C'est souvent un avantage d'avoir un sommeil facile et profond. Pourtant ça devient embêtant lorsque l'on se réveille fiévreux, couvert de sueur et peu reposé. Braalaka se frotta le visage et se dépêtra de son drap pour respirer un peu. Assez fréquemment, elle le savait, ses nuits étaient des fresques de cauchemars où son inconscient la plongeait dans des situations pas possibles. A chaque nouvelle phase de sommeil imagé elle revivait la fulgurante panique qu'elle avait ressentie à son premier réveil hors de son monde. Elle avait lu que pendant le sommeil le cerveau ressassait les évènements de la journée pour bien les ancrer, fonction didactique propre aux êtres vivants, aussi arrivait-il qu'après une confrontation à une situation compliqué il fasse un 'replay' afin de chercher une issue. Le problème de Braalaka était non seulement qu'elle cauchemardait régulièrement puisqu'il était impossible de trouver d'issu, mais surtout qu'elle ne se réveillait pas et subissait ce sommeil agité. Cette fois elle se souvenait qu'au moment où elle avait oniriquement ouvert les yeux tout était encore noir, comme si elle était dans le néant, et une sensation de chute infinie l'entraînait encore et encore dans cet abîme. La jeune femme étira son corps engourdit avant de se lever et marcher en direction de la salle d'eau, la moiteur de ses pieds nus accrochant le parquet à chacun de ses pas. Elle passa devant le miroir, son teint était légèrement livide et ses mèches s'entremêlaient aléatoirement. Heureusement que cela n'arrivait pas toutes les nuits, sa panoplie aurait été complétée par des cernes du même genre que celles des esprits dans les films d'horreurs, ceux qui apparaissent dans les miroirs ou se déplacent comme des araignées. La brune entra dans la douche et plaça le mitigeur sur une eau fraîche. Elle passa rapidement le pommeau sur son corps pour ôter la pellicule de transpiration de la nuit et termina en frottant énergiquement son visage. Bien réveillée, elle s'apprêta et se fit couler un café qu'il sirota en observant l'extérieur par le hublot de son salon. La vue donnait côté berge. Le port était plutôt calme en début de matinée, les passages se résumaient aux pêcheurs de l'île qui partaient en mer. Parfois leurs enfants les accompagnaient jusqu'aux bateaux puis restaient un moment là, à s'amuser à attraper à l'épuisette la blanchaille qui virevoltait entre les rondins des pontons.
Braalaka inspira profondément l'air iodé et profita quelques instants du doux soleil qui illuminait le du pont, visiblement ciré récemment. Elle chemina à travers la place du port jusqu'aux rues qui donnaient sur le centre. Elle avait sortit sa carte qu'elle ne suivait que distraitement. Son attention allait à l'inspection des belles façades en pierres, aux remuements souples des paravents qui étendaient leurs ombres sur les étalages installés plus tôt, aux artisans qui calaient les portes de leurs ateliers pour inviter les passants à entrer. Les rues commençaient doucement à prendre vie, le silence matinal laissait place à un petit brouhaha confortable qui s'élevait des avenues à mesure que la population affluait. Au milieu de ce monde la brune constatait parfois des visages familiers et se souvenait les avoir croisés à tel ou tel endroit du Moby Dick. Les pirates se saluaient brièvement entre eux en s'apercevant. Braalaka fut très surprise de se voir adresser quelques signes de mains ou des hochements de tête, aussi elle ne réagit pas sur l'instant, puis elle rendit des petits coucous amusés.
« … Il y a quelqu'un ? hésita la brune, plantée sur le seuil de la librairie.»
