Braalaka laissait défiler toutes les images de sa matinée dans sa tête, en tournant et retournant chaque séquence pour tenter de comprendre. Tout cela la désemparait tellement qu'elle se sentait épuisée. Elle ne put que rester à demi-avachie sur la table, le regard dans le vide. Elle se frotta les tempes et soupira bruyamment. Comment diable pouvait-elle se retrouver-elle dans le monde de One Piece ? Car elle ne doutait plus d'y être après avoir vu un homme de plus de 6 mètres possédant une moustache défiant les lois de la gravité. Elle se massa les tempes et soupira bruyamment. Aucune explication, c'était hors de tout schéma logique. Elle resta pensive, la tête appuyée sur ses mains. Quelques minutes passèrent ainsi.
C'est seulement lorsque la jeune femme commença à avoir mal au dos qu'elle se redressa sans grande vigueur. Elle ne savait pas quoi faire et elle était bien trop larguée par les événements, essayer de réfléchir s'était résumé à mettre un coup d'épée dans l'eau. Elle soupira à nouveau, cette sensation d'impuissance l'excéda. Dire qu'elle était sensée être dans un amphithéâtre à la fac et qu'elle se retrouvait là, dans un autre monde, de façon totalement abracadabrante. Sa gorge se serra légèrement. Elle voulait rentrer chez elle. Evidemment elle n'avait aucune idée de comment même après s'être retourné le cerveau.
Finalement à court d'idées, elle se leva de sa chaise et son regard se posa sur l'amalgame de vêtements étalée sur la table devant elle. Au moins sa situation n'était pas catastrophique à l'extrême, elle n'avait pas atterri dans une dystopie à la 1984 ou à la Matrix, ni dans un lieu horrible et angoissant. En fait, même dans le monde de One Piece elle se trouvait bien lotie car elle aurait très bien pu apparaître sur une île hostile, un navire peu recommandable ou directement dans l'océan, qui sait ? Les pirates de Barbe Blanche se trouvaient êtres, d'après ce qu'elle savait du manga et ce qu'elle venait de tirer de sa propre expérience, des gens tout à fait respectables et respectés. Cela lui ôtait une épine du pied car elle se voyait mal combattre des monstres géants ou des bandits surpuissants pour assurer sa survie. En plus de l'avoir graciée l'Empereur lui avait accordé l'hospitalité et elle avait droit à une cabine privée : elle ne pouvait qu'apprécier, sur ce point sa situation était confortable.
Braalaka se décida à bouger et attrapa les vêtements. Elle se tortilla jusqu'à la chambre en bataillant avec des pans de tissus tombants autours de ses bras puis poussa la porte avec son épaule. Puisqu'elle n'avait aucune idée de quoi faire et que son esprit était trop fatigué et submergé pour imaginer d'autres directives, autant s'accaparer les lieux et y mettre de l'ordre. Elle ouvrit la petite armoire de rangement et commença à plier à sa façon -c'est à dire très mal- les habits qu'elle avait choisi plus tôt. Heureusement pour elle la brune avait réussi à reconstituer quelque chose de familier à ses habitudes, puisque les tenues pirates s'accordaient assez bien avec le style vestimentaire qu'elle avait adopté depuis de nombreuses années. Ainsi elle avait rassemblé trois pantalons amples et solides apparentés aux treillis militaires de son monde : il y en avait un noir, un kaki uni et le dernier était gris plomb. Elle avait également mit la main sur deux shorts -l'atmosphère qu'elle avait senti sur le pont était plutôt tiède, annonçant des jours chauds- dans les mêmes teintes, et pour maintenir le tout une ceinture de cuir noir. En ce qui concerne les hauts elle avait opté pour plusieurs débardeurs noirs ou gris comme elle avait l'habitude d'en porter -presque en toutes saisons, elle était de cette trempe-, sans oublier deux vestes pour les jours plus frais. Elle avait trouvé un gilet en cuir noir ainsi qu'un manteau de même matière, plus lourd et épais. Pour finir elle avait aussi prit quelques sous-vêtements et des chaussettes.
