CHAPITRE II
Rejoindre l'Empire
Cela faisait un peu plus de quatre mois qu'Amorris était tombée entre les mains des Rebelles. Cela faisait quatre mois que le commodore Mitten se cachait dans la région équatoriale de la planète. Il s'était construit une hutte de bois à la lisière d'une jungle et à proximité d'une petite rivière dont l'eau était relativement potable, cela malgré les quelques déchets rejetés par les usines de traitement de bois installées tout autour de la Grande Forêt, qui s'étendait sur des milliers de kilomètres.
Cela faisait quatre mois que le commodore impérial avait tenté de trouver un moyen de quitter cette fichue planète pour rejoindre l'Empire mais, à chacune de ses tentatives, il avait dû renoncer pour des raisons très diverses : une maladie, un renforcement des effectifs de la sécurité, ou des avis de recherche le concernant directement.
«Si seulement j'avais pu mourir lors de l'explosion» se dit l'impérial en réfléchissant à la dure vie qu'il menait ces derniers temps.
Ayant réussi à fausser la garde de son geôlier, Mitten était parvenu à sortir du Palais Gouvernemental au moment même où celui-ci s'effondrait. Quand il s'était rendu compte que ses hommes et le Méridien étaient partis, il avait décidé de trouver un coin reculé de la planète pour échapper aux Rebelles et préparer tranquillement son évasion.
Le commodore impérial Sezzel Mitten avait 34 ans mais les difficultés de sa vie d'officier et les dernières épreuves qu'il avait dû endurer avaient marqué son visage au point de lui donner une dizaine d'années de plus. Il faisait environ un mètre quatre-vingt et avait une corpulence légèrement inférieure à la moyenne. Ses yeux verts contrastaient avec sa peau mâte et ses cheveux noirs. Il était né sur Kuat, la planète abritant l'un des plus grands chantiers navals spatiaux de la galaxie. Ses parents l'avaient préparé à l'entrée au service des Chantiers Navals de Kuat dès l'âge de 15 ans, lorsqu'il fut envoyé en tant qu'apprenti ingénieur pour assister la construction des transporteurs de troupes de classe Acclamator, les prédécesseurs directs de la lignée des destroyers stellaires. Pourtant, à 22 ans et alors qu'il avait atteint le grade d'Ingénieur Supérieur tant convoité, il décida de tout laisser tomber et de rejoindre la Marine de l'Empire. Il quitta donc sa planète natale pour rejoindre l'académie impériale de Corulag. Il y étudia trois ans avant d'entrer dans les rangs de la flotte en tant qu'ingénieur en chef de la corvette Mépris des Rebelles. Il resta cinq ans à ce poste jusqu'à ce que son vaisseau soit détruit dans une embuscade tendue par des contrebandiers dans le système Kashyyyk. Seul rescapé de l'attaque, on l'emprisonna pour trahison pendant deux mois. Il fut ensuite lavé de tous soupçons et prit le commandement du cuirassé de classe Katana Méridien. Deux ans plus tard, il prit en charge l'entièreté des opérations dans le système Amorris.
Voilà où tout cela l'avait mené...
Pourtant, aujourd'hui, Mitten avait décidé qu'il était temps de partir. Il fourra dans le petit sac de voyage qu'il avait pu sauver de la débâcle des fruits, des légumes, une boussole et une carte régionale lui permettant de rejoindre La Bème, un petit village proche de sa planque. L'impérial attacha son blaster E-11 à sa ceinture et il se mit en route. Maintenant, peu lui importait de se faire capturer s'il échouait car les prisons rebelles - si ceux-ci disposaient de prisons - devaient sans doute être beaucoup plus agréables que ce trou miteux où il avait vécu les quatre mois les plus difficiles de son existence.
Ayant marché pendant plus de six heures à travers la dense végétation de la Grande Forêt, l'impérial arriva épuisé à La Bème. Ne pensant plus qu'à dormir, Mitten trouva un banc dans un parc arboré et s'endormit de suite.
Le lendemain matin, il se leva précipitamment et, tout en savourant un gorgola, sorte de pêche à la peau dure et au goût très acide, emprunta un des petits bus faisant la navette vers Amorr, la capitale située à une centaine de kilomètres du village.
