Braalaka serrait fermement son plateau repas et employait toute sa concentration pour ne rien renverser en marchant à la suite de Barbe Blanche. Ils étaient arrivés au réfectoire à peine avant l'heure d'affluence alors l'endroit ne fourmillait pas encore de monde. Elle regardait autours d'elle avec curiosité. La salle à manger se trouvait sous le pont et faisait à peu près la même envergure, elle était meublée de longues tables et de bancs/chaises. Au bout de cette salle se trouvait l'accès aux cuisines ainsi qu'au cellier, et dans toute la longueur du mur attenant était disposé un grand banquet garnit d'une multitude de plats. L'Empereur avait guidé la jeune femme jusqu'au buffet où ils avaient récupéré leur plateau et il commençait à décorer le sien de quelques bouteilles. Braalaka le regarda faire d'un œil perplexe.
«-... Qu'y a-t-il ?
- Vous vous nourrissez d'alcool ?
Le Yonko laissa échapper un rire caverneux :
- Et ce n'est que l'entrée.»
La brune étira un petit sourire et se demanda comment il pouvait encore tenir debout alors qu'elle l'avait vu boire à chaque moment de la journée. Il se dirigea vers un présentoir un peu plus loin et y attrapa une assiette de sashimis pour accompagner son saké. L'estomac affamé de Braalaka la rappela à l'ordre et elle reporta elle aussi son attention sur la nourriture. Le banquet comportait des spécialités variées comparables à celles dans son monde, comme si on avait regroupé différents terroirs dans un même restaurant. La nourriture dans One Piece n'avait pas l'air différente de celle de la Terre, cela réjouit la jeune femme qui n'eu pas à tergiverser trop longtemps : son choix se porta sur des brochettes de poissons accompagnées d'une poêlée de légumes sautés et de nouilles thaïes. Elle se servit également une énorme tranche de pastèque, son fruit préféré, et une pomme.
Satisfaite de son assiette, elle se détourna des étalages et balaya la salle des yeux pour trouver une place. Il y avait l'embarras du choix, les pirates commençaient seulement à arriver par petits groupes en bavardant joyeusement. Elle jeta un regard à Barbe Blanche qui avait été rejoint par quelques uns de ses fils et semblait impliqué dans une conversation. Elle ne souhaita pas s'en mêler et laissa le Yonko à ses occupations de capitaine, puis elle remarqua une place au fond de la salle, à l'angle d'une grande table juste devant les hublots. Braalaka s'y dirigea au feeling un peu comme pour choisir un siège dans un amphi et y posa son plateau avant de s'asseoir. Elle se munit de ses couverts et s'employa à enrouler les pâtes autours de sa fourchette tout en observant distraitement les gens qui affluaient petit à petit autours d'elle. Même si elle ne reconnaissait personne elle ne trouva pas cela angoissant, tout le monde avait l'air de bonne humeur et ça se ressentait dans l'atmosphère de la pièce. Les places le long des grandes tables finirent par se remplir et un brouhaha confortable s'installa.
...
«- Hé, Braalaka !
La concernée se tourna d'un bloc, sourcils froncés et les crocs plantés dans sa pastèque. Elle posa son regard sur la femme qui venait de l'interpeller et il y eu un petit moment de flottement où elle la dévisagea, puis finalement elle la reconnu :
-... Oh, Artie, tu n'as pas ton uniforme ?
- Eh non, je m'habille en "civile" hors de mes heures de service, histoire d'ôter cette affreuse blouse rose. Je peux m'asseoir vers toi ?
La brune acquiesça d'un geste de la main et l'infirmière s'installa à coté d'elle, souriante.
- Ça va depuis ce matin ?
- Oui, et encore merci pour le coup de pouce.
- Y a pas de quoi.
Braalaka termina sa tranche de pastèque avec appétit puis entama sa pomme :
- Et toi, quoi d'neuf ? mâchonna-t-elle.
- Hum, la journée a été plutôt calme, à part au moment où on s'est rendu compte qu'un des gars alité à l'infirmerie était somnambule. En fait on le trouvait plus dans sa chambre, et le bougre il était... bah...
La rousse s'interrompit en cherchant quelque chose sur son plateau. Elle souleva sa serviette, vérifia sous les bords de son assiettes et derrière son verre :
- Merde j'ai oublié mes couverts ! râla-t-elle.»
Elle se leva aussi vite qu'elle s'était assise et trottina jusqu'à la remise de plateaux pour récupérer couteau et fourchette. La brune sourit et s'affala contre le dossier de sa chaise tout en tendant ses bras en arrière pour s'étirer. Elle jeta un coup d'œil au hublot par dessus son épaule : le crépuscule avait empli le ciel de ses nuances violacée, quelques étoiles fugaces se dessinaient. Braalaka resta immobile à contempler le paysage sans vraiment le voir. "Déjà une journée que je suis ici...", pensa-t-elle. Elle se demanda si sa disparition avait été remarquée dans son monde. Est-ce qu'au moins son existence terrestre avait laissé une trace ? Peut-être que sa téléportation avait effacé toute sa vie. Ses lèvres se pincèrent, l'idée que ses amis ne se souviennent plus d'elle lui fendit le cœur. Non, ils devaient probablement s'inquiéter et la chercher tout comme elle cherchait un moyen de se sortir de là. Elle se rassura en pensant à l'entretient qu'elle devait avoir le lendemain avec Barbe Blanche. Sans doute y trouvera-t-elle une solution. Le raclement d'une chaise sur le parquet la tira de ses pensées. Ses yeux se posèrent sur Artie qui était revenue triomphante et s'était jetée sur son repas, visiblement affamée. La brune émit un faible sourire.
