Chapitre 1 - Lucius

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1 an plus tard

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Étonnement, la sentence n'avait pas été si dure que cela. Lucius avait été surpris.

Non seulement, il avait échappé à Azkaban, mais il avait aussi pu garder le manoir et la plupart de ses biens. Le ministère lui avait même laissé quelques-uns de ses elfes de maison. Certes, il était confiné chez lui la plupart du temps et ne pouvait quitter son domaine qu'à des heures très précises, mais il était devenu très solitaire depuis la mort de Narcissa, de nombreuses années auparavant, aussi cette punition ne lui faisait ni chaud ni froid.

Lucius s'était toujours dit que le Ministère était d'une rare incompétence et son simulacre de procès avait confirmé tous ses préjugés. Ne fallait-il pas être totalement abruti pour ne pas condamner à mort le bras droit du Seigneur des Ténèbres ?

Il revoyait encore les membres du jury chuchoter entre eux en lui jetant des coups d'œil inquiets et il n'avait eu qu'une envie en les voyant agir de la sorte : leur lancer un bon crucio au visage.

Il n'avait pas minimisé ses actions. Il avait raconté, devant une salle d'audience accrochée à ses lèvres, toutes ces choses innommables qu'il avait fait à la demande de son Maître. Il leur avait montré la marque sur son bras. Il n'avait gardé pour lui que… ce qu'il avait estimé nécessaire de ne jamais révéler.

Aussi, quand ils avaient annoncé la sentence, Lucius avait grimacé un sourire désabusé. Quelle bande de pantins ridicules. Il n'était pas étonnant que la société sorcière se délite, avec des clowns pareils au pouvoir.

Il ne savait pas vraiment pourquoi il tenait tant à être puni pour toutes les actions qu'il avait faites. Peut-être en avait-il tout simplement marre. De la politique, de la guerre, de la vie. Peut-être attendait-il juste qu'une âme charitable mette, une bonne fois pour toute, fin à son existence. Parce qu'il était trop couard pour le faire lui-même.

Alors peut-être que le baiser d'un détraqueur lui avait semblé être la meilleure option.

Quand Narcissa avait été tuée devant lui, il n'avait pas fait un geste pour retenir son corps frêle qui s'affaissait au sol. Il était resté debout, les bras ballants, la bouche stupidement ouverte, comme si son cerveau n'arrivait pas à comprendre, à assimiler, ce qui venait de se dérouler sous ses yeux.

Il avait aimé sa femme.

Peut-être pas comme un époux, mais plutôt comme une bonne amie. Ils se connaissaient depuis si longtemps qu'il avait trouvé cela très naturel pour eux de se marier. Après tout, ils avaient grandi ensemble et avaient été promis l'un à l'autre dès leur plus jeune âge. Il ne s'était jamais questionné sur ce qu'il ressentait vraiment pour elle. Sur ce que le mot amour signifiait. Ce n'était pas ce qu'on attendait de lui. Il n'existait que pour prolonger la lignée des Malfoy.

Et c'était exactement ce qu'il avait fait.

Quand Narcissa était morte, il s'était senti désespérément seul. Abandonné au reste du monde. Sa meilleure amie venait de le laisser, lâchement. Comment était-il sensé vivre après cela ? Comment pouvait-il encore continuer, sans elle ?

Il haïssait son Maître. Oh il le haïssait de tout son cœur. Il rêvait la nuit qu'il le torturait à l'infini. Qu'il lui faisait endurer en une fois toutes les souffrances qu'il avait causé. Qu'il le rendait fou de douleur. Mais, malgré cela, Lucius était incapable de quitter la dernière chose qui le liait à sa femme et qui le retenait encore à cette terre.

Tout cela parce qu'il manquait affreusement de courage.

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Il avait profité, ce jour-là, d'une heure de liberté pour se rendre chez le bouquiniste. C'était une petite boutique plutôt discrète, coincée entre deux commerces de souvenirs attrape-touristes. Il aimait la discrétion que cet antre lui offrait.

Lorsqu'il avait poussé la porte en bois massif, la petite clochette avait tinté pour annoncer son entrée. L'air à l'intérieur était empreint de l'odeur particulière des vieux livres : un mélange de papier ancien, de parchemin, de cuir usé et de poussière.

Lucius adorait cette odeur.

Les murs étaient recouverts d'étagères du sol au plafond, chacune bourrée de livres aux couvertures délavées et aux pages légèrement écornées. Il y avait des ouvrages de tous types, principalement des éditions anciennes, pas nécessairement précieuses. Certains volumes arboraient des reliures en cuir craquelé, ornées de motifs dorés à moitié effacés, tandis que d'autres avaient des couvertures en toile grossière, usées par le temps et les mains des lecteurs précédents.

