Braalaka se retrouva à terminer son repas en vitesse, maquant de s'étouffer à plusieurs reprises avec des pépins de pastèques. Elle débarrassa son plateau à la remise et trottina hors du réfectoire en cherchant des yeux le phœnix. Évidemment elle n'en vit pas une plume, il devait déjà être loin. Elle marmonna en commençant à se diriger, à défaut d'autre idée, en direction de la ville et plus précisément de la bibliothèque vers laquelle elle l'avait aiguillé il y a quelques minutes. La jeune femme souhaitait discuter de ce qu'elle venait d'apprendre avec le capitaine et les autres commandants. Tandis qu'elle crapahutait à nouveau dans les dénivelées rocheuses de la ville elle pensa qu'il était étrange que cette histoire lui cause autant d'agitation et elle se demanda si elle ne devenait pas un peu paranoïaque à ce sujet. Déjà rien n'était sûr d'arriver, et même si le monde prenait cette marche pourquoi sentait-elle le besoin de s'en mêler ? Probablement parce que l'équipage Barbe Blanche l'avait hébergé et qu'elle voulait en quelque sorte rendre la pareille en les aidant dans leurs propres problèmes. Essoufflée, elle s'arrêta dans la rue donnant sur la bibliothèque et la balaya du regard. Elle ne vit ni le Yonko ni son bras droit, de toute évidence ils étaient déjà partis et elle se retrouva sans direction à suivre.

« Si seulement il pondait des œufs, ça faciliterait les choses, grommela-t-elle entre deux halètements.

- Si ce n'était pas destiné à notre cher Marco, je ne sais à qui c'était, fit une voix soyeuse quelques mètres à côté de Braalaka.

- Oui, comme quoi nous ne sommes pas les seuls à avoir fait la blague, renchérit une autre voix plus grave que la première.

La brune tourna la tête et vit Izo et Vista qui venaient de sortir d'un bâtiment et la regardaient avec amusement. L'épéiste inclina rapidement la tête pour la saluer, ce qu'elle imita tout en s'apprêtant à les bombarder de questions.

- Tu as l'air à bout de souffle, il y a un soucis ? s'enquit le samouraï avant qu'elle n'ai le temps d'ouvrir la bouche.

- Ça va, merci. J'essaie juste de rattraper Marco pour trouver votre capitaine, mais c'est raté...

- C'est l'appel qui provoque autant d'agitation ?

- Vous êtes au courant ?

- Avec Marco qui a traversé la ville comme s'il avait le diable aux trousses et en criant l'information dès qu'il demandait son chemin, oui, ria-t-il.

Braalaka laissa échapper un reniflement amusé en visualisant le scène.

- Alors, vous savez où ils sont ? demanda-elle avec espoir.

- Père devrait être au relais de la montagne, informa Vista.»

La jeune femme plissa les yeux en se concentrant, lors de la balade avec Artie et les autres ils étaient passés près d'un bâtiment installé en pleine montagne, à mi-chemin entre le pied de celle-ci et la naissance des dénivelés boisés qui s'étendaient presque jusqu'au pic. Sans plus tarder elle se tourna vers la rue en reprenant une bouffée d'air. Des remerciements soufflés accompagnèrent un signe de main tandis-qu'elle commençait déjà à s'éloigner au petit trot.

«... Qu'est-ce qu'ils ont ce matin ? interrogea Izo alors que les derniers tourbillons de cheveux animés par la course venaient de disparaître au coin d'un mur. A-t-elle un rapport avec Shanks ?

L'épéiste haussa les épaules et porta la main à sa moustache pour lisser pensivement une boucle du bout des doigts.

- Marco est stressé comme d'habitude, mais pour elle je ne saurais pas dire.

- De toutes manières nous serons sûrement convoqués, les explications viendront.

- Hmm...»

