Un lien indestructible
Résumé : Après l'effondrement des Glades, Oliver vit dans un cauchemar constant et son combat n'a plus de sens. Heureusement, il n'est pas seul avec ses démons.
Note : Cet OS se déroule quelques jours après le tremblement de terre déclenché par Merlyn à la fin de la Saison 1. Oliver était au fond du gouffre et j'ai voulu explorer ce moment sombre et comment il s'en est sorti. J'espère que vous aimerez, n'hésitez pas à me laisser une petite review :)
Attention : description d'envies suicidaires
Assis par terre contre une poutre de son repaire, genoux relevés, pistolet chargé en main, Oliver savait exactement ce qu'il lui restait à faire.
Juste avant l'aube, il avait descendu les marches métalliques, s'était défait de son costume pour enfiler un jogging confortable, prêt à passer la journée à aider les habitants des Glades derrière son écran car il ne pouvait pas être vu, les Queen étant devenus ennemi public numéro un depuis la confession télévisée de sa mère. Mais cet entre-deux, ce moment où il délaissait une mission pour passer à la suivante avait eu raison de lui. Le cœur empli de désespoir, il s'était arrêté devant le tiroir qui contenait ses armes, avait pris la première qui lui passait sous la main et s'était laissé glisser le long d'une poutre.
Sa vie était devenue un cauchemar.
La moitié des Glades était en ruines.
Il avait échoué à la mission que lui avait confiée son père dans ses derniers instants et se retrouvait confronté au même choix que lui, sauf que ses motivations étaient purement égoïstes. Ses cinq années d'enfer n'avaient mené à rien, mis à part à la destruction de tout ce qu'il aimait. Il avait trahi sa promesse.
Tommy était mort.
Ça aurait dû être moi.
Ça faisait tellement mal. Tellement mal. Simplement respirer était une épreuve, il ne méritait pas d'être vivant alors que tant de gens étaient décédés à cause de son incompétence. Le poids de l'arme dans sa main était un réconfort. Elle l'ancrait dans le présent, lui promettait un avenir de repos, d'apaisement.
Depuis quatre jours, il était en mouvement constant. La nuit, sous sa capuche, il aidait à fouiller les décombres, à déplacer les morceaux de murs détruits, les meubles éventrés, les poutres brisées, dans l'espoir de trouver des survivants. Le jour, il aidait anonymement des familles qui avaient tout perdu à se reloger dans des hôtels ou d'autres villes, il finançait des actions locales d'aide d'urgence, ne s'accordant que de rares moments de repos, incapable de s'endormir s'il n'était pas au bord de l'épuisement.
Les yeux fermés, il reposa la tête en arrière contre la poutre, étendit ses jambes devant lui, chaque geste une agonie. Une douleur sourde pulsait dans sa poitrine, qui n'avait rien à voir avec la blessure qu'il s'était infligée pour vaincre Malcolm. Il aurait dû transpercer son propre cœur en même temps que celui de son ennemi, tuer deux monstres d'une seule flèche.
Tu as tué mon père ?
Oui.
Non.
Encore un mensonge alors que son meilleur ami vivait ses derniers instants.
Il porta l'arme à sa tempe, la poigne ferme. Il avait trahi son frère de cœur, tout comme des années auparavant il avait trahi la femme qu'il aimait. Même si le fils de riche arrogant avait disparu depuis longtemps, il restait un poison qui détruisait les vies de ceux qui l'entouraient. Laurel, Sara, son père, Yao Fei, Shado, Slade, Maseo et sa famille, Taiana… la liste ne s'arrêtait pas.
Dans sa main, le moyen de mettre fin à toute cette souffrance qu'il causait.
Ce serait tellement facile. Personne ne le regretterait.
Mon beau garçon...
Sa mère le pleurerait. Une part de lui était tellement en colère contre elle qu'il estimait que ce serait une punition appropriée. Elle avait été complice de ce tremblement de terre. Perdre un enfant ne serait que justice pour toutes ces familles qui souffraient par sa faute. Et elle l'avait déjà vécu, elle y survivrait à nouveau, elle aurait toujours Théa qui serait sa raison de vivre, même si elle la détestait pour l'instant.
Théa.
Sa détermination flancha.
Ça la détruirait.
Elle venait de perdre Tommy qui était son frère de cœur à elle aussi, leur mère était en prison, si Oliver se donnait la mort moins d'une semaine après… elle replongerait dans la drogue et cette fois, il n'y aurait personne pour l'arrêter.
Oliver rabaissa son arme, la laissant reposer sur ses cuisses.
Il ne pouvait pas lui infliger la même douleur qui l'habitait depuis le suicide son père. Pire, elle n'aurait aucune explication, aucune mission à laquelle se rattacher pour survivre. Théa avait vécu assez de traumatismes pour toute une vie.
De sa main libre, il prit son téléphone et appela son contact d'urgence.
Une sonnerie. Deux sonneries.
-Oliver ?
Il ne répondit pas de suite, ne trouvant ni ses mots, ni sa voix. Théa avait fracturé sa détermination mais il était toujours au bord du gouffre, suffocant sous le poids du désespoir.
-Qu'est-ce qu'il se passe ?
Il n'aurait pas dû l'appeler.
Sa douleur ne pouvait pas être partagée, ni apaisée.
Rien ne ramènerait Tommy.
-Diggle…
Un murmure à peine audible.
Pathétique.
Des familles entières avaient été anéanties, des quartiers réduits en poussière, d'innombrables hommes, femmes et enfants étaient gravement blessés, et au lieu d'aider à rebâtir, de gérer la presse au nom de sa famille, de reloger des personnes qui avaient tout perdu, de participer à l'effort de reconstruction, il était assis par terre, incapable du moindre mouvement, prêt à mettre fin à ses jours. Sa culpabilité assourdissante l'étouffait, lui paralysait les membres, le noyait.
-Oliver ! Tu m'entends ? Tu es où ?
-Verdant, dit-il dans un souffle.
-J'arrive. Ne fais rien de stupide entretemps.
Stupide qualifiait toutes les décisions qu'il avait prises depuis toujours. Il avait choisi d'être un héritier milliardaire arrogant, constamment drogué ou alcoolisé, qui collectionnait les aventures d'un soir, plutôt que de suivre des études brillantes pour être la fierté de la famille. Il avait choisi de tromper la femme qu'il aimait plutôt que de s'engager pleinement dans leur relation. Il avait choisi de sauver Sara plutôt que Shado, parce qu'il l'aimait et il était responsable de toutes les horreurs qu'elle vivait, pour au final la voir mourir devant ses yeux. Il avait choisi de revenir à Starling City pour honorer le sacrifice de son père et en résultat, la ville était détruite.
Oliver contempla à nouveau son arme, tenté de céder à son appel incessant.
Le monde serait mieux sans lui.
Théa était forte, elle se relèverait.
Une porte claqua et des pas dévalant les escaliers métalliques résonnèrent dans la cave silencieuse.
-Oliver ?
Il garda son attention sur son arme, se demandant si Diggle serait aussi affecté que lui l'avait été lorsqu'il avait assisté au suicide de son père. Mais il n'était qu'un coéquipier, pas un membre de sa famille, et si le milliardaire stupide qu'il avait été y avait survécu, ce vétéran à la force incroyable y parviendrait aussi.
Son garde du corps marqua une pause en repérant l'arme dans sa main mais ne dit rien et le rejoignit, s'agenouillant à ses côtés.
Il voulait lui dire de partir, qu'il n'aurait pas dû l'appeler, il ne voulait pas lui infliger plus de tourment. Aucun mot ne passa ses lèvres.
Diggle lui prit délicatement l'arme des mains, remit la sécurité en place et la fit glisser loin d'eux.
-Pas aujourd'hui, Oliver. On a déjà perdu trop de gens bien.
Rétorquer qu'il était tout sauf quelqu'un de bien était au-dessus de ses forces. Sur son visage, il lut une fatigue qui faisait écho à la sienne, une peine immense mais aussi une détermination sans faille. Il ne le laisserait pas commettre l'irréparable.
-Allez, dit-il en se relevant.
Une main emplit son champ de vision. Trop las pour argumenter, Oliver l'accepta pour se relever.
Il suivit son ami qui referma derrière eux et monta dans sa voiture sur le siège passager. Le paysage défila devant ses yeux sans qu'il ne s'attarde sur les détails. Dès qu'ils arriveraient au manoir, il s'allongera au salon et Diggle mènera une veille silencieuse pour s'assurer qu'il ne mette pas fin à ses jours.
Il n'était qu'un fardeau.
Il n'aurait vraiment pas dû l'appeler.
Oliver sortit de son état de torpeur lorsque sa portière s'ouvrit, laissant entrer l'air frais matinal. Ils n'étaient pas au manoir. Il reconnaissait l'endroit, il était venu chez elle pour augmenter le niveau de sécurité de son appartement lorsqu'elle avait intégré sa mission, mais il n'avait aucune envie de s'imposer à elle.
-Elle nous attend, dit Diggle en devinant sa réticence.
Il avait toujours été perspicace.
Il avait dû l'appeler sur le trajet, sans qu'il ne s'en rende compte, ce qui était loin d'être un exploit.
Soudainement, ils étaient sur son palier et Diggle appuyait sur la sonnette. Pas de retour en arrière possible. Felicity les accueillit avec un petit sourire et des yeux rougis qui trahissaient une tristesse incommensurable. Diggle lui avait dit qu'il l'avait trouvé au bord du suicide.
