La grande porte en bois massif décorée de fins ornements métalliques s'ouvrit et Barbe Blanche apparut dans l'encadrement.

«- Bonjour.

- Bonjour, haleta-t-elle en reprenant son souffle -car elle avait couru par peur d'être en retard-.

Il se décala et l'invita à entrer d'un geste de la main. La brune s'exécuta et découvrit une salle aux allures de salon-bibliothèque. Toute la longueur du mur du fond arborait de grandes fenêtres aux cadrans en bois, des rideaux noirs opaques en recouvraient quelques une pour tamiser les rayons solaires. Entre chaque fenêtre se dressaient d'imposantes étagères débordantes de livres, manuscrits, cartes et autres objets du plus grand intérêt.

- Tu veux boire quelque chose ? demanda l'Empereur en refermant la porte derrière eux.

- Hmm... Vous avez du café ?

- Oui. Le livre est sur la table basse, tu peux t'installer.»

Au centre de la pièce était disposée ladite table entourée d'un ensemble de fauteuils de teinte grenat. Excepté ce mobilier, quelques tableaux aux murs et un secrétaire juxtaposé à une fenêtre la décoration était sobre, donnant au salon une atmosphère spacieuse et de la place pour y circuler. Tandis que le Yonko se dirigea vers une porte à l'extrémité gauche de la salle Braalaka s'approcha nerveusement du plateau en bois. Le bouquin qu'elle découvrit était fin, à peine plus épais qu'un livre de poche. Il semblait ancien à en juger par la teinte délavée du cuir, l'usure des dorures et les coutures de la cote légèrement effilochées. La jeune femme saisit délicatement l'ouvrage en s'asseyant dans un fauteuil puis commença à l'inspecter avec minutie, les mains tremblantes. Elle le tourna entre ses doigts à la recherche d'un titre ou d'une signature mais aucune information n'était lisible sur les couvertures et le dos du livre. Le sifflement crescendo d'une cafetière en ébullition se fit entendre depuis la pièce d'à côté. La brune se décida à ouvrir le livre et retint son souffle en découvrant la première page jaunie par le temps :

«-..."Giornale di bordo... 1492-1493" ?»

Elle fronça les sourcils. Seuls ces mots étaient inscrits en plein milieu de la feuille et cela ressemblait fortement à de l'Italien de son monde pour le peu qu'elle en connaissait. Les pages suivantes comportaient des lignes en même langue et Braalaka préféra feuilleter l'ouvrage en entier avant de s'atteler à la lecture. Par moment il y avait des croquis devant les paragraphes et bien que certains étaient effacés ou raturés elle pu reconnaître des plantes, animaux, objets... Comme l'ouvrage n'était pas épais elle arriva vite au bout et découvrit que l'entièreté de la dernière double page était une ébauche de carte. Elle farfouilla dans sa poche de treillis et sortit la sienne pour comparer avec.

«- Ce serait... Nan, c'est pas possible... murmura-t-elle en continuant son examen.»

Barbe Blanche revint calmement dans le salon, un mug dans une main et une chope dans l'autre. Il contourna le canapé où était installée la jeune femme pour déposer la tasse devant elle, le tintement cristallin de la vaisselle sur le bois la fit sursauter et elle leva les yeux vers lui. Son teint était blafard. Elle gratifia le Yonko d'un sourire et laissa quelques instants de côté l'ouvrage pour saisir la boisson entre ses deux mains et la porter à ses lèvres.

«- Alors ? questionna l'Empereur en s'asseyant dans le fauteuil en face du sien.

Elle prit son temps pour ne pas se brûler avec sa gorgée de café.

- Eh bien... Si je ne me trompe pas il s'agit d'un carnet, et c'est une... pièce historique qui vient de mon monde.

- Tu as pu le déchiffrer ?

- Non, juste quelques mots, je n'ai pas appris l'italien.

Barbe Blanche arqua un sourcil. La brune glissa son planisphère au centre de la table et posa l'index sur La Botte.

- C'est ce pays. Celui qui a rédigé ça en était originaire, il s'appelait Christophe Colomb.

Pour illustrer son propos elle feuilleta le carnet pour retrouver un paragraphe comprenant une liste de noms et désigna celui de "Cristoforo Colombo".

- Comment avez-vous eu ce livre ? demanda-t-elle tout en tournant une autre page.

- Il me semble qu'il était dans une malle avec des instruments de navigation qu'on avait trouvé abandonnée sur une plage, expliqua-t-il. Personne n'a su transcrire cette langue et les croquis ne montraient rien dont nous ayons connaissance. Dans le doute je l'ai conservé et il s'est fait oublier parmi les autres dans mes bibliothèques.