La jeune femme avait finit de combler les rangements en bois et dans l'espace comportant une tringle elle avait accroché ses blousons. Pour terminer elle y déposa les deux paires de chaussures, à savoir des bottes noires similaires à celles de Barbe Blanche et un autre modèle qui s'apparentait plus à des rangers courtes de son monde.
Satisfaite de son oeuvre elle referma les portes du meuble et s'assit sur le lit. Soudain elle écarquilla les yeux.
«-... Peut-être que...»
Braalaka tâtonna les draps avec appréhension. Puisqu'elle s'était téléportée dans son sommeil, pourquoi ne pas essayer de se rendormir ? Cela pourrait peut-être ré-enclenché le processus et la renvoyer chez elle. Elle hésita. Elle n'était réveillée que depuis quelques heures mais tout ce bastringue l'avait épuisée, elle parviendrait sans doute à se rendormir en essayant. Et ce n'est pas comme si elle avait autre chose à faire, elle pouvait bien expérimenter cela, c'était un début de piste après tout. La brune se leva tout de même pour aller vérifier qu'elle avait bien fermé la porte d'entrée puis se dirigea à la salle de bain. Elle tourna le robinet du petit lavabo et recueillit l'eau dans le creux de ses mains puis les passa sur son visage pour se débarbouiller. Il y avait un miroir au dessus de l'évier et son regard chocolat croisa celui de son reflet. Ses yeux étaient encore gonflés et cerclés de petites cernes, de plus ses cheveux en bataille venaient souligner sa mine fatiguée. Elle soupira, on aurait dit qu'elle sortait de cuite. "Si seulement c'était juste ça..." ajouta-t-elle en sortant de la pièce.
Une fois glissée sous la couette elle se tortilla pour s'installer sur le côté droit, les jambes repliées contre son ventre. Elle ferma les yeux et commença à méditer sur l'étrangeté du moment: tout ce qu'elle trouvait à faire dans cette situation de crise était dormir. Sa propre nonchalance l'impressionnera toujours. Elle repensa avec amusement aux passages de sa vie où sa flegme légendaire avait sévis : lorsqu'elle s'était assoupie devant la salle d'examen du bac en attendant les surveillants, ou encore ses petites sieste juste avant ses championnats de boxe. Braalaka remercia ce trait comportemental qui lui avait permis de garder son calme plus d'une fois et qui s'avérait de nouveau utile. Malgré cela et la fatigue engendrée par le stress elle ne trouva pas le repos immédiatement : certainement lui faudrait-il un temps d'adaptation pour se sentir en sécurité dans la cabine, même si elle savait que c'était la sienne. La brune se repositionna sur le dos et se concentra sur sa respiration pour se détendre et éviter les idées parasites. Au bout d'une quinzaine de minutes elle sentit sa conscience lâcher prise et divaguer tandis qu'elle sombrait enfin dans le sommeil. Elle ne résista pas et se laissa happer.
...
Le pont du Moby Dick se vidait lentement de ses occupants tandis que les pirates affluèrent dans les couloirs pour aller prendre leur petit déjeuner. Le réfectoire était une grande pièce située sous le pont, d'environ la même envergure que celui-ci, et les cuisines du bateau y étaient accolées. Vista suivit le mouvement de ses camarades et se rendit dans la grande salle. Comme d'habitude les plus matinaux étaient déjà assis le long des larges tables arrangées sur toute la longueur de la pièce, et de petits groupes arrivaient au compte goutte pour les rejoindre. Sur les tables étaient disposées de multiples denrées en quantité abondante ainsi que des pichets d'eau, de lait, de jus de fruits et même d'hydromel pour les plus soiffards. L'épéiste aperçut quelques uns de ses comparses et se dirigea vers eux :
«- Bonjour, fit-il en tirant un tabouret.
