Lorsque Marco réapparut il tenait dans la main un objet qui produisait un petit cliquetis métallique au rythme de ses pas. Il s'approcha d'une Braalaka blasée qui tendit les bras, mains jointes.
«- Elles sont en granit marin, au cas où, précisa-t-il en serrant la paire de menotte aux poignets de la brune.
Elle ne protesta pas au contacte froid sur sa peau et resta de marbre, bien qu'elle eu très envie de grommeler. Au même moment un pirate trottina vers eux et interpella Marco pour lui demander de l'aide sur le traçage d'itinéraire vers la prochaine île. Le phœnix hocha la tête puis se tourna vers Vista pour lui remettre les clés des menottes.
- Le Vieux doit être du côté de l'infirmerie, ajouta-t-il avant de tourner les talons et s'en aller.
-... Côté infirmerie ? répéta Braalaka avec suspicion, inquiète à l'idée de se retrouver dans un coin rempli de seringues et produits en tous genres alors qu'elle était immobilisée.
- Oui, il y a une chambre aménagée pour Père lorsqu'il a besoin de traitements, expliqua l'épéiste.
- Ah, oui, souffla-t-elle évasivement en repensant à des passages du manga où quelques perfusions étaient reliées à Barbe Blanche.»
Elle tiqua. "Barbe Blanche... LE Barbe Blanche ?!" répéta-t-elle en écarquillant les yeux devant le souvenir qu'elle avait de l'Empereur. Son cerveau tourna à toute allure. Elle avait énormément de mal à accepter que toute cette situation soit réelle, c'était totalement irrationnel et impossible physiquement. Et pourtant elle était bien là, à côté d'un moustachu nommé Vista et à bord d'un énorme bateau pirate sur lequel elle avait atterri par elle-ne-savait quelle sorcellerie. De prime abord elle avait pensé à une fête à thème où les gens étaient tous cosplayés. Une évidence apparut dans l'esprit de la brune : aucun humain sur Terre n'aurait la carrure pour se déguiser en Barbe Blanche de façon crédible. Elle n'y avait pas encore pensé, mais si tout ceci s'avérait vrai et qu'elle se trouvait réellement dans l'univers de One Piece, alors l'homme qu'elle s'apprêtait à rencontrer devait mesurer plus de trois fois sa taille.
«- Suivez-moi, ordonna Vista qui commençait à s'éloigner.»
Braalaka fut aussitôt tirée de ses réflexions et rejoignit l'épéiste en hâtant le pas. Ils traversèrent le pont silencieusement en se dirigeant côté poupe, vers la timonerie et les cabines/locaux supérieures. La brune sentit des regards intrigués se poser sur eux et elle entendit quelques groupes de pirates s'interroger brièvement avant de reprendre leurs activités. Elle se sentit mal à l'aise mais garda un air stoïque en marchant le plus droitement possible malgré ses menottes qui perturbaient sa foulée. Elle qui voulait se faire discrète, c'était un peu raté.
Après être passés devant de nombreux couloirs et autres pièces, il arrivèrent devant une grande porte. Vista s'apprêta à toquer contre le bois massif tandis que la brune observait nerveusement autours d'elle, perdue dans l'immensité du Moby Dick. Durant ce petit trajet dans les dédales du bateau elle avait tenté d'organiser toutes ses pensées, car dans l'immédiat sa priorité était de se justifier auprès de l'Empereur afin d'éviter d'empirer sa situation déjà assez farfelue comme cela. Ensuite seulement pourrait-elle tenter de trouver le fin mot de l'histoire.
Deux coups sonores résonnèrent contre le bois. La jeune femme sentit son ventre se serrer d'appréhension.
«- Entre, tonna la puissante voix du Yonko.
Le sabreur s'exécuta et poussa la porte, dévoilant une grande salle équipée de différentes machines et de matériel médical. Le regard de Braalaka se posa immédiatement sur l'homme au centre de la pièce, installé sur un grand lit aux draps blancs. Son cœur loupa un battement et elle resta tétanisée sur le seuil, la bouche entrouverte. Devant elle se trouvait l'illustre Barbe Blanche, à demi-assis sur son matelas, une pile de coussins dans le dos et une jambe croisée par dessus l'autre. Dans une main il tenait une coupe d'alcool, probablement du saké, et dans l'autre un livre dont les pages cachaient une partie de son visage. L'Empereur ferma son bouquin et le posa sur le chevet à côté de lui. Il se redressa, surplombant les visiteurs de toute sa hauteur.
- Bonjour fils.