Personne derrière le bureau d'accueil et aucun son en réponse à sa voix. Elle attendit encore quelques instants à l'affût du moindre signe de vie, en vain. Elle pensa que le bibliothécaire s'était absenté pour x raison et décida de patienter dans la boutique le temps qu'il revienne. Le grand escalier en colimaçon qui menait aux étages supérieurs attira son regard. L'architecture noble du bâtiment, le bois ancien des bibliothèque et l'odeur subtile mais caractéristique des vieilles pages donnaient au lieu un charme certain et la brune le contempla avec la même admiration qu'à sa première visite. Il ne lui fallut pas longtemps avant de se retrouver à écumer les rayons, à sortir à demi les ouvrages du bout de l'index pour en examiner la couverture. Il lui arrivait aussi de simplement pencher la tête pour lire les inscriptions délicates et effacées gravées sur les côtes de manuels brunis qu'elle n'osa toucher. Bien que cela eut été normal, le fait de ne connaître aucun des noms qu'elle rencontra la contraria. C'était la première fois qu'elle se retrouvait ainsi, sans références dans une bibliothèque. Braalaka tenta malgré tout de s'y repérer et supposa que les sections étaient organisées par régions du monde puisqu'il n'y avait pas de correspondance alphabétique d'un livre accolé à un autre. Elle en remarqua un plutôt épais, la reliure était neuve. Il s'agissait d'une sorte de répertoire des localités d'une partie de Red-line. Une photo illustrait la première page, montrant une portion de la côte du continent et des chiffres imprimés par-dessus renvoyaient à des chapitres. Chacun était détaillé de clichés des zones. La jeune femme rangea l'ouvrage et en feuilleta quelques autres, tous traitaient de la grande bande montagneuse qui coupait le globe en deux. Cela valida son hypothèse sur l'organisation de la bibliothèque qu'elle continua à parcourir attentivement. Par curiosité elle se questionna sur sa propre localisation, sa connaissance se résumait à savoir qu'Hand-Island était quelque part dans Grand-line. Comme les bibliothèques étaient trois fois plus hautes qu'elle elle s'empara de l'échelle roulante prévue à cet escient et, de rayons en rayons, elle commença à chercher une la section qui renseignerait sur l'île.
La petite bulle dans laquelle s'était engobée la brune disparut au moment où le silence de la librairie fut brisé par la clochette signalant l'ouverture de la porte. Elle tourna la tête en s'attendant à voir l'homme poivre-et-sel de la veille mais c'est Barbe Blanche qui se présenta sur le seuil. Il leva les yeux vers elle et ne parut pas surpris de la trouver là.
« Bonjour miss. Aurais-tu croisé Faustos ? demanda-t-il en jetant un coup d'œil au siège de bureau vide.
- Bonjour. Vous parlez du gérant ?
- Oui.
- Il était là hier mais je n'ai encore vu personne ce matin.
- Je vois…
Le Yonko s'avança dans la pièce et s'intéressa à une bibliothèque, il commença à parcourir les livres des yeux.
- J'espère pour toi qu'il ne traînera pas trop, parfois il s'absente des journées entières, ajouta-t-il.
- Vous vous connaissez ?
Braalaka remit en place la pile de bouquins qu'elle consultait et descendit doucement de son perchoir.
- Il faisait partie de l'équipage il y a une dizaine d'années. Il voulait trouver un endroit propice à l'utilisation de son fruit du démon, quand il a mit les pieds ici il s'est installé.
- Quel pouvoir a-t-il ? s'étonna la brune en rangeant l'échelle en bout de meuble.
Elle imaginait mal le bibliothécaire projeter du magma ou se transformer en dinosaure.
- Celui des lettres.
Le grand homme vérifia rapidement les couvertures de certains ouvrages, qu'il replaça aussitôt. Il jeta un regard à la jeune femme qui le regardait en attendant qu'il développe.
- Il lit et écrit extrêmement vite, avec une capacité de rétention impressionnante.
- Mais c'est génial comme truc ! s'émerveilla-t-telle.
Elle se souvint du moment la veille où elle l'avait vu survoler des pages, en réalité il les aurait lues en une fraction de seconde.