- D'accord, heureusement que vous l'avez gardé... Ça provient indéniablement de mon monde, mais ça n'explique pas comment il s'est retrouvé là. Avez-vous remarqué d'autres choses en le trouvant ?

- Non, il n'y avait rien de particulier à relever.»

Les lèvres de Braalaka se pincèrent et elle replongea dans sa contemplation du carnet en pianotant des doigts sur sa tasse. Maintenant elle avait la preuve que le processus de téléportation avait déjà eu lieu, elle n'était pas le seul "cas" à qui c'était arrivé. Elle eu une pensée pour les mystères de son monde, peut-être que les objets dont les archéologues ne parvenaient pas à fixer l'origine et l'usage provenaient d'autres univers ? Les phénomènes inexplicables illustraient peut-être des mécanismes semblables à ceux qui l'avaient embarquée dans cette situation ? La jeune femme n'en savait diablement rien et cela l'agaça. Elle avala une lampée de café. Tout ce qu'elle constatait c'est que le bouquin qui était apparut dans One Piece y demeurait encore. Y avait-il seulement un processus inverse pour retourner dans le monde d'origine ? Elle abandonna sa tasse vide sur la table puis se massa nerveusement l'arrête du nez en se penchant sur l'ouvrage pour le feuilleter à nouveau. Il n'y avait rien de spécial ni de révélateur, juste les notes quotidiennes de l'explorateur, ses croquis représentant la faune et la flore locale, les portraits des populations autochtones et leurs coutumes, les comptes des marchandises ainsi que sa cartographie des terres visitées.

«- Je... Je ne vois rien qui pourrait m'aider à comprendre comment repartir, soupira-t-elle.

- Je crains de ne pas être d'un grand secours, je n'ai pas plus de connaissances que toi sur le sujet.

Elle se tassa au fond de son siège, dépitée. L'Empereur lui adressa un regard compréhensif et termina sa chope d'une traite.

- Je t'en ressers un ?

- Volontiers.

Il récupéra les deux récipients et se leva, sans manquer de surprendre le regard pantois de Braalaka fixé sur lui. Il arqua un sourcil.

- Je t'effraie ?

- H-hein ? Non non ! J-je... C'est juste que c'est assez impressionnant...

- Quoi donc ?

- ...Votre... stature. Dans mon monde le record est de 2m72, si je me souviens bien...

Il la détailla de la tête aux pieds.

- Alors vous êtes tous hauts comme trois pommes ?

- Seriez-vous en train d'insinuer que j'ai la prestance d'un tas de fruits ? plaisanta-t-elle en mimant un rictus offusqué.

- Gurarara ! »

L'Empereur s'éclipsa, la jeune femme étira un sourire et s'adossa à son aise en récupérant le carnet qu'elle ouvrit à la première page. Elle tâcha de reprendre depuis le début en s'attardant sur les lignes pour transcrire ce qu'elle pouvait d'italien, bien que cela n'eut pas été très fructueux. Après tout il serait dommage d'abandonner aussi facilement l'étude d'une telle archive, le simple caractère historique de ces notes valait le coup d'œil, même si elle n'y trouvait pas les réponses aux questions qui la préoccupaient.

...

«- Les derniers résultats sont sortis ? demanda Marco en entrant précipitamment dans l'imprimerie de l'infirmerie.

- Oh, ne déboule pas comme ça, j'ai failli faire un arrêt ! le houspilla une soignante postée derrière le bureau surchargé.

Elle leva un bras par-dessus la pile de paperasse qui la dissimulait à moitié et pointa du doigt un classeur qui dépassait d'une étagère plus loin. Le phœnix la remercia à la volée se précipita pour saisir l'ouvrage. Il fouilla dans sa poche et en sortit ses lunettes qu'il disposa rapidement sur son nez et commença à feuilleter les documents, le visage figé en une expression sérieuse.

- Merde, ça s'est encore dégradé... grommela-t-il en inspectant des lignes graphiques.»

...

«- Pourrais-tu m'en raconter davantage sur ce carnet ? demanda Barbe Blanche en revenant deux mugs à la main.

- Bien sûr. Merci.

Braalaka se redressa dans son fauteuil pour accepter la tasse de café que l'Empereur lui tendait et elle haussa un sourcil en remarquant que la sienne relâchait également une petite fumée volatile à sa surface.

- Pas d'alcool ? fit-elle étonnée.

Il haussa les épaules et porta son café à ses lèvres en s'asseyant.

