«- Le vieux, c'est quand même alarmant Yoi !
Braalaka trempa ses lèvres dans son café en suivant silencieusement la conversation qui se tenait plus loin dans la pièce, recroquevillée dans son fauteuil sans trop savoir où se mettre.
- Ça fait longtemps que tes bilans n'ont pas été aussi instables, continua le phœnix.
Le Yonko consulta rapidement les fiches qu'il lui tendait, son expression impassible ne laissa pas deviner son intériorité. Il posa une main paternelle derrière l'épaule de son fils pour le conduire jusqu'aux sofas.
- J'apprécie ta sollicitude, pourtant tu sais que ce genre de crises peut arriver.
- Elles ont rarement duré aussi longtemps et ça ne va pas en s'arrangeant, insista-t-il en s'asseyant sans vraiment remarquer Braalaka.
- Que veux-tu ? Le temps n'est pas connu pour ses effets bienfaiteur, et il faut dire que je ne suis plus du premier âge, plaisanta l'Empereur.
- Il n'y a rien de drôle !... On peut peut-être trouver un moyen de minimiser les dégâts ? Faire des recherches et...
Barbe Blanche lui intima le silence d'un signe de la main.
- On en a déjà parlé Marco, je ne compte pas me promener avec un attirail médical jours et nuits.
Le phœnix se renfrogna, les traits raidis d'anxiété, et s'apprêta à rétorquer de nouveau mais son capitaine lui coupa l'herbe sous le pied.
- Cependant, si les bilans ne remontent pas d'ici l'amarrage à Hand Island on ira faire des examens plus poussés là-bas, accorda-t-il.
- Mais... Hmpf, ok.»
Marco soupira comme pour annoncer sa reddition. Même s'il savait qu'il n'obtiendrait pas davantage ce compromis le tranquillisa quelque peu, bien qu'il fut loin d'être serein sur l'état de santé de son Père. Celui-ci lui adressa un sourire bienveillant. Il le lui rendit et son échine à présent moins crispée alla rencontrer le dossier du fauteuil pour lui permettre de s'installer plus confortablement. Au même moment ses yeux se posèrent sur la jeune femme assise de l'autre côté de la table et il réalisa seulement sa présence. Elle tenait un bouquin ouvert sur ses genoux et semblait concentrée à en observer les détails, il y avait également un parchemin étalé sur le meuble qu'il ne parvint pas à identifier à première vu. La brune interrompit alors sa lecture et releva le nez des pages pour le saluer d'un hochement de tête. La méfiance du phœnix resurgit immédiatement et il fut tenté de la questionner sur sa présence ici, cependant la curiosité l'emporta et il ne pu s'empêcher de promener son regard d'un ouvrage à l'autre.
«-... Qu'est-ce que c'est ? finit-il par demander.
- Un planisphère.
Un raclement résonna sur le parquet tandis que Barbe Blanche tira un fauteuil à lui pour reprendre place à la tablée.
- Ça ne te déranges pas de continuer ton histoire en présence de Marco ?
- Non, du tout. J'en étais à où déjà ?
- La Terre ronde et la navigation.
- Ah, oui ! Donc, comme Colomb supportait la théorie de la Terre ronde il voulait diriger un voyage pour rejoindre les Indes en traversant l'Atlantique.
Braalaka se pencha à nouveau sur la carte et traça du doigt l'itinéraire dont elle parlait. Marco fronça les sourcils mais garda le silence, préférant suivre attentivement ce qu'il se passait.
- Il a réussi à convaincre la reine d'Espagne de financer son expédition, il est partit de là-bas avec trois bateaux. Après quelques péripéties ils ont accosté, mais personne ne savait qu'il y a avait un continent sur le chemin et à défaut d'arriver en Inde ils ont trouvé les Caraïbes.
Elle saisit le livre et le glissa au centre de la table.
- Voilà, ce carnet que avez trouvé était le journal de bord de Colomb lors de sa première expédition.
- Eh bien, je n'aurais jamais pensé que mes étagères contenaient un bouquin pareil. Ton monde a l'air très intéressant.
- Oui, il l'est.»