- J'aimerais bien me souvenir de tout ce que j'ai pu lire, murmura-t-elle pour elle-même.
- La littérature t'intéresse ?
- Beaucoup, je voudrais en faire en mon métier…»
La brune suspendit sa phrase, son expression s'assombrit. Elle se rendit compte que tout ce qu'elle avait étudié pendant sa vie n'existait plus que dans sa mémoire, et son projet de devenir professeur-chercheur lui paraissait bien inaccessible. Pire encore, le désarrois lui serra le cœur, c'était comme si tout avait été balayé, qu'elle ne pourrait plus jamais lire ses auteurs favoris ni discuter des œuvres culturelles de sa Terre natale avec qui-que-ce-soit.
Devant son silence prolongé Barbe Blanche lui glissa un regard compréhensif par-dessus les pages qu'il était en train de feuilleter.
« Le monde est vaste. On ne pas savoir ce qui arrivera ou non, tu en as déjà eu la preuve...»
La jeune femme répondit d'un sourire attristé. Elle se sentait atrocement perdue et luta pour ne pas céder, ne pas laisser le vide qui avait engloutit son existence déborder sur le moment présent.
«… Quel livre cherchez-vous ? finit-elle par demander, intriguée par le nombre de bouquins que l'Empereur inspectait.
- Tout ce qui pourrait concerner les îles inconnues qu'on a visitées il y a peu.
- Ça arrive si fréquemment que ça d'en découvrir ?
Il étira un petit sourire.
- Combien penses-tu qu'il existe d'îles ?
- Heu… Des centaines ?
- Des millions, corrigea-t-il.»
Elle écarquilla les yeux, sa mine stupéfaite valut un rire amusé du capitaine.
Plusieurs dizaines de minutes s'écoulèrent, quelques visiteurs entrèrent à leur tour et des conversations chuchotées commencèrent à s'élever le long des bibliothèques. Les fenêtres entrouvertes offraient l'air matinal imprégné des fragrances des cafés servis sur les terrasses de la rue. Une petite porte à côté du bureau grinça doucement, Braalaka et Barbe Blanche suspendirent leur conversation et tournèrent la tête. Faustos apparut dans l'entrebâillement de la porte avec des parchemins sous le bras. Il aperçut immédiatement le Yonko et ils échangèrent un sourire de retrouvailles comme deux étudiants après les grandes vacances. Le libraire annonça à la jeune femme qu'il n'avait pas trouvé de documents en rapport avec la carte qu'elle lui avait laissé. Elle répondit par un 'dommage, merci quand même' attristé mais pas surprit et se dirigea vers la sortie après avoir salué les deux hommes. Elle marcha sans grande conviction vers sa prochaine destination : la deuxième bibliothèque de l'île. Celle-ci était une petite boutique au rez-de-chaussé d'un vieux bâtiment au centre d'une ruelle dallée sinueuse qui descendait en direction du port. Elle y trouva des articles de papeteries, des revues locales, des manuels pratiques d'artisanat mais aucune nouvelle piste. Les pierres lisses des murs de la ruelle servirent de dossier à la brune qui s'y accola mollement en ressortant de l'échoppe. Son regard se perdit sur les toits et les façades ensoleillées en contre-bas tandis qu'elle cala pensivement son menton entre son pouce et son index. Elle sentait qu'elle n'avait pas le cœur à continuer ses recherches ce matin et préféra laisser de côté l'idée d'interroger les gens. La pensée qui lui venait était plutôt d'explorer un peu le monde. La sortie avec Artie lui avait fait remarqué toute la multitude d'éléments inconnus trouvables dans cet univers. Sa curiosité et sa volonté de prendre l'air la firent se décider à employer la matinée pour une promenade. Elle avait moins vu la ville que le paysage de l'île, alors son choix d'itinéraire se résuma à explorer tous les quartiers qui composaient la petite citée littorale.
