« Qu'est-ce que tu fais? s'amusa Braalaka en voyant Artie trottiner vers elle en retenant difficilement son panier bien plus large que ses bras.
- On va récolter des plantes. Tu veux venir ? proposa-t-elle.»
La brune hésita, il lui restait encore à visiter la deuxième librairie et interroger les habitants, mais le séjour ne faisait que débuter. Elle examina le petit groupe de pirates et d'infirmières qui attendaient leur collègue un peu plus loin en bavardant.
« Hmmm… C'est d'accord.
- Allez viens, sourit-elle, qu'on fasse les équipes.
- Les équipe ?
- Ce sera plus rentable si on cherche par groupes, du coup ils ont eu l'idée de faire un concours… Xaï, on est pile assez pour faire des trios !
- Parfait, répondit une soignante aux cheveux teintés bleu nuit, on va pouvoir commencer alors.»
Sans vraiment avoir besoin de se concerter ils formèrent immédiatement de petits groupuscules par affinités. Un homme assez massif vêtu d'un ensemble sombre se tourna vers les deux jeunes femmes, la partie haute de son visage était dissimulée sous des lunettes carrées opaques qui contrastaient avec l'argent des cheveux qui encadraient son visage. Il sourit et se dirigea vers elles.
« Oh non, pas lui ! souffla Artie expressément fort pour qu'il l'entende.
Il mima une grimace offensée.
- Je te présente Morau, le gars qui a passé le plus de temps à l'infirmerie de tout l'équipage.
- Elle exagère ! ria-t-il. Enchanté.
- Braalaka, enchantée.
Il tendit la main à la brune qui la saisit avec amusement pendant qu'Artie commençait à farfouiller dans son panier de plantes arrangées par paquets ficelés.
- Alors, voilà le topo : On a fait une liste des herbes qui commencent à manquer, ici il y a des exemplaires séchés pour être sûr de l'identification.
Elle tira du panier plusieurs sacs en toile et des petites bobines de fil.
- Prenez-en, vous pourrez attacher les plantes entre elles. Pour les feuilles et les fleurs vous les mettrez dans les sacs, ça évitera de tout éparpiller.
- Ça marche.
- Bon, pour où on commence ? s'enquit Morau.
L'infirmière leva la tête pour distinguer les reliefs du paysage au loin par-dessus les toits de la ville.
- Par là-bas c'est montagne et les bois, du coup de l'autre côté c'est sûrement plus plat et dégagé…Ce serait parfait de faire le tour de l'île, on trouvera pas les mêmes espèces aux deux coins. Des préférences ?
L'argenté haussa les épaules.
- Hm, peut-être la forêt en premier ? Le soleil va commencer à taper fort, on sera mieux à l'ombre non ? proposa la brune.
- Pas bête, va pour la montagne !
Le trio se mit en marche et traversa la rue pavée, Artie en tête, en direction de mont aux formes atténuées par le lointain. Un petit rythme de marche s'imposa, composé par le claquement des bottes de Braalaka et le frottement du panier de la rousse contre sa jambe lorsqu'elle avançait.
- Tu t'en sort ? Je peux le prendre si tu veux, taquina l'argenté.
- N'y pense même pas, la dernière fois que je t'ai relayé un truc tu as trébuché dessus.
- Certes...
Le pirate se massa l'arrière du crâne d'un air penaud, elles rirent. Après quelques instants le regard de Braalaka alla du panier à la liste illustrée de croquis qu'elle avait gardé en main.
- Je suppose que c'est une collecte pour l'infirmerie ?
- Oui, il y a beaucoup de traitements qu'on peut faire nous-mêmes. Parfois on trouve aussi des herbes aromatiques, on les ramènera aux cuistots ils seront contents.
- Ok !».
…
Teach traversa pensivement le couloir qui reliait les différentes pièces de la cale de son navire. Il passa une porte qu'il ferma du bout du pied tandis qu'il frottait ses mains dans un chiffon tâché de nuances plus ou moins rougeâtres. Il constata la décrépitude du tissu et le jeta dans une poubelle au coin du bureau central de la pièce. L'endroit était à moitié plongé dans la pénombre à cause de l'absence de fenêtres. Seules des lampes à huiles disposées sur le mobilier émettaient de petits halos qui se réverbéraient sur les murs en bois d'aspect cireux. Contre le mur du fond s'étalait une vieille étagère, le pirate observa un rayonnage composé d'une suite de petits carnets semblables et il s'empara du dernier avant de s'affaler sur la chaise de bureau. Plume en main, il commença à griffonner :
'Test 8 ;
Sujet masculin ;
Fruit du démon : Hana-hana no mi ;
Bilan de l'expérience de retrait : Mêmes conclusions que le test précédent. Il semblerait que l'essence du fruit du démon ne soit détectable qu'après la mort du sujet, avant ça il ne fait qu'un avec l'hôte. On peut supposer que lorsque l'hôte meurt et que le pouvoir est visible cela correspond à la ré-matérialisation du fruit…'
Des coups toqués à la porte interrompirent Barbe Noire dans sa rédaction, il suspendit son geste.