La brune sourit faiblement. Le premier commandant se pencha pour poser une question et au même instant quelques coups secs toqués contre la porte firent éclater la sorte de bulle temporelle qui s'était formée autours du groupe et tous furent rappelé à la réalité du Moby Dick.
«- Tout le monde s'est donné rendez-vous devant ma porte visiblement.
Le Yonko se leva encore une fois pour aller ouvrir au nouvel arrivant et ce fut au tour d'Izo d'apparaître dans l'entrebâillement, ses lèvres pincées rendaient son maquillage sévère, voir contrarié.
- Père tu dois venir arbitrer un match.
Il roula des yeux d'un air désabusé.
- Qu'est-ce qu'il se passe encore ?
- Curiel triche, il nous faut un juré impartial.
- Bon...»
Marco parut amusé tandis que Braalaka les dévisageait à tours de rôle sourcils froncés afin de saisir l'objet de la conversation. Après avoir adressé un regard à son petit comité pour excuser son absence l'empereur s'engagea dans le couloir à la suite d'Izo et referma la porte derrière lui. Le silence enveloppa la salle comme un voile invisible et les deux occupants restant se regardèrent dans le blanc des yeux pendant quelques instants.
«- Tu n'es pas d'ici n'est-ce pas ?
Le ton du phoenix laissa entendre une affirmation plutôt qu'une question, la jeune femme n'y répondit pas. Il désigna le parchemin d'un hochement de tête.
- C'est pour ça que tu es sortie de nul part… Cette carte ne montre rien que je connaisse.
Il darda un regard empreint à la fois de curiosité et de suspicion sur la brune, qui ne parut pas intimidée le moins du monde.
- C'est exacte. Ma terre natale s'appelle la Norvège, juste là, et ici c'est la France, le pays où je vis… Vivais ? Bref…
Marco afficha un rictus tiraillé par la réflexion et commença à mordiller l'ongle de son index tout en passant son pouce sous son menton pour le soutenir. Il laissa son dos se réappuyer mollement au fond du siège.
- Alors c'était vrai…
- De quoi?
- Quand tu disais ne pas être là volontairement.
- Ouais.
-… C'est complètement fou.
Il passa une main évasive dans ses cheveux pour trifouiller quelques mèches en observant toujours les manuscrits avec de grands yeux ronds. Braalaka saisit le carnet pour le déposer à côté de la carte.
- Ça vient de mon monde, reprécisa-t-elle. Par tout hasard, saurais-tu expliquer le phénomène?
- ...C'est la première fois que j'entends parler de toute cette histoire, reconnu-t-il.»
La jeune femme haussa les épaules et porta sa tasse de café à ses lèvres, jugeant qu'elle ne devait pas le laisser refroidir. Le cruel manque d'informations commençait à lui miner le moral, elle tourna la tête et fixa l'océan par la grande fenêtre pour laisser son esprit s'aérer un peu. Marco tendit la main vers la carte et la rapprocha en la faisant glisser du bout des doigts, lui aussi complètement hapé par ses pensées. Le silence se réinstalla, chacun s'était enveloppé dans sa propre intériorité. Cette accalmie aurait pu durer longtemps si le navire n'avait pas été ballotté par quelques vagues plus puissantes que celles qui parcouraient l'océan usuellement. Braalaka fronça les sourcils et réajusta sa posture, Marco ne réagit pas plus que ça, habitué aux aléas des courants marins. Une seconde secousse, puis une autre, encore plus taquine que les précédentes. On entendit même le remous tapageur de l'eau contre la coque du bateau.
« Heu, ça tangue beaucoup non? s'inquiéta la jeune femme.»
Elle n'eut pas le temps de poser davantage de questions qu'un fracas inouï fit vibrer l'air : un éclair fendit l'horizon et le temps se couvrit presque immédiatement sous le regard stupéfait de la brune qui regardait toujours par la fenêtre. Il y eu un fulgurant enchaînement d'autres zébrures et le tonnerre gronda à en faire trembler la mer qui, en réponse à la fureur du ciel, s'agita dans la même colère. Une lame de fond remonta des gouffres et percuta violemment tout le côté poupe du navire, qui se souleva et piaffa brutalement avant de retomber aussitôt dans le tumulte. Braalaka retint un cris et s'accrocha aux accoudoirs de son fauteuil comme un chat à un rideau, les yeux ronds.
