Chapitre 4 - Lucius

Les mains croisées derrière le dos, Lucius Malfoy observait d'un air sombre, par la fenêtre du salon principal, Harry Potter. Ce dernier, assis sur l'un des bancs de pierre du jardin, profitait de la fraîcheur matinale, un livre à la main. Il observa avec attention le profil sérieux du jeune homme et sa façon, un peu charmante, de relever régulièrement sa main à son front pour retirer de ses yeux une mèche rebelle.

Un frisson d'agacement le parcourut, une sensation étrange qu'il avait du mal à réprimer. Il avait du mal à comprendre comment il s'était retrouvé dans cette situation.

Quand il avait accepté, plus d'un an auparavant, de former une équipe avec Harry pour faire tomber son Seigneur, il ne se serait jamais attendu à… s'attacher au jeune homme. La seule vision qu'il avait alors de lui, était l'enfant insupportable qu'il avait croisé à plusieurs reprises à Poudlard, rien de plus.

Mais quand il l'avait revu, adulte, sa respiration s'était stupidement bloquée dans sa poitrine. Ses yeux étaient descendus le long des muscles saillants dessinés sur les bras dorés par le soleil, et son esprit s'était emballé.

Bon sang !

Il s'était fustigé intérieurement. Il avait plus de quarante ans et le gamin avait l'âge de son fils ! Comment pouvait-il laisser de telles pensées l'envahir ? Il ne pouvait pas. Il ne pouvait juste pas.

Et pourtant, au fil des mois, une réelle complicité était née entre eux. Ils avaient traqué sans relâche les derniers mangemorts encore en activité, avaient combattu ensemble, s'étaient protégés l'un l'autre et un lien profond s'était doucement tissé.

La perspective de la mort peut parfois créer d'étranges ponts…

C'était si naturel et sincère que jamais Lucius n'avait ressenti cela. Cela l'avait pris aux tripes si soudainement qu'il en avait serré les dents de colère.

Harry, avec sa détermination sans faille et son cœur généreux, avait lentement mais sûrement érodé les murs de glace que Lucius avait mis des années à ériger autour de lui. Il avait découvert un homme différent de l'image qu'il se faisait : un homme courageux, loyal et profondément humain.

Et cet homme avait commencé à le fasciner, à éveiller en lui des sentiments qu'il croyait éteints depuis longtemps. C'était ridicule, se disait-il. Inacceptable. Et pourtant, Lucius ne pouvait plus ignorer l'évidence. L'admiration qu'il éprouvait pour Harry allait bien au-delà du respect professionnel. C'était plus profond, plus intime.

Et c'était une connexion qui le terrifiait.

Le problème ne venait pas forcément de la différence d'âge, non. En vérité, le principal souci tenait en un mot : mangemort. Car Lucius était loin d'être un enfant de chœur. Il avait suivi le Seigneur si longtemps qu'il n'était plus si sûr de distinguer correctement le bien du mal. Personne n'obtient la confiance du plus grand mage noir de tous les temps en cueillant des fleurs. Non, Lucius avait torturé. Il avait tué. Il avait commis… tant d'atrocités qu'il n'était plus capable de tous se les remémorer.

S'associer à Harry pour combattre Voldemort avait été un choix pragmatique au départ, une décision stratégique pour assurer la survie de sa famille et, peut-être, obtenir une chance de rédemption. Il était le loup qui s'associait avec la brebis pour tromper les bergers. Et ça avait fonctionné avec une étrange facilité.

Mais, au fil du temps, Lucius avait vu en Harry quelque chose de plus, quelque chose de beau et de lumineux qui contrastait cruellement avec sa propre noirceur.

Il savait comment Harry le regardait. Il sentait son regard errer sur lui parfois. Il s'avait comment Harry avait bataillé pour sauver son fils. Juste pour lui. Il voyait la rougeur s'installer sur ses joues quand leur regard se croisaient un peu trop longtemps. Et il adorait en jouer : souffler le chaud et le froid sur la peau du héros et sentir sa frustration grandissante exacerbait son plaisir.

Et, lui qui avait passé toute sa vie à s'emparer brutalement de tout ce qu'il désirait, hésitait maintenant. Il ne pouvait s'empêcher de se demander ce que le garçon penserait de lui s'il connaissait toute la vérité. S'il savait jusqu'à quel point il s'était plongé dans les ténèbres. Comment pourrait-il accepter un homme dont les mains étaient tachées du sang de tant d'innocents ?

