3 _ Premier péché : La naissance d'Arsène

«Ce matin de 11 avril était un matin comme les autres, vraiment. Si l'on considère que de manger du curry au petit-déjeuner est ''un matin comme les autres''. Mais, étrangement, c'est très bon, je vous conseille d'essayer. Sojiro est un bon cuisinier, je l'ai découvert ce jour-là !

»Ai-je vraiment besoin de vous raconter le trajet jusqu'au lycée Shujin ? Je suppose que vous avez déjà prit le métro aux heures de pointes. Ces gens de partout, certains puant dès l'aube l'alcool ou l'urine. C'est bien plus commun qu'on ne le pense, si, si ! Et cette foule qui vous permet de tenir debout tout seul dans la rame tellement elle est compacte. Je crois même que la fille derrière moi m'a mis une main aux fesses, mais je suis bien incapable de dire si c'était volontaire ou non vu le monde qu'il y avait !

»Dans le métro, l'accident de la veille était sur toutes les lèvres. Il y avait encore eut des morts durant la nuit, des victimes succombant à leurs blessures et d'autres retrouvées dans la tôle froissée.

»Sortir de cette rame bondée a était comme une délivrance ; vous savez, cette bouffée d'air délicieuse que vous prenez après avoir tenté de battre votre record d'apnée ? C'est là que vous vous rendez compte que l'air n'a pas de prix. Cela dit, quitter le métro pour atterrir à Shibuya, ce n'est pas vraiment une délivrance… Je devais changer de ligne à cet endroit… Très mauvais souvenir. Même avec un plan.

»Toujours est-il que je suis arrivé sain et sauf. En sortant à l'arrêt le plus proche de Shujin, j'ai eut la merveilleuse surprise de découvrir qu'il pleuvait. Et naturellement, je n'avais pas de parapluie. Je me suis abrité sous la devanture d'un magasin encore fermé à cette heure. J'ai prit mon téléphone pour regarder l'heure, mais c'est toujours cette étrange application que je pensais toujours avoir supprimée qui a attiré mon regard, bien rouge, bien nette, en plein milieu de mon écran. C'était déroutant, et j'ai préféré relever les yeux de mon portable, comme si cela permettrait de l'effacer pour de bon.

»Des élèves de Shujin, reconnaissables à leurs uniformes, passaient devant moi en s'abritant de leurs sacs ou de leurs parapluies, et je songeais à les imiter lorsqu'une élève s'est plantée à côté de moi pour s'abriter.

»Elle était très jolie, n'importe qui le dirait, avec des cheveux blond et des yeux bleus. Au premier coup d'œil, on voyait qu'elle n'était pas japonaise, pas totalement en tout cas, mais elle portait l'uniforme de mon lycée. Je devais avoir l'air d'un type très louche, à la regarder sans rien dire ! Elle ne m'en a pas tenu rigueur, par la suite, et pour être franc, je ne crois pas qu'elle se souvienne de ce moment-là. Elle est partie très vite, quand un professeur arrivant en voiture s'est arrêté devant nous, abaissant la fenêtre côté passager.

_ Bonjour ! Tu veux que je te dépose ? Tu vas finir par être en retard, il est bientôt l'heure.

»La jeune fille l'a rejoint en le remerciant.

_ Et toi, tu veux monter ?

»Il m'a fallut quelques secondes pour réalise que c'était à moi que le professeur parlait.

»C'était un homme à l'air avenant et au sourire aimable, avec d'épais cheveux noirs… Pourtant il dégageait quelque chose qui me mettait mal-à-l'aise. Avec le recul je me dis que j'aurais dû monter avec eux dans la voiture, pour m'assurer qu'il ne ferait rien à la fille. Mais je ne l'ai pas fait, et il a redémarré.

_ Atten… Merde ! Sale pervers de prof !

»J'ai sursauté alors qu'un garçon blond paille tentait de rattraper la voiture en courant. Il avait vraiment l'allure d'un voyou, avec ses cheveux teint et son expression furieuse, sans parle de son uniforme porté avec négligence.