En crapahutant sur le chemin gravillonneux qui serpentait contre le flanc de la montagne, Braalaka se fit la réflexion qu'elle n'aurait pas besoin d'échauffement en retournant au dojo du bateau pour son entraînement. Les balises disposées à intervalles réguliers sur les arbres lui furent d'une grande aide et elle remercia mentalement quiconque les y avait clouées, sans quoi elle se serait probablement déjà perdue en tentant de choisir de mémoire aux intersections. Sans grandes encombres finit par apercevoir les traits anguleux d'une bâtisse plus ou moins révélées derrière les sapins. La route s'élargissait pour se fondre à un quadrillage de dalles au sol qui formait une terrasse devant la façade du relais. Une tonnelle végétalisée s'étirait de la devanture en pierre jusqu'au bout de la place et quelques tables et chaises en fer forgé étaient disposées là à l'ombre pour accueillir les promeneurs. Il n'y avait personne dehors et la brune ne s'y attarda pas, filant directement vers la grande porte aux battants de bois sombre. Elle les poussa à demi, juste assez pour pouvoir passer sa tête sans trop s'engager et permettre de détailler la pièce au regard. L'endroit était assez grand, elle ne pouvait pas tout voir depuis l'entrée et il semblait même y avoir un étage à en juger par le grand escalier qui grimpait contre les briques du mur juste en face des portes. Des rideaux modérément occultant étaient tirés sur chaque fenêtre et obscurcissaient la pièce en plus de la tenir au frais des chaleurs du zénith. Des brides de conversation s'élevaient du fond de la pièce et la jeune femme plissa les paupières en entrant un peu plus pour scruter l'aile gauche du hall d'où semblaient provenir les voix. Un souffle soulagé traversa ses lèvres quand elle reconnut une silhouette agitée surmontée d'une touffe de cheveux blonds qui gesticulait à côté d'un fauteuil dont elle ne voyait que le dossier enrobé de pans de cape qui en dépassaient. Ses pas s'y dirigèrent mais elle se stoppa et hésita en se demandant si le timing était vraiment bon pour intervenir. Peut-être qu'il s'agissait d'une conversation qui ne concernait que les plus hauts-placés de l'équipage et qu'il serait malvenu qu'elle s'y joigne maintenant. Aussi, peut-être que tout cela ne servirait pas à grand-chose puisque la première fois qu'elle avait débatu le sujet avec l'Empereur il ne l'avait pas vraiment prise au sérieux. Cela l'avait d'ailleurs inquiétée mais elle avait préféré ne pas insister, elle aussi voulait croire qu'aucune menace n'était liée au future proche, elle avait déjà assez d'ennuis comme ça. Finalement elle décida de patienter un peu et s'installa contre la tablette intérieur de la fenêtre la plus proche de la porte. Son regard se promena distraitement d'un bout à l'autre de la salle pour observer les lieux et surtout s'occuper le temps qu'elle puisse placer son discours. Le rez-de-chaussé à droite de l'escalier comportait un espace scindé en deux par un long bar, les murs de pierre jointés de chaux étaient ornés de vaisseliers massifs mais sobres et de rangements à boissons, quelques tabourets coiffés de sièges en cuir étaient alignés face à la longueur du comptoir. Une porte discrète bordée de deux étagères de flasques ambrées indiquait l'accès du personnel et un potentiel chemin jusqu'aux stocks. Un écriteau d'ardoise noire légèrement blanchit par la poussière persistante des anciennes inscriptions se balançait naturellement sous le ciel de bar auquel il était suspendu à l'aide de deux chaînette, présentant les menus griffonnés à la craie. Le hall gauche complétait son pendant droit en proposant un espace aménagé, près du mur du fond, d'une alternance de longues tables taillées dans des troncs aux finitions volontairement brutes et encadrées de tabourets du même effet. Devant le mur de façade intérieure les tables étaient courtes et basses, des fauteuils en cuir les entouraient docilement pour former de petits îlots soulignés par les faisceaux apaisants qui filtraient par les grandes fenêtres en ogive voilées. La largeur de la pièce était fermée par une large cheminée, inactive aujourd'hui, qui laissait imaginer de chaleureuses atmosphères lorsque la saison s'y prêtait. Quant-à l'escalier qui faisait jonction entre les deux espaces du bas, il commençait uni en sa base jusqu'à une petite plateforme accolée au mur où sa largeur se séparait de chaque côté afin d'aller former une mezzanine en forme de U qui surplombait chaque aile du hall et laissait une impression de hauteur au centre. Les charpentes solides et massives étaient visibles par cette ouverture, cependant la jeune femme stoppa ses observations en remarquant que les bourdonnements de voix au fond de la pièce avaient cessés. Lorsqu'elle tourna la tête elle vit le phœnix marcher dans sa direction, son pas moins nerveux qu'auparavant mais toujours un peu tendu. Occupé à remettre dans sa poche un petit den-den-mushi rouge il lui adressa à peine une œillade et passa la porte, visiblement toujours pressé. Ne s'en formalisant pas, l'attention de Braalaka resta portée sur le fauteuil et son regard croisa celui de Barbe Blanche, qui s'était légèrement penché et tourné pour voir derrière lui. Un petit haussement de sourcils étonné dessina un pli sur don front, probablement ne s'attendait-il pas à apercevoir quelqu'un d'autre que Marco qui partait à l'instant, puisqu'elle n'avait rien fait pour s'annoncer. Après quelques instants l'Empereur se réinstalla silencieusement, disparaissant à nouveau contre le sofa.

