« Désolé pour la patate, l'occasion était parfaite je pouvais pas la laisser passer ! Moi c'est Martin… Attends j'vais t'aider, ça va ?
L'adversaire de Braalaka ainsi que quelques personnes situées dans le public derrière elle la soutinrent pour l'aider à se relever. En se remettant sur ses jambes elle passa une main sur sa mâchoire, là où le coup l'avait touchée, et massa avec précaution.
- Hmpfh...Ouais… fit-elle encore groggy.
Ce qui l'étourdissait était plutôt la surprise que l'impact du crochet, ce dernier n'allant probablement laisser qu'un bleu de surface pendant quelques jours.
- Comment t'as fait ? C'est une technique spéciale ?
- De quoi ? J'ai rien compris à ce qu'il s'est passé, c'était du 'haki' sur ton poing ?
- Oui, et il a disparut quand je t'ai touché ! J'ai jamais vu ça ! T'as fruit du démon ?
- Hein ? Non, j'ai vraiment rien fait…
La jeune femme tâta sa joue une seconde fois au cas où il y aurait effectivement eu quelque chose d'étrange avec elle, sur elle, à cause d'elle ou peu importe, mais cela raviva seulement la douleur en appuyant dessus. Le pirate ouvrit la bouche prêt à lâcher un nouveau flot de questions, qui fut coupé par l'arrivée d'Artie qui dispersait la foule devant elle avec son chariot.
- Allez, on circule après les combats, ne restez pas au milieu du passage !
Elle saisit Braalaka par le coude et l'embarqua dans son sillon. L'allée qu'elle ouvrait se reformait immédiatement derrière son passage, elles disparurent rapidement dans la masse du public.
- Tu t'es bien débrouillée, je ne savais pas que tu boxais comme ça.
- Merci, ça fait des années que je m'entraîne… Mais bon, j'ai perdu bêtement.
- Ça arrive, on ne peut exceller à chaque fois. Ça va ta joue ? Tu veux des glaçons ?
- Oui je veux bien.
La rousse la mena sur l'extérieur des gradins, où des groupes de personnes assistaient à l'évènement assis sur les caisses et les tonneaux, c'était moins tumultueux qu'au milieu de la place. Morau était également présent. Une compresse blanche maintenue par deux bandes de sparadrap ornait son front. En son centre une tâche brunâtre transparaissait.
- Tu as participé aussi ? demanda Braalaka en approchant pour s'adosser à une caisse.
- Et pas qu'un peu, je me suis battu comme un lion ! fit-il belliqueux en désignant son pansement. Mon adversaire était très fort et…
- Il a juste glissé sur un fourreau qui traînait par terre, lança Artie tout en tapotant les parois d'un seau de glace pour en détacher quelques fragments.
- Mon moment de gloire ! geignit l'argenté.
Il fit mine de se détourer d'un air boudeur, la brune ria et secoua doucement la tête.
- Braalaka ?
Elle reconnu sans peine la voix rauque et forte de Barbe Blanche. Tourner la tête fut suffisant pour le repérer, il avait quitté le bar et se tenait à la bordure de la place. Ses sourcils étaient froncés et son front barré de deux rides du lion qui figeaient sa préoccupation sur son visage.
- J'aimerais te parler.»
La jeune femme lança un regard aux autres pour chercher une explication à cette demande, ils ne semblaient pas plus éclairés puisqu'ils renvoyèrent la même œillade. Elle s'excusa brièvement et leur faussa compagnie pour se diriger vers l'Empereur. Il attendait avec de son habituelle posture stoïque, pourtant Braalaka sentit comme une tension. La façon dont les tissus de sa mâchoire se dessinaient sous la peau ferme de ses joues laissait penser que son humeur n'était effectivement pas du côté de la jovialité. Cela s'avérait inquiétant, d'autant plus que l'euphorie de l'évènement accentuait le contraste. Que pouvait provoquer une telle expression ? Des scénarios-catastrophe à base de Ace et de Marine fusèrent dans le cerveau de Braalaka qui s'empressa de les refouler. Elle s'arrêta devant lui.
- Quelque chose ne va pas ? fit-elle avec un brin d'appréhension.
Il laissa son regard d'ambre couler sur elle comme pour la jauger, pensif.
- Ne t'alarmes pas, commença-t-il, mais nous allons peut-être devoir changer les plans.
Braalaka fronça les sourcils. D'un soubresaut du menton l'Empereur désigna Shanks. Celui-ci se resservit une coupe puis pivota sur son siège pour les observer de loin.
- J'ai quelques questions à te poser. Le Roux et moi avons vu quelque chose d'étrange à propos du haki lors de ton dernier combat, qu'est-ce que tu as fait ?
- Mais je n'ai rien fait ! répéta la brune pour la énième fois.
- Alors tu n'as pas conscience d'avoir agit dessus ?