« C'est quoi ce merdier ?! s'époumona-t-elle, plus de peur que pour se faire entendre par dessus le tonnerre.
- Bienvenu dans le nouveau monde !»
Marco rattrapa la tasse qui roulait d'un bout à l'autre de la table à l'image exacte du navire bourlingué par les vagues et, pour ne plus qu'elle ne bouge, la cala à la jointure du dossier et de l'assise de son siège. La jeune femme l'imita et mit en sécurité le carnet sur son fauteuil respectif puis récupéra sa carte, qu'elle essaya de plier à une main en gardant l'autre fermement cramponnée à l'accoudoir. Il lui fallu quelques tentatives empressées pour parvenir à la ranger dans sa poche tant les flots hargneux lui compliquaient la tâche.
« Je dois aller superviser la navigation ! tonna le phœnix. Tu ferais mieux de retourner dans ta cabine.»
Il se leva et parvient aisément à atteindre la porte. Il avait une démarche assurée, il n'hésitait pas sur le timing de ses pas. Une démarche de marin rôdé, de 'vieux loup de mer' qui savait s'adapter à la houle furibonde qui secoue les bateaux lors des tempêtes. En revanche Braalaka n'était pas de cette veine là, les tressauts approximatives qu'elle effectuait pour essayer de se tenir debout l'apparentait plutôt au poisson qui se débat sur la rive. Elle parvint néanmoins à trouver un semblant d'équilibre et s'empressa de suivre le premier commandant qui était déjà dans le couloir. Au grondement des éclairs s'ajouta le tambourinement d'une pluie diluvienne qu'ils entendaient fouetter les flancs du bateau et s'abattre sur le pont. La brune s'accrocha à la porte tout en la refermant derrière elle. Elle resta agrippée à la poignée le temps qu'une nouvelle secousse passe et repris sa laborieuse marche à la suite de Marco. Ils arrivèrent au bas de l'escalier menant aux appartements de Barbe Blanche et elle blêmit devant toutes les marches à braver. Évidement il n'y avait pas de rampe. Elle maugréa en entamant l'escalade, un bras appuyé contre le mur, l'autre tendu le long de son corps en quête d'équilibre, les jambes fléchies et le pas prudent. Elle eu à peine terminé son ascension qu'elle faillit se faire souffler par une rafale accompagnée de trombes d'eau glacées. Le phœnix émergea de l'escalier en même temps et protégea son visage des bourrasques en plaçant ses avant-bras de chaque côté. Il faillit entrer en collision avec un pirate qui s'agitait là, derrière d'un groupe d'autres qui tiraient sur des cordages pour retrousser les voiles du mât d'artimon. Il leur brailla quelques instructions et reprit immédiatement sa route en prenant soin de bien longer les locaux pour éviter de trop s'approcher des rambardes par-dessus lesquelles de grandes gerbes d'eau surgissaient. L'atmosphère rendue grise opaque par la pluie battante empêchait de voir distinctement à une certaine distance et il se retourna pour vérifier que Braalaka le suivait toujours. Elle le précédait de quelques pas et gesticulait toujours pour avancer, les traits pétrifiés, le teint blafard. Trop blafard.
« Ah nan, pas sur le pont ! houspilla Marco.
Il lui saisit le poignet et reprit sa course en la trainant derrière lui sans ménagement. En temps normal la brune lui aurait collé une droite en représailles mais elle ne se plaignit pas, elle était trop concentrée à retenir ses haut-le-cœur pour ça. Ils parcoururent la longueur des locaux ainsi, le blond ouvrant le chemin et elle employant toute son énergie à garder son équilibre en s'appuyant maladroitement à chaque foulée. Au final on ne saurait dire qui tirait sur le bras de qui.
- Va à l'infirmerie, elles te donneront de la menthe poivrée !»