La petite tablée le salua en retour tandis qu'il prit place à côté d'Izo et en face de Marco. A gauche du phœnix se trouvait Rakuyou et Joz occupait le bout de table. Vista s'empara d'une baguette de pain qu'il coupa en deux dans la longueur ainsi que d'un pot de confiture à la myrtille. Il s'appliqua à étaler la mixture sucrée uniformément sur sa tartine tout en suivant d'une oreille les conversations :
- Marco, tu as la trajectoire de la prochaine destination ? demanda le 16ème commandant.
- Ce sera Hand Island, on devrait accoster d'ici une petit semaine je pense.
- Oh, génial ! s'exclama joyeusement Izo. J'espère qu'on y restera un peu.
- Effectivement ça tombe bien, on a des stocks à refaire, commenta Vista en se lissant la moustache du bout des doigts.
- Ouais, on commence à être juste en sabres d'entrainement et cibles de lancé.
- Il faudra aussi reprendre de la cire pour le bois, y a quelques charpentes dans la soute qui en ont besoin, ajouta Rakuyou.
- Attendez, j'vais noter.
Marco tritura ses poches de bermuda et en sortit un petit calepin. Ils énumérèrent de multiples produits et il lista attentivement le tout. Lorsqu'ils eurent terminé de recenser le nécessaire il griffonna un mémo dans le coin de sa page pour penser à aller demander aux cuisiniers de compléter la liste en nourriture. Les commandants dérivèrent rapidement sur leurs propres envies d'achats, notamment Izo qui espérait trouver des broches à cheveux originales et Rakuyou qui voulait refaire la tournée des bars pour voir si les artisans brasseurs avaient de nouveaux alcools. Les projets fusèrent en même temps que les anecdotes à propos de la dernière escale sur cette île, qui devait dater d'environ deux ans. Hand Island tenait son nom de sa forme rappelant celle d'une main, mais également de la qualité du travail des nombreux artisans la peuplant. Ils étaient réputés dans tout le nouveau monde et l'île prospérait de son commerce et de ses cultures, car l'environnement y était assez riche pour fournir matières premières et nourriture. Barbe Blanche avait placé ce territoire sous sa protection de nombreuses années auparavant afin de dissuader quiconque de piller l'île et de détruire tout ce que la population avait durement bâtie. Ce soutient avait grandement contribué à la prospérité des lieux et à la sauvegarde de tous ces savoirs-faire d'exceptions. Ainsi les pirates de l'Empereur des mers et ses alliés étaient toujours accueillis chaleureusement et bon nombre d'entre eux s'étaient liés d'amitié avec les habitants. Les arrêts sur les îles hospitalières étaient toujours agréables, ils pouvaient laisser les navires amarrés et tout le monde avait l'occasion de profiter de la terre ferme.
- Au fait, qu'est-ce qui s'est passé avec la clandestine ? demanda Marco en reportant son attention sur Vista.
- Une clandestine ? fit Joz en fronçant les sourcils.
Le petit groupe se tut et ils se tournèrent tous vers le 3ème commandant en attendant la suite.
- J'ai croisé une inconnue il y a quelques heures. Je l'ai emmenée voir le Vieux et elle est devenue passagère, je lui ai prêté une cabine, expliqua-t-il rapidement.
- Ah ? Qu'est-ce qu'elle faisait dans les couloirs du coup ? insista le phœnix, curieux.
L'épéiste haussa les épaules et se servit un verre de jus de raisin.
- Elle ne m'a pas vraiment parlé et Père n'a rien précisé non plus, par contre j'ai cru comprendre qu'elle s'est perdue ou qu'elle est là par erreur, quelque chose comme ça.
-... C'est quand même étrange, depuis le temps qu'on est en mer elle aurait pu se manifester avant, remarqua Izou.
- Yoi c'est suspect tout ça, elle est peut-être...
- Hé ! Rends moi ça ! coupa Rakuyou en tendant le bras vers le sol pour attraper son fléau.