« Je suis convaincu que les rebords de fenêtres ne sont pas les emplacements les plus confortables pour commencer une discussion, lança-t-il en entendant que la brune n'avait toujours pas bougé de son perchoir.»

Les lèvres de Braalaka se courbèrent et elle se laissa glisser sur les quelques centimètres qui séparaient ses pieds du sol, cependant son sourire se fana sans qu'elle ne s'en rende compte, à mesure qu'elle s'approchait de l'homme au fond de la pièce. Elle tourna un fauteuil pour le positionner en face de celui de l'Empereur, toujours silencieux. Il remarqua l'air préoccupé qui raidissait les traits de la jeune femme et la dévisagea silencieusement, comme pour essayer de mesurer la gravité de ce qu'elle venait annoncer. Tandis qu'elle prenait place elle réserva quelques secondes pour organiser ses mots.

« Vous souvenez-vous quand je vous avais parlé de mon monde et d'une guerre alternative ? commença-t-elle en levant les yeux vers lui.

- Oui ?

- Eh bien, dans le processus d'évènements il y avait une visite de Shanks…»

Comprenant parfaitement où elle voulait en venir, il avait plissé les paupières et son expression imperturbable s'était assombrie. La brune passa une main derrière sa nuque et massa distraitement ses cervicales comme si le geste pouvait balayer la tension que le mot 'guerre' avait installé. Un souffle profond s'échappa des narines du capitaine tandis qu'il se pencha vers la table-basse devant eux pour saisir deux verres courts et une bouteille qui patientait là. D'un geste de la main il en proposa un à Braalaka, qui l'accepta.

« Nous en avons déjà parlé, reprit-il d'un ton plat.

Il servit habilement un liquide ambré qui s'écoula de la bouteille aux récipients et leur donna une teinte miel. Elle avait perçu qu'il était réticent à relancer le sujet mais elle ne put se résigner à se laisser clouer le bec sans avoir fait valoir ses arguments, l'inquiétude n'avait cessé de la poursuivre depuis leur première discussion et l'enjeu était trop conséquent.

- Ça pourrait être important, insista-t-elle d'une voix suppliante.

- … Bien, bien. J'écoute.

- Shanks vous a-t-il appelé pour obtenir un entretient de vive-voix ?

- Oui.

- Et vous avez accepté ?

Barbe Blanche acquiesça d'un hochement de tête et porta son verre à ses lèvres. La brune saisit également le sien sans encore boire et se contenta de s'adosser plus profondément contre son siège, des effluves épicées de whisky se dispersèrent dans l'air en l'accompagnant.

- C'est comme je l'avais décrit il y a quelques semaines, souligna-t-elle en prenant ces propos pour preuve.