« T'as finit avec le corps ? demanda Doc Q en passant la tête dans l'entrebâillement.
- Ouais, tu peux l'examiner.
- Ok, rien de…
Une quinte de toux le fit s'arc-bouter. Il tira un mouchoir de sa poche et essuya la goutte qui lui pendait au nez.
- Rien de nouveau ? reprit-il.
- Hm, ça stagne. Il va falloir que je m'entraîne pour que ça progresse.
- Je vois, je vois…».
Le médecin de bord referma doucement la porte et ses pas titubants s'éloignèrent peu à peu. Le capitaine reprit sa rédaction là où la plume arrêtée avait laissé une tâche noire.
L'heure passa, il se rendit sur le pont où Laffitte tenait le gouvernail, ses grands yeux toujours largement ouverts scrutaient l'horizon avec une fixité dérangeante. Il anticipa la question de son capitaine :
« On s'approche de Tsuri-Banku, aux dernières nouvelles il n'y a pas de bastion de la Marine là-bas.
- C'est pas plus mal, on va encore accumuler quelques primes avant d'aller négocier, ce sera plus engageant. Ce soir réunion, on va superviser la prise de contact.
- C'est noté.
- Au fait, je commence à manquer de cobayes, je te confie le repérage comme d'habitude.»
…
Braalaka jeta un coup d'œil au soleil qui déclinait derrière le pic de la montagne, à l'opposé de l'île. Ils avaient passés la journée à arpenter les sentiers à la recherche des fameuses plantes et la jeune femme s'était découvert un intérêt pour toute cette discipline botanique. Les sacs bien remplis, le trio marchait distraitement le long d'un cours d'eau en direction de la ville. L'itinéraire était presque bouclé et la luminosité permettait de moins en moins l'identification des plantes, pourtant ils marquaient parfois des pauses pour examiner la berge clairsemée. Morau pointa du doigt un amas de longues tiges rigides :
« Et là-bas vers les roseaux, c'en est pas ?
La brune qui était la plus proche de l'endroit se pencha sur les herbes :
- Je pense pas, les feuilles sont trop pointues…
- C'est fou de ne pas trouver de menthe poivrée, souffla Artie. C'est plutôt commun pourtant…
- Peut-être que d'autres groupes on déjà tout ramassé ?
- Si c'est le cas ça va barder, on ne doit pas tout cueillir !
- ...Hé, mais c'était ça qu'on m'avait donné pendant la tempête de l'autre fois ? se rappela la brune.
- Exacte, c'est très efficace contre le mal de mer, et tu t'en doutes, on a souvent besoin de se ravitailler, plaisanta-t-elle.
- Avec moi dans les parages vous pouvez même prévoir du surplus…»
Après quelques minutes d'acharnement infructueuses ils prirent la décision unanime de retrouver les autres équipes pour déposer leur collecte. Le trio traversa la ville. Les pavés des routes reflétaient l'éclairage chaleureux des lampadaires, les arbres des allées et les fleurs dans les jardinières révélaient des nuances plus contrastées dans le clair-obscur du soir et cela donnait presque un côté mystique au lieu. A mesure qu'ils s'approchaient du cœur de la ville le silence paisible de la nuit laissait entendre des rires et un brouhaha de discussions. Une image apparut immédiatement dans l'esprit de Braalaka : elle vit ses amis et se remémora les sorties qu'ils aimaient tant faire pour se retrouver après les journées de cours, à partir du printemps, quand la saison leur permettait de flâner sous les monuments et profiter des terrasses des bars de nuit. Comment allaient-ils? La cherchaient-ils? Ou peut-être que sa téléportation avait effacée son existence terrestre? Une profonde tristesse lui serra le cœur et elle lutta pour empêcher les larmes de monter. Son regard qui s'était abaissé pendant qu'elle remuait ses souvenirs se posa soudainement sur quelque chose qui bougeait par terre, devant elle. Elle s'arrêta net et fronça les sourcils en examinant la créature qu'elle avait faillit écraser. Il s'agissait d'une sorte de boulet hérissé de pointes métallique qui possédait visiblement des yeux et un museau puisqu'il grogna étrangement et roula vers elle. Il zieuta avec insistance le sac de feuilles que tenait la jeune femme.
« C'est quoi ça ? fit-elle incrédule.
-… Oh, mais c'est Inu-kun ! s'exclama Artie.
Le fléau zoomorphe bougea une oreille à l'entente de son nom sans pour autant détourner son attention de Braalaka.
- L'animal de Rakuyou, précisa Morau. C'est bizarre qu'il soit tout seul d'ailleurs.
- C'est… Peu commun, comme bestiole…
La brune se décala d'un pas pour continuer son chemin, mais le petit boulet suivit le mouvement pour se replacer en face d'elle.
- Mais...
Elle répéta l'opération un peu plus vite et Inu-kun fit autant de petits bonds énergiques que la chevelure de Braalaka fit de balancements. Le brune pouffa et s'empara d'une mèche qu'elle agita dans les airs, ce qui provoqua de nouveaux sautillements accompagnés d'aboiements atypiques. Quelques secondes plus tard des pas précipités se firent entendre.