L'arme avait assimilée un fruit du démon de type zoan et était donc vivante. Les pics métalliques la recouvrant s'animèrent pour donner l'effet d'une fourrure ébouriffée tandis que la créature grogna en mâchouillant une orange à moitié épluchée. En réponse aux représailles de son maître elle roula sous la table pour aller se cacher derrière les pans du kimono d'Izo qui ria.
- C'est pas vrai ! s'énerva le 7ème commandant en se tortillant pour essayer de le rattraper avec son pied.»
Tous s'amusèrent de voir leur frère guerroyer avec son arme qui lui avait volé sa chaussure pour riposter. La bataille se termina lorsque le commandant réussit enfin à rattacher le fléau à sa chaîne pour l'empêcher de vagabonder. Le calme revint à table et tout le monde profita de son petit déjeuner.
...
Braalaka se réveilla la bouche pâteuse et les cils légèrement collés. Elle se frotta le visage avec ses paumes de mains et se tourna sur le dos pour s'étirer. Ses paupières s'ouvrirent et il y eut un moment d'incompréhension lorsqu'elle vit le décor autours d'elle.
«-... Pfff...»
Tout lui revient en mémoire et elle roula mollement pour enfouir sa tête dans l'oreiller. Elle était toujours dans sa cabine, dans le Moby Dick, bref, dans One Piece. Elle eu l'idée de se pincer le bras pour vérifier puis regretta immédiatement en grommelant. La jeune femme resta allongée quelques minutes à se demander ce qu'elle pourrait faire. Rien ne lui vient à l'esprit, son plan avait échoué et elle était bloquée sans en comprendre plus, toujours aucun indice en vue. Il fallait absolument qu'elle en trouve pour se sortir de ce foutoir. Elle repensa au moment où elle avait cherché là où elle avait atterrit : il n'y avait rien qui vienne de son monde, tout ce qu'elle savait c'est qu'elle s'était téléportée simplement avec ce qu'elle portait sur elle, c'est à dire son peignoir. La brune se redressa et poussa sa couverture au bout du lit pour s'asseoir en tailleur. Elle glissa ses mains dans les poches du vêtement gris dans l'espoir d'y trouver quelque chose qui puisse l'aider. Seul un élastique à cheveux occupait la poche droite. Braalaka soupira, blasée. Evidemment qu'elle n'avait pas prit son téléphone, ça aurait été trop beau. Son regard balaya la pièce à la recherche d'une horloge ou d'un réveil : il n'y en avait pas, impossible de connaître l'heure. Elle imagina avoir dormi quelques petites heures, peut-être trois, juste ce qu'il faut pour avoir le temps de détremper son oreiller de bave. Son attention se posa finalement sur l'armoire en bois contre le mur. Elle ne pouvait pas rester éternellement en peignoir à ruminer.
La jeune femme trouva un peu de motivation et se leva : faire quelque chose, même s'habiller, valait mieux que rester amorphe et prostrée sur sa couette. Elle enfila culotte, brassière -qu'elle préférait aux soutien-gorges- et chaussettes. Ensuite son choix s'arrêta sur le pantalon kaki, qu'elle essaya : il lui allait comme elle l'espérait, assez ample pour permettre des mouvements libres aux jambes et maintenu à la taille par la ceinture, un peu comme les treillis de son monde. En ajustant la boucle de ceinture elle vit un bleu sur son flanc gauche, vers les côtes flottantes : la veille lors de son entraînement de muay thaï l'un de ses partenaires avait réussit à lui mettre un coup de tibia pendant un combat. Elle eu un vertige en songeant à son quotidien et elle pensa à ses amis, ses camarades d'entrainement, ses voisins de classe et tout ceux appréciait dans sa vie. Quelques larmes montèrent subitement mais elle refusa de laisser l'angoisse la saisir à nouveau et se recentra immédiatement. Elle attrapa hardiment un débardeur noir qu'elle revêtit en le rentrant sous le pantalon et elle enfila sa paire de bottes noires. Elle prit également son gilet en cuir qu'elle passa sur ses épaules. Après un petit examen visuel et quelques gesticulations, la brune estima que l'ensemble lui allait convenablement.