- Bonjour le Vieux, désolé de te déranger. J'ai trouvé une clandestine dans les couloirs de ma division, l'informa Vista en se tournant vers la concernée.
Barbe Blanche planta alors son regard ambré dans celui de la jeune femme qui essayait de se faire toute petite dans l'encadrement de la porte et la détailla. Elle le fixait avec de gros yeux. Avait-elle peur ? C'était l'effet qu'elle donnait avec sa moue stupéfaite, son teint blafard et ses cheveux ébouriffés. Bien qu'elle soutenait son regard -probablement plus par stupéfaction que par insolence-, il la vit tressaillir légèrement et se tasser sur elle-même. Il ne dit rien et porta sa coupe de saké à ses lèvres en invitant son subordonné à poursuivre d'un geste de la main.
- Elle n'a présenté aucun comportement aggressif et a demandé à pouvoir s'expliquer, ajouta le commandant.
Une fois sa gorgée avalée le Yonko reporta son attention sur la petite clandestine, qui triturait nerveusement les maillons de ses menottes.
- Approche, ordonna-t-il tout en faisant signe à Vista de partir.»
La jeune femme s'avança dans la pièce : "Trop tard pour reculer, ça passe ou ça casse..." pensa-t-elle en gonflant ses poumons pour essayer de se donner un peu de contenance. L'épéiste ferma la porte derrière elle et elle entendit ses pas s'éloigner dans le couloir. Elle se retrouvait seule face à l'Empereur, qui ne l'avait pas quittée des yeux. Même s'il était assis il n'en restait pas moins beaucoup plus grand qu'elle, et sa carrure hors-normes était plus qu'intimidante.
- Comment t'appelles-tu ?
- Bra...Braalaka, bredouilla-t-elle.
Elle mobilisait toutes ses forces pour se tenir droite et ne pas trembloter malgré la pression immense qu'elle ressentait.
- Que fais-tu sur mon navire ? commença-t-il calmement.
- Je... Je ne sais pas. Je ne comprend pas comment j'ai atterris ici...
Barbe Blanche restait silencieux, en attente de la suite du discours.
- En fait... Je me suis réveillée dans un cagibis, pou...pourtant la veille je dormais chez moi...
- Tu veux dire que tu t'es téléportée en quelque sorte ? résuma-t-il platement en terminant son verre d'une traite.
- Oui...»
La brune vit que l'Empereur était septique à en juger par le regard dubitatif qu'il lui lança. Elle-même avait toujours du mal à s'y faire, et c'était là où les choses se compliquaient, car elle n'avait aucune réponse à la grande question : comment diable s'était-elle retrouvée dans un univers qu'elle croyait fictif ? Pour la première fois depuis le début de la conversation elle flancha et détourna les yeux, à court de mots. Son regard se fixa machinalement sur le plancher et elle serra les dents très fort pour garder contenance. Comment expliquer tout ça ? Elle se sentait terriblement seule et perdue, l'appréhension lui serra les tripes.
Barbe Blanche qui observait à nouveau Braalaka vit qu'elle commençait à perdre des couleurs. Son intuition lui soufflait qu'elle ne mentait pas et il se doutait que l'histoire n'était pas encore complète. Or si son interlocutrice angoissait au point d'avoir le teint d'un drap et la parole coupée ils n'étaient pas sortis de l'auberge. Il soupira et se pencha pour saisir une grande bouteille qui traînait par là, puis attrapa également une deuxième coupe dans la pile sur son chevet qu'il disposa à côté de la sienne. Il remplit calmement les deux récipients et en tendit un à Braalaka, qui avait relevé la tête pour le regarder faire d'un air interloqué. Elle hésita et prit finalement la coupe entre ses deux mains pour en détailler la boisson. Ça sentait le saké.
«- Merci, fit-elle timidement en la portant à ses lèvres.»
Bien que son estomac fut trop noué pour qu'elle ai réellement envie de boire ou manger quoi que ce soit, elle interpréta le geste comme pacifiste et cela la rassura quelque peu. Ils prirent un instant pour siroter, la boisson réchauffa le corps de la jeune femme et réhydrata sa gorge asséchée par le stress. Elle reprit quelques couleurs. Braalaka osa un regard vers l'homme en face d'elle. Allait-il comprendre ce qu'elle s'apprêtait à lui révéler, et surtout allait-il l'aider ? En tout cas il était nécessaire qu'elle en parle si elle voulait sortir de là :
«- Je sais que c'est difficile à croire, mais... J-je viens d'un autre monde...
Barbe Blanche arrêta de boire et arqua un sourcil.
- Dans mon monde l'univers où vous vivez est une fiction... Pourtant je suis là, tout semble tellement vrai, m-mais...