Une main dans son dos le fit avancer et la porte se referma derrière eux. Son appartement était chaleureux et sentait la verveine.
-Oliver…
Sa voix était emplie de chagrin et de soulagement.
Felicity le prit dans ses bras avec douceur, l'entourant de sa chaleur et de son parfum floral familier. Le poing qui lui enserrait le cœur se resserra un peu plus, une boule à la gorge l'empêchant de respirer. Il resta immobile dans son étreinte, incapable de lui rendre la pareille. Il ne méritait pas son empathie ni ses larmes.
Il parla dès qu'elle le relâcha.
-Je les ai tous tués.
Ils devaient comprendre qu'il n'était pas digne de leur amitié ni de leur soutien, pas alors qu'il avait échoué et causé tant de destruction.
-Non, le seul responsable c'est Merlyn, dit-elle avec une conviction implacable.
Il ignorait si elle essayait de le convaincre lui ou elle-même. La culpabilité était inscrite sur les traits de ses deux coéquipiers et il se détesta un peu plus de les avoir entraînés dans sa mission, car partager le fardeau ne le rendait pas moins lourd à porter. Il fut pris de la même empathie, du même désir de leur affirmer qu'ils n'y étaient pour rien.
-Tu as tué une seule personne ce jour-là, ajouta Diggle, et c'est le responsable de tout ce gâchis. Tu as bien fait.
Tu as tué mon père ?
Tommy l'aurait détesté.
Il avait été lâche et lui avait menti, incapable de supporter ses reproches et sa colère pendant les quelques secondes qu'il lui restait à vivre. La trahison sur le visage de son meilleur ami l'aurait achevé.
-J'ai préparé un thé, ton préféré, à la verveine !
La voix de Felicity le tira de ses pensées noires et il se refocalisa sur elle alors qu'elle enchaînait en parlant des vertus du thé et en leur proposant d'y ajouter du miel pour l'adoucir, elle l'avait acheté chez un agriculteur local et il était délicieux. Il acquiesça simplement, se demandant pour la énième fois comment une personne si solaire avait pu être mêlée à sa vie si sombre. Il était reconnaissant que cette épreuve n'avait pas éteint sa lumière, elle était atténuée, fragilisée par l'horreur qu'ils venaient de vivre mais elle brillerait à nouveau de mille feux, il en était certain.
Il suffisait qu'il s'éloigne d'elle.
Diggle annonça qu'il allait servir les tasses et Felicity le prit par la manche de son jogging pour le conduire sur son canapé où il se laissa choir. Elle se couvrit du plaid vert qui traînait dessus et l'étendit aussi sur lui. La télévision éteinte, seuls les bruits de vaisselle dans leur dos interrompaient le silence de l'appartement. Dehors, les sirènes continuaient de retentir, incessantes depuis quatre jours.
Un rappel constant du chaos qui régnait dans sa ville.
De son incompétence.
De son échec.
De la futilité de sa mission.
Il aurait dû demander des comptes à sa mère plus tôt, affronter le fait que ses parents étaient complices d'une opération criminelle d'envergure plutôt que se cacher derrière des prétextes et des excuses. Il aurait dû savoir que Malcolm aurait prévu un plan de secours, c'était l'œuvre de sa vie, le seul but de son existence depuis le décès de sa femme. Il aurait dû laisser Laurel tranquille, ne jamais la recontacter, ne pas s'immiscer entre elle et Tommy. Son meilleur ami serait encore là.
-Tiens.
Une tasse fumante apparut devant lui. Robotiquement, il la prit et la laissa reposer sur sa cuisse. Sans qu'il ne s'en rende compte, Diggle avait ramené le thé et s'était assis à côté de lui, ce qui témoignait de son piteux état mental car depuis des années, il était constamment hyper conscient de son environnement. Ce matin faisait exception.
Chaque inspiration lui mettait un nouveau coup au cœur, car lui était vivant alors que tant d'autres avaient rendu leur dernier souffle. Il avait sorti de nombreux corps des décombres mais la mort de Tommy était de loin l'image qui le hantait le plus.
Un sanglot réprimé passa ses lèvres. Cette douleur était juste trop, il ne pouvait pas continuer à vivre comme ça.
Une main délicate se referma sur la sienne avec douceur, comme si elle craignait de le briser ou de le faire fuir. Il croisa un regard bleu empli d'empathie et respira un peu plus facilement.
-Je suis sincèrement désolée que tu aies perdu Tommy. Je ne l'ai jamais rencontré mais s'il était ton meilleur ami, c'est qu'il était quelqu'un de bien.
-Oui, dit-il dans un souffle, s'accrochant à ses mots pour ne pas sombrer.