Cette pensée le tourmentait, le rendant encore plus réticent à envisager une quelconque relation au-delà de leur alliance temporaire et il savait que jamais il ne pourrait s'approcher de la lumière sans la souiller de son ombre.

.

~oOo~

.

Harry, avec sa vision simpliste, naïve et optimiste, pensait que le monde pardonnerait s'il connaissait la réelle implication de Lucius dans la guerre. Pour lui, la rédemption était possible et les actions de Lucius, bien que teintées d'ombre, étaient le signe d'un changement profond. Le jeune homme avait mené des plans sur la comète quant à leur futur, imaginant un monde où il pourrait vivre librement, sans la marque indélébile de son passé.

Mais Malfoy savait que la société était loin d'être aussi rose que ne le pensait Harry. Il avait vu de ses propres yeux la cruauté et l'intransigeance des hommes, surtout envers ceux qu'ils considéraient comme des traîtres ou des ennemis. Il connaissait trop bien la rancœur et le désir de vengeance qui habitaient les cœurs de ceux qui avaient souffert. Il savait qu'à la fin de la guerre, il serait blâmé et traqué. La société, qu'il avait autrefois dominée avec arrogance, finirait par se débarrasser sans pitié de lui.

Il savait aussi que même les héros n'étaient pas à l'abri de la haine et de la vengeance. Et Harry ne pouvait pas rester dans les parages car tout lui retomberait dessus, à un moment ou un autre.

Les sorciers auraient fini par se retourner contre lui, par lui rendre la vie impossible. Et Lucius ne voulait pas que le jeune Héros soit traîné dans la boue à sa suite. Qu'on le menace, qu'on l'insulte.

Harry devait rester pur, innocent, une figure intouchable et respectée par le monde magique.

Lucius sentait ce besoin ardent de protéger Harry, de l'éloigner de la tourmente à venir. Il savait que si Harry restait à ses côtés, les suspicions et les accusations finiraient par l'atteindre.

Alors il était prêt à porter seul le poids du secret.

Et, pour ne pas impliquer Harry dans un futur sombre, il avait manigancé, dans l'ombre, un plan bien cruel.

Une véritable trahison.

Alors qu'ils s'occupaient des derniers partisans rebelles encore dans la nature, Lucius avait… coupé les ailes d'Harry : il s'était tout simplement effacé de la mémoire de ce dernier, comme s'il n'avait jamais existé. Un simple sort mixé d'Oubliette et de Confundus.

Inratable.

Ce jour-là, ils étaient tous les deux redevenus de parfaits inconnus.

Tous seraient persuadés qu'Harry avait agi seul, les préservant à nouveau d'une menace sous-terraine. Ainsi, le sauveur du monde sorcier continuerait de l'être et personne ne saurait ce qu'il s'était réellement passé.

Non, personne ne devait savoir qu'Harry Potter s'était… compromit avec le bras droit du Seigneur des Ténèbres.

Alors, il avait discrètement déposé le corps du jeune homme évanoui devant les portes du ministère puis s'était replié dans son manoir.

Il n'avait aucun droit d'en demander plus.

Harry releva les yeux vers lui, un sourire léger sur les lèvres, et lui fit un petit geste de la main. Lucius se détourna, sans y répondre. Ses efforts lui semblaient vains. Il soupira profondément, se sentant plus vieux et plus fatigué que jamais, et s'enferma dans son bureau pour le reste de la matinée.

.

~oOo~

.

Un coup léger à la porte le tira de ses pensées. Il n'avait pas beaucoup avancé dans son travail et referma d'un geste brusque le dossier devant lui : « Entrez. »

La porte s'entrouvrit, laissant apparaître la tête d'Harry Potter dans l'interstice. Lucius haussa un sourcil désabusé : « Monsieur Potter. Que puis-je pour vous ? »

« Oh, excusez-moi de vous déranger. J'ai… je me suis dit que vous auriez peut-être faim. »

Le regard de Lucius se détourna vers la pendule : il était treize heures passées. Il n'avait pas vu le temps filer. « Je vous remercie de votre sollicitude, Monsieur Potter. Je demanderai à mes elfes de me préparer un encas. Je vous souhaite une bonne journée. »

Mais Harry ne semblait pas enclin à laisser Lucius en paix. Au contraire, il y poussa un peu plus la porte et entra dans le bureau sans y avoir été officiellement autorisé. Lucius fronça les sourcils alors que le jeune homme détaillait avec intérêt les divers objets entreposés sur les étagères.