Sa voix se cassa. Elle reprit :
- Je ne comprends rien à ce qui m'arrive !»
Ses yeux s'humidifièrent tandis que toute la pression qu'elle contenait depuis son réveille se déchaîna. Elle ne parvint pas à refréner ses sanglots et quelques larmes coulèrent le long de ses joues. L'Empereur garda le silence et observa Braalaka comme pour sonder son être et ses émotions. Même si les explications à base de téléportation étaient très étranges et floues, il sentait qu'elle ne mentait pas et que sa détresse n'était en rien simulée. Il jugea bon de ne pas trop pousser l'interrogatoire, et ce qu'il avait perçut lui était suffisant pour savoir qu'il n'avait pas affaire à une ennemie.
«- Je te crois.
La jeune femme leva vers lui ses yeux rougis et embués, étonnée. A défaut de savoir quoi répondre elle tenta de se ressaisir et frotta de la paume de ses mains les fins sillons humides qu'avaient tracées les larmes sur son visage.
- Qu'imagines-tu faire maintenant ? demanda Barbe Blanche.
Elle renifla légèrement pour défaire son nez encombré, quelque peu gênée de s'être laissé submerger ainsi. Elle réfléchit rapidement tout en entortillant nerveusement ses doigts autours les maillons de ses chaînes.
- Je... Je voudrais rentrer chez moi, mais j'ignore comment... Je dois juste comprendre.
- Bien... Je t'accorde l'hospitalité, tu peux rester sur le navire pour le moment, trancha l'Empereur.
Braalaka eu un petit sursaut de surprise mais son visage afficha aussitôt une expression amplement soulagée :
- M... Merci beaucoup, bégaya-t-elle.
- On a terminé pour le moment, tu peux disposer comme tu l'entends. Cependant tes histoires de téléportation et de mondes parallèles m'intriguent, j'aimerais que tu m'en racontes plus à l'avenir.
- D'accord...
Le grand homme termina sa boisson d'une traite et se leva. La brune le fixa, encore plus ébahie que lorsqu'elle était entrée quelques minutes plus tôt. Il était vraiment immense, jamais elle n'aurait pensé devoir lever autant la tête pour regarder quelqu'un. Il se dirigea vers la porte et Braalaka s'écarta rapidement du passage, intimidée. Barbe Blanche laissa échapper un rire profond et caverneux :
- Je ne comptais pas t'écraser.
-...»
Il ouvrit la porte et fit un signe de la main à la jeune femme pour la convier à sortir. Elle se dépêcha de franchir le seuil, un mal à l'aise. L'Empereur ferma derrière eux et Vista, qui attendait en papotant un peu plus loin dans le couloir, les rejoignit dès qu'il les aperçut.
«- Quelles sont les nouvelles ? s'enquit-il.
- Tu peux lui retirer ses chaînes, elle n'est pas dangereuse.
L'épéiste farfouilla dans ses poches pour récupérer la clé et déverrouilla les menottes, qu'il pendit ensuite à sa ceinture le temps d'aller les ranger.
- Reste-t-il des cabines libres du côté de ta division ? demanda le capitaine.
- Oui.
- Bien. Tu peux lui en assigner une, elle est notre passagère. Fournis lui aussi quelques vêtements et explique lui le nécessaire.
La brune tiqua : "Quelques vêtements ?". Elle retint un hoquet de surprise en jetant un rapide coup d'œil à son accoutrement : elle avait complètement oublié le fait qu'elle se promenait en peignoir pieds nus depuis son réveil. Cela l'aurait faire rire si les circonstances n'étaient pas aussi saugrenues. "N'empêche, heureusement que je l'ai gardé ce machin, d'habitude je l'enlève pour dormir.. Ça aurait été coton..." divagua-t-elle tout en imaginant l'horreur de la situation.
- Ok je m'occupe de tout, acquiesça Vista.»
Sur ce, Barbe Blanche tourna les talons et s'éloigna dans le couloir, le claquement de ses bottes résonnant sur le parquet au rythme de son ample cadence. Braalaka le regarda partir, toujours aussi impressionnée. Le commandant de la 5ème division se tourna vers elle :
- Allons-y.»