Arrivé dans la capitale, il s'arrangea pour se procurer des vêtements propres et un endroit acceptable pour se loger si son évasion échouait et qu'il réussissait à échapper aux rebelles.
Arpentant les rues sombres et mal famées du Quartier Nord, Mitten grimpa au sommet d'une tour de brique qui semblait sur le point de s'effondrer et dont tout l'intérieur était tombé en ruine à la suite d'un tremblement de terre - pourtant inhabituel dans cette région - s'étant brusquement manifesté il y a trois semaines environ. Portant d'antiques jumelles à ses yeux, l'officier impérial observait sa cible, située de l'autre côté de l'Avenue des Gentilhommes. Il s'agissait de l'aire d'atterrissage des chasseurs défendant la planète. Ceinturée par de simples fils électriques et barbelés - faute de moyens -, la base était composée d'une trentaine d'emplacements à l'air libre pour le stationnement des vaisseaux ainsi que de trois bâtiments : la tour de contrôle et l'immeuble abritant les dortoirs étaient accolés, formant l'entrée principale de la base, l'immense hangar de maintenance, qui prenait à lui seul un quart de la surface, n'était ouvert que vers l'intérieur du périmètre, donc impossible de s'introduire par là. Le troisième édifice était la station de défense, abritant les quartiers des soldats et trois batteries quadri-lasers chargées à la fois de la protection de la base et de ce secteur d'Amorr.
Actuellement, sept appareils étaient visibles à l'air libre : trois Z-95, deux Y-Wing et deux des tout nouveaux T-65A X-Wing. Mitten tenta de voir ce qui se tramait à l'intérieur du hangar mais les vitres teintées empêchaient toute tentative d'espionnage.
Sortant de ses poches des feuilles de filmaplast, l'impérial commença à élaborer son plan. Il prévoyait d'entrer par une section peu protégée, située entre la station des lasers et la tour de contrôle. Il se procurerait l'équipement nécessaire à la disruption des émissions électriques et au découpage des fils barbelés dès qu'il aurait fait son inventaire...
Deux heures plus tard, Mitten mit son plan à exécution. Il parvint à s'introduire dans le hangar et à voler une combinaison de vol, nécessaire pour les voyages dans des chasseurs stellaires. Il avait choisi de prendre un X-Wing : ces appareils étaient beaucoup plus rapides et modernes que leurs homologues Y-Wing et Z-95 présents ici et il y avait aussi le fait que ce vaisseau était totalement inconnu de l'Empire, au point de vue technique uniquement puisqu'une bataille impliquant des T-65A avait récemment eu lieu dans l'espace profond, à proximité de Gyndine.
Alors que le commodore atteignait son but, une voix l'interpella au loin :
- Vous ! cria une Rebelle sullustaine en uniforme de caporal.
Mitten ne se retourna pas et accéléra. S'étant douté de quelque chose depuis le début, la femme sonna l'alarme et sortit son blaster. Ses salves ricochèrent sur le sol et sur les appareils disposés autour de Mitten.
Celui-ci courut vers le X-Wing le plus proche et sauta dans le cockpit. Il referma la verrière de celui-ci et activa les boucliers. Les tirs de la sullustaine et d'une dizaine d'humains chargés de la sécurité ricochèrent sur la barrière énergétique sans faire le moindre dégât au chasseur.
Le droide astromech R2-ZHF8 émit une série de bips stridents. L'ordinateur traduisit ses pensées ;
Mais tu es fou !
Ne décolle pas maintenant
Pourquoi as-tu activé les boucliers ?
Et la liste défila, le robot exposant les facettes d'une personnalité que Mitten n'aurait jamais cru voir chez une machine.
Deux minutes plus tard, le chasseur décolla en trombe, plaquant au sol la caporale sullustaine au moyen de son coussin à répulseurs. Le X-Wing fila vers l'espace, sous le feu des trois batteries de la base, qui venaient de s'activer.
Une fois dans la relative sécurité de l'hyperespace, Mitten constata que le carburant qui lui restait n'était pas en quantité suffisante pour atteindre le système Hezalliaq, la plus proche destination rattachée à l'Empire. Il fit alors une courte escale en espace profond et se réorienta vers un système plus proche.
- Bon, se dit Mitten à voix haute en examinant la carte dressée par les radars embarqués, essayons le système Horuz.
Le petit appareil fonça dans l'hyperespace.