Le centre et la partie haute de la ville étaient occupés par des ateliers et des boutiques d'artisans d'où l'on avait une vue sur le reste du marché plus en aval en direction du port, les stores et paravents formaient de petits puzzles de couleurs dans les rues. L'air encore iodé qui accompagnait le soleil et le chant des divers oiseaux côtiers ne furent pas sans rappeler les petits marchés du sud de la France où Braalaka avait eu l'occasion de flâner pendant ses vacances. La différence était qu'ici les vitrines et stands proposaient parfois des objets qu'elle ne connaissait pas et elle s'arrêtait pour les observer avec curiosité. Il y en avait qu'elle voyait pour la première fois entreposés à côté d'autres plus communs et d'œuvres qu'ils avaient servi à créer. Des vitrines de sculptures sur bois, d'armureries, de maroquinerie, en passant par la gravure sur pierres et joyaux, toutes ces pratiques qu'elle connaissait de son monde mais mélangées à des références d'ici qui formaient autant de petits mystères que de stands. En passant devant le lieu d'un fabricant d'outils de navigation elle constata une étagère garnie de log-poses. Les aiguilles de certains modèles indiquaient le même pôle et d'autres pointaient l'opposer sans raison apparente, il y en avait même qui tourbillonnaient ou tremblotaient dans leur cadrant sans se fixer. Intriguée, Braalaka nota dans un coin de sa tête d'aller plus tard demander des informations à l'équipage sur le fonctionnement de ces boussoles atypiques. La topographie du sommet de cette avenue menait à un grand bâtiment qui surplombait toute la ville et contenait le clocher, il n'y avait plus d'expositions au-delà mais des quartiers résidentiels. Il fut temps de changer de direction pour la suite de la visite et elle emprunta une rue adjacente qui redescendait vers le centre. Une fragrance fleurie atteignit soudainement les narines de la jeune femme, elle fronça les sourcils lança un regard circulaire le long des murs pour localiser la provenance de cette senteur qui lui semblait familière. Une enseigne violette sombre sur laquelle ressortait en calligraphie blanche 'parfumerie' attira son attention et elle attribua l'embaumement de la rue aux activités de distillerie qu'il devait y avoir là-bas. Devant la boutique se trouvait un petit groupe de personnes avec les bras chargés et elle reconnut sans soucis le chignon roux flamboyant d'Artie dont les mèches libres s'agitèrent lorsqu'elle tourna elle-aussi la tête. Elle fit un signe du bras à Braalaka qui s'était déjà approchée.
« Tu tombes bien, tiens, voilà ta part, fit-elle en sortant d'une pochette ce qui ressemblait fortement à des billets.
- Hein ? hoqueta la brune qui eu l'impression d'être impliquée dans un deal un peu bancal de film d'action.
- Pour les récoltes. On avait du surplus sur celles d'hier et j'ai échangé des fleurs d'autres îles, c'est ta rémunération pour ta participation.
- Ah, ok... Bah… Merci ?
Elle saisit avec hésitation la fine liasse que la rousse lui avait presque déjà mise dans la main.
- Y a pas d'quoi. Je file, il faut encore que je trouve les autres. A bientôt !
- Salut...»
