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Chapitre 3 - Lucius
Lucius jeta avec agacement la lettre dans le feu. Il adorait son fils, réellement. Mais parfois, il avait juste la furieuse envie de le déshériter sans attendre. Il se sentait mis au pied du mur et il détestait ça.
Père,
J'espère que vous vous portez bien.
Récemment, un ami proche m'a signifié avoir perdu son appartement. Je sais que le Manoir vous semble parfois grand pour vous seul, aussi lui ai-je proposé de vous louer temporairement l'une des chambres libres du domaine.
Ne vous inquiétez pas pour ses références, je les ai moi-même vérifiées. C'est un homme sérieux, avec un travail fixe (il est enseignant à Poudlard) et il ne vous importunera pas tant que vous ne le souhaitez pas.
Je ne peux pas vous en dire plus, mais sachez que je me porte entièrement garant de lui.
Je vous remercie d'avance de l'accueil que vous lui réserverez. Il arrivera dans la matinée de samedi.
P.S. Pourriez-vous me faire parvenir deux pots de votre dernière gelée de groseilles ? J'ai fini ce qu'il me restait et j'ignore si je pourrais m'en passer encore longtemps.
Je vous embrasse,
Drago Malfoy
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Lucius regarda la pendule du salon : 11 heures. Pourquoi ne recevait-il cette lettre que maintenant ? Il devait immédiatement envoyer une réponse de refus. Il était encore temps. De toute façon, il était hors de question d'héberger un invité inopportun chez lui. Il avait beau être en confinement, il n'avait aucune obligation de recevoir qui que ce soit.
Il n'avait aucune envie de partager son chez lui avec un inconnu. Mais à quoi pouvait donc bien penser Drago ? (Si tant est qu'il pensait...)
Il venait à peine de saisir une plume que Dibsy, son elfe de maison, apparut dans un « pop » caractéristique et s'inclina devant lui : « Pardonnez-moi, Maître, mais un jeune homme est à la porte. Il dit qu'il vient de la part du jeune Maître, Monsieur. Il dit que vous l'attendez probablement. »
Lucius sentit son sang bouillir en lui. Il se dirigea à grandes enjambées vers la porte d'entrée. Il était prêt à livrer bataille pour ne pas se laisser envahir par des parasites.
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L'instinct combatif de Lucius ne fit pas long feu, car c'était Harry Potter en personne qui l'attendait sagement dans le hall, une grosse valise à la main. L'homme se figea quand Harry tourna son regard émeraude vers lui.
« Oh ! Bonjour ! Je vous reconnais, vous êtes mon inconnu de la librairie ! Monsieur Malfoy, c'est cela ? Vous ressemblez terriblement à Drago. »
Lucius tenta de reprendre contenance. Il ne pouvait pas, absolument pas, héberger Harry Potter chez lui ; il n'avait certainement pas fait tous ces sacrifices, un an auparavant, pour retomber dans les mêmes travers.
Il n'avait pas voulu savoir ce que son ancien coéquipier devenait, il avait tenu, tout ce temps, luttant contre lui-même pour oublier tout ça. Chaque jour avait été une bataille pour repousser les souvenirs, pour étouffer les sentiments qui menaçaient de refaire surface. Il ne voulait plus y penser. Alors pourquoi le destin s'acharnait-il si cruellement sur lui ?
« Écoutez, monsieur Potter... »
« Harry. » corrigea distraitement le jeune homme qui regardait avec intérêt la décoration sophistiquée du hall.
Lucius soupira. « Écoutez, Harry, je suis navré, croyez-moi, de vous savoir sans logement, mais à propos de vous héberger ici... »
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'Harry lui adressait déjà un sourire éclatant. « Je ne sais comment vous remercier ! Dire que j'étais prêt à dormir dehors ce soir ! »
Lucius grinça des dents. « Oui, je... Écoutez, j'irai droit au but. Je ne peux pas vous loger. Mon imbécile de fils s'est engagé sans demander préalablement mon avis et je... »
« Oh. - Le sourire d'Harry s'effaça. - Oh, je suis désolé. Je... j'avais pensé que... ne vous inquiétez pas, je trouverai une solution... je... un type que j'ai croisé tout à l'heure m'a proposé de... de me trouver un lit. Il ne m'inspirait pas vraiment confiance mais je suppose que je n'ai plus vraiment le choix. - Il reprit sa valise et fit mine de partir. - Je suis désolé de vous avoir importuné, Monsieur Malfoy. »
Il avait l'air si piteux que Lucius tendit une main vers lui. « Monsieur Potter... - Harry se retourna - Attendez. Ne me dites pas que vous comptez aller chez un inconnu croisé par hasard au coin d'une rue ? »
Harry leva sur lui de grands yeux innocents : « Ce n'est pas comme si je pouvais faire autrement… »
Lucius pinça avec agacement l'arrête de son nez : le jeune homme avait toujours été naïf et inconscient et ce caractère le crispait parfois profondément. Quand Harry disait qu'il était prêt à suivre un inconnu ou à dormir à la belle étoile, Lucius imaginait tout de suite le pire. Enlèvement, séquestration ou pire encore… Il ne pouvait pas laisser faire… Harry avait peut-être dans les 25 ans, mais il agissait parfois encore comme un adolescent.