_ Merde ! Et tu me veux quoi, toi ? Tu vas balancer à Kamoshida ce que je viens de dire ?!

_ Kamoshida ?

_ Le type dans la voiture ! Un vrai détraqué, il s'imagine que le lycée tout entier est son château. Tu l'as pas reconnu ? T'es de Shujin, pourtant !

_ Euh… Oui mais… Je viens d'arriver, c'est mon premier jour.

_ Mais fallait le dire tout de suite !

»L'expression de mon interlocuteur a aussitôt changé pour afficher un large sourire franc, le genre de sourire qui mettrait n'importe qui en confiance malgré son air de voyou.

_ Ah ! On a de la chance, il s'est arrêté de pleuvoir ! On va pouvoir y aller, mais faut qu'on se bouge sinon on va être en retard. Suis-moi !

»Je l'ai suivi et, c'est curieux, un vertige m'a saisi. Vous savez, c'était comme quand vous êtes accroupis et que vous vous relevez trop vite. Mon guide aussi à eut l'air bizarre, mais nous n'avions pas vraiment le temps.

»Il était déjà trop tard pour faire marche arrière. Nous en avions déjà trop dit. Quelques pas à peine, une simple ruelle à traverser et nous aurions dû nous retrouver devant le lycée. En un sens, c'est bien ce qui s'est produit… mais ce n'était pas le lycée que j'avais vu la veille lors de ma visite de courtoisie. Devant nous, c'était un château immense, comme on en voit dans les livres du moyen-âge occidental, qui se dressait à la place du lycée. Pourtant, il y avait bien un panneau à l'entrée indiquant ''Shujin''.

_ Bah merde alors… On s'est pourtant pas trompé de chemin ! Je passe par là tous les jours ! Bon… pas le choix, on va aller se renseigner. Je me suis peut-être planté… tout de même, je l'aurais sut s'il y avait un château-fort pareil dans le coin !

»Nous sommes entré à l'intérieur, et avant que vous ne disiez quoi que ce soit sur la stupidité de cette action, je serais curieux de savoir ce que vous auriez fait, à notre place. Nous n'avions encore aucune idée de l'endroit où nous avions atterri, et quand vous êtes perdu, vous demandez bien votre chemin, non ?

_oOo_

_ Je t'interromps… A l'instant, tu as parlé de Kamoshida, n'est-ce pas ?

_ Oui.

_ Le Kamoshida qui a été victime d'une rupture psychique comme les autres depuis des mois ? Celui qui a fait le tour des médias ?

_ Ce n'était pas une rupture psychique à proprement parler, sinon il serait mort, mais oui, c'est de lui qu'il s'agit.

Sae soupira et tapota de son ongle le dossier posé devant elle. C'était bel et bien là que tout avait commencé. Face à elle, Ren remuait doucement la mâchoire comme pour la détendre. Il devait avoir vraiment prit de méchants coups pour que l'articulation craque ainsi…

_ Cette histoire de château qui sort de nulle part…

_ Si vous me laissez raconter les choses telles qu'elles se sont passées, vous aurez les réponses aux questions qui vous brûlent les lèvres.

_ Tu es vraiment impertinent. Mais soit. Puisque tu es disposé à parler, parle.

_ Je vous disais donc que nous sommes entrés à l'intérieur du château.

»C'était un endroit vraiment luxueux, comme on l'imagine l'intérieur d'un château, avec des tableaux immenses sur les murs, représentant tous le même homme, de lourds tapis couvrant le sol de pierre, et des armures. Sauf que, à la différence des châteaux que visitent les touristes, les armures bougeaient. Elles nous ont encerclés, le garçon blond et moi, épées au poing. Nous avons été assommés sans rien pouvoir faire, et pour être franc, nous ne pouvions vraiment rien faire, à ce moment. Nous n'étions que deux lycéens ordinaires parachutés dans un foutu château sans même savoir comment, face à des armures vivantes à la force colossale !

»Quand j'ai reprit mes esprit, j'ai cru pendant un bref instant que je rêvais à nouveau de la prison au gobelin bizarre. Mais force a été de constater que je n'étais pas en plein rêve, mais bel et bien dans une geôle humide puant la pourriture. Des chaines rouillées pendaient aux murs de pierre, souillées par endroit par quelque chose que je n'avais pas envie d'identifier.

