur la pensine posée sur son bureau, et Harry respirant à peine en l'attendant anxieusement assis au bord du lit. La nature autour d'eux était bruyante. Le frémissement de milliards de feuilles autour du jardin. Les cris des oiseaux. Les bêlements des moutons au loin. Le chant des insectes s'égosillant dans la chaleur.
Le vacarme lui semblait presque assourdissant, mais il arrivait tout de même à entendre les battements de son cœur résonner dans son crâne. Le rythme de celui-ci redoubla d'intensité lorsque Draco releva la tête avec une bruyante inspiration, comme reprenant son souffle après s'être immergé.
Il resta un instant immobile, le visage tourné vers le mur couvert de dessins de Teddy, de calendriers de révisions et de plannings de cours et de gardes. Puis il se pencha à nouveau et remit la tête dans la pensine.
Sur le lit, Harry appuya son coude sur sa cuisse et posa son front sur sa main, fermant les yeux avec un soupir. Puis, peinant à rester statique, il se leva et se débarrassa de sa robe d'uniforme, qu'il jeta sur un fauteuil sous une fenêtre. Il déboutonna le haut de la fine tunique pourpre qui portait en-dessous, et la retira pour la remplacer par un T-shirt, puis son pantalon par un short.
Malgré les épaisseurs en moins, il peinait toujours à respirer.
Il avait toujours eu beaucoup de mal à ne pas rapporter le travail à la maison. Il enviait les gens capables de séparer les deux, par force d'esprit ou parce que leur métier le leur permettait.
Harry n'avait pas choisi d'être Auror par conviction, ou parce que son père en avait été un, mais par certitude que son travail n'était pas terminé. Il avait cru, ou peut-être simplement espéré, que survivre à la Bataille de Poudlard mettait un point final à des années de lutte et qu'il allait enfin pouvoir être juste Harry, tourner d'effroyables pages de son histoire. Et parfois, dans la sécurité et l'isolement de cette maison, il y arrivait. En jouant avec Teddy, en discutant avec Andromeda, en serrant Draco contre lui, il oubliait quelques instants le poids énorme de tout ce qu'il restait à faire.
Mais des jours comme celui-ci, ses épaules ployaient, sa cage thoracique semblait écrasée. Parce que sa vie et son travail ne faisaient vraiment qu'un. Parce qu'il était Harry Potter et qu'il ne connaitrait sans doute jamais réellement la paix, et parce qu'il aimait Draco et que lui ne trouverait pas la sienne tant que Lucius serait libre et Scorpius loin de lui.
Il souleva le couvercle de ce qui avait été la malle de Poudlard de Draco, le retenant d'une main en en contemplant le contenu. Trois années de cadeaux d'anniversaire et de Noël pour Scorpius. Trois années de dessins et de jouets de Teddy pour un petit garçon qui ne connaissait certainement pas son existence. Trois années de vêtements mis soigneusement de côté pour lui, dans l'espoir de pouvoir l'amener à la maison.
Il referma la malle en entendant un grincement, et il se retourna pour voir que Draco s'était avachi contre le dossier de sa chaise, la tête enfin sortie de la pensine. Il patienta quelques secondes, pour lui laisser le temps d'y retourner si c'était ce dont il en avait besoin, puis contourna le lit pour s'approcher de lui et l'enlacer par derrière. Il se pencha et posa son front sur le sommet de sa tête.
Draco leva les mains pour lui tenir les avant-bras, acceptant son étreinte. Harry avait craint des larmes, mais sans doute avait-il projeté sa propre émotivité sur lui. Draco ne pleurait pas, ou en tout cas pas devant lui.
« Où est-ce que vous en êtes ? » Demanda-t-il d'une voix déceptivement égale.
« A moins d'une erreur de sa part… Loin. » Répondit Harry, s'étant attendu à la question sur l'échéance de l'arrestation de Lucius.
« Qu'est-ce que je peux faire ? »
« Rien… »
Draco s'affaissa un peu plus avec un soupir.