La librairie en elle-même ressemblait à un labyrinthe dans lequel Lucius aimait se perdre.

La lumière naturelle pénétrait timidement à travers les fenêtres poussiéreuses, jetant une lueur dorée sur les livres et créant une ambiance feutrée qui intimait le silence. Il y avait quelque chose de profondément apaisant dans cette boutique ; le temps paraissait s'y être arrêté et il semblait, au visiteur égaré, que tout pourrait s'y réaliser.

Lucius Malefoy errait donc entre les étagères, son regard cherchant distraitement un livre en particulier. Ses doigts glissaient sur les reliures usées, effleurant les dos sur lesquels les titres avaient été gravés en lettres dorées. Quand il repéra enfin l'ouvrage qu'il cherchait, il tendit la main et ses longs doigts frôlèrent par inadvertance ceux d'un autre lecteur qui semblait vouloir atteindre le même livre.

Surpris, Lucius recula légèrement et ses yeux se posèrent sur l'homme qui se tenait à côté de lui. Son cœur manqua un battement. Deux émeraudes le regardaient avec surprise : « Pardon. - murmura Harry en retirant sa main - Je vous en prie, je vous laisse le livre. »

Lucius cru qu'il ne pourrait jamais contenir le tremblement de sa main.

Il se composa un masque impassible et hocha légèrement la tête en direction de l'autre homme : « Merci. »

Il n'aurait jamais espéré le revoir. Encore moins ici. Il repensa à cette journée d'été où il avait… peu importe, cela n'avait plus d'importance. Ils n'étaient plus que deux inconnus et tout cela n'était… que la plus pure des coïncidences.

Ils se regardèrent un long moment, immobiles, ne sachant trop quoi dire. Harry sembla sur le point de parler, mais des voix se firent entendre à l'entrée de la librairie : « Où est-il passé ? Vous l'avez vu ? Monsieur Potter ? Monsieur Potter, juste un mot ! Juste une photo ! »

Des journalistes entraient déjà dans la boutique, leurs regards avides balayant la pièce. Harry tourna la tête, paniqué à l'idée d'être reconnu et Lucius ne put s'empêcher de s'en mêler : il ne pouvait pas permettre que l'on voit le petit héros du monde sorcier en compagnie de l'ancien bras droit du Seigneur des Ténèbres.

« Venez. » dit-il doucement en tirant Harry par le bras vers un coin sombre, à l'abri des regards indiscrets.

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Agir sous le coup de l'impulsivité n'avait jamais réussi à Lucius. Il était homme à mûrir lentement un projet, élaborant chaque partie de manière consciencieuse, vérifiant chaque conséquence de chaque action. Pourtant, à chaque fois qu'il se retrouvait seul avec Harry, cela finissait systématiquement en... en n'importe quoi.

Preuve en était que, s'ils avaient bien réussi à échapper aux journalistes, ils se retrouvaient maintenant acculés dans un recoin bien trop étroit pour deux adultes. Lucius, plaqué contre une étagère, sentait la main d'Harry fermement appuyée contre son torse et l'odeur un peu fruitée du shampoing du jeune homme lui chatouillait le nez.

Il avait la furieuse envie d'y enfouir son visage.

Il détourna la tête, un peu agacé par son propre manque de retenue. Comment cet homme pouvait-il provoquer en lui de telles réactions ? Il aurait voulu dire quelque chose pour rompre la tension, mais les mots lui manquaient. Il se contenta de respirer profondément, tentant de calmer le tumulte intérieur qui menaçait de le submerger.

Harry, quant à lui, semblait concentré sur l'entrée de la librairie, prêt à agir à la moindre alerte. Quand tout danger sembla passé, le jeune homme prit conscience de la position compromettante dans laquelle ils se trouvaient et se recula vivement, comme s'il avait été brûlé.

« Oh ! Je suis désolé ! Je ne voulais pas paraître impoli. Ces journalistes... Oh bon sang ! - Il passa une main nerveuse dans ses cheveux. - J'ai essayé toute la journée de les esquiver. Je vous remercie. Sans votre aide, ils m'auraient trouvé. »

Lucius acquiesça en silence et ils se regardèrent un long moment sans rien dire. Enfin, Harry brisa le silence : « Bon. Heu... je... je vais y aller alors. » Il fit un pas en arrière mais Lucius le retint d'une main.