«- Du coup, cette histoire de somnambule ?
-... Ha oui, ch'est vrai ! Ch'en était où ? commença-t-elle à baragouiner la bouche pleine.»
...
La mer était calme, la nuit claire, le vent doux. Une main sur le gouvernail de sa chaloupe, les yeux allant de son log pose à sa carte, un jeune homme naviguait dans un silence religieux. Il replaça son chapeau sur son crâne en dégageant quelques mèches couleur eben.
"Je ne dois rien à personne, pas même à un dieu. C'est ce que signifie être un pirate, non ?"
Et pourtant, le garçon avait une dette. Malgré les avertissements de son père et l'inquiétude de ses camarades, il devait venger son frère.
...
«- Laffitte, t'as trouvé le cap ? croassa Barbe Noire.
- Affirmatif captain, l'île de Drum devrait être à quelques jours d'ici si les vents restent correctes.
- Zehahaha, vous avez entendu les gars ? On accoste bientôt !
Burgess et Van Augur, qui jouaient aux cartes un peu plus loin, tournèrent la tête vers leur capitaine :
- Parfait, il est temps que Burgess prenne une douche, affirma le sniper d'une voix plate.
- Quoi ?! Tu dis qu'je pue ?!
- C'est ce que j'ai dit.
Burgess se leva et se pencha par dessus la table d'un air menaçant. Van Augur l'ignora et recommença à trier ses cartes sans même le regarder.
- Hé, tu crois qu'tu vas t'en tirer comme ça ?! s'énerva l'homme masqué en secouant le meuble.
- Oh, on se calme les gars... Hic ! Ça m'fatigue de vous suturer... Hic ! A chacune de vos conneries, articula Doc Q.
Le médecin de bord voulu ramasser une bouteille qui traînait au pied de son fauteuil mais son propre poids l'emporta et il se laissa choir se le sol.
- Haha ! Il est encore fin rond ! s'esclaffa Burgess.»
Tandis que les deux hommes se détournèrent quelques instants de leur partie pour aider leur camarade à se réinstaller, Laffitte apparut dans la salle et prit un siège vers son capitaine. Il étendit ses jambes en claquant théâtralement ses claquettes contre le plancher puis plaça sa canne violette entre elles pour y appuyer ses mains et son menton.
«- Quel sera le programme ? demanda-t-il en posant son regard de rapace sur Teach.
- On pille, on profite, comme d'habitude. Je veux aussi qu'on cherche si y a des gars avec des têtes qui valent chère.
- Tu comptes chasser quelques primes ?
- Ouais. Déjà on se fera du fric, mais l'objectif c'est de bien se faire voir par la Marine.
- Hoho, alors tu t'es décidé à te rapprocher d'eux ?
- Ouais. J'ai eu des échos comme quoi il y aurait des magouilles du côté d'Alabasta, le gouvernement se méfie de Crocodile. Si c'est vrai et qu'ils le font sauter de son poste c'est l'occasion rêvée, zehaha !»
...
L'aube colora l'horizon de ses rayons matinaux. La lumière s'infiltra dans la chambre de Braalaka par le hublot qu'elle avait laissé ouvert à cet effet et la jeune femme commença lentement à émerger de son sommeil. Après son rituel d'étirements et de baîllements elle se glissa dans son peignoir et se dirigea dans le salon. Par réflexe elle chercha des yeux sa cafetière.
«- Faire une liste des trucs qui manquent dans la cabine... grommela-t-elle.»
Elle continua sa route jusqu'à la salle de bain : objectif débarbouillage et habillage. Elle avait beau être encore un peu dans le gaz, une fois prête elle sortit de ses appartements en vitesse. Ses pas la dirigèrent droit vers les locaux de l'infirmerie où elle parvint plus ou moins à se repérer pour arriver devant la grande porte de la chambre de Barbe Blanche. Elle ne perdit pas plus de temps et toqua trois coups secs, impatiente d'en savoir plus sur le bouquin dont il lui avait parlé. Elle attendit quelques secondes : pas de réponse, ni même de bruissements derrière la porte. La brune fronça les sourcils : il aurait du être réveillé puisque c'était le cas la veille à cette même heure, lorsqu'elle l'avait rencontré. Elle retenta sa chance et le silence persista. Une pointe d'anxiété la saisit et elle se risqua à coller une oreille contre la porte. Aucun ronflement. Elle ne perçut pas même les vrombissements et cliquetis des appareils médicaux. Elle tiqua :
«-... Ah, merde...»
L'Empereur séjournait parfois à l'infirmerie pour les soins, mais ça ne devait pas être sa cabine personnelle. La jeune femme se traita d'idiote pour ne pas avoir pensé à lui demander où le retrouver. Elle s'apprêta à repartir en trombe, prête à cavaler dans l'intégralité du bateau, mais son regard fut attiré par un petit post-it collé vers la poignée de porte qu'elle n'avait pas remarqué en arrivant. Elle le décrocha :
"Mauvais étage. Ressors, contourne les locaux et descend l'escalier à l'extrémité poupe du bateau. Edward Newgate. "
Braalaka soupira de soulagement.
...
Note de l'auteure :
J'espère que le chapitre vous a plu :D. N'hésitez pas à me laisser un ptit commentaire, biz' !