Elle se dirigea dans le salon elle s'approcha du hublot : l'immensité bleue de l'océan se dessinait à perte de vue.
«- Et comment je fais, maintenant ?...» marmonna-t-elle en observant les reflets solaires sur les vagues.
Elle s'assit sur une chaise et s'accouda à la table en soutenant son menton de ses mains croisées. Encore une fois elle repassa en boucle les événements de la matinée dans sa tête, sans réussir à en tirer quoi que ce soit. Mais peut-être que la réponse était ailleurs ? Elle essaya de revoir toute sa journée de la veille, ce qui lui demanda une certaine concentration puisqu'il n'était pas dans ses habitudes de se remémorer les jours banaux de ses semaines. Là encore rien ne lui sauta aux yeux, aucun élément inhabituel aurait pu justifier la situation. Tout ce qu'elle pouvait noter c'était le fait qu'elle connaissait déjà One Piece avant d'y atterrir : elle lisait les mangas, et surtout regardait l'animé -car le budget étudiant ne lui permettait pas d'avoir toute la série papier si elle voulait manger autre chose que des pâtes-, mais le problème restait le même : la téléportation était inexplicable, inenvisageable à toute raison humaine. Connaître un "univers fictif" n'implique pas de se faire trimbaler dedans comme ça. Et pourtant. Elle soupira et laissa sa tête glisser le long de ses avant-bras pour masser son cuir-chevelu du bout des doigts. Quel casse-tête horrible, elle ne comprenait pas ce qui lui échappait. Elle pensa qu'il fallait absolument qu'elle puisse se souvenir clairement des choses qui lui étaient arrivées, sans quoi le temps pourrait effacer quelques indices de sa mémoire, si ce n'était pas déjà fait. Elle se représentait encore bien les scènes récentes, mais qu'en sera-t-il plus tard ? Elle devait conserver toutes les pistes possibles.
Braalaka se leva et avança d'un pas décidé vers la porte de sa cabine, qu'elle déverrouilla. Il n'y avait personne dans le couloir bien qu'elle entendait des éclats de voix provenant des pièces alentours. Elle s'engagea dans le dédale, à moitié perdue dans ses pensées : il lui semblait judicieux de trouver un moyen pour conserver ses souvenirs intactes et noter tout ce qui pourrait constituer un indice : pour cela rien de mieux que de tout coucher sur papier. Cependant elle n'avait sous la main ni feuilles ni stylos et le mobilier de sa cabine était vide. Elle s'avança sur le grand pont et regarda autours d'elle, hésitante. Le soleil était haut dans le ciel, la jeune femme déduisit que l'après-midi venait de commencer. L'endroit était toujours aussi animé et elle scruta la foule dans l'espoir d'y apercevoir Vista afin de lui demander des renseignements, mais elle ne le vit pas. Elle soupira, elle n'avait plus qu'à se débrouiller elle-même. Après un bref moment d'hésitation elle s'avança prudemment vers un groupe de pirates qui papotait non loin d'elle.
«- Hum, bonjour ...?
Deux homme se retournèrent et la dévisagèrent.
-... Vous sauriez où je peux trouver de quoi écrire ? continua-t-elle.
L'un fronça les sourcils en essayant de se rappeler si il avait déjà croisé cette femme dans l'équipage tandis que l'autre n'y prêta pas plus attention :
- J'pense que tu d'vrais d'mander au commandant Marco ou aux gars d'la timonerie, fit-il.
La brune laissa transparaître une moue réticente à l'entente du nom tandis que la scène du matin lui revint en tête : Marco avait été plutôt désagréable avec elle, avec son air méfiant et ses menottes en granite marin. Elle n'avait pas spécialement envie de le recroiser dans l'immédiat, mais il fallait bien qu'elle fasse quelque chose pour avancer.
- Et... C'est par où ? demanda-t-elle à nouveau.