« C'est que… je m'étais dit que je pourrais vous préparer quelque chose. »

Lucius se figea : « Vous voulez… me faire à manger ? Pourquoi ? »

Harry esquissa un sourire en coin : « Oh, juste pour vous remercier de votre accueil. J'ai appris… à cuisiner quand j'étais enfant. Je devais servir mon oncle et ma tante, alors… »

Lucius se redressa lentement sur son fauteuil, les yeux plus glacials qu'une tempête de grêle : « Êtes-vous en train de me comparer à votre famille moldue ? »

Harry sembla surpris : « Oh absolument pas ! Le manoir et le parc me laissent tellement serein et je me sens en sécurité à vos côtés (Lucius tiqua). Et par rapport à Vernon, vous êtes bien plus… bien plus… enfin peu importe. »

Bien plus quoi ? La question taraudait Lucius. Bien plus quoi, bon sang ? Pourquoi ce gamin était-il incapable de finir la moindre phrase ? Un silence inconfortable s'installa entre les deux hommes. Enfin, Harry désigna un petit objet de forme triangulaire posé sur un socle de bois : « Qu'est-ce que c'est ? »

Lucius soupira : « Ne touchez pas. Il s'agit d'une pointe de flèche Woorara. Elle est enduite de curare. – Harry le regarda, intrigué. – Bon sang, qu'avez-vous appris à l'école ? Il s'agit d'un violent poison. Alors gardez-vos mains dans vos poches. »

Harry recula légèrement, levant les mains en signe de reddition. « D'accord, d'accord. Je ne toucherai à rien. » Mais il venait à peine de dire cela qu'il se tournait déjà vers un autre objet : « Vous aimez l'Histoire ? Ou l'archéologie ? »

Lucius reporta son attention sur la paperasse qui débordait de son bureau : « Non, Monsieur Potter. J'apprécie seulement les belles choses. »

Harry haussa un sourcil et un sourire en coin apparu sur ses lèvres. « Ha. Je vois. C'est donc ça. Et comment me trouvez-vous ? »

Lucius, surprit, releva sur lui des yeux écarquillés : « Je vous demande pardon ? »

Harry s'était approché et le toisait sans vergogne : « Non, je me demandais juste si vous me trouviez digne de votre collection ? »

Lucius cru qu'il allait s'étouffer. Un grondement menaçant coula hors de sa gorge : « Monsieur Potter. Je pense avoir été trop permissif envers vous. Il serait peut-être temps de redéfinir clairement notre relation. »

Harry sourit et s'installa (toujours sans autorisation) dans le fauteuil qui faisait face au bureau : « Je suis d'accord, faisons ça. »

Lucius était estomaqué. Il en venait presque à douter que son sortilège ait fonctionné. Non c'était impossible. Il avait tout vérifié plusieurs fois. Pris des dispositions. Il avait vu par lui-même le résultat. Ce n'était que quand il avait été certain du succès de son entreprise qu'il avait accepté de laisser partir Harry.

Pourtant, le jeune homme qui se tenait devant lui était d'une telle insolence que Lucius se demandait s'il n'essayait pas de le punir de quelque chose.

« Mettons les choses au clair : je suis votre hôte. Il n'y a rien de plus entre nous. La seule chose que nous partageons est le loyer que vous me devez. Est-ce bien clair ? » La voix était si cinglante qu'elle aurait pu trancher un diamant, mais Harry ne sembla pas le moins du monde impressionné.

Il croisa les jambes et appuya ses coudes sur les accoudoirs du fauteuil, un sourire amusé sur le visage : « Bien. Commençons ainsi, alors. Dites-moi ce que je dois faire pour que ça change ? »

« Cela ne changera jamais. Par Merlin ! – Lucius passa une main fatiguée sur son visage. – Savez-vous qui je suis, Monsieur Potter. »

Harry ne le quittait pas des yeux : « Vous êtes Lucius Malfoy, le père de Drago Malfoy. »

« Ce n'est pas ce que je demande. »

Harry esquissa une moue indifférente : « Qu'y a-t-il à dire de plus ? »

Lucius serra les dents et releva la manche de sa chemise pour dévoiler la marque noire qui défigurait son avant-bras. « N'oubliez jamais à qui vous avez affaire. »

Mais Harry, au lieu de s'en offusquer, se leva souplement. Il se pencha par-dessus le bureau, son regard fixé sur la marque sombre. Sans hésitation, il tendit la main et la frôla de ses doigts. Lucius recula, s'arrachant au contact comme s'il avait été brûlé, et un nouveau grondement menaçant coula hors de sa gorge.