- C'est rare mais ça arrive. Tu as dit que c'est une pièce historique ? reprit-il en désignant le livret.

- Oui. Ça date de la période qu'on nomme "les grandes découvertes", c'est à dire du XVem au XVIIem siècle. Pour vous situer, hier encore j'étais dans mon quotidien d'étudiante du XXIem siècle, alors ça fait un bout de temps que l'histoire s'est déroulée.

La jeune femme déplia à nouveau son planisphère et y superposa le carnet. Yonko l'observa silencieusement, en attente de la suite.

- L'auteur du carnet était un européen, expliqua-t-elle en cerclant le continent du bout des doigts. Le monde connu des européens se limitait à quelques continents, donc ils ignoraient l'existence de tout le reste. Le gros bloc là c'est le continent américain, dessina-t-elle à nouveau, et la période des "grandes découvertes" commence au moment où ces peuples occidentaux ont accostés en Amérique.

- Il y a énormément de surfaces terrestre dans ton monde, remarqua-t-il.

- C'est vrai que comparé à vos océans les nôtres ne paraissent pas très denses.

- Et ils n'ont jamais essayé d'y naviguer ?

- En fait à cette époque ils débattaient pour savoir si la Terre était plate ou ronde et la majorité pensait que l'océan prenait fin dans le vide. Mais Christophe Colomb soutenait la théorie de la Terre ronde et...

Quelques coups retentirent contre la porte de la cabine, la jeune femme s'interrompit et lança un regard à l'Empereur. Il se leva en lui adressant un geste de la main pour l'inviter à rester assise et ne pas se déranger. Le grand homme pressa la poignée et la porte s'ouvrit sur un Marco à l'air passablement inquiet. Il portait un classeur sous le bras.

- Le vieux, je voudrais te parler de tes examens.

Barbe Blanche soupira légèrement.

- Entre donc, accorda-t-il.»

...

Ace farfouilla dans son sac et en sortit les primes des hommes qu'il traquait depuis son départ du Moby Dick. Il poussa les portes à battants d'un bar et s'y engouffra, une odeur mélangeant alcool, sueur et tabac lui assaillit les narines tandis qu'il plissa les paupières pour s'acclimater au faible éclairage prodigué par des lampes à huile crasseuses suspendues aux murs. Il distingua plusieurs pirates attablés ça et là, d'autres alignés devant le bar. Le jeune homme se dirigea vers un groupe bruyant qui semblait bien animé par la boisson.

«- Excusez moi messieurs, les interpella-t-il en posant une main sur leur table.

Tous se turent et dévisagèrent le nouveau venu d'un air mauvais.

- T'veux quoi gamin ? cracha un pirate au cheveux grisonnants d'un ton bourru.

Ace déposa les affiches de primes devant lui.

- Je cherche ces gars, vous les auriez pas vu ? demanda-t-il en souriant narquoisement devant l'agressivité manifeste de l'autre homme.

Quelques uns parurent réfléchirent puisque leurs traits se déformèrent sous l'effort et d'autres se lancèrent des regards interloqués.

- Nan on les connais po', fout l'camp maintenant ! s'agaça le poivre-et-sel sans même se pencher sur les papiers.

- Allez, faites un effort.

Le second commandant des pirates de Barbe Blanche tapota une petite sacoche de cuir ficelée à sa ceinture, le tintement distinctif de pièces qui s'entrechoque en sortit.

- Mais attendez, c'est pas c'te type qu'avait provoqué une baston l'autre fois, là ? lança un gringalet de l'autre bout de la table.

- Ah, t'as p't-être bien raison ! acquiesça un autre.

Le vieux pirate grommela et daigna jeter un coup d'œil aux visages sur les primes.

- Ouais, c'mec là, confirma-t-il en pointa du doigt l'affiche de Burgess.

Ace sortit une pièce dorée de sa bourse et l'envoya sur la table d'un claquement de pouce. Elle tourna sur elle même quelques instant avant que l'homme grisonnant ne la fauche avidement.

- Vous avez d'autres infos ?»

Il haussa les épaules avec mépris. Ace comprit qu'il n'en tirerait plus rien et remballa ses feuilles pour aller interroger le reste des mécréants du coin à la recherche d'indications pour pister l'équipage de Barbe Noire.


Note de l'auteur : Hello mes ptits lecteurs, j'espère que le chapitre vous a plu :D ! Je tiens à remercier tous ceux qui ont follow ou mis la fic en favori, ça me fais très plaisir, et surtout un gros bisou à ceux qui ont pris le temps de me laisser une review, je vous aime 3!