« Comment vous êtes-vous retrouvé à la rue ? »
Harry fit une moue gênée et passa une main nerveuse dans ses cheveux : « Disons que… que j'ai du mal avec tout ce qui est administratif. Alors il se peut que j'ai… oublié… de payer quelques mois de loyer ? »
Lucius soupira, exaspéré, et finit par céder : « Très bien. Vous pouvez rester. Mais cette solution est temporaire, vous m'avez bien compris ? »
Harry lui adressa le plus éblouissant des sourires : « Merci ! Vous ne le regretterez pas ! »
Et Lucius eut la fâcheuse impression qu'il venait de se faire avoir.
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Chapitre 3 – Harry
Harry se laissa tomber sur le lit. Ha ! Lucius ne s'était pas moqué de lui, c'était certain. La chambre était parfaite, tout simplement : spacieuse, décorée avec goût et d'un raffinement évident… il aurait pu rester ici toute sa vie.
Un sourire involontaire apparut sur ses lèvres. Il n'y avait aucune comparaison possible avec le minuscule placard qu'il avait connu pendant tant d'années chez les Dursley. Ici, tout était fait pour le bien-être et la sérénité, loin des murs étroits et du plafond bas de son ancienne 'chambre'. Quant au loyer, il était dérisoire et, si Harry avait eu une nature un peu plus suspicieuse, il se serait demandé si, par ce geste, le beau blond n'essayait pas de se faire pardonner quelque chose.
Le jeune homme se redressa légèrement, s'appuyant sur ses coudes pour mieux observer son nouvel environnement. Il n'avait jamais connu un tel luxe, une telle opulence. Il aurait pu se le permettre, bien sûr, mais il n'en voyait pas l'intérêt. Un matelas pour dormir, une couverture, éventuellement une lampe de chevet… il n'avait guère besoin de plus.
Il se leva pour explorer la pièce et s'approcha ensuite de la fenêtre, tirant légèrement les rideaux pour jeter un coup d'œil à l'extérieur. Le jardin en contrebas était tout aussi impeccable, avec des haies taillées et des fleurs éclatantes de couleurs. Il pouvait presque entendre le chant des oiseaux et sentir le parfum des roses qui montait jusqu'à sa chambre.
Il soupira. Ce n'était certes pas très honnête, mais il n'avait pas trouvé d'autre solution.
Il pensa un instant à ses élèves. Il retournerait à Poudlard lundi, ça lui laissait un peu le temps de trouver ses marques au Manoir. Il s'était attendu à ce que Lucius soit plus vindicatif, qu'il ait besoin de négocier, d'argumenter, de supplier peut-être même, pour pouvoir rester. Pourtant, un simple tout petit mensonge était passé comme une lettre à la poste. Bien entendu, absolument personne n'avait proposé à Harry de le loger. Et bien entendu, il ne se serait jamais rendu si facilement sans combattre. Puisqu'il avait décidé qu'il habiterait ici, alors c'était exactement ce qui allait arriver.
Il se dirigea en sifflotant vers la salle d'eau, déposa ses vêtements au sol et s'engouffra dans la douche. Il laissa durant plusieurs minutes le jet d'eau chaude couler le long de son dos.
Quand il eut fini de se laver et qu'il ressortit, ses habits avaient disparu.
« C'est une blague… » Grommela-t-il en nouant une serviette autour de sa taille. Il fouilla de fond en comble sa chambre, mais ils s'étaient tout bonnement envolés.
Harry se doutait de ce qui était arrivé. Le mystère ne semblait pas compliqué à résoudre. Il voyait mal Lucius se glisser dans sa chambre pour lui chaparder ses affaires et ces dernières n'étaient pas parties de leur propre volonté…
Il haussa un sourcil amusé : cette situation lui ouvrait tout un panel de possibilités. Il n'avait qu'à… en profiter. Il sortit de sa chambre et prit la direction du salon principal.