« Attendez ! Je... »

Harry lui lança un regard interrogateur et Lucius se morigéna mentalement. « Je voulais dire... puisque vous me cédez le livre qui vous intéresse, peut-être accepteriez-vous que je vous en conseille un autre ? »

Le sourire d'Harry fut éblouissant : « Avec plaisir, monsieur... ? »

Lucius grimaça : « Inutile d'échanger nos noms, n'est-ce pas ? De toute façon, nous ne nous reverrons pas... »

Harry ne répondit pas, mais le regard qu'il lui lança fut si ambigu que Lucius eut du mal à discerner quelle émotion le traversait.

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Chapitre 2 - Harry

Harry reboucha avec humeur son stylo et le lança d'un geste désinvolte sur les copies étalées sur son bureau. Les feuilles s'éparpillèrent légèrement sous l'impact, mais il n'y prêta pas attention. Il n'arrivait pas à se concentrer aujourd'hui, ça ne servait à rien de s'acharner.

Le bruit d'une goutte qui tombait régulièrement dans un coin de la salle le crispait affreusement. La migraine était proche. Il avait envie de renverser le bureau devant lui, de mettre sans dessus dessous les chaises et les tables de la pièce.

Bref, de tout détruire.

Il leva son regard au plafond, suivant des yeux les motifs aléatoires des fissures dans le plâtre, et laissa ses pensées s'envoler.

Il était séduisant pourtant, n'est-ce pas ? Oui. Bien sûr. Il savait qu'il l'était. S'il s'en donnait la peine, il pouvait obtenir qui il voulait. Il n'y avait pas que l'aura de héros du monde sorcier ; son physique valait lui aussi le coup d'œil.

Le quidditch, déjà, mais aussi son entrainement quasi-militaire pour le préparer à la guerre, avaient rendu son corps plus solide que du marbre. Ses muscles se dessinaient sous sa peau dorée par le soleil comme si ils avaient été gravés au burin. Et qui ne voudrait pas passer une main dans ses cheveux indomptables qui retombaient sur son front avec un charme désinvolte ? Fallait-il seulement parler de ses yeux émeraude, capables de sonder l'âme de quiconque les croisait ?

Il savait qu'il pouvait se montrer parfois un peu égocentrique. Il avait appris à le devenir, plus précisément. Fini le manque de confiance en lui, il était capable, désormais, de s'adapter à chaque personne qu'il côtoyait.

Timide, assuré, comique, passionné ou sérieux, il pouvait il pouvait endosser n'importe quel rôle, il suffisait de demander. Et ça fonctionnait, la plupart du temps. Les gens voyaient en lui ce qu'ils voulaient voir, et il les laissait croire à cette illusion.

Il grinça des dents.

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Un coup timide retentit sur la porte et Dean, un collègue, entra : « Bonjour Harry… »

Harry hocha vaguement la tête dans sa direction, espérant que son manque d'enthousiasme dissuaderait l'intrus de prolonger sa visite, mais cela ne découragea pas l'homme : « Je suis venu t'apporter quelques notes sur l'évacuation des locaux en cas d'incendie… »

Harry récupéra les feuilles et grommela un remerciement à peine audible. Il sentait la frustration lui dévorer les tripes quand il repensait à ce qu'il s'était passé dans la librairie. Comment cet homme pouvait-il…

Cette indifférence le rendait fou.

Dean se tortilla sur lui-même, un peu gêné, et Harry reporta son attention sur lui. Il espérait n'avoir pas perdu la main. Il suffisait de vérifier, non ? Il lança un sourire charmeur à son collègue et ce dernier s'embrasa jusqu'à la racine des cheveux.

Bien.

CQFD.

Le problème ne venait donc pas de lui. Alors pourquoi ça ne marchait pas ? Aurait-il dû être plus incisif, plus rentre-dedans, lors de leur rencontre ?

« Je te remercie, Dean. Est-ce que je peux faire quelque chose d'autre pour toi ? »

Il crut que le jeune homme allait tourner de l'œil : « Je… je… je me demandais si tu faisais quelque chose ce week-end ? »

Le regard d'Harry se durcit imperceptiblement, mais sa voix resta aussi douce que du velours : « Oui, je vais chasser un peu, à la campagne. »

« Oh. – l'autre sembla déçu. – Et ce soir ? Je me demandais si… si tu étais libre pour prendre un verre avec moi ? »

Harry inspira profondément, cherchant à tempérer sa frustration grandissante : « Je suis désolé, Dean, mais j'ai déjà Rendez-Vous avec Drago, ce soir. J'ai… un problème que j'aimerai bien régler. Une autre fois, peut-être ? »

Son collègue acquiesça vivement, le visage empourpré par l'embarras, « D'accord. Une autre fois, alors. » avant de faire demi-tour sans demander son reste.

Harry soupira, se massant les tempes.

Il avait clairement besoin de vacances.

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