Harry lui sourit, d'un sourire doux et désarmant : « Mangez avec moi. »

Et Lucius cligna des yeux, déconcerté.

.

~oOo~

.

Chapitre 4 - Harry

Harry Potter cassa un nouvel œuf et le fit tomber dans la poêle grésillante. Il sentait le poids du regard de Lucius sur son dos et il ne put s'empêcher de sourire. Personne ne pouvait gagner contre lui et il avait une sainte horreur qu'on lui refuse quoi que ce soit.

C'était presque… amusant de voir le père de Drago si docile.

Cela faisait à peine moins de 24 heures depuis son arrivée au manoir, et il avait déjà réussi à imposer sa volonté. Décidément, Lucius se donnait de grands airs, mais il était aussi malléable qu'un marshmallow. Harry réfléchissait à la tournure des événements et son sourire s'élargit légèrement. Bien évidemment, il se gardait bien de partager ses réflexions. Après tout, il ne voulait pas finir sous le feu d'un sortilège impardonnable.

Pour tout dire, c'était un peu étrange d'être dans la cuisine et de préparer à manger pour cet homme si froid. Mais il se demandait aussi jusqu'à quel point Lucius le laisserait faire, le laisserait le provoquer, sans qu'il ne réagisse. Et il avait une furieuse envie de tenter le Diable. Le frisson de l'interdit, l'excitation de pousser les limites de l'ancien Mangemort, c'était presque... plaisant.

« J'aime bien cuisiner. Ça m'aide à me détendre. » lança-t-il sur le ton de la conversation.

Un grognement lui répondit, un son guttural qui traduisait plus l'agacement que l'intérêt. Bon sang. Le blond n'allait décidemment pas l'aider.

Harry se tourna légèrement, jetant un coup d'œil par-dessus son épaule pour voir Lucius, toujours assis à la table, le visage fermé et les bras croisés. Merde. Son veston vert profond sur sa chemise crème… son pantalon sombre serré… tout cela mettait décidément beaucoup trop son corps en avant. Large torse. Taille fine. Silhouette élancée et musclée. Jambes interminables… Et ses doigts… Oh Merlin… ces doigts…

Il avait l'horrible envie de repousser d'un geste la table de la cuisine pour s'asseoir sur ses genoux. Glisser une main dans ses cheveux blonds et l'attirer violemment à lui pour… pour tout ce qu'il jugerait nécessaire de faire.

Bien sûr, il savait aussi que l'homme ne se contenterait pas d'un chaste baiser. Il supposait que Lucius, sous ses airs guindés, devait être d'une redoutable sauvagerie au lit. Et Harry, du haut de sa toute petite expérience, n'était pas certain d'y survivre.

Enfin… encore fallait-il que Malfoy soit intéressé par lui… Ce n'était pas gagné.

Harry savait qu'il jouait avec le feu, mais c'était plus fort que lui.

« Vous devriez essayer - ajouta-t-il avec une pointe d'insolence - Cuisiner, je veux dire. C'est étonnamment apaisant. »

Lucius leva un sourcil et ses yeux perçants se posèrent sur Harry : « Je doute que manipuler des casseroles et des poêles soit de nature à m'apaiser, Monsieur Potter. »

« Harry. » Corrigea doucement le jeune homme, mais le blond fit comme s'il n'avait rien entendu et un silence de plomb retomba dans la pièce. Harry pouvait sentir son regard brûlant sur son dos.

Il posa les assiettes sur la table : « Ce n'est pas de la haute gastronomie… mais… »

« C'est bon. Ça ira. » Et la voix basse et mesurée fit frissonner le cuisinier.

Quand Lucius porta la fourchette à ses lèvres, Harry ne put s'empêcher une remarque narquoise : « J'aurai pu l'empoisonner. »

Le blond leva sur lui un regard indéchiffrable : « J'en doute fort, Monsieur Potter. »

« Oh, vous ne pensez pas que je puisse être un être humain sournois ? »

Lucius mâcha lentement avant de déglutir : « Je pense que vous n'êtes encore qu'un enfant. »

Le couperet était tombé.