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Harry était certain que Lucius avait légèrement pâlit en le voyant débouler, à moitié nu, dans le salon. La peau de l'homme, pourtant déjà terriblement pâle, prit une teinte diaphane, presque transparente, et il écarquilla les yeux de surprise avant de se reprendre aussitôt.
Harry connaissait par cœur ce masque d'indifférence. C'était plutôt intéressant à voir.
« Monsieur Potter… »
« Harry. » corrigea calmement Harry sans le quitter des yeux.
« Quelle performance artistique essayez-vous donc de réaliser ici ? Vous apprendrez que, sous mon toit, une tenue correcte est exigée, notamment lorsque l'on se rend dans les espaces communs. J'apprécierai que ma demeure ne devienne pas… un lupanar, si vous voyez ce que je veux dire. »
Harry émit un ricanement rauque et Lucius leva vers lui un sourcil agacé : « Je vous amuse, peut-être ? »
« Oh, oui, un peu, je dois dire. Surtout quand votre personnel est responsable de ma situation. » Harry s'avança légèrement et il sentit son hôte se tendre à son approche : « Croyez-moi que je serais ravi de respecter ces règles. Si seulement mes vêtements n'avaient pas mystérieusement disparu… »
Lucius, droit comme un i dans son fauteuil, laissa claquer sa langue d'agacement. « Dibsy. »
L'elfe apparu aussitôt : « Monsieur m'appelle ? »
Lucius désigna du doigt le corps nu d'Harry : « Peux-tu m'expliquer cela ? »
L'elfe pris un air terrifié : « Maître ! Je suis désolé ! Dibsy croyait bien faire ! Ces habits étaient sales alors Dibsy les a emmenés à la blanchisserie. Punissez Dibsy à votre convenance ! »
Harry leva les yeux au ciel. Cette soumission aveugle était une chose qu'il détestait. Il n'aurait jamais d'elfe à son service, sauf peut-être s'il était aussi grincheux et enclin à la rebiffade que celui de la maison Black.
Lucius jeta un coup d'œil indifférent à Harry : « Faites de lui ce que vous voulez. »
Mais ce dernier ne comptait pas laisser Lucius s'échapper de ses griffes si facilement : « Vous êtes le Maître de Maison. J'espérais que vous trouveriez une solution à mon problème. »
Le blond leva les yeux au ciel, exaspéré. « Dibsy. »
« Non. » le coupa rapidement Harry. « Vous n'avez pas compris. J'espérais que VOUS trouveriez une solution à mon problème. Cette situation... me met extrêmement mal à l'aise. Pensez-vous réellement que je prends plaisir à venir vous trouver, presque entièrement nu ? Je me sens… humilié. »
« Humilié ? » Lucius s'était levé et avait fait un pas vers lui. Harry ne put empêcher son corps de reculer d'un pas. Il oubliait parfois à quel point ce type pouvait être dangereux. L'homme qui lui faisait face ressemblait à un prédateur prêt à fondre sur sa proie et le sauveur du monde sorcier regrettait peut-être, à cet instant précis, d'avoir joué un peu trop près du feu.
Son regard d'acier le clouait au sol et Harry avait l'impression de n'être rien d'autre qu'un insignifiant fétu de paille. C'était aussi irritant qu'excitant et le jeune homme ne pouvait s'empêcher d'en vouloir plus. À ses côtés, il se sentait à la fois vulnérable et invincible. Il s'avait que son avidité finirait tôt ou tard par se payer, mais Merlin ! N'avait-il pas qu'une seule vie ?
« Et comment puis-je réparer cela, Monsieur Potter ? »
« Harry. » murmura Harry, plus par habitude que par véritable nécessité.
Malfoy était bien plus grand que lui : il devait lever la tête pour pouvoir le regarder droit dans les yeux. Cet homme était l'incarnation même de la noblesse froide et distante. Ses cheveux longs blonds-argentés, presque blancs, impeccablement bien coiffés, encadraient un visage pâle, finement ciselé. Harry mourrait d'envie de voir si sa peau marquerait sous ses mains et il se retenait de ne pas laisser ses doigts suivre ses traits d'une perfection presque surnaturelle.
Lucius semblait appartenir à un autre monde, un royaume où les mortels ne pouvaient qu'espérer entrer, et Harry savait qu'il ne pourrait jamais détourner le regard de cet homme.