Il entama la marche et ils refirent le chemin en sens inverse. Cette fois la brune tenta de se repérer : peine perdue, elle n'avait absolument rien mémorisé et le Moby Dick était vraiment immense. Elle remarqua que les couloirs commençaient à être animés, une grande parti de l'équipage devait être réveillée. Lorsqu'ils arrivèrent sur le pont elle fut étonnée de constater à quel point le paysage avait évolué : les trois voiles des mâts étaient dépliées et légèrement bombées par la bise. C'était peuplé, les pirates s'activaient, elle se demanda combien ils pouvaient être sur le bateau. Ça et là avaient été aménagées des tables de fortune à l'aide de tonneaux, certains jouaient aux cartes, d'autres lisaient le journal. L'espace le long des rambardes était occupé par de petits groupes qui lézardaient en discutant et riant bruyamment. Braalaka se sentit intruse dans ce cadre inhabituel pour elle, et elle se concentra sur sa marche pour ne pas se laisser saisir par une nouvelle vague d'inquiétude . Ils entrèrent finalement dans le couloir où Vista l'avait surprise une heure plus tôt. Il s'arrêta et tendit un bras pour désigner les lieux :
«- Ce sont les dortoirs et les locaux de la 5ème division, il y en a aussi à l'étage du bas, les escaliers sont plus loin, expliqua-t-il.
La jeune femme hocha la tête en signe de compréhension.
- Il y a des cabines libres sur les deux niveaux, une préférence ?
- Heu... Plutôt près du pont ?
- Vous avez peur de vous perdre ?
-... Oui.
L'épéiste sourit et précisa que l'orientation sur le bateau devenait simple une fois qu'on avait assimilé les schémas parallèles des constructions : par exemple les dortoirs se superposaient, le pont était juste au dessus de la salle à manger commune de même taille etc.
- Je vous ferai visiter, ajouta-t-il tout en décrochant un trousseau de clés de sa ceinture.
Il s'avança alors vers une porte un peu plus loin dans le couloir et la déverrouilla, laissant apparaître l'intérieur d'une cabine.
- Celle-ci est libre.»
Voyant qu'elle ne savait pas où se mettre, il fit signe à la brune d'approcher et elle s'avança jusqu'au seuil, balayant la pièce du regard : l'entrée donnait sur un salon sobrement meublé. Une table ronde en bois entourée de quelques chaises trônait au milieu de la salle, une grande étagère vide longeait le mur du fond où se trouvait également un hublot, source principal de lumière en journée. Contre la paroi gauche, un canapé en tissu pourpre accolé à un gros coffre en bois orné de ferrures. Enfin, il y avait une commode à multiples tiroirs installée contre la cloison droite de la pièce, à peu près en son milieu. Braalaka remarqua deux portes, une de chaque côté du meuble. Elle se permit d'entrer et s'avança timidement jusqu'à la première, comme si elle craignait de se faire mordre par la poignée en l'ouvrant. Elle découvrit alors une chambre : en face d'elle un grand sommier à la literie noire, un chevet coiffé d'une lampe et vers le mur de droite une petite armoire de rangement. L'autre porte donnait sur la salle d'eau, un peu plus petite que les deux autres pièces mais suffisamment spacieuse pour comporter une baignoire, un lavabo surplombé d'un miroir et un cabinet séparé du reste par un paravent.
La jeune femme était étonnée de la commodité des lieux, elle s'attendait plutôt à une salle étriquée et sombre avec un hamac en guise de lit sans cesse ballotté pour les roulis du navire sur les flots, comme dans les films de pirates. Pourtant la réalité était toute autre, c'était comme un petit appartement en bois.
«- Cela vous convient ? s'enquit le commandant lorsque la brune ressortit de son inspection.
- Oui c'est très bien, merci, approuva-t-elle.
Vista lui donna la clé de la cabine et elle le gratifia d'un sourire timide. Il s'avança ensuite vers une porte légèrement entrouverte sur l'autre façade du couloir. Elle voulut le suivre mais se stoppa en reconnaissant l'endroit. Elle fixa la pénombre de la pièce en fronçant les sourcils. Il remarqua son air perturbé :
- Tout va bien ?
-... C'est le local où j'ai atterri, grommela-t-elle.
- Comment ça ?
- J'ai... Je ne sais pas comment mais je me suis réveillée dans cette pièce alors que la veille j'étais chez moi, expliqua-t-elle d'une voix un peu tendue.
Vista eu envie de la questionner sur cette histoire farfelue mais la mine renfrognée de la jeune femme le dissuada d'en demander plus. Il préféra prendre les devants en entrant dans la remise et enclencha un interrupteur, la pièce s'illumina :
- On a des locaux ouverts pour la lessive et le mobilier dans chaque dortoir, informa-t-il. Choisissez ce que vous souhaitez.
Braalaka fit quelques pas dans la salle et retient son souffle, méfiante. Elle n'avait aucune envie de se faire encore trimbaler à travers les dimensions pour avoir remis les pieds ici. Finalement, rien ne se produisit. Elle laissa échapper un soupir de soulagement et se concentra sur son environnement, qui semblait plus accueillant une fois éclairé. Elle scruta les étales de textiles pour se remémorer à peu près l'endroit où elle s'était réveillée. L'un des multiples bacs comportait des tissus un peu froissés et une manche de veste en dépassait. La brune s'y dirigea et commença à écarter les vêtements à la recherche de ceux qui pourraient lui convenir, et elle en profita pour vérifier que rien ne s'était téléporté avec elle, car elle aurait pu ne pas le remarquer dans le noir complet et la panique.
Pendant que la brune farfouillait dans les stocks d'habillages, l'épéiste se rendit côté mobilier de la remise où étaient entreposés différents meubles communs tels que des chaises, des lampes, des petites étagères de rangement, des sommiers etc laissés à disposition pour ceux qui devaient changer leurs affaires. Il saisit alors un petit écriteau fait d'ardoise semblable à ceux sur les portes des dortoirs, ainsi qu'un clou et une craie. Il était d'usage de placer ceci pour indiquer les appartements occupés et le nom de l'occupant, car même si l'orientation dans les couloirs était simple, se souvenir de qui vivait où dans l'immense Moby Dick relevait de l'impossible. Il se retourna devant la cabine de la jeune femme et positionna le clou contre la porte, puis recouvrit son poing de haki afin de tapoter dessus jusqu'à l'enfoncer à mi-longueur. Pour finir il y suspendit l'ardoise et laissa la craie sur le rebord de celle-ci. Satisfait, il rejoignit Braalaka qui faisait toujours ses recherches et patienta tout en profitant de l'occasion pour refaire l'inventaire des stocks, qui avaient changés depuis son dernier passage.
Lorsqu'elle eu terminé, la jeune femme se retrouva avec un petit tas de vêtements qu'elle avait compressés les uns contre les autres et enroulés dans un manteau. D'un bras elle tenait deux paires de chaussures et de l'autre elle tentait tant bien que mal de maintenir son baluchon improvisé contre elle, seuls son nez et ses yeux apparaissaient au dessus du paquet chiffonné.
«- Je pense que j'ai tout, signala-t-elle, sa voix étouffée par les tissus.
Vista tint la porte et elle se dirigea comme elle le put vers la sortie, en prenant garde à ne rien faire tomber et surtout à ne pas se cogner un orteil dans une caisse. Il l'accompagna jusqu'au seuil de sa cabine et l'aida une nouvelle fois :
- Merci, fit-elle en se faufilant dans la pièce.
Elle posa son ballotin d'habits sur la table au milieu du salon. L'épéiste l'observa. Il avait remarqué ses yeux rougis et ses paupières enflées lorsqu'elle était sortie de son entretient avec Barbe Blanche. Sans doute avait-elle pleuré. Même si elle ne paraissait plus aussi angoissée qu'avant et que ses traits s'étaient un peu détendus, elle affichait une mine plutôt fatiguée. Vista ne connaissait pas les détails de l'histoire mais il se doutait que le moment n'était pas à la visite du bateau ni au papotage, alors il se contenta d'exécuter la première consigne de son capitaine à savoir loger la passagère.
- J'imagine que vous aimeriez souffler un peu ? déclara-t-il en saisissant la poignée de porte, un pied déjà dans le couloir.
Elle se tourna vers lui. Avec tous les événements qui lui étaient arrivés depuis son réveil, Braalaka se sentait submergée et étonnamment éreintée. Elle hocha la tête et le remercia d'un sourire compréhensif. Il sourit en retour et ferma la porte. Elle écouta ses pas résonner jusqu'à se faire de plus en plus lointains, puis tout fut silencieux. Seuls filtraient à travers les hublots le fredonnement de l'océan et le bruissement des vagues. La jeune femme eu alors l'impression d'être totalement perdue, l'accalmie ambiante contrastait avec la tempête de pensées qui faisait rage dans son esprit et lui secouait les sens. Seule avec elle-même, Braalaka se laissa choir sur une chaise et s'avachit sur la table. Elle appuya sa tête entre ses mains pour lutter contre la sensation vertigineuse de l'impuissance et de l'incompréhension.
- Mais quel bordel...» geignit-elle.
...
Note de l'auteure : Un énorme merci à celles/ceux qui m'ont laissé une review, ça me fait vraiment chaud au cœur 3 ! Egalement merci aux personnes qui ont mit la fic dans leurs favorite/follows, c'est aussi une forme de soutient.
J'espère que vous avez apprécié votre lecture, à bientôt pour le prochain chapitre :D !