- Je ne sais même pas ce qu'il s'est passé. C'était la première fois que je voyais ça, j'ai bloqué mon champ de vision en montant ma garde.
Barbe Blanche soupira. Encore une situation délicate.
- Pour faire simple le haki est une sorte 'd'énergie vitale' présente en chaque personne. Selon leurs habilités certains parviennent à l'utiliser, ça donne le haki de l'armement, de l'observation et du conquérant. Tu as vu la plaque noire sur le poing de Martin?
- Oui.
- C'était la forme de l'armement. Le haki et son utilisation dépendent uniquement de l'esprit, c'est impossible de 'l'annuler' chez quelqu'un comme on le ferait avec un pouvoir de fruit du démon et du granit marin.
Il marqua une pause et regarda la réaction de la jeune femme qui se contentait de l'écouter en plissant les yeux.
- La seule chose qui peut expliquer un échec du haki est la fatigue psychologique de son utilisateur. Ton adversaire n'en était qu'à son deuxième combat et vu la surprise sur son visage ce n'était pas normal qu'il perde son armement.
- C'est vrai qu'il m'en a parlé, fit-elle en haussant les épaules, mais ça ne change rien au fait que je n'ai rien fait.»
- Tu n'as peut-être rien fait volontairement mais il est probable que le phénomène soit lié à toi.
Le Yonko tendit le bras devant elle. Le bout de ses doigts se couvrirent d'une enveloppe noire luisante comme du métal, qui s'étendit doucement le long de sa main jusqu'à recouvrir tout son avant bras. Braalaka écarquilla à nouveau les yeux devant ce phénomène. Sa première envie avait été de reculer mais elle s'abstint par curiosité et se pencha légèrement pour lieux détailler l'espèce de bouclier d'ébène opaque.
« Pourrais-tu essayer de le retirer ? demanda-t-il calmement.
- Euh, oui… Je ne garantis rien.
Elle fixa le bras de Barbe Blanche, qui attendait patiemment. Rien ne se passa. Elle fronça les sourcils.
- Je dois faire quelque chose en particulier ? hésita-t-elle.
- Je ne sais pas, tu as dit ou pensé quelque chose de spécifique pendant ton combat ?»
Tout s'était déroulé à la vue du haki, elle avait redouté un impact très puissant et souhaité vivement amortir le choc en s'aidant de ses gants. La brune repassa ces images dans sa tête afin de retrouver cette volonté. Son regarda son posa à nouveau sur son interlocuteur. Toujours rien. Sa concentration était moins intense qu'auparavant, elle le sentait, comme si l'intention de réagir ne portait plus assez étant donné qu'aucun coup n'arrivait. Braalaka posa la main sur l'avant-bras du Yonko. Elle réessaya. L'armement disparut aussi soudainement qu'une bulle de savon qui éclate. La jeune femme hoqueta de surprise et lâcha son bras.
« C'était donc bien ça, déclara-il d'une manière indiquant qu'il s'y attendait parfaitement.
- Qu'est-ce que c'est ?! Ça ne vous a pas fait mal ?! C'est vraiment moi qui ai provoqué ça ?! s'emporta-t-elle.
- Calme toi Miss, ça n'avancerait à rien de paniquer. Non ça ne fait pas mal, et oui c'est bien toi qui as fait ça.»
C'est par un silence complet qu'elle s'exprima cette fois, le dévisageant avec de grands yeux pleins d'incompréhension et de frayeur, comme si elle ne comprenait même plus ce qu'il disait. Cette expression et teint pâlot qui s'installait sur son visage, sûrement due à une chute de tension, la fit ressembler à celle qu'elle était lorsqu'elle fut découverte sur le navire.
« ...Et c'est grave ? finit-elle par susurrer d'une petite voix.
- C'est compliqué. Tu possèdes une capacité jamais vue, seulement évoquée dans les légendes.
- Comment ça ?
- Est-ce que tu connais des choses sur les armes antiques ?
- Euh… Il y en aurait trois… Et elles seraient liées aux siècles oubliés et aux ponéglyphes.
- C'est tout ?
- Oui, là où j'en étais dans le livre on n'en savait pas plus. Pourquoi ? s'inquiéta-t-elle.
- Parce qu'au regard de la situation il est temps que tu en apprennes un peu plus.
Il désigna Shanks d'un hochement de tête.
- Il est de la poignée de personnes capable de discuter le sujet, ça ne te gênerait pas qu'il s'en mêle?
- Non, peu importe.»
La préoccupation majeure de Braalaka était surtout de comprendre ce qui lui arrivait, un pirate de plus ou de moins à l'équation ne l'inquiétait même plus. Elle suivit Barbe Blanche jusqu'au bar sans prêter attention à ses pas, comme si sa méditation la sortait de son corps. Le soleil était haut dans le ciel. Elle s'adossa à une extrémité du comptoir, la plus éloignée du Roux qui l'observait, Barbe Blanche récupéra sa boisson et tira un tabouret pour rester au milieu de manière à ce qu'ils se voient tous.