« Monsieur Potter. – La voix était plus douce que du velours – Concentrez-vous sur ma question, je vous prie. »
Harry cru que son cœur allait s'arrêter. Lucius était si proche qu'il pouvait presque sentir son souffle. Quand exactement s'était-il autant approché ? Ses yeux se posèrent sur les lèvres fines du blond et sa gorge s'assécha brutalement. Il ressentit le besoin d'humecter ses lèvres mais ce simple geste sembla agacer le plus vieux ; sa patience avait l'air de s'élimer rapidement.
« Vous… je… Trouvez quelque chose pour me réchauffer. » Harry eut du mal à reconnaitre sa propre voix tant elle était devenue rauque.
Lucius le regarda en silence si longtemps qu'il se demanda s'il n'avait pas déjà franchi toutes les limites. Puis, enfin, il le contourna et se dirigea vers le hall.
Harry le laissa faire, interdit.
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« Monsieur Potter. Je ne vais pas vous attendre bien longtemps encore. »
Harry se secoua et partit à sa poursuite. C'était encore mieux que ce qu'il avait imaginé : Lucius le conduisait à sa chambre.
Merlin.
Il allait entrer dans la chambre de Lucius.
Bon, il y avait une raison derrière cela : il allait juste emprunter quelques vêtements.
Merlin.
Il allait pouvoir porter les habits de Lucius.
N'était-ce pas... trop d'informations d'un coup ?
Harry trépignait comme un jeune chiot et il entraperçut, le temps d'un quart de seconde, un sourire fleurir sur les lèvres du blond. Il s'arrêta, comme hypnotisé. Il avait souri. Non, mieux encore, Harry avait réussi à faire sourire Lucius. C'était... cent fois plus que ce qu'il attendait.
Quand ils arrivèrent dans la chambre, il ne put s'empêcher de fureter à droite à gauche. La chambre de Lucius était un reflet parfait de l'homme : élégante, raffinée, et impeccablement ordonnée. Les meubles en bois sombre, les draperies luxueuses, tout témoignait d'un goût irréprochable et d'une attention méticuleuse aux détails.
« Ne touchez à rien, Potter, et approchez un peu. » lança Lucius avec une pointe d'agacement. L'homme ne le quittait pas des yeux : son regard inquisiteur le scrutait de haut en bas, pénétrant, froid, et calculateur. Puis il se détourna pour fouiller dans une armoire et en sortit un t-shirt noir ainsi qu'un pantalon droit coupé à la perfection.
Il tendit les vêtements à Harry et leurs doigts se frôlèrent brièvement.
Un frisson parcourut son échine. Le regard de Lucius ne faiblissait pas. Ah ? Il voulait jouer ? Alors ils allaient jouer. Sans la moindre trace de pudeur, Harry laissa glisser la serviette qui lui ceignait la taille.
Le blond ne détourna pas les yeux, mais un grondement sourd s'échappa de sa gorge : « Monsieur Potter, retournez dans votre chambre pour vous changer. »
Harry n'écoutait pas. Il enfila rapidement les vêtements qu'on lui avait donnés et il sentit le tissu fin et luxueux glisser sur sa peau.
Il se tourna vers le miroir, observant son reflet. Les vêtements lui allaient parfaitement. Lucius s'approcha et, de ses longs doigts glacés, il ajusta le t-shirt pour qu'il tombe parfaitement.
« C'est correct. »
« Correct ? - Harry se retourna - C'est votre manière de dire que je suis à tomber ? »
Les deux hommes étaient si proches qu'Harry pouvait sentir la chaleur émanant du corps de Lucius. Les yeux gris de ce dernier semblaient le transpercer, et le jeune homme n'arrivait pas à deviner ce qu'il pensait : Lucius ne semblait pas dérangé par le rapprochement, mais il ne cherchait pas non plus de contact supplémentaire.
Harry se demanda un instant s'il resterait aussi impassible s'il réduisait soudainement la distance entre eux pour l'embrasser. Mais il manqua de courage et, à la place, dit : « Je suis enseignant. »
Lucius recula légèrement.
Le charme était rompu et Harry s'insulta mentalement d'avoir brisé ce moment.
« C'est ce que j'ai cru comprendre. Quelle matière enseignez-vous ? »
« Métamorphose. » murmura Harry, comme s'il en avait un peu honte.
Lucius le regarda longuement, indéchiffrable. « Je vois. »
Harry se mordit la lèvre, frustré par cette distance glaciale. « Merci… pour vos vêtements… »
Lucius releva légèrement la tête, le toisant avec sarcasme : « Ce ne sont pas mes habits, Monsieur Potter. Ce sont ceux de mon fils. »
…
Et merde.
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