CHAPITRE 11 - LE MOMENT FAVORABLE
Ana-Maria se précipita au chevet de Zorro toujours à terre.
- Ana-Maria, ne restez pas là, la supplia Diego. Ce misérable va revenir et vous faire du mal.
- Je m'en moque, répliqua-t-elle, je ne puis plus de vous voir ainsi. Ni Diego, ni Zorro, appuya-t-elle.
- Vous avez les mains liées comme moi, Ana-Maria, répondit doucement le jeune homme. Nous ne pouvons rien faire sinon attendre le moment favorable. Je vous en prie, allez-vous-en et faites-vous oublier du señor Varga. Enfuyez-vous dès que vous pouvez.
- Mais…Et t… vous ? demanda Ana-Maria au bord des larmes. Je ne veux pas vous perdre, Diego, avoua-t-elle en un souffle.
Diego esquissa un sourire qui se voulait réconfortant.
- Je m'en sortirai, assura-t-il. Mais tant que vous serez là, ce misérable aura un moyen de me faire chanter. Allez-vous-en, Ana-Maria, dès que possible et je vous rejoindrai ensuite. S'il vous plaît, ajouta-t-il d'un ton plus doux.
La jeune femme contint courageusement ses larmes et se laissa aller à poser sa tête sur le torse puissant du jeune homme. Don Diego ferma les yeux quelques instants.
- Il faut y aller, Ana-Maria, affirma-t-il de nouveau sur un ton suppliant. Il va revenir d'un instant à l'autre.
La jeune femme s'arracha à regret. Elle s'autorisa un dernier regard dans lequel elle voulut transmettre tout ce qu'elle ressentait pour l'homme qui gisait à terre en ce moment et partit se dissimuler de son mieux dans une anfractuosité de la roche.
- Que se passe-t-il ? interrogea le señor Varga d'une voix sèche.
- Señor ! haleta un de ses hommes.
- Eh bien, quoi ? Parle !
- Señor, tous nos hommes ont été mis hors de combat par Zorro et…
- Zorro ? le coupa le jeune homme. Mais c'est impossible ! Il est ici, capturé.
- Je ne comprends pas, señor, fit l'homme intrigué. J'ai moi-même combattu Zorro juste avant de venir vous chercher, manquant de peu d'être blessé au bras.
Un éclair de colère passa dans les yeux de Felipe Varga. Zorro n'était qu'un homme ! Il ne pouvait pas être à deux endroits à la fois.
- Retournez là-bas, siffla-t-il entre ses dents. Et ramenez ce Zorro, mort ou vif ! Il est temps d'en finir.
Et il pénétra de nouveau à l'intérieur de la grotte.
Le rire moqueur de Zorro l'accueillit.
- Ah ah, señor Varga, vous croyiez pouvoir me vaincre ? Comment vont vos hommes ? le railla-t-il.
Fou de rage, le Vautour se précipita sur le Renard sans défense. Il se mit à le bourrer de coups de pied sans une once de pitié.
- Silence ! hurlait-il. Tu vas mourir et rien ne pourra m'empêcher d'accomplir le destin de mon père.
- La légende survivra et combattra pour moi, répondit fièrement le justicier malgré tout.
Il ne parvenait pas à voir si la jeune femme était sortie de la grotte. Il ne voulait rien tenter tant qu'elle serait encore là il ne supporterait pas de la perdre définitivement et encore moins après ce qu'elle venait d'apprendre.
- La légende ? grinça Felipe Varga. La légende mourra avec l'homme. Le peuple est crédule et Zorro a failli de nombreuses fois être décrédibilisé.
Sur ce point, Diego pouvait difficilement le contredire. Il ne se rappelait que trop bien de Martinez, l'homme de main du capitaine Monasterio. A cause de lui, Zorro avait failli être lynché par les Indiens de la mission et Diego avait manqué de dévoiler sa véritable identité devant le capitaine. Mais qu'importait ? Puisqu'il ne se battait pas pour la gloire, ni pour la légende mais simplement pour la justice, cette dame à qui il avait tout voué, tout sacrifié, même l'amour. Cette souveraine, non pas impitoyable mais ferme, intransigeante en matière de principes mais emplie de bon sens quant à leur application, méritait bien que l'on souffrît pour elle quelque peu. C'était justement pour lutter contre des hommes sans scrupule, prêts à tous les compromis pour s'enrichir, comme don Felipe Varga et son père, qu'était né Zorro et ce n'était pas aujourd'hui qu'il disparaîtrait en dépit des apparences.