L'infirmière repartit d'un bon pas et disparut au détour d'un mur pour clôturer son intervention aussi courte que surprenante. Quelque peu hébétée, Braalaka regarda le mur, puis la parfumerie où s'était retranché le petit commité avec lequel Artie discutait, puis la brochure colorée entre ses doigts. Elle prit conscience qu'elle ne connaissait absolument pas l'économie de One Piece et qu'elle n'avait pas d'échelle pour mesurer cette nouvelle monnaie, le Berry. Elle haussa un sourcil en constatant le drôle d'imprimé d'une sorte d'ours moustachu à côté de l'inscription 5.000 Berry du premier billet. Là où dans son monde il y avait des figures ou bâtiments iconiques, ici il y avait un petit personnage presque burlesque qui enlevait son sérieux la monnaie, elle trouva cela amusant et inspecta le reste. Le compte était de 30.000 Berrys divisés en coupons de 5.000. Son regard balaya encore une fois la rue à la recherche d'un repaire et en contre-bas en direction du port elle aperçut la continuité des stands marchands. L'horloge ronde emmurée dans le grand cloché de pierre indiquait 10h47, il lui restait le temps de finir sa petite visite avant de retourner au bateau pour le repas. La brune se remit donc tranquillement en marche et continua sa marche, cette fois elle fut plus attentive aux valeurs affichées dans les vitrines. Après observation des produits communs tels que des vêtements ou des légumes et une gymnastique mentale éprouvante pour quelqu'un qui n'avait jamais aimé les maths, elle estima qu'une centaine de berrys équivalait environ un euro. Cela lui fit penser au rapport euro/yen qu'elle avait vu au moment où elle aidait un de ses amis à se préparer pour une année sabbatique au Japon. Elle se sentit un peu moins paumée et se concentra pour s'adapter à ces nouvelles informations.
Tandis que les derniers bâtiments avant la grande place côtière se dessinaient dans la continuité de l'axe, une enseigne de bois sculpté en forme de guitare attira son attention. La brune plissa les paupières pour distinguer à travers les vitres teintées de la boutique des stands fournis d'instruments tout au long des murs.
Elle se stoppa quelques instants au milieu du chemin puis se décida à passer la porte, la petite clochette d'entrée reliée battant émit un tintement cristallin comme pour l'encourager. Ses yeux s'habituèrent rapidement à la luminosité complexe du lieu, pénombre rompue stratégiquement par des spots aux ampoules fortes incrustés dans le plafond de manière à mettre en valeur les rangées d'instruments et jouer sur les contrastes des vernis et des bois mats. Il n'y avait personne dans le vestibule, le seul signe qui pouvait témoigner d'une activité était la mélodie, audible mais assez ténue pour ne pas entacher le calme, d'un morceau de jazz diffusé dans une pièce adjacente. Braalaka savoura cette atmosphère propre aux magasins de musique qui avait le don de l'absorber dans une sorte de bulle contemplative. Elle avança doucement dans le hall tandis que son regard glissait de stand en stand avec appréciation. Parmi la multitude d'instruments à cordes entreposés elle se focalisa sur les guitares, un pan de mur entier y était consacré, le stand le plus haut entreposait des modèles secs et un autre, juste en dessous, les modèles électriques accompagnés d'amplificateurs alignés au sol. Elle ne s'étonna pas de ne trouver aucune de ses références habituelles, mais c'est plutôt l'uniformité des signatures de fabrication qui l'interpella. Les même initiales étaient élégamment intégrées au design des instruments, seules témoignages du réalisateur. 'Eh bien, quel travail d'orfèvre…' pensa-t-elle se demandant si un artisan seul avait créée tout ce contenu. Des bruits de pas venant de la pièce d'à côté firent grincer le plancher tandis qu'un opaque rideau noir qui faisait office de porte s'écarta dans un bruissement cotonneux. Une jeune femme menue apparut, le long tablier en cuir qu'elle portait la dissimulait presque et son expression timide transparaissait sous ses lunettes rondes encadrées de cheveux châtains.
« Bienvenue… Je peux vous aider ? fit-elle d'une petite voix.
- Bonjour, je jette juste un œil, sourit amicalement Braalaka.
Elle se concentra à nouveau sur les guitares pour ne pas mettre à l'épreuve de la nervosité de son interlocutrice, qui commençait à triturer ses doigts en restant plantée dans le hall. La brune avait deviné le contour de quelques outils dans la poche de son tablier et en conclut qu'elle était l'ébéniste de la boutique.
-… Je peux l'essayer ? demanda Braalaka en désignant une guitare du menton.