- ...Ah ! T'es là sale bête, pfiou...
Rakuyou débarqua d'une rue adjacente, essoufflé. Il passa une main dans sa tignasse éparse pour la réordonner et laissa échapper un rire penaud en arrivant vers eux.
- J'espère qu'il ne vous a pas causé des soucis, s'excusa-t-il en saisissant la chaîne du fléau comme pour le tenir en laisse.
- Mais non, il est adorable, fit Artie.
Rakuyou grattouilla la tête du petit animal qui renifla de contrariété avant de se métamorphoser en arme classique afin que son propriétaire puisse le manipuler.
- Bon… La ville est animée ce soir, à moi le barathon ! s'exclama-t-il en ajustant la chaîne autours d'un anneau de sa ceinture.
Il salua tout le monde d'un hochement de tête, puis tiqua en regardant Morau.
- Ton bras a une drôle de tronche, remarqua-t-il.
- J'ai fais un câlin aux orties…
La tentative pour se retenir de rire échoua, le blond laissa entendre un raclement nasal malgré tous ses efforts.
- Cap'tain on se moque pas de ses subordonnés !»
Le trio reprit la route du Moby Dick toujours sagement amarré là où ils avaient accostés le matin même. Ils retrouvèrent les autres équipes dans un salle attenante aux cuisines et au cellier qui servait d'entrepôt à matériel et de séchoir. Ils vérifièrent les sacs et étalèrent les différentes plantes par étages sur des sortes de grands rayonnages faits de grilles assez fines pour retenir les composants tout en laissant l'air circuler entre elles. Les bouquets complets furent suspendus aux poutres du plafond. Au final l'équipe victorieuse, celle dirigée par l'infirmière aux cheveux bleutés, avait trouvé une étonnante part des variétés de la liste et cela s'expliqua par le fait qu'un membre du groupe était natif de cette île. Artie se chamailla avec sa camarade sur cette injuste tandis que Morau s'éclipsa après avoir trieé ses sacs, sans doute pour rejoindre ses camarades et son capitaine dans un bar de la ville. Braalaka, curieuse de vérifier si elle avait retenu ce qu'elle avait appris la journée, observait chaque grille de séchage en essayant de nommer ce qui y reposait. Elle s'arrêta devant un bouquet qui l'intrigua particulièrement, c'était une plante qu'elle n'avait jamais vu, les feuilles lisses étaient mouchetées de points blancs et les fleurs qui se balançaient en bout de tiges ressemblaient à celles des primevères à la différence qu'elles étaient violettes.
« Artie, c'est quelle espèce ça?
La rousse s'approcha pour l'examiner.
- De la pulmonaire officinale.
- Hm, c'est tout indiqué pour les poumons j'imagine.
- Oui, on utilise principalement les feuilles pour atténuer la toux et les inflammations. C'est bien qu'on en ai trouvé, elle est efficace pour traitements du capitaine.
La jeune femme fronça les sourcils, comme ce qu'elle avait vu dans son monde ici aussi le Yonko semblait avoir une santé instable, même si sa carrure impressionnante n'en laissait rien paraître.
-… Qu'est-ce qu'il a ? hésita-t-elle.
- On en sait rien. Tout ce qu'on arrive à faire c'est stabiliser son état, mais c'est compliqué...
- Comment ça ?
- Les symptômes s'aggravent en particulier depuis…
Sa voix se bloqua et ses yeux s'embuèrent légèrement.
- Depuis la mort de Thatch.»
En constatant le malaise de son amie Braalaka n'insista pas, elle lui adressa un sourire peiné qui combla le silence compréhensif qui s'était installé.
Les collectes étant terminées chacun retourna à ses activités propres, les deux jeunes femmes se souhaitèrent bonne nuit et Braalaka remonta sur le pont, pensive. Elle s'arrêta en plein milieu et leva les yeux vers le ciel, l'absence de nuages laissait les étoiles scintiller. L'astre nocturne projetait sa lueur sur la surface de l'océan qui n'en paraissait que plus insondable et infini. Il était trop tard pour aller visiter les librairies, et interroger les gens de sortie cette nuit ne serait pas très productif au vu des festivités que l'arrivée des pirates de Barbe Blanche avait provoquée. La suite allait devoir attendre le lendemain. Elle soupira et prit le chemin de sa cabine, résolue à prendre une bonne douche avant de dormir. Les couloirs étaient plus vides et silencieux qu'à l'accoutumé, la plupart des matelots étant occupés à festoyer, d'autres avaient trouvé de quoi se loger dans les hôtels de la ville.
La brune se glissa sous son drap qu'elle remonta jusqu'à son cou en s'installant sur le dos. Ses dernières pensées allèrent vers Barbe Blanche et les mots qu'avaient prononcés Artie tout à l'heure, elle eu à peine le temps de se questionner que tout devint brumeux, ses sens et ses réflexions s'atténuèrent à mesure que ses paupières se baissaient.
Note de l'auteure :
C'est après une très longue absence que je reviens avec ce chapitre XD Désolé pour le retard, j'espère que vous avez passé une bonne lecture, et à bientôt pour la suite ! J'vous aime :3