»Le garçon blond était avec moi, aussi dépassé par la situation que je l'étais. On ne pouvait que se regarder en chien de faïence, en espérant que l'autre éclaterait de rire en disant quelque chose du genre ''Surprise ! Je t'ai bien eu ! Regarde la caméra dans le coin, tu passeras dans le prochain bêtisier de Noël !'' Mais aucun de nous n'avait les moyens d'organiser un piège aussi important, et aucun de nous n'a donc parlé.

»C'est un hurlement abominable qui a finalement rompu le silence. Je me suis précipité vers la porte du cachot en agrippant les barreaux. Il y avait une cellule semblable à la nôtre juste en face, et sans aucun doute d'autres identiques sur les côtés. Les hurlements provenaient de plus loin dans le couloir, glaçants, continus.

»Puis plus rien. Et le silence, tout bien réfléchi, était plus épouvantable encore que les cris. Les cris, ils signifiaient qu'il y avait quelqu'un de vivant quelque part, alors que le silence… Le garçon blond semblait penser à la même chose que moi, et son visage est devenu livide. Il a agrippé les barreaux et les a secoué, en vain.

_ Merde ! Merde ! Merde ! Faut qu'on se tire d'ici ! Bordel, mais on est où ?! Putain… Ces chaines aux murs, c'est pour torturer des gens, dans les films ! Tu crois pas que les cris qu'on vient d'entendre…

_ Peu importe. Tu as raison, il faut qu'on sorte de cette cellule. Peut-être que si on s'y met à deux, on pourra casser un barreau…

»N'ayez pas cette expression septique, vous auriez fait la même suggestion à ma place. Tout plutôt que de rester sans rien faire. On a essayé de forcer la porte, vraiment, mais nous n'avons réussis qu'à nous arracher la peau des mains sur ses maudits barreaux rouillés.

»Le garçon blond, qui avait débité plus de jurons depuis que je l'avais rencontré que je ne l'ai fait en toute une vie, s'est soudainement arrêté, pâlissant encore d'avantage.

_ Tu as entendus ça ?

_ Oui…

»Des cliquetis se rapprochaient de nous, et rapidement, des armures se sont dressées devant notre porte. C'est terrible la vitesse à laquelle j'ai considéré cette cellule comme la mienne, au point de penser ''notre porte'', non ? Les armures se sont écartées pour laisser passer un homme portant une riche cape écarlate doublée de fourrure blanche et une couronne d'or coiffant ses épais cheveux noirs… et c'était tout. Il n'avait rien d'autre. Je veux dire, nous sommes tous nus sous nos vêtements, techniquement ; mais lui, il était nu directement sous sa cape. Je l'avais déjà vu, et pas plus tard que… quelque temps plus tôt, j'étais incapable d'être plus précis sur la durée que j'avais passée dans cette cellule.

»Mon camarade d'infortune l'a reconnu aussi, et s'il était jusque là livide de terreur, il est resté livide, mais de colère.

_ Kamoshida !?

_ Toujours aussi bruyant, Sakamoto. Je ne m'attendais malgré tout pas à te trouver là. Tu comptes encore me désobéir, c'est ça ? A croire que tu n'as pas eut ton compte… Et tu as amené un petit copain avec toi pour partager ? Comme tu es généreux ! J'aurais préféré que tu m'amènes une fille, j'aurais put me divertir avec elle… mais bon, je vais au moins pouvoir me défouler !

_ Espèce d'ordure !

_ Allons, allons… Est-ce ainsi que l'on s'adresse à son roi ? Non content de t'introduire dans mon château, tu oses m'insulter ? C'est un crime impardonnable ! Tu mérites la peine de mort !