- Oui, bien sûr.»
Son choix se portait sur un modèle électrique qui lui rappelait le sien, à savoir un corps en bois au design anguleux, teinté acajou sombre avec finition mat. Les boutons, micros et marques aux touches étaient blancs ivoire. Le brune décrocha prudemment l'instrument de son rangement et arrangea la sangle tandis que la vendeuse lui tendit le jack et brancha l'un des amplificateurs au sol. Après s'être bagarrée avec ses cheveux coincés sous le passant Braalaka saisit un médiator dans une petite pochette fixée au mur. Soudain elle tiqua : 'Attends… Et si la musique était pas la même ici ?' pensa-t-elle en plissant les paupières. Ses doigts s'appuyèrent contre les frettes avec méfiance et elle gratta les cordes avec retenue, comme par crainte de provoquer un cataclysme. Elle soupira de soulagement en entendant l'ampli lui rapporter le son exacte de l'accord qu'elle venait de jouer. Elle parcourut mentalement son répertoire et s'arrêta sur son groupe préféré, Iron Maiden. Les premières notes du morceau 'losfer words' ouvrirent la danse.
« Bonne journée ! lança Braalaka tous sourires en pressant la poignée de la porte de la boutique.
- Merci, vous-de-même, répondit la petite ébéniste en allant timidement l'aider à maintenir la porte.»
La brune, chargée comme un mulet, étuis de guitare dans le dos et amplificateur aux bras, parvint à se tortiller pour passer le cadran sans rien cogner. C'était une petite bouffée d'air qu'elle que d'avoir trouvé cet instrument et elle était heureuse de pouvoir cheminer jusqu'au MobyDick en ayant les pensées légères, remplies des morceaux qu'elle aimait jouer. Elle refit mentalement le compte de la monnaie qu'il lui restait et estima avoir juste assez pour se trouver un carnet. Sans doute allait-elle retourner à la papeterie pour acheter ça, histoire de ne pas dévaliser les stocks de parchemins de Marco à tous bouts de champs.
Elle prit garde à ne pas trébucher en montant le ponton du bateau et se dirigea directement aux dortoirs, déposa l'ampli devant la porte le temps de déverrouilla celle-ci puis elle installa le tout à côté de sa table de salon. Depuis le fond de la salle elle évalua le rendu et un sourire d'approbation étira ses lèvres, suivit d'un étirement du dos bien mérité.
Il y avait toujours des pirates sur le navire à cette heure-ci et la jeune femme se joignit à eux autours du banquet. Tandis qu'elle composait tranquillement son plateau elle remarqua par sa tunique blanche et son couvre-chef brioché l'un des cuisiners de bord qui entretenait les corbeilles à pain. Elle se demanda comment étaient assignées les tâches parmi l'équipage et qu'il serait judicieux qu'elle propose d'y participer pour s'intégrer un peu à la vie du bateau. Cette perspective fut reléguée pour le moment où elle recroiserait Artie, l'infirmière saurait probablement l'aiguiller vers un poste.
Les rayons plongeants du zénith qui filtraient à travers les vitraux ronds éclairaient la grande salle à manger par de longs faisceaux lumineux, sortes de grands projecteurs chaleureux. L'un d'eux venait s'écraser sur une tignasse argentée comme pour dénoncer le tragique à la façon des mises en scènes théâtrales. En face de cette personne la face appuyée à même la table s'en trouvait une autre, de dos, dont Braalaka ne distinguait que les dreadlocks châtaines. Elle fronça les sourcils et s'approcha de leur table. Une fois derrière le dossier du deuxième individu elle fut assez proche pour confirmer, comme elle s'y attendait, l'identité de Morau qui était toujours affalé sur le meuble.
« Euh… Tout va bien ? s'inquiéta-t-elle.