Cette remarque piqua Harry au vif : « Lucius, j'ai plus de 25 ans maintenant. Je ne suis plus, depuis longtemps, un nouveau-né. Peut-être devriez-vous prendre en considération ces… ces informations. »

Un sourire sournois vint éclore sur les lèvres du blond : « C'est ce que je dis : vous avez l'âge d'être mon fils. »

Cette remarque finit d'agacer Harry : « Par pitié Lucius ! Arrête de tout rejeter sur le dos de l'âge ! C'est tellement… tellement exaspérant quand tu fais ça ! »

Lucius haussa un sourcil mais ne fit aucune remarque sur le tutoiement soudain qu'Harry avait employé. Il posa sa fourchette et fixa son vis-à-vis sans ajouter un mot.

« Merlin ! Merlin je ne sais pas. Est-ce qu'on ne pourrait pas mettre à profit mon séjour ici pour… pour je ne sais pas, apprendre à se connaître ? » La frustration dans sa voix était palpable.

Le regard de Lucius devint acéré : « Je ne crois pas que ça soit… »

« Que ça soit quoi, Lucius ? Est-ce que pour une fois, tu pourrais prendre en considération mon avis, ma volonté ? Je sais que tu fais ce que tu penses être juste mais putain ! Tu n'es pas seul ! J'existe ! Et je suis désolé d'être là, avec toi, mais le fait est que c'est comme ça et pas autrement ! »

Lucius se figea et Harry sut qu'il avait trop parlé. La situation risquait de déraper d'un instant à l'autre.

« Depuis quand ?… » La voix était plus gelée que l'arctique.

Harry se laissa mollement retomber sur sa chaise. Foutu pour foutu… « Depuis le début. Tu penses vraiment que tu t'en serais sorti à si bon compte si je n'avais pas interféré pour toi auprès du ministère ? »

« Comment ? »

Harry secoua la tête, désabusé : « Bon sang, Lucius. Tu crois vraiment que l'Élu du monde sorcier n'est pas régulièrement suivi par tout une tripotée de médicomages ? Ils ont tout de suite vu que quelqu'un avait trafiqué mes souvenirs. Je ne t'ai oublié en tout et pour tout qu'une toute petite demi-douzaine d'heures. Et Merlin ! Quand je me suis souvenu, j'ai cru que j'allais te mettre mon poing dans la figure. Tu as vraiment été… le pire enfoiré du monde. »

Lucius se recula pour s'appuyer nonchalamment contre le dossier de sa chaise, essayant de maintenir une façade impassible. La culpabilité ne l'avait jamais atteint et ce n'était pas aujourd'hui que ça allait commencer. Mais c'était quelque chose d'autre qui le rongeait : une colère sourde et rampante. Une rage sournoise qui menaçait de l'emporter.

« C'était la meilleure option que j'avais pour me débarrasser de toi. Mais tu continues inlassablement de ramper dans mes jambes, comme un insecte indésirable. » La température de la pièce baissa encore de quelques degrés.

Un ricanement lui répondit : « Je sais pourquoi tu l'as fait. »

Lucius se redressa violemment. D'un geste brusque, il balaya les couverts, puis s'empara du col du t-shirt d'Harry et le plaqua sans ménagement sur la table. Harry s'y écrasa lourdement, le souffle coupé, avant de sentir la froideur d'une baguette se presser contre sa tempe.

Ses mains agrippèrent fermement les poignets du blond et il siffla : « Vas-y, recommence autant de fois que tu le souhaites. Mais ils sauront. Et ils me ramèneront. Encore et encore. »

Silence.

Harry grimaça : « Oh je t'en prie. Comment as-tu pu te dire qu'effacer notre relation pourrait être une bonne idée ? Tu n'as aucun droit d'être en colère. C'était ma vie, mes souvenirs. J'aurais dû avoir le choix ! »

Lucius n'allait pas s'excuser, Harry le savait, mais il avait besoin de faire entendre ce qu'il avait sur le cœur. Il sentait le corps de l'autre homme pressé contre le sien, le bois glacé de la baguette contre sa tempe et une soudaine vague de chaleur le traversa. « Je vais rester. Je vais rester et tu as intérêt à te faire pardonner ce que tu m'as fait. Apprends à me connaître. C'est tout ce que je te demande. Et si ton avis reste le même, alors je partirais de moi-même. »

Le poing de Lucius s'écrasa subitement sur la table, à quelques centimètres de sa tête : « Merlin ! Tu vas me rendre fou ! » et il quitta furieusement la pièce sans un regard en arrière.

Harry resta un moment allongé sur la table, haletant, avant de se relever doucement.

C'était un oui, n'est-ce pas ?

.

~oOo~

.