»Cet homme qui ressemblait bien trop à ce Kamoshida pour être autre chose, eh bien, que Kamoshida, a fait ouvrir la porte de notre cellule et les armures sont entrée. Elles se sont saisies du garçon blond qui semblait s'appeler Sakamoto, et Kamoshida s'est approché de lui. Avant ce jour-là, je n'avais jamais vu qui que ce soit se faire tabasser, pas même à la télévision. Il a cogné sur Sakamoto, encore et encore, et je suis resté bêtement pétrifié à le regarder faire. Trouvez-moi lâche si vous voulez, vous ne savez pas comment vous auriez réagit à ma place, alors qu'un type se prenant pour un roi, tout nu, frappait un lycéen à terre à coups de poings et de pieds en riant comme un dément.

»J'ai lu quelque part que cet état figé est dû au stress trop intense et à notre cerveau qui préfère faire le mort le temps d'évaluer le danger, savoir s'il vaut mieux fuir ou combattre. C'est un mécanisme totalement instinctif, et je ne crois pas que l'on soit en mesure de décider nous-mêmes quoi faire. J'étais donc dans cet état, les yeux écarquillés, la bouche ouverte et la respiration saccadée, pendant que Kamoshida s'acharnait sur le garçon certes vulgaire, mais qui ne méritait pas de se faire piétiner comme ça. Il lui a craché au visage avant de rire… Je crois que vous n'avez jamais entendu un tel rire…

_ Arrêtez !

»La paralysie était passée, et je crois que mon instinct de survie s'est fait la malle sans moi à ce moment-là, pour que tout ce que je trouve à faire, c'est crier ''arrêtez''. Ça a au moins eut l'effet de détourner l'attention de Kamoshida sur moi, offrant un sursit à Sakamoto.

_ Oh ? Tu es jaloux ? Mais il fallait le dire tout de suite gamin !

»Il n'a pas eut besoin de parler pour que les armures me clouent au mur. L'une des chaines accrochées dessus me rentrait dans le dos, et j'ai eut la certitude qu'au premier coup, elle me briserait la colonne vertébrale. C'est à ce moment-là que j'ai eut vraiment peur. J'aurais voulu hurler, comme l'avait fait le prisonnier anonyme que nous avions entendu plus tôt, mais aucun son ne pouvait franchir mes lèvres.

_ C'est un jeu injuste, tu sais, tu n'as aucune chance de gagner.

»Cette voix, elle ne venait ni de Kamoshida, ni de Sakamoto, ni des armures. Et personne ne réagissait, comme si elle n'avait pas résonné à l'instant.

_ Oui, aucun chance… Mais si tu peux m'entendre, alors tout n'est pas perdu.

»J'ai regardé autour de moi, Sakamoto inerte sur le sol, du sang maculant ses cheveux teints, Kamoshida hurlant de rire avant de me porter le premier coup, les armures inexpressive…

_ Vas-tu rester là sans rien faire ? Vas-tu l'abandonner pour sauver ta propre vie ?

»C'était une idée tentante, je n'ai pas honte de l'avouer. Oui, j'ai vraiment songé à le laisser se faire tuer pour m'enfuir. Je ne suis qu'un être humain, et je ne le connaissais même pas. Et quand je pensais de quoi avait été capable tout ceux que j'avais connus jusqu'alors, ça ne me donnait pas envie de venir en aide à qui que ce soit. Surtout pas en y risquant ma vie ! La dernière fois que je l'avais fait, un chauve m'avait trainé au tribunal et collé un procès qui m'avait laissé un beau casier judiciaire tout neuf comme souvenir. Merci, mais j'avais déjà plus que donné !

»Mais la voix dans ma tête, parce qu'elle venait bien de l'intérieur de moi, avait raison. Sakamoto mourrait si je ne faisais rien. C'était peut-être déjà cette voix qui m'avait poussé à secourir cette femme… Et je sais que je referais la même chose, même en sachant où cela m'a mené !

»Une armure a soulevé Sakamoto du sol, son épée prête à le transpercer avec la précision du cure-dents qui se plante dans un dé de jambon à l'apéritif. Et moi, j'ai refusé que cela se produise. La voix dans ma tête a éclaté de rire.

_ Alors prête moi serment ! Je suis toi, tu es moi ! Toi, qui es prêt à commettre tous les sacrilèges au nom de ta justice ! Crie mon nom, et déchaine ta colère !