- Pas tout à fait. Tu m'avais parlé d'une discussion avec Le Roux, effectivement, mais sur le Mobydick, en pleine mer. J'ai donné notre emplacement, il accostera sur l'île dans trois ou quatre jours, nous parlerons à terre.

-… Certes, ce n'est pas dans l'exactitude, pourtant le fait est là quand même.

- Des entrevues entre capitaines peuvent se produire, bien que peu fréquentes et plus ou moins calmes, ça arrive, réfuta-t-il.

- D'accord, mais c'est une concordance explicite, vous ne trouvez pas ?

- Ou peut-être du hasard.

- Vous êtes têtu ! s'emporta-t-elle.

Les traits constamment fermés de l'Empereur se raidirent immédiatement et un sourcil s'arqua sur son front, y marquant une ride. Colère, surprise, désapprobation ou même amusement ? Si ce pli figé comme dans du marbre devait souligner une émotion alors Braalaka aurait été incapable de deviner laquelle, le visage de l'homme en face d'elle était indéchiffrable. Quelques instants passèrent dans un lourd silence où aucun d'eux ne parla ni ne bougea. La jeune femme pensa qu'elle avait peut-être un peu forcé sa chance, elle ouvrit la bouche dans une vaine tentative d'expression et la referma aussitôt, ne sachant plus où se mettre. Son embarras ne tarda pas à se manifester, elle sentit ses joues chauffer malgré elle et plongea rapidement son nez dans son verre dans l'espoir d'y noyer discrètement l'écarlate de ses pommettes.

- Au moins autant que toi visiblement, finit-il par susurrer.

- Désolé…

Une partie du visage de l'homme était aussi dissimulée derrière sa boisson, de ce fait seuls ses yeux, traversés brièvement d'un éclat rieur, permirent de laisser savoir qu'il était amusé -ou du moins pas trop en colère. La tension se relâcha sensiblement et quelques secondes supplémentaires s'écoulèrent durant lesquelles Braalaka s'était mise à fixer pensivement la table.

- Je sais, déclara-t-elle subitement.

- Quoi donc?

- Parions. Je vais annoncer les grandes lignes du discours de Shanks. Si j'ai juste vous ne pourrez plus nier et il faudra en discuter sérieusement.

Il sembla évaluer la proposition

- Un pari implique que les deux participants jouent.

- Hmm… Et si j'ai faux j'arrêterai de vous harceler avec mes hypothèses rocambolesques ?

Les lèvres de l'Empereur se plièrent à une commissure pour former un demi-sourire sous sa moustache.

- Ça me va, pari lancé.

Il leva vaguement sa coupe avant de la descendre d'une traite puis étendit ses jambes devant lui en les croisant aux chevilles.

- Parfait. Alors, il vous parlera de sa cicatrise à l'œil, des ambitions de Teach, et vous demandera d'arrêter Ace et abandonner la poursuite. Ah, les rumeurs sur son bras devraient être vraies, aussi.

- Vraiment ? Donc vous serez deux à me harceler avec le même sujet ? dramatisa-t-il d'une voix traînante.»

Elle leva les yeux au ciel et termina le fond de son verre. Finalement elle avait réussit à obtenir un compromis et en était plutôt satisfaite. Ses avertissements avaient été entendus comme elle le souhaitait, bien qu'il ne les prennent toujours pas au sérieux, et même si elle avait tort cela ne serait d'aucune importance et mettrait au moins fin à ses délibérations incessantes. La jeune femme finit par sentir un regard posé sur elle et releva la tête pour constater que Barbe Blanche la dévisageait, il avait retrouvé son expression imperméable habituelle.

« Faire tout ça pourrait te mettre dans une situation délicate, tu en es consciente ?

- Comment ça ? bredouilla-t-elle.

- Admettons que tu aies raison, qu'une guerre éclate. Tu dévoiles des informations à un pirate au lieu de les rapporter au gouvernement, c'est une prise de partit qui peut t'attirer des ennuis.

Elle prit quelques instants pour méditer les paroles de l'Empereur.

- C'est vrai que je n'avais pas du tout réfléchit à ça, en fait j'avais même oublié que vous êtes considérés comme des hors-la-loi, commença-t-elle. … Je veux dire, c'est vraiment bizarre, à aucun moment je n'ai eu l'impression de côtoyer des criminels.

- Et pourtant. Suspendre une bannière noire au bout du mât est suffisant. D'ailleurs il serait faux de prétendre que tous les membres de l'équipage sont exempts de passés délinquants. Nous sommes des pirates et les autres pirates sont encore différents de nous, avec des mœurs différentes, des comportements différents, c'est assez compliqué.

Elle haussa les épaules.

- Je m'en doute bien, aucun fonctionnement n'est totalement manichéen, puis franchement je pense que ma perspective de vos systèmes judiciaires et moraux est bien trop restreinte pour que j'en tire quoi que ce soit d'objectif à redire. Là, à l'instant, je ne regrette pas d'avoir parlé avec vous.»

Le capitaine étira un sourire et s'apprêta à renchérir mais ses mots s'éteignirent dans sa gorge alors qu'il porta un poing mi-serré devant ses lèvres et qu'une sévère quinte de toux fit tressaillir son torse. Braalaka fronça les sourcils et posa son verre sur l'accoudoir du fauteuil en se redressant avec incertitude. La crise avait cessé et l'homme restait immobile à reprendre son souffle, les paupières closes et le front luisant de sueur. Sa respiration était rauque et irrégulière, finalement il abaissa lentement sa main pour regarder sa paume maculée de sang tandis que la jeune femme écarquilla les yeux en voyant une teinte rougeâtre progresser lentement sur la blancheur de sa moustache, sous ses narines. Il se racla difficilement la gorge.

« J'ai bien peur que la conversation s'achève là, somma-t-il d'une voix rauque.

Il se leva et elle l'imita précipitamment en s'approchant de lui, ébouriffée de panique.

- Ç-ça va aller ?! Je peux aller à l'infirmerie et cherch…

Il lui intima le silence d'un geste évasif de la main, elle interrompit sa phrase, s'efforça de se taire et garder son calme, en dardant néanmoins un regard inquiet sur le fin filet de sang qui s'écoulait à présent le long de la mâchoire marquée du Yonko.

- Ne t'inquiètes pas, c'est fréquent. J'ai de quoi traiter ça.»

Il avait parlé d'un ton rassurant mais sa voix était ferme et elle comprit qu'il n'y avait pas d'objection possible. Certainement voulait-il être seul et arranger ça sans que quelqu'un s'en mêle. Un peu décontenancée elle le regarda tourner les talons en fouillant dans une poche de sa cape avec sa main indemne. Tandis qu'il s'engageait dans l'escalier elle eut le temps de le voir, de dos, plaquer un mouchoir contre son nez et il disparut à l'étage. Elle resta immobile encore quelques instant au milieu du hall à écouter les pas s'éloigner comme par peur d'entendre une autre quinte de toux ou un son anormale, puis une porte grinça et claqua. Cela la sortit de sa torpeur, même si elle savait que Barbe Blanche était malade la soudaineté des évènements l'avait surprise. Elle jeta un nouveau regard vers l'escalier, évaluant ce qu'elle devait faire. Clairement l'homme voulait être seul et il avait affirmé pouvoir faire les soins lui même, elle douta qu'il accepterait la visite d'un groupe médical même si elle allait en appeler un au bateau. Elle soupira lourdement, tiraillée entre plusieurs choix, finalement elle songea qu'il serait préférable de respecter sa volonté et laisser couler. Cependant elle se promit de repasser en fin de journée pour prendre des nouvelles et s'assurer qu'il aille mieux.

Le chemin du retour au MobyDick fut moins précipité que l'allée et le brune profita de la marche pour éclaircir un peu son esprit et se préparer mentalement à son entraînement. Au cours des derniers jours elle avait retenu quelques visages de pirates qui se rendaient au dojo aux même heures qu'elle et elle avait été fière de constater qu'on venait parfois lui demander conseil sur certains exercices de musculation ou pour du sparring. Peu importe l'univers, l'ambiance qu'elle aimait tant dans les salles de sport était toujours la même et cela lui mettait du baume au cœur dès qu'elle y entrait.