Sans répit, les coups continuaient de pleuvoir sur le corps affaibli du jeune homme, tellement endolori qu'il n'était même pas sûr de pouvoir encore tenir son épée. Où était-elle déjà ? Felipe Varga avait dû lui ôter lorsqu'il l'avait assommé. Il règlerait ces détails plus tard. Pour l'heure, il concentrait ses dernières forces. Pourvu que son supplice s'arrête rapidement car il n'était pas sûr de tenir bien longtemps. Le fouet avait déchiré sa chemise noire et tracé de larges zébrures sur son dos, desquelles s'écoulait de minces filets de sang. A force de se recroqueviller sur lui-même pour éviter et encaisser au mieux les coups, de la poussière avait sali ses plaies entraînant une irritation fort douloureuse. Et le Vautour n'arrêtait pas se s'acharner sur le Renard.
L'esprit de don Diego se fixa sur deux visages féminins. L'un était celui de dame Justice dont il était le chevalier noir, l'autre était celui de la dame de ses pensées depuis qu'il l'avait vue, Ana-Maria. Ces pensées ravivèrent son courage et sa détermination. Non, Zorro ne disparaîtrait pas aujourd'hui. Le peuple avait encore besoin de lui et une femme attendait don Diego. Il serra les dents alors qu'un nouveau coup s'abattait sur lui et faisait résonner dans tout son corps les mille voix de ses muscles et de ses os meurtris.
Il se souvint d'Ana-Maria lorsqu'il avait pénétré dans la grotte, bâillonnée, attachée comme une vulgaire prisonnière. Dieu savait quels supplices elle avait eu à souffrir de la part du misérable qui l'accablait !
Une colère froide s'empara du jeune homme qui y puisa la force nécessaire pour sublimer ses souffrances et calmer les tremblements qui commençaient de le prendre. Depuis ce temps, Ana-Maria devait être sortie de la grotte. Don Diego releva la tête, déterminé. D'un geste dont il s'étonna le premier de sa vivacité, il saisit le pied rageur qui allait le frapper de nouveau et le tordit brusquement. Doublement surpris, le señor ne put réprimer le cri qui franchit ses livres et tomba, un genou à terre. Don Diego ne perdit pas de temps, soutenu par l'adrénaline qui se répandait peu à peu dans ses veines, comblant la perte de sang, et se releva du plus vite qu'il put. Il tituba, recula et dut s'appuyer à la paroi rocheuse pour empêcher une nouvelle chute. Il reprenait à peine ses esprits que déjà Felipe Varga s'approchait de lui, l'œil mauvais, son fouet à la main.
- Tu vas regretter ceci, de la Vega !
- Viens, Varga, tu ne seras pas déçu, lui lança don Diego sur un ton de défi.
Le Vautour fit tournoyer son fouet qui claqua dans l'air. Les hostilités étaient ouvertes. Don Diego esquiva habilement un premier coup mais le deuxième lui brûla l'épaule. Un gémissement lui échappa, provoquant un sourire triomphant à son ennemi. Enfin il allait lâcher ! S'enhardissant, il arma de nouveau son fouet, leva le bras et lui donna une impulsion plus brutale que les autres. La lanière alla s'enrouler en un sifflement perçant autour du bras du Renard, déchirant la manche de sa chemise noire. Elle claqua dans un bruit sec. Zorro serra les dents, contracta son bras déchiré et tira violemment son bras en arrière. Surpris par la réaction inattendue de son adversaire, don Felipe fut entraîné malgré lui en avant. Ni une, ni deux, Zorro lui décocha un puis deux coups de poing au visage et le fit chanceler. Profitant du répit, il se précipita sur son épée qu'il avait aperçue dans un coin de la grotte. L'arme pesait plus lourd que d'ordinaire dans sa main mais le Renard ignora cette information et se mit courageusement en garde.
Merci de m'avoir lu et merci pour vos retours ! Je publie le prochain chapitre dès que possible...