« Enchanté, moi c'est Shanks !
Le rouquin se pencha et tendit la main, le visage illuminé d'un large sourire. Avec sa barbe de trois jours, sa chemise déboutonnée, son bermuda et ses tongs il avait l'air d'un parfait touriste.
- Braalaka.
Alors qu'elle tenta de mettre fin à la poignée de main la prise du jeune capitaine ne desserra pas, au contraire il la tint plus fermement tandis que son regard se fit perçant.
- Lâche moi, gronda-t-elle.
Il s'exécuta immédiatement face au ton vénéneux de sa voix.
- Alors tu peux résister à une décharge directe de haki du conquérant, c'est impressionnant ! C'est pour ça que tu étais encore debout tout à l'heure, je voulais vérifier…
- Cesse de l'utiliser sur elle, on ne sait pas les conséquences que ça pourrait avoir, souffla Barbe Blanche avec une œillade de réprimande. Tu vas bien ?
- Oui, merci.
Là encore elle n'avait rien senti ni rien fait volontairement, elle examina brièvement sa main : rien d'inhabituel. Les deux Yonkos échangèrent un silence entendu et Shanks bu une dernière rasade d'alcool avant de s'éclaircir la gorge.
- Je vais faire court : demoiselle, il y a des chances pour que tu sois une arme antique.
-… Pardon ?
Elle lança un regard de détresse à son hôte, l'expression parfaitement sérieuse de celui-ci la déconcerta encore plus.
- Quand j'étais môme j'ai navigué sur le bateau de Roger. Je n'ai pas embarqué pour la dernière expédition mais j'étais là pendant les recherches de ponéglyphes. Parmi toutes les infos qu'on a déchiffrées, il y a des légendes sur trois armes, sur leur localisation et leur pouvoirs.
Elle ne commenta pas, se contentant d'écouter avec une mine déconfite et suspicieuse.
- Nous pensons que ces 'armes' sont en réalité des humains dotés de capacités particulières, continua Barbe Blanche. Il y a quelques décennies, juste avant son départ, Roger et moi avons discuté de tout ça. Sa théorie était que la princesse Shirahoshi en soit une aussi.
- C'est par rapport à ça que tu as revendiqué l'île des hommes poissons comme ton territoire ? demanda Shanks.
- C'est une raison oui, et surtout pour rendre la pareille à Neptune qui m'avait bien aidé dans ma jeunesse.
- Ah oui… Je crois qu'elle fait une syncope.
L'enchaînement combats de boxe et révélations improbables ne réussissait pas à la jeune femme dont le teint avait pâlit, de petites perles de sueurs se formaient sur son visage exsangue. Le barman réapparut derrière le comptoir pour y poser un nouveau, qu'elle ne remarqua pas tant elle était absorbée.
- Admettons que ce soit vrai, qu'est-ce qui vous fait dire que ça me concerne ?
- Agir sur la matière, agir sur l'esprit, agir sur les êtres, énuméra le rouquin. Tu correspondrais bien à la deuxième proposition puisque ton pouvoir interfère avec le haki.
Elle ne répondit pas.
- Ça me paraissait important que tu le saches, termina l'aîné.
Un silence s'installa. Barbe Blanche jeta un regard à Shanks qui termina sa coupelle et glissa prestement de son tabouret.
- C'est pas tout ça mais je vais retourner voir mes lascars. Eh, le Vieux, peu importe ce qui se trame dans le monde il faut s'y préparer, souffla-t-il.»
Le capitaine s'éloigna en balançant sa cape sur ses épaules qui ondula au dessus des pavés, il secoua brièvement la tête pour former un rideau de mèches grenat devant ses yeux et les prévenir du soleil.
« …'L'une viendra d'un océan bleu, l'autre d'un océan infini, et la dernière d'un océan inexistant' : ce sont les prophéties d'origine des armes antiques'.
- Qu'est-ce que tout cela implique ? soupira la brune qui se sentait perdue et groggy.
- Je ne sais pas, avoua le Yonko. Peut-être que Neptune connaît d'autres éléments. J'aurais bien une proposition à te faire, mais est-ce que tu veux creuser ça ?
-… Ça fait beaucoup d'un coup. Sa voix trembla. Je vais y réfléchir.
Il hocha la tête avec compréhension. Il tourna la tête vers la foule toujours plus compacte au milieu de la place, qui se rendit soudain bruyante : les finales devaient approcher.
- Je serai dans ma cabine ce soir. Pour l'heure tu devrais trouver un peu de glace.»
Braalaka fronça les sourcils quelques instants avant de porter la main à son menton. Un bleu devait s'être formé sous sa peau encore bouillante à cet endroit, elle n'y avait plus pensé. Elle regarda autours d'elle puis s'empara du verre sur le bar qui lui était adressé afin de le coller à sa joue avec nonchalance.