»J'ai eut l'impression que mon crâne allait se fendre en deux. Non, je crois que je voulais qu'il se fende en deux, ça aurait mit un terme à la souffrance qui m'a assaillit à cet instant. Et toujours cette voix que j'étais le seul à entendre…

_ Expose la force de ta volonté, contemple ta vraie puissance et lie-toi irrévocablement à l'Enfer.

»Si hurler à s'en déchirer les cordes vocales est une façon de se lier à l'Enfer, alors ça pour m'être lié, je me suis lié ! Kamoshida voulait notre mort, hors de question de le laisser faire ! Ce n'est pas parce que je n'ai jamais fait grand cas de ma vie que j'avais pour autant envie de mourir ! J'ai lutté contre ses armures, et l'une d'elle m'a frappé de son bouclier, assez fort pour me jeter au sol. Mes lunettes ont glissés de mon nez et sont tombé sur la pierre. Je sentais pourtant quelque chose sur mon visage, là où elles s'étaient trouvées, quelque chose d'inconnu qu'il fallait que je retire par tous les moyens.

»Je l'ai agrippé et j'ai tiré, tiré… Jusqu'à arracher un loup blanc aux yeux cernés de noirs. Du sang coulait de mon visage, comme si arracher ce masque revenait à m'arracher la peau. Et c'est à ce moment là qu'il est apparut pour la première fois, dans un tourbillon de flammes bleues, créature aux ailes noires comme la mort, au rictus terrible comme la folie et aux vêtements rouges comme le sang.

»Arsène. Le pillard du crépuscule.

_oOo_

_ Tu te fiches de moi ?!

_ Vous m'interrompez au meilleur moment…

Sae se leva en posant à plat ses mains sur la table froide. Ren la regardait d'un air ennuyé. Elle se rassit en s'exhortant au calme. Elle lui avait réclamé son histoire, ce n'était pas pour l'interrompre à chaque fois… Mais tout de même…

_ Je t'ai demandé la vérité, Ren Amamiya, pas le scénario d'un mauvais jeu vidéo !

_ Si ça n'avait été qu'un jeu vidéo, il n'aurait rien eut de mauvais. Mais c'est la vérité.

_ Je ne te crois pas !

_ Grand bien vous fasses. Vous m'avez demandé mon histoire, je vous la raconte.

Il la fixait intensément. Ce garçon avait plus de force qu'elle ne l'aurait supposé. Il était dans un état lamentable, blessé de partout, et pourtant il trouvait encore le courage de soutenir son regard. Son histoire n'était qu'une pure folie, mais il avait raison, c'était elle qui la lui avait demandé. Et si elle lui permettait d'enfin comprendre comment tout ce qui s'était produit avait put avoir lieu…

_ Continue.

_ Kamoshida s'était mit à l'abri derrière ses armures, et Sakamoto me regardait d'un air de sidération totale. Je ne peux pas lui en vouloir, j'avais une créature immense flottant à côté de moi, et par je ne savais quel miracle, mon uniforme de lycéen ordinaire avait disparu, remplacé par des vêtements noirs, dont un long manteau aux pans claquant comme les ailes d'un corbeau. Et des gants rouges. Kamoshida était terrifié, mais ça ne l'a pas empêché d'envoyer ses armures me tuer.

»Elles se sont approchée de moi en grinçant avant de s'arrêter. Il y avait quelque chose à l'intérieur d'elles, quelque chose qui voulait sortir. Elles se sont gonflées comme des ballons de baudruches, et ont éclatées comme tel, en projetant une sorte de sang poisseux et rougeâtre tout autour d'elle.

» Je n'avais plus d'armures face à moi, mais des monstres. De vrais monstres, comme on en trouve dans les livres. Et à nouveau, Arsène a parlé.

_ Si tel est ton désir, je te donnerais la force de les combattre.

»Je l'ai regardé, puis les monstres face à moi. S'il y avait un moyen de m'en sortir vivant, et de tirer Sakamoto de là, si Arsène était ce moyen…

_ D'accord.