-Je sais qu'avec tout ce qu'il s'est passé, il est très difficile de voir le positif, mais n'oublie pas que tu as sauvé des vies. Sans nous, tout le quartier des Glades aurait été détruit. Si les deux machines avaient été déclenchées, les dégâts auraient été multipliés. Alors oui, on a échoué, beaucoup de gens innocents sont morts, mais on a empêché une catastrophe encore plus grande.
Elle avait raison bien sûr, mais ça ne changeait rien aux faits. Des centaines de personnes étaient décédées à cause de son incompétence.
-Je sais que tu souffres beaucoup, et tout te paraît noir, mais tu ne peux pas juste abandonner. On a fait notre maximum avec les informations qu'on avait, il faut accepter que Merlyn s'est montré plus malin que nous, et maintenant on doit vivre avec les conséquences de sa folie.
Il déglutit avec difficulté et sa main trembla sur sa tasse. Il n'était pas sûr d'en être capable.
-Ne le laisse pas gagner encore une bataille, Oliver.
Cette idée lui laissa un goût amer dans la bouche. Malcolm serait ravi qu'il se suicide. Son ennemi juré qui avait gâché son plan élaboré depuis des années serait mort et Moïra serait punie pour sa trahison.
-Ta famille a besoin de toi, ajouta-t-elle avec véhémence. J'ai besoin de toi.
La prise sur sa main se resserra, comme si elle voulait le retenir près d'elle et ne jamais le laisser partir.
-On ne peut pas te perdre, ajouta Diggle avec émotion.
Alors qu'il avait son arme en main, prêt à la retourner contre lui-même, il n'avait pas pensé à Felicity et Diggle. Pas parce qu'ils n'avaient pas d'importance pour lui, bien au contraire, mais parce qu'il n'avait pas pensé que son décès les affecterait. Ce qui les liait dépassait toute définition. Le désir de protéger Starling City les avait rassemblés, ils avaient vécu ensemble des moments difficiles et traumatisants, ils s'étaient entraidés et avaient mis leurs capacités au service d'une même cause. Mais ils ne partageaient pas une amitié conventionnelle. Il ne savait rien du passé de Diggle ni de la famille de Felicity, il ne connaissait pas leurs goûts ni leurs aspirations.
Pourtant, Oliver serait prêt à prendre une balle pour eux.
Il ne s'était jamais demandé si l'inverse était vraie.
Il les avait tenus à bout de bras, refusant de s'ouvrir à eux, de tisser des liens forts, car il avait trop de fois été trahi, il avait perdu trop de personnes chères à son cœur. Mais au vu des paroles de Felicity, des gestes calculés de Diggle, de leur présence et soutien inconditionnels, il avait lamentablement échoué.
Et comme toujours, il n'avait pas les mots pour exprimer sa gratitude.
Il retourna sa main dans la sienne et lui serra doucement les doigts.
-Merci.
Les yeux brillants de larmes, elle lui dit de boire son thé au miel et de lui en dire des nouvelles, il ne serait pas déçu. Il le savoura à petites gorgées, il était divin. Il avait à peine mangé ces derniers jours, et la chaleur de la boisson se répandit dans son corps, relaxant ses muscles endoloris et crispés, apaisant son cœur malmené. Tatsu lui avait fait découvrir les bienfaits des thés et tisanes, mais il n'en avait jamais autant fait l'expérience avant ce moment.
-Je suis juste… fatigué, avoua-t-il dans un souffle.
De vivre. De se battre. De ressentir toute cette douleur au quotidien.
Diggle posa une main sur son genou, lui communiquant un peu de sa force tranquille.
-Repose-toi, on est là. Quand tu seras prêt, on se battra à tes côtés.
Ce soutien inconditionnel le toucha dans son âme.
Il n'avait rien à expliquer, ils savaient déjà tout. Ils s'étaient tenus à ses côtés alors qu'il se battait et n'avaient pas flanché. Ils étaient encore là alors qu'il avait échoué et continuaient de le soutenir même dans la défaite.
Il se sentait un peu moins accablé. Respirer lui faisait un peu moins mal.
On lui prit sa tasse vide des mains et Diggle proposa de mettre un film. Oliver serait incapable de se concentrer sur quoi que ce soit, mais il servirait de fond sonore pour couvrir les sirènes et étouffer ses pensées chaotiques. Felicity lança une comédie romantique et il s'installa un peu plus confortablement au fond du canapé, sentant l'appel du sommeil.
Lorsque Felicity compara la rencontre improbable du couple à l'écran à leur rencontre dans son bureau, avant de revenir sur ses mots en bafouillant et en insistant sur le fait qu'elle ne sous-entendait pas du tout qu'ils étaient un couple, il esquissa un micro-sourire. Certaines choses de changeraient jamais.
Il ne méritait pas d'être là, entouré de deux personnes si exceptionnelles.
Mais ils ne lui laissaient pas le choix et pour rien au monde il ne voudrait quitter ce canapé.