En attente d'une réponse elle posa son regard sur le deuxième homme qui semblait plus apte à la fournir, mais c'est avec stupéfaction qu'elle découvrit le visage pâle de Rakuyou qui se tournait lentement vers elle. Il n'avait pas l'air en meilleur état que l'autre, de grandes cernes bordaient ses yeux et même sa moustache semblait tomber de fatigue.
- ...On a un peu trop bu hier, finit-il par articuler d'une voix enraillée.
Les voix de ses camarades firent émerger Morau qui releva mollement la tête, la manche de son costume sur laquelle il était à moitié appuyé avait laissé une marque quadrillée sur sa joue.
- Ah ouais, vous avez pas fait semblant, pouffa Braalaka. La fête était bien ?
Elle déposa son plateau et prit place à côté du commandant.
- C'est toujours bien, tu viendras venir avec nous la prochaine fois ? proposa l'argenté.
L'invitation précipita dans les pensées de la jeune femme le souvenir de l'appel de Chloé, sa meilleure amie, une semaine plus tôt. Aux mêmes instants, dans son monde, elle aurait dû être en train de planifier une sortie avec elle.
- Hm, on verra, sourit-elle sans pour autant parvenir à dissimuler une pointe de tristesse.»
Malgré leur gueule de bois les deux pirates parvinrent entamer leur déjeuner et ils commencèrent à discuter de tout et de rien, à raconter des anecdotes que la brune écouta avec amusement. De ce qu'elle comprenait, Rakuyou était l'un des 'clowns de l'équipage' et Morau était un type plutôt sérieux, pourtant avec sa 'malchance chronique' il lui arrivait toutes les péripéties du monde.
Les bavardages s'arrêtèrent lorsque Marco entra en trombe dans le réfectoire, l'air agité, un den-den-mushi à la main.
« Quelqu'un sait où est Père ?
Les pirates éparpillés aux différentes tables se concertèrent du regard, certains haussèrent les épaules. Braalaka se balança légèrement sur sa chaise pour apparaître derrière le commandant aux dreadlocks.
- Je l'ai croisé à la bibliothèque de la ville en début de matinée.
- Merci ! lança-t-il avec empressement. Yoi, Rakuyou, dis aux autre qu'on a eu un appel, réunion ce soir !
- Hein ? Un appel de qui ? demanda-t-il en mobilisant son crâne malmené pour suivre.
- Du Roux.»
Le châtain n'eut pas le temps de poser d'autres questions que Marco était déjà repartit dans sa course.
«... Shanks a appelé ? marmonna le 7em commandant comme pour évaluer l'information.
Braalaka fronça les sourcils, cela lui rappelait quelque chose.
- Pourquoi il était pressé comme ça ? Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda la jeune femme en se tournant vers lui.
- Eh bien, pour faire simple, recevoir un appel est très rare car c'est risqué. Quand ça arrive c'est souvent pour une urgence.
- Comment ça risqué ? S'embrouilla-t-elle.
- Tous les moyens de communication sont surveillés par la Marine, les lignes den-den aussi. Chaque conversation peut être sur écoute, donc il y a un risque d'être localiser et de faire fuiter le message. Pourtant Le Roux nous a contactés…
- On en saura plus ce soir, supposa Morau cette fois bien réveillé par le brouhaha qui s'élevait dans la salle.»
Des flash-backs de la fiction One Piece ressurgirent et la jeune femme les visualisa mentalement, elle se souvenait de l'entretient des deux Empereurs sur le pont du MobyDick, lorsqu'ils avaient parlé d'Ace et Teach, cette conversation qui s'était soldée par un échec avait été l'un des rouages de la grande guerre. Un désagréable frisson d'anticipation couru le long de son dos.
Note de l'auteure : Eh voilà, nouveau chapitre achevé :D ! J'espère que vous aurez pris plaisir à le lire, n'hésitez pas à laisser des retours ça me fait très plaisir ^^. A là prochaine pour la suite, portez vous bien !