Il reprit aussitôt sa cavalcade et s'éloigna sur le pont, sa silhouette s'atténua à chaque pas, enveloppée par les rebonds de la pluie et l'épaisse noirceur que la tempête produisait dans l'air. Braalaka, qui comptais justement trouver une bassine, un sac, un récipient quelconque, fonça de son côté et réussit à se mettre à l'abris dans le corridor de l'infirmerie. Elle lutta pour progresser sans se laisser déséquilibrer par les remous du bateau. Elle parvint à tituber sur quelques longueurs des couloirs en direction des bureaux qu'Artie lui avait fait visité la veille, et fort heureusement pour elle elle croisa des soignantes qui s'afféraient à préparer des sales de soins pour ceux qui seraient blessés à l'issu de la tempête. L'une d'elles qui vadrouillait de portes en portes accosta la brune en l'apercevant.
« Qu'est-ce qu'y t'arrive ? questionna-t-elle tout en posant une main sur son épaule pour la guider dans la salle la plus proche.
- ...Nausées... articula la jeune femme dont le teint était devenu verdâtre.
- Assieds-toi là, essaie de respirer.
L'infirmière la laissa et trottina jusqu'à un disparaître derrière un paravent plus loin au fond de la pièce. Dans bruits d'outils déplacés et d'emballages remués se firent entendre. Braalaka se laissa tomber mollement sur un lit de soins, contente de ne plus avoir à gérer son oreille interne complètement détraquée par les roulis des vagues. Elle avait l'impression d'être un petit flocon prisonnier d'une boule à neige entre les mains d'un enfant, ou encore une chaussette dans une machine à laver. Elle se stabilisa en position assise à l'extrémité du sommier et tenta de retrouver un souffle normal, une main serrée sur le bord du matelas, l'autre plaquée sur ses yeux pour ne plus voir le sol changer d'inclinaison au gré des tumultes. Bien que ses jambes étaient soulagées de son poids elle n'en restait pas moins déséquilibrée, c'était une étrange sensation que de se sentir flageolante tout en étant assise.
- Tiens, plaque ça sur ton nez, dit l'infirmière en revenant.
Elle tendit un tissu imprégné d'huile essentielle de menthe poivrée que la jeune femme s'empressa de saisir et de se coller sous les narines. Elle inspira profondément, l'odeur typique de la plante lui embauma le nez au point qu'elle ne sentit plus que ça, cet arôme mentholé qui rend les inspirations glacées et les expiration plus tièdes.
- Merci, lança-t-elle à la soignante qui repartait déjà.»
Braalaka s'allongea prudemment sur le sommier, ferma les yeux et reprit ses exercices de respiration le chiffon bien plaqué au visage. En plus de la nausée elle sentait poindre une migraine qui s'intensifiait à chaque secousse brutale du navire. Elle soupira et tenta de se concentrer sur son ouïe pour oublier un peu les désagréables torsions de son estomac. Elle entendait les claquements de talons des infirmières partout dans la salle, le râle d'un pirate qu'elle devina dans la même situation qu'elle, quelques matelas à sa droite. Toujours les grondements des eaux et du tonnerre qui couvraient les éclats de voix de l'équipage en pleine lutte contre l'océan. Un choc dans le couloir, un juron étouffé : quelqu'un avait dû rencontrer un mur. La brune se demanda combien de temps allait durer cet enfer et espéra que la tempête allait passer aussi rapidement qu'elle était arrivée.
...
Note de l'auteur :
Oyez oyez braves lecteurs, j'ai un truc à vous annoncer : je prévois de dessiner quelques scènes de la fic. Bon, je ne suis ni illustratrice ni graphiste, mais j'vais faire de mon mieux ! Ouais ouais je vous tease XD ! Si j'arrive à faire quelque chose de cette idée je vous tiendrai au courant, sachez qu'en parallèle de ce site je poste aussi sur wattpad, vous pouvez y retrouver la fic, et c'est là bas que je vais uploade des croquis si ça se fait.
Voilà, c'est tout pour moi :D Un grand merci d'avoir lu, j'espère que ça vous plait. Dédicace à ceux qui follow, mettent en fav et prennent le temps de m'écrire un ptit truc, ça me fais très plaisir 3 bizou !