L'après-midi bien avancée offrait ses lueurs déclinantes qui transperçaient le ciel moutonneux de nuages avant d'aller se fondre au brouillard de givre. Les côtes de la petite île hivernale étaient essentiellement composées d'escarpements rocheux, certains étaient revêtis des pins hauts et frêles supportant des masses de neiges qui semblaient peser bien lourd pour leurs ramures diaphanes. L'atmosphère paraissait voilée, au ras de sol tout était opaque comme si on avait figé un saupoudrement de sucre glace. Le temps avait été plus clément que les jour précédent et des tempêtes de neige ne restaient que ces élévations brumeuses. La couche de glace qui contenait l'océan sous elle avait également faiblit pendant la journée, par endroits elle était assez fine pour être brisée en y lançant une pierre. Sur un flanc de falaise qui surplombait la baie rocheuse un groupe d'hommes émergea d'une cavité. Enroulés de capes jusqu'au menton et encapuchonnés sous des fourrures chaudes ils descendirent du promontoire naturel jusqu'à la plage gravillonneuse et enneigée. La poupe d'un bateau venait se reposer nonchalamment contre le rivage, la coque présentait des teintes différentes, indiquant que la glace l'avait libérée doucement en y laissant des marques plus ou moins humides selon l'évaporation.

« Bah voilà, on est repartis ! lança joyeusement l'un d'eux en retirant sa capuche d'un geste vif.

Une tignasse rousse aux tons presque bordeaux contrasta immédiatement avec la poudreuse qui recouvrait le paysage.

- On a pas encore quitté la baie, fit remarqué un autre homme dont les paroles furent accompagnées d'une expiration de fumée de cigarette.»

Ils remorquèrent quelques affaires en faisant des allez-retours à leur abris temporaire et, une fois l'équipage au complet, ils libérèrent les voiles. Le rouquin prit place à la barre pour négocier la remise en mer. Le navire se dégagea du rivage sans trop de soucis et la prise au vent fut suffisante pour exercer la force de briser la fine glace qu'il restait autours. L'homme à la cigarette avait lui aussi dénoué sa capuche et ses écharpes, dévoilant son visage parcourut d'une cicatrice en croix qui parcourait toute sa tempe gauche.

« Tu penses que ça mènera à quelque chose ?

Il étendit une carte sur le piédestal derrière le gouvernail et s'y appuya d'un coude, face à l'horizon.

- J'espère, mais connaissant le Vieux je ne me fais pas trop d'espoirs.

- Ça fait un bail qu'on les a pas vu, remarqua-t-il en laissant un sourire étirer ses lèvres comme s'il se remémorait un souvenir.

- Ouais… Alors, Hand Island... murmura le rouquin en se penchant sur la carte qu'il examina longuement. C'est pas très loin, si on chope les bons courants on y sera en quelques jours.

- Hm… Hé, tu regardes où tu vas ?

- Oh mais il y a des bases de la Marine le long du trajet, tu pourras dire aux gars de faire des tours de garde à la vigie ? Ils ont sûrement espionné l'appel.

- Shanks ! Regarde la mer bordel ! s'écria le balafré.

Le Roux sursauta et eut juste le temps de braquer le gouvernail. Ils frôlèrent de très près un récif dont le pic sortait dangereusement au dessus des flots.

- Ouh c'est pas passé loin, s'amusa le capitaine.»

Il s'esclaffa en voyant l'expression profondément blasée de son second qui n'eut même pas la force d'ajouter quoi que ce soit.


Note de l'auteure :

Eh voilà pour ce chapitre, j'espère que vous aurez pris plaisir à le lire ^^

N'hésitez pas à me laisser vos impressions, les reviews sont précieuses :D!

A la prochaine, portez vous bien!