Le pirate pointa du doigt les grands bâtiments sur le pont masquant la base du mât d'artimon. La couleur des planches les composant était plus foncée que celle du reste du bateau. C'était la direction qu'elle avait emprunté lorsque Vista l'avait accompagnée pour voir Barbe Blanche à l'infirmerie. Sans doutes les locaux fonctionnels étaient aménagés dans cette partie du navire, bien visible et facile d'accès.
- T'es nouvelle ? fit soudain le deuxième homme, qui ne parvenait pas à l'identifier.
Braalaka se renfrogna un peu.
- Non, c'est pas... M'enfin, merci pour les infos.»
Elle tourna les talons et détala rapidement en direction des grandes cabines parsemées de hublots, plantant les pirates incrédules derrière elle. La situation la mettait mal à l'aise, elle ne se sentait absolument pas à sa place : "Alors ils connaissent le visage de tout le monde ?" pesta-t-elle en jetant des coups d'œils méfiants autours d'elle de peur de se faire remarquer. Elle voulait éviter de s'attirer des ennuis en passant encore pour une clandestine, une fois lui avait suffit. Elle reporta rapidement son attention sur son objectif en arrivant devant les bâtiments, où trois couloirs principaux s'ouvraient. Elle inspecta la première entrée à la recherche d'un quelconque panneau pour l'orienter, en vain. C'était désert mais ça ressemblait aux dortoirs en plus sombre et avec moins de portes alignées : elle en voyait quelques unes sans écriteaux et il y avait d'autres axes de corridors qui semblaient couper le premier un peu plus loin. La jeune femme décida d'aller voir à quoi ressemblaient les deux autres entrées. Elle ne parvint même pas à se souvenir laquelle elle avait emprunté pour aller à l'infirmerie avec Vista.
«- Quel labyrinthe... susurra-t-elle en observant attentivement le second passage, qui semblait encore plus alambiqué que l'autre.
- Bonjour, je peux t'aider ?
Braalaka sursauta et se retourna d'un bond. Elle tomba nez à nez avec une femme souriante vêtue d'une blouse rose, ses cheveux roux étaient attachés en chignon et elle portait une petite trousse de matériel sous un bras. La brune reconnut la tenue des infirmières de l'équipage.
-... Je cherche de quoi écrire, finit-elle par répondre.
Sa vis-à-vis afficha un air pensif quelques instants :
- Peut-être qu'il nous reste des feuilles au bureau, supposa-t-elle. Tu veux venir jeter un œil ?»
Elle hocha légèrement la tête, plutôt soulagée d'avoir trouvé de l'aide. La femme -qui paraissait avoir environ le même âge qu'elle- lui sourit et s'engagea dans le couloir d'en face, ses talons claquant au sol. Braalaka lui emboîta le pas tout en l'observant. Elle n'avait pas remarqué jusque là mais c'était la première fois qu'elle croisait une personne de la gente féminine sur le bateau. C'est vrai que la majorité des équipages pirates contenait plus d'homme.
«- Au fait, qui es-tu ? demanda curieusement l'infirmière.
- Braalaka Eiksen. Et toi ?
- Artie Balt, infirmière de bord. Tu es ici depuis combien de temps ?
Elle hésita à répondre, cette phrase était une piqûre de rappel et elle se sentait mal à chaque fois. Cependant sa vis-à-vis semblait assez amicale et elle choisit d'entretenir la conversation : peut-être que papoter lui apporterait un peu de positivité.
- Ce matin.
La rousse se tourna et la dévisagea avec de gros yeux :
- Hein ? Mais comment ?...
- C'est... assez étrange. Pour l'heure moi même je ne saurais rien expliquer.
L'infirmière l'observait d'un air surpris et Braalaka haussa les épaules en esquissant un sourire un peu gêné. Artie comprit qu'elle n'aurait probablement pas plus d'informations et n'insista pas sur la question, bien qu'elle aurait été curieuse d'en savoir plus. Elle continua son chemin et tenta de changer de sujet :
- Alors je suppose que tu étais perdue tout à l'heure ?
- Oui, j'ai pas encore eu l'occasion de visiter.
- Je vois. On est dans les couloirs de l'infirmerie, informa-t-elle en désignant les portes devant elles. On est passées devant les locaux de matériel et cette partie contient les chambres des patients.
La brune hocha la tête, son regard allant et venant le long des murs pour se repérer.
- A la base je cherchais ce qu'un gars a appelé la "timonerie", c'est bien la salle du cartographe ? demanda la jeune femme en reportant son attention sur la rousse. Elle connaissait peu les termes maritimes, elle en avait simplement lus ou entendus dans des livres et des films sans trop les retenir.
- C'est ça. C'était le couloir de droite, pour te souvenir pense à la première lettre : Timonerie comme Tribord, droite.
- D'accord, merci.»
Elles marchèrent encore un peu avant d'arriver tout au fond de la structure, là où le personnel soignant entreposait les documents, archives, bilans et examens de tous les patients. Ils y avaient également leurs dortoirs, aménagés ici pour faciliter les déplacements et intervenir rapidement. Braalaka avait reconnu, sur le chemin, la porte de la chambre de soins de Barbe Blanche : c'était la seule vraiment démesurée par rapport aux autres. Malgré ce repère elle se sentait toujours égarée et était bien incapable de dire si elle saurait retourner sur le pont sans se perdre.
«- Nous y voilà ! fit Artie en entrant dans le bureau spécifique aux imprimeries papier.»
La salle était rendue étroite par la présence de nombreuses étagères longeant les murs, bondées de classeurs et pochettes de toutes tailles. Seule la paroi du fond restait à nue puisqu'elle comportait un petit hublot qui éclairait tous ces rayonnages. Au centre trônait un bureau dont le plateau était ensevelit sous des monticules de feuilles. Ça et là apparaissaient des stylos qui s'étaient échappés de leur pot plein à craquer. L'objet qui attira immédiatement l'attention de Braalaka fut un appareil ressemblant à une imprimante disposée à une extrémité du meuble. L'infirmière s'engouffra dans la pièce tandis que la brune resta sur le seuil à observer encore un peu : l'ensemble contrastait avec le reste du bateau qu'elle avait déjà vu, on aurait dit un bureau moderne de son monde implanté sur un vaisseau pirate d'apparence rustique. L'atmosphère lui fit même penser à la médiathèque de sa faq qui arborait les mêmes étagères où étaient flanqués des magazines étudiants et des journaux plus ou moins d'actualité que personne ne lisait. Des bruissements se firent entendre lorsque la rousse saisit sans ménagement quelques fiches qui traînaient sur le capot d'imprimante pour les pousser ailleurs. Elle ouvrit l'appareil sous le regard attentif de Braalaka qui s'était avancée pour voir si la technologie était la même que chez elle.
«- ...C'est pas vrai, elles sont infernales à jamais remettre de papier ! grogna soudainement Artie en rabattant le capot de l'appareil.
La brune lui lança un regard interrogateur qu'elle ne remarqua pas tandis qu'elle commençait à farfouiller avec agacement dans les piles de documents sur le bureau. Elle s'arrêta finalement, déclarant forfait :
- Je suis désolée, y a plus de feuilles ici, soupira-t-elle en se tournant vers la brune d'un air penaud. Mais je peux au moins te fournir un stylo.
Elle saisit le pot à crayon et le lui tendit : l'arrivante piocha un critérium avec une petite gomme en embout, qu'elle rangea dans l'une de ses poches après avoir vérifier que le ressort de la mine fonctionnait.
- Merci c'est toujours ça de fait, sourit-elle.
- Au final pour le papier tu vas devoir aller à la timonerie, je peux t'accompagner et en profiter pour refaire les stocks d'ici.»
Note de l'auteur :
Le nom de Rakuyou m'a fait pensé au pokémon Racaillou, ça me déconcentre à chaque fois T-T... Bref, j'espère que vous avez apprécié, n'oubliez pas la ptite review qui fait plaisir ;